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christianisme

(latin ecclésiastique christianismus, du grec khristianismos)

Christ
Christ

Ensemble des religions fondées sur la personne et les écrits rapportant les paroles et la pensée de Jésus-Christ.

L'une des principales religions du monde, le christianisme professe – comme le judaïsme (dont il est issu) et l'islam (qui en reprend des éléments fondamentaux) – la foi en un Dieu unique, qui s’est révélé pour la première fois à Abraham, le patriarche commun des trois grands monothéismes. Il constitue une religion révélée, à la fois dans les Écritures et dans la personne de Jésus-Christ, cherche à investir de valeurs la vie humaine et offre un salut.

Apparu au début de notre ère, dite l'ère chrétienne puisqu'elle commence théoriquement avec lui, le christianisme a connu, au cours d'une histoire s’étalant sur deux millénaires, des développements, des crises et des réformes, qui se sont notamment traduits par son éclatement en trois confessions distinctes : le catholicisme romain, l’orthodoxie orientale et le protestantisme issu de la Réforme du xvie s.

La naissance du christianisme

Introduction

L'activité de Jésus en Palestine – prophète et réformateur religieux, qui prêche de l'an 27 à l'an 30 de notre ère – marque le début du christianisme. À cette époque, la Palestine appartient à l’Empire romain et se singularise par sa religion, le judaïsme, qui a un statut particulier dans l'empire en raison de sa foi en un Dieu unique (monothéisme). L'occupation étrangère est particulièrement mal perçue dans le pays, où le pouvoir politique local est de plus en plus amoindri et partagé. Les fils d'Hérode le Grand, le dernier roi juif, lui-même inféodé à Rome, sont sous le contrôle d'un préfet romain dépendant du légat de la province de Syrie. Les impôts sont lourds, et la déstabilisation sociale et politique s'accompagne d'une agitation religieuse. Le judaïsme est à cette époque partagé en plusieurs courants, même si les pratiques religieuses et le rôle du Temple de Jérusalem demeurent le tronc commun des courants dominants.

De surcroît, la visée assimilatrice de la culture hellénistique – mise en place dans tout le Bassin méditerranéen après les conquêtes d’Alexandre le Grand (ive s. avant J.-C.) – ainsi que les compromissions religieuses et politiques avec le pouvoir dominant ont provoqué, au sein même du judaïsme, des mouvements de protestation s'appuyant souvent sur l'attente d'un messie envoyé par Dieu pour rétablir la justice et la paix. Les courants de renouveau du judaïsme sont multiples ; ils peuvent être teintés de nationalisme (comme le mouvement zélote) ou axés sur la protestation religieuse (comme le mouvement des esséniens, vivant en communautés dans le désert). L'un d'entre eux est celui de Jean le Baptiste, qui prêche et baptise loin des grands centres ; le baptême qu’il confère assume le rôle (pardon des péchés) que le judaïsme orthodoxe attribue aux sacrifices offerts dans le Temple de Jérusalem.

L’activité de Jésus au cœur du milieu juif

À la suite de Jean-Baptiste, le juif Jésus annonce la venue imminente du règne et du jugement de Dieu ; mais il se sépare du Baptiste en ceci qu'il insiste sur l'amour de Dieu plus que sur sa colère.

Le témoignage principal sur la vie historique de Jésus, originaire de Nazareth, en Galilée, où il a commencé son ministère, est celui des Évangiles. Or, ces livres ne sont pas des biographies, mais des interprétations de sa vie dans une perspective catéchétique. Néanmoins, il est établi avec une relative certitude que Jésus a été un prédicateur itinérant, qui a réuni des disciples autour de lui, enseigné et opéré des guérisons. Il a voulu susciter une réforme du judaïsme en annonçant la proximité de Dieu, en proposant une autre manière de comprendre sa volonté que celle offerte par la Loi juive, et en désacralisant l'institution du Temple de Jérusalem. Sur ces deux derniers points, il a suscité la virulente opposition des chefs religieux juifs, ce qui a conduit à son exécution sous la forme du supplice romain de la croix. Après sa mort, ses disciples se sont réunis autour de la foi en sa résurrection, qui l'authentifie comme le véritable envoyé de Dieu. Ainsi naît le mouvement de Jésus, qui est, à son origine, un mouvement de renouveau interne du judaïsme.

