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Moldavie

en moldave Moldova

Nom officiel : République de Moldavie

Carton de situation - Moldavie
Drapeau de la Moldavie
Drapeau de la Moldavie

État d'Europe orientale, la Moldavie est bordée au nord, à l'est et au sud par l'Ukraine et à l'ouest par la Roumanie. Elle est comprise entre le Dniestr inférieur (est) et le Prout (ouest).

  • Superficie : 34 000 km2
  • Nombre d'habitants : 3 487 000 (estimation pour 2013)
  • Nom des habitants : Moldaves
  • Capitale : Chişinău
  • Langue : roumain
  • Monnaie : leu moldave
  • Chef de l'État : Nicolae Timofti
  • Chef du gouvernement : Pavel Filip
  • Nature de l'État : république parlementaire
  • Constitution :
    • Adoption : 28 juillet 1994
    • Entrée en vigueur : 27 août 1994
Pour en savoir plus : institutions de la Moldavie

GÉOGRAPHIE

Les plaines alluviales et les collines de basse altitude (altitude maximum : 429 m), le climat doux et relativement humide du pays (qui recouvre l'essentiel de l'ancienne Bessarabie) confèrent à l'agriculture une place encore importante dans l'économie, l'irrigation de la vallée du Dniestr, assurée par un réseau hydraulique abondant, permettant de faire face aux sécheresses.

La majorité de la population est moldave roumanophone et presque exclusivement orthodoxe – elle compte seulement 2,5 % de Juifs. La minorité turque orthodoxe – les Gagaouzes – représente 3,5 % de la population. Il existe aussi une minorité d'origine ukrainienne. La minorité la plus importante, cependant, est d'origine russe, regroupée pour l'essentiel en Transnistrie. Densément peuplée (106 habitants par km2), possédant l'un des plus forts taux de natalité en Europe (10 ‰), la Moldavie reste encore très rurale : seuls 45 % de la population sont urbanisés. Cette population urbaine est concentrée pour moitié dans les villes de Chişinău, Tiraspol, Bălţi, Tighina.

Les terres, consacrées par l'ancien pouvoir soviétique à l'agriculture maraîchère et fruitière, sont intensément mises en valeur. Tabac et fruits sont produits dans les vallées, tandis que, dans les plaines irriguées, on cultive le blé, le maïs, le tournesol, la betterave sucrière, la canne à sucre et le tabac. Par ailleurs, la viticulture constitue l'un des grands secteurs de production du pays : la Moldavie fournit en effet toute l'ancienne aire soviétique en vin fin. Elle exporte aussi des fruits et légumes. Cependant, l'usage intempestif des produits chimiques a dégradé les excellentes terres noires (tchernozem) et les nappes phréatiques.

Le secteur industriel est naturellement tourné vers l'agriculture : conserves et huiles alimentaires prédominent. En revanche, le développement de l'industrie des machines agricoles et de l'équipement électronique reste dépendant des fournitures russes. Depuis quelques années, le rythme des réformes s'est accéléré, notamment les privatisations soutenues par le F.M.I. Sur le plan extérieur, la Moldavie, pays enclavé, a signé la Déclaration de coopération économique de la mer Noire. Les très forts taux d'inflation et de chômage témoignent de la difficile modernisation de son économie.

Dans le sud du pays, la Gagaouzie a obtenu en 1994 un statut d'autonomie. Au-delà du Dniestr, dans le nord-est, la Transnistrie, peuplée en majorité de russophones et dont les villes principales sont Tiraspol et Tighina, constitue de fait une république séparatiste, liée à la Russie.

HISTOIRE

Petit pays aux contours géographiques mal définis, intimement lié à la Roumanie, la République de Moldavie – ancienne Bessarabie – a subi au cours de l'histoire les multiples influences des grands empires qui la convoitaient à cause de sa position stratégique.

1. Des origines à la République soviétique

À la chute de l'Empire romain, de fréquentes et importantes invasions ont mélangé la population d'origine latine aux Hongrois, Tatars, Turcs… Intégrée à l'Empire ottoman, dès le début du xvie siècle, la région a toujours constitué pour la Russie une porte vers les Balkans, clé stratégique de l'extension de l'influence russe sur les peuples slaves orthodoxes du Sud. En 1812, l'Empire russe parvient à annexer la région, qu'il perdra à l'issue de la guerre de Crimée (1856). La Moldavie sera alors unie à la Valachie pour former la Roumanie indépendante. Cependant, aux termes de négociations, la Bessarabie est rendue à la Russie en 1878.

