Identifiez-vous ou Créez un compte

chameau

Chameau
Chameau

En Asie centrale, « un chameau vaut 8 yacks, 9 chevaux ou 45 moutons ». Il porte près de 300 kg, franchit des cols enneigés. Dans les déserts brûlants d'Afrique ou du Proche-Orient, le dromadaire transporte une centaine de kilos ou résiste un mois sans eau. Chameau d'Asie à deux bosses ou dromadaire d'Afrique à une bosse, les chameaux de l'Ancien Monde sont originaires d'Amérique du Nord et domestiqués depuis des siècles.

Introduction

C'est en Amérique du Nord qu'est apparu, à la fin de l'éocène, le plus ancien ancêtre des chameaux. Ce Protylopus, dont on a retrouvé les fossiles datant de 40 à 50 millions d'années, n'était guère plus grand qu'un lièvre. Avec l'extension des savanes, la taille des animaux augmenta et leurs pieds s'adaptèrent à la marche sur les terrains meubles. À l'oligocène, il y a quelque 35 millions d'années, Poebrotherium avait la dimension d'un chevreuil et ressemblait nettement plus au chameau avec, notamment, les os des avant-bras soudés. Continuant d'évoluer, cette forme donna naissance, il y a entre 12 et 24 millions d'années, à différents rameaux, les uns à l'allure de gazelle (Stenomylus), les autres au long cou de girafe (Alticamelus), qui furent un moment florissants avant de s'éteindre, il y a entre 2 et 10 millions d'années. D'autres encore évoluèrent vers le genre Promacelus, puis Camelus. Ces derniers restaient confinés en Amérique du Nord, quand, il y a seulement de 2 à 3 millions d'années, une partie d'entre eux essaima dans l'Ancien Monde en passant par le détroit de Béring, alors asséché. Les précurseurs du chameau à deux bosses s'implantèrent dans l'est de l'Asie, tandis que ceux du chameau à une bosse, ou dromadaire, partirent vers l'Arabie et l'Afrique du Nord. Au pléistocène, d'autres camélidés quittèrent l'Amérique du Nord pour envahir les Andes. Ils donnèrent les lamas et les vigognes. L'une des dernières populations de camélidés du continent nord-américain, Camelops hesternus, ou « chameau d'hier », disparut il y a entre 10 000 à 12 000 ans.

Aujourd'hui, on appelle généralement chameaux les quelque 17 millions d'animaux du genre Camelus vivant dans le monde, dont les neuf dixièmes sont pourtant des dromadaires. Les trois quarts habitent l'Afrique et sont domestiqués depuis les temps préhistoriques. Seuls quelques dromadaires, introduits en Australie au xixe siècle, ont retrouvé une totale liberté. Quant aux chameaux à deux bosses, ils ne se rencontrent plus qu'en Afghanistan, en Asie centrale, en Chine,  en Iran,  en Mongolie et en Turquie. Et ils sont à peine un millier à vivre dans le désert de Gobi.

La vie des chameaux

L'art de préserver la moindre humidité

Le chameau peut résister, dans la fournaise du désert, dix fois plus longtemps que l'homme et quatre fois plus que l'âne. Sa haute taille est un premier avantage : quand il se repose face à la lumière, une grande surface de son corps est moins exposée au soleil. Dans les déserts chauds, les dromadaires sont, en outre, relativement clairs pour favoriser la réflexion des rayons du soleil et diminuer d'autant leur effet de chaleur. Leur toison, épaisse, même en été, les protège de la chaleur le jour et du froid la nuit : les poils maintiennent une couche d'air tempéré entre la peau et l'air extérieur.

Le chameau est aussi le seul animal à supporter facilement que sa température interne passe, entre la nuit et le jour, de 34 à 40 °C, voire à 41 °C. Alors, seulement, les glandes sudoripares réparties à la surface de son corps produisent la sueur qui rafraîchit rapidement le corps de l'animal. Cette dépense parcimonieuse de l'eau se retrouve au niveau de ses fèces, très sèches, et de son urine, très concentrée. Dans le désert, l'air est sec, et le sable porté par les vents s'insinue partout. Le chameau s'en protège en fermant les narines à volonté. De plus, l'air inspiré s'humidifie et se tempère dans les volumineuses cavités nasales de l'animal, avant de descendre dans les poumons, tandis que la fermeture des narines permet à l'air expiré de libérer son humidité avant d'être expulsé.

Sobre comme un chameau

La réputation de sobriété du chameau réside dans le peu d'eau qu'il absorbe et surtout dans son étonnante faculté à rester sans boire de nombreux jours durant. Le chameau est extrêmement résistant à la déshydratation : il peut perdre 20 % de son poids d'eau sans ressentir de troubles physiques (alors que si l'homme en perd 10 %, il souffre atrocement, et s'il dépasse 12 %, c'est la mort assurée). Quand le chameau élimine le quart de son poids par la transpiration, la teneur en eau de son sang ne s'abaisse que d'un dixième. Ce sang reste suffisamment fluide pour continuer à remplir son rôle de vecteur d'oxygène. Le secret de cette fluidité réside dans les globules rouges du chameau, tout petits, très nombreux (132,5 millions par mm3) et, surtout, ovales, une caractéristique des camélidés (chameaux et lamas). Ils s'arrondissent lorsque le chameau fait provision d'eau.