Les disciples de Jésus se regroupent d'abord à Jérusalem, où ils annoncent la « Bonne Nouvelle » (en grec, euaggelion, « évangile ») que Dieu s'est manifesté dans la personne de Jésus : le Messie (ou Christ) attendu. Parmi ceux qui s'intègrent à leur groupe se trouvent des juifs qui ont vécu hors de la Palestine et qui sont ouverts à la culture grecque et à son universalisme. Les disciples de Jésus venant de ce judaïsme hellénistique sont plus ouverts vis-à-vis de la foi, et plus critiques à l'égard des institutions juives, que ceux venant du judaïsme palestinien.

C’est ainsi que ces juifs hellénisants provoquent des affrontements avec les chefs religieux juifs et sont persécutés par ces derniers. Contraints de fuir, ils transmettent le contenu de la prédication de Jésus aux marges de la Palestine, en particulier dans des villes où les populations sont très mêlées, notamment à Antioche (en Syrie), où se trouvent une diaspora juive et des adeptes de diverses religions orientales. Nombre de non-juifs sont convaincus par leur prédication et constituent, avec des juifs, un groupe de disciples du Christ Jésus.

Le mouvement de Jésus dépasse ainsi les frontières spirituelles du judaïsme. Il accepte, en effet, des membres qui n'appartiennent pas au peuple de Dieu, ne portent pas la marque de leur appartenance au peuple juif (la circoncision) et n'obéissent pas aux réglementations juives (par exemple, sur le pur et l'impur). À Antioche, on donne aux adeptes de Jésus, le Christ, le nom de chrétiens. La rupture est consommée : une nouvelle religion, le christianisme, est née.

Les premières communautés chrétiennes

Introduction

Si la foi en la résurrection de Jésus, l'homme de Nazareth crucifié par les Romains mais toujours vivant et présent parmi les hommes, est au fondement du christianisme, la signification de cette présence ainsi que le sens de la vie et de la mission de Jésus donnent lieu, dès l'origine, à des interprétations diverses.

Pour les adeptes de l'un des courants du christianisme primitif, qui se retrouvent pour la prière, le baptême des fidèles et le repas commun, Jésus est avant tout le Messie annoncé, dont on attend le retour. Pour ceux d'un courant proche, la foi chrétienne est avant tout une obéissance nouvelle, une fidélité au message de Jésus et à sa réinterprétation de la Loi juive. Différent des deux précédents, un autre courant, dont le centre est Jérusalem, voit en Jésus le Juge de la fin des temps, qui envoie son Esprit à ses disciples. Quittant famille et biens, ces croyants deviennent des prédicateurs itinérants ; vivant dans l'attente de la fin du monde et pratiquant des actes de guérison, ils évangélisent la Palestine et la Syrie. Pour leur part, les chrétiens issus du judaïsme hellénistique orientent leur prédication vers les milieux non-juifs. D'Antioche, leur quartier général, ils partent en mission pour porter en Méditerranée orientale leur confession de foi, qui donne la priorité à la croix et à la résurrection de Jésus pour le salut des hommes. Un dernier courant, mal connu, est celui du mouvement johannique, qui débute probablement en Asie Mineure.

Chacun de ces courants a ses personnages emblématiques. Dans le cercle relativement large de disciples (hommes et femmes) qui entoure Jésus, notamment dans le groupe des Douze choisis comme apôtres (« envoyés »), c'est Pierre qui se détache. Après la mort de Jésus, ses proches acquièrent également de l'influence : ainsi, Jacques deviendra-t-il le chef de la communauté de Jérusalem après le départ de Pierre pour Rome. Les hellénistes sont quant à eux représentés par Paul. Avec Pierre, Paul est l'une des deux figures majeures des origines du christianisme.

De la campagne palestinienne aux villes de l'Empire

La prédication de Jésus lui-même a atteint un monde palestinien encore très paysan. Puis, le mouvement de Jésus s'étend à la Syrie-Palestine et à ses villes. Le christianisme naissant dépasse rapidement les frontières de religion et d'origine nationale, profitant de ce qui fait la force de l'Empire romain : routes terrestres et maritimes de la Méditerranée, langue de culture et d'administration. Il se propage en particulier dans les vastes marchés de biens culturels et religieux que sont les villes. La prédication chrétienne y bénéficie de l'attrait qu'exercent le monothéisme juif et de la haute qualité de sa morale.

Dans les grandes villes de l'Empire, où vivent des communautés juives de la diaspora, les missionnaires présentent d'abord leur message dans le cadre des synagogues juives. Les sympathisants du judaïsme (appelés les « craignant Dieu ») sont attirés par cette prédication qui rompt avec un particularisme de type national. Mais l'insuccès du christianisme auprès des juifs eux-mêmes fait que la nouvelle religion se répand de plus en plus dans un contexte où elle est confrontée aux modes de pensée religieux et philosophiques du monde hellénisé.

