
Chef de l'État : Dmitri Anatolievitch Medvedev
Chef du gouvernement : Vladimir Vladimirovitch Poutine
Nature de l'État : république à régime semi-présidentiel
Constitution :
Entrée en vigueur : 12 décembre 1993
Institutions au niveau fédéral
Exécutif
Chef de l'État : président de la République
Chef du gouvernement : président du gouvernement
Législatif
L'Assemblée fédérale se compose de la Douma d'État et du Conseil de la Fédération.
Étendue sur plus de 9 000 km d'ouest en est, depuis la mer Baltique jusqu'à l'océan Pacifique (soit onze fuseaux horaires), la Fédération de Russie est, de loin, le plus vaste État du monde (plus de trente fois la superficie de la France). Elle est formée, essentiellement, de plaines et de plateaux, des montagnes apparaissant toutefois dans le sud (Caucase, confins de la Mongolie et de la Chine) et dans l'est du pays, en bordure du Pacifique.
La Fédération recouvre deux grandes régions séparées par la chaîne de l'Oural : la Russie d'Europe et la Russie d'Asie, qui, à elle seule, constitue 75 % du territoire.
À l'ouest de l'Oural, la Russie proprement dite présente un relief tabulaire (plate-forme russe), dont l'altitude modérée et la monotonie des paysages résultent des nivellements successifs du socle précambrien et de l'importance des formations superficielles quaternaires qui masquent la variété des affleurements géologiques. Au nord, le socle cristallin affleure dans la presqu'île de Kola, tandis que dans le reste de la Russie septentrionale la couverture morainique atténue les accidents du relief (plateau du Valdaï, 343 m). Véritable château d'eau, pourtant, ces faibles hauteurs donnent naissance à la Volga, au Don et au Dniepr, ainsi qu'aux fleuves côtiers de la mer Baltique (Dvina occidentale). En Russie centrale et méridionale, où les dépôts quaternaires d'origine éolienne (lœss) sont moins épais et plus discontinus, les ondulations apparaissent plus vigoureuses (bombement de Koursk). Entre la mer Noire et la mer Caspienne, la Russie possède le versant nord du massif du Caucase, l'un des éléments du système alpino-himalayen, le mont Elbrous (5 642 m) constituant le point culminant de la Fédération. Chaîne hercynienne de 2 000 km de long, l'Oural se dresse jusqu'à 1 894 m d'altitude mais ne constitue guère une véritable barrière entre les deux grandes régions de la Fédération, les cols ne dépassant pas 500 m d'altitude. Ce faisceau de crêtes au relief de type appalachien s'élargit vers le sud et renferme 12 000 gisements métallifères répertoriés.
La Russie d'Asie, abusivement nommée Sibérie (qui ne constitue que sa partie occidentale), s'étend jusqu'à l'océan Pacifique. La plaine de Sibérie occidentale est traversée par l'Ob (et son affluent, l'Irtych), qui se jette, au nord, dans l'océan Arctique, mais elle reste mal drainée du fait de l'absence quasi générale de pente. La partie septentrionale est ainsi recouverte de marais, tandis qu'au sud ce sont les steppes qui prédominent. Plus à l'est, entre le Ienisseï et la Lena, se trouve le vaste plateau de Sibérie centrale, qui s'élève entre 500 et 1 000 m d'altitude sous la forme de plateaux étagés, traversés par les vallées encaissées des trois Toungouska (Toungouska Inférieure, Tougounska Moyenne, Angara). Au sud de cette zone, les massifs anciens de l'Altaï et du Saïan se rattachent au système hercynien de l'Oural et culminent à 3 000 m d'altitude. Enfin, le littoral pacifique est bordé d'arcs montagneux volcaniques : plissement tertiaire du Kamtchatka, monts Verkhoïansk (ère secondaire), monts Stanovoï…
Si la Russie a hérité de la plupart des littoraux de l'U.R.S.S., ses 40 000 km de façade maritime restent souvent difficilement utilisables. Au nord, les mers bordières de l'océan Arctique gèlent une grande partie de l'année. À l'ouest et au sud, la mer Baltique, la mer d'Azov et la mer Noire sont éloignées de l'océan Atlantique, avec lequel elles communiquent par une série de détroits. La mer Caspienne, qui constitue le plus grand lac du monde, fait l'objet d'âpres négociations entre les différents pays riverains en raison de ses richesses en hydrocarbures. La façade pacifique, à l'est, est en revanche largement ouverte sur l'Océan, mais son éloignement du centre de la Russie lui laisse un rôle assez marginal.
La latitude (90 % de la Russie se trouve au nord du 50e parallèle), mais surtout l'éloignement de l'Océan et la disposition du relief expliquent la continentalité du climat, de plus en plus marquée vers l'est, avec des hivers très rigoureux (les minima absolus enregistrés atteignent −43 °C à Moscou et −68 °C à Verkhoïansk, en Sibérie orientale). Les mers n'ont qu'un très faible effet modérateur, et l'absence de relief laisse les vents glacials du Nord s'engouffrer loin à l'intérieur des terres. Seul le nord du Caucase ignore la longueur et la rigueur de l'hiver : plus des deux tiers du territoire, en effet, connaissent six mois de gel consécutifs et des moyennes de janvier inférieures à −20 °C. Le pergélisol (sol gelé en permanence), que l'on nomme en Russie merzlota, couvre 59 % du territoire, sa profondeur pouvant atteindre 1 500 m en République de Sakha. Le printemps est généralement bref et soudain, le dégel (raspoutitsa) provoquant de nombreuses crues et transformant la surface du sol en boue. Il laisse vite place à un été chaud (moyennes de juillet supérieures à 15 °C au sud du cercle polaire) et relativement sec avec des averses orageuses.
Les précipitations sont beaucoup plus importantes dans la Russie européenne qu'à l'est de l'Oural, cette chaîne formant une véritable barrière climatique en dépit de la faiblesse de son altitude.
La frange septentrionale de la Russie appartient au domaine de la toundra (15 % du territoire), aux sols souvent dénudés, parfois recouverts d'une végétation rase (arbres nains, mousses et lichens).
Au sud de cette bande, entre le cercle arctique et le 60° de latitude Nord, s'étend la zone forestière boréale, ou taïga, aux sols acides (podzol), pauvres en humus ; d'une moindre extension en Europe, elle s'élargit vers l'est pour recouvrir la quasi-totalité de la Sibérie. Elle occupe ainsi 60 % du territoire de la Fédération. Souvent humide en raison de l'abondance des marais et des tourbières, elle est dominée par les résineux (mélèzes, pins et cèdres en Sibérie, sapins et épicéas en Russie d'Europe), mais regorge de feuillus (bouleaux, trembles) lorsque les effets de la continentalité s'atténuent.
Le sud du pays est le domaine de la steppe boisée et des terres noires (tchernozem) : alors qu'elles forment une large bande dans la partie européenne, celles-ci s'amenuisent vers le sud-est pour n'occuper qu'un mince liseré de la Sibérie méridionale. Ce sont des sols très riches, quoique très fragiles, dont la fertilité est accrue par d'importants dépôts lœssiques.
La frange méridionale de la Russie (nord du Caucase, delta de la Volga) est constituée, en revanche, de sols bruns ou salins subarides, nettement moins fertiles mais néanmoins favorables à l'élevage. Le littoral de la mer Noire, au sud-ouest, est quant à lui propice aux cultures tropicales (agrumes, thé) grâce aux précipitations abondantes et à ses sols rouges.
Si la densité moyenne de la Russie (9 hab./km2) révèle une faible occupation du territoire, les disparités régionales sont très fortes : la Russie d'Europe regroupe près de 80 % de la population sur à peine le quart de la superficie nationale. Seules quelques grandes agglomérations (région de Moscou et de Saint-Pétersbourg), le bassin de la Volga et les piémonts du Caucase dépassent 100 hab./km2. En Russie d'Asie, le peuplement s'étire le long du Chemin de fer transsibérien, mais reste extrêmement faible. Aussi le gouvernement cherche-t-il à favoriser l'installation de migrants dans le sud de la façade pacifique, ainsi qu'en Sibérie occidentale et centrale.
La diversité ethnique de la population est très importante : on comptait, en 1989, 69 « nationalités » originaires du seul territoire de la Russie et 59 autres issues du reste de l'U.R.S.S. Les Russes, de loin les plus nombreux, représentent plus de 80 % de la population. Le groupe altaïque (Turcs, Mongols), au premier rang duquel se trouvent les Tatars (Tatars de Crimée, Tatars de Kazan) [5,5 millions], regroupe 7 % de la population. Viennent ensuite les Caucasiens (2 %) et les Ouraliens (1,5 %). Près de 65 % des non-Russes ont été pourvus d'un territoire national sous la forme de république ou de région autonome, ce qui leur a permis de conserver une spécificité culturelle et linguistique plus importante que les ethnies dépourvues de territoire propre. Les villes, généralement multiethniques, sont toujours dominées par les Russes ; les villages, en revanche, restent le plus souvent monoethniques.