Au pas ou au galop, le chameau marche l'amble

Au pas ou au galop, le chameau marche l'amble



Doté de longues jambes terminées chacune par deux doigts uniques sur lesquels il prend appui, le chameau marche sans peine dans le désert grâce à des coussinets élastiques qui isolent son pied de la chaleur du sol et l'empêchent de s'enfoncer dans le sable. Son allure normale est l'amble, c'est-à-dire qu'il se déplace en levant en même temps les deux jambes du même côté. Au pas, il peut parcourir de 30 à 40 km par jour, au rythme de 3,5 km/h. Au pas ou au galop, toujours à l'amble, le chameau atteint 25 km/h, mais il ne peut tenir cette vitesse très longtemps.

Un régime herbivore souffrant quelques êcarts

Pour se nourrir dans le désert, où les saisons sont peu marquées et les rares pluies imprévisibles, le chameau doit profiter au mieux de toutes les espèces qu'il rencontre, afin de constituer des réserves en prévision des longues périodes de disette. Mais, alors que le mouton ou la chèvre ont tendance à épuiser la végétation, le chameau semble soucieux de préserver son environnement. Il se déplace sans cesse et ne broute qu'une bouchée par plante, ce qui semble en activer la repousse. Seuls les acacias souffrent du passage successif de trop nombreux chameaux.

En un peu moins de trois heures, un chameau peut ainsi parcourir 5 km à la recherche de sa nourriture. Si la densité végétale est faible, les animaux d'un même troupeau se dispersent davantage, semblant ainsi adapter leur pression de cueillette à la végétation. Par jour, un chameau de 300 à 500 kg consomme de 10 à 20 kg environ de matière végétale fraîche (soit de 5 à 10 kg de matière sèche), ce qui est relativement peu par rapport à sa taille. S'il travaille, il lui faudra en absorber de 30 à 50 kg. En temps normal, le chameau passe de 8 à 12 heures par jour à se nourrir.

La gamme des espèces végétales qu'il consomme est très vaste, depuis les plantes saisonnières, qui bouclent leur cycle végétatif en une semaine après une pluie, jusqu'aux buissons et aux arbres. Il profite au maximum de la diversité, mais il peut aussi se contenter d'une seule espèce, là où il n'y en a pas d'autres. Sa bouche et ses larges lèvres lui permettent de cueillir de nombreuses plantes, y compris des épineux. Son estomac de ruminant transforme en substances assimilables des aliments parfois assez pauvres.

Du liseron au poisson

Les plantes qui apparaissent rapidement après une pluie sont appelées « éphémérophytes » par les scientifiques et « acheb » par les Sahariens. Les chameaux savent en profiter, qu'il s'agisse de convolvulacées, comme certains liserons du désert, de plantaginacées ou de graminées. Parmi ces dernières, l'une des plus prisées par les chameaux et des plus répandues est le sbot (Aristida pungens), présent dans toutes les régions désertiques, du Sahara occidental à l'Asie. Le chameau le mange aussi bien frais, après les pluies, que sec, alors qu'il ne contient plus que 5 % d'humidité mais reste riche en minéraux qui stimulent la lactation. Malgré leurs piquants impressionnants, le chameau broute aussi avec avidité les acacias, dont il cueille les pousses jusqu'à 3,5 m au-dessus du sol. Il est également réputé pour manger des plantes salées, ou halophytes, que peu d'autres espèces animales consomment.

Quelquefois, les chameaux font une entorse à leur régime exclusivement herbivore pour consommer des éléments animaux. Ils mâchent de vieux os ou des morceaux de gazelles desséchées au soleil, probablement pour y trouver un complément minéral phosphocalcique. Dans le sud de la péninsule arabique, on les voit également ingurgiter des restes de poissons, que leur abandonnent les pêcheurs côtiers.

Plusieurs jours sans boire

Plusieurs jours sans boire



Les chercheurs Schmidt-Nielsen, Jarnum et Houpt ont étudié les variations de température corporelle chez des chameaux. Cette étude, réalisée en juin 1954, alors que la température extérieure variait entre 35 et 40 °C, montre que l'animal résiste bien à la chaleur, même pendant plusieurs jours, sans boire. Mais sa température subit de plus grandes variations – au-dessous de 35 °C et au-dessus de 41 °C – lorsqu'il est privé d'eau que lorsqu'il peut boire à volonté.

En cas de disette, la réserve nutritive accumulée sous forme de graisse dans la bosse fournit des lipides mais aussi de l'eau, par la combinaison de l'hydrogène des lipides avec l'oxygène de l'air inspiré. La bosse, qui pèse de 10 à 15 kg pleine, diminue alors en taille et en volume.

