Dictionnaire du Cinéma 2001Éd. 2001
H

HECKART (Eileen)

actrice américaine (Columbus, Ohio, 1919).

Grande actrice de théâtre, elle ne vint au cinéma qu'en 1956. Elle a tourné sporadiquement mais a toujours marqué fortement ses rôles de son talent explosif. Elle était très sobre dans l'Escalier interdit (R. Mulligan, 1967), en professeur vieillissant, mais très excessive (et drôle) en mère abusive du Refroidisseur de dames (J. Smight, 1968). Mais sa grande prestation cinématographique reste l'actrice vieillissante qui ne veut pas dire son âge et qui traverse le Far West au milieu de périls insensés dans la Diablesse en collant rose (G. Cukor, 1960), où sa fille, Margaret O'Brien, lui donnait bien du souci. Elle reçut l'Oscar (« Best Supporting Actress ») pour Butterflies Are Free (Milton Katselas, 1972).

HEDQVIST (Ivan)

cinéaste et acteur suédois (Göttröra 1880 - Stockholm 1935).

Acteur réputé, il a marqué de sa personnalité la scène du Théâtre Royal de Stockholm de 1901 à 1932 et s'est illustré à l'écran notamment dans le rôle de Maître Anton, l'artiste de l'Épreuve du feu (1921) de Sjöström. Après une première tentative de mise en scène avec ' les Transporteurs de fer ' (Jernbäraren, 1910), il revient à la réalisation de 1919 à 1924, le temps de faire quatre films dont ‘ le Pèlerinage à Kevlaar ’ (Vallfarten till Kevlaar, 1921). Mais s'il laisse un souvenir, ce sera surtout comme interprète de certains des meilleurs films de Molander : ‘ l'Héritage d'Ingmar ’ (Ingmarsarvet, 1925), ‘ Vers l'Orient ’ (Till Österland, 1926), ‘ Elle, la seule ’ (Hon, den enda, id.) et le Péché (Synd, 1928).

HEFFRON (Richard T.)

cinéaste américain (Chicago, Ill., 1930).

À la télévision, il travaille sur des feuilletons réputés (Banacek, 1972-73 ; The Rockford Files, 1975) ou tourne des œuvres plus ambitieuses, d'action toujours. C'est par l'action qu'il se fait connaître au cinéma : la Grande Traque (Trackdown, 1975) traite de la légitime défense ; les Rescapés du futur (Futureworld, 1976) est une suite savante de Mondwest (M. Crichton, 1973) ; Un couple en fuite (Outlaw Blues, 1977), une comédie animée de poursuites. J'aurai ta peau (I, the Jury, 1982) confirme son talent, et ses limites, qui sont celles d'une époque trop attachée à la virtuosité. Il est choisi en 1989 pour réaliser la deuxième partie (les Années terribles) du film « officiel » du Bicentenaire : la Révolution française.

HEFLIN (Emmet Evan Heflin, dit Van)

acteur américain (Walters, Okla., 1910 - Los Angeles, Ca., 1971).

Il débute à Broadway en 1928 et, remarqué par Katharine Hepburn dans la pièce End of Summer, est engagé par la RKO tout en faisant surtout du théâtre, jusqu'à ce qu'il remporte l'Oscar du second rôle masculin en 1942 pour Johnny, roi des gangsters de Mervyn LeRoy, où il incarnait un intellectuel alcoolique. Personnalité indépendante, quelque peu vagabonde, desservie (ou servie) par un physique puissant mais échappant aux critères hollywoodiens, il déploya un réel talent dramatique dans plusieurs bons films dont 3 heures 10 pour Yuma (D. Daves, 1957). Un peu oublié dans les années 60, il mourut accidentellement après avoir joué le rôle d'un dément dans Airport (G. Seaton, 1970).

