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Europe

Europe

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Europe

Cet article fait partie du DOSSIER consacré à l'Europe.

Une des cinq parties du monde, l'Europe forme l'extrémité occidentale du bloc eurasiatique. Limitée à l'est par la lourde chaîne de l'Oural et au sud-est par la haute barrière du Caucase, elle est, partout ailleurs, bordée par la mer, qui la pénètre en profondes échancrures.

Superficie : 10 500 000 km2
Population : 732 000 000 hab. (estimation pour 2009)

GÉOGRAPHIE

Géographie physique

Milieu naturel

L'Europe comprend une grande diversité de paysages naturels.

   

La grande plaine de l'Europe du Nord commence en Flandre, s'élargit dans le nord de l'Allemagne et en Pologne, et devient immense en Russie, débordant sur l'Ukraine, s'étendant alors de la Baltique à la mer Noire. Cette plaine s'ouvre sur la mer du Nord et la Baltique par des côtes basses et sableuses. Elle a été profondément marquée par les glaciations quaternaires. Celles-ci y ont creusé de multiples lacs et abandonné des dépôts morainiques qui forment des collines désorganisées. Les sols sont parfois enrichis par un saupoudrage de lœss.

   

Des massifs anciens occupent le nord et le centre du continent. Au nord subsistent les traces du plissement calédonien dans les hautes terres d'Écosse et, surtout, de Scandinavie, où affleurent également des terrains précambriens rabotés par l'érosion (bouclier scandinave). Ces montagnes ont été sculptées par l'érosion glaciaire, responsable des nombreux lacs et des vallées en auge qui, envahies par la mer, forment les fjords. Mais l'Europe moyenne est le domaine des chaînes hercyniennes. Celles-ci s'échelonnent en massifs discontinus depuis l'Irlande jusqu'à la Bohême, en passant par le Massif armoricain, le Massif central, les Vosges et le Massif schisteux rhénan. À ce système se rattache également la Meseta ibérique. L'influence glaciaire est nette, surtout dans les secteurs les plus septentrionaux. Entre ces massifs se disposent des dépressions occupées par des bassins sédimentaires : bassins de Londres, de Paris, de Souabe-Franconie.

   

L'Europe méridionale se rattache au système alpin. Elle est caractérisée par des montagnes jeunes, au relief déchiqueté, où les glaciers sont encore présents. À l'ouest se dresse la barrière des Pyrénées (3 404 m au pic d'Aneto). L'arc alpin s'étire de la Méditerranée jusqu'à Vienne (4 810 m au mont Blanc), encadrant la plaine du Pô. Il se prolonge vers le sud dans l'Apennin, qui forme l'ossature de la péninsule italienne, et vers l'est dans les Alpes dinariques et les Carpates, encadrant la plaine pannonienne et la plaine de Valachie. Ces deux dernières chaînes se rejoignent dans la péninsule balkanique, qui s'émiette en îles dans la Méditerranée.

Climats et végétation

L'Europe appartient entièrement au domaine tempéré.

   Sa partie occidentale est sous l'influence des vents d'ouest, chargés d'humidité. Un climat océanique, plus ou moins frais suivant la latitude, affecte tout le nord-ouest du continent, marqué par une forte pluviosité et des températures douces, accentuées par l'influence du Gulf Stream. En dehors de la lande, qui couvre les régions les plus ventées (Bretagne, Irlande, Écosse), la végétation naturelle a largement été défrichée.

   L'Europe méridionale jouit d'un climat méditerranéen, dont la période de sécheresse estivale augmente vers le sud. Des forêts de chênes verts ou une végétation buissonneuse (maquis et garrigue) subsistent sur les hauteurs. Vers l'est, l'influence océanique s'atténue progressivement et le climat devient continental, avec des hivers rigoureux et des étés orageux.

   Le nord de l'Europe orientale porte de belles forêts de conifères (taïga), tandis qu'au sud les riches sols de l'Ukraine sont couverts de prairies.

Hydrographie

Le réseau hydrographique de l'Europe reflète à la fois le climat et la disposition du relief. Les fleuves d'une Europe occidentale au relief morcelé sont généralement courts et caractérisés par un régime mixte, car leurs bassins englobent des zones variées (Rhône, Rhin). L'Europe orientale, au contraire, compte de grands fleuves (Vistule, Volga, Don, Dniepr) aux régimes réguliers, seulement interrompus par l'embâcle hivernal.

