Ukraine
en ukrainien Oukraïna



État d'Europe orientale, l'Ukraine est bordée au nord par la Biélorussie, au nord-est et à l'est par la Russie, au sud par la mer d'Azov puis la mer Noire, la Moldavie et la Roumanie, au sud-ouest par la Hongrie, à l'ouest par la Slovaquie et la Pologne.
- Superficie : 604 000 km2
- Nombre d'habitants : 45 190 000 (estimation pour 2011)
- Nom des habitants : Ukrainiens
- Capitale : Kiev
- Langue : ukrainien
- Monnaie : hrivna
- Chef de l'État : Viktor Fedorovytch Ianoukovytch
- Chef du gouvernement : Mykola Ianovytch Azarov
- Nature de l'État : république à régime présidentiel
- Constitution :
- Adoption : 28 juin 1996
- Entrée en vigueur : 28 juin 1996
GÉOGRAPHIE
Des conditions naturelles sous-exploitées
L'Ukraine occupe la partie méridionale de la plaine russe, entre 52° de latitude nord et le littoral de la mer Noire et de la mer d'Azov. Elle est séparée de la Russie par une frontière de peuplement sans signification physique, orientée du sud-est au nord-ouest, entre les vallées du Donets et de la Desna. Une frontière de même caractère, dont le tracé recoupe le cours du Pripiat, la sépare de la Biélorussie. À l'ouest, l'Ukraine occidentale englobe la partie centrale des Carpates et la région transcarpatique qui appartient au bassin danubien. La frontière avec la Moldavie longe la vallée du Dniestr, puis rejoint le Danube en aval de Galaţi. La branche septentrionale du delta du fleuve (branche de Kilia) sert de frontière entre l'Ukraine et la Roumanie.
Comparable à la France par ses dimensions et sa densité moyenne de population, l'Ukraine possède de nombreux atouts : importante production agricole, réserves énergétiques (charbon, fer), etc. Mais, alors qu'elle produisait le quart des richesses de l'U.R.S.S., elle n'occupe aujourd'hui en Europe qu'une place négligeable. L'économie de la république indépendante est toujours en récession, les récoltes restent médiocres et la modernisation de l'important secteur industriel se fait toujours attendre.

La majorité du territoire ukrainien est recouvert par les très fertiles terres noires (tchernozem). La frange nord-ouest du pays partage avec la Biélorussie les marécages de Polésie et occupe le flanc sud de la steppe boisée. On cultive, sur ces sols podzoliques mal drainés, des céréales pauvres et des pommes de terre. Cette région est, par ailleurs, celle qui a le plus subi les retombées radioactives de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl. À partir de Kiev, une large bande centrale porte les meilleures terres, dont la mise en valeur a quasiment supprimé la végétation naturelle, faite de hautes graminées. Là se concentre la grande production agricole : céréales et betterave sucrière, mais aussi élevage. Ensuite, l'aridité s'accentue à l'approche de la mer Noire, les sols bruns, plus secs, permettant la culture du tournesol et du maïs. À proximité de la côte prédomine la steppe rase, où l'irrigation est nécessaire. La presqu'île montagneuse de Crimée, rattachée à l'Ukraine en 1954, est un pays de production maraîchère et fruitière, ainsi que de vignobles. Malgré la richesse agricole de l'Ukraine, le manque d'engrais et de ressources énergétiques explique la baisse de la part de l'agriculture dans le produit intérieur brut. La privatisation des terres, inégale et inachevée, participe également à ce piètre résultat dans l'un des secteurs fondamentaux de l'économie du pays.
Une population forgée par la domination russe
À la diversité des paysages de l'Ukraine correspond celle de son peuplement. Alors qu'à l'est, le Donbass industriel est peuplé de Russophones (22 %), l'Ukraine occidentale est, autour de Lviv (anciennement Lvov), une région beaucoup plus influencée par l'Europe centrale. Foyer de naissance de la Russie, qui l'a délaissée par la suite, l'Ukraine – le mot signifie « confins » en russe – a été longtemps méprisée et considérée comme simple « marche » de l'Empire russe. L'identité nationale s'est ainsi construite en réaction contre cette attitude du pouvoir central russe, dont la langue est encore majoritaire dans les grandes villes. L'unité du pays ne semble pas franchement menacée par cette présence russe, surtout depuis la reconnaissance officielle, par la Russie, des frontières ukrainiennes : les velléités indépendantistes de la Crimée semblent désormais écartées.
Sur le plan démographique, l'Ukraine, comme la plupart des républiques slaves de l'ex-U.R.S.S., voit sa population décliner, en raison de la baisse du niveau de vie et de l'augmentation de la mortalité infantile. Les services de santé, autrefois performants, se détériorent, tandis que le nombre de malades atteints de diphtérie et de tuberculose s'accroît. Les apports de l'immigration en provenance de l'ex-U.R.S.S. (retour des Tatars de Crimée, déportés par Staline) se tarissent, alors que l'émigration économique est en nette augmentation.
Urbanisation et industrie

L'Ukraine possède un solide réseau urbain : Kiev, la capitale millénaire – où fut fondé le royaume de Kiev, berceau du peuple russe –, compte 2,6 millions d'habitants et associe culture et éducation (université et centres de recherche) à la technologie de pointe (complexe militaro-industriel). Kharkiv (anciennement Kharkov), la ville ouvrière russe, possède 1,5 million d'habitants mais subit plus que toute autre l'éclatement de l'U.R.S.S. : la proximité de la frontière russe l'a privée d'une grande partie de sa zone d'attraction.
