Dictionnaire du Cinéma 2001Éd. 2001
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HARLOW (Harlean Carpenter, dite Jean)

actrice américaine (Kansas City, Mo., 1911 - Los Angeles, Ca., 1937).

Elle est l'une des plus célèbres stars hollywoodiennes et aussi l'une des plus mal connues. Journaux à scandale, biographies croustillantes, films plus ou moins romanesques nous ont appris ses malheurs familiaux avec une mère envahissante et un beau-père intéressé, ses démêlés conjugaux et son instabilité affective. Et tout cela a réussi à créer ce prodige : une star célèbre dont presque personne n'a vu les films, dont les titres sont le plus souvent oubliés.

D'abord figurante (notamment dans des films de Chaplin et de Lubitsch), Jean Harlow se trouve catapultée vedette par l'encombrant Howard Hughes, qui, en remplacement de Greta Nissen, lui confie le rôle incongru d'une jeune aristocrate britannique dans les Anges de l'Enfer (L. Milestone, James Whale, Hughes, 1930). Sa célébrité était faite, et on se demande bien pourquoi : ses cheveux platinés, son maquillage un peu lourd, ses manières cavalières et surtout son accent bien « yankee » ne la prédestinaient aucunement à ce rôle. De plus, son érotisme facile, assez grossièrement exploité par Hughes, ne suffit plus aujourd'hui à pimenter son interprétation morne et sans talent. Elle doit son surnom célèbre à la Blonde platine (1931) de Frank Capra, où elle a le second rôle féminin et où Loretta Young l'éclipse facilement. Elle devient populaire malgré une suite d'interprétations plutôt désastreuses (l'Ennemi public, W. A. Wellman, 1931 ; The Iron Man, T. Browning, id.). Alors, faut-il souscrire à la légende de la star sans talent ? Certainement pas.

À force de travail et de volonté, elle se métamorphose en quelques mois en une excellente comédienne, au registre limité, mais à l'abattage certain. En 1932, elle passe du quelconque Three Wise Girls (W. Beaudine), à un rôle honorable dans la Bête de la cité (The Beast of the City, Ch. Brabin) et à ce triomphe personnel que fut la Belle aux cheveux roux (J. Conway). Paradoxe encore, c'est en rousse que la blonde platine s'assura une place importante dans la mythologie hollywoodienne. Ce film la situait avec justesse entre Clara Bow, dont elle avait l'innocence souriante et amorale, et Mae West, dont elle avait l'esprit de repartie : petite femme entretenue au cœur sec, Jean Harlow y était, pour la première fois, irréprochable. Ses autres rôles furent des variations de celui-ci. Elle fut la floozie au cœur d'or, la gold digger confortable ou, quand la morale hollywoodienne devint plus stricte, et ses cheveux plus foncés, la secrétaire un peu vulgaire qui séduit son patron. Immédiatement après la Belle aux cheveux roux, elle fut meilleure encore dans la Belle de Saigon (1932), avec Clark Gable ; Fleming y dégage son vrai sex-appeal que les autres cinéastes n'ont que grossièrement ou maladroitement souligné. Fleming, encore, lui permit une étourdissante autoparodie dans Bombshell (1933), que l'on peut considérer comme le film définitif de l'actrice, alors que Cukor aiguisait ses subtilités de comédienne, en épouse vulgaire, paresseuse, gavée de chocolat, mais pas si sotte, dans les Invités de huit heures (id.). Cette création lui ouvre la voie vers des personnages plus fins, moins criards, qui reposaient beaucoup sur ses qualités d'actrice. La Malle de Singapour (T. Garnett, 1935), Riffraff (J. Walter Ruben, 1936) continuèrent sur la lancée de la Belle aux cheveux roux. Mais Une fine mouche (J. Conway, id.), Sa femme et sa dactylo (C. Brown, id.) ou Valet de cœur (W. S. Van Dyke, 1937) révélèrent une jeune femme allurée et sensible. Son dernier film, Saratoga (J. Conway, id.), fut terminé après sa mort, un montage maladroit n'empêchant pas un énorme succès.

Pas vraiment jolie, mais piquante et vive, Jean Harlow était la partenaire idéale de Clark Gable, qui lui fut opposé cinq fois. En somme, elle valait beaucoup mieux que la réputation et la légende cruelle qu'on lui a faites.

Autres films :

The Saturday Night Kid (E. Sutherland, 1929) ; The Secret Six (G. Hill, 1931) ; Goldie (Benjamin Stoloff, id.) ; Dans tes bras (Hold Your Man, S. Wood, 1933) ; Une étrange aventure (The Girl From Missouri, J. Conway, 1934) ; Imprudente Jeunesse (Reckless, V. Fleming, 1935) ; Suzy (G. Fitzmaurice, 1936). ▲

HARRINGTON (Curtis)

cinéaste américain (Los Angeles, Ca., 1928).

À quatorze ans, il tourne une Chute de la maison Usher en 8 mm, puis Crescendo (1942) et Renascence (1944). Étudiant de cinéma à l'University of Southern California, il participe à l'essor du cinéma expérimental de la côte Ouest avec ses amis Anger et Markopoulos. Après Fragment of Seeking (1946), aveu symbolique d'une « difficulté d'être » sexuelle, viennent Picnic (1948), On the Edge (1949), Dangerous Houses (1952) ou The Assignation (1953). Après Night Tide (1963), il travaille avec Roger Corman, participe à des séries télévisées et se spécialise dans les films d'horreur ou de suspense (le Diable à trois [Games], 1967 ; Qui a tué tante Roo ? [Whoever Slew Auntie Roo ?, 1971], What's the Matter with Helen ?, id. ; The Killing Kind, 1973). Son Mata-Hari (1985) prouve qu'il semble avoir délaissé peu à peu toute ambition d'avant-garde pour s'intégrer au cinéma ouvertement « commercial ».

HARRIS (André) et SÉDOUY (Alain Le Chartier de, dit Alain de)

HARRIS (André) et SÉDOUY (Alain Le Chartier de, dit Alain de) journalistes et cinéastes français (Nevers 1933 - 1997 et Paris 1929).

Après des débuts dans la presse écrite, ils ont tous deux participé aux journaux télévisés de l'ORTF au début des années 60, puis à divers magazines produits par la télévision nationale.

En 1969, ils collaborent avec Marcel Ophuls pour le Chagrin et la Pitié. En 1972, ils réalisent à leur tour Français, si vous saviez, une vaste fresque qui, en confrontant documents et témoignages, tente de mettre à plat les contradictions de l'histoire nationale de ce siècle. Leur film a été un moment de la grande remise en question de l'histoire contemporaine qui a suivi 1968.

Depuis 1973, Harris et Sédouy ont réalisé deux autres films fondés sur une démarche analogue, publié plusieurs livres, et joué un rôle important et controversé dans la mise en place des nouveaux réseaux de communication audiovisuelle.