Dictionnaire du Cinéma 2001Éd. 2001
D

DONEN (Stanley) (suite)

Donen a souvent été aidé dans ses réussites par une vertigineuse virtuosité technique. Nul doute que peu de cinéastes ont su, comme lui, suivre l'élan d'un danseur en l'exaltant, sans le briser. D'amples mouvements de caméra très fluides ou, au contraire, un montage très serré, presque haché, lui ont permis de suivre la partition musicale et la chorégraphie sans jamais être pris de court.

Cette technique, Donen a continué à l'employer pour ses comédies. La juxtaposition de ce langage très cinématographique et de scénarios délibérément théâtraux a engendré un heureux contraste qui fait tout le prix d'Indiscret, sa meilleure réussite du genre. Mais il faut aussi revoir les méconnus (Chérie, recommençons, 1960 ; Ailleurs, l'herbe est plus verte, id.), émaillés de jolies trouvailles visuelles, bien joués et emportés à un excellent rythme. Donen va pourtant se trouver dans une impasse. Ayant recours à quelques embrouillaminis policiers, il fait encore illusion dans le très brillant Charade (1963). En tentant néanmoins de renouveler l'expérience, Arabesque (1966) en accuse cruellement les limites. En fait, le dernier film réellement personnel de Donen est l'éblouissant Voyage à deux (1967), qui, grâce à un scénario très cinématographique de Frederic Raphael, permet à Donen une très grande liberté de mouvement. De plus, à travers son actrice-fétiche, Audrey Hepburn, le réalisateur s'y livre à un véritable bilan sur lui-même et sa génération.

Depuis, Donen a connu beaucoup de hauts et de bas. Le plus attristant dans son désarroi est sans doute l'inconfort presque honteux que semblent lui donner ses comédies musicales. « On ne peut pas chanter sous la pluie toute sa vie », disait-il en substance au moment où sortait Staircase. Il y a cependant de fortes chances pour que les danses sous la pluie, aux plafonds ou dans la neige assurent à Donen une place prépondérante dans l'histoire du cinéma américain que ne saurait lui assurer le cabotinage dérangeant et vulgaire de l'Escalier. Par ailleurs, la nostalgie de ce type de cinéma était trop évidente dans Folie, folie pour que nous puissions croire un seul instant que Donen regrette d'avoir chanté sous la pluie.

Films :

Un jour à New York (On The Town, CO G. Kelly, 1949) ; Mariage royal (Royal Wedding, 1951) ; Chantons sous la pluie (Singin' in the Rain, CO G. Kelly, 1952) ; Love Is Better Than Ever (id.) ; l'Intrépide (Fearless Fagan, id.) ; Donnez-lui une chance (Give A Girl A Break, 1953) ; les Sept Femmes de Barberousse (Seven Brides for Seven Brothers, 1954) ; Au fond de mon cœur (Deep in my Heart, id.) ; Beau fixe sur New York (It's Always Fair Weather, CO G. Kelly, 1955) ; Drôle de frimousse (Funny Face, 1957) ; Pique-Nique en pyjama (The Pajama Game, CO G. Abbott, id.) ; Embrasse-la pour moi (Kiss Them for Me, id.) ; Indiscret (Indiscreet, 1958) ; Damn Yankees (CO G. Abbott, id.) ; Chérie, recommençons (Once More With Feeling, 1960) ; Un cadeau pour le patron (Surprise Package, id.) ; Ailleurs, l'herbe est plus verte (The Grass is Greener, 1961) ; Charade (id., 1963) ; Arabesque (id., 1966) ; Voyage à deux (Two for the Road, 1967) ; Fantasmes (Bedazzled, id.) ; l'Escalier (Staircase, 1969) ; The Little Prince (1974) ; les Aventuriers du Lucky Lady (Lucky Lady, 1975) ; Folie Folie (Movie Movie, 1978) ; Saturn 3 (1979) ; C'est la faute à Rio (Blame It on Rio, 1984).