Autres films :

la Rebelle (A Woman Rebels, M. Sandrich, 1936) ; la Piste de Santa Fe (M. Curtiz, 1940) ; l'Emprise du crime (L. Milestone, 1946) ; le Pays du dauphin vert (V. Saville, 1947) ; les Trois Mousquetaires (G. Sidney, 1948), où il fut un admirable Athos ; le Sang de la terre (Tap Roots, G. Marshall, id.) ; Madame Bovary (V. Minnelli, 1949) ; le Rôdeur (J. Losey, 1951) ; l'Homme des vallées perdues (G. Stevens, 1953) ; le Cri de la victoire (R. Walsh, 1955) ; Patterns (Fielder Cook, 1956) ; 3 heures 10 pour Yuma (D. Daves, 1957) ; le Salaire de la violence (Gunman's Walk, Ph. Karlson, 1958) ; la Tempête (A. Lattuada, id.) ; Ceux de Cordura (R. Rossen, 1959) ; Sous dix drapeaux (Sotto dieci bandiere / Under Ten Flags, Duilio Coletti, 1960) ; la Plus Grande Histoire jamais contée (G. Stevens, 1965).

HEIMATFILM (terme qu'on ne traduit qu'imparfaitement par « film de terroir »).

Genre cinématographique propre à l'Allemagne, où il a obtenu des succès considérables jusque vers 1960. Nés de romans sentimentaux d'inspiration régionaliste et conservatrice, les premiers Heimatfilm ont été tournés en Bavière en 1918 par Peter Ostermayr d'après les livres de Ludwig Ganghofer, le romancier préféré de Guillaume II. Très populaire à l'époque de Hitler (on parlait alors de Blut und Boden Film [Sang et Sol]), c'est aussi le genre le plus répandu dans l'Allemagne des années 50 (films de F. Antel, G. von Bolvary, L. Trenker, E. von Borsody, Harald Reinl, Hans Deppe, Rudolf Schündler). À la suite du fameux Scènes de chasse en Bavière de Peter Fleischmann (1969), quelques jeunes cinéastes ont développé ce qu'on a appelé le « kritischer Heimatfilm », ou anti-Heimatfilm. Postérieurement à la grande réussite d'Edgar Reitz précisément intitulée Heimat (1984), on a assisté à l'émergence d'une série de films allemands attentifs aux problèmes humains et sociaux des campagnes allemandes, généralement situés dans les années trente à cinquante, et dont l'approche est aux antipodes du vieux Heimatfilm, devenu l'obget de parodies (Geierwally, W. Bockmayer, 1987).

HEISLER (Stuart)

cinéaste américain (Los Angeles, Ca., 1894 - id. 1979).

Après avoir exercé divers métiers, il apparaît dans les studios comme accessoiriste en 1913, puis travaille comme assistant chez Mack Sennett, à la Fox, et auprès de Mary Pickford et Samuel Goldwyn. Passé monteur en 1924, il collabore pendant une douzaine d'années à des films comme le Sublime Sacrifice de Stella Dallas (H. King, 1925), Whoopee ! (Thornton Freeland, 1930), le Roi de l'arène (L. McCarey, 1932) et Peter Ibbetson (H. Hathaway, 1935).

Sa carrière de réalisateur, peu abondante mais régulière (23 lm entre 1936 et 1962), se situe à la frontière de la série B et couvre pratiquement tout l'éventail des genres, en un cheminement original qui mène du film pour jeunes (The Biscuit Eater, 1940) à la biographie « psychanalytique » (la Vie privée d'Hitler [Hitler], 1962), en passant par le thriller (The Monster and the Girl, 1941 ; Among the Living, id.), le policier (la Clé de verre [The Glass Key, 1942] ; la Peur au ventre [I Died a Thousand Times, 1955]), le mélodrame (Une vie perdue [Smash up : The Story of a Woman], 1947 ; The Star, 1952), le film de guerre (la Patrouille infernale [Beachhead], 1954) et le western (le Grand Bill [Along Came Jones], 1945 ; le Justicier solitaire [The Lone Ranger], 1956 ; Collines brûlantes [The Burning Hills], id.). Cet itinéraire accompli avec probité, en marge des grands studios, révèle des centres d'intérêt cohérents, des sensibilités variées, et finalement convergentes : un mélange attachant de candeur et de gravité, de sécheresse et de lyrisme, une prédilection soutenue pour les atmosphères « noires » (la remarquable séquence d'ouverture de Storm Warning, 1951 ; la poursuite de Among the Living) et une sympathie manifeste pour les femmes « maudites » qui vaudra quelques beaux succès à Susan Hayward (Among the Living ; Une vie perdue), Ginger Rogers (Storm Warning), Linda Darnell (l'Île du désir [Island of Desire], 1952) et Bette Davis (The Star).