Les Moldaves profitent ensuite de la révolution bolchevique de 1917 pour retourner dans le giron roumain : le 27 mars 1918, le Parlement vote l'union de la Moldavie avec la Roumanie, reconnue officiellement par la France, la Grande-Bretagne, l'Italie et le Japon à la conférence de Paris (1920). Mais le nouveau gouvernement soviétique ne reconnaît pas cette union et organise, en octobre 1924, sur la rive gauche du Dniestr (territoire de l'actuelle Transnistrie), la République autonome socialiste soviétique de Moldavie (RASSM), essentiellement peuplée de Russes. En vertu du pacte germano-soviétique de 1939 prévoyant la rétrocession de la Bessarabie à l'URSS, la Moldavie – à laquelle est rattachée la RASSM – devient, le 2 août 1940, la 13e république fédérée de l'Union soviétique (RSSM), avec pour capitale Kichinev (auj. Chişinău). Cependant, l'ancienne capitale de la RASSM, Tiraspol, demeure une ville industrielle importante.

2. La République socialiste soviétique de Moldavie (RSSM)

Dès 1941, la région est occupée par les forces roumaines, alliées à l'Allemagne. Étendu jusqu'à Odessa, en Ukraine, le territoire de la RASSM, alors placé sous administration roumaine, devient un lieu de déportation pour les Roms et les juifs de Roumanie (dont environ 180 000 sur 300 000 périront). En août 1944, les Soviétiques reconquièrent la RASSM (Transnitrie) ainsi que la Bessarabie (actuelle Moldavie). La république de Moldavie est rétablie dans ses frontières de 1940. Soviétisation et collectivisation du pays sont alors menées de manière particulièrement rude, la russification forcée étant destinée à couper les liens avec la Roumanie voisine. Le roumain (appelé moldave par les autorités), sans jamais obtenir le statut de langue officielle doit obligatoirement être transcrit en caractères cyrilliques ; le russe constitue la langue de l'Administration, de la justice, de l'Église et de l'enseignement supérieur.

La politique de démembrement délibérée à l'initiative de Joseph Staline – rattachement du nord et du sud de la Bessarabie à l'Ukraine afin d'obtenir un débouché sur la mer Noire –, les déplacements de population – déportation de Moldaves en Sibérie, immigration massive de Russes, d'Ukrainiens et de Biélorusses installés dans les principales villes (Chişinău, Bălţi, Tiraspol) – et le développement du secteur industriel (industrie lourde et énergétique) exclusivement en Transnistrie tandis que le reste de la RSSM demeure agricole, aboutissent à la promotion systématique des russophones aux dépens des Moldaves. Ainsi, avant l'indépendance, les russophones représentent 52 % de la force de travail industrielle, 57 % des cadres dirigeants et 68 % des cadres travaillant dans le domaine scientifique.

3. La Moldavie indépendante

3.1. L'accession à l'indépendance

À la fin de 1988, divers mouvements autonomistes ou séparatistes apparaissent en RSS de Moldavie. Que ce soit le Mouvement démocratique de soutien à la perestroïka ou le Front populaire moldave, tous réclament l'autonomie politique et économique de la Moldavie, la restauration du moldave (dans sa graphie latine) comme langue officielle de la République, l'annulation des conséquences du pacte germano-soviétique. Une partie de l'opinion réclame le rattachement à la Roumanie. Cette orientation suscite l'opposition de la communauté russophone, qui entame un mouvement de grèves, notamment à Tiraspol, le centre économique de la Transnistrie. Le 31 août 1989, le Parlement instaure le moldave comme langue officielle de la RSS de Moldavie tout en maintenant le russe comme « langue de communication interethnique ».

