Dictionnaire de l'Histoire de France 2005Éd. 2005
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révolution de 1848. (suite)

L'épreuve de force avec le peuple parisien est dès lors menaçante. Le premier acte se joue le 15 mai. À l'appel de plusieurs clubs d'extrême gauche, une grande manifestation de soutien à la Pologne insurgée est organisée en riposte à la politique de non-intervention définie par Lamartine le 4 mars. Ce rassemblement est aussi une réplique à la décision de l'Assemblée constituante du 12 mai d'interdire aux clubs de présenter des pétitions, ainsi qu'une démonstration d'hostilité à l'égard des nouveaux élus n'ayant pas la confiance du peuple parisien. Son ampleur semble avoir surpris la Commission exécutive, qui a négligé de prendre des mesures élémentaires de précaution, au point que la thèse d'une provocation destinée à éliminer les leaders de l'extrême gauche a été avancée - sans preuves - par certains historiens. Les incidences de cette journée sont importantes. L'Assemblée, envahie dans un tumulte indescriptible, est proclamée dissoute par le révolutionnaire Aloysius Huber, tandis que Barbès et Blanqui font acclamer un gouvernement révolutionnaire à l'Hôtel de Ville. La Commission exécutive parvient néanmoins à rétablir l'ordre grâce au concours des bataillons bourgeois de la Garde nationale, de la garde mobile et de l'armée. Les meneurs de l'extrême gauche sont arrêtés. Le mouvement populaire est décapité, tandis que le front de l'ordre se renforce, l'attentat contre l'Assemblée - émanation de la souveraineté nationale - ayant provoqué un mouvement d'indignation, largement exploité par des conservateurs en province lors des élections complémentaires du 4 juin. Le rapport de force a définitivement basculé du côté de l'ordre.

La dissolution des ateliers nationaux en est l'épreuve décisive. Les effectifs de ceux-ci, créés dès février, ont pris une extension considérable, dépassant 115 000 hommes à la mi-mai. Au lieu de répondre à la conception de Louis Blanc d'ateliers sociaux destinés à prendre en main l'activité économique en se transformant en coopératives de production, ils sont en fait des ateliers de charité destinés à occuper les chômeurs et à les tenir à l'écart des clubs. Mais cette précaution est devenue superflue car, désœuvrés et aigris, les ouvriers des ateliers nationaux sont progressivement gagnés par la propagande socialiste des délégués de la Commission du Luxembourg. Dès le début du mois de juin, l'agitation reprend tous les soirs sur les boulevards parisiens, et la propagande bonapartiste - après la quadruple élection de Louis Napoléon Bonaparte à l'Assemblée nationale, le 4 juin - contribue à l'entretenir. De surcroît, les ateliers nationaux coûtent très cher (150 000 francs par jour). Dès la fin mai, la Commission exécutive souhaite leur dissolution. Le front commun ouvrier l'amène à différer la mesure et à envisager une solution de repli : l'emploi des ouvriers des ateliers sur les chantiers ferroviaires des compagnies qui seraient nationalisées. La droite conservatrice s'élève contre ce projet et impose la dissolution : un décret oblige les ouvriers de 17 à 25 ans qu'ils emploient à s'enrôler dans l'armée ou à partir travailler en province. Annoncé le 21 juin, ce décret suscite une protestation d'abord pacifique puis armée des ouvriers parisiens - une révolte spontanée du désespoir et de la faim : le 23, des barricades sont élevées dans les quartiers de l'Est ; les forces de l'ordre contre-attaquent victorieusement le 25, avec le renfort des gardes nationaux de province appelés par le ministre de la Guerre, le général Louis Eugène Cavaignac, investi des pleins pouvoirs. Au prix d'une terrible bataille de rue, au cours de laquelle succombe l'archevêque de Paris, Mgr Affre, venu s'interposer, l'insurrection est écrasée. Plusieurs milliers d'insurgés sont tués au combat, 1 500 fusillés, 25 000 arrêtés dont 11 000 emprisonnés ou déportés. L'impression laissée par cette répression est extrêmement forte dans les deux camps. La révolution est définitivement vaincue, et la République, privée de ses soutiens populaires, est mortellement atteinte. Pour la première fois, Paris est défait par la province.

De la révolution de 1848 subsistera malgré tout le suffrage universel masculin et un souvenir qui ressurgira, vivace, au moment de la Commune. Par ailleurs, la révolution de février a déclenché le processus révolutionnaire du « printemps des peuples de 1848 » : encouragés par les événements de France, les Viennois obligent Metternich à démissionner et à fuir, une victoire temporaire qui déstabilise néanmoins le système absolutiste et centraliste de l'Empire d'Autriche.

Révolutions de Paris,

journal révolutionnaire parisien (1789-1794).

Paraissant pour la première fois le 19 juillet 1789, peu après la prise de la Bastille dont elles font un récit héroïque et détaillé, les Révolutions de Paris, alors feuille occasionnelle, obtiennent un succès tel que ses auteurs, le libraire-imprimeur Louis Marie Prudhomme et Antoine Tournon, décident d'en faire un périodique. Inventeur du reportage, cet hebdomadaire d'une cinquantaine de pages, qui propose une chronique journalière de la semaine écoulée, devient d'emblée l'un des plus importants journaux de la Révolution, véritable monument et source précieuse pour l'historien. Son discours ardent, mobilisateur et ultrarévolutionnaire - comme l'illustre l'épigraphe « Les grands ne nous paraissent grands que parce que nous sommes à genoux... Levons-nous... » - impose une image conquérante de la Révolution mais sait surtout mettre en perspective les événements dans de fines analyses politiques. C'est particulièrement le cas lorsque Élysée Loustallot, qui considère le journalisme comme un apostolat, remplace Tournon à la rédaction en octobre 1789, ce dernier lançant alors, sous le même titre, son propre et éphémère journal. Mais Loustallot meurt prématurément en septembre 1790. Avec Chaumette, Maréchal ou Fabre d'Églantine à la rédaction, le journal demeure à l'extrême gauche, même si Prudhomme modère quelque peu son radicalisme, ce qui lui vaut une brève arrestation au lendemain de la journée du 2 juin 1793 qui voit la chute des girondins. Cependant, Prudhomme, suspecté sous la Terreur, choisit de cesser la publication, prétextant des ennuis de santé dans le dernier numéro, daté du 10 ventôse an II (28 février 1794).