Le développement industriel est fondé sur la présence de ressources minérales et énergétiques abondantes et variées. Le gisement de Kryvyï Rih, ex-Krivoï-Rog, et celui, moins important, de la presqu'île de Kertch fournissent du minerai de fer. Outre le riche gisement de manganèse de Nikopol, le sous-sol ukrainien contient du sel gemme (Sloviansk), du sulfure de mercure, du graphite, des phosphorites. Du bassin minier du Donbass sont extraits du charbon, dont une grande partie est utilisée sur place pour la fabrication de coke, la carbochimie et la fourniture d'électricité. Les gisements de gaz naturel (Dachava, Chebelinka) sont restreints et les réserves de pétrole s'épuisent : l'Ukraine est devenue fortement dépendante sur le plan énergétique, ce qui explique les réticences gouvernementales à fermer la centrale de Tchernobyl, qui fournissait 10 % de la consommation électrique du pays. Tchernobyl a cependant définitivement arrêté sa production en 2000. La forte hausse des prix des hydrocarbures ex-soviétiques pèse considérablement sur la balance commerciale. Les hydrocarbures de Sibérie occidentale approvisionnent aujourd'hui les raffineries de Lyssytchansk et de Krementchouk. Si le développement industriel de l'Ukraine est ancien et très important, il avait été organisé pour les besoins de l'U.R.S.S. et de la Russie. La forte intégration de l'ancienne République socialiste soviétique d'Ukraine au complexe militaro-industriel soviétique constitue aujourd'hui un grand atout pour le pays indépendant, malgré des reconversions devenues indispensables. La structure de l'industrie est fortement marquée par les fabrications lourdes. Première base charbon-acier du pays, la région industrielle du Donets-Dniepr est formée de deux grandes concentrations industrielles économiquement et techniquement complémentaires : d'une part le Donbass, sur lequel se développent la sidérurgie, les constructions mécaniques (équipement minier, gros outillage industriel, matériel ferroviaire) et des industries chimiques de base (Donetsk et Louhansk sont les principaux pôles industriels) ; d'autre part l'axe industriel établi sur et près des rives du Dniepr, de Dnipropetrovsk à Krivoï-Rog ; à la sidérurgie, qui livre des aciers électriques et des aciers spéciaux, s'ajoute la métallurgie des non-ferreux (aluminium) et les constructions mécaniques (équipement industriel, machines-outils, moteurs, matériel agricole). Au N. de l'Ukraine industrielle, Kharkiv est un grand centre de constructions mécaniques (tracteurs, matériel de transport) et un nœud ferroviaire sur l'axe reliant le Donbass à la Russie centrale. Moins urbanisée et industrialisée, l'Ukraine occidentale compte quelques grands centres industriels dont le profil d'activité est plus différencié. C'est le cas de la capitale, Kiev, qui associe à la fabrication des biens d'équipement les industries légères et alimentaires, de Lviv (matériel de transport), de Vinnytsia, de Jytomyr, dont l'essor industriel a été rapide depuis les années 1950. Quelques grands ports, qui sont aussi d'importants centres industriels, animent la façade maritime. Odessa, dont l'activité industrielle est très diversifiée, demeure le principal port de la mer Noire, suivie par Mikolaïv et Kherson, à l'embouchure du Dniepr. Sur le littoral de la mer d'Azov, Marioupol reçoit et transforme le minerai de fer de la presqu'île de Kertch. La frontière maritime entre l'Ukraine et la Roumanie, dans la mer Noire, a été établie en 2009 par la Cour internationale de justice de La Haye. L'Ukraine a obtenu 2 700 km2 du plateau continental, qui recèle de grands gisements de gaz.
De nombreuses stations balnéaires (Yalta, Feodossia) jalonnent le littoral de la mer Noire (la « riviera criméenne »), qui jouit d'un climat méditerranéen. Sébastopol est le principal port d'attache de la flotte de guerre.
En 2008, confrontée à une grave crise économique, l'Ukraine obtient un prêt d'un montant de 16,4 milliards de dollars de la part du Fonds monétaire international (F.M.I.).
HISTOIRE
De l'État de Kiev à la domination polono-lituanienne
Les régions où se développa la nationalité ukrainienne à partir des xiiie-xive s. ont fait partie de l'État de Kiev (ixe-xiie s.) dont l'ensemble des territoires formait la « Rous », la « terre russe ». Ces régions constituent après le démembrement de l'État de Kiev au xiie s. les principautés de Kiev, de Galicie et de Volhynie sur la rive droite du Dniepr, celles de Pereïaslav, Tchernigov et Novgorod-Severski sur la rive gauche.
Les attaques incessantes des Polovtses (ou Coumans) à partir du milieu du xie s. poussent les habitants des régions de Kiev et de Pereïaslav à abandonner leurs terres et à gagner le Nord-Est (régions de Rostov-Souzdal), ou à chercher refuge dans les forêts de Polésie et de Volhynie, dans le bassin du Boug, en Galicie et sur les pentes des Carpates. Dans ces régions marginales, trois courants colonisateurs se rencontrent, celui des Slaves de l'Est que l'afflux des réfugiés vient renforcer, celui des Polonais et celui des Hongrois, maîtres du versant méridional des Carpates et qui s'emparent au xie s. de la Transcarpatie (qui portera le nom d'Ukraine subcarpatique). La Galicie, réunie à la Volhynie en 1199, recueille une bonne partie de l'élite de la société kievienne et connaît un grand essor. La région de Kiev est définitivement ruinée par les dévastations de la conquête mongole (1238-1240). En marge des territoires contrôlés par les Mongols, la Galicie, qui reconnaît leur suzeraineté, devient un foyer de civilisation slave et orthodoxe, ukrainien déjà par la langue parlée, ouvert aux influences occidentales qui pénètrent par la Pologne et la Hongrie.
Les territoires ukrainiens du Sud, ravagés et dépeuplés, sont annexés par le grand-duché de Lituanie dans les années 1350-1360, tandis que la Galicie-Volhynie est conquise par la Pologne (1348-1366). L'Ukraine occidentale est dès lors soumise à un processus de polonisation qui conduira à la disparition des catégories supérieures du peuple ukrainien. L'Ukraine orientale subit aussi l'influence polonaise après l'union des couronnes de Lituanie et de Pologne (Krewo, 1385). Les populations du grand-duché de Lituanie recherchent la protection de la Moscovie et de la Pologne contre les raids des Tatars de Crimée à partir du milieu du xve s. L'État moscovite annexe en 1500-1503 la majeure partie de la région de Tchernigov, tandis que les possessions ukrainiennes du grand-duché de Lituanie sont rattachées à la Couronne de Pologne par l'Union de Lublin (1569). Ainsi la majeure partie de l'Ukraine dépend-elle d'un État catholique. Le métropolite orthodoxe de Kiev et une partie du clergé ukrainien reconnaissent l'autorité du pape par l'Union de Brest (1596). La noblesse polonaise colonise les terres ukrainiennes, sur lesquelles s'établissent également des communautés juives.
Des libertés cosaques à l'intégration aux Empires russe et autrichien (xvie-xviiie s.)
Les cosaques jouent à partir du xvie s. un rôle déterminant dans l'histoire de l'Ukraine, et notamment dans la région du Dniepr. Ils appuient les résistances des paysans qui, pour fuir les contraintes imposées par les nobles polonais, gagnent les steppes méridionales et orientales. Certains s'établissent à l'intérieur des frontières moscovites et mettent en valeur la région où est fondée la forteresse cosaque de Kharkov vers 1655-1656 et qui portera le nom d'Ukraine Slobidska. Les cosaques se font aussi les champions de l'orthodoxie, à laquelle est restée fidèle la masse paysanne, et favorisent la résistance aux influences uniates.
À l'issue de plusieurs guerres entre cosaques et Polonais (1625-1637 ; 1648-1654), l'hetman Bogdan Khmelnitski se place sous la protection du tsar de Moscou (traité de Pereïaslav, 1654), suivant ainsi les tendances de la population à s'écarter de la Pologne. Désormais la population non cosaque de l'Ukraine orientale dépend de l'administration russe et le clergé ukrainien du patriarcat de Moscou. En 1667, le traité d'Androussovo entérine le partage de l'Ukraine entre la Pologne et la Russie, qui conserve la rive gauche du Dniepr et la région de Kiev. L'Ukraine de la rive droite du Dniepr subit les attaques des Ottomans, qui occupent la Podolie de 1672 à 1699 et conservent la Bucovine du Nord jusqu'en 1774. Elle se dépeuple au profit de l'Ukraine orientale où l'administration russe maintient la paix et où la setch des cosaques Zaporogues attire les fugitifs.