Des combats à mort entre mâles

Les chameaux peuvent s'accoupler à tout moment de l'année, mais il existe toutefois une époque plus favorable qui varie selon les régions et fait coïncider la période des mises-bas avec celle où la végétation est abondante. La saison des amours est assez mouvementée : les mâles deviennent très agressifs. Leur état d'excitation se traduit par des grincements de dents, une abondante salivation et un écoulement des glandes épidermiques qu'ils possèdent (ainsi que les femelles) sur l'occiput et qu'ils frottent sur leurs épaules, le cou renversé en arrière. Ils urinent fréquemment, les pattes arrière écartées et la tête relevée le plus haut possible. Ils s'affrontent souvent dans des combats violents, au cours desquels ils se mordent parfois jusqu'à la mort. Leurs dents sont puissantes et leur grande capacité d'ouverture de la bouche (plus que chez tout autre ruminant) leur permet de saisir à pleine gueule la tête de leur rival. Ils se battent debout, mais peuvent finir couchés, au bord de l'asphyxie, cherchant toujours à se mordre au cou ou à la tête...

S'approchant des femelles, les mâles reniflent leur région génitale, puis, relevant la tête, ils font cette grimace caractéristique, le flehmen, qui met l'urine de leur partenaire en contact avec une glande qu'ils ont dans le palais et qui leur permet de savoir, grâce à une sorte de dosage hormonal, si la femelle est réceptive. Si c'est le cas, la chamelle se couche spontanément. Et le mâle monte sur elle, pattes arrière repliées, pattes avant appuyées sur le sol de chaque côté de sa partenaire. Les camélidés sont en effet les seuls mammifères à s'accoupler en décubitus, c'est-à-dire en se couchant sur le sol.

L'accouplement peut durer de 10 à 20 minutes, durant lesquelles les deux animaux sont assez bruyants. Le mâle exhibe régulièrement le voile de son palais (« dulaa »), qui pend alors de sa bouche comme un ballon de baudruche et lui sert à émettre des sons qui ressemblent à des gargouillements. On dit que le chameau blatère.

Un chamelon tous les deux ans

Après 390 jours de gestation, la femelle donne naissance, souvent en position debout, et, presque toujours, à un seul et unique petit, que l'on appelle chamelon, même lorsqu'il s'agit d'un jeune dromadaire. Pesant de 25 à 50 kg, le nouveau-né mesure 1,20 m environ, de sa petite bosse au sol. La chamelle ne lèche pas son petit après sa venue au monde, mais elle le renifle intensément. De même, elle n'avale pas le placenta.

Durant les toutes premières heures de sa vie, le chamelon apprend à se tenir debout et à trouver la mamelle de sa mère, qui comporte quatre tétons (les deux tétons antérieurs étant plus développés que les deux tétons postérieurs). Dès le lendemain de sa naissance, il peut suivre sa mère au pâturage ou se joindre au troupeau.

Le lait de la chamelle, très riche et très concentré, est composé d'eau (environ 87 %) ; de matière grasse et de lactose (représentant chacun à peu près 3 à 5,5 %) ; de protéines (entre 3 et 4 %) et de cendres (de 0,6 à 0,8 %). La femelle peut produire 15 litres de lait par jour, mais la moyenne sur une période de 9 à 18 mois est de 6 litres par jour. Le sevrage naturel aurait probablement lieu après un an, mais, l'homme entrant en compétition avec le chamelon pour le lait, ce dernier se trouve sevré à un an. Dès que le chamelon a entre 7 et 10 mois, le chamelier protège la mamelle par un filet pour l'empêcher de boire à sa guise. Ayant goûté à la nourriture solide dès l'âge de 3 mois, le jeune animal se laisse d'habitude facilement sevrer, mais on a vu pourtant certains chamelons âgés de 2 ou 3 ans chercher encore à téter le lait de leur mère.

Joutes de chamelons

Les petits chameaux sont assez joueurs et semblent prendre un plaisir évident à enjamber leur mère couchée. À l'âge de 4 ou 5 semaines, ils commencent à s'affronter entre eux. Les joutes consistent essentiellement à se mordiller les jambes et le cou, ainsi qu'à se bousculer, les jeunes mâles s'y adonnant davantage que les jeunes femelles. On retrouve encore ces simulacres de combats chez les mâles âgés de 5 à 6 ans, en dehors de la période du rut.

Les mâles deviennent matures à 4 ou 5 ans, les femelles vers 3 ou 4 ans. Elles ne portent en général qu'un petit tous les deux ans, sauf si une nourriture particulièrement riche permet deux gestations rapprochées. Certaines femelles peuvent encore se reproduire à l'âge de 30 ans.

Une propension naturelle au harem

Une propension naturelle au harem



Lorsqu'on laisse les chameaux libres quelques mois par an, souvent pendant la saison chaude et avant le rut, on peut observer la manière dont ils reforment spontanément des petits groupes de 6 à 30 animaux. Ces groupes sont le plus souvent constitués d'un mâle adulte et de plusieurs femelles, accompagnées ou non de jeunes. Les mâles en surnombre vivent solitaires. Mais, en dehors de cette structure sociale de type harem monomâle, on peut aussi rencontrer des groupes de femelles et de jeunes sans mâles et des groupes de mâles adultes.

Pour tout savoir sur les chameaux

Dromadaire (Camelus dromedarius)

Le dromadaire a une silhouette bien caractéristique, avec sa bosse unique, son long cou incurvé et la présence de callosités sur les pattes avant et arrière, ainsi que sur le sternum.

Son unique bosse est plus ou moins haute, selon que l'animal est bien nourri ou à jeun depuis plusieurs jours, voire quelques semaines. Mais elle reste toujours verticale, à la différence de celle du chameau de Bactriane qui ploie quand elle se vide. Une deuxième bosse, antérieure, existe chez l'embryon, mais, chez le dromadaire, elle ne se développe pas.