Géographie humaine

Population

La population européenne a longtemps été une exception, tant du point de vue du nombre que de la répartition des hommes sur le territoire. Rattrapée par la croissance démographique planétaire sans précédent du XXe s., l'Europe, malgré la raréfaction de la population rurale, est restée le continent le plus uniformément peuplé du monde. Ce phénomène démographique exceptionnel était déjà en place au XIIIe s. sur l'axe Londres-pays rhénans-Italie, berceau du dynamisme européen et, aujourd'hui encore, région la plus densément peuplée et urbanisée du continent (mégalopole européenne). Longtemps en croissance permanente, suffisamment pour peupler, entre autres, l'Amérique et l'Australie, la population européenne a cessé d'augmenter ; généralement faible, la natalité n'y assure plus le renouvellement des générations, alors que l'espérance de vie s'y allonge – à l'exception de la Russie, dramatiquement appauvrie.

   Unifiée autour du christianisme, mais divisée en trois grands ensembles religieux difficiles à réconcilier – catholiques au Sud-Ouest, en Pologne et dans l'Ukraine uniate, protestants de diverses obédiences au Nord-Ouest, orthodoxes à l'Est –, l'Europe connaît aussi une population musulmane ancienne, issue de la domination ottomane sur les Balkans. La diversité linguistique et nationale y est plus importante encore que la diversité religieuse. À l'ouest et au nord du continent, malgré quelques zones de tension (Belgique, Irlande du Nord, Pays basque, Corse), la définition géographique des États, qui correspond aux nationalités façonnées par l'histoire, est bien acceptée par les habitants. C'est là que se développe activement l'intégration européenne, pourtant perçue comme supranationale ; c'est là aussi que de nouveaux éléments, issus de l'immigration extra-européenne, sont venus enrichir mais aussi compliquer les enjeux démographiques de la région. En revanche, dans l'Est et le Sud-Est européen, longtemps dominés par des empires transnationaux – ottoman, austro-hongrois ou russe –, les différentes nationalités cherchent encore leurs places respectives, jusqu'à provoquer les graves affrontements qu'a connus l'ex-Yougoslavie pendant les années 1990.

Économie

Continent où est né le modèle économique qui domine aujourd'hui la planète, l'Europe a été fortement marquée par la Seconde Guerre mondiale, qui a mis fin à son hégémonie sur le monde et l'a divisée pour longtemps en deux blocs antagonistes. Cette longue coupure, entre pays socialistes et pays libéraux, marque toujours l'économie européenne.

   Dans l'ancien bloc de l'Est, la fin de l'Empire soviétique a provoqué un « rattrapage » économique, une introduction parfois brutale du libéralisme et l'apparition soudaine de problèmes que l'Ouest avait pu, sinon résoudre, du moins appréhender sur plusieurs décennies : chômage, crise de l'industrie lourde, mise en cause de la protection sociale, etc. La situation n'est cependant pas uniforme. Dans les pays traditionnellement liés à la sphère occidentale (ancienne Allemagne de l'Est, Pologne, République tchèque, une partie des pays Baltes, etc.), la transition est globalement une réussite, couronnée, pour certains États, par la perspective d'une intégration rapide à l'Union européenne. En revanche, dans l'ex-U.R.S.S., où les économies nationales n'ont jamais existé en dehors de leur assujettissement à l'Empire russe puis soviétique, la crise est plus difficile à juguler. L'Ukraine, haut lieu de l'industrie soviétique, ex-grenier à blé de la Russie, a certes jugulé son hyperinflation, mais est encore loin d'avoir mis ses infrastructures à niveau. Quant à la Russie, elle connaît une criminalisation inquiétante de son économie et de graves problèmes d'insolvabilité de l'État (salaires impayés, non recouvrement des impôts, etc.). La crise financière de 1997-1998 n'a rien fait pour rassurer les investisseurs.

   L'ouest du continent poursuit quant à lui son chemin vers l'intégration européenne : signature du traité de Maastricht en 1992 ; mise en place de la zone euro entre 1999 et 2009 (16 pays de l'Union européenne sur 27 y participent). L'unification économique est une réussite qui va au-delà de la lettre des traités : longtemps exclus de la prospérité, des pays comme l'Espagne, le Portugal ou la République d'Irlande ont en grande partie rattrapé le niveau économique général. Depuis les années 1970, pourtant, l'Ouest européen est en crise. Le passage d'une économie industrielle, à forte concentration de main-d'œuvre, à une économie de plus en plus axée sur les services ne s'est pas fait sans difficultés. Si l'inflation est aujourd'hui jugulée, le chômage – toujours élevé en dépit d'une courte période de baisse entre 1997 et fin 2000 – constitue encore pour l'Europe occidentale un difficile défi, qui participe à la remise en cause générale du modèle social européen : problème du financement des retraites (lié au vieillissement de la population), nouvelle organisation et « flexibilisation » du travail, mise en cause des systèmes de protection sociale, etc.