L'Ukraine orientale, gouvernée par un hetman, est peu à peu assimilée par l'État russe. La tentative de Mazeppa de constituer une Ukraine réunifiée et indépendante avec l'appui de la Pologne et de la Suède se solde par la défaite de Poltava (1709). Pierre le Grand crée en 1722 le collège de Petite-Russie pour contrôler les activités de l'hetman et de la starchina (c'est-à-dire des autorités cosaques). L'hetmanat est définitivement supprimé en 1764 ; la setch des Zaporogues est liquidée en 1775. Catherine II parachève l'assimilation administrative (création dans les années 1780 des gouvernements de Kiev, Tchernigov, Novgorod-Severski, Kharkov et Iekaterinoslav). Elle étend le servage à la majeure partie de l'Ukraine en 1783 et concède à la starchina les privilèges de la noblesse russe (1785).
À l'issue des partages de la Pologne de 1793 et de 1795, l'Ukraine est partagée entre l'Empire russe, qui annexe la rive droite du Dniepr, la Podolie et la Volhynie, et l'Empire autrichien, dont dépendent la Galicie, la Bucovine et l'Ukraine subcarpartique.
L'essor économique et le problème national (xixe-début du xxe s.)
L'établissement des Russes sur la mer Noire après la signature du traité de Kutchuk-Kaïnardji (1774) et l'annexion de la Crimée (1783) va permettre la mise en valeur de l'Ukraine méridionale, appelée « Nouvelle-Russie ». L'Ukraine connaît au xixe s. un développement remarquable de la culture du blé (que l'Empire russe exporte par les ports qu'il a fondés sur la mer Noire) et de la betterave à sucre, ainsi que, à partir de 1835-1840, des industries alimentaires, celle du sucre en particulier. L'essor rapide de l'extraction minière (houille du Donets, fer de Krivoï-Rog) et de l'industrie métallurgique à partir de 1870, grâce aux investissements des capitalistes étrangers, français, belges ou allemands, transforme l'Ukraine en la région industrielle la plus importante de l'Empire. Le développement économique de la fin du xixe s. entraîne un brassage de populations dans les villes, où la langue dominante est le russe alors que la campagne demeure ukrainienne. D'importantes communautés juives se sont développées malgré les massacres de 1648-1649, et elles constituent, au recensement de 1897, 30 % de la population des villes et des bourgs. Elles sont les victimes de pogroms particulièrement nombreux de 1881 à 1884, de 1903 à 1906 et de 1917 à 1921.
La première moitié du xixe s. est décisive pour le développement d'une conscience nationale dans l'Ukraine orientale. L'intelligentsia ukrainienne entreprend l'étude du folklore, du langage populaire et de l'histoire du pays. Elle participe aux mouvements d'opposition à l'absolutisme tsariste (complot décabriste, panslavisme libéral, populisme, organisation de gromada dans les villes). La première organisation ouvrière ukrainienne, l'union des ouvriers du sud de la Russie, est fondée à Odessa en 1875. Le gouvernement russe, proscrivant le terme d'Ukraine au profit de celui de Petite-Russie, adopte une attitude particulièrement répressive après l'insurrection polonaise de 1863. L'oukase d'Ems (1876), qui interdit d'imprimer des ouvrages en ukrainien, restera en vigueur jusqu'à la révolution de 1905.
Les Ukrainiens de Galicie conservent un certain nombre de libertés inconnues en Ukraine russe, tel l'emploi de la langue ukrainienne dans les écoles primaires. Mais, en dépit de la Constitution de 1860 et du statut de 1867, qui garantissent aux Ukrainiens des droits égaux à ceux des autres nationalités de l'Empire austro-hongrois, la Galicie orientale demeure dominée par une riche aristocratie polonaise et par une bourgeoisie urbaine polonaise ou juive.
L'Ukraine participe au mouvement révolutionnaire qui se développe dans l'Empire russe : troubles agraires de 1902, grèves ouvrières de 1900-1903 et révolution de 1905. Les libertés accordées en 1905 permettent au mouvement national ukrainien de se renforcer. Mais les tensions entre les Empires centraux et la Russie entraînent un durcissement du gouvernement russe. Lorsque les troupes russes occupent la Galicie orientale à l'automne 1914, elles lui infligent une brutale russification.
La guerre civile (1917-1920)
Après le déclenchement de la révolution russe à Petrograd et la chute du tsarisme, une Rada centrale est créée à Kiev en mars 1917 sous la présidence de Grouchevski. En désaccord avec le gouvernement provisoire, elle déclare en juin que l'Ukraine tout entière jouira d'un statut autonome sans se séparer de la Russie. Réprouvant la prise en pouvoir par les bolcheviks, la Rada centrale proclame à Kiev la « République populaire d'Ukraine » le 7 (20) novembre 1917. Les bolcheviks, qui ne sont solidement implantés que dans les villes industrielles de l'Est et du Sud, proclament à Kharkov la « République soviétique d'Ukraine » (11 [24] décembre 1917). La Rada riposte en déclarant l'indépendance de l'Ukraine (9 [22] janvier 1918), mais les troupes bolcheviks occupent toutes les grandes villes du pays en janvier-février 1918 et l'obligent à se réfugier à Jitomir.
La Rada envoie une délégation à Brest-Litovsk, qui signe le 26 janvier (8 février) 1918 une paix séparée avec l'Allemagne. Les Allemands occupent l'Ukraine en avril et, après y avoir dissous la Rada, restaurent l'hetmanat au profit de P.P. Skoropadski. La défaite de l'Allemagne entraîne la chute de l'hetmanat (décembre 1918) et permet le rétablissement à Kiev d'un gouvernement indépendant ukrainien présidé par Petlioura. À la même époque est proclamée à Lvov la République d'Ukraine occidentale, qui affirme son union au reste de l'Ukraine. Son territoire sera occupé en juillet 1919 par les troupes polonaises. La Bucovine du Nord a été annexée en novembre 1918 par la Roumanie. Durant les années 1919-1920, l'Ukraine orientale est le théâtre d'âpres combats entre les forces de Denikine, soutenues par l'Entente, l'Armée rouge, les forces nationales ukrainiennes, les bandes anarchistes de Makhno, les troupes polonaises, qui l'envahissent en mai 1920, et l'armée Wrangel, refoulée des régions méridionales et de la Crimée par les bolcheviks en octobre-novembre 1920.
L'Ukraine soviétique
La République soviétique d'Ukraine, proclamée en décembre 1917 à Kharkov, est liée à la Russie soviétique par un accord militaire et politique conclu en juin 1919. Reconnue par la Pologne au traité de Riga (mars 1921), elle adhère à l'Union soviétique en tant que république fédérée en décembre 1922.
Jusqu'au début des années 1930, les dirigeants bolcheviks y mettent en œuvre une politique d'« ukrainisation » destinée à faciliter la construction du socialisme. Cette politique repose sur l'usage officiel de la langue ukrainienne dans l'enseignement et dans l'administration et sur la promotion sociale du peuple. Le parti communiste de l'URSS impose une centralisation et un contrôle rigoureux de la vie politique et économique, tout en réfrénant le « chauvinisme de nation dominante » grand-russien et le nationalisme ukrainien. Au prix d'une collectivisation forcée de l'agriculture mise en œuvre en 1929 et d'une famine orchestrée par Staline en 1933 – qui fait 6 millions de morts –, le gouvernement soviétique impose les transformations sociales et économiques prévues par les premiers plans quinquennaux et fait ainsi avancer l'unification. Il s'oppose au développement du nationalisme en éliminant les cadres soviétiques ukrainiens lors des purges staliniennes de 1937-1938.