Particulièrement abondantes au ier s., les religions de salut provenant de l'Orient offrent une expérience mystique et un espoir dans l'au-delà à ceux qui s'y initient, tout en restant tolérantes entre elles. Le christianisme, qui se trouve dans une situation de concurrence religieuse intense, se démarque par le fait qu'il propose un salut faisant l'objet d'une annonce publique (donc pas nécessairement réservé à des initiés) et qu'il refuse toute coexistence avec d'autres religions, toute forme de syncrétisme.

L'Empire romain laisse libre cours à cette profusion de religions, mais il impose une idéologie unitaire : le culte de l'empereur. Dans ce contexte syncrétiste où un nouveau culte peut s'ajouter à un autre, le judaïsme – affirmant qu'il y a un seul Dieu, l'unique objet de l'adoration humaine – observe un monothéisme strict et bénéficie d'une reconnaissance de cette conception particulière. Les chrétiens, également monothéistes, bénéficient d'abord du même statut que les juifs, dispensés par la loi romaine du culte de l'empereur. Mais lorsque leur appartenance à une autre religion apparaît clairement, ils se trouvent fragilisés. De la seconde moitié du ier s. au iie s., ils subissent de la part du pouvoir impérial des persécutions ponctuelles, puis de plus en plus fréquentes et systématiques au iiie s. et au début du ive s.

Des communautés disparates

L'expansion du christianisme s'organise autour de deux pôles : les prédicateurs itinérants et les groupes de sympathisants sédentaires que les premiers laissent après leur passage. Progressivement se constituent des communautés locales qui prennent le nom d'Église (ecclesia, « assemblée convoquée », une institution typique de la cité grecque). Le terme va prendre une double signification : celle du groupe de croyants qui se rassemblent en un lieu donné, et celle de l'ensemble des croyants qui, dans leur totalité, constituent l'Église du Christ. Ne possédant pas de bâtiment propre, les Églises réunissent dans des maisons particulières des hommes et des femmes d'origine sociale très variée (esclaves, hommes libres, classes montantes, petit peuple), à l'image des groupes qui entouraient Jésus en Palestine.

Ces communautés sont le plus souvent composées de chrétiens d'origine païenne (pagano-chrétiens, également appelés «gentils ») et de chrétiens d'origine juive (judéo-chrétiens) ou provenant de cercles proches. Cette disparité ne tarde pas à créer des tensions : en effet, les chrétiens d'origine juive, attachés à leur identité et à leur appartenance au peuple choisi par Dieu, sont réticents à prendre les repas, en particulier l'eucharistie (le partage du pain et du vin, par lequel se constituent la communion des croyants et leur lien avec Dieu) en commun avec les chrétiens d'origine païenne, qui ignorent leurs préceptes alimentaires. Très tôt se pose la question de savoir s'il faut passer par le judaïsme pour pouvoir bénéficier de l'Évangile du Christ Jésus, s'il faut s'intégrer d'abord au peuple de Dieu par la marque d'appartenance de la circoncision et la pratique des réglementations juives pour bénéficier de la grâce (pardon gratuit) de Dieu. Après moult débats et conflits, la conviction de l'apôtre Paul, principal artisan de l'ouverture sans condition de l'Évangile aux païens, l'emporte.

Les Écritures et la foi chrétienne

Introduction

Dans le monothéisme chrétien, le salut accordé par Dieu indique que la vie ne s'achève pas avec la mort. Cette foi a traversé les siècles grâce aux Écritures et aux institutions humaines que sont les Églises chrétiennes.

Les Écritures saintes

Les textes religieux de référence des premiers adeptes de Jésus sont ceux du judaïsme : les livres de la Bible hébraïque, dans lequel ils puisent des éléments qui, à leurs yeux, annoncent la venue de Jésus-Christ et révèlent le sens de sa mission. Mais ces textes ne leur permettent pas de se situer par rapport à la société et aux religions d'origine, ou de régler les divergences à l'intérieur des communautés et entre les prédicateurs itinérants. Pour aider les différentes Églises locales, l'apôtre Paul rédige, entre 52 et 67, un certain nombre de lettres qui, rassemblées, forment un recueil, dont chaque communauté peut avoir un exemplaire. Ces lettres (appelées Épîtres) ainsi que les Évangiles, composés entre 70 et 100, sont utilisés pour la catéchèse (enseignement) et les lectures au cours des assemblées. Il n’en demeure pas moins que la production d'écrits chrétiens se poursuit tout au long du iie s.