La chute du régime de Ceauşescu, le 22 décembre 1989, provoque une scission entre les partisans de l'intégration à la Roumanie menés par Mircea Druc, et ceux d'une Moldavie indépendante et nationaliste, rassemblés autour de Mircea Snegur, ex-secrétaire à l'Agriculture du parti communiste moldave. Finalement, le 13 février 1990, le Parlement adopte le principe de la souveraineté, qui est officiellement proclamée le 20 juillet. Au printemps 1991, la Moldavie refuse de participer – à l'instar des États Baltes, de la Géorgie et de l'Arménie – à l'élaboration du nouveau traité de l'Union. Après la tentative de coup d'État contre Mikhaïl Gorbatchev, elle déclare son indépendance le 27 août 1991. M. Snegur est élu président de la République en décembre. La nouvelle République a du mal à définir son identité, entre roumanité et affirmation d'une spécificité et d'un nationalisme moldave.

3.2. L'autonomie de la Gagaouzie et la sécession de la Transnistrie

En août 1990, un mois après la proclamation par la Moldavie de sa souveraineté, les Gagaouzes – des turcophones de confession orthodoxe concentrés dans le sud du pays dont ils représentent 3,5 % de la population – créent leur propre front sous l'impulsion de Stepan Topal et proclament une République de Gagaouzie autour de la ville de Komrat.

En Transnistrie, la population russophone s'oppose, dès 1989, à l'adoption de la langue moldave à graphie latine comme langue officielle, ainsi qu'à un éventuel rattachement de la Moldavie à la Roumanie, et réclame son autonomie. À l'occasion d'un référendum le 1er décembre 1991, elle se prononce pour l'indépendance pure et simple de son territoire. Des combats éclatent rapidement et, en 1992, le président moldave Mircea Snegur autorise une intervention armée contre les indépendantistes ; la 14e armée russe, commandée par le général Aleksandr Lebed et forte de quelque 6 000 hommes, demeure stationnée en Transnistrie. La crise se solde par un bilan humain particulièrement lourd (un millier de victimes) et ampute la Moldavie d'une part importante de son territoire, où se concentre, outre les aciéries modernes de Rybnitsa et la centrale thermique de Dniestrovsk, un tiers du potentiel industriel. La nouvelle république sécessionniste de Transnistrie désigne Tiraspol comme capitale et demande son rattachement à la Russie.

À l'automne 1992, M. Snegur et le président russe Boris Ieltsine signent un accord prévoyant la neutralité de la Russie et l'octroi d'un statut particulier à la Transnistrie ; en échange, la Moldavie s'engage à ne pas demander son rattachement à la Roumanie. À la suite des premières élections législatives libres en Moldavie, en février 1994, la population se prononce par référendum pour le maintien d'une « Moldavie indépendante » de la Roumanie, dans ses frontières de 1990, c'est-à-dire incluant la Transnistrie. Une nouvelle Constitution, adoptée le 29 juillet 1994, fixe le cadre d'un État unitaire et ne reconnaît pas les minorités. Elle prévoit, en revanche, que les agglomérations de la rive gauche du Dniestr et certaines agglomérations du Sud peuvent bénéficier de formes particulières d'autonomie. Ainsi, depuis le 14 janvier 1995, la Gagaouzie (Gagaouz-Eri) est une entité territoriale autonome formant partie intégrante de la Moldavie, dotée d'une Assemblée législative et d'organes exécutifs spécifiques ; la langue gagaouze a le statut de langue officielle, à côté du moldave.

Dotée d'un régime présidentiel de type autoritaire, la Transnistrie est dirigée par Igor Smirnov, qui dispose de très larges pouvoirs. Autour de lui et de quelques fidèles, s'organisent les structures d'un véritable État, mais d'un État privatisé et mafieux. Les industries d'armement tournent toujours à plein régime, permettant aux oligarques de Tiraspol de tenir un rang non négligeable dans les ventes d'armes à l'échelle mondiale. La Transnistrie joue également un rôle majeur dans nombre d'autres trafics. Le stade luxueux et le club de football « Sheriff » de Tiraspol symbolisent cette richesse. Malgré la signature, en mai 1997 par Chişinău et Tiraspol, d'un mémorandum parrainé par la Russie, l'Ukraine et l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), et destiné à « normaliser » leurs relations, l'impasse politique demeure. Tous les accords signés restent vains, tout comme la Russie ne tient pas ses promesses.