Parallèlement à l'effondrement de l'U.R.S.S. et aux transformations radicales du pays, le déclin démographique de la Russie a donné lieu à plusieurs interprétations plus ou moins alarmistes renvoyant, le plus souvent, à l'évolution chaotique de la vie politico-économique de la Russie. De fait, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, la population de la Russie a diminué depuis 1995 (7 millions d'habitants de moins) et le bilan naturel négatif s'est amplifié. Cette évolution est liée à la fois à la baisse de la natalité (enregistrée à partir de 1988 ; depuis 2000, l'indice de fécondité est passé au dessous de 1,2) et à l'augmentation de la mortalité, qu'il faut attribuer, en partie, à la détérioration des conditions de vie. Néanmoins, d'autres facteurs, de plus ou moins long terme doivent être pris en considération pour éclairer cette évolution.
La lente dégradation du système sanitaire soviétique, signalée dès les années 1970 et toujours pas enrayée, l'effet de l'abandon des réformes anti-alcooliques initiées par Mikhaïl Gorbatchev (les causes de décès par mort violente sont exceptionnellement élevées en Russie), l'écart, hérité de la Seconde guerre mais toujours sensible dans le rapport hommes femmes (47 % d'hommes en 1990), les changements de comportements familiaux (allongement de l'âge au mariage et à la procréation) constituent ainsi des facteurs explicatifs importants dans ce déclin démographique qui se trouve partiellement compensé par la croissance des migrations.
La croissance très importante de l'immigration vers la Fédération de Russie depuis 1990 a confirmé en l'amplifiant considérablement la tendance amorcée depuis la fin des années 1960 au départ des populations russophones installées jusque-là dans les régions non russes (pays Baltes et surtout Asie centrale). Ce processus, souvent assimilé à une forme de décolonisation spontanée a, en effet, accompagné la « nationalisation » progressive de la vie politique et économique des républiques soviétiques. Lors de l'effondrement de l'U.R.S.S., 25 % de Russes et russophones vivaient hors de la Fédération de Russie et plusieurs millions d'entre eux sont revenus, depuis, dans le pays, sous l'effet principal des tensions inter-ethniques qui ont caractérisé l'édification des nouveaux États issus de l'U.R.S.S. Ces « migrants forcés », selon la terminologie adoptée par les pouvoirs publics russes (en tant que citoyens russes, ils sont distingués des « réfugiés »), nettement sous-enregistrés (800 000 officiellement reconnus, mais ils seraient 3 à 5 millions selon les estimations), viennent en majeure partie d'Asie centrale. Ils ont contribué de façon importante à la croissance du solde migratoire, qui, selon les années, a varié de 100 000 à 600 000, le pic ayant été atteint en 1994 et le solde s'étant tari très fortement en 2000. Les troubles et les conflits, tant au sein de la Fédération (Tchétchénie) que dans l'étranger proche (au Caucase principalement) ont donné lieu à d'importants mouvements de réfugiés. Les deux interventions de l'armée russe en Tchétchénie auraient entraîné le départ de 400 000 à 500 000 personnes et les conflits en Transcaucasie et au Tadjikistan ont également généré d'importants flux. Les migrations internes, évaluées à 22 millions de personnes au cours des années 1990, sont significatives de la recomposition socio-économique de la Fédération de Russie.
Quant à l'émigration de Russie, elle a été également importante (1 million de personnes environ entre 1992 et 2000), mais a, en grande partie, été le fait de minorités (600 000 Allemands, notamment), se dirigeant principalement vers l'Allemagne, vers Israël et vers les États-Unis.
La population urbaine n'est majoritaire en Russie que depuis les années 1950. L'habitat rural est surtout présent dans le Sud (steppes, terres noires…), sous la forme de grosses bourgades, tandis qu'au nord et en Sibérie les maisons sont beaucoup plus dispersées. La politique d'élimination de villages trop excentrés ou sous-peuplés, pour des raisons de sous-équipement, a été menée de façon chaotique et a été abandonnée durant l'ère Brejnev. En revanche, le nombre des datchas (maisons de campagne) a fortement augmenté depuis les années 1980. La population urbaine a connu, au XXe s., une très forte croissance, liée pour moitié à l'exode rural.
La majorité des villes ont été créées pendant la période soviétique : développement des activités industrielles et minières dans l'Oural, le nord-ouest et le centre de la Russie, mais aussi ouverture de fronts pionniers en Sibérie et en Extrême-Orient. L'importance accordée au développement des plus grandes villes, considéré comme plus rentable et plus rationnel par le régime soviétique, avec la construction d'infrastructures (métro) et d'équipements (universités), a déséquilibré l'aménagement du territoire. Treize villes dépassent aujourd'hui le million d'habitants et regroupent le quart de la population urbaine. Moscou et Saint-Pétersbourg concentrent, à elles seules, près de 10 % de la population russe. Viennent ensuite Nijni Novgorod, Novossibirsk et Iekaterinbourg, avec 1,4 million d'habitants chacune. Le visage offert par ces agglomérations est assez représentatif de celui de l'ensemble des villes russes, de la Russie occidentale à l'Extrême-Orient : grands ensembles, larges avenues, centres déstructurés. Les villes moyennes (entre 100 000 et 500 000 habitants) rassemblent 12 % de la population urbaine. On y trouve beaucoup plus de maisons particulières, mais le manque d'infrastructures et de services est patent. Les longues distances séparant les villes moyennes des grandes agglomérations (qui ne peuvent pas toujours, de ce fait, prétendre au statut de métropoles régionales) est une faiblesse importante de l'aménagement du territoire. De nombreuses petites villes (moins de 100 000 habitants) sont de pures créations soviétiques (autour d'une activité industrielle) et manquent encore plus cruellement de moyens. C'est la centralisation à l'extrême du régime soviétique qui est le principal responsable de ce déséquilibre ; désormais, les mairies disposent de nettement plus de prérogatives vis-à-vis du pouvoir, et la privatisation du secteur foncier change considérablement les modes de développement urbain.
La restructuration de l'agriculture est un enjeu presque comparable à celui de la collectivisation des terres, dans les années 1920. Plus qu'une simple réforme agraire, l'État doit parvenir à une réorganisation des circuits de transformation et de distribution des produits agricoles. Mais la privatisation des terres se heurte à de forts conservatismes et suscite une profonde déstabilisation du milieu rural. L'ampleur de la tâche est directement liée au poids de l'héritage soviétique : malgré les investissements massifs consentis durant l'ère Brejnev, la productivité n'a cessé de diminuer alors même que les coûts augmentaient ; les pertes (entre 20 et 40 % de la production) enregistrées au cours du transport ou du stockage provoquaient, en outre, de fréquentes pénuries. À la fin des années 1980, la population des kolkhozes montrait une profonde démotivation, tandis que l'exode rural provoquait son vieillissement : mais, attachée à ses acquis sociaux, elle voyait avec crainte le démantèlement du système soviétique.
La privatisation du secteur agricole a débuté en 1990 avec la loi sur l'exploitation paysanne et la loi sur la réforme foncière. La montée du parti agrarien contraint cependant les libéraux au gouvernement à renoncer à l'abandon total du collectivisme. Le réenregistrement des 27 000 kolkhozes et sovkhozes (1991-1992) a occasionné la fermeture des structures non rentables (environ 3 500) ; s'ils étaient plus de 8 000 en 1994 à fonctionner encore sous une forme collective, nombre d'entre eux ont été partagés en fermes privées, grâce à l'octroi d'un lot gratuit à chaque paysan. L'essor du secteur privé est cependant entravé par le sous-équipement (le matériel existant étant le plus souvent obsolète car adapté aux grandes exploitations) : la cherté des nouveaux équipements, additionnée à la rareté du crédit, a ainsi provoqué de nombreux abandons. Les investissements agricoles se tassent, et la diminution des terres arables (13 millions d'hectares en treize ans) témoigne d'une profonde réorganisation qui privilégie désormais la proximité des centres urbains. La politique soviétique, qui favorisait la conquête de nouvelles terres cultivables au détriment de l'amélioration des surfaces existantes, semble abandonnée.
Contrainte d'importer des céréales depuis les années 1960, la Russie est potentiellement capable d'atteindre l'autosuffisance grâce à ses 186 millions d'hectares de S.A.U. (surface agricole utile). Disposant des plus grosses réserves forestières du monde (environ 20 % du total mondial exploitable), la Russie est le premier exportateur mondial de bois.
Le gigantesque secteur industriel, héritage de l'ex-U.R.S.S., se trouve aujourd'hui dans une situation catastrophique. Il constituait pourtant la base de la puissance soviétique, grâce à sa grande diversité qui lui assurait une autosuffisance presque complète. Mais, du fait de son fonctionnement en vase clos, la Russie postcommuniste s'est retrouvée dans une ignorance totale du mode de fonctionnement de l'économie de marché, tant dans ses règles que dans le domaine de la compétitivité, ce qui l'empêche, aujourd'hui, de répondre aux nouvelles exigences du consommateur russe et du marché international. La rapidité du processus de libéralisation et de privatisation d'un secteur industriel longtemps monopolisé par l'État a profondément déséquilibré l'économie et la société russes.
