Dictionnaire du Cinéma 2001Éd. 2001
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TRAUBERG (Ilya) [Il'ja Zaharovič] (suite)

Films :

‘ Leningrad aujourd'hui ’ (Leningrad sevodnija, 1927) ; ‘ la Route folle ’ (Bujnoj dorogoj, 1928) ; l'Express bleu (Goluboj ekspress, 1929) ; ‘ Il y aura du travail pour vous ’ (Dlja vas najdetsja rabota, 1932) ; ‘ Une singulière affaire ’ (Častnyj slučaj, 1934) ; ‘ l'Année 19 ’ (God 19-j, 1938) ; ‘ le Fils de Mongolie' (Syn Mongolii, 1939) ; ‘ Valse-concert ’ (Koncert-val's, 1940) ; ‘ Nous vous attendons avec la victoire ’ (My ždem vas s pobedoj [CO A. Medvedkine], 1941) ; ‘ l'Araignée ’ (Pauki, 1942, cinénouvelle).

TRAUBERG (Leonid) [Leonid Zaharovič]

cinéaste soviétique (Odessa, Ukraine, 1902 - Moscou 1990).

Frère aîné d'Ilya Trauberg, il reste essentiellement le coéquipier de Grigori Kozintsev dans l'aventure de la FEKS. En 1919, encore lycéen, il organise à Odessa un studio d'art dramatique. L'année suivante, il monte à Petrograd, où il est journaliste et comédien amateur. De sa rencontre et son amitié avec Grigori Kozintsev et Sergueï Youtkevitch, tous deux ses cadets, naîtra la FEKS (Fabrique de l'acteur excentrique), en 1921. Dans le tandem Kozintsev-Trauberg, l'apport de Trauberg semble avoir surtout concerné le scénario, le découpage, les dialogues, le dessin des caractères, la dynamique visuelle de la création incombant plus particulièrement à Kozintsev. Les deux cinéastes se séparent en 1945, après qu'a été interdit Des gens simples (Prostye ljudi), qui sortira seulement en 1956, à la suite du XXe Congrès, et dans un montage désavoué par Kozintsev. Juif, soupçonné de « cosmopolitisme », Trauberg ne tournera pas pendant quatorze ans. Pédagogue déjà pour la FEKS, il a enseigné à l'Institut d'art scénique de Leningrad (1926-1934) puis dirigé les cours de mise en scène de l'Union des cinéastes de l'URSS.

Films :

 KOZINTSEV. LM de L. Trauberg seul : l'Actrice (Aktrisa, 1943) ; Des soldats marchaient (Šli soldaty, 1959) ; les Âmes mortes (Metvye duši, 1960) ; Vent libre (Vol'nyj veter, 1961).

TRAUNER (Alexandre)

décorateur français d'origine hongroise (Budapest 1906 - Omonville-la-Petite 1993).

Après des études de peinture à l'École des beaux-arts de Budapest, il s'établit à Paris en 1929 et y est engagé par le grand décorateur de cinéma Lazare Meerson, dont il sera l'assistant jusqu'en 1936, notamment pour À nous la liberté (R. Clair, 1931) et pour la Kermesse héroïque (J. Feyder, 1935). Il devient chef décorateur en 1937 et signe pour Marcel Carné le Londres de fantaisie de Drôle de drame (1937), les pavés luisants du Quai des brumes (1938), le canal Saint-Martin d'Hôtel du Nord (id.) ou la banlieue désolée du Jour se lève (1939). C'est dans la clandestinité qu'il doit dessiner durant l'Occupation trois films majeurs : les Visiteurs du soir (id., 1942), Lumière d'été (J. Grémillion, 1943) et, surtout, les Enfants du paradis (Carné, 1945), avec sa prodigieuse reconstitution du Boulevard du crime. Le vrai dénominateur commun de ces films d'alors, c'est surtout son ami Jacques Prévert, qui lui donne encore l'occasion de dresser dans les studios parisiens, au milieu des restrictions de la Libération, un de ses plus beaux décors : la station de métro Barbès des Portes de la nuit (id., 1946). Avec la diminution constante du poste décoration dans le budget des films après la guerre et le démantèlement des studios français, Trauner, consacré comme un des meilleurs décorateurs mondiaux de cinéma, collabore ensuite de plus en plus exclusivement avec des cinéastes américains, en particulier Billy Wilder, dont il a décoré huit films, notamment la Garçonnière (1960), qui lui vaut un Oscar, Irma la Douce (1963) et la Vie privée de Sherlock Holmes (1970). Il est l'homme des grands décors monumentaux, toujours animé par le souci de n'en pas oublier la dimension humaine, l'expression idéale de ce « réalisme poétique » où se mêlent rigueur de la reconstitution et fantaisie d'une interprétation toute personnelle de la réalité. Au début des années 80, cet alerte octogénaire travaille beaucoup en France avec Bertrand Tavernier (Coup de torchon, 1981 ; Autour de minuit, 1986), Claude Berri (Tchao Pantin, 1983) ou Luc Besson (Subway, 1985).