3.3. L'ancrage vers l'Europe et la crise politique

Admise au sein de l'ONU le 2 mars 1992, la Moldavie est membre de l'OSCE depuis 1995. Si la neutralité affirmée par l'article 11 de sa Constitution lui interdit de poser sa candidature à l'OTAN, et ne lui permet aucune intégration politico-militaire au sein de la Communauté des États indépendants (CEI), la Moldavie a, en revanche, adhéré au Partenariat pour la paix. Avec son adhésion au Conseil de l'Europe en 1995, elle s'engage dans la voie de l'intégration européenne avec l'objectif de devenir membre associé de l'Union européenne : signé en 1994, un Accord de partenariat et de coopération entre en vigueur en 1997. Lors du sommet de Hanoi, la même année, l'État moldave rejoint le groupe des pays membres de la francophonie.

En décembre 1996, Petru Lucinschi, secrétaire général du parti communiste de 1989 à 1991 reconverti à la social-démocratie, remporte l'élection présidentielle, face à M. Snegur. Pour faire face à la profonde crise politique (forte instabilité gouvernementale) et économique (dépendance à l'égard des institutions financières internationales et de la Russie pour son approvisionnement en énergie), P. Lucinschi tente d'instaurer un pouvoir présidentiel fort. Mais le référendum organisé en 1999 pour entériner le projet de réforme constitutionnelle qui lui aurait donné des pouvoirs étendus se solde par un échec, faute d'un taux de participation suffisant. En réponse à l'action présidentielle, le Parlement monocaméral – à l'initiative des communistes – obtient le 5 juillet 2000 le vote d'une réforme constitutionnelle, faisant de la Moldavie une République parlementaire : le président est désormais élu par le Parlement.

3.4. Le retour des communistes

À la fin de l'année 2000, après plusieurs tentatives infructueuses des députés pour assurer sa succession, P. Lucinschi dissout le Parlement et convoque des élections législatives anticipées. Désenchantés par la corruption de leurs dirigeants « démocrates » et victimes d'une dégradation brutale de leur niveau de vie (d'ancien « grenier » de l'URSS la Moldavie est devenue le pays le plus pauvre d'Europe), les électeurs moldaves portent au pouvoir, le 21 février 2001, le parti des Communistes de la République de Moldavie (PCRM) – qui obtient la majorité absolue au Parlement (71 sièges sur 101) –, dont le leader, Vladimir Voronine, est élu président le 4 avril suivant par la nouvelle assemblée. Dernier ministre de l'Intérieur de l'ancienne RSSM, cet apparatchik mi-russe mi-moldave promet un rapprochement accéléré avec Moscou par le biais de l'intégration de la République moldave dans l'Union Russie-Biélorussie et s'engage à accorder au russe le statut de seconde langue officielle. Il propose au poste de Premier ministre Vasile Tarlev, un jeune directeur d'entreprise non communiste, qui, investi le 19 avril, forme un gouvernement de technocrates.

Quelques mois plus tard, la perspective d'une adhésion à l'Union Russie-Biélorussie est finalement abandonnée par le PCRM, faute d'intérêt économique pour la Moldavie. En revanche, la mise en œuvre du volet culturel de son programme électoral – adoption d'une loi conférant au russe un statut particulier et donnant aux russophones le droit à l'enseignement dans leur langue maternelle (juillet 2001) – puis le renforcement de l'étude du russe à l'école prévu par le traité d'amitié russo-moldave signé en novembre 2001, enfin la décision de rendre obligatoire l'enseignement du russe à l'école primaire à partir de janvier 2002 suscitent la vive colère des roumanophones, qui descendent par milliers dans les rues à l'appel du parti populaire chrétien-démocrate (PPDC). L'appel à la grève générale, lancé le 13 février par cette formation politique à la suite de l'annonce par le gouvernement de sa suspension pour un mois et de l'introduction d'un nouveau manuel d'histoire rappelant l'époque soviétique (février), conduit le gouvernement à annuler toutes ses décisions et à limoger son ministre de l'Éducation (26 février). Les manifestations se poursuivent néanmoins durant tout le mois de mars, exigeant la démission du gouvernement et la tenue d'élections législatives anticipées. Devant l'ampleur de la crise, l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe invite, dans une résolution adoptée le 24 avril 2002, les autorités moldaves à s'engager sur un certain nombre de réformes, et notamment à prolonger le moratoire sur l'enseignement de l'histoire et du russe.

