Dictionnaire de la Peinture 2003Éd. 2003
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Piot (René)

Peintre français (Paris 1869  – id. 1934).

Bien que l'un des premiers (1891) et fidèles élèves de l'atelier Gustave Moreau à l'École des beaux-arts de Paris, qui fut la pépinière du Fauvisme, Piot se rattache davantage au groupe des Nabis. Il subit en effet l'influence de Maurice Denis, dont l'esprit spéculatif et religieux était proche du sien. Il assura en 1893 la première publication du Journal de Delacroix, livre clé pour tous les peintres que préoccupaient les problèmes de la couleur à la fin du siècle. Son triptyque du Martyre de saint Sébastien (Orsay) témoigne d'un effort pour renouveler l'art sacré et ses décors muraux, peints à fresque pour Gide (le Parfum des nymphes, 1908, Paris, Montmorency) et pour B. Berenson (1910, décor de la bibliothèque des Tatti, Settignano), de ses ambitions monumentales.

Piper (John)

Peintre britannique (Epsom, Surrey, 1903  – Londres 1992).

Il étudia à Richmond, puis suivit les cours du Royal College of Art de Londres et réside, depuis 1935, près de Henley-on-Thames. Il peignit d'abord des paysages, mais, après un voyage à Paris (1933), où il connut Hélion, Braque et Léger, il s'orienta vers l'Abstraction entre 1934 et 1937, créant en particulier de nombreuses constructions abstraites géométriques (Construction, 1934, Londres, Tate Gal.). Il édita, de 1935 à 1937, avec sa femme, Myfanwy Evans, une revue trimestrielle d'Art abstrait, Axis, dont l'influence fut grande. L'intérêt de plus en plus grand qu'il portait à l'architecture, en tant que photographe et que critique d'architecture depuis 1938, le fit revenir à une peinture figurative, essentiellement de paysage et de vues de monuments, et il fut, avec Nash et Sutherland, le chef de file du Néo-Romantisme anglais des années 40. Il a exécuté de nombreux décors de théâtre à partir de 1937, dont 6 pour la première mise en scène des opéras de Benjamin Britten. En collaboration avec Patrick Reyntiens, il a donné des cartons de vitraux, en particulier pour les cathédrales de Coventry (chapelle des fonts baptismaux, 1958) et de Liverpool (1967). Il exécute également de nombreux décors publics, tapisseries pour les Civic Centres (Newcastle, 1968, et Reading, 1975), l'université du Sussex, 1978, l'hôpital du comté de Surrey, Guilford. Il est principalement représenté à la Tate Gal. de Londres : Little-stone-on-Sea (1936), Saint Mary le Port, Bristol (1940), All Saints Chapel, Bath (1942), Somerset Place, Bath (1942), Trois Tours du Suffolk (1958), le Forum (1961), Côte de Bretagne, I (1961), Côte de Bretagne, II (1961), qui lui consacra en 1983 une exposition rétrospective.

piquer

Pour marquer les contours d'un dessin, on le transperce de petits trous destinés à laisser passer la poudre colorante contenue dans une sorte de sachet d'étoffe, dit " poncette " ou " ponce " ; d'où le nom de poncif donné à la feuille de papier piquée pour un transfert. Le tracé ainsi obtenu sert de guide pour la reproduction du dessin.

Pirandello (Fausto)

Peintre italien (Rome 1889  –id.  1975).