HISTOIRE

L'Antiquité

Pour les Grecs, le mot « Europe » n'a qu'un sens géographique : il désigne l'un des trois continents qui constituent l'Univers (Hérodote, Ve s. avant J.-C.). Pour les Grecs et les Romains, le clivage se fait entre le monde grec ou romain, qui englobe des régions européennes, asiatiques et africaines, et le monde barbare. Il n'existe aucune conscience européenne. En revanche, le passé gréco-romain constituera l'un des éléments fondamentaux de la culture de l'Europe en construction à partir du Moyen Âge.

   Au début du IIe millénaire avant J.-C., les Grecs s'établissent dans la région comprise entre la mer Égée et la mer Ionienne. Organisés en cités à partir du VIIIe s. avant J.-C., ils se lancent dans la colonisation des côtes de la mer Égée (Thrace), de la mer Noire (Crimée) et de la Méditerranée (Sicile, Italie, Gaule du Sud et Espagne). La civilisation hellénique connaît son apogée au Ve s. avant J.-C.

   Les Grecs ont donné un essor déterminant à la philosophie, aux sciences et aux arts. La culture grecque, assimilée par les Romains, qui dominent la Grèce à partir de 146 avant J.-C., est diffusée par eux. Rome organise un vaste État, qui devient au Ier s. après J.-C. un empire dont toutes les régions sont romanisées : quelles que soient leurs cultures originelles, elles sont soumises à l'organisation militaire, politique et administrative romaine, fondée sur la cité. Le latin devient la langue unique de l'Europe romaine ; seules les régions de tradition grecque résistent à son expansion.

   À partir des Ier-IIe s. après J.-C., l'Europe est ainsi divisée en deux grands ensembles : l'Europe romaine et l'Europe du Nord et de l'Est, barbare aux yeux des Romains, peuplée de Celtes et de Germains. Ces derniers exercent une pression continue aux frontières de l'Empire. Le christianisme, attesté dès les années 50, ne prend son essor en Italie, en Gaule et en Espagne qu'au IIIe s.

   Aux IVe-Ve s., l'Europe connaît deux évolutions majeures : le partage de l'Empire romain en Empire d'Orient et Empire d'Occident, consacré en 395 à la mort de Théodose ; les invasions qui aboutissent à la disparition de l'Empire romain d'Occident en 476 et à la création de royaumes barbares.

Le Moyen Âge

L'Europe qui se construit à partir du Ve s. est une Europe chrétienne. Poussant vers le nord, elle inclut nombre de régions qui n'avaient pas appartenu au monde gréco-romain. À partir des deux pôles majeurs qui se constituent, l'Empire byzantin, d'une part, la papauté et les Empires d'Occident (l'Empire carolingien puis le Saint Empire), d'autre part, se forment deux entités religieuses rivales : la Respublica christiana d'obédience romaine et l'Oikoumene (sphère d'influence) byzantine.

Les grandes migrations

Les années 500 à 1000 sont décisives pour la formation de l'Europe, car c'est alors que se fixent les peuples qui vont donner naissance aux différents États. Trois grands mouvements migratoires se produisent.

Les Germains

Commencée dès l'Antiquité, la poussée germanique se poursuit avec la domination anglo-saxonne sur l'Angleterre (Ve-VIe s.), l'extension du domaine franc entre le VIe et le VIIIe s., l'installation des Lombards dans la plaine du Pô.

Les Slaves et les Hongrois

À partir de leur premier habitat, situé probablement entre l'Elbe et la Vistule, les Slaves s'établissent après 580 au sud du Danube, submergent au VIIe s. la péninsule balkanique et s'installent à l'ouest de l'Elbe, en Bohême, ainsi que dans les régions situées au-delà du Dniepr ; enfin, en 896, les Hongrois (ou Magyars) arrivent en Pannonie.