On a souvent prêté au chameau un air hautain, qui tient, en réalité, à de simples dispositions anatomiques : son cou assez long porte la tête haute, si bien qu'au repos le nez de l'animal est souvent plus élevé que ses yeux.

Habitant des paysages ouverts du désert, le chameau possède une bonne vue. Ses paupières bordées de longs cils protègent ses yeux des vents de sable. Son odorat lui sert essentiellement à reconnaître ses congénères : membre du groupe, couple mère-jeune, état reproducteur des femelles et des mâles. Il semble que les chameaux soient capables de se sentir à plusieurs kilomètres de distance. L'ouïe est normalement développée. La taille, relativement modeste, des pavillons et les poils internes assurent une protection de l'oreille contre le sable. Peu bruyant, le chameau blatère.

Le chameau adulte a 34 dents (soit par demi-mâchoire : 1/3 incisives, 1/1 canine, 3/2 prémolaires et 3/3 molaires). La paire d'incisives supérieures ressemble à de petits crocs. Les canines mesurent jusqu'à 4 cm de long. Les animaux se servent de ces dents acérées pour cueillir leur nourriture, mais aussi pour combattre entre mâles. Le chamelon possède 22 dents de lait. L'âge de leur remplacement, puis l'usure des dents adultes permettent de reconnaître approximativement l'âge des animaux jusqu'à 7 ans. Au-delà, la distinction devient difficile.

Les pattes du chameau sont longues et se terminent par deux doigts. La longueur de la patte postérieure paraît d'autant plus importante que le chameau n'a pas ce pli de peau qui va du genou au flanc et camoufle l'avant de la cuisse chez la plupart des quadrupèdes.

Les callosités que présente le chameau à l'articulation du carpe et du coude des pattes avant, au niveau du genou des pattes arrière et sur le sternum servent, peut-être, à protéger les parties de son corps sur lesquelles il s'appuie quand il est au repos. Ces callosités existent déjà chez le fœtus (des dromadaires et des chameaux de Bactriane domestiqués), mais sont absentes chez les derniers représentants sauvages de l'espèce, les chameaux de Bactriane vivant dans le désert de Gobi. Autant dire que ce fait a suscité de nombreux commentaires de la part des évolutionnistes !

DROMADAIRE

DROMADAIRE

Nom (genre, espèce) :

Camelus dromedarius

Famille :

Camélidés

Ordre :

Artiodactyles

Classe :

Mammifères

Identification :

Long cou, longues pattes, une bosse sur le dos ; couleur variable, du blanc presque pur au brun foncé ; le poil peut être long

Taille :

De 1,70 à 2,10 m au garrot, jusqu'à 2,30 m en haut de la bosse. Longueur tête et corps : environ 3 m ; queue : 35-55 cm

Poids :

De 400 à 700 kg. La femelle est plus légère que le mâle

Répartition :

Du Sahara occidental à l'Inde, à travers l'Afrique saharienne, la corne de l'Afrique et la péninsule arabique ; quelques introductions, dont l'Australie

Habitat :

Déserts et semi-déserts

Régime alimentaire :

Herbivore

Structure sociale :

Groupes unisexués et harems monomâles

Maturité sexuelle :

Mâles : 4-5 ans ; femelles : 3-4 ans

Saison de reproduction :

Naissances le plus souvent groupées au moment de la plus forte productivité végétale

Durée de gestation :

13 mois

Nombre de jeunes par portée :

1

Poids à la naissance :

De 25 à 50 kg

Longévité :

De 30 à 40 ans

Effectifs :

20 millions environ

Statut :

La forme sauvage a disparu au début des temps historiques et seule subsiste la forme domestique

 

Signes particuliers

Tête

Sa lèvre inférieure légèrement pendante et son port de tête habituel, qui met les narines plus haut que les yeux, confèrent au chameau une expression de moue hautaine. Sa lèvre supérieure est fendue, ce qui lui permet de brouter même des épineux. Ses narines peuvent se fermer à volonté et sont, ainsi que les yeux et les oreilles, protégées par des poils ou des cils contre les vents de sable. Pour user ses dents, qui poussent tout au long de sa vie, l'animal mâche des matériaux durs (bois, os).

Pied

Le pied ne comporte que 2 doigts. Les os du poignet (métacarpe et métatarse) sont soudés et forment le canon. La 3e phalange se termine par un ongle. La partie du pied qui repose sur le sol est formée de plusieurs coussinets composés d'acides gras non saturés, enveloppés dans des membranes de collagène, ce qui lui confère une certaine élasticité.

Callosités

Elles sont constituées d'une membrane épaisse de près de 7 mm, cornée et élastique, moins développées chez les jeunes.