L'abondance des matières premières en Russie est exceptionnelle. Cependant, la localisation souvent excentrée des gisements (dans l'Oural et en Russie d'Asie essentiellement) rend la production peu rentable, dans un contexte général de baisse des cours mondiaux. Le secteur énergétique est aujourd'hui dominé par le gaz naturel (40 % des combustibles) qui profite du gel du programme nucléaire depuis la catastrophe de Tchernobyl en 1986. La compagnie nationale Gazprom détient près du cinquième des réserves mondiales de gaz connues. Gazprom a le monopole sur les gazoducs en Russie. Cette entreprise fournit le quart du gaz consommé en Union européenne, la moitié en Allemagne, la totalité en Finlande, 86 % en Grèce, les trois quart en Autriche, le quart en France. Les gisements de Medvejie, Iambourg et Ourengoï assurent 80 % de la production. Ils sont aujourd'hui en voie d'épuisement. Les gisements de Chtokman, dans la mer de Barents, le deuxième du monde, de Iamal, dans le Grand Nord, et de Sakhaline, en Extrême-Orient, ne sont pas encore opérationnels. Véritable État dans l'État, fort de 400 000 salariés, Gazprom a également des intérêts dans la production d'électricité, la chimie, les banques, les construction, les médias, et représente 8 % du produit intérieur brut. Les gisements pétroliers les plus accessibles sont épuisés et l'exploitation des réserves lointaines nécessite de lourds investissements qui affectent leur rentabilité. L'électricité provient avant tout des centrales thermiques (71 %).
Fer de lance de l'économie soviétique, le secteur métallurgique, et notamment la sidérurgie, se trouve dans une situation déplorable : les industriels ont sacrifié la qualité à la quantité, et l'obsolescence du matériel oblige les entreprises à réduire la production et à améliorer leur compétitivité pour faire face à la concurrence internationale et à la baisse de la demande intérieure. L'industrie chimique avait connu, elle aussi, un développement spectaculaire à partir des années 1960. Mais l'éclatement de l'U.R.S.S. a désorganisé la production et contraint à une forte augmentation des prix. Le complexe militaro-industriel, longtemps considéré comme le secteur de pointe de l'industrie soviétique, subit le choc de la reconversion vers une production à des fins civiles. La construction mécanique connaît également une évolution considérable, tant dans la production que dans les financements. Le secteur de la construction automobile est en pleine croissance, alors que le taux d'équipement des Russes en véhicules est faible. La hausse profite surtout aux constructeurs étrangers, européens ou japonais, qui construisent des usines de production.
Le secteur tertiaire, sacrifié par le pouvoir soviétique au profit de la production industrielle, connaît depuis la perestroïka un essor remarquable. Le développement des commerces (des simples échoppes aux supermarchés) s'accompagne souvent de pratiques illégales et bouleverse les habitudes de consommation de la population. Toutefois, les services publics, tels que l'éducation et la santé, subissent non seulement les conséquences des restrictions budgétaires de l'État russe, mais aussi la pression de la concurrence privée.
La situation actuelle des infrastructures de transport est extrêmement préoccupante pour l'immense Fédération de Russie. D'une part, l'éclatement de l'U.R.S.S., naguère aménagée comme un espace cohérent, a engendré de nombreuses aberrations avec la multiplication des frontières. D'autre part, il s'avère que la privatisation des transports a des conséquences désastreuses compte tenu de la lourdeur des investissements à effectuer. La faiblesse du secteur n'est pas nouvelle, malgré les efforts réalisés par le passé, notamment dans les chemins de fer. La vétusté des équipements (avions, voies ferrées, camions) compromet toutefois les chances de modernisation d'un pan crucial de l'économie russe.
Dans ses échanges extérieurs, la Fédération de Russie fait encore une nette distinction entre l'« étranger proche » et le reste du monde. Avec les anciennes républiques soviétiques, la création d'un « marché commun » se heurte aux enjeux politiques et aux questions monétaires. Cependant, en 2007, la Russie a signé un accord avec le Kazakhstan et la Biélorussie visant à mettre en place une union douanière. La Russie occupe encore une très faible part dans le commerce mondial. La structure des échanges révèle, par ailleurs, les déséquilibres et les fragilités de l'économie russe : la Fédération exporte des produits bruts et importe des biens de consommation et d'équipement. La crise financière que subit la Russie pénalise un peu plus les chances d'une véritable intégration dans le marché mondial.
L'extrême tension suscitée par l'éclatement de l'U.R.S.S. est retombée grâce à la nouvelle Constitution du 12 décembre 1993. La Fédération de Russie, qui s'est substituée, à la fin de 1991, à la République socialiste fédérative soviétique de Russie, compte désormais 89 territoires égaux en droits. Contrairement à l'époque soviétique, il n'existe plus de hiérarchie entre les diverses divisions administratives, que l'on peut diviser en deux grands groupes : d'une part, les entités « nationales » (21 républiques, 1 région autonome et 10 arrondissements autonomes (okrougs), et, d'autre part, les entités administratives (6 territoires (kraïs), 49 régions (oblasts), 2 villes autonomes, Moscou et Saint-Pétersbourg). Si le risque d'éclatement de la Fédération (structurée en 2000 en 7 arrondissements fédéraux) semble aujourd'hui écarté, les rapports entre les régions et le pouvoir central s'est considérablement modifié.
Cet espace de 654 000 km2 forme le cœur historique, économique et politique de la Fédération. Il compte 37 millions d'habitants, dont 40 % vivent dans la région de Moscou. Le refuge constitué par les hauteurs du Valdaï, puis le développement du commerce fluvial ont favorisé la création de nombreuses villes fortifiées dans la haute Volga (Iaroslavl, Souzdal). La région a grandement profité de la construction d'un réseau de canaux permettant de relier les mers entre elles. Elle s'est développée principalement autour de la capitale, Moscou, devenue une vaste mégapole de près de 9 millions d'habitants, qui apparaît d'autant plus tentaculaire et hypertrophiée que les autres villes du Centre peinent à remplir leur rôle régional. L'arrêt de l'exode rural au profit de Moscou doit passer par une modernisation des pôles à vocation régionale (Tver, Riazan, Nijni-Novgorod).
Aujourd'hui, les régions centrales regroupent la première concentration industrielle du pays : constructions mécaniques (machines-outils, machines agricoles…), matériels de transport (chantiers navals, aéronautique, automobiles), industries de base (bassin houiller de Moscou, usines chimiques), industrie textile… L'exode rural et la baisse continue de la production n'ont pu être enrayés, malgré les programmes de restructuration lancés dans les années 1970.
Le sud-ouest, près de l'Ukraine, bénéficie à la fois des excellents sols constitués par les fertiles terres noires et d'un sous-sol riche en fer (anomalie magnétique de Koursk), mais sa nouvelle situation frontalière la prive de nombreuses infrastructures de transport indispensables à son développement. De plus, la production des céréales, des betteraves à sucre, du maïs et du tournesol stagne depuis une trentaine d'années en raison, notamment, de l'immensité des exploitations et de la difficile cohabitation avec l'exploitation minière.
L'ouverture maritime que constitue cette région a, depuis plusieurs siècles, profondément influencé son organisation territoriale. La possibilité d'utiliser, au nord, la mer de Barents et la mer Blanche, et, au Nord-Ouest, la mer Baltique, libérait la Russie de la contrainte des détroits turcs. La perte des pays Baltes (Lettonie, Lituanie, Estonie), en 1991, a laissé la région de Kaliningrad en exclave sur la Baltique (séparée du reste de la Russie par la Lituanie) et a renforcé la position de l'ancienne capitale, Saint-Pétersbourg, devenue, depuis la nouvelle Constitution de 1993, ville fédérale au même titre que Moscou. Fondée par Pierre le Grand en 1703, la deuxième ville de Russie (5 millions d'habitants) tente aujourd'hui de compenser les handicaps de son site par une politique économique dynamique. Ses anciennes fonctions administratives lui ont permis de rester un pôle universitaire et de recherche de tout premier ordre. En revanche, cette grande ville industrielle peine à reconvertir son complexe militaro-industriel, qui employait la majeure partie de la main-d'œuvre industrielle.
La région septentrionale de la Russie partage avec la Sibérie une grande richesse minérale et forestière. Ainsi on exploite, au nord-ouest, des gisements métalliques (fer, nickel) et, au nord-est, des combustibles fossiles (hydrocarbures, charbon). L'industrie du bois est également très développée.
La région de la Volga a été aménagée dans les années 1960. Si les revendications de souveraineté émanant de plusieurs républiques (notamment du Tatarstan) ont été pacifiquement négociées, c'est que cet espace est particulièrement stratégique : le bassin de la Volga, le plus grand fleuve d'Europe avec ses 3 690 km de long, regroupe en effet le tiers de la population de la Fédération, et ses riches terres noires sont d'une grande fertilité. L'aménagement du fleuve, qui connaît des crues annuelles importantes, a transformé l'ensemble de la région grâce à l'irrigation des steppes ; neuf barrages régulent son débit, et la production d'électricité atteint 40 milliards de kWh par an (centrales de Toliatti, Naberejnyie Tchelny). Les réserves en hydrocarbures du Second-Bakou ont permis l'implantation d'usines chimiques très diversifiées.
La région de l'Oural correspond à la partie méridionale de la chaîne montagneuse et déborde largement sur la Sibérie. Son incroyable diversité minérale fait d'elle la deuxième force industrielle de la Russie (20 % de la production). Mais de graves problèmes de reconversion touchent désormais les fondements de sa richesse et de son développement, à savoir l'industrie lourde. Si les quatre combinats de Nijni Taguil, Tcheliabinsk, Magnitogorsk et Orsk-Novotroïtsk forment le premier centre sidérurgique du pays, leur avenir passe par une modernisation indispensable et onéreuse. Les constructions mécaniques spécialisées dans le domaine de l'armement, mais aussi le matériel lourd (tubes, rails, wagons), connaissent également des difficultés majeures dues à la baisse de la demande. Les tentatives de diversification industrielle passent, aujourd'hui, par l'ouverture sur l'étranger et un indispensable rapprochement avec le Kazakhstan voisin.