Vers le milieu du iie s. apparaît la nécessité d'établir une sélection parmi les écrits, pour conserver une fidélité à l'origine en même temps qu'un lien entre les Églises, qui occupent un espace toujours plus vaste (ce qui favorise le développement de traditions indépendantes). Dans la seconde moitié du ive s., une liste unique est fixée. Le canon des Écritures chrétiennes comprendra désormais vingt-sept livres : les quatre Évangiles attribués à Matthieu, Marc, Luc et Jean ; un livre historique, les Actes des Apôtres ; treize épîtres de Paul (aux Romains, aux Corinthiens I et II, aux Galates, aux Éphésiens, aux Philippiens, aux Colossiens, aux Thessaloniciens I et II, à Timothée I et II, à Tite, à Philémon), auxquelles la tradition a ajouté l'épître aux Hébreux ; les épîtres dites catholiques de Jacques, de Pierre (I et II), de Jean (I, II et III) et de Jude ; enfin un livre prophétique, l'Apocalypse de Jean.

L'appellation de Nouveau Testament a été donnée à cet ensemble des Écritures chrétiennes pour le distinguer des textes de la Bible hébraïque (appelée par les chrétiens l'Ancien Testament). La Bible chrétienne devient ainsi la somme des deux Testaments, juif et chrétien.

La relation entre Dieu et Jésus-Christ

Les premières communautés chrétiennes donnent de nombreux titres à Jésus, dont les plus importants sont « Seigneur », « Fils de Dieu » et « Christ ». Pour les chrétiens d'origine païenne, le titre de Christ n'est pas chargé du même sens que dans le monde juif ; il prend très vite une valeur propre et, joint à Jésus, forme un nom double. Ainsi, dans l'appellation Jésus-Christ, « Jésus » renvoie-t-il à la vie et à la mort de l'homme de Nazareth, et « Christ » à la mission et à la dignité particulières reconnues à Jésus dans la foi en sa résurrection.

La relation entre Dieu et Jésus-Christ constitue l'originalité de la foi chrétienne. Jésus-Christ est celui qui révèle de façon singulière la volonté et l'œuvre de salut de Dieu. Dans les textes de l'Ancien Testament, Dieu est le créateur du monde, celui qui nomme et fait exister les êtres et les choses, qui permet la vie en manifestant des exigences à l'égard des hommes. Ce Dieu est aussi un Dieu de dialogue, un Dieu personnel, dont l'histoire se confond avec celle de l'humanité. Pour la théologie chrétienne inscrite dans le Nouveau Testament, l'être humain n'a accès à Dieu que l’intermédiaire de Jésus-Christ, qui en est la face livrée au monde. La relation unique et profonde de Dieu et du Christ se traduit dans les termes de Père et de Fils.

La nature trinitaire de Dieu

Après la mort de Jésus, la foi en sa résurrection affirme la victoire de Dieu sur la mort comme un don de vie, malgré la mort et au-delà d'elle, en même temps qu'elle garantit une autre forme de présence de Jésus-Christ. Celle-ci se manifeste en particulier par le Saint-Esprit, qui est à la fois un consolateur et un soutien. Il remet en mémoire et permet de comprendre les paroles du Christ ; il inspire ainsi la vie des croyants. Les diverses modalités de la présence de Dieu et de sa relation avec l'homme ont été l'objet d'une intense réflexion dans les Églises primitives.

Les débats ont d'abord porté sur la christologie : il s'agissait d'expliquer comment Jésus-Christ peut être à la fois homme et Dieu, et comment le Dieu unique peut être à la fois Père, Fils et Saint-Esprit. Les credo anciens, comme le symbole des Apôtres (iiie s.), ont essayé de fixer les grandes lignes de la foi en développant la relation entre Dieu et Jésus-Christ. Mais des dissensions sont rapidement apparues et, lorsque le christianisme est devenu la religion de l'Empire au début du ive s., les empereurs ont convoqué des conciles dits « œcuméniques », chargés de formuler les dogmes de l'Église dans son universalité. La doctrine trinitaire – qui affirme que Dieu est un en trois personnes – est l’un de ces dogmes reconnus par toutes les Églises. Si elle ne se trouve pas exprimée comme telle dans le Nouveau Testament, elle s'appuie sur son témoignage. La Trinité indique que Dieu est en lui-même une structure de dialogue, et qu'il renferme un mystère et une liberté.

Suivant leurs sensibilités religieuses et leur histoire propre, les Églises chrétiennes accordent une fonction et une place différentes aux manifestations de Dieu. Cela est vrai en particulier pour le Saint-Esprit. Mais elles s'appuient toutes sur les définitions des premiers grands conciles œcuméniques des ive et ve s.