Sur le plan extérieur, la mise en œuvre du volet culturel provoque un refroidissement des relations avec la Roumanie, qui, inquiète de voir se confirmer un processus de « russification », demande la révision du Traité de partenariat privilégié – mettant fin aux ambitions roumaines de reconstituer une Grande Roumanie – signé en avril 2001 et non encore ratifié. Le 28 juin, la Moldavie adhère au pacte de stabilité pour l'Europe du Sud-Est et, le 27 juillet, à l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

3.5. Le pays le plus pauvre d'Europe ?

Selon de nombreux indicateurs, la Moldavie serait le pays le plus pauvre d'Europe. Source presque unique de richesses à l'époque soviétique, l'agriculture est en ruine. La privatisation, partielle, des terres n'a pas permis de faire apparaître une petite agriculture dynamique, tandis que les anciens combinats, notamment viticoles, achèvent de se désagréger. Dans ces conditions, la Moldavie a été victime d'un véritable exode. À l'exode rural vers Chişinău, s'ajoute une forte émigration, le plus souvent clandestine. Les Moldaves essaient de fuir leur pays par tous les moyens : certains vont chercher du travail en Russie, principalement sur les chantiers, les Gagaouzes partent vers la Turquie. Les femmes essaient de trouver des emplois dans les services aux personnes en Europe occidentale. La Moldavie est aussi devenue l'un des principaux pays d'origine des victimes de la traite des êtres humains et de l'esclavage sexuel, fléau qui continue ses ravages, bien que les autorités aient pris conscience du drame et que de nombreuses ONG développent des activités de prévention ou de réinsertion des victimes, les aidant à sortir des rouages de la traite.

3.6. Transnistrie : des négociations au point mort

Quelques mois après son arrivée au pouvoir, le président V. Voronine tente de résoudre la crise transnistrienne, mais se heurte, dès l'automne 2001, à l'intransigeance du président autoproclamé I. Smirnov sur la question du statut de l'enclave : l'homme fort de Tiraspol a certes renoncé à la reconnaissance internationale de la Transnistrie mais il exige la création d'une confédération constituée de deux États souverains égaux en droit ; surtout, il entend continuer à bénéficier des avantages que lui procurent les revenus d'une vaste contrebande (armes, cigarettes, alcool, produits pétroliers) qu'il a organisée avec l'aide de ses deux fils. Le président moldave se heurte également à la volonté du Kremlin de maintenir une présence militaire dans la région. Les années 2002-2003 voient la multiplication de propositions et contre-propositions – plan de l'OSCE prévoyant une fédéralisation de la Moldavie, « fédération asymétrique » envisagée par le président Voronine, projet de Constitution proposé par la Transnistrie, plan de règlement russe dit « mémorandum Kozak » –, mais toutes demeurent infructueuses et, de surcroît, aucun retrait russe n'est en vue. Face au blocage des négociations, le président moldave cherche, à partir de l'automne 2003, à internationaliser la gestion du conflit et invite la Roumanie, l'Union européenne et les États-Unis à s'impliquer.

3.7. Rejet de la tutelle russe et rapprochement vers l'Union européenne

Le rejet en novembre 2003, sous la pression occidentale, du « mémorandum Kozak » par le président Voronine, marque un tournant dans la politique extérieure de la Moldavie. Dès lors, les relations avec la Russie connaissent un net refroidissement, et, au sommet de l'OSCE de décembre 2004, la présence russe en Transnistrie est qualifiée d'« occupation » par les autorités moldaves. L'adhésion à l'Union européenne devient alors la priorité stratégique de V. Voronine, qui, cherchant à inscrire son action dans le mouvement de démocratisation de la mer Noire, renoue des relations avec la Roumanie et rend visite au nouveau président ukrainien, Viktor Iouchtchenko.

