Dictionnaire du Cinéma 2001Éd. 2001
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LEFEBVRE (Jean)

acteur français (Valenciennes 1922).

D'innombrables petits rôles avaient popularisé son physique de Français moyen depuis ses débuts en 1947, jusqu'au jour où ses personnages prirent de plus en plus d'importance et où il devint une sorte de vedette. Il ne porte pas un film à lui tout seul, mais il est le faire-valoir comique indispensable au succès des comédies plus que françaises où s'illustrent Louis de Funès, Robert Lamoureux et Michel Galabru : il est de toute la série des Gendarmes, depuis celui de Saint-Tropez, en 1964, et de toutes les Septième Compagnie. L'uniforme lui va à ravir. Georges Lautner l'utilise très régulièrement. Des cinéastes comme Richard Balducci ou Serge Korber ne peuvent se passer de lui. La critique le boude, mais le public l'apprécie.

LEFEBVRE (Jean-Pierre)

cinéaste canadien (Montréal, Québec, 1941).

D'abord critique à la revue Objectif, il réalise en 1964 un court métrage, l'Homoman, puis fait scandale avec son premier long métrage, le Révolutionnaire (1965), pamphlet politique marqué par une inquiétude idéologique et une désinvolture stylistique qui font songer aux Carabiniers de Godard. Ses films suivants : Patricia et Jean-Baptiste (1966), Il ne faut pas mourir pour ça (1967), Jusqu'au cœur (1968), frappent par la simplicité de leur approche des individus et par la lucidité de leur description du mal de vivre contemporain.

En 1968, il crée sa propre société (Cinak) et sera désormais le producteur-scénariste-réalisateur de la plupart de ses longs métrages humanistes. Il se livre à des exercices de style (la Chambre blanche, 1969), dénonce l'ethnocide culturel dont ont été victimes les Amérindiens depuis la colonisation (les Maudits Sauvages, 1971) et atteint peu à peu une sorte d'apaisement avec les Dernières Fiançailles (chaleureux portrait d'un couple du troisième âge, 1973), le Vieux Pays où Rimbaud est mort (une histoire d'amour en France, 1977), Avoir seize ans (l'inquiétude juvénile, 1979), les Fleurs sauvages (une grand-mère face à ses enfants et petits-enfants, tout de tendresse et d'humour, 1982). Au rythme de mon cœur (1983) est un original et émouvant essai de journal intime en images fixes et en noir et blanc, du cinéma minimal comme il l'aime.

Autres films :

Mon œil (1966) ; Un succès commercial (1970) ; Ultimatum (1971) ; Québec, My Love (1972) ; On n'engraisse pas les cochons à l'eau claire (1973) ; l'Amour blessé (1976) ; le Jour S... (1984) ; la Liberté Alfred Laliberté sculpteur 1878-1953 (1987), la Boîte à soleil (1989). ▲

LEFEBVRE (Robert)

chef opérateur français (Paris 1907).

Débutant comme assistant dans les années 20 dans les studios de Joinville, il dirige Sapho (L. Perret, 1934) puis signe la photo d'une centaine de films, d'où émergent certaines œuvres importantes, telles que : Casque d'or (Jacques Becker, 1952) ; les Mauvaises Rencontres (A. Astruc, 1955) ; Cela s'appelle l'aurore (L. Buñuel, 1956). Il a su être fidèle à certains réalisateurs comme Jean Delannoy (Aux yeux du souvenir, 1949 ; Dieu a besoin des hommes, 1950 ; le Garçon sauvage, 1951 ; la Minute de vérité, 1952) ou Raymond Bernard (Tartarin de Tarascon, 1934 ; le Coupable, 1937 ; Cavalcade d'amour, 1940 ; Adieu chérie, 1946). Opérateur sensible, il est un talentueux photographe d'atmosphère, qui préfère s'attacher à traduire la tonalité d'une scène dans son ensemble, plutôt qu'à s'attarder sur un comédien en particulier. Parmi les films auxquels il a collaboré, on peut également remarquer : Un grand amour de Beethoven (A. Gance, 1936) ; Katia (M. Tourneur, 1938) ; Battement de cœur (H. Decoin, 1940) ; Édouard et Caroline (J. Becker, 1951) ; les Grandes Manœuvres (R. Clair, 1955) ; Porte des Lilas (id., 1957) ; Marie-Octobre (J. Duvivier, 1959).

LEFÈVRE (René Lefebvre, dit René)

acteur et scénariste français (Nice 1898 - Poissy 1991).

À ses débuts dans le cinéma muet (Knock, R. Hervil, 1925), il se fait déjà une spécialité des rôles d'amoureux gentils et rougissants (le Mariage de Mlle Beulemans, J. Duvivier, 1927 ; Ces dames aux chapeaux verts, A. Berthomieu, 1929). Il va continuer sur cette lancée et devenir populaire grâce à ses personnages de Mon ami Victor (Berthomieu, 1931), Cinq Gentlemen maudits (Duvivier, id.), Jean de la Lune (J. Choux, id.) et le Million (R. Clair, id.). Il bénéficie également d'un gros succès public : le Chemin du paradis (W. Thiele et Max de Vaucorbeil, 1930). Suivent quantité de films d'intérêt moyen, coupés par son interprétation de Lange dans le Crime de M. Lange (J. Renoir, 1936), où il donne une réplique parfaite à Jules Berry et à Florelle. Dans Gueule d'amour (J. Grémillon, 1937), il apporte de la vie et de la sensibilité au copain de Jean Gabin. En 1939, il fournit à Georges Lacombe le scénario des Musiciens du ciel, inspiré du roman qu'il a écrit. Il tâte de la mise en scène avec Opéra-Musette (1942), dont il a composé le scénario, sans grand succès. Il continue sa carrière d'acteur à intervalles plus ou moins réguliers, jalonnés de titres tels que le Bataillon du ciel (Alexandre Esway, 1947), le Point du jour (L. Daquin, 1949), Trois Femmes (A. Michel, 1952), Bel-Ami (Daquin, 1955), le Doulos (J.-P. Melville, 1963) ou le Corps de mon ennemi (H. Verneuil, 1976). Chacune de ses créations reflète la bonhomie un peu rude, la franchise un peu narquoise de l'acteur qui ont peu à peu remplacé la timidité d'autrefois. René Lefèvre a raconté ses souvenirs, sous le titre le Film de ma vie (en deux volumes). Il est également l'auteur de plusieurs romans d'inspiration populiste.

LÉGER (Fernand)

peintre français (Argentan 1881 - Gif-sur-Yvette 1955).

Dans Ballet mécanique, réalisé en 1924 avec l'opérateur Dudley Murphy et une musique de Georges Antheil, il orchestre, non sans humour, les thèmes futuristes de sa peinture, mêlant, en une même sarabande rythmée, des « objets tout crus » (ustensiles ou rouages de machines) et des fragments de visage ou de corps humain. Placé sous l'invocation de Charlot, ce « premier film sans scénario » qu'admirait Eisenstein est un des meilleurs exemples de « cinéma pur ». À New York, pendant la guerre, Léger filmera aussi, en couleurs, une histoire d'amour entre des mannequins animés (la Fille au cœur préfabriqué, épisode de Dreams That Money Can Buy de Hans Richter).