Les Vikings

Aux IXe et Xe s., la majeure partie de l'Europe se trouve confrontée aux Vikings qui entreprennent raids, pillages, grand commerce et même colonisation après leur installation en Angleterre (Danelaw) et en France (Normandie).

La christianisation

Le christianisme s'est d'abord diffusé dans l'Empire romain. Après la disparition de celui-ci, il s'implante dans les régions du Nord et de l'Est, peuplées de Germains, de Slaves, de Hongrois et de Scandinaves. À la différence des autres royaumes germaniques qui ont embrassé l'arianisme, les Francs se convertissent au catholicisme (baptême de Clovis en 498 ou 499), ce qui permet à l'Église de jouer un rôle essentiel dans les nouvelles structures du monde barbare. La christianisation est à la fois œuvre religieuse et œuvre politique. Sur ce point, Byzance et le monde latin se rejoignent. L'un et l'autre obtiennent la conversion des chefs des peuples qu'ils veulent christianiser et, par là même, les font entrer dans leur sphère d'influence.

   Les principales étapes de cette christianisation sont : l'évangélisation de l'Angleterre et de l'Écosse par des missionnaires romains et celtes (fin du VIe s.) ; la progression du christianisme en Germanie à la fin du VIIe et au VIIIe s. (Frise, régions à l'est du Rhin) puis la conversion des Saxons par Charlemagne ; l'évangélisation des Slaves de Grande-Moravie, des Serbes et des Bulgares par des missionnaires byzantins, et celle des Croates par des Francs au IXe s. ; le baptême de Vladimir Ier à Kiev (988), qui fait entrer la Russie dans l'ère d'influence byzantine ; la création d'évêchés en Bohême, en Pologne et en Hongrie et la conversion des rois du Danemark et de Norvège au Xe s., à la suite de l'œuvre missionnaire des chrétiens de Germanie.

   À la même époque, l'islam naît et établit sa domination sur la Méditerranée orientale. Il gagne également l'Europe lors de la conquête arabe de l'Espagne (711).

L'équilibre européen

Dans une Europe qui a perdu son unité religieuse s'affirment de nouveaux principes de régulation des relations entre les divers États. Désormais, pour empêcher la prépondérance d'une puissance sur les autres et pour maintenir l'équilibre européen, les États vont nouer ou rompre des alliances au gré des circonstances. C'est ainsi que, pour lutter contre Charles Quint, François Ier s'allie au sultan ottoman Soliman le Magnifique, ce qui scandalise ses contemporains. Richelieu, lui, n'hésite pas non plus à engager la France aux côtés des puissances protestantes dans la guerre de Trente Ans. Et, afin de contrecarrer la politique hégémonique de Louis XIV, les puissances européennes forment des coalitions. L'Europe devient un ensemble d'États souverains qui négocient entre eux, quelle que soit leur religion.

L'Europe des Lumières (1680-1789)

Cette période est marquée par la diffusion de la philosophie des Lumières, à laquelle adhèrent peu à peu les élites des différents pays. Élaborée dans l'Europe développée d'alors (France, Angleterre, Pays-Bas, Allemagne de l'axe rhénan), elle gagne le centre et l'est, où de nouvelles puissances (Prusse, Russie) se lancent dans des politiques volontaristes de rattrapage. Partout se répand une culture fortement influencée par les penseurs français. Sur le plan artistique, le baroque triomphe dans la plupart des pays catholiques, à l'exception de la France, où le classicisme l'emporte. La pensée scientifique, après les apports décisifs de Galilée et de Descartes dans les années 1620-1650, progresse à partir des années 1680 grâce à l'œuvre de Newton.

Le nouvel espace européen

Les régions que les conquêtes mongole et turque avaient coupées du reste de l'Europe sont de nouveau incorporées à cette dernière. La Hongrie et une grande partie de l'Europe danubienne sont libérées de la domination ottomane par l'Autriche, entre 1699 et 1718. Les Habsbourg dominent désormais l'État le plus vaste et le plus peuplé d'Europe. De son côté, la Russie, qui a commencé à s'ouvrir à l'Occident au XVIIe s., s'étend vers le sud aux dépens des Turcs et se transforme sous la férule de Pierre le Grand. Dans cette Europe élargie, l'effacement de l'Espagne et de l'Italie se confirme, tandis que la France ne peut conserver sa prépondérance. Elle doit accepter en 1713 et en 1714 un nouvel équilibre entre les puissances (traités d'Utrecht et de Rastatt). Les Provinces-Unies sont par ailleurs distancées par l'Angleterre, qui entend renforcer sa prépondérance commerciale. Rivales, la France et l'Angleterre s'affrontent souvent de 1689 à 1815 non seulement en Europe mais aussi en Amérique et en Inde, tandis que la Prusse, l'Autriche et la Russie se concurrencent tout en se mettant d'accord pour s'étendre aux dépens des Ottomans et pour se partager la Pologne.