Les premières Églises chrétiennes

La mise en place du culte

La vie des Églises chrétiennes locales prend corps dans le culte, l'enseignement, l'évangélisation et les œuvres de solidarité. Très tôt, les cultes chrétiens sont célébrés le dimanche, jour de la résurrection du Christ. Ils comportent une liturgie (une confession de foi et des chants) et la lecture de textes bibliques, suivie éventuellement de commentaires. Le baptême, qui marque l'entrée dans l'Église, et l'eucharistie (appelée aussi Sainte Cène), qui célèbre l'union des chrétiens avec Jésus-Christ, sont les deux sacrements pratiqués dans les Églises primitives, et toujours communs à toutes les Églises chrétiennes – un sacrement manifeste le don de Dieu, contrairement aux sacrifices qui sont des dons offerts par les hommes à une divinité.

Afin de perdurer, les Églises reconnaissent en leur sein des services particuliers, appelés ministères. Au début du christianisme, ces ministères sont peu institués et varient d'une communauté à l'autre. Le Nouveau Testament fait état de ministères de la parole (docteurs et prophètes), de ministères d'ordre et de gouvernement (anciens et épiscopes) et de ministères d'assistance (diacres).

L'organisation épiscopale et le monachisme

Malgré les persécutions, le christianisme connaît un essor rapide au ier et au iie s., et s'étend vers la partie occidentale de l'Empire, où l'on parle latin. La multiplication des Églises et l'éloignement de la période des premiers témoins (les apôtres) conduisent à une organisation dépassant l'échelon local. Il s'agit de conserver la foi des origines dans une unité visible. Les Églises locales ont désormais à leur tête un seul évêque, qui a autorité sur les prêtres. Certains sièges épiscopaux sont placés au-dessus des autres (les patriarcats) mais, dès le ier s., le siège romain a primauté sur tous. L'évêque est considéré comme un père (« papa ») – terme à l’origine du titre réservé à l'évêque de Rome (pape). L'organisation des Églises se modèle sur l'organisation politique, administrative et économique de la société, en particulier en Occident, qui hérite du juridisme latin.

L'Empire romain, avec ses deux pôles – l'occidental et l'oriental –, connaît des failles dès le iiie s. L'empereur Constantin autorise l'exercice du culte chrétien en 313. Le christianisme est ensuite constitué en religion officielle à la fin du ive s. Après la disparition de l'empire d'Occident, en 476, l'Église latine s'affranchit de la tutelle de Constantinople et supplée, dans bien des cas, le pouvoir politique occidental qui se désagrège. Au xe s., la christianisation de l'Europe est achevée. En Occident, le pape devient le personnage principal, ajoutant un pouvoir temporel à son pouvoir spirituel. En Orient, en revanche, le patriarche de l'Église grecque dépend le plus souvent de l'empereur byzantin.

Apparu dès la constitution des Églises, le monachisme prend au début la forme du départ au désert (ermites), puis celle de la vie communautaire (cénobites). Alors que pendant la longue période de relations ambiguës avec le pouvoir, les Églises se sont substituées à l'État défaillant (éducation, santé), les ordres monastiques ont joué un rôle important dans l'élaboration des civilisations orientales et occidentales.

Les scissions du christianisme

Après la chute de l'empire d'Occident au ve s., l'Orient et l'Occident ont des échanges de plus en plus rares, et les divergences culturelles et spirituelles s'accentuent. Les littératures chrétiennes (en grec d'un côté, en latin de l'autre) se développent séparément et parallèlement.

L'Orient, qui vit sous une unité politique (l'Empire byzantin, héritier de l’Empire romain d’Orient, perdure jusqu'au milieu du xve s.), est moins centralisateur au point de vue ecclésiastique que l'Occident. Les quatre sièges épiscopaux d'Orient, ou patriarcats, sont représentés par le patriarche de Constantinople, même s’ils reconnaissent une primauté d'honneur à l'évêque de Rome. Mais une rivalité d'influence s'installe entre Rome et Constantinople. De plus, les Orientaux reprochent aux Latins d'introduire des pratiques nouvelles (usage de l'hostie, jeûnes, célibat des prêtres). La crise la plus grave concerne le dogme de la Trinité. Au vie s., à la formule « le Saint-Esprit procède du Père », un concile ajoute « et du Fils ». Aux yeux des Orientaux, c'est donner à l'Esprit un rôle secondaire et rompre l'équilibre de la Trinité. À la fin du ixe s. apparaît un désaccord d'ordre institutionnel, lorsque la papauté devient l'autorité centralisatrice des Églises chrétiennes. La rupture, qui était en germe depuis longtemps, se concrétise en 1054, lorsque le pape Léon IX excommunie le patriarche de Constantinople et que celui-ci lui réplique de façon semblable (grand schisme d'Orient). L'Église d'Orient prend alors le nom d'Église orthodoxe.