Chameau de Bactriane (Camelus bactrianus)

La première caractéristique du chameau de Bactriane est d'avoir deux bosses. Bien verticales quand leur réserve graisseuse est au maximum, elles penchent d'un côte où de l'autre quand l'animal commence à jeûner, car la peau de son dos est moins élastique que celle du dromadaire. Pouvant atteindre 1,80 m à 2 m au garrot pour un poids de 500 à 700 kg, le chameau de Bactriane est plus lourd et moins haut sur pattes que son parent à une bosse. Sa silhouette relativement trapue est un des signes de son adaptation aux déserts froids de l'Asie centrale. Alors que le dromadaire ne peut vivre que dans les déserts chauds (où il fait néanmoins souvent 0 °C la nuit), le chameau de Bactriane supporte aussi facilement des températures de 50 °C en été et de – 25 °C en hiver. Sa longue fourrure, beaucoup plus fournie que celle du dromadaire, le protège alors du froid, puis les poils tombent par grosses touffes au printemps, au moment où l'animal mue.

Les derniers chameaux sauvages

Il existe peut-être un million et demi de chameaux de Bactriane entre la Mongolie, la Chine et la Turquie. À côté de cette population d'animaux domestiqués, on estime qu'il en subsiste moins d'un millier à l'état sauvage dont 600 en Chine et 350 en Mongolie (2004). L'espèce sauvage est classée par l'U.I.C.N. (Union internationale pour la conservation de la nature),  sous le nom de Camelus ferus, dans la catégorie « en danger critique d'extinction » depuis 2002.

Les chameaux de Bactriane sauvages sont moins lourds et ont une silhouette plus fine que leurs congénères domestiques. Leur pelage, relativement plus court, est toujours brun, leurs oreilles sont plus petites, leurs bosses, coniques et moins développées. Leurs pieds sont également plus petits. Mais, surtout, ils n'ont pas ces callosités au poitrail et aux pattes qui sont si caractéristiques des animaux domestiques.

Les derniers chameaux de Bactriane sauvages de Chine et de Mongolie se réduisent désormais à quelques sous-populations fragmentées. En Chine, l'espèce se maintient dans le Gashun Gobi (Gansu), le désert Taklamakan (Xinjiang, peut être éteinte aujourd'hui) ; au nord des montagnes Arjin Shan et dans les zones adjacentes de la Réserve nationale de Lop Nur ainsi que dans une zone strictement protégée du désert de Gobi (Mongolie intérieure). En Mongolie, l'espèce vit dans le désert de Gobi,  y compris les avant-monts de la chaîne de l'Edren, jusqu'au Mt Shiveet Ulaan, et dans une zone située entre la chaîne Hükh Tömörtei et la frontière sino-mongole.. Ils se nourrissent de plantes comme les tamaris, d'ail sauvage (Allium chrysantum), d'une chénopodiacée, le saxaoul (Haloxylon), et de peuplier Populus diversifolia. Ils peuvent tenir un mois sans boire, quand l'alimentation est suffisamment riche en eau. Pendant l'hiver, ils se rassemblent dans le fond des vallées, où la nourriture et l'eau abondent. Ils se déplacent alors en troupeaux habituellement constitués d'une trentaine d'animaux. Leurs caractéristiques biologiques sont proches de celles des chameaux domestiques. Leur maturité sexuelle se situe autour de 4 ou 5 ans, la gestation dure 13 mois ; et ils vivent entre 30 et 50 ans.

Même s'ils sont officiellement protégés par le gouvernement de la Chine, dont ils relèvent, ces derniers chameaux sauvages ont un avenir fort incertain. Avec un effectif si réduit, ils sont à la merci d'un puits asséché, d'un mauvais pâturage, ou de la concurrence des troupeaux des nomades...

Croisements entre dromadaires et chameaux

Les deux espèces se rencontrent ensemble, des rives orientales de la mer Noire à l'est de la mer d'Aral. Pendant longtemps, on a cru qu'elles étaient stériles l'une pour l'autre. En réalité, dromadaire et chameau de Bactriane se croisent, et, de plus, leurs hybrides sont féconds. De tels croisements, sans doute rares à l'état sauvage, se sont multipliés depuis l'intervention de l'homme. L'hybride a une silhouette un peu étrange avec sa bosse qui semble allongée. En fait, sa bosse arrière, celle du dromadaire, se prolonge dans une bosse avant peu individualisée. Mais les accouplements entre chameau et dromadaire ne sont pas toujours sans dangers. Le mâle de Bactriane, avec ses pattes plus courtes, peut perdre son équilibre sur une femelle dromadaire et tomber. Si la femelle est de Bactriane, le dromadaire mâle peut, avec son poids différemment réparti, blesser la deuxième bosse de sa partenaire qui, pour se dégager, roule sur le côté.

Milieu naturel et écologie

Des îles Canaries, à l'ouest, à l'Inde, à l'est, on estime la population mondiale de dromadaires à environ 20 millions d'individus (probablement davantage). Si, ces dernières décennies, leur nombre a fortement régressé dans certaines régions, notamment la Turquie, l'Iran et la Syrie, du fait de la sédentarisation forcée des nomades, et la Libye, du fait de la mécanisation, la population globale reste stable.