DONEV (Donjo)

cinéaste bulgare (Berkovitsa 1929).

Il apprend l'art de l'animation avec Todor Dinov, signe avec ce dernier Duo (Duet, 1961) et se fait peu à peu connaître comme un humoriste spontané, imaginatif et railleur dont la palette très colorée peut aller jusqu'au sarcasme : ‘la File d'attente’ (Opaskata, 1962), ‘Printemps’ (Prolet, 1966), ‘les Tireurs’ (Streltsi, 1967), ‘les Trois Nigauds’ (Trimana glupazi, 1970), ‘Un village intéressant’ (Umno selo, 1972), ‘De Facto’ (1975).

DONIOL-VALCROZE (Jacques)

cinéaste français (Paris 1920 - Cannes 1989).

Critique de cinéma (Cinémonde, la Revue du Cinéma, l'Observateur), cofondateur des Cahiers du cinéma (1951), J. Doniol-Valcroze est aussi un excellent acteur occasionnel sous la direction de Pierre Kast (le Bel Âge ; Vacances portugaises), d'Alain Robbe-Grillet (l'Immortelle) et de Claude Lelouch (le Voyou). Ses courts sujets (Bonjour Monsieur La Bruyère, l'Œil du maître, etc.) annoncent l'élégance racée et l'esprit caustique qui marqueront ses débuts dans le long métrage : l'Eau à la bouche (1960) et le Cœur battant (1961) sont d'aimables et séduisants marivaudages modernes. La Dénonciation (1962) et le Viol (1967) manifestent plus d'ambition mais moins d'inspiration, tout comme l'Homme au cerveau greffé (1972) et Une femme fatale (1977). En revanche la Maison des Bories (1970) a été saluée comme une réussite et il a poursuivi une intéressante carrière à la télévision.

DONLEVY (Brian)

acteur américain (Portadown, Irlande, Grande-Bretagne, 1899 - Los Angeles, Ca., 1972).

Après s'être consacré une dizaine d'années au théâtre (What Price Glory ; The Boy Friend ; The Milky Way), il tient son premier rôle important à Hollywood dans Ville sans loi (H. Hawks, 1935). Son physique massif, son apparence bourrue le typent dans les personnages de brute : l'Incendie de Chicago (H. King, 1938) ; Beau Geste (W. Wellman, 1939) ; Femme ou Démon (G. Marshall, 1939) ; mais il s'essaie également à la comédie (Gouverneur malgré lui, P. Sturges, 1940) et joue, à l'occasion, les héros (Les bourreaux meurent aussi, F. Lang, 1943), les bâtisseurs d'empire (An American Romance, K. Vidor, 1944) ou les serviteurs de la loi (le Carrefour de la mort, H. Hathaway, 1947). Il s'éloigne progressivement des studios au cours des années 50 et fait ses dernières, et brèves, apparitions à l'écran dans le Zinzin d'Hollywood (J. Lewis, 1961), les Rebelles de l'Arizona (Lesley Selander, 1968) et Pit Stop (Jack Hill, 1969).

DONNER (Clive)

cinéaste britannique (Londres 1926).

Ancien monteur aux studios de Pinewood (dès 1943), il signe son premier long métrage en 1957 : Faux Policiers (The Secret Place). Il se met en évidence avec The Caretaker (1963, d'après une pièce d'Harold Pinter) et Tout ou rien (Nothing But the Best, 1964). Après la réussite de sa comédie burlesque Quoi de neuf Pussycat ? (What's New Pussycat, 1965), il aborde des genres très différents : Trois Petits Tours et puis s'en vont (Here We Go Round the Mulberry Bush, 1968) ; Alfred le Grand, vainqueur des Vikings (Alfred the Great, 1969) ; Vampira (1974) ; le Voleur de Bagdad (The Thief of Bagdad, 1978) ; Charlie Chan and the Curse of the Dragon Queen (1980) ; Oliver Twist (1982) ; A Christmas Carol (1984) ; Stealing Heaven (1988).