La région du Nord-Caucase se trouve dans une situation économique relativement favorable (rendements en progression, meilleure gestion des cultures). La faiblesse de l'industrie, hormis aux alentours de la mer d'Azov, ne fait cependant qu'accentuer sa situation périphérique. Le littoral de la mer Noire jouit d'un climat doux qui permet la production d'agrumes et de thé ; le tourisme (Sotchi, plus de 300 000 habitants) y est assez développé, mais subit toutefois la concurrence de projets portuaires. Dans les piémonts caucasiens, la polyculture (vigne, céréales, tabac…) occupe une place de choix dans l'économie régionale.
Enfin, le Caucase proprement dit, peuplé de multiples ethnies très différenciées, est en proie à une forte instabilité (guerre en Tchétchénie). Le jeu politique des pouvoirs successifs, tant tsaristes que soviétiques, sur cette région frontalière a empêché son développement. L'élevage pastoral traditionnel n'a pas su se moderniser et les tentatives de diversification de l'économie locale (tourisme, industries minières) sont freinées par les troubles récurrents.
Si cette immense région présente tous les traits d'un front pionnier, sa partie méridionale, néanmoins, a été colonisée très tôt. Malgré la rudesse du climat, de nombreuses terres agricoles (23 % des terres arables russes) ont été mises en valeur autour de la ligne de chemin de fer du Transsibérien ; la plupart de la population réside le long de cet axe ferroviaire à partir duquel ont été développés des réseaux vers le nord. La Sibérie possède certains atouts, avec, notamment, le Kouzbass, véritable région industrielle et urbanisée où l'on extrait du charbon (qui permet une importante production sidérurgique), et les énormes potentialités minérales de la Sibérie septentrionale. Le développement de la production d'hydrocarbures en Sibérie occidentale permettait, en 1992, de fournir 70 % du pétrole et 90 % du gaz naturel de la Russie. Toutefois, les conditions d'extraction dans un environnement particulièrement hostile limitent les espoirs de rentabilité de celui-ci : ainsi le prometteur gisement de lignite du Katek est au point mort. Les distances, le froid (les moyennes de janvier atteignent −45 °C en Sibérie orientale) et le relief montagneux restent de véritables défis technologiques, assurément très coûteux.
La conquête du littoral pacifique a toujours constitué pour la Russie un enjeu davantage politique qu'économique. L'Extrême-Orient russe semble aujourd'hui délaissé par le pouvoir central, ce qui a relancé les velléités centrifuges de la région. Les problèmes avec les pays voisins (contentieux avec le Japon à propos des îles Kouriles), les relations tendues avec la Chine rendent compte du poids stratégique et militaire de cette zone. L'importance de la contrebande en provenance de la Chine, avec l'ouverture des frontières et l'immigration clandestine, provoque des réactions hostiles parmi la population russe.
La mise en valeur agricole et industrielle est très limitée : l'influence océanique ne suffit pas à adoucir le climat et le relief accidenté n'offre que de rares espaces cultivables. C'est le commerce maritime et la pêche qui restent les secteurs les plus dynamiques de l'Extrême-Orient, mais le trafic portuaire ne parvient pas à croître de façon significative. Les quelques industries régionales se concentrent sur les rives de l'Amour. La construction de la voie ferrée B.-A.M. (Baïkal-Amour), qui double le Transsibérien à environ 250 km au Nord, a permis l'essor de l'exploitation forestière. Malgré les fortes potentialités, les ressources énergétiques demeurent déficientes et la région se voit contrainte d'importer du charbon de Sibérie.
La Russie s'est d'abord appelée Rous, terme qui désigne depuis les IXe-Xe s. l'État organisé chez les Slaves de l'Est établis sur le cours moyen du Dniepr. Après le déclin de l'État de Kiev, le terme Rous s'applique aux territoires du Nord-Est où se développent à partir du XIIIe s. la principauté de Vladimir-Souzdal, puis la Moscovie. Le terme Rossia apparaît à la fin du XVe s. et désigne à partir du XVIe s. l'ensemble des territoires gouvernés par l'État centralisé moscovite. En 1721, Pierre le Grand transforme cet État en Empire russe (rossiskaïa imperia), lequel annexe au XVIIIe s. le littoral baltique, l'Ukraine, la Biélorussie, une partie de la Pologne, la Crimée, le nord du Caucase, et s'étend au XIXe s. à la Finlande, à la Bessarabie, à la Transcaucasie, au Kazakhstan, à l'Asie centrale et au Pamir. Le pouvoir soviétique est instauré sur la majeure partie de l'ancien Empire russe, où, de 1918 à 1921, sont créées les républiques socialistes, qui se fédèrent en 1922 pour former l'U.R.S.S.
L'histoire de la Russie se confond dès lors avec celle de l'Union soviétique jusqu'à l'effondrement de cet État en décembre 1991. À cette date, la République socialiste soviétique de Russie se proclame Fédération de Russie et engage sa transition politique et économique visant à établir une économie de marché et un État de droit.
(Dans cet article, les dates sont données selon le calendrier russe traditionnel, c'est-à-dire le calendrier julien en vigueur en Russie jusqu'en 1918. Pour l'époque moderne, les dates indiquées entre parenthèses sont celles du calendrier grégorien utilisé en Europe occidentale).
Des données archéologiques, ethnographiques ou linguistiques permettent de faire remonter à la fin du Ier millénaire avant J.-C. la migration des Slaves vers les régions qui constituent actuellement la Russie centrale (forêts et marécages de la haute Volga et du haut Dniepr), régions à peine habitées par des peuples de souche finnoise. Après l'effondrement de l'empire des Huns au Ve s. après J.-C., ces Slaves de l'Est descendent vers le sud-est en direction de la mer Noire. Dans les plaines du sud, ils recueillent les vestiges de civilisations plus évoluées, véhiculées par les nomades venus d'Asie, les Scythes (VIIIe-Ier s. avant J.-C.) et les Sarmates (du IIIe s. avant J.-C.-IIe s. avant J.-C. jusqu'à l'invasion des Goths au IIIe s. après J.-C.). Ils entrent en relations avec les Khazars (établis aux VIIe-VIIIe s. dans les steppes entre le Don et le Dniepr et en Crimée), et avec les Bulgares de la Volga et de la Kama. Ils sont aussi en contact avec les Bulgares des Balkans et les Byzantins.
Les migrations des Slaves de l'Est au cours des premiers siècles de l'ère chrétienne et leur organisation demeurent mal connues. La Chronique des temps passés (ou Chronique de Nestor) fait allusion à l'existence de peuples slaves portant au IXe s. divers noms de tribus. Il semble que, dès cette époque, une organisation de type féodal se soit superposée aux formes anciennes de vie communautaire : des chefs ou des princes (kniaz) recrutent à leur service des compagnons d'armes (droujina). Des bourgs slaves ou cités fortifiées (parmi lesquelles Kiev, Smolensk et Novgorod sont les plus importantes) jalonnent les voies fluviales de la vaste plaine comprise entre la Baltique et la mer Noire. Aux VIIIe-IXe s., les peuples slaves de la steppe paient tribut aux Khazars et ceux du Nord subissent la pénétration des Varègues. Ces Normands, qui soumettent au tribut les cités slaves ou se louent à elles comme mercenaires, deviennent les maîtres des deux grandes voies du Dniepr et de la Volga, par lesquelles s'effectue le commerce entre Baltique et mer Noire. Les Varègues fournissent aux Slaves de l'Est leur première dynastie, les Riourikides.
Selon la Chronique des temps passés, Oleg, prince de Novgorod, se serait établi à Kiev en 882. Ses successeurs, les grands-princes de Kiev, vont peu à peu étendre leur domination sur toutes les tribus des Slaves de l'Est, selon un processus qui se prolonge jusqu'au milieu du XIe s. L'État de Kiev représente à ses débuts une force militaire très fruste qui établit des relations fécondes avec Byzance. Dans l'alternance des guerres et des échanges pacifiques codifiés par les traités commerciaux de 907-911, 945 et 971, la culture byzantine se répand en Russie. Le christianisme y pénètre, favorisé par certains princes ou combattu par d'autres, parmi lesquels Sviatoslav (945-972ou 973), prince normand resté païen. Il l'emporte avec Vladirmir (vers 980-1015), qui impose à ses sujets « le baptême de la Russie » vers 988-989. Kiev reçoit de la Bulgarie ses cadres ecclésiastiques, ses livres saints et la liturgie slavonne. L'Église favorise l'unification des Slaves de l'Est et le rassemblement de leurs territoires sous l'égide des grands-princes de Kiev. Sous Iaroslav le Sage (1019-1054), grand bâtisseur et législateur, la Russie kiévienne connaît une brillante civilisation. Sa victoire sur les Petchenègues (1036) met un terme aux incursions des nomades, qui reprendront avec l'apparition des Coumans ou Polovtses (vers 1054).