Conformément aux clauses du pacte germano-soviétique (août 1939), l'URSS annexe les territoires polonais peuplés d'Ukrainiens, ainsi que la Bucovine et la Bessarabie (1940), réalisant ainsi le rassemblement de la quasi-totalité de la nation ukrainienne. L'Ukraine est soumise à partir de 1941 à un régime d'occupation nazie très dur, dont les armées soviétiques la libèrent en 1943-1944. Durant la guerre, elle perd 4 millions d'hommes. L'Ukraine subcarpatique lui est cédée en 1945 par la Tchécoslovaquie et l'oblast de Crimée lui sera rattaché en 1954. L'Ukraine fait partie, en 1945, des membres fondateurs de l'Organisation des nations unies (ONU). L'après-guerre est marqué par une vague d'épurations touchant les anciens « collaborateurs », les « traîtres à la patrie », le clergé uniate, les nationalistes des régions récemment acquises par l'Ukraine (membres de l'UPA, l'armée insurrectionnelle ukrainienne), et partisans de Stepan Bandera. Les troubles persistent jusqu'en 1950.
Le rôle important joué par les Ukrainiens au niveau de la fédération soviétique s'accompagne d'une russification qui touche particulièrement les Ukrainiens vivant en dehors de leur territoire national. Dès 1986, la catastrophe de la centrale nucléaire de Tchernobyl – accélère le réveil national, qui se cristallise autour de la question de l'enseignement de l'ukrainien. Le Mouvement populaire pour la perestroïka (Roukh), fondé en 1989, obtient très vite une forte audience dans l'ouest du pays, qui reste le moins russifié et dont l'Église est majoritairement uniate. Les communistes remportent toutefois les élections du Soviet suprême de mars 1990, qui élit un apparatchik, Leonid Kravtchouk, à la présidence, en remplacement de Vladimir Chtcherbitski. L'échec du putsch de Moscou, les 19 et 21 août 1991, accélère l'histoire : trois jours plus tard, l'Ukraine, souveraine depuis juillet 1990, proclame son indépendance.
L'Ukraine à nouveau indépendante
Leonid Kravtchouk (1991-1994)
L'indépendance ne devient effective qu'à l'issue d'un référendum, qui se tient le 1er décembre 1991 et qui recueille 90,3 % de « oui ». Organisée le même jour, l'élection présidentielle est remportée par Leonid Kravtchouk, qui a entre-temps quitté le parti communiste, et qui obtient 61,6 % des voix. À partir de 1992, en raison de l'absence de stratégie cohérente de réformes, l'économie ukrainienne sombre rapidement sous les coups de l'hyperinflation et de la chute de la production. La montée de la pauvreté et la baisse considérable du niveau de vie provoquent de graves mécontentements sociaux.
Des élections anticipées sont rendues inévitables par l'obstruction parlementaire et la crise économique. Elles aboutissent à la victoire de l'ancien Premier ministre (octobre 1992-septembre 1993) Leonid Koutchma, qui est élu en juillet 1994 avec 52 % des suffrages sur un programme électoral qui prône un resserrement des liens, notamment économiques, avec la Russie et les pays de l'ex-URSS, programme qui lui vaut le soutien de la plupart des Russes résidant dans les régions orientales et méridionales du pays.
Leonid Koutchma (1994-2004)
Le président Leonid Koutchma met en place une stratégie active de réformes économiques et lance un plan de stabilisation, soutenu par le FMI. Cependant, les réformes se heurtent à l'opposition du Parlement (Verkhovna Rada), renouvelé au printemps 1994 et dont la majorité est conservatrice. L. Koutchma renforce alors ses pouvoirs grâce à l'adoption, en juin 1996, d'une nouvelle Constitution. Le succès du plan de stabilisation et l’introduction réussie d'une nouvelle monnaie – la hrivna (en remplacement du karbovanets) – permettent d'enrayer la crise économique mais n'annoncent toutefois pas la reprise. L'économie du pays stagne en raison de la lenteur des réformes structurelles (privatisations, réforme fiscale, réorganisation de l'administration) auxquelles le Parlement, dont la majorité conservatrice s'est renforcée suite aux élections législatives de mars 1998, s'oppose.
La crise financière russe d'août 1998 a des répercussions néfastes sur la fragile économie ukrainienne qui replonge dans le marasme. Des réformes en profondeur s'imposent mais la perspective de l'élection présidentielle de l'automne 1999 ne crée pas des conditions propices à l'adoption de mesures nécessaires pour l'amélioration de la situation économique du pays.
Réélu à la présidence de l'Ukraine en novembre 1999 avec 56,2 % des suffrages face au candidat communiste, Piotr Simonenko (soutenu par 37,8 % des électeurs), L. Kouchtma parvient à faire avaliser par le Parlement la candidature de Viktor Iouchtchenko, économiste réformateur et ancien gouverneur de la Banque nationale d'Ukraine, à la tête du gouvernement en décembre 1999. Les réformes économiques reprennent et contribuent au rédemarrage de la croissance à partir de 2000. Le conflit qui oppose les députés et le président ne s'apaise pas pour autant : L. Koutchma fait approuver, en avril 2000, par référendum à caractère consultatif une réforme constitutionnelle renforçant ses pouvoirs au détriment de ceux du Parlement. Le Conseil de l'Europe met en doute la légalité du scrutin.
La politique étrangère ukrainienne
Depuis son indépendance, l'Ukraine exprime sa volonté de mener une politique étrangère « multivectorielle » visant un équilibre entre un ancrage européen et des relations de bon voisinage avec la Russie.
L'intégration aux structures européennes et euro-atlantiques fait partie des priorités des dirigeants ukrainiens depuis le début des années 1990. La relation entre l'Ukraine et l'Union européenne se développe dans le cadre de l'Accord de partenariat et de coopération signé en juin 1994 (entré en vigueur en 1998). En avril 1996, L. Koutchma annonce que l'objectif de son pays est l'adhésion, à terme, à l'UE. L'Ukraine se rapproche de l'OTAN dès 1994 en participant au programme de coopération appelé « Partenariat pour la Paix ». Les relations s'intensifient avec la signature en juillet 1997 de la « Charte de partenariat spécifique » et l'établissement de la Commission OTAN-Ukraine. Après avoir soutenu l'élargissement à l'est de l'organisation en 1999, L. Koutchma affirme, en mai 2002, que l'objectif de l'Ukraine est une intégration pleine et entière à l'OTAN.
