Dictionnaire de l'Histoire de France 2005Éd. 2005
C

croisades. (suite)

La première croisade (1095-1099)

À Clermont, le pape fixe au 15 août 1096 le départ des croisés du Puy. Mais, bien avant cette date, plusieurs bandes de croisés partent du nord de la France et de l'Allemagne, à l'appel de prédicateurs dont nous ignorons le message. Le plus connu de ceux-ci, Pierre l'Ermite, jouit auprès des foules d'un prestige considérable. Il entraîne derrière lui de nombreuses troupes de gens désarmés, mais aussi de guerriers et même de chevaliers, dans un ensemble hétérogène que l'on a coutume d'appeler la « croisade populaire ». D'autres bandes de guerriers s'ébranlent à travers l'Allemagne sous la direction d'autres « inspirés », tels Gottschalk, Volkmar ou Emich de Leiningen. Ces groupes se livrent en cours de route à des pogroms, cherchant à convertir de force les juifs des communautés du Rhin et du Danube, et massacrant ceux qui s'y refusent. Il y a très probablement à ce comportement une signification eschatologique : selon des traditions prophétiques (non bibliques), dont Emich de Leiningen se croit le destinataire, certains pensent en effet qu'à la fin des temps se lèverait un roi franc qui convertirait tous les juifs, unirait l'Occident à l'Orient, et se rendrait à Jérusalem pour y remettre au Christ revenu son pouvoir terrestre.

Ces troupes commettent de telles déprédations que les populations et les armées des territoires traversés (Hongrie) se dressent contre elles et les déciment ; seuls quelques survivants peuvent en réchapper et rejoignent l'armée de Pierre l'Ermite. Celle-ci arrive à Constantinople le 1er août 1096, traverse le Bosphore sans attendre les armées des princes (qui n'étaient pas encore rassemblées en Occident à cette date) et est exterminée par les musulmans. Les survivants, parmi lesquels Pierre lui-même, rejoignent les troupes de Godefroi de Bouillon à Constantinople, où arrivent successivement les armées des princes (novembre-décembre 1096) : Godefroi, qui a suivi la même route que Pierre, puis le Normand Bohémond de Tarente, qui a traversé l'Adriatique, Raimond de Saint-Gilles et le légat du pape Adhémar de Monteil, venus par terre le long des côtes dalmates, Robert de Flandre, Robert de Normandie, Étienne de Blois, etc. Non sans réticences, ces princes prêtent serment de fidélité à l'empereur byzantin pour les terres à reconquérir, contre promesse de ce dernier de prendre part à l'expédition. Les croisés sont victorieux à Nicée, qu'ils assiègent et qui se rend aux contingents grecs (19 juin 1097), puis à Dorylée (1er juillet 1097). Ils traversent difficilement l'Anatolie, avant de faire le siège d'Antioche ; la famine et la maladie font ici des ravages. La ville est toutefois prise sept mois plus tard grâce aux tractations secrètes de Bohémond avec un habitant de la ville (3 juin 1098). Mais, dès le lendemain, les chrétiens y sont à leur tour assiégés par une grande armée musulmane dirigée par Karbuca, prince de Mossoul. Affaiblis, les croisés sont toutefois encouragés par la « découverte » de la sainte lance, « retrouvée » enfouie dans le sol de l'église Saint-Pierre à Antioche, selon les indications d'un « inspiré ». Ils défient Karbuca, qui, dans l'espoir de les exterminer, les laisse sortir pour livrer bataille. Les croisés chargent et mettent en déroute les troupes ennemies.

Les Occidentaux attribuent cette victoire à l'intervention des armées célestes, les musulmans, à la défection subite et volontaire des alliés de Karbuca. Le monde musulman est en effet alors très divisé entre chiites (Égyptiens par exemple) et sunnites (Turcs) ; ceux-ci sont d'ailleurs eux-mêmes divisés en principautés rivales. Les croisés profitent de ces rivalités et se constituent eux aussi des principautés : Baudouin à Édesse, Bohémond à Antioche, avant de se diriger vers Jérusalem, qu'ils assiègent et prennent le 15 juillet 1099, et dont ils massacrent presque tous les habitants. Le 12 août 1099, ils écrasent à Ascalon une armée égyptienne venue pour reprendre la ville. Estimant être parvenus au terme de leur pèlerinage, la plupart des croisés s'en retournent chez eux ; ils seront peu à rester pour protéger les États latins du Levant d'Orient que sont les principautés d'Édesse, d'Antioche, de Tripoli et le futur royaume de Jérusalem (institué en 1100).

Les croisades aux xiie et xiiie siècles

La faiblesse militaire de ces États latins pose alors un grave problème. Pour résister aux musulmans d'alentour, ils ne disposent que des armées féodales des princes d'Outremer, de contingents autochtones - pas toujours très fiables - recrutés par les princes, et des moines guerriers des ordres militaires créés au début du XIIe siècle (Templiers, Hospitaliers, Teutoniques). Après l'extermination presque totale, par les Turcs, d'une croisade de secours en 1101, la défense de ces États latins ne diffère désormais plus beaucoup (sinon par la sacralité éminente du Sépulcre) de celle des autres États chrétiens menacés par leurs ennemis païens (dans les régions baltiques) ou musulmans (en Espagne). C'est la raison pour laquelle les papes proclament des indulgences de croisade identiques pour les expéditions en Espagne ou en Terre sainte (Calixte II, 1125-1128). Il en sera de même au début du XIIIe siècle, mais, cette fois-ci, non plus contre des païens ou des musulmans, mais contre des hérétiques (cathares).

Après la prise d'Édesse par les musulmans rassemblés par Zengi (1144), le pape Eugène III lance une deuxième croisade générale (1146-1149) et nomme comme prédicateur principal Bernard de Clairvaux. Celui-ci, qui la considère comme un moyen divin donné aux pécheurs de se racheter, doit intervenir dans le nord de la France et en Allemagne pour mettre fin à de nouveaux pogroms suscités par la prédication antisémite du moine cistercien Raoul. À l'appel du pape, cinq armées (dont celles du roi de France Louis VII et de l'empereur germanique Conrad III) convergent vers l'Orient, tandis que quatre autres vont combattre les Wendes (païens) vers la Baltique, et quatre autres encore en Espagne et au Portugal, à Minorque, Almería, Tortosa et Lisbonne.