Lors des élections législatives du 6 mars 2005, le PCRM conserve la majorité des sièges (56 sur 101) malgré une érosion sensible de son électorat (46,1 %). Le bloc électoral « Moldavie démocratique » (centriste) tire profit de ses efforts de rassemblement en obtenant 35 sièges et 28,4 % des suffrages ; le parti populaire chrétien démocrate (nationaliste d'orientation proroumaine) augmente son score avec 10 sièges et 9,1 % des voix. Le 4 avril, V. Voronine est réélu par le Parlement pour un deuxième mandat de quatre ans à la tête de l'État.

L'adhésion de la Roumanie à l'UE, le 1er janvier 2007, entraîne des conséquences particulières pour la Moldavie, qui se trouve désormais aux frontières de l'Union, mais sans perspective d'intégration dans celle-ci, la Moldavie devant se contenter des politiques de « nouveau voisinage » mises en place par l'Union. Cependant, l'adhésion de la Roumanie entraîne un nouvel exode : par dizaines de milliers, les Moldaves demandent le passeport roumain leur permettant de voyager librement dans l'Union. Ce mouvement s'accélère depuis 2009, à la suite de l'assouplissement par Bucarest des procédures de naturalisation. L'obtention du passeport roumain est désormais possible dès lors que l'on a des grands-parents ayant été privés de leur nationalité après l'annexion de la Moldavie par l'URSS pendant la Seconde Guerre mondiale. Une spécificité qui touche tous les roumanophones de Moldavie, soit 70 % des habitants du pays.

3.8. La Transnistrie dans l'impasse

Depuis octobre 2005, la question de la Transnistrie et ses relations avec la Moldavie sont discutées dans le cadre de négociations élargies avec la participation de médiateurs étrangers, dans un « format 5+2 » (Moldavie, Transnistrie, les médiateurs – Russie, Ukraine et OSCE, plus deux observateurs – UE et États-Unis), mais les réunions sont suspendues en février 2006. Le 17 septembre 2006, par un référendum non reconnu par l’OSCE, plus de 90 % des électeurs se prononcent en faveur de l’indépendance et du rattachement graduel de la Transnistrie à la Russie.

L'indépendance du Kosovo, proclamée unilatéralement le 17 février 2008, est suivie avec grand intérêt à Tiraspol. Soutenus par la Russie, les dirigeants de la Transnistrie considèrent que celle-ci représente un « précédent » justifiant leur propre aspiration à la sécession. Accroché au respect du droit international et au principe de l'intégrité territoriale des États, le gouvernement moldave exclut de reconnaître l'indépendance du Kosovo, car cela reviendrait à entériner la possibilité d'un changement des frontières. À Tiraspol en revanche, on attend que le « grand frère » russe reconnaisse enfin l'indépendance de la Transnistrie. Cet espoir sera déçu. Si Moscou reconnaît officiellement comme des États indépendants l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud en 2008, après la guerre contre la Géorgie, le gouvernement russe évite de s'engager sur la question transnistrienne, mais continue d’appuyer économiquement la république sécessionniste et utilise ce conflit comme moyen de pression dans ses relations tendues avec les autorités moldaves. En septembre 2010, alors que l'on fêtait dans les rues de Tiraspol les 20 ans de « l'indépendance », les deux seules ambassades ouvertes dans la capitale transnistrienne étaient toujours celles de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud. Les négociations officielles sous l’égide de l’OSCE reprennent cependant à partir de septembre 2011 en vue de l’adoption de mesures de confiance. Le sommet de Kiev de novembre 2013 débouche ainsi sur plusieurs engagements de la part de Chişinău, dont un concernant la liberté de circulation.

3.9. Une longue crise politique et institutionnelle

Lors des élections du 5 avril 2009, le parti communiste (PCRM) remporte une victoire écrasante, avec 49,48 % des suffrages et 60 sièges, manquant d'un seul siège la majorité des trois cinquièmes (61 députés) requise pour élire le nouveau président. Dans les jours qui suivent, des milliers de jeunes Moldaves manifestent avec violence à Chişinău pour contester les résultats et réclamer la tenue de nouvelles élections. L’opposition, traditionnellement divisée, s’unit contre les communistes et une situation « pré-révolutionnaire » semble s’installer dans la capitale. Menaçant de recourir à la force contre les manifestants, les autorités moldaves accusent la Roumanie voisine de chercher à organiser un véritable « coup d'État ». Toutefois, après deux jours de manifestations violentes, la fièvre retombe rapidement.