Membre-fondateur de la Communauté des États indépendants (CEI), l'Ukraine cherche, depuis l'indépendance, à améliorer ses relations avec la Russie. Au lendemain de la chute de l'URSS, deux questions centrales font obstacle au dialogue entre les deux pays : le statut de la Crimée et le partage de la flotte de la mer Noire dont la principale base navale se situe à Sébastopol. La question de la péninsule de Crimée, rattachée à l'Ukraine en 1954 par Nikita Khrouchtchev, majoritairement peuplée de Russes, cristallise les enjeux géopolitiques qui président aux relations entre les deux pays. Acceptant mal l'idée que la Crimée, territoire que beaucoup en Russie considèrent comme historiquement russe, puisse désormais être en terre étrangère, le Parlement remet en cause en 1992 et en 1993 l'appartenance de la péninsule et de la ville de Sébastopol à l'Ukraine. Lié au litige concernant le sort de la flotte de la mer Noire que la Russie refuse de céder à l'Ukraine, le contentieux provoque de graves tensions diplomatiques au début des années 1990. De 1992 à 1995, les négociations organisées afin de résoudre le problème de la flotte n'aboutissent à aucune solution durable. Ce n'est qu'en mai 1997 que sont signés trois grands accords sur le partage de la flotte de la mer Noire et sur la location pour vingt ans (jusqu'en 2017) du port militaire de Sébastopol à la Russie ainsi que le traité russo-ukrainien d'amitié, de coopération et de partanariat qui réaffirme la reconnaissance par la Russie des frontières de l'Ukraine. Sur le plan militaire, l'Ukraine, héritière d'un arsenal nucléaire important auquel elle décide de renoncer, a restitué celui-ci à la Russie entre 1992 et 1996. Signataire du traité START I, l'Ukraine achève le démantèlement de ses lanceurs de missiles en 2001.
L'accès à la présidence russe de Vladimir Poutine qui affiche sa volonté de renouer le dialogue avec les pays de la CEI, notamment avec l'Ukraine, entraîne un rapprochement entre les deux pays. Y contribuent également la grave crise politique interne que traverse l'Ukraine en 2000, la dégradation de l'image du pays et de celle de L. Koutchma dans les pays occidentaux. En novembre 2000, le président ukrainien est en effet impliqué dans le « scandale des cassettes » – des enregistrements sonores selon lesquels il aurait commandité l'assassinat, en septembre, d'un journaliste d'opposition, Gueorgui Gongadze – qui déclenche un fort mouvement de contestation populaire (« L'Ukraine sans Koutchma »), que le chef de l'État ne parvient pas à enrayer en dépit d'une série d'arrestations début 2001. En 2002, la communauté internationale accuse l'Ukraine d'avoir vendu des radars à l'Iraq, en violation de l'embargo de l'ONU. Affaibli sur la scène politique interne et internationale, L. Koutchma, dont le régime autoritaire, s'appuie sur un réseau d'oligarques liés en partie aux grands groupes énergétiques russes, cherche du soutien auprès de la Russie. En octobre 2000, le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Boris Tarassiouk, jugé trop favorable à l'Occident, est limogé. Toute une série d'accords russo-ukrainiens portant notamment sur la coopération spatiale, aéronautique et énergétique est conclue en février 2001. En avril, à la suite de l'adoption par le Parlement d'une motion de censure, les forces politico-oligarchiques obtiennent la démission du Premier ministre, V. Iouchtchenko – qui avait lancé, depuis sa nomination en décembre 1999, plusieurs réformes remettant en cause leurs privilèges –, puis son remplacement par l'un des leurs, Anatoli Kinakh, dirigeant de l'Union des industriels et des entrepreneurs ukrainiens (mai).
En février 2003, les présidents de Russie, Ukraine, Biélorussie et Kazakhstan concluent un accord de principe portant sur la création d'un « espace économique commun ». Mais le rapprochement russo-ukrainien du début des années 2000 est sérieusement entamé à l'automne 2003 suite à l'affaire de Touzla, petite île situé dans le détroit de Kertch (entre la mer d'Azov et la mer Noire). L'initiative russe de construire une digue afin de relier la presqu'île de Taman (Russie) et l'île de Touzla (Ukraine) relance la question des frontières et provoque une grave crise entre les deux pays. Face aux vives protestations des dirigeants ukrainiens, les autorités russes finissent par suspendre la construction de la digue mais obtiennent, selon l'accord signé le 24 décembre par V. Poutine et L. Koutchma, que le détroit soit placé sous une juridiction commune.
La « révolution orange »
C'est dans un contexte de menaces et d'intimidations à l'encontre des forces politiques de l'opposition que se tiennent les élections législatives du 31 mars 2002. Malgré une forte mobilisation de l'appareil administratif et le soutien de la Russie au bloc électoral pro-présidentiel, Pour une Ukraine Unie, le parti réformateur pro-occidental de l'ex-Premier ministre V. Iouchtchenko, Notre Ukraine, recueille le meilleur score (23,5 % des voix), mais il n'obtient que 112 sièges sur les 450 que compte la Rada. Aucune majorité viable n'étant sortie des urnes, les efforts pour former une coalition échouent.
L'opposition s'organise progressivement autour de l'alliance politique entre V. Iouchtchenko et Ioulia Tymochenko. Figure controversée en raison de son passé de femme d'affaires liée aux milieux des oligarques, cette dernière, qui avait participé au gouvernement Iouchtchenko en tant que vice-Premier ministre en charge du secteur énergétique, s'était alors distinguée en affrontant les clans oligarchiques proches du président. Depuis le limogeage de V. Iouchtchenko, la jeune femme incarne l'aile radicale de l'opposition et tente de convaincre l'ex-Premier ministre de prendre la tête de l'opposition en vue de l'élection présidentielle d'octobre 2004. Ses efforts aboutissent au printemps 2004 à un accord entre la coalition Notre Ukraine et le Bloc Ioulia Tymochenko (BIOUT).
Au terme d'une campagne électorale émaillée d'évènements troublants (dont le mystérieux empoisonnement qui laisse défiguré le candidat de l'opposition), le premier tour de l'élection présidentielle oppose, le 31 octobre, V. Iouchtchenko au Premier ministre, Viktor Ianoukovytch, candidat du pouvoir soutenu par le Kremlin. Marqué par des irrégularités dénoncées par les observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), le scrutin donne une légère avance à V. Iouchtchenko (39,9 % des voix contre 39,2 % à son rival). Au second tour, le 21 novembre, les sondages de sortie des urnes enregistrent un résultat radicalement différent du décompte officiel des voix, qui donne 3 % d'avance à V. Ianoukovytch. L'allégation de fraude électorale massive dans l'Est ukrainien, bastion de V. Ianoukovytch, confirmée par les observateurs de l'OSCE, provoque le refus de V. Iouchtchenko et de ses partisans d'accepter les résultats. Ce refus donne le signal aux manifestations de masse de l'opposition qui prennent le nom de « révolution orange ».
Le 24 novembre, l'Union européenne et l'OTAN se prononcent pour la révision du scrutin mais la Commission électorale centrale d'Ukraine annonce officiellement la victoire de V. Ianoukovytch (49,4 % contre 46,6 % à son opposant). Les États-Unis ne reconnaissent pas ces résultats ; la Russie manifeste son soutien inconditionnel à V. Ianoukovytch et le félicite de sa victoire. L'investiture du gagnant est toutefois reportée sine die en raison de la plainte déposée par V. Iouchtchenko devant la Cour suprême d'Ukraine.
Sous la pression de plusieurs centaines de milliers de manifestants regroupés sur la place de l'Indépendance à Kiev, de l'accumulation des preuves d'irrégularités entachant le scrutin et du climat de tension grandissant entre d'une part les États-Unis et les pays européens, favorables à un nouveau scrutin, et d'autre part, une Russie mécontente de l'implication des Occidentaux dans la crise, la Cour suprême décide d'invalider le second tour. À l'issue de la répétition du deuxième tour de l'élection, le 26 décembre, sous la surveillance de plus de 12 000 observateurs internationaux, V. Iouchtchenko l'emporte avec 51,9 % des voix devant V. Ianoukovytch (44,2 %), qui tente en vain de faire invalider le résultat.