Environ 80 % des dromadaires habitent l'Afrique et le reste, l'Asie. À eux seuls, la Somalie et le Soudan totalisent environ 9 millions de têtes. La densité de chameaux, qui est, en moyenne, de 3,6 animaux par kilomètre carré en Afrique de l'Est, est de 8,7 animaux en Somalie. Les chiffres tombent à 0,4 dromadaire par kilomètre carré en Afrique de l'Ouest et à 0,14 en Afrique du Nord. Au Sahara, une surface moyenne de 12,5 km2 héberge un seul chameau ! En Asie, les chiffres varient de 1,7 dromadaire par kilomètre carré en Inde à 0,14 dans la péninsule arabique. Ces données reflètent les disponibilités alimentaires des différents milieux dans des zones d'élevage où les animaux doivent, pour l'essentiel, subvenir seuls à leur nourriture. Toutes ces régions se caractérisent par l'aridité de leur climat. La pluie y atteint rarement 500 mm par an, et souvent beaucoup moins. La température peut monter jusqu'à 50 °C dans la journée pour redescendre à près de 0 °C la nuit. À cette amplitude journalière très élevée s'ajoutent de forts écarts de température entre l'hiver et l'été. Le vent contribue également, pour une large part, à l'aridité du milieu où se rencontre le dromadaire. L'humidité relative de l'air y est parfois inférieure à 10 %.

Pour vivre et se maintenir dans cet écosystème désertique, le dromadaire pâture en marchant, ce qui, nous l'avons vu, favorise la repousse de la maigre végétation. En saison des pluies, il recherche le tapis herbacé vert et s'en nourrit le plus longtemps possible. En saison sèche, il délaisse les herbes jaunies pour consommer les rameaux d'arbres, même si leur densité est nettement moindre que celle des herbes. Prélevant de 1 à 20 g par bouchée, le dromadaire peut, en une heure de pâturage, ingérer de 2 à 3 kg de fourrage, quand les conditions sont favorables, et de 1 à 1,5 kg seulement, si la végétation est pauvre.

Une cohabitation facile

Le fait que le dromadaire n'opère, à chaque fois, qu'un prélèvement léger sur la végétation, à la différence du mouton ou de la chèvre, favorise sa cohabitation avec d'autres herbivores. Sur une grande partie de l'aire occupée par le chameau, on rencontrait, autrefois, diverses espèces de gazelles en Afrique et en Asie, l'oryx algazelle et l'addax en Afrique, l'oryx d'Arabie au Moyen-Orient. Leur différence de taille et d'habitat leur permettait d'éviter une trop grande concurrence alimentaire. Toutes ces espèces avaient ce même comportement évitant au maximum le surpâturage : elles prélevaient peu de nourriture à chaque endroit et prospectaient rapidement de larges surfaces. Victimes de la chasse et de la concurrence des troupeaux domestiques, gazelles, oryx et addax sont, de nos jours, très menacés ou au bord de l'extinction dans la nature.

À l'autre bout de la chaîne alimentaire, le chameau fait également vivre des petits animaux par ses excréments. Ces derniers sont pourtant extrêmement secs : ils ne contiennent qu'entre 40 et 60 % d'eau. Un chameau de 500 kg absorbant une nourriture sèche, ne perd que 2,5 kilos d'eau par jour dans ses fèces, alors qu'un bovin peut en éliminer de 20 à 40 litres dans le même temps ! Malgré cela, les excréments du chameau sont recyclés par toute une faune d'invertébrés et par des rongeurs comme les gerboises, qui sont capables d'en récupérer une partie de l'humidité.

Les chameaux et l'homme

« Vaisseaux du désert » et compagnons fidèles

Transportant à travers les déserts la soie, les épices, l'or ou le sel, les chameaux ont contribué à l'épanouissement de royaumes. Ils ont permis à l'homme de subsister dans les régions les plus désolées. En échange, l'homme les a aidés à trouver de l'eau.

Une domestication très ancienne

Sur les 17 millions de chameaux existant dans le monde, quelques centaines seulement sont restés sauvages... Tous les autres ont été domestiqués depuis des temps très anciens, même si l'espèce est une des dernières à avoir été soumise par l'homme.

Le sud de l'Arabie pourrait avoir été le refuge des derniers dromadaires sauvages et le site de leur domestication initiale. Sans savoir exactement ce qu'il en est, on peut supposer qu'un peuple présémite de pêcheurs et de chasseurs aurait apprivoisé des chameaux pour se nourrir de leur lait. Cela devait se passer il y a environ 4 000 ans avant notre ère dans la région de l'Hadramaout, du Mahrah et du Dhufar et dans celles qui forment actuellement le nord-est de la république démocratique du Yémen et le sud-ouest d'Oman. L'absence relative de prédateurs et la rareté des points d'eau facilitaient l'approche de l'animal par l'homme. Près de la côte, encore maintenant, les éleveurs de chameaux complètent la ration de leurs animaux avec des restes de poissons séchés, sardines ou requins. Ils sont les seuls à agir de la sorte, et l'on peut imaginer qu'autrefois ces mêmes restes de poissons servaient à attirer les dromadaires vers les pièges de capture. Quoi qu'il en soit, le sud de l'Arabie était très isolé du reste de la péninsule et l'expansion du dromadaire n'a commencé que quelques siècles plus tard, probablement vers le nord, d'une part, et vers la corne de l'Afrique, d'autre part, entre 2 500 et 1 500 ans avant notre ère. Les navires de l'époque ont parfaitement pu transporter hommes et bêtes de l'autre côté de la mer Rouge et du golfe d'Aden, vers la Somalie et même l'île de Socotora. La raison essentielle de l'élevage du chameau restait toujours la production de lait, mais le commerce de l'encens contribua également à son expansion.