Les luttes sanglantes entre les princes des diverses régions, qui briguent le siège de Kiev où réside le grand-prince, provoquent parfois l'intervention des nomades, sous les coups desquels l'État de Kiev se décompose. L'insécurité des régions méridionales pousse une partie de la population à émigrer vers l'ouest (Galicie et Volhynie) ou vers le nord-est où se développe la principauté de Rostov-Souzdal. Novgorod, qui colonise les vastes territoires du Nord, profite aussi du déclin de Kiev, dont elle se rend indépendante en 1136. Le morcellement de la Russie kiévienne, que Vladimir Monomaque (1113-1125) réussit à freiner, reprend après sa mort. Il aboutit dans la seconde moitié du XIIe s. à la constitution de principautés indépendantes, elles-mêmes divisées en principautés apanagées (oudely).
Les princes de Rostov-Souzdal, Iouri Dolgorouki (vers 1125-1157) et André Bogolioubski (1157-1174), obtiennent le siège de Kiev au terme de luttes dynastiques qui finissent par être fatales à Kiev. En 1169, André Bogolioubski pille la ville et la délaisse pour résider à Vladimir. Son frère Vsevolod le Grand Nid (1176-1212) prend le titre de grand-prince de Vladimir. La principauté de Vladimir-Souzdal va devenir le centre du second État russe. Dans ces régions de forêts et de marais entre Oka et Volga, les colons russes se mêlent aux autochtones finnois pour constituer la nation grand-russienne (XIIe-XVe s.). Cette Russie du Nord-Est est à l'écart des grandes voies du commerce international, bien que la Volga la relie à la Caspienne et à l'Orient. Les villes n'y jouent plus le rôle économique et politique privilégié qu'elles détenaient dans l'État de Kiev. L'assemblée municipale, ou vetche, ne conserve de pouvoir étendu qu'à Pskov et Novgorod, grandes cités marchandes libres assurant le commerce avec l'Occident. Les princes de Vladimir-Souzdal parviennent à établir un pouvoir princier fort et à soumettre les boyards, leurs vassaux.
Au XIIIe s., les principautés russes, affaiblies par leur morcellement dû à la multiplication des fiefs (oudely), sont menacées de toutes parts. À l'est, sur la Kalka, fleuve côtier de la mer d'Azov, les princes de la Russie méridionale (Kiev, Galicie, Volhynie), alliés aux Polovtses, sont écrasés, en 1223, par un détachement mongol qui se replie en Mongolie. Durant l'hiver 1236-1237, la grande armée mongole détruit le royaume des Bulgares de la Kama et de la Volga ; commandée par Batu Khan, elle s'empare de Riazan et ravage les principautés de Vladimir (1238), de Tchernigov et de Kiev (1240).
À l'ouest, Novgorod et Pskov, qui, avec Smolensk, sont les seules à échapper à l'invasion mongole, doivent se défendre contre les attaques des Suédois, des ordres germaniques et des Lituaniens. Alexandre Nevski arrête la poussée des chevaliers Teutoniques sur les glaces du lac des Tchoudes (1242). Mais les ordres livoniens porteront leurs attaques incessantes contre Pskov jusqu'au XVe s. Sous la pression des menaces germanique et mongole, Polotsk et la région du Pripiat s'unissent au grand-duché de Lituanie au milieu du XIIIe s. Celui-ci s'étendra au milieu du XIVe s. sur un vaste territoire allant de la Baltique à la mer Noire. Au milieu du XIVe s., la Galicie tombe sous la domination polonaise. Au sein de ces régions du Sud et de l'Ouest se précise à partir du XIVe s. la différenciation entre Biélorusses, Petits-Russes ou Ukrainiens et Grands-Russiens des régions du Nord-Est.
Après les destructions et les massacres de la conquête mongole, la Russie centrale se trouve pour plusieurs siècles sous le joug tatar. Le protectorat de la Horde d'Or sur les principautés russes contraint les princes à faire confirmer leur pouvoir par un iarlyk (charte) octroyé par la Horde. Les princes de Vladimir, dont les prérogatives sont contestées par leurs rivaux de Tver, de Riazan, puis de Moscou, obtiennent le iarlyk de grands-princes. La population est soumise à un lourd tribut annuel (vykhod) et fournit à la Horde des contingents militaires. Seul le clergé est exempté de toute charge, et la Horde, même après son islamisation, se montre tout à fait tolérante envers l'Église. En 1380, le prince de Moscou, Dimitri Donskoï, refuse de payer le tribut à la Horde et remporte sur les Mongols la bataille de Koulikovo. Cependant, le khan Tuktamich saccage Moscou et Vladimir en 1382 et impose de nouveau le joug mongol sur la Russie. Le morcellement de la Horde d'Or en plusieurs khanats (Kazan, Astrakhan, Crimée, Sibérie) dans la première moitié du XVe s. et la consolidation de la puissance moscovite permettront à Ivan III de libérer définitivement la Russie de la suzeraineté mongole (1480).
La domination tatare a coupé la Russie de l'Occident et de la Méditerranée, encore que, bien avant la conquête mongole, les relations entre l'État de Kiev et Byzance soient devenues très précaires. Les historiens considèrent, en général, la domination mongole comme la cause essentielle du retard économique et social de la Russie sur l'Europe occidentale.
Moscou, centre d'une petite principauté confiée à Daniel Nevski (1276-1303), acquiert au cours du XIVe s. la suprématie sur les autres principautés russes. L'Église favorise cette ascension : le métropolite, qui résidait à Vladimir depuis la chute de Kiev, s'établit à Moscou en 1326. Dimitri Donskoï (1362-1389) assure la primauté de Moscou sur les principautés rivales de Tver et de Souzdal (1375) et engage la lutte contre les Mongols. Vassili Ier (1389-1425) agrandit le domaine moscovite en acquérant Mourom et Nijni-Novgorod. Vassili II (1425-1462) affermit son pouvoir au terme d'une lutte longue et cruelle contre ses rivaux et les princes apanagés. Il refuse l'union avec Rome conclue à Florence (1439) et fait arrêter le métropolite Isidore. L'Église russe devient indépendante de Constantinople et, après 1453, Moscou prétend devenir la « troisième Rome », la nouvelle capitale de la chrétienté. En 1589, lors de la visite du patriarche de Constantinople, la métropole de Moscou sera érigée en patriarcat.
Ivan III (1462-1505), en soumettant Novgorod (1478) et Tver (1485), poursuit le rassemblement des terres russes, que parachève Vassili III (1505-1533) par la réunion de Pskov (1510), Smolensk (1514) et Riazan (1521). Ivan III, qui adopte le titre d'autocrate (samoderjets), revendique l'héritage de Byzance. Il organise un État puissant et centralisé et soumet la Russie à un système administratif et judiciaire unique (Soudebnik ou Code de 1497).
L'État moscovite connaît au XVIe s. un apogée fondé sur les principes d'autocratie, de centralisation, d'expansion et de modernisation. Si Ivan III a adopté le titre de « souverain de toute la Russie » après avoir détruit la Horde d'Or, Ivan IV (1533-1584) se fait proclamer tsar en 1547. Il poursuit la reconquête sur les Tatars musulmans en annexant les khanats de Kazan (1552) et d'Astrakhan (1556), mais la Crimée, vassalisée par les Ottomans, demeure redoutable (raid contre Moscou de 1571). L'expansion vers l'est (entreprises des Stroganov, expédition de Iermak en Sibérie, 1582) est poursuivie parallèlement à la lente progression vers le sud. Aux confins méridionaux des États moscovite et polono-lituanien sont établies les communautés cosaques grossies par l'afflux des paysans fuyant les contraintes du servage.
La fin du règne d'Ivan IV est marquée par le régime de terreur perpétué par l'opritchnina (1565-1572), l'aggravation de la condition paysanne, les revers de la guerre de Livonie (1558-1583), au terme de laquelle les Suédois occupent l'Ingrie et la Carélie. La mort de Fédor Ier (1598), entraînant l'extinction de la dynastie riourikide, survient dans ces conditions désastreuses qu'aggravent encore plusieurs récoltes catastrophiques pendant le règne de Boris Godounov (1598-1605). Durant le temps des troubles (1605-1613), la crise politique (apparition des deux usurpateurs, les « Faux Dimitri », l'Imposteur et le Brigand de Touchino) se joint à la ruine de l'économie. Suédois et Polonais interviennent, mais ces derniers sont chassés de Moscou en 1612 grâce à un sursaut national, populaire et religieux de la levée en masse dirigée par Minine et le prince Pojarski. Michel Fedorovitch Romanov est élu tsar par le zemski sobor de 1613, mais le roi de Pologne, Ladislas IV Vasa, ne renoncera qu'en 1634 à ses prétentions au trône de Russie.
L'œuvre de reconstruction entreprise par les premiers Romanov (Michel Fedorovitch [1613-1645] et Alexis Mikhaïlovitch [1645-1676]) s'accomplit dans le cadre de structures administratives et économiques demeurées archaïques. Le XVIIe s. russe est cependant marqué par une plus grande ouverture vers l'Occident et par certaines innovations violemment combattues par les tenants de la tradition. Quelques relations avec l'Occident s'étaient déjà nouées depuis qu'Ivan III avait fait venir des techniciens et artistes italiens pour la reconstruction du Kremlin et qu'Ivan IV avait fondé Arkhangelsk pour commercer avec les Anglais principalement. Au XVIIe s., l'introduction de techniques modernes entraîne un afflux de techniciens étrangers, civils ou militaires, à Moscou et dans la région de Toula où se développent la métallurgie et la fabrication du matériel d'artillerie.