Au xvie s., avec la Renaissance, l'humanisme, des inventions comme l'imprimerie et la découverte de l'Amérique, un désir de changement se manifeste à l'égard de l'Église d'Occident, ou Église romaine, marquée par les ambitions temporelles de la papauté, le luxe du haut clergé et l'ignorance dans laquelle est maintenu le peuple. Après son excommunication en 1520, le moine allemand Martin Luther organise la Réforme sous la protection du prince de Saxe. Des mouvements parallèles naissent en Suisse et en France, avec Ulrich Zwingli, puis Jean Calvin. Malgré leurs vues communes sur la place de la Bible, le salut gratuit et le rôle des laïcs, les réformateurs ne fondent pas une Église unie face à l'Église romaine ; on parle ainsi d’Églises protestantes.

Les principales confessions chrétiennes

Introduction

À partir du xvie s., le christianisme connaît donc trois grandes branches : le catholicisme, l'orthodoxie et le protestantisme. Chacune des confessions s'est développée en relation avec la culture qu'elle a fécondée : le catholicisme et le protestantisme ont marqué la culture occidentale ; l'orthodoxie, le monde oriental et l'Europe de l'Est.

Le catholicisme

L'Église qui a pour centre Rome a retenu le terme de catholique (en grec, « universel ») dès le concile de Nicée (325). Elle est dotée d'une organisation centralisée et hiérarchisée. Le pouvoir y est exercé par le pape et les conciles œcuméniques. Le pape, installé à Rome, constitue l'unité visible de l'Église. La médiation entre Dieu et les fidèles est assurée par les autorités religieuses, qui transmettent et gèrent le salut offert aux hommes dans plusieurs domaines, notamment celui de l'enseignement et celui de la distribution de la grâce. Un autre élément de médiation est la messe, conçue comme un sacrifice au cours duquel se renouvelle le don de Jésus-Christ sur la croix dans le sacrement de l'eucharistie. Nécessaires à la réception de la grâce, les sacrements, au nombre de sept, sont dispensés par les prêtres ; il s’agit du baptême, de la confirmation, de l’eucharistie, de la pénitence, du sacrement des malades, du mariage et de l’ordination. Une autre médiation apparaît dans le culte de la Vierge Marie et dans celui des saints.

L'orthodoxie

Le contenu de la foi dans l’orthodoxie remonte à la formulation des premiers siècles. L'orthodoxie (« l'opinion ou la foi droite », en grec) s'en tient en effet aux dogmes définis par les huit premiers conciles œcuméniques. Fidèle aux origines, elle se caractérise par une relation de collégialité entre les Églises, qui sont autocéphales et élisent leurs propres chefs. Le patriarche de Constantinople (aujourd'hui Istanbul) conserve une primauté d'honneur : il convoque des conférences panorthodoxes, placées sous le signe d'interdépendance des Églises. Les prêtres orthodoxes (mais non les moines) peuvent se marier. Le culte orthodoxe reconnaît, comme le culte catholique, sept sacrements : baptême, confirmation, eucharistie, pénitence, sacrement des malades, mariage et ordination.

Le protestantisme

Le terme de protestant se réfère à un événement historique : en 1529, les princes allemands favorables à la Réforme protestèrent contre l'attitude de l’empereur germanique Charles Quint, qui exigeait la soumission de tous à Rome. Le protestantisme connaît un grand morcellement ecclésiastique, conséquence de son choix en faveur de la liberté de conscience. Les Églises protestantes ont en commun leur conception de l'Église, le refus de médiation dans la gestion de la grâce, et l'affirmation de la responsabilité personnelle dans les choix éthiques. L'organisation ecclésiastique est l'affaire des communautés, qui se donnent des règles communes sur des bases démocratiques. Le culte protestant se caractérise par l'importance donnée à la parole (prédication) et par l'administration de deux sacrements : le baptême et la Cène. Les pasteurs sont mariés et, dans la quasi-totalité des Églises, les femmes ont accès aux ministères. Le face-à-face de l'homme avec Dieu supprime toutes les autres médiations, en particulier celle d'une hiérarchie et d'un clergé.