Fils de l'écrivain Luigi Pirandello, il se consacre à partir de 1920 à la sculpture, qu'il abandonne bientôt au profit de la peinture. Il présente à la Biennale de Venise de 1926 ses premières œuvres, alors fortement influencées par le Naturalisme de l'entre-deux-guerres, en particulier par l'exemple de Felice Casorati. Sa série de nus féminins est l'expression la plus achevée de son " réalisme magique ", dans lequel une matière dense et épaisse traduit parfaitement la provocante réalité physique des corps. Il travaille à Paris de 1928 à 1930. Son adhésion ensuite à l'esthétique cubiste, et plus particulièrement encore au " néo-classicisme " de Picasso, l'oriente vers l'économie des moyens picturaux et la dispersion analytique des objets. En 1931, de retour définitivement à Rome, il va se lier avec Scipione et Mafai et présenter dès lors des œuvres qui vont se montrer de plus en plus archaïsantes. Après la Seconde Guerre mondiale, tout en se livrant à des recherches résolument abstraites, il montre encore dans ses œuvres des réminiscences expressionnistes (Maternità, 1937, Palerme, G. A. M. ; Contedius Piccolo, 1946, Bagnanti, 1945). Il participe aux Biennales de Venise, où lui sont consacrées deux expositions personnelles en 1952 et en 1956. Deux rétrospectives de son œuvre ont été organisées à Rome (1951, G. N.) et à Pise (1957). Une exposition rétrospective de son œuvre a également eu lieu à la G. A. M. de Rome en 1976. Les œuvres de Pirandello sont conservées dans les musées de Rome, Milan, Florence, Turin, Venise ainsi qu'à Londres, Pittsburgh, Detroit, São Paulo.

Piranèse (Giovanni Battista Piranesi, dit en français)

Peintre italien (Mogliano Veneto 1720  – Rome 1778).

Il reçut sa première formation à Venise, où, ayant décidé de se consacrer à l'architecture, il étudia auprès de différents architectes et scénographes. C'est par ailleurs auprès d'un graveur qu'il apprit, selon l'usage de l'époque, ses premiers rudiments de perspective. Il fut sans doute marqué, pendant cette période, par le climat néo-palladien dans lequel se développait l'architecture vénitienne ainsi que par la connaissance de Bibbiena, dont il dut lire avec passion l'Architettura civile, parue en 1711. En 1740, il était à Rome à titre de dessinateur de l'ambassade vénitienne : c'est là que, pratiquant la gravure dans différents ateliers spécialisés et ayant accès à la célèbre collection d'estampes du cardinal Corsini, il s'orienta de façon décisive vers l'eau-forte, technique qu'il allait adopter comme son unique moyen d'expression. (Piranèse eut aussi une activité d'architecte, qui resta toutefois secondaire et qui fut surtout une application des principes énoncés dans ses gravures.) En 1743, date de la publication de la Prima Parte di architetture e prospettive, une culture vénitienne essentiellement architecturale se révèle dans ses planches aux constructions grandioses, où son imagination, déjà fertile, est guidée par le souvenir de ses expériences dans le domaine de la scénographie. De retour à Venise la même année, Piranèse fréquenta, selon certaines sources, l'atelier de G. B. Tiepolo. C'est donc à partir d'un substrat vénitien que prit naissance la vision de celui qui allait devenir l'un des représentants les plus significatifs de la culture romaine du XVIIIe s. C'est encore à Venise, en 1744, que Piranèse élabora ses premières idées pour les Caprices et les Prisons, dont il prépara les cuivres l'année suivante à Rome, mais qui ne furent publiés qu'en 1750 sous le titre d'Invenzioni Caprici di Carceri. C'est en 1745 également qu'il aborda pour la première fois le thème de la " veduta ", avec 27 petites planches publiées dans un recueil d'illustrations de Rome par l'éditeur Amidei : en même temps que son génie de visionnaire se déploie librement dans les divagations nocturnes et hallucinantes des Prisons, l'artiste affronte la représentation d'après nature selon les règles de la " veduta " réaliste, dont Rome revendiquait à juste titre la paternité. On peut déceler là le conflit entre l'attrait spontané pour le fantastique de Piranèse poète et l'exigence d'objectivité de Piranèse érudit, bientôt archéologue et théoricien, conflit qui conditionnera dorénavant toute l'activité de l'artiste en donnant à son œuvre cette puissance de suggestion à laquelle l'Europe entière sera sensible.