La modernisation est d'autant plus nécessaire qu'Alexis Mikhaïlovitch se lance dans une grande politique d'expansion : à l'est, les Moscovites atteignent le Pacifique nord et la vallée de l'Amour. À l'ouest, la réunion de l'Ukraine orientale à la Russie (1654), grâce à l'accord conclu avec l'hetman cosaque B. Khmelnitski, entraîne une longue guerre à l'issue de laquelle le traité d'Androussovo (1667) confirme le partage de l'Ukraine entre la Russie et la Pologne selon une frontière qui restera stable pour plus d'un siècle.
L'Église participe à l'œuvre de redressement entreprise par les premiers Romanov, mais les réformes du patriarche Nikon (1652-1667) se heurtent à l'opposition des traditionalistes et de leur chef Avvakoum. Leur condamnation comme hérétiques par le concile de 1666-1667 est à l'origine du schisme ou raskol. Les vieux-croyants, établis dans la vallée de la Volga et dans les régions de colonisation récente (Oural, Sibérie, littoral de la mer Blanche ou steppes méridionales), constitueront une minorité importante (quelques millions au début du XXe s.) se distinguant par son rigorisme moral et son esprit d'entreprise.
Les boyards, dont Ivan IV brise la puissance, les hommes de service (dvorianine), qui constituent le principal appui du pouvoir central, et les ecclésiastiques renoncent peu à peu à leur indépendance et obtiennent en contrepartie la libre disposition de leurs terres (domaine patrimonial ou votchina et terre de service ou pomestie) et des hommes qui les habitent. Ainsi le servage se développe-t-il à partir du XVe s. à coup de faveurs individuelles puis de mesures d'ensemble. La proclamation, à partir de 1581, « d'années interdites » pendant lesquelles les paysans ne peuvent pas changer de maître le jour de la Saint-Jean (Iouriev den) renforce l'asservissement paysan. Enfin, le Code (Oulojenie) de 1649 fait du servage une institution. Cette paysannerie asservie de la Russie centrale alimente l'émigration, grâce à laquelle, malgré les poursuites des autorités, se reconstitue au-delà de la Volga, en Sibérie, dans l'Oural ou sur le littoral de la mer Blanche (Pomorie) une paysannerie libre. Les commerçants et les artisans sont eux aussi fixés autoritairement à leurs faubourgs (possad) par le Code de 1649. Seule une minorité de gros marchands (gost) constituent une catégorie privilégiée influente, protégée de la concurrence étrangère par le statut de 1667.
La fixation autoritaire des couches inférieures de la société rurale et citadine provoque des émeutes urbaines et des jacqueries, dont les plus graves sont celle de Bolotnikov, qui assiège Moscou en 1606, et celle de l'ataman cosaque Stenka Razine, qui enflamme la région de la Volga (1670-1671).
Pierre le Grand (1682-1725), au retour de son voyage en Occident de 1697-1698, entreprend de transformer la Russie. Il organise une flotte et une armée régulière en introduisant la conscription (1705) ; grâce à ces forces, il acquiert, à l'issue de la guerre du Nord (1700-1721), une fenêtre sur la Baltique, où il fait construire la nouvelle capitale, Saint-Pétersbourg. Il réforme les institutions en abolissant la douma des boyards, en créant huit gouvernements (1708), le Sénat (1711) et les collèges spécialisés (1717-1718), et en se proclamant empereur de Russie (1721). Il soumet l'Église à l'État et confie sa direction au saint-synode. Il crée des écoles, des académies et des instituts afin d'assurer une éducation sécularisée et occidentalisée aux nobles astreints au service permanent de l'État.
Malgré les problèmes de succession qui se posent après sa mort et les excès du « règne des Allemands » ou bironovchtchina sous Anna Ivanovna (1730-1740), l'œuvre de Pierre le Grand n'est pas remise en cause. Sous Élisabeth (1741-1762), les troupes russes engagées dans la guerre de Sept Ans (1756-1763) occupent Berlin (1760), mais Pierre III (1762) restitue à Frédéric II leurs conquêtes. L'alliance conclue avec la France durant cette guerre favorise l'influence française, qui, jointe aux autres influences occidentales et au dynamisme russe, contribue au développement culturel que stimulent de nouvelles institutions : l'Académie des sciences (1725), l'université de Moscou (1755) et l'académie des beaux-arts (1758). À la fin du XVIIIe s., une nouvelle intelligentsia applique aux réalités russes les méthodes du rationalisme occidental.
Catherine II (1762-1796) a les moyens de mener une politique d'expansion et de prestige, destinée à faire admettre la Russie au rang des grandes puissances européennes. Ses troupes, victorieuses des Ottomans, occupent la Crimée (1771). Au traité de Kutchuk-Kaïnardji (1774), la Russie obtient un accès à la mer Noire, puis elle annexe la Biélorussie, l'Ukraine occidentale et la Lituanie à l'issue des trois partages successifs de la Pologne (1772, 1793, 1795).
Les transformations de la Russie du XVIIIe s. s'accomplissent dans le cadre d'une structure sociale ancienne au service d'un État absolutiste modernisé. En effet, de Pierre le Grand à Catherine II, la législation a étendu l'autorité des propriétaires sur les serfs, assujettis à la corvée (barchtchina) ou payant une redevance en argent (obrok) et soumis à la capitation créée en 1724. Catherine II a étendu le servage en l'introduisant en Nouvelle-Russie et en allouant à des nobles des vastes domaines « habités ». Cependant, les « paysans de l'État » représentent 43 % de la population rurale et le servage ne domine que dans les régions centrales. Pierre le Grand n'a pu développer l'industrie nationale (200 manufactures fonctionnent dans le premier quart du XVIIIe s.) qu'en ayant recours au travail servile. Bien qu'elle conserve un retard certain sur celle de l'Occident contemporain, l'industrie russe connaît un grand essor à la fin du XVIIIe s. (métallurgie de l'Oural, textile de la région d'Ivanovo).
Le renforcement du servage est d'autant plus mal supporté que la noblesse, astreinte au service de l'État et soumise à une hiérarchie unique liée au service (la Table des rangs ou tchin, 1722), a été libérée de l'obligation de servir par Pierre III (1762). Aussi la révolte cosaque de Pougatchev (1773-1774) se transforme-t-elle en une véritable insurrection populaire que allient les ouvriers de l'Oural, les Bachkirs et les paysans de la Volga. À l'opposé, la Charte de 1785 confirme à la noblesse les privilèges qu'elle conservera jusqu'en 1861. Quant aux citadins, ils ne représentent que 4 % de la population au recensement de 1796, malgré les efforts des souverains pour développer une classe moyenne entreprenante : privilège des mines (1719), règlement du collège des manufactures (1723), abolition des douanes intérieures (1753-1754), règlement des villes (1785) qui divise la population urbaine en petits-bourgeois (mechtchane), soumis comme les paysans à la capitation, et en marchands (kouptsy). La société est ainsi compartimentée en soslovie (ordres ou classes) : la noblesse, les paysans, les petits-bourgeois, les marchands, le clergé, les cosaques et les allogènes ou inorodtsy (autochtones de Sibérie ou des steppes de l'Eurasie, Juifs des régions méridionales ou occidentales récemment annexées).
L'Empire russe poursuit son expansion en annexant la Géorgie orientale (1801), la Finlande (1809), la Bessarabie (1812), le royaume de Pologne (1815), le Daguestan, l'Azerbaïdjan septentrional et l'Arménie orientale (la frontière avec l'Iran est fixée par les traités de Gioulistan ou de Gulistan [1813] et de Turkmantchaï [1828]). En outre, la Russie se voit enfin admise au rang des grandes nations civilisées grâce à sa victoire sur Napoléon. En effet, Alexandre Ier (1801-1825), après avoir participé aux coalitions contre Napoléon (1805-1807) et s'être résigné à une paix honorable à Tilsit (1807), engage en 1812 « la guerre patriotique » contre l'envahisseur. En 1813-1814, ses armées victorieuses libèrent l'Europe, dont le congrès de Vienne fixe la nouvelle organisation. Alexandre Ier conclut avec l'empereur d'Autriche et le roi de Prusse la Sainte-Alliance (1815), qui doit assurer la sécurité collective de l'Europe en conformité avec les principes du christianisme. Nicolas Ier (1825-1855), secondé par Nesselrode, se consacre également au maintien de l'ordre et de l'équilibre européen : il écrase la révolution polonaise (1831), proclame le royaume de Pologne partie intégrante de l'Empire russe (1832) et se porte au secours de l'empereur d'Autriche François-Joseph Ier lors de l'insurrection hongroise (1849). Il se rallie au point de vue défendu par les Britanniques et accepte le maintien de l'empire ottoman, « l'homme malade » qui doit rester faible.
L'intelligentsia des années 1840, imprégnée de philosophie allemande, débat de l'avenir de la Russie, à laquelle elle assigne un rôle exceptionnel. Les slavophiles, défenseurs de la civilisation spirituelle de la Russie, préconisent des réformes inspirées par un retour aux institutions russes traditionnelles, tandis que les occidentalistes sont favorables à un développement analogue à celui des autres pays occidentaux. Les slavophiles inciteront à une croisade pour la libération des Balkans et la reconquête de Constantinople, et animeront le mouvement panslaviste. Mais, lorsque Nicolas Ier veut en finir avec « l'homme malade », les Français et les Britanniques se portent au secours des Ottomans et les défaites de la guerre de Crimée (1854-1856) révèlent à l'opinion publique le retard économique et technique du pays.
