Dictionnaire de l'Histoire de France 2005Éd. 2005
A

abbayes (suite)

Abbayes et société

Les aspects économiques.

• Nonobstant l'interdiction de la propriété individuelle et l'obligation de pauvreté pour les moines, les abbayes disposent, grâce aux legs pieux, d'un patrimoine temporel important : les ordres deviennent de grands propriétaires fonciers. Situées à l'écart des zones d'habitation, les abbayes occupent une place importante dans l'activité économique des campagnes : création d'aménagements (moulins, forges, travaux hydrauliques) et mise en valeur de terres par défrichement, assèchement des marais ; des travaux réalisés le plus souvent par les convers. Aussi, du fait de leur rayonnement, et en dépit de leur quête de solitude, certaines abbayes sont à l'origine de la formation d'agglomérations. Les donations pieuses animent un mouvement économique. Au Moyen Âge, l'aristocratie laïque se dépouille au profit des moines - aristocratie de l'Église -, soutenant ainsi les réalisations de l'art roman. Parmi les fonctions économiques qui incombent aux monastères, l'une des plus importantes est la charité envers les pauvres. L'aumône constitue une forme de redistribution de la richesse. Aujourd'hui, de nombreuses abbayes développent des activités artisanales pour des raisons économiques, mais aussi pour que les moines retrouvent pleinement leur vocation initiale : prier et travailler de leurs mains.

L'emprise sur le monde extérieur.

• Les abbayes constituent, surtout au Moyen Âge, des instruments et des enjeux de pouvoir. Ainsi, certains rois francs les utilisent-ils pour accroître leur influence. Parfois, même, le monachisme est quelque peu détourné de sa finalité : on assigne aux abbayes des fonctions qui dépassent leurs attributions. Par exemple, les Carolingiens, en confiant aux moines des missions nouvelles - évangélisation, prédication, c'est-à-dire des fonctions qui incombent aux évêques -, altèrent la structure du monachisme bénédictin.

Parfois soumises à l'autorité laïque, les abbayes sont aussi, surtout au Moyen Âge, détentrices de pouvoir et fort influentes. Elles participent à la christianisation, encouragent la pratique chez les fidèles et élaborent une spiritualité. Dans une société rurale, l'Église se recentre sur les monastères, qui sont les principaux foyers religieux de la France aux XIe et XIIe siècles. Ils savent attirer les membres de l'aristocratie et gagner leur générosité. Les « grands » souhaitent obtenir une sépulture dans les cimetières monastiques, se convertissant parfois à l'heure du trépas. Mais la situation des abbayes vis-à-vis de l'ensemble de la société est quelque peu paradoxale : bien qu'ils soient retirés du monde, cloîtrés, voués à l'ascèse, les moines prétendent exercer une influence sur leurs contemporains, et ils y parviennent, certes plus ou moins bien, selon les époques. Au Moyen Âge, leur isolement ne leur interdit pas de jouer un rôle économique, ni même politique, comme ce fut le cas pour certaines abbayes chefs d'ordre du Xe au XIIe siècle. Grâce à leur hégémonie religieuse et culturelle, les moines n'ont-ils pas tenté, parfois, de modeler la société à leur image ? Ainsi, le XIe siècle a placé son idéal dans les principes mêmes du monachisme.

Abd el-Kader (Mohieddine, dit l'émir),

en arabe Muhyiddin Abdul Qadir, émir arabe d'Algérie (près de Mascara, Algérie, 1808 - Damas, Syrie, 1883).

Issu d'une famille maraboutique appartenant à la confrérie musulmane des Qadiriyya, il reçoit une éducation religieuse et guerrière qui établit sa réputation en Oranie (Ouest algérien). Lorsque la France occupe les côtes algériennes, à partir de 1830, les tribus de cette région le proclament émir et « envoyé de Dieu » chargé de repousser les troupes françaises. Il s'impose rapidement par la mise au pas de certaines tribus réfractaires et, surtout, par le succès de ses opérations de guérilla contre les Français. Harcelés militairement, ceux-ci finissent par négocier avec lui dans l'espoir d'instaurer un protectorat allié aux confins des zones qu'ils occupent. Par le traité signé avec le général Desmichels (1834), puis par la convention de la Tafna (1837), négociée avec le général Bugeaud, la France reconnaît à l'émir un vaste territoire qui s'étend sur les provinces d'Oran, d'Alger, du Titteri, et jusque dans le Constantinois. Abd el-Kader s'emploie à y construire un véritable État, l'unifiant etle pacifiant par les armes, créant une nouvelle administration sur des bases islamiques, réformant l'impôt et la justice.

En novembre 1839, comprenant que le temps risque de jouer en faveur des Français, il reprend l'offensive, et dévaste les plaines colonisées de la Mitidja. Commence alors une guerre sans merci entre l'émir et les armées françaises, réorganisées et dirigées par Bugeaud, lequel vise désormais la conquête totale du territoire algérien. Après quelques premiers succès, Abd el-Kader subit des revers importants (prise de la Smala, en mai 1843). À la fin de 1843, il doit se réfugier au Maroc, où il obtient le ralliement du sultan Abd ar-Rah-man à sa cause. Mais, après la défaite de l'armée marocaine à la bataille de l'Isly (14 août 1844) et le traité franco-marocain de Tanger (18 septembre 1844), l'émir est refoulé en Algérie. Isolé, pourchassé, il remporte cependant, avec une poignée de fidèles, quelques ultimes succès (Sidi-Brahim, 23 septembre 1845), avant sa reddition finale au général de Lamoricière le 23 décembre 1847. Emprisonné en France pendant cinq ans, il est finalement libéré et se rend à Brousse (Bursa, Turquie), puis à Damas (Syrie), où il se consacre à la méditation religieuse et à la rédaction d'une œuvre mystique. Il garde toutefois de bons contacts avec la France, protégeant notamment les Européens de Damas lors des émeutes antichrétiennes de 1860.

Abd el-Kader, qui fut tour à tour l'adversaire et l'ami de la France, aura forcé le respect de tous. Il est aujourd'hui célébré comme l'un des pionniers de la lutte anticoloniale et comme le fondateur de la nation algérienne.

Abélard ou Abailard (Pierre),

philosophe et théologien (Le Pallet, près de Nantes, 1079 - près de Chalon-sur-Saône, 1142).