   Les 30 planches des Antichità romane dei tempi della Repubblica, publiées en 1748, sont le premier fruit de cette dialectique ; la critique y voit par ailleurs le moment où les liens du maître avec Venise se relâchent pour faire place à une participation plus directe à la vie culturelle romaine. Il est certain que les intérêts archéologiques de l'artiste y prennent une forme plus concrète et que le sujet même de la publication annonce clairement la prise de position théorique qui fera de Piranèse l'adversaire déclaré du programme archéologique de Winckelmann et de ses adeptes. Avec Piranèse, le mythe de la Rome antique s'affirme avec la force évocatrice que seule une imagination passionnée peut alimenter ; à la lutte que le théoricien engage avec ses contemporains correspond le combat entrepris par l'artiste contre le temps, qui détruit et enfonce dans l'oubli les civilisations. L'eau-forte, dont le graveur perfectionne prodigieusement la technique, est mise au service de cette double bataille ; elle est non seulement un moyen d'expression, mais aussi un puissant instrument de propagande et de divulgation qui soulève des polémiques à l'échelle internationale. Ressusciter le passé en fixant sur le papier les images des monuments antiques découverts par les fouilles et des ruines majestueuses qui servent de cadre à la vie contemporaine, établir des répertoires et proposer des reconstitutions archéologiques, telles sont les tâches qui occupent de façon obsédante les trente dernières années de la vie de Piranèse. Il ne lui en faut pas moins pour terminer les deux volumes des Vedute di Roma, commencées en 1748 et parues l'année de sa mort. Entre-temps, il achève les 4 tomes des Antichità romane, qu'il publie en 1756 ; il donne une forme encore plus tourmentée et angoissante à ses visions dans la seconde version des Carceri d'invenzioni, gravés et publiés en 1760-61 ; il édite son principal traité théorique : Della magnificenza ed architettura dei Romani, illustré de 38 planches qui commentent de façon éloquente la thèse soutenue par l'auteur, à savoir que, " en fait d'architecture, les Romains n'ont été redevables que de peu ou de rien aux Grecs " (1761) ; il joint la spéléologie à l'archéologie pour réaliser l'ouvrage Descrizione e disegno dell'Emissario del Lago Albano (1762-1764), dont les 9 planches lui permettent de rattacher au réel les abîmes obscurs et souterrains de ses rêves ; il élargit son champ de recherches aux villes de Cori (Antichità di Cora, 1764) et de Paestum (Différentes Vues de l'ancienne ville de Pesto, 1778) ; il rassemble les recueils Diverse Maniere d'adornare i camini ed ogni altra parte degli edifizi (1769) et Vasi, Candelabri, Cippi, Sarcofagi, Tripodi, Lucerne ed Ornamenti antichi (1778), destinés à devenir dans toute l'Europe l'un des répertoires les plus importants des motifs du Néo-Classicisme.

   La personnalité de Piranèse occupa une place assez particulière dans la culture européenne du XVIIIe s. : tout en s'opposant à la légèreté frivole du Rococo, l'artiste refusa les idéaux simplistes auxquels semblait vouloir s'arrêter l'archéologie au moment où elle prenait forme de discipline scientifique. La portée philosophique de son œuvre, visant à saisir les aspects contingents de l'histoire pour les revitaliser à travers l'image que lui en offrait sa conscience d'homme moderne, fut fondamentale pour les générations qui le suivirent ; sans doute n'a-t-elle pas encore cessé, aujourd'hui, d'exercer son influence. L'érudition récente a mis en valeur le rôle qu'il exerça sur les jeunes Français à Rome (Desprez, Legeay, Le Lorrain).

   Piranèse fut un admirable dessinateur, l'un des plus grands du XVIIIe s. italien avec Tiepolo. Ses dessins, généralement à la plume et au lavis, parfois à la sanguine, sont le plus souvent des études d'ensemble ou de détails (personnages), préparant plus ou moins directement ses vues gravées. Griffant le papier avec une vivacité et parfois une nervosité stupéfiantes, jouant, comme dans ses estampes, des contrastes lumineux fournis par l'opposition de traits minces et de zones fortement encrées, Piranèse saisit la complexité d'un vaste paysage ou l'essentiel du geste d'un minuscule personnage avec la sûreté d'œil du visionnaire.

   Parmi les cabinets des dessins conservant des feuilles particulièrement impressionnantes, citons ceux de Hambourg, de Copenhague, de Berlin, du British Museum, des Offices, du Louvre et l'E. N. B. A. de Paris.