La Russie a modernisé un certain nombre de ses institutions : l'administration centrale a été réformée (organisation des ministères à partir de 1802 et création du Conseil d'État en 1810) ; la codification entreprise par Speranski aboutit à la constitution d'un Recueil complet des lois (1832) ; enfin, l'État a désormais à son service une bureaucratie qualifiée et spécialisée. Mais tant Alexandre Ier, qui est cependant animé par certaines aspirations libérales, que Nicolas Ier, qui s'oppose au développement des tendances libérales en renforçant l'appareil de répression, entendent sauvegarder leur pouvoir autocratique. Enfin, la modernisation sociale et économique est considérablement freinée par l'existence du servage. Bien que la proportion de serfs par rapport à l'ensemble de la population paysanne s'amenuise – Alexandre Ier a cessé dès son avènement de distribuer aux nobles des terres peuplées de serfs –, elle est encore d'un tiers à la fin du règne de Nicolas Ier. En outre, un ministère des Domaines impériaux, créé en 1837, s'efforce d'améliorer la situation des paysans de l'État. La révolution industrielle qui s'amorce dans le deuxième quart du XIXe s. souffre du faible pouvoir d'achat et du manque de mobilité de la main-d'œuvre, et de l'imperfection des communications, malgré la construction de canaux et des premières voies ferrées (Moscou-Saint-Pétersbourg, en 1851).
L'opinion libérale s'élève contre le pouvoir autocratique et le servage et réclame, autant que la censure lui permet de le faire, l'instauration d'un régime constitutionnel. Organisés en sociétés secrètes, un certain nombre d'officiers, les décabristes, tentent un « putsch » en décembre 1825 pour obtenir une Constitution. L'intelligentsia, formée par les intellectuels qui, à la sortie de l'université, n'entrent pas au service de l'État, se constitue dans les années 1830-1840 en couche sociale distincte qui a pour mission de transformer la société. Cependant, une certaine communauté de culture caractérise encore l'élite intellectuelle constituée de hauts fonctionnaires réformistes ou des penseurs slavophiles, occidentalistes ou démocrates-révolutionnaires. Après l'humiliant traité de Paris (1856) imposé à l'issue de la guerre de Crimée, l'opinion publique ressent qu'un changement politique et social est inévitable et urgent.
Alexandre II (1855-1881) va entreprendre une série de grandes réformes qui « consacrent le déclin du despotisme bureaucratique et de la hiérarchie des ordres et amorcent le passage à un régime moderne de liberté individuelle et d'égalité civile » (R. Philippot). Le « Statut des paysans libérés du servage » (1861) affranchit les serfs et confie à la commune rurale, issue du mir, les fonctions fiscales et judiciaires qu'assumaient les seigneurs. Un certain terroir doit être racheté par les communes aux anciens propriétaires nobles et partagé périodiquement entre les paysans de la commune. La loi de 1864 institue les zemstvos, assemblées territoriales de district et de province, élues par trois collèges électoraux distincts (celui des propriétaires fonciers, celui des citadins et celui des paysans), qui gèrent tout ce qui touche aux intérêts locaux. La réforme judiciaire de 1864 vise à créer une justice égale pour tous et indépendante du pouvoir administratif. Cependant, les paysans relèvent dans la plupart des cas de tribunaux spéciaux. Enfin, l'enseignement se démocratise grâce aux lois de 1864, et le service militaire devient obligatoire pour tous et sa durée est réduite (1874).
Cependant, l'application de ces réformes reste soumise à la volonté du tsar autocrate : Alexandre II la poursuit avec prudence après l'insurrection polonaise de 1863 ; Alexandre III (1881-1894) s'efforce de vider les réformes d'une partie de leur contenu. Enfin, ces réformes ont engendré au bout de quelques décennies de graves problèmes. Si les lots de terre alloués aux communes paysannes permettent aux paysans de subvenir à leurs besoins immédiats dans les années 1860, ils deviennent insuffisants du fait du progrès démographique, d'où le problème du manque de terre (malozemlenie) qui ira en s'aggravant malgré les migrations intérieures et la colonisation de terres nouvelles. De plus, les responsables des zemstvos chercheront à coordonner leurs activités et revendiqueront en vain de participer, au niveau national, à la gestion des affaires publiques, ce qui se soldera à la longue par un grave conflit entre l'État, sa bureaucratie et les élites locales.
Les réformes d'Alexandre II ont donné une impulsion définitive au développement du capitalisme en Russie. Celui-ci s'introduit dans l'agriculture, et la production commercialisée croît considérablement. Dans les années 1860-1880 sont créées les infrastructures qui permettront la rapide industrialisation de la fin des années 1880 : le réseau ferroviaire, de 21 000 km en 1880, constitue une étoile de lignes rayonnant autour de Moscou et relie les zones productrices de la Volga et de l'Ukraine aux grands centres urbains et aux ports de la Baltique et de la mer Noire. Le système bancaire s'adapte aux besoins nouveaux d'investissement et de crédit : fondation de la banque d'État (1860) et multiplication des banques d'affaires privées à partir de 1864. Les fonds et les marchandises peuvent désormais circuler et les exportations de produits agricoles quadruplent de 1860 à 1880. L'équipement du pays est en partie financé par l'État, qui augmente les impôts directs et indirects, prélevés essentiellement sur les paysans. Les arriérés fiscaux des communes s'accroissent et Boungue est obligé de supprimer la capitation en 1885. Malgré les difficultés de l'agriculture, aggravées par l'effondrement des prix mondiaux des céréales de 1885 à 1895 environ, Witte, ministre des finances de 1892 à 1903, poursuit la même politique privilégiant le secteur industriel aux dépens des ruraux.
À la fin des années 1880, le développement économique et industriel prend un rythme accéléré. Cet essor est favorisé par l'afflux des capitaux étrangers provenant des investissements étrangers en Russie et des emprunts de l'État, placés d'abord sur les marchés allemand et britannique, puis, après la conclusion de l'alliance franco-russe (1891-1894), essentiellement sur le marché français. Le réseau ferroviaire atteint 60 000 km en 1904 et rattache au réseau européen les marches de l'empire : la Transcaucasie (ligne Bakou-Batoumi), l'Asie centrale (prolongement du Transcaspien), l'Extrême-Orient (construction du transsibérien, qui atteint Vladivostok en 1903). La production industrielle globale double de 1890 à 1900 et la production du charbon, de pétrole et la sidérurgie connaissent un essor encore plus important. Aux centres traditionnels de l'industrie – région pétersbourgeoise, moscovite et Oural – s'ajoutent l'Ukraine, avec les mines du Donets et de Krivoï-Rog, et la Transcaucasie, avec Bakou. La concentration industrielle est très poussée : les usines employant plus de 1 000 ouvriers représentent 11 % des entreprises et occupent la moitié des salariés. Le nombre des ouvriers en Russie passe de 1 500 000 environ en 1890 à 2 400 000 en 1900. L'industrie russe se place alors au 4e ou 5e rang mondial.
Cependant, la population rurale forme encore, en 1897, 87 % de la population de l'empire. Elle est constituée de propriétaires fonciers nobles, de paysans et du « troisième élément » actif dans les zemstvos (instituteurs, médecins, agronomes, etc.). À l'intérieur de la paysannerie se constitue une minorité de paysans aisés, appelés koulaks, qui sont les principaux bénéficiaires du déclin de la propriété nobiliaire, alors qu'une masse de paysans pauvres exploitent les parcelles exiguës que leur alloue le mir. Les migrations vers la Sibérie sont encouragées par les autorités à partir de 1896 afin de décongestionner les régions rurales surpeuplées du centre.
L'intelligentsia révolutionnaire réagit aux transformations de la Russie soit en se révoltant contre toutes les valeurs acquises (nihilisme des années 1860), soit en se mettant au service du peuple (populisme des années 1870). Mais l'échec des militants populistes, qui se heurtent à l'inertie paysanne et à la répression policière, pousse une partie d'entre eux à recourir au terrorisme. Le groupe Liberté du peuple prépare à partir de 1879 plusieurs attentats contre Alexandre II, qui est tué en 1881. Les populistes veulent construire un socialisme russe original fondé sur le mir paysan et l'artel artisanal, et enrayer le développement capitaliste en Russie. Les marxistes s'opposent à eux et affirment que, le capitalisme étant déjà enraciné en Russie, il faut s'appuyer sur le prolétariat industriel pour entraîner le pays vers le socialisme. Plekhanov crée en 1883 le groupe Émancipation du travail et les premiers liens s'établissent entre les théoriciens marxistes et le mouvement ouvrier. Des unions de lutte pour la libération de la classe ouvrière sont créées à Saint-Pétersbourg (1895), Moscou, Ivanovo, Kiev, Kharkov et Iekaterinoslav, et elles se fédèrent en un parti ouvrier social démocrate de Russie (P.O.S.D.R.) en 1898. Le travail d'organisation des sociaux-démocrates est d'autant plus difficile que la répression policière les contraint à la clandestinité, à la déportation ou à l'exil. Le mouvement ouvrier s'organise cependant : grève d'Orekhovo-Zouïevo en 1885, grèves des industries textiles de Saint-Pétersbourg en 1896. La loi de 1897, qui établit à 11 heures 30 le maximum de la journée de travail, marque le véritable début de la législation du travail en Russie. Le prolétariat urbain conserve de nombreux liens avec la campagne et la paysannerie, ce qui rend possible l'organisation des syndicats policiers de Zoubatov (1901-1903) ou du mouvement réformiste du pope Gapon (1904-1905).