L'ère Iouchtchenko
Déclaré vainqueur le 20 janvier 2005, V. Iouchtchenko et son gouvernement formé par I. Tymochenko, font face à d'immenses défis : engager de profondes réformes économiques et sociales pour mettre l'Ukraine – dont un quart de la population vit sous le seuil de pauvreté – sur le chemin du développement ; lutter contre la corruption et les pratiques opaques des milieux d'affaires qui rongent l'économie ; restaurer l'unité du pays, qui doit par ailleurs trouver un équilibre entre ses deux voisins, l'Europe et la Russie.
Soudé contre le régime précédent, le mouvement « orange » est loin d'être un bloc homogène, et les premières fissures ne tardent pas à apparaître. Dès janvier 2005, la question des « reprivatisations » des entreprises d'État acquises à bas prix, notamment par l'entourage de L. Koutchma, provoque un différend entre le gouvernement qui estime que 3 000 entreprises doivent être reprivatisées et le président qui n'en compte qu'une dizaine. L'entourage de V. Iouchtchenko est ensuite accusé par I. Tymochenko de corruption, notamment P. Porochenko, l'un des hommes d'affaires les plus fortunés d'Ukraine, qui avait été nommé par le président à la tête du Conseil national de sécurité. Alors que le pays est entré dans une phase de ralentissement de la croissance, cette lutte de clans bloque l'action du gouvernement, qui est limogé (tout comme le chef du Conseil national de sécurité) en septembre 2005. Pour obtenir l'investiture parlementaire de son nouveau Premier ministre, Iouryï Iekhanourov, V. Iouchtchenko doit négocier un compromis avec le parti des Régions de V. Ianoukovytch et s'engage, notamment, à étendre la loi d'amnistie aux membres des commissions électorales coupables de manipulations au profit de V. Ianoukovytch en 2004. Par ailleurs, il offre à l'opposition la direction d'une commission spéciale sur la privatisation et la lutte contre la corruption. L'investiture de I. Iekhanourov, obtenue grâce au soutien des députés du parti des Régions, conforte ce dernier.
Aux élections législatives de mars 2006, le parti des Régions obtient 32,1 % des suffrages devant le Bloc Ioulia Tymochenko (BIOUT, 22,2 %), le parti présidentiel Notre Ukraine étant relégué en troisième position avec 13,9 % des voix. Forte de son bon score, I. Tymochenko envisage de revenir au gouvernement. Une coalition gouvernementale « orange », difficilement mise en place après de longues négociations, éclate à nouveau le 6 juillet, jour de l'élection du chef du parti socialiste à la tête de la Rada avec l'aide de l'opposition. Ce rapprochement entre le chef du parti socialiste et le parti des Régions alliés aux communistes fait basculer la majorité à la Rada. V. Ianoukovytch est nommé à la tête d'une nouvelle coalition gouvernementale en août 2006.
Une crise ouverte éclate entre les différentes composantes politiques incapables de coopérer entre elles. En janvier 2007, le ministre des Affaires étrangères Boris Tarassiouk – un proche du président et partisan de l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN – est limogé par le chef du gouvernement. Selon la Constitution, la nomination du chef de la diplomatie relève du président, mais elle doit être approuvée par la Rada. Or, cett dernière refuse d'entériner le choix du président du successeur de Tarassiouk. En mars, le « débauchage » par la majorité parlementaire de 11 députés venant du parti présidentiel Notre Ukraine et du BIOUT ouvre une nouvelle crise. Par ce procédé anticonstitutionnel, le parti des Régions cherche à augmenter ses effectifs à la Rada, afin de pouvoir passer outre les veto présidentiels, voire destituer le président.
Le 2 avril 2007, V. Iouchtchenko dissout la Rada et convoque des élections législatives anticipées. Le parti des Régions remporte le scrutin du 30 septembre avec 34,3 % des voix, suivi de près par le BIOUT, 30,7 % et par Notre Ukraine-Autodéfense patriotique (NU-AP, 14,1 %) du président Iouchtchenko. Après avoir évoqué l'éventualité d'une alliance avec le parti des Régions, V. Iouchtchenko charge les partis du « camp orange » (BIOUT et NU-AP) de négocier un nouvel accord de coalition. À l’issue de longues tractations, une coalition de gouvernement, dirigée par I. Tymochenko, est formée en décembre. Depuis mai 2008, une guerre fraticide oppose le président Iouchtchenko et son Premier ministre I. Tymochenko. Cette dernière accuse notamment la présidence de bloquer l'adoption de lois contre une inflation galopante ; V. Iouchtchenko la soupçonnant de collusion avec Moscou et de chercher à amender la Constitution dans le but d'instaurer un régime parlementaire.
Entre Russie et Occident
Le rapprochement de l'Ukraine vers les institutions euro-atlantiques connaît de timides avancées, contrariées par les aléas de la vie politique interne, la réticence de la population ukrainienne plutôt favorable à une adhésion à l'Union européenne mais majoritairement opposée à une entrée dans l'OTAN, et par l'hostilité de la Russie, pour laquelle le maintien d'une sphère d'influence sur les marches de son ancien empire demeure la priorité.
Le plan d'action conclu en 2005 dans le cadre de la Politique européenne de voisinage permet d'intensifier le partenariat UE-Ukraine mais n'offre pas de perspective d'adhésion.
La victoire des forces orangistes aux élections législatives du 30 septembre 2007 permet au président Iouchtchenko de relancer le projet d'adhésion à l'OTAN. Toutefois, au sommet de Bucarest (avril 2008), l'Ukraine et la Géorgie doivent se contenter d'une invitation à maintenir leur candidature au Plan d'action en vue de l'adhésion, décision qui n'est pas sans lien avec l'hostilité très forte que suscite en Russie une éventuelle intégration de ces deux pays à l'OTAN.
Fin 2005, usant de l'arme énergétique que constitue l'approvisionnement en gaz, Moscou tente d'imposer à Kiev un quintuplement de ses tarifs et, face au refus ukrainien, suspend ses livraisons pendant plusieurs jours. Finalement, en vertu de l'accord du 4 janvier 2005, elle obtient, en contrepartie du doublement de son tarif, que l'Ukraine la reconnaisse comme son fournisseur exclusif. Outre les différends gaziers, la présence de la flotte russe de la mer Noire en Crimée donne régulièrement lieu à des querelles entre Kiev et Moscou : le montant du loyer que la Russie verse à l'Ukraine et que cette dernière souhaite réviser à la hausse ainsi que le souhait des autorités ukrainiennes de voir la flotte russe quitter définitivement Sébastopol à l'expiration du bail en 2017 sont des sources de tensions entre les deux pays.
Le 16 mai 2008, après quinze années de négociations complexes, l'Ukraine devient le 152e membre de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Saluée par les pays membres, l'entrée de l'Ukraine à l'OMC suscite quelques craintes à Moscou. En adhérant avant la Russie, qui a présenté sa candidature elle aussi en 1993, l'Ukraine, avec laquelle Moscou doit désormais engager des négociations bilatérales comme avec tous les États-membres, pourrait tenter de freiner le processus d'adhésion russe. Des craintes que V. Iouchtchenko et I. Tymochenko se sont toutefois employés à apaiser, l'un comme l'autre indiquant que l'Ukraine ne bloquerait pas l'adhésion de la Russie malgré les différends commerciaux qui subsistent.