Depuis la Somalie, le dromadaire a traversé l'Afrique le long de la bordure sud du Sahara jusqu'à la côte Atlantique, entre 1 500 et 500 ans avant notre ère. Par une autre route, il arriva en Égypte, en provenance de Palestine, et, le long des côtes, jusqu'au Maghreb.

La domestication du chameau de Bactriane se serait faite indépendamment de celle du dromadaire, il y a environ 4 500 ans, dans le nord-est de l'Iran et le sud-ouest du Turkestan. Des fouilles récentes faites à Sistan (est de l'Iran) ont mis au jour des os de chameaux, des excréments et des poils tissés qui témoignent sans doute d'un stade précoce du lent processus de domestication du chameau à deux bosses. L'espèce était alors, pense-t-on, au bord de l'extinction et fut sauvée par l'homme, qui vit en elle un puissant animal de trait. D'Iran, le chameau domestiqué se répandit dans le sud de l'Oural et dans le nord du Kazakhstan vers 1700-1200 avant J.-C., puis vers la Sibérie occidentale et l'Ukraine. Le chameau arriva en Chine seulement quelque 300 ans avant notre ère. Connu en Mésopotamie il y a 4 000 ans, le chameau de Bactriane domestique se répandit également dans le nord, l'est et l'ouest de l'Afghanistan et pénétra dans la vallée de l'Indus avec les Aryens.

La route de la soie et le croisement des chameaux

Sur les routes qui reliaient la Chine à l'Occident, et par où transitèrent non seulement la soie mais aussi les épices, le papier ou la porcelaine, les chameaux jouèrent un rôle très important. Les premières caravanes, qui, à l'époque des Parthes (iie et ier siècle avant J.-C.), se rendirent de Chine à Bagdad à travers les steppes désertiques d'Asie centrale et le nord de l'Iran, étaient constituées de chameaux à deux bosses. En Mésopotamie, ceux-ci rencontrèrent des dromadaires et se croisèrent avec eux. Les hybrides à une bosse auxquels ils donnèrent naissance s'avérèrent plus résistants et remplacèrent bientôt les chameaux à deux bosses sur la route de la soie, du moins jusqu'à la hauteur de l'Oxus, l'actuel Amou-Daria.

Un animal sans équivalent pour l'homme du désert

Dans l'écosystème du désert, le chameau joue un rôle essentiel, permettant aux tribus de se déplacer rapidement, à la recherche de nouveaux pâturages pour leurs chèvres ou leurs moutons. Le chameau porte le matériel, les tentes, les personnes, quelques animaux domestiques comme les volailles ou les agneaux, mais il nourrit aussi l'homme de son lait et de sa viande. Il lui donne également son poil et son cuir qui deviennent des vêtements, des tapis ou des abris. En échange, l'homme l'aide à trouver de l'eau.

La traite des chameaux est extrêmement répandue. Les chameliers protègent en général une des mamelles avec une résille, pour que le chamelon n'y touche pas. Certaines peuplades n'élèvent d'ailleurs les dromadaires que pour leur lait et pour transporter les tentes, lorsque le camp déménage. C'est le cas notamment des Somalis – qui habitent la Somalie et l'Ogaden –, pour qui le lait de chamelle constitue la nourriture de base.

Les chameaux trop âgés pour travailler sont abattus pour leur viande (ou à l'occasion de cérémonies), mais ce n'est pas partout le cas. Si, au Soudan et au nord du Kenya, on élève des chameaux uniquement pour leur viande, la chair de l'animal est taboue chez de nombreuses populations non musulmanes du Proche-Orient, notamment les juifs, les zoroastriens d'Iran, les mandéens d'Iraq et d'Iran, les nosairiens de Syrie et les coptes d'Égypte et d'Éthiopie.

La fourrure du dromadaire ne pousse pas uniformément sur la surface de son corps, elle est surtout développée sur la bosse, le dessus du dos et les épaules. Son commerce est peu important, comparé à celui de la fourrure du chameau de Bactriane. On en fait cependant des tentes, des couvertures et des vêtements. La production est en moyenne de 1 à 1,4 kg par dromadaire, alors qu'elle atteint 4,5 kg pour un chameau à deux bosses.

Le cuir du dromadaire est peu utilisé. Toute la peau de l'animal ne permet, dit-on, que de faire 6 paires de sandales. Le cuir sert essentiellement, en Égypte et au Moyen-Orient, à confectionner des objets pour touristes.

Peu à peu, au cours des siècles, les dromadaires sont devenus des races locales, avec des caractéristiques morphologiques qui distinguent des animaux mieux adaptés au trait, et d'autres à la selle. Les dromadaires de montagne sont petits, assez massifs et plus poilus que ceux de plaine. Parmi ces derniers, les dromadaires du désert sont plus fins et plus performants que les « riverine » ou dromadaires des bords de vallée. Les races les plus connues sont les bishari (Soudan et Erythrée), les benadir (Somalie), les reguibi (Mauritanie) et les rapides mehari (Hoggar), ces dromadaires blancs que les Touareg montent avec une selle posée devant la bosse, les pieds reposant sur l'encolure, alors que les Maures placent leur selle sur la bosse.

