Dictionnaire de l'Histoire de France 2005Éd. 2005
B

Boulanger (Georges Ernest Jean Marie), (suite)

• Cette agitation inquiète désormais les républicains, en premier lieu Jules Ferry. En dépit des pressions exercées en sa faveur, Boulanger n'est pas repris dans le ministère qui succède au gouvernement Goblet, renversé le 17 mai 1887. Une campagne de sympathie, soutenue par quelques journalistes de talent comme Henri Rochefort, s'organise en réponse à cette exclusion. Muté au commandement du 13e corps d'armée à Clermont-Ferrand par un gouvernement qui le craint, Boulanger est acclamé lors d'une manifestation organisée à la gare de Lyon, pour son départ le 8 juillet 1887. Les républicains lancent alors une contre-propagande : le divorce entre Boulanger et Clemenceau est consommé. Les boulangistes s'unissent autour d'un « parti national » qui rassemble tous les mécontents de la République : républicains revanchards regroupés au sein de la Ligue des patriotes (tel Paul Déroulède), radicaux déçus, bonapartistes, monarchistes qui fournissent des subsides, et même socialistes. Les outils de propagande sont directement inspirés des méthodes électorales américaines. Le 26 février 1888, les partisans de Boulanger - officier inéligible - présentent ce dernier à des élections partielles : premier succès. Le 27 mars, le « brave général » est mis à la retraite : il se trouve ainsi libre de poursuivre sa carrière politique.

Armé d'un programme flou - la révision constitutionnelle -, fort du soutien financier des milieux conservateurs, profitant de son image intacte, il est élu député du Nord. Son audience électorale s'étend, en dépit des tensions qui s'exacerbent entre les monarchistes et lui. Lors d'une nouvelle élection partielle à Paris, en janvier 1889, le général remporte une victoire éclatante (245 000 voix, contre 160 000 à son principal adversaire). Certains partisans le poussent au coup d'État, mais il préfère attendre les élections générales qui doivent se dérouler à l'automne.

La contre-attaque républicaine.

• Le gouvernement ne lui en laisse pas le temps. L'action habile du ministre de l'Intérieur, Constans, le fait tomber dans un piège. Menacé d'arrestation pour atteinte à la sûreté de l'État, Boulanger s'enfuit à Bruxelles, le 1er avril 1889. Condamné par contumace par le Sénat réuni en Haute Cour le 14 août, il devient inéligible. Le « parti national », divisé, échoue aux élections de septembre : les boulangistes n'obtiennent que 42 sièges. Le 30 septembre 1891, le général Boulanger se suicide sur la tombe de sa maîtresse.

Le boulangisme ne constitue pas une doctrine politique. Son caractère composite de même que l'extrême diversité sociale et idéologique de ses clientèles politiques le rendent tout à fait inclassable. Populiste, nationaliste, parfois socialiste, monarchiste dans certaines régions, presque dénuée d'antisémitisme, empreinte d'une certaine tradition républicaine autoritaire, cette nébuleuse est avant tout une entreprise électorale engagée par ceux que les républicains au pouvoir n'avaient pas intégrés.

Boulogne (affaire de),

tentative de coup de force menée en 1840 par Louis Napoléon Bonaparte.

En exil à Londres après un premier échec, le prince Louis Napoléon débarque près de Boulogne dans la nuit du 5 au 6 août 1840 avec une soixantaine de fidèles. Il a fait imprimer des proclamations au peuple, à l'armée, aux habitants du Pas-de-Calais, et compte sur le ralliement des garnisons de la France du Nord. Mais l'aventure tourne court. La police a eu vent du projet, et, à l'exception d'une compagnie, la garnison de Boulogne se montre indifférente ou hostile. Les conjurés sont capturés ou tués. Les suites de l'expédition illustrent la détermination de Bonaparte mais aussi la vitalité d'une tradition impériale que la monarchie de Juillet tente alors en vain d'accaparer - durant l'été 1840 est adoptée la loi sur le retour des cendres de l'Empereur. Le procès devant la Cour des pairs représente, pour Louis Napoléon, l'occasion d'affirmer son attachement au principe de la souveraineté du peuple et de contester la légitimité du régime en place, prônant un bonapartisme populaire que les plaidoiries de ses deux avocats, le républicain Marie et le légitimiste Berryer, contribuent à diffuser. Condamné à la détention à perpétuité, Louis Napoléon est emprisonné au fort de Ham, dans la Somme. Il y passe six ans, durant lesquels il rédige notamment l'Extinction du paupérisme, avant de s'évader en 1846, dissimulé sous les vêtements et l'identité d'un maçon surnommé « Badinguet ».

Boulogne (camp de),

camp militaire établi par Napoléon autour de Boulogne-sur-Mer, de 1803 à 1805, en vue d'une invasion de l'Angleterre.

La paix d'Amiens est rompue en mai 1803 : l'Angleterre fait saisir 1 200 navires français, tandis que la France occupe les ports napolitains et le Hanovre, sans parvenir à faire céder son ennemi. Napoléon estime alors que seule la menace d'une invasion peut contraindre celui-ci à changer de politique. À partir de juin 1803, il masse 450 000 hommes d'Ostende à Étaples, Boulogne étant le pivot de ce dispositif : en effet, depuis cette place, l'armée peut à la fois atteindre Londres rapidement et disposer d'un emplacement stratégique en vue d'une intervention sur le continent. Y sont aménagés, outre de nouveaux bassins, des magasins, des hôpitaux et des écuries. Deux cantonnements sont établis : l'un, sous la direction de Soult, à Saint-Omer, l'autre, sous le contrôle de Ney, à Étaples et Montreuil. Mais la flotte française demeure inadaptée : elle dispose bien de 1 700 bateaux à fond plat destinés au transport des troupes, mais les marées et une éventuelle grosse mer peuvent les priver de la rapidité nécessaire au débarquement ; en outre, la flotte de guerre est insuffisante pour assurer la maîtrise du détroit. La défaite de Trafalgar, le 21 octobre 1805, ruine tout espoir de réunir les vaisseaux de ligne français. Du reste, dès janvier 1805, en réponse à la formation de la troisième coalition, l'intervention sur le continent est le but officiel de l'armée des côtes, qui intègre la Grande Armée.

Bourbon,

famille dont diverses branches ont régné en Europe. Par sa longévité et une judicieuse politique matrimoniale, la famille des Bourbons a connu une fortune spectaculaire, qui lui donne une place de tout premier plan dans l'histoire européenne.