Après avoir élu à sa présidence, le 12 mai, l’ancien président communiste V. Voronine, qui ne pouvait se présenter une troisième fois à la présidence de la République, le Parlement échoue par deux fois, les 20 mai et 3 juin, à élire son candidat, le Premier ministre, Madame Zinaida Greceanîi, pourtant adoubée par le président Voronine, à la présidence de la République. V. Voronine dissout le Parlement le 15 juin et fixe les élections anticipées au 29 juillet.

La victoire de l'opposition pro-européenne aux élections législatives anticipées ne résout pas la crise politique : les quatre partis d'opposition – le parti libéral-démocrate (PLDM, 16,39 % des voix, 17 sièges), le parti libéral (PL, 14,36 %, 15 élus), l'Alliance Notre Moldavie (7,37 %, 8 députés), le parti démocratique de Marian Lupu (PDM, 12,61 %, 13 sièges) – occupent ensemble 53 sièges (sur 101) du Parlement ; le PCRM arrive en tête avec 45,07 % des suffrages, soit 48 sièges. En septembre, à la suite de l'annonce de la démission du président V. Voronine, le 2 septembre, Mihai Ghimpu, élu à la tête du Parlement, devient président par intérim le 11. En novembre, le Parlement se révèle encore incapable d’élire un nouveau président de la République. Le candidat unique de l’opposition, M. Lupu, n'obtient pas un nombre suffisant de voix, alors que les députés communistes ont choisi de boycotter le scrutin.

En septembre 2010, le gouvernement décide d'organiser un référendum pour introduire des réformes constitutionnelles qui permettraient d'élire le président de la République au suffrage universel direct. Les communistes appellent à boycotter le scrutin, qui est finalement invalidé par la Commission électorale, la participation n'ayant pas atteint le seuil de 33,34 % des inscrits. De nouvelles élections législatives sont donc convoquées le 28 novembre 2010 et une coalition de centre droit est constituée le 30 décembre, au sein de laquelle Vladimir Filat reste Premier ministre. La nouvelle alliance ne dispose pourtant que de 59 sièges sur les 101 que compte le Parlement, contre 42 pour le PCRM. Il est donc une nouvelle fois impossible de réunir les 61 mandats nécessaires à l'élection du président de la République. Conformément à la Constitution moldave, le président du Parlement, M. Lupu, devient donc président intérimaire de la Moldavie.

Cette crise institutionnelle semble prendre fin en mars 2012 avec l’élection de Nicolae Timofti, grâce au vote de trois transfuges du parti communiste. Mais les tensions entre ce dernier et la coalition au pouvoir – envenimées notamment par l’adoption d’une loi prohibant les symboles communistes, une mesure invalidée par la Cour constitutionnelle en juin 2013 – ainsi que les soupçons de corruption pesant sur le Premier ministre, conduisent à l’adoption d’une motion de censure en mars 2013 contre le gouvernement de V. Filat. L’ancien ministre des Affaires étrangères Iurie Leancă lui succède finalement en mai, s’engageant à poursuivre les discussions en vue d’un rapprochement avec l’UE, malgré l’hostilité et les pressions de la Russie. Le 29 novembre, un accord d’association est ainsi paraphé à l’issue du sommet européen de Vilnius sur le « partenariat oriental ».

3.10. Les élections de 2014 : une victoire des proeuropéens ?

C’est dans un contexte international et régional particulièrement tendu, marqué par la crise ukrainienne, que se tiennent les élections législatives du 3 novembre 2014. Auparavant, outre la suppression des visas pour les citoyens moldaves souhaitant se rendre dans un pays de l’espace Schengen (avril), l’accord d’association avec l’UE, signé en juin en même temps que ceux conclus par l’Union avec l’Ukraine et la Géorgie, est entré en vigueur le 1er septembre, alors que des restrictions commerciales ont été imposées par la Russie depuis le mois de juillet.