Le mouvement philosophique

Au nom de la raison, de la foi dans le progrès qui permettra le bonheur de l'humanité, les philosophes critiquent les croyances et les institutions traditionnelles. Ils acceptent en général l'existence de Dieu, mais ils récusent les dogmes et les Églises. Montesquieu, Voltaire, Rousseau et Diderot dominent le mouvement intellectuel, que l'on nomme « lumières » dans les différentes langues de l'Europe : enlighment en anglais, Aufklärung en allemand, illuminismo en italien. La diffusion de leurs idées s'accélère après 1750. Les livres, les journaux ainsi que les salons et les loges maçonniques répandent les conceptions nouvelles. Elles n'atteignent cependant que les élites, car l'Europe du XVIIIe s. reste profondément celle de sociétés traditionnelles, cinq ou six fois séculaires à l'Ouest, encore plus archaïques au Sud et à l'Est.

Absolutisme et contrôle parlementaire

Les Bourbon développent en France un appareil gouvernemental et administratif centralisé. Les despotes éclairés d'Espagne (Charles III), de Prusse (Frédéric II), d'Autriche (Marie-Thérèse et Joseph II), de Suède (Gustave III), de Russie (Catherine II) sont les instigateurs d'un absolutisme légitimé par la raison. Ils renforcent la puissance de l'État centralisé en brisant les privilèges des corps intermédiaires (clergé, noblesse, parlements, diètes, corporations) et cherchent à favoriser le développement économique. Seule l'Angleterre évolue vers une monarchie tempérée et un régime de type parlementaire après la révolution de 1689 et l'accession au trône des Hanovre (1714). Elle est donnée en exemple par les philosophes qui critiquent l'absolutisme et militent pour le respect des libertés.

L'Europe des nations (1789-1914)

La Révolution française a des répercussions dans toute l'Europe. Elle n'invente ni la nation ni le patriotisme, mais elle leur donne un nouvel essor. La réaction contre la domination napoléonienne entraîne également la montée des nationalismes. Après 1815, à l'Europe des souverains s'opposent les nations, qui s'engagent à plusieurs reprises dans des révoltes ou des révolutions qu'inspire le romantisme. Cette Europe, agitée par les revendications libérales, nationales et même sociales, s'assure la domination du monde par le peuplement et par l'emprise économique.

La Révolution française et l'Empire

La Révolution ne définit pas seulement les droits des citoyens de France, elle se veut universelle (déclaration des droits de l'homme, 26 août 1789). Elle bouleverse l'Europe par ses idées puis par la force. De 1792 à 1815, la guerre ne cesse d'opposer la France aux monarchies européennes. La Convention nationale proclame le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et, en premier lieu, à s'unir à la France. Au nom de ces principes, celle-ci crée des Républiques sœurs. Son expansion est acceptée par les « patriotes » belges, rhénans, suisses. En revanche, le Grand Empire de Napoléon, qui, à son apogée en 1811, englobe la moitié de l'Europe, suscite l'hostilité et des tenants de l'ancien Régime et des nationalités. L'Espagne, de 1807 à 1813, la Russie en 1812, la Prusse et la Hollande s'engagent dans de véritables guerres nationales pour leur libération. L'ordre monarchique est rétabli en 1815 par le congrès de Vienne, mais le nationalisme s'est généralisé à toute l'Europe.