Les répercussions du conflit russo-géorgien
Le conflit russo-géorgien, qui éclate en août 2008, a d'importantes répercussions en Ukraine. En matière de politique intérieure, il provoque une nouvelle crise entre le président et le gouvernement ukrainiens. Fin août, I. Tymochenko est accusée par l'entourage de V. Iouchtchenko (qui soutient ouvertement la Géorgie) de « haute trahison » et de connivence avec la Russie en raison de sa prise de position, jugée trop souple et tardive, à l'égard des événements dans le Caucase.
Le 3 septembre, après le retrait de son parti, Notre Ukraine-Autodéfense patriotique (NU-AP) de la coalition « orange » pour protester contre l'adoption d'une série de lois facilitant la procédure de destitution du chef de l'État et réduisant ses pouvoirs au profit de ceux du gouvernement, le président Iouchtchenko dénonce un « coup d'État parlementaire » et menace de décréter des élections anticipées. Le 16, la coalition vole en éclat : I. Tymochenko exerce ses fonctions par intérim jusqu'à la formation d'un nouveau gouvernement et le président du Parlement démissionne (le 17). Le 9 octobre, le président dissout le Parlement, ouvrant la voie vers de nouvelles élections législatives anticipées fixées au 7 décembre, alors que sa popularité et celle de son parti, Notre Ukraine, sont au plus bas. Le 11 novembre, confronté au rejet par les députés de son projet de loi sur le financement des élections législatives anticipées, le président annonce le report de celles-ci en 2009. La crise politique prend temporairement fin le 9 décembre 2008 : alors que le pays est durement touché par la crise économique, le président Iouchtchenko et son Premier ministre I. Tymochenko décident de former une nouvelle alliance incluant également le petit parti libéral de Volodymyr Litvine, élu le même jour à la présidence du Parlement.
En matière de politique étrangère, les hostilités russo-géorgiennes exacerbent les tensions avec la Russie. Le soutien inconditionnel de V. Iouchtchenko à son homologue géorgien, Mikhaïl Saakachvili, la publication, le 10 août, d'un communiqué du ministère des Affaires étrangères ukrainien menaçant d'interdire le retour à Sébastopol des navires de la flotte russe de la mer Noire jusqu'au règlement du conflit et la promulgation, le 13 août, par le président Iouchtchenko d'un décret exigeant que l'Ukraine soit informée de toute manœuvre navale ou aérienne au moins 72 heures à l'avance suscitent de très vives réactions de la part de la Russie qui accuse à son tour l'Ukraine d'avoir livré des armes à la Géorgie avant le conflit.
Les événements dans le Caucase incitent l'Union européenne à renforcer ses liens avec l'Ukraine. Elle lui propose, lors du sommet UE-Ukraine qui se tient à Paris le 9 septembre 2008, de signer un accord d'association qui devrait être conclu en 2009 et qui doit remplacer l'Accord de partenariat et de coopération mis en œuvre en 1998. Le Partenariat oriental lancé par l'UE à Prague en mai 2009 vise à approfondir les relations politiques et économiques avec six pays de l'ex-URSS, dont l'Ukraine.
L'Ukraine dans l'impasse ?
Durant les premiers mois de 2009, l'Ukraine est à nouveau déstabilisée par des relations tendues avec la Russie et par une crise politique interne qui ne cesse de s'aggraver. Un nouveau différend gazier éclate en janvier 2009 entre Moscou et Kiev. En raison d'un conflit sur les prix du gaz pour 2009 et sur les arriérés de paiement, la Russie suspend le 1er janvier ses livraisons de gaz à sa voisine. Le 7, elle interrompt le transit vers les pays européens accusant l'Ukraine de siphonner le gaz qui leur est destiné. Après trois semaines de crise qui affecte lourdement les pays d'Europe orientale, privés de gaz, les livraisons reprennent le 20 janvier suite à la signature d'un accord entre les sociétés énergétiques des deux pays, Gazprom et Naftogaz. Le contrat, conclu pour une période de dix ans, prévoit que le prix du gaz acheté par l'Ukraine à Gazprom et le prix du transit payé par la Russie à l'Ukraine seront alignés sur les tarifs européens à partir de 2010. Un rabais de 20 % sur le prix du gaz est toutefois accordé à l'Ukraine pour 2009 en contrepartie de la non-augmentation du prix du transit payé par la Russie en 2008. Signé à Moscou en présence de I. Tymochenko et du Premier ministre russe, V. Poutine, l'accord est vivement critiqué par le président ukrainien, notamment parce qu'il entraîne un doublement du tarif payé par l'Ukraine. Soupçonnée de chercher l'appui de Moscou pour l'élection présidentielle qui doit avoir lieu début 2010, I. Tymochenko se voit également reprocher sa politique économique, le président Iouchtchenko n'hésitant pas à rendre le Premier ministre personnellement responsable de la crise qui frappe le pays.
Depuis le début de l'année 2009, les démissions ou destitutions s'enchaînent tant au sein du gouvernement que dans l'entourage du président ukrainien. Le 12 février, Viktor Pynzenyk, le ministre des Finances démissionne en raison de désaccords avec I. Tymochenko concernant la politique économique du pays. Le 3 mars, le Parlement vote la destitution du ministre des Affaires étrangères, Volodymyr Ogryzko, jugé responsable, entre autres, de la détérioration des relations avec la Russie. Le 12 mai, c'est au tour du ministre de l'Intérieur, Iouryï Loutsenko, de présenter sa démission suite à une altercation que lui et son fils auraient eue avec les forces de police de l'aéroport de Francfort (Allemagne) qui les auraient empêchés de monter à bord d'un avion en raison, selon la presse allemande, de leur état d'ivresse avancé. Le 19 mai, Viktor Baloga, chef de l'Administration présidentielle depuis septembre 2006, démissionne de ses fonctions en raison de désaccords avec le président ukrainien. En juin, le ministre de la Défense I. Iekhanourov est limogé pour cause de corruption et de malversations.
L'élection présidentielle de 2010
Lancée en octobre 2009, la campagne électorale se déroule sur fond de rivalité politique chronique entre le président sortant et le Premier ministre I. Tymochenko, de grave crise économique et de règlements de compte entre les principaux prétendants.
La course à la présidentielle débute par un scandale, le parti des Régions dirigé par V. Ianoukovytch accusant plusieurs membres de l’équipe de I. Tymochenko d’être impliqués dans des affaires de pédophilie et de viol.
En novembre, l’épidémie de grippe A/H1N1 qui se propage en Ukraine est instrumentalisée par les principaux candidats, les uns et les autres se reprochant mutuellement de ne pas avoir pris les mesures préventives appropriées ou de semer la panique au sein de la population à des fins électorales.
La question de la gestion de la crise financière qui frappe durement le pays (le PIB de l’Ukraine a chuté de 15 % en 2009) est une autre pomme de discorde entre les candidats à l’élection présidentielle.