Autres films :

Mollenard (R. Siodmak, 1938) ; Remorques (Grémillon, 1941) ; Juliette ou la Clé des songes (Carné, 1951) ; la Jeune Folle (Y. Allégret, 1952) ; Othello (O. Welles, id.) ; la Terre des pharaons (H. Hawks, 1955) ; Témoin à charge (Wilder, 1958) ; Chérie, recommençons (S. Donen, 1960) ; Gigot, le clochard de Belleville (G. Kelly, 1962) ; Et vint le jour de la vengeance (F. Zinnemann, 1964) ; la Nuit des généraux (A. Litvak, 1967) ; la Puce à l'oreille (J. Charon, 1968) ; l'Homme qui voulut être roi (J. Huston, 1975) ; Monsieur Klein (J. Losey, 1976) ; Fedora (Wilder, 1978) ; Don Giovanni (Losey, 1979) ; la Truite (id., 1982) ; Harem (Arthur Joffé, 1986).

TRAVELLING.

Mot anglais (de to travel : voyager). Mouvement de la caméra pour se rapprocher, s'éloigner, suivre, contourner (travelling circulaire), « balayer » (panoramique) un plan. L'objet de la prise de vues peut lui-même être en mouvement. Le premier travelling aurait été réalisé en 1896 par le Français Georges Promio dans Vues de Venise, l'appareil se déplaçant avec une gondole. En studio, on place la caméra et l'opérateur sur un chariot : c'est le « carello » utilisé pour la première fois par Segundo de Chomon pour Cabiria de Pastrone (1914). Le chariot roule sur un plan de bois, puis sur des rails de bois, poussé ou tiré par des machinistes. Le procédé est peu à peu adapté aux prises de vues en extérieur et le chariot, perfectionné, emporte des appareils plus lourds et plusieurs techniciens sur des rails métalliques (ou des roues à pneumatiques dans les studios). La caméra peut être montée sur grue (dolly). L'ampleur et la rapidité des mouvements sont infiniment variables, du lent recadrage d'une scène à la poursuite sur route ou dans les airs. La nature des déplacements de l'appareil est également très diverse : la caméra portée a produit des effets de mouvement dont certains sont restés fameux, comme la déambulation d'un homme ivre otenue par l'opérateur allemand Karl Freund dans le Dernier des hommes (Murnau, 1924). Gance, en 1927, dans Napoléon, place une caméra sur une escarpolette pour les houleux débats à la Convention, une autre sur un cheval lancé au galop pour traduire la réalité de la course. Dans Week-end, en 1967, Godard réalise « le plus long travelling de l'histoire du cinéma ». Dans Profession : reporter, en 1975, Antonioni utilise un procédé technique inédit et surprenant, la caméra paraissant s'échapper d'un immeuble par une fenêtre étroite. L'emploi du zoom, enfin, qui est un objectif à focale variable, permet de réaliser sans discontinuité des travellings optiques. ( MOUVEMENTS D'APPAREIL, SYNTAXE.)