Caravanes du froid

Au Pamir, près de la frontière chinoise, ce sont des chameaux à deux bosses, capables de supporter les plus grands froids, qui, deux fois par hiver, forment encore des caravanes pour aller chercher du blé auprès des paysans Whakis qui habitent les vallées plus basses. Les Kirghiz qui les mènent les font marcher sur les rivières gelées, passer de hauts cols enneigés, longer des précipices vertigineux. De leur pas lent mais sûr, les puissants chameaux de Bactriane parcourent 200 km en neuf ou dix jours. « Un chamelier pour trois chameaux, un cheval par chamelier, telle est, en principe, la disposition de la caravane », racontent Roland et Sabrina Michaud, qui ont partagé pendant un mois la vie des caravaniers et qui en ont rapporté un superbe livre, Caravanes de Tartarie.

Pouvant transporter jusqu'à 280 kg de marchandises, donnant son lait, et, plus tard, sa viande, le chameau est l'animal le plus précieux pour les Kirghiz. Sa laine est si chaude et si moelleuse que les caravaniers surveillent leurs animaux la nuit de peur qu'on ne vienne leur voler quelques touffes de poils.

Des esclaves, de l'or et du sel...

Les caravanes d'esclaves existaient encore au xixe siècle, et, jusqu'en 1850, près de 5 000 esclaves quittaient, chaque année, la ville de Kano, au Nigeria. Mais les grandes caravanes, de quelques centaines à quelques milliers d'animaux, n'avaient pas que ce commerce pour but. Au xie siècle, l'ancien royaume de Ghana exportait d'extraordinaires quantités d'or vers le nord, au pas des chameaux, qui en portaient chacun, jusqu'à 130 kg. Au xiie siècle, les caravanes allaient du sud du Maroc au Ghana, pour échanger le sel contre de l'or, à poids égal. Seules les caravanes de sel subsistent encore, dans le sud du Sahara. Dans les mines de Idjil (Mauritanie), Taoudéni, Teghazza (Mali) ou Bilma (Niger), chaque dromadaire est chargé de quatre barres de sel, soit 140 kg. De Taoudéni à Tombouctou (700 km), le voyage dure trois semaines. En 1900, 50 000 dromadaires ont transporté 6 000 tonnes de sel. En 1950, 31 250 animaux en exportaient 3 750 tonnes ; en 1967, seulement 1 600 tonnes étaient commercialisées.

Des introductions réussies : aux Canaries et en Australie

Au début de l'ère chrétienne, la distribution du dromadaireétait pratiquement celle que nous connaissons aujourd'hui. L'animal, qui accompagne l'épopée islamique, voit néanmoins son implantation renforcée dans une grande partie de son aire géographique, notamment en Afrique du Nord, vers l'an 640, puis, à nouveau, vers l'an 1060. Le même mouvement le conduit en Espagne en 1020, en Sicile en 1059 et même sur les bords du Rhin en 1136. Mais ces quelques incursions en Europe sont restées sans lendemain. En revanche, en 1405, un propriétaire terrien d'origine normande réussit à introduire l'espèce dans les îles Canaries, où elle s'est maintenue jusqu'à nos jours. D'autres tentatives ont été faites pour acclimater le dromadaire aux États-Unis, en particulier près de la frontière du Mexique. L'essai, commencé en 1856, a tourné court dès 1866, au moment de la guerre civile américaine. Le Pérou, le Brésil, la Namibie, le Botswana et même l'Italie ont essayé d'importer des chameaux, avec des succès variés. On a même élevé des dromadaires en Toscane jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Mais l'absence de chameliers compétents a souvent été à l'origine des échecs.

Le seul pays, avec les Canaries, où l'implantation du chameau a véritablement réussi est l'Australie. Les descendants des animaux domestiqués introduits au xixe siècle constituent aujourd'hui la seule population au monde de dromadaires vivant à l'état sauvage. Après l'importation de quelques couples venus des Canaries, dès 1849, plusieurs autres arrivages se succédèrent venant des Indes britanniques, dont celui d'un groupe de 121 dromadaires partis de Karachi en 1866. Le succès de leur implantation est dû, pour une large part, aux chameliers baloutches (appelés « Afghans »), qui les accompagnaient. L'idée était de se servir des dromadaires pour faciliter l'exploration et la colonisation de cet immense continent aride qu'est l'Australie. Dans les années 1920, le troupeau, qui se montait à quelque 20 000 têtes, était aussi employé pour apporter des vivres aux communautés isolées de l'« outback » et pour transporter les matériaux nécessaires à la construction des premières lignes télégraphiques et des voies ferrées. Les transports furent mécanisés, peu après, et ces dromadaires furent remis en liberté. Dans les années 1970, le chercheur McKnight estimait qu'il ne restait plus qu'un petit nombre de dromadaires domestiques, utilisés par les aborigènes, tandis que 15 000 à 20 000 animaux environ étaient retournés à l'état sauvage et vivaient librement dans les terres arides du Centre et de l'Ouest. Cette population, qui atteint aujourd'hui environ 500 000 individus (et peut être même 1 000 000), est en augmentation, ce qui pose le problème de son contrôle en raison des dommages qu'elle peut causer à la végétation.