Les perceptions contemporaines du christianisme

Introduction

Lorsque le christianisme est devenu la religion officielle de l'Empire romain, des régimes de chrétienté se sont établis autour du Bassin méditerranéen et dans le monde slave. Ainsi, pendant le Moyen Âge européen, l'Église est-elle le ciment de la société, également organisée hiérarchiquement, avec à sa tête le roi, représentant de Dieu sur Terre. La religion est alors la source de la morale, la garante de l'ordre. Quant à la théologie – la première science –, elle délimite le champ du savoir et tente de le contrôler.

Des brèches s'opèrent en Occident dès le xiiie s. Elles s'élargissent à la Renaissance jusqu'à fracturer le système au moment de la Réforme. Au xviiie s., le mouvement des Lumières renouvelle et accélère le processus. La raison humaine, affranchie de la tutelle religieuse, va désormais explorer tous les domaines de la réalité. Un état d'esprit nouveau s'installe en Occident, entraînant une libéralisation des mœurs et une réforme des institutions. Le catholicisme y résiste de manière frontale, alors que le protestantisme intègre davantage les transformations de la pensée et de la vie socio-économique. Le mouvement des Lumières, dont certains aspects étaient contenus en germe dans le christianisme, est dirigé en grande partie contre les Églises. Au xixe s., la confrontation s'accentue avec l'apparition d'un athéisme critique qui élabore de nouveaux systèmes d'analyse du monde et de l'homme. La religion ne fait plus la loi à la science et devient elle-même objet de science. Au xxe s., les sociétés européennes sont sécularisées et connaissent toutes un processus de laïcisation. La sécularisation atteint la culture, alors que la laïcisation concerne les institutions, mais les deux phénomènes s'influencent mutuellement. Par ailleurs, la sécularisation produit aussi un changement à l'intérieur des Églises (concile Vatican II).

Le mouvement œcuménique

L'adjectif œcuménique (formé à partir d'un terme grec signifiant la « terre habitée ») est appliqué, dès les débuts du christianisme, aux conciles qui réunissent des représentants de toutes les Églises locales. Au xixe s., l'œcuménisme caractérise les structures protestantes. Aujourd'hui le mouvement œcuménique désigne la recherche d'unité entre les différentes confessions chrétiennes.

Au début du xxe s., des Églises protestantes et orthodoxes ont fondé ensemble deux mouvements afin de promouvoir l'unité dans le témoignage et la présence au monde. Ces mouvements ont fusionné pour donner naissance, en 1948, au Conseil œcuménique des Églises (COE), dont le siège est à Genève. Il regroupe la plupart des Églises protestantes et orthodoxes (soit plus de 300 Églises réparties dans plus de 100 pays) qui veulent témoigner d'une présence chrétienne dans les domaines de la réflexion et de l'action. En 1992, l'Église catholique romaine, qui n'en est pas membre, envoie des observateurs aux conférences internationales qui se tiennent environ tous les sept ans.

Les démarches œcuméniques entre protestantisme et catholicisme, d'une part, entre catholicisme et orthodoxie, d'autre part, sont plus récentes. Elles découlent de la reconnaissance du caractère chrétien du protestantisme par le concile Vatican II, et de la levée par le pape Paul VI et le patriarche Athênagoras des anathèmes réciproques échangés au xie s.

À ses débuts, le mouvement œcuménique, marqué par un grand enthousiasme, a été porteur de l'utopie d'une unification des Églises. Cet objectif avait valeur de protestation contre la sécularisation et la division des chrétiens. Mais si, sur certains points, les différences doctrinales se sont atténuées, elles demeurent vives sur d'autres, et une prise de conscience a eu lieu sur l'importance des clivages en matière éthique, notamment entre catholicisme et protestantisme. Par ailleurs, le pluralisme est devenu une valeur positive, et une unité de type institutionnel ne paraît plus prioritaire.

Les christianismes non occidentaux

L'acculturation (processus dynamique par lequel une culture évolue sous l'influence d'une autre) est un phénomène connu du christianisme dès ses origines. Enraciné dans le judaïsme, celui-ci s'est développé dans le monde gréco-romain : il a produit des écrits en grec, qui ont très vite été traduits dans les langues du Bassin méditerranéen. L'Europe chrétienne a semblé clore le processus, si bien que le christianisme s'est longtemps confondu avec la culture européenne, qu'il a en partie construite.

Les missions chrétiennes ont exporté leur message dans les formes de la culture occidentale. L'émancipation politique des pays asiatiques et africains, le poids des peuples de l'Amérique latine et la nouvelle distribution des chrétiens dans le monde en ont modifié les données. Depuis les années 1950, les pays non occidentaux revendiquent la reconnaissance de leur propre sensibilité dans la pratique du christianisme.

