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Abkhazie

République autonome de Géorgie, au S. du Caucase occidental, sur la mer Noire.

  • Superficie : 8 700 km2
  • Population : 506 000 hab. (estimation pour 1993)
  • Capitale : Soukhoumi

GÉOGRAPHIE

C'est une région montagneuse qui domine la mer Noire. Elle est frontalière avec la Russie. La chaîne du Caucase abrite le littoral des vents froids venus des steppes septentrionales, et les dépressions générées au-dessus de la mer apportent des précipitations annuelles de plusieurs mètres. L'ensemble, au moins jusqu'à l'altitude de 1 200 m, jouit d'un climat de type subtropical. Le littoral, marécageux et bas, n'est guère utilisé. Soukhoumi est un petit port de pêche et de cabotage. Des stations climatiques (dont Gagra et Soukhoumi) sont installées au pied de la chaîne qui domine la côte. Les collines bien exposées ont été conquises à la fin du xixe siècle par les vergers d'agrumes et de théiers. D'autres cultures s'y associent : tabac, vignobles. Au-dessus de la zone de culture, la forêt exubérante du versant méridionale du Caucase est à peine exploitée.

Un important mouvement séparatiste s'y est développé, avec une indépendance autoproclamée, reconnue par la Russie en 2008.

HISTOIRE

1. Une contrée antique du Caucase aux confins des empires

Entre le littoral nord-ouest de la mer Noire et la chaîne du Caucase, l'Abkhazie a connu la domination de puissances régionales successives : grecque, romaine, byzantine, seldjoukide, ottomane, russe.

1.1. Premier millénaire avant J.-C.

Soukhoumi a été construite sur le site de la cité antique de Dioscurias, fondée par Milet (vie siècle avant J.-C.).

Un des peuples les plus anciens de la région, les Abkhazes (autonyme « Apsoua » ou « Apswa ») parlent une langue paléo-caucasique complexe, très riche en consonnes (68), du groupe du nord-ouest qui comprend aussi le tcherkesse et l'oubykh (disparu) et a été écrit en divers alphabets : grec, géorgien, arabe, latin, cyrillique. Ils constituent une société très hiérarchisée.

1.2. Époques romaine et byzantine

Convertis au christianisme sous Justinien (vie siècle), ils ont conservé des vestiges de leurs anciennes coutumes païennes.

Partie des anciens royaumes de Colchide et d'Egrisi (Lazique), l'Abkhazie devient une principauté autonome de Byzance.

1.3. Le royaume d'Abkhazie (viiie-xvie siècles)

Au viiie siècle, elle devient un royaume indépendant recouvrant toute la Géorgie occidentale, incorporé par le jeu des alliances matrimoniales au royaume de Géorgie unifié sous les Bagradites au xie siècle, jusqu'à ce que celui-ci éclate lors des invasions mongoles. Les frontières, le degré de souveraineté du royaume d'Abkhazie, l'appartenance nationale de ses monarques et la composition ethnique de sa population sont des sujets de controverse entre historiens géorgiens et abkhazes.

1.4. L'Abkhazie ottomane puis russe

Dans la période d'hégémonie ottomane (à partir de la fin du xvie siècle), une partie des Abkhazes se convertit à l'islam. À l'issue de la dure conquête russe (entre 1810 et 1864), les musulmans se réfugient ou sont contraints à l'exode vers l'Empire ottoman. Les Abkhazes orthodoxes deviennent alors minoritaires sur leur territoire où affluent des migrants géorgiens de la Mingrélie voisine, arméniens, grecs et russes. En 1883, la région est rattachée au gouvernorat de Koutaïs.

2. République autonome de la Géorgie soviétique

Lors de l'éclatement de l'Empire tsariste, l'Abkhazie fait partie de la première république indépendante de Géorgie (1918-1921) bientôt soviétisée par l'Armée rouge. D'abord république à part entière associée à la RSS de Géorgie et dotée d'une Constitution en 1925, l'Abkhazie voit son statut rabaissé à celui de république autonome en février 1931. La répression stalinienne menée par Beria s'y double d'une politique de « géorgianisation » linguistique et démographique. Le dégel permet un renouveau culturel et un accès privilégié aux postes de responsabilité pour la nationalité titulaire, débouchant à l'heure de la perestroïka sur des revendications d'une plus grande souveraineté (retour au statut d'avant 1931) et des tensions avec les Géorgiens, engagés pour leur part dans un mouvement d'émancipation de la tutelle de Moscou et dont le nationalisme s'exprime, sous la présidence de Zviad Gamsakhourdia, par des déclarations hostiles aux minorités ethniques.

3. La guerre (1992-1993)

Après de premiers affrontements en juillet 1989, les positions des deux camps se cristallisent lors des référendums sur une Union soviétique rénovée (17 mars 1991) et sur l'indépendance de la Géorgie (31 mars 1991), boycottés respectivement par les Géorgiens et par les Abkhazes avec les autres peuples. Le fragile compromis entre le président du soviet régional, Vladislav Ardzinba, et Z. Gamsakhourdia au lendemain de la proclamation d'indépendance de la Géorgie (9 avril 1991) s'effondre dans le contexte de la guerre civile géorgienne. L'Abkhazie proclame son indépendance le 23 juillet 1992. De retour aux affaires à Tbilissi, Edouard Chevardnadze, ancien dirigeant du parti communiste de Géorgie de l'époque brejnévienne, puis ministre des Affaires étrangères de Mikhaïl Gorbatchev, lance, le 14 août 1992, une opération militaire pour reprendre le contrôle du territoire sécessionniste. La guerre, où les séparatistes bénéficient du soutien russe et d'une Confédération des Montagnards du Nord-Caucase ainsi que de la solidarité de la diaspora abkhaze de Turquie, se solde par la défaite cuisante de Tbilissi (30 septembre 1993), environ 20 000 morts et l'exode massif des quelque 250 000 Géorgiens du territoire, devenus des « déplacés de l'intérieur ». Un « conseil des ministres d'Abkhazie » s'installe à Tbilissi comme un « gouvernement en exil » dont les dirigeants prônent une ligne dure pour un retour au statu quo ante.