Un sondage réalisé entre le 26 octobre et le 13 novembre montre pourtant que la société moldave reste très divisée sur ces options économiques : l’Union douanière proposée par la Russie est ainsi préférée par 43 % des personnes interrogées contre 39 % en faveur de l’UE et 12 % d’indécis.

À quelques jours des élections, tandis que le parti prorusse Patria de Renato Usatîi, crédité de 12 % des intentions de vote mais soupçonné d’être à la solde du FSB, n’est pas autorisé à se présenter, la police arrête plusieurs activistes soupçonnés d’appartenir à une autre organisation prorusse interdite Antifa (antifasciste) et de préparer des manifestations violentes avant et après le scrutin.

Vingt-et-un partis et 55,8 % des électeurs y participent. Présenté comme une victoire des pro-européens, il se solde en fait par des résultats très serrés et par une forte polarisation du pays. La surprise vient du score réalisé par le parti socialiste (PSRM), prônant l’adhésion de la Moldavie à l’Union douanière et un référendum sur l’accord d’association avec l’UE dont il souhaite l’abolition. Soutenu par Moscou, il arrive en tête des élections avec 20,5 % des suffrages et 25 sièges, se retrouvant au coude à coude avec le parti libéral-démocrate (PLDM) de V. Filat et du Premier ministre sortant I. Leancă qui obtient 20,1 % des voix et 23 sièges.

Cette percée d’une formation dont l’audience ne dépassait pas 5 % des suffrages (en 2005) est un succès inespéré pour son nouveau président Igor Dodon et ses partisans qui avaient quitté le parti communiste en 2011 pour rejoindre et refondre une formation qui avait quasiment disparu de la vie politique. Affaibli par cette sécession qualifiée de trahison, le PCRM ne remporte plus que 17,4 % des voix. Ce dernier qui est devenu davantage souverainiste que « prorusse » et dont le chef V. Voronine est d’ailleurs jugé peu fiable par le Kremlin en raison de ses volte-face depuis 2001, a sensiblement modéré sa critique de la ligne européenne du gouvernement sortant. Il s’est notamment engagé à ne pas revenir sur l’accord d’association tout en prônant une renégociation de certaines de ses clauses et en défendant une politique d’équilibre entre l’Est et l’Ouest. Les alliés libéraux (PL) et démocrates (PDM) du PLDM, remportant de leur côté 15,8 % et 9,6 % des suffrages, ces élections donnent l’avantage au camp pro-occidental qui obtient 55 sièges sur 101. Avec 21 députés, le parti communiste détient un rôle d’arbitre non seulement dans la perspective de la prochaine élection du président prévue en 2016, mais aussi pour la formation du nouveau gouvernement, les partis pro-européens ne parvenant pas à s’entendre en raison d’un désaccord concernant la réforme de la justice exigée par Bruxelles. Un cabinet minoritaire sans le PL et dirigé par Chiril Gaburici, homme d’affaires contesté, proche à la fois du PLDM et du PCRM, est finalement investi le 18 février 2015 avec le soutien de ce dernier. À la suite de l'ouverture d'une enquête pour falsification de ses diplômes universitaires, C. Gaburici démissionne (juin) ; après un intérim assuré par Natalia Gherman, Valeriu Streleţ prend le 30 juillet la tête d'une fragile coalition pro-européenne, faisant de la lutte contre la corruption sa priorité, alors qu'en avril, l'annonce de la disparition de 890 millions d'euros du système bancaire du pays avait jeté dans les rues de Chişinău des milliers de manifestants. Ce vaste mouvement de protestation reprend en septembre à l'appel de la plateforme civique « Dignité et vérité » qui exige la démission du gouvernement et du président, accusés de servir les intérêts des oligarques et de ne pas lutter efficacement contre la corruption. Soupçonné d'avoir perçu un quart de la somme disparue, l'ex-Premier ministre V. Filat est arrêté le 15 octobre ; le 29, à la suite d'un vote de défiance initié par les députés du PSRM, le gouvernement de V. Streleţ est destitué par 65 voix (sur 101) pour « corruption et inefficacité ». Le vice-Premier ministre Gheorghe Brega est désigné pour assurer l'intérim, avant la formation d’un nouveau gouvernement par Pavel Filip en janvier-février 2016. Mais la situation est loin d’être stabilisée.