L'essor des nations

L'Europe du congrès de Vienne est organisée selon les principes de la légitimité et de l'équilibre des puissances (le concert européen). Les monarchies connaissent cependant des régimes différents : régime parlementaire en Grande-Bretagne ; chartes ou Constitutions octroyées en France, aux Pays-Bas, en Suède et dans divers États allemands ; régimes autoritaires en Autriche, en Prusse, en Russie, au Danemark, dans les États italiens, en Espagne et au Portugal. Cet ordre monarchique est menacé à plusieurs reprises par des vagues révolutionnaires : en 1830 -1831 en France, en Belgique, en Italie et en Pologne. Le romantisme s'enflamme pour la libération des peuples opprimés, particulièrement pour la lutte des Grecs, qui obtiennent leur indépendance en 1830. Enfin, en 1848, les révolutions soulèvent la moitié de l'Europe puis sont réprimées. L'essor des peuples brisé, ce sont les États qui réalisent certaines aspirations nationales, l'unité italienne autour du royaume de Piémont-Sardaigne (1861), l'unité allemande autour du royaume de Prusse (1871). Cependant, en 1871, bien des nations aspirent encore à leur libération : les Polonais, les Tchèques et autres peuples slaves de l'empire d'Autriche-Hongrie, les Serbes et les Bulgares encore dominés par les Turcs, les Finlandais, les Polonais et les Ukrainiens sous domination russe, les Irlandais sous la tutelle britannique. Cette même année, l'Alsace-Lorraine est annexée à l'Empire allemand. Les peuples des Balkans s'émancipent avec l'aide de la Russie, mais les puissances européennes freinent le processus (congrès de Berlin, 1878).

La domination du monde

De 1800 à 1900, la population européenne croît plus vite que le reste de la population mondiale. Passant de 200 millions à 400 millions, elle représente en 1900 le quart de la population mondiale, contre le cinquième en 1800. L'excédent de population va peupler les États-Unis, l'Amérique latine, l'Australie, la Nouvelle-Zélande ou l'Afrique du Sud. Par ailleurs, plusieurs millions d'Européens quittent momentanément les métropoles pour participer à l'administration ou à la mise en valeur des colonies. Ces émigrations, porteuses de la civilisation européenne, considèrent qu'elles ont pour mission de la répandre dans le monde entier. À la veille de la Première Guerre mondiale, l'Europe est le continent dominant du point de vue économique, culturel et politique. Les puissances européennes se sont partagé le monde, hormis les colonies japonaises (Corée, Formose), américaines (Philippines) et les régions arabes intégrées à l'Empire ottoman. Quand elles n'exercent pas une tutelle coloniale, ces puissances imposent une domination impérialiste, fondée sur des rapports inégaux.

L'industrialisation

La croissance économique repose sur l'essor de l'industrie lié à la mise au point de nouvelles techniques et au développement du capitalisme. Celui-ci était apparu dès le Moyen Âge dans des secteurs limités. Il se généralise au XIXe s. : multiplication des banques, des organismes de crédit, création des sociétés par actions, rôle de l'État qui, dans certains pays, est à l'origine du développement industriel. Un réseau dense de voies ferrées est construit en Europe de 1840 à 1880. La Grande-Bretagne, qui s'est lancée la première dans la révolution industrielle, demeure la première puissance économique, mais elle est concurrencée par l'Allemagne et les États-Unis dès la fin du siècle. Les investissements allemands, britanniques et français permettent la construction de voies ferrées dans le reste de l'Europe et l'industrialisation de la Russie (à partir de 1880). L'Europe reste cependant majoritairement rurale pendant tout le XIXe s.

Démocratisation et radicalisation des nationalismes

Les principes libéraux se sont généralisés. L'Europe du Nord et du Nord-Ouest a opté pour le suffrage censitaire et l'a progressivement étendu. Le suffrage universel masculin est définitivement adopté en France (1875), en Italie (1912). Même des pays de tradition autoritaire se sont dotés d'assemblées représentatives (Reichstag en Allemagne, douma en Russie). Cependant, la plupart des régimes sont à la fois menacés sur leur droite et sur leur gauche. La menace de la droite vient de tous ceux qui demeurent hostiles à ces évolutions : aristocraties terriennes d'Allemagne, d'Autriche-Hongrie et de Russie, papauté qui refuse de reconnaître l'État italien. La menace de la gauche vient du socialisme et des mouvements révolutionnaires (syndicalisme révolutionnaire, anarchisme). Mais c'est l'exaltation des sentiments nationaux qui engendre les principales tensions, d'autant plus dangereuses que les grandes puissances ont formé des alliances : Triplice (Allemagne, Autriche-Hongrie et Italie), Triple-Entente (France, Grande-Bretagne et Russie). Ainsi, le conflit qui éclate en 1914 devient rapidement européen puis mondial.