4. Vers l'« indépendance »

Ce sont les forces de la Communauté des États indépendants (CEI) – de fait russes – qui sont en charge du maintien de la paix, sous la surveillance d'une mission d'observation de l'ONU (UNOMIG), instituée en septembre 1993. Un mémorandum d'entente signé à Genève (décembre 1993) et une Déclaration sur les mesures en vue d'un règlement politique du conflit (Moscou, avril 1994), constituent la base des négociations. Un Conseil de coordination bi-partite, créé en novembre 1997, sous les auspices de l'ONU, avec la participation de l'OSCE et de la Fédération de Russie, comprend trois groupes de travail : sur les questions de sécurité militaire, des réfugiés et de la coopération économique. Diverses formules de statut – « plus haut degré d'autonomie », « État commun », « Confédération », « État fédéral asymétrique » – sont envisagées. L'ONU (représentant spécial du secrétaire général, HCR, Bureau de coordination des opérations humanitaires ou UNOCHA, PNUD), l'OSCE (déclarations sur le retour des réfugiés lors des sommets de Budapest [1994], Lisbonne [1996], Istanbul [1999]), l'Union européenne ainsi que diverses ONG internationales, notamment françaises, s'impliquent dans le processus de paix ou l'action humanitaire. À la faveur de ce modus vivendi, 40 000 à 60 000 Géorgiens reviennent dans le district de Gali, au sud.

Dans le même temps, l'Abkhazie se dote des institutions de sa souveraineté avec le vote d'une Constitution (26 novembre 1994) qui établit un Parlement de 35 membres, un président élu au suffrage universel, l'abkhaze et le russe comme langues officielles. Restée sous la juridiction nominale du catholicossat de Géorgie, mais privée de ses ecclésiastiques géorgiens expulsés au cours du conflit, l'Église orthodoxe locale s'est réorganisée en éparchie d'Abkhazie que le clergé russe de Maïkop cherche à prendre sous son aile.

En 2004, la donne politique change avec la « révolution des roses » et l'arrivée au pouvoir à Tbilissi de Mikhail Saakachvili (janvier), affichant des orientations pro-américaines et atlantistes, tandis que l'Abkhazie élit à sa tête un opposant à Ardzinba, Sergueï Bagapch (1949-2011), mais flanqué d'un vice-président, Raul Khadjimba, imposé par Vladimir Poutine. En janvier 2006, M. Saakachvili ne réussit qu'à reprendre le contrôle des gorges de Kodori dont le préfet était resté fidèle à Chevardnadze, et accuse Moscou de favoriser une violence sporadique et un rattachement de fait de l'Abkhazie à la Russie par l'introduction du rouble comme devise de facto, la délivrance massive de passeports russes à la population, le versement de pensions et autres subventions. La Communauté pour la démocratie et les droits de l'homme, créée le 14 juin 2006 à Soukhoumi par les gouvernements des États sécessionnistes non reconnus de l'ex-URSS (Abkhazie, Ossétie du Sud, Haut-Karabakh, Transnistrie) est aussi perçue comme un élément du bras de fer entre la Géorgie, candidate à l'adhésion à l'OTAN, et la Russie continuant d'user des conflits territoriaux et de sa puissance militaire pour maintenir son emprise sur son « étranger proche ».

Entre le 9 et le 12 août 2008, au lendemain de la vaine tentative de Tbilissi de reprendre pied en Ossétie du Sud par les armes (8 août 2008), l'armée russe s'empare de Kodori dont elle déloge la population géorgienne. Le 26 août, la Russie reconnaît l'indépendance de l'Abkhazie, en même temps que celle de l'Ossétie du Sud, en arguant du précédent du Kosovo. Depuis, seuls les présidents du Nicaragua et du Venezuela, et le Hamas ont par ailleurs reconnu cette indépendance. En juin 2009, la mission d'observation de l'ONU n'est pas reconduite du fait du veto de la Russie, désormais la seule puissance militaire sur le terrain. Le Parlement abkhaze a ratifié, le 17 novembre 2008, la construction d'une nouvelle base militaire, alors que l'ancienne base aérienne soviétique de Goudaouta, dont la Russie avait accepté le démantèlement en 1999, en application du Traité sur les forces conventionnelles en Europe (CFE), mais transformée officiellement en camp des forces de maintien de la paix, constitue un autre objet de controverse avec la Géorgie et ses alliés occidentaux.

Pour relancer une économie ravagée par la guerre et les déplacements de population, outre ses productions agricoles traditionnelles – tabac, thé, agrumes, fruits, vignoble – sur des terres fertiles, bénéficiant d'un micro-climat subtropical tempéré, l'Abkhazie table sur les ressources touristiques de son littoral, partie de la « Riviera » de la mer Noire, et les retombées des investissements pour les jeux Olympiques d'hiver de Sotchi (2014), dans son voisinage immédiat. Le barrage sur l'Ingouri, qui fournit une énergie hydroélectrique partagée avec la Géorgie, reste le seul lien entre les deux pays dont la frontière, gardée par les Russes (accord entre Soukhoumi et Moscou du 30 avril 2009) matérialise la séparation.