Le christianisme africain met en avant le lien, propre aux religions animistes, des êtres humains avec l'Univers, de même que la conscience d'une communauté entre vivants et morts. Dans les textes bibliques, il s'intéresse particulièrement à l'Ancien Testament. La figure de Jésus-Christ est, quant à elle, réinterprétée par des titres nouveaux (l'Ancêtre, l'Initiateur, le Guérisseur).

En Asie, où la double appartenance religieuse suscite des débats, notamment en Inde, le Christ a pu apparaître en raison de son universalisme sous le nom des divinités hindoues, et un rôle important lui est attribué dans la Création. Ce sont surtout les enseignements éthiques qui sont retenus des textes bibliques. Dans d'autres pays, l'héritage bouddhiste sert à réinterpréter le christianisme (théologie de la douleur de Dieu, au Japon). Ailleurs encore, la protestation sociopolitique anime la foi et la théologie (théologie du Minjung, en Corée du Sud).

En Amérique latine, où la prise de distance avec le christianisme d'Europe et de l'Amérique du Nord est à la fois intellectuelle et populaire, des théologiens ont insisté sur l'aspect libérateur du christianisme en utilisant une analyse d'inspiration marxiste (théologie de la libération). Par ailleurs, des communautés de base se sont créées, qui donnent la parole aux plus pauvres et les encouragent dans la lutte sociale.

Intégrismes et fondamentalismes

Dans le dernier tiers du xxe s., la crise du scientisme et des idéologies entraîne une crise du sens. Après la mise en cause du culte de la rationalité – considérée comme moteur du développement humain – et l'abandon de la foi dans le progrès perpétuel – censé conduire à la fois à l'amélioration des conditions de vie et à la maîtrise de l'Univers –, la croyance dans une philosophie de l'histoire se trouve ébranlée. Paradoxalement, la sécularisation et la laïcisation suscitent de nouveaux intérêts pour le religieux, et plus particulièrement pour les radicalismes religieux, qui prennent la forme d'intégrismes et de fondamentalismes.

L'intégrisme est un fait catholique. Apparu en Espagne au tournant du xxe s., lorsqu'un parti catholique nationaliste a demandé le respect des condamnations du Syllabus (texte pontifical de 1864 qui refusait le progrès et le libéralisme), il s’est répandu en Europe et a pris la forme d'une opposition aux ouvertures de Vatican II dans les années 1970 à 1990.

Le fondamentalisme naît au début du xxe s. dans le protestantisme des États-Unis, en opposition au libéralisme, à l'engagement social et au primat de la science. L'interprétation des textes bibliques est au centre de ce mouvement. Les fondamentalistes pratiquent, à des degrés divers, une lecture littérale de la Bible.

L'intégrisme comme le fondamentalisme entendent défendre des valeurs religieuses, l'un faisant appel à la tradition de l'Église, l'autre au texte fondateur.

Les influences syncrétistes

La religion n'ayant plus le pouvoir d'imposer des normes de foi et de comportement autrement que par l'adhésion intérieure, le sentiment religieux prend souvent la place de la doctrine défendue par les Églises. Par ailleurs, le christianisme est souvent alimenté par des apports d'autres spiritualités. L'effervescence religieuse comporte aujourd'hui des caractères protestataires à l'égard du fonctionnement des sociétés et des institutions ecclésiastiques.

Les mouvements de renouveau apparus à l'intérieur du christianisme (mouvements charismatiques catholiques, courants évangéliques protestants) offrent une expérience religieuse singulière par sa chaleur émotionnelle et la conscience unitaire qui président au sein du groupe et au contact avec le monde extérieur.

Aux franges du christianisme surgissent de nouveaux courants religieux, marqués par l'usage de techniques psychocorporelles (méditation, yoga) et des élans caritatifs. La mystique et l'ésotérisme y jouent un grand rôle. Nés aux États-Unis dans les années 1970, ces mouvements ont largement gagné l'Europe. Ils forment une sorte de nébuleuse composée à la fois de groupes constitués et de réseaux. L'adhésion personnelle, les affinités, le charisme des leaders y ont une place importante, et la protestation y est d'ordre culturel. Ces mouvements empruntent souvent des éléments à d'autres religions monothéistes (comme le judaïsme) ou polythéistes (comme l'hindouisme et le bouddhisme). Ils sont donc traversés d'influences syncrétistes. Un certain nombre de chrétiens y puisent leur inspiration spirituelle, ainsi que leur adhésion à des valeurs résolument contemporaines, telles que la conscience planétaire ou la recherche du bonheur personnel.