Du déclin à l'Union européenne (depuis 1914)

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, l'Europe, appauvrie et fragilisée, perd son leadership, tandis que les États-Unis s'affirment comme la première puissance économique mondiale. Son déclin s'accélère avec les dévastations de la Seconde Guerre mondiale. Elle devient l'un des principaux théâtres de la guerre froide que se livrent de 1945 à 1990 les deux superpuissances que sont devenus les États-Unis et l'U.R.S.S., et renonce à ses colonies (décolonisation). L'Europe, dont le poids démographique diminue considérablement, connaît cependant un remarquable développement économique, du moins dans sa partie occidentale. La marche vers l'unité, poursuivie depuis 1949, progresse dans l'Europe de l'Ouest tandis qu'à partir de 1989-1990 est amorcée une nouvelle coopération avec les États de l'Europe centrale et orientale libérés du communisme. Toutefois, le mouvement des nationalités reprend, entraînant la création de nouveaux États et la naissance de conflits.

L'après Première Guerre mondiale et la vague révolutionnaire

Cette guerre qui a fait plus de 10 millions de morts entraîne la disparition des Empires austro-hongrois, russe et ottoman. La nouvelle Europe qu'organisent les traités doit compter avec les États-Unis, sans l'aval desquels rien ne peut plus se faire (respect des quatorze points de Wilson). De nouveaux États indépendants sont créés : Pologne, Tchécoslovaquie, royaume des Serbes et des Croates. Cependant, le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes n'a qu'une application limitée. Si, avant la guerre, 60 millions d'Européens appartenaient contre leur gré à tel ou tel État, ils sont encore 30 millions dans l'Europe d'après guerre. L'Allemagne, la Russie soviétique, la Hongrie et la Bulgarie réclament d'ailleurs la révision des traités.

   À la suite de la révolution russe d'octobre 1917, une poussée révolutionnaire a lieu à partir de 1918-1919 : révolution spartakiste en Allemagne, république des conseils en Hongrie, grèves et manifestations en France et en Italie. L'Internationale communiste est créée à Moscou en 1919 pour diriger la révolution mondiale, mais celle-ci ne peut s'étendre hors de l'État que créent les soviets en 1922 : l'U.R.S.S. Un peu partout des partis communistes affiliés à la IIIe Internationale voient le jour. Les démocraties libérales (Allemagne, France, Grande-Bretagne) résistent à cette poussée révolutionnaire et restaurent progressivement la prospérité matérielle. Dans le reste de l'Europe méditerranéenne et orientale, à l'exception de la Tchécoslovaquie, des régimes autoritaires ou semi-autoritaires détiennent le pouvoir.

Crise économique et fascismes

L'Europe des années 1920 devient financièrement très dépendante des États-Unis. L'Allemagne en particulier contracte de très grosses dettes afin de payer les réparations de guerre qu'elle doit à la France et de financer son essor économique. Aussi la crise américaine de 1929 a-t-elle des répercussions sévères en Europe, où elle entraîne une très forte montée du chômage, qui atteint son paroxysme en Allemagne et en Grande-Bretagne en 1933. Cette crise favorise l'accession des nazis au pouvoir (1933). Les régimes autoritaires se renforcent et se multiplient : fascisme en Italie, régime de Franco en Espagne (1939), stalinisme en U.R.S.S. Les démocraties, confrontées à de graves crises internes, notamment la France, profondément divisée au lendemain du Front populaire (1936), et la Grande-Bretagne, laissent Hitler opérer une série de coups de force.

La Seconde Guerre mondiale et la division de l'Europe

À la fin de 1941, l'Allemagne hitlérienne domine l'Europe, à l'exception de la Grande-Bretagne et de quelques États neutres tels que l'Espagne, le Portugal, la Suède et la Suisse. Elle met en œuvre un programme d'extermination des Juifs, dont environ 6 millions périssent. Les États-Unis et l'U.R.S.S. engagent d'énormes forces pour la libération de l'Europe (1943-1945). La guerre cause la mort de 30 millions d'Européens et les destructions matérielles sont énormes. À son issue, les frontières en Europe centrale et orientale sont profondément modifiées : expansion de l'U.R.S.S., report de la frontière polono-germanique sur l'Oder et la Neisse. Dans tous les pays que les forces soviétiques ont libérés sont créées de 1945 à 1949 des démocraties populaires qui constituent le glacis soviétique.