Le président sortant V. Iouchtchenko, qui a déçu l’électorat ukrainien par ses promesses de réformes non tenues, ne récolte que 4,5 % des suffrages lors du premier tour du scrutin qui a lieu le 17 janvier 2010. Il est largement devancé par ses deux principaux rivaux, V. Ianoukovytch qui arrive en tête du premier tour avec 35,3 % des votes et I. Tymochenko qui se place en deuxième position avec 25 % des suffrages. À l’issue du second tour organisé le 7 février 2010, V. Ianoukovytch remporte l’élection de justesse avec 48,9 % des votes. Distancée de seulement quelques points, I. Tymochenko, soutenue par 45,4 % des électeurs, a du mal à accepter sa défaite. Son équipe de campagne juge le scrutin frauduleux, des allégations qui ne sont toutefois pas retenues par les observateurs internationaux de l’OSCE et de l’Union européenne qui qualifient l’élection de transparente et honnête. Évincée par une motion de censure déposée contre son gouvernement, elle quitte son poste de Premier ministre (4 mars).
La présidence Ianoukovytch
L’arrivée au pouvoir de Viktor Ianoukovytch a de multiples répercussions sur la vie politique intérieure de l’Ukraine et sur les relations de cette dernière avec ses partenaires internationaux.
Politique intérieure : le recul de la démocratie
En matière de politique intérieure, les initiatives prises par le nouveau pouvoir entraînent un recul de la démocratie en Ukraine. L’un des évènements les plus marquants des premiers mois de la nouvelle présidence est l’annulation, le 1er octobre 2010, par la Cour suprême de la réforme constitutionnelle adoptée en décembre 2004 (lors de la révolution orange) qui avait accru les pouvoirs du Parlement au détriment de ceux du président. L'Ukraine retrouve donc un régime présidentiel fort, gage de stabilité politique selon l’entourage de V. Ianoukovytch mais perçu comme une dérive autoritaire du pouvoir par les membres de l’opposition.
Ceux-ci en sont d’autant plus convaincus que, depuis 2010, plusieurs d’entre eux font l’objet de poursuites judiciaires, jugées exagérées, pour abus de pouvoir ou détournement de fonds publics. C’est notamment le cas de I. Tymochenko, l’ancien Premier ministre et actuel chef de file de l’opposition est accusée, entre autres, d’abus de pouvoir lors de la conclusion de contrats gaziers avec la Russie en 2009. S’estimant victime d’un complot visant à l’écarter durablement de la scène politique en prévision des prochaines élections législatives (2012) et présidentielles (2015), I. Tymochenko dément formellement ces accusations et dépose un recours devant la Cour européenne des droits de l'homme. Les États-Unis et l’UE expriment également leurs inquiétudes face à ces actions pénales contre l’opposition, qualifiées de « disproportionnées » et de « politiquement motivées ».
Mais malgré les pressions internationales, I. Tymochenko, dont le procès début en juin 2011, est incarcérée en août puis condamnée en octobre à 7 ans d’emprisonnement. En décembre, alors que son état de santé est jugé précaire depuis plusieurs mois et que son appel est rejeté par la justice ukrainienne, elle est transférée dans une prison de la région de Kharkiv à l’Est du pays.
Depuis l’arrivée de V. Ianoukovytch à la tête de l’État ukrainien, l’évolution politique interne du pays est aussi marquée par des discriminations persistantes à l’encontre de certaines minorités ethniques (Roms et Tatars de Crimée notamment), un niveau élevé de corruption ou encore des défaillances observées lors du déroulement des élections locales fin octobre 2010. Selon plusieurs ONG de défense des droits de l’homme et des journalistes ukrainiens, les atteintes à la liberté d’expression et de la presse se sont multipliées depuis 2010. C’est ce que confirme l’organisation Freedom House dans son rapport 2011 sur la liberté dans le monde : l’Ukraine perd son statut de « pays libre » qu’elle avait obtenu en 2006 et qu’elle était le seul des États issus de l’ex-URSS à détenir.
Politique étrangère : le rapprochement avec la Russie et la poursuite du dialogue avec l'Union européenne
En politique étrangère, V. Ianoukovytch renoue d’emblée le dialogue avec la Russie qui s’était sensiblement détérioré sous la présidence Iouchtchenko (2004-2009). Le 21 avril 2010, le président ukrainien signe avec son homologue russe, Dmitri Medvedev, l’accord de Kharkiv : Kiev obtient une réduction de 30 % sur le prix du gaz pour les dix ans à venir en échange d’une prolongation, jusqu’en 2042, de la location par la Russie de la base navale de Sébastopol (Crimée).
Au lendemain de l'élection de V. Ianoukovytch, le rapprochement avec la Russie est très rapide et la coopération bilatérale s’intensifie dans de nombreux domaines (politique, économique, culturel, religieux). Le resserrement des liens avec Moscou est facilité par l’infléchissement de la position des autorités ukrainiennes sur la plupart des contentieux qui avaient provoqué de graves crises entre les deux pays durant le mandat de V. Iouchtchenko. La langue russe retrouve une place importante dans toutes les sphères de la vie publique ukrainienne (administration, médias, enseignement). Les querelles historiographiques à propos de la grande famine des années 1930 s'apaisent : si V. Iouchtchenko la qualifiait de génocide contre le peuple ukrainien, V. Ianoukovytch la considère comme une tragédie qui a touché l’ensemble des peuples appartenant à l’époque à l’espace soviétique.
Le frein que Kiev entend mettre au partenariat avec l’OTAN est également une source de satisfaction en Russie : la coopération entre l'Ukraine et l'Alliance atlantique se poursuit mais la question d’une éventuelle adhésion du pays à l’OTAN n’est plus d’actualité, le Parlement ukrainien ayant adopté à l’été 2010 une loi sur les fondements de la politique intérieure et extérieure du pays qui stipule le statut hors-bloc de l’Ukraine.
Mais le dialogue renoué avec Moscou n’entraîne pas la disparition de toutes les tensions entre les deux États : le refus de l’Ukraine d’adhérer à l’union douanière formée par la Russie, le Kazakhstan et la Biélorussie ou encore l’insistance dont Kiev fait preuve pour obtenir une nouvelle réévaluation à la baisse des tarifs du gaz demeurent des sujets de désaccord avec la Russie. Par ailleurs, cette dernière accepte mal que l’Ukraine continue d’œuvrer pour s’intégrer à l’Union européenne.
Car s’il souhaite des relations apaisées avec Moscou, V. Ianoukovytch n’entend pas pour autant renoncer à la poursuite du dialogue et de la coopération avec Bruxelles. Le président ukrainien a rappelé, à maintes reprises depuis son élection, que l’adhésion de l’Ukraine à l’UE restait l’objectif prioritaire. Les négociations bilatérales (entamées en 2007) pour la conclusion d’un nouvel accord d’association et la création d’une zone de libre-échange progressent de manière significative depuis 2010. L’approfondissement des liens entre Kiev et Bruxelles est toutefois freiné par l’évolution politique interne du pays. Lors du sommet bilatéral UE-Ukraine de décembre 2011, les dirigeants européens, préoccupés par l’affaire Tymochenko et, d’une manière générale, par le peu d’efforts fournis par Kiev pour faire respecter l’État de droit, reportent la signature du nouvel accord d’association à une date ultérieure.