Les deux Europes

Deux camps se constituent : celui des démocraties libérales pluralistes et celui des démocraties populaires à économie centralisée et à régime autoritaire. L'Europe occidentale et méditerranéenne se dote de diverses organisations de coopérations économique (Communautés européennes) et militaire (O.T.A.N.). Instituée en 1957, la C.E.E. regroupe d'abord six pays : République fédérale d'Allemagne, Belgique, France, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, puis est rejointe par le Danemark, la Grande-Bretagne et l'Irlande (1973), par la Grèce (1981) puis par l'Espagne et le Portugal (1986). L'Europe de l'Est s'est également dotée de diverses organisations de coopération : Kominform (1947-1956), Comecon et pacte de Varsovie (1955-1991). La guerre froide comporte des phases de détente. Celle qui s'étend des années 1963 à 1978 est marquée par la normalisation des rapports entre l'Est et l'Ouest : reconnaissance mutuelle des deux Allemagnes (1972), Acte final de la C.S.C.E. (Helsinki, 1975). À l'Ouest, les économies allemande et italienne se redressent rapidement et la France connaît trente ans de croissance continue (de 1945 aux lendemains du choc pétrolier de 1973). En dépit de la crise économique qui se développe dans les années 1980, l'Ouest acquiert une avance considérable sur l'Est, dont les économies stagnent.

Vers une nouvelle Europe

À la fin des années 1980, la disparition de l'Empire soviétique provoque une recomposition générale de la carte politique de l'est du continent. Plusieurs États retrouvent leur indépendance (pays Baltes). Certains – Biélorussie, Moldavie, pays du Caucase, Ukraine – ne l'avaient jamais réellement connue. Il n'est guère étonnant que ces nouvelles nations, sans culture politique, depuis toujours éloignées des centres de décision, connaissent une transition délicate. Bien qu'atypique, l'exemple de la Biélorussie, où le président Loukachenko a rétabli les symboles communistes, tout en menant une politique autoritaire au service de son rêve grand-russe, témoigne du désarroi de cette Europe orientale en cours de constitution. D'autres, à l'image de l'Allemagne, réunifiée en 1990, retrouvent rapidement leur place « naturelle » en Europe, le réapprentissage de la démocratie parlementaire se faisant sans heurts excessifs : l'alternance, en permettant le retour de plusieurs néocommunistes aux affaires (Bulgarie, Pologne, Hongrie), montre que les anciennes élites dirigeantes respectent les nouvelles règles politiques.

   Sur le territoire des Empires austro-hongrois et ottoman, les vieilles questions nationales refont leur apparition. Résolues pacifiquement lors de la partition de la Tchécoslovaquie, elles ramènent la guerre sur le continent à la suite de l'éclatement de la Yougoslavie, notamment en Bosnie-Herzégovine et soulignent l'impuissance de l'Union européenne à prévenir les conflits. Les accords de Dayton (États-Unis) de novembre 1995 rétablissent une paix précaire sans mettre fin aux visées nationalistes d'une « Grande Serbie ». Ainsi, la répression violente infligée par Slobodan Milošević aux Albanais du Kosovo (1998-1999) entraîne son pays dans un nouveau conflit et pousse l'O.T.A.N. à avoir recours à la force au printemps 1999. Si la chute de Milošević (2000) permet la réintégration de la Yougoslavie dans le concert des nations, le rétablissement de la stabilité dans les Balkans demeure durablement au cœur des préoccupations internationales. À la demande de l'U.E., le Pacte de stabilité pour l'Europe du Sud-Est est lancé lors du sommet de Sarajevo dès juillet 1999. Des solutions pacifiques sont élaborées au fur et à mesure que surgissent les crises : la Macédoine est premier pays de la région à signer un Accord de stabilisation et d'association (A.S.A.) en 2001 ; en 2003, la formation d'une éphémère Union de Serbie-et-Monténégro prévoit pour chacun de ses membres la possibilité à court terme d'organiser un référendum d'autodétermination. La même année, le sommet européen de Thessalonique (Grèce) affirme solennellement la vocation de tous les pays des « Balkans occidentaux » (Albanie, Bosnie-Herzégovine, Croatie, Macédoine, Monténégro, Serbie) à rejoindre l'Union européenne. Celle-ci connaît, en 2004 et 2007, un élargissement substantiel vers les pays d'Europe centrale et méridionale. En 2008, son indépendance à peine proclamée, le Kosovo manifeste d'emblée sa volonté d'y être admis. Toutefois, la succession de ces élargissements, et notamment, l'éventuelle intégration de la Turquie soulèvent de nombreuses interrogations sur les limites du projet communautaire et confrontent les instances européennes à de multiples défis.

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