Nicolas II (1894-1917) se trouve donc placé à la tête d'un empire en pleine mutation. La population de l'empire (Pologne et Finlande comprises) est passée de 76,8 millions en 1863 à 128 millions en 1897 ; elle atteindra 169 millions en 1913. Cette évolution est due au dynamisme démographique et à l'expansion territoriale de la seconde moitié du XIXe s. En effet, la Chine a reconnu à la Russie la possession du territoire de l'Amour (1858) et de la région comprise entre la rive droite de l'Amour, l'Oussouri et le Pacifique (1860). En Asie centrale, un gouvernement général du Turkestan est organisé en 1867, et le protectorat russe est imposé aux khanats de Boukhara et de Khiva en 1868 et 1873. L'empire ainsi constitué est peuplé d'une population fort diverse. Au recensement de 1897, les Russes représentent 44,3 % de la population totale, les Ukrainiens 17,8 %, les diverses populations turques 10,8 %, les Polonais 6,7 %, les Biélorusses 4,7 %, les Juifs 4 %. La politique de russification et de prosélytisme orthodoxe entraîne un renforcement de la conscience nationale des peuples opprimés. Au sein des minorités nationales s'organisent divers mouvements libéraux ou socialistes (organisations sociales-démocrates de Pologne, de Lituanie, du Caucase, Bund).
À l'heure du partage du monde entre les puissances impérialistes, la Russie se heurte aux visées britanniques et japonaises en Orient et en Extrême-Orient, et aux visées autrichiennes dans les Balkans. L'alliance avec les Empires allemand et autrichien, conclue en 1881, se décomposant, la Russie doit se rapprocher de la France à partir de 1891. La conclusion de l'alliance franco-russe (1893) permet à la Russie de sortir de l'isolement dans lequel l'a placée la Triplice. Cependant, les dirigeants ne renonceront définitivement au projet d'une triple alliance continentale germano-franco-russe qu'en 1907, lors du rapprochement avec la Grande-Bretagne. L'alliance franco-russe se maintient malgré la divergence des positions russe et française dans la question d'Orient, la Russie demeurant partisane du partage de l'Empire ottoman auquel la France est opposée, et malgré leurs visées expansionnistes rivales en Extrême-Orient. La Russie et la France s'entendent d'abord pour freiner l'expansion japonaise en 1895 et étendre leurs zones d'influence en Chine. Puis la Russie se lance dans une politique aventureuse en Mandchourie et en Corée, que la France ne peut freiner. Après que la flotte russe de Port-Arthur a été attaquée par les Japonais (février 1904), la France reste neutre durant la guerre russo-japonaise (1904-1905). À l'issue de cette guerre désastreuse pour la Russie, les belligérants acceptent la médiation des États-Unis et signent la paix de Portsmouth (septembre 1905). La Russie règle son contentieux asiatique avec les Britanniques en 1907 et peut alors former avec la France et la Grande-Bretagne la Triple-Entente. Elle cautionne à partir de 1911 les États balkaniques qui s'unissent pour se libérer de la suzeraineté ottomane, puis, après le conflit de 1913 entre ces États, elle soutient les intérêts de la Serbie afin de contrecarrer la politique autrichienne dans les Balkans.
À l'intérieur, les défaites de la guerre russo-japonaise aggravent la situation du pays, qui vient de subir la crise économique mondiale de 1900-1903. La société entière est en proie à une grande effervescence : l'agitation paysanne se développe à partir de 1902, les grèves ouvrières se multiplient et les attentats terroristes reprennent (assassinat de Plehve et du grand-duc Serge). Le congrès des zemtsvos, réuni en novembre 1904, réclame la convocation d'une Assemblée nationale constituante. L'agitation constitutionnaliste gagne les milieux paysans et ouvriers et se radicalise après le massacre du Dimanche rouge (9 [22] janvier 1905), qui provoque le déclenchement de la révolution. L'ampleur des grèves et des mutineries oblige Nicolas II à promulguer le manifeste du 17 (30) octobre 1905 garantissant les principales libertés et promettant la réunion d'une douma d'État élue au suffrage universel. Des insurrections ouvrières se produisent dans les derniers mois de 1905 dans les grands centres industriels où se sont constitués des soviets de députés ouvriers, tandis que des groupes armés d'extrême droite (les Centuries noires) massacrent Juifs et révolutionnaires. L'ordre est rétabli en janvier 1906 et Nicolas II cherche à limiter les concessions qu'il a dû accorder, en réorganisant le Conseil d'État, dont il fait une chambre haute statuant des projets adoptés par la douma (février-mars 1906), et en promulguant les lois fondamentales (avril-mai 1906).
Les partis politiques légaux s'organisent conformément à la liberté d'association accordée par le manifeste d'octobre 1905. Ainsi sont créés les partis constitutionnel-démocrate (K.D. ou Cadets), l'Union du 17 octobre (octobriste), le parti populaire-socialiste défendant le programme travailliste (troudovik) et un certain nombre de partis nationalistes de droite. Les partis révolutionnaires poursuivent leurs activités illégalement : le P.O.S.D.R., qui s'est scindé en bolcheviks et en mencheviks après le congrès de Londres (1903), et le parti social-révolutionnaire (S.-R.), d'inspiration populiste, qui a été créé à la fin de 1901. Seuls les S.-R. donnent la consigne de boycott des élections pour la première douma. Le suffrage est universel mais indirect et à représentation inégale selon les nationalités et les classes sociales.
La première douma (avril-juillet 1906) est dominée par les K.D. (37 %), renforcés par les allogènes (Polonais, Ukrainiens, Baltes et musulmans) ; derrière eux viennent les travaillistes, les S.-R. élus par les paysans malgré les consignes de boycott, et les sociaux-démocrates. Elle débat de la réforme agraire et est dissoute par Nicolas II. La deuxième douma (février-juin 1907), ayant enregistré une forte montée des socialistes, est dissoute et une nouvelle loi électorale est promulguée en 1907, accroissant fortement l'inégalité au profit des « seigneurs ». Stolypine, ministre de l'Intérieur, mène une politique de répression contre les révolutionnaires. En 1906, il lance une réforme agraire destinée à régler le problème agraire en vingt ans en démantelant la commune rurale et en transformant les paysans en petits propriétaires privés.
Après l'assassinat de Stolypine (1911), Nicolas II ne s'entourera plus que de ministres réactionnaires et peu compétents. La presse dénonce les perpétuels changements de ministres et les relations de la famille impériale avec Raspoutine, dont la débauche est jugée scandaleuse. Malgré le malaise qui atteint toutes les couches de la société à partir de 1911 et la reprise des grèves révolutionnaires, parfois réprimées violemment (fusillade des grévistes des mines d'or de la Lena, en 1912), les milieux politiques acceptent de collaborer avec le pouvoir au début de la Première Guerre mondiale. Cependant, lors de la grande offensive des forces austro-allemandes qui occupent la Pologne, la Lituanie et la Galicie durant l'été 1915, la société perd confiance dans le gouvernement. Un « bloc progressiste » se constitue au sein de la Douma pour réclamer un « ministère possédant la confiance du pays ». Mais Nicolas II ne cède pas à la pression et prend lui-même le commandement suprême des armées (septembre 1915). L'armée russe subit de lourdes pertes humaines et des bruits divers courent sur les pouvoirs de Raspoutine et la trahison de certaines autorités militaires ou civiles, alors que des complots se trament. La forte augmentation des prix et les difficultés de ravitaillement exaspèrent la population des villes.
Les manifestations ouvrières de Petrograd (23-28 février [8-13 mars]), soutenues par les soldats mutinés, abattent le tsarisme. Nicolas II abdique le 2 (15) mars. Le gouvernement provisoire et les soviets, qui acceptent de coopérer avec lui à partir de mai 1917, ne parviennent pas à régler le problème de la guerre et à répondre aux aspirations des masses populaires. Les bolcheviks, dirigés par Lénine depuis son retour de Suisse (avril 1917), renversent le gouvernement provisoire lors de l'insurrection d'Octobre et instaurent le pouvoir des soviets où ils sont majoritaires.
L'arrivée au pouvoir des bolcheviks entraîne une radicalisation des oppositions : le musellement rapide de la presse bourgeoise, les décrets sur la terre, sur la paix, la dissolution de l'Assemblée constituante, où les socialistes-révolutionnaires étaient majoritaires, conduisent à la mise en place d'un vaste front hétérogène contre le nouveau pouvoir.
Proclamée le 18 (31) janvier 1918, la République socialiste fédérative soviétique de Russie (R.S.F.S.R.) devient le principal théâtre, avec l'Ukraine, de la guerre civile qui éclate au printemps. La vulnérabilité de Petrograd, menacée d'occupation par les Allemands jusqu'à la veille de la signature du traité de paix avec les Puissances centrales à Brest-Litovsk (3 mars), détermine en partie le changement de capitale au profit de Moscou, restaurée dans son rôle de centre historique de la nation. Mais, en s'installant au cœur de la Russie continentale, les bolcheviks entendent aussi renouer avec la tradition de résistance nationale, face aux armées contre-révolutionnaires en formation et à l'intervention des Alliés aux périphéries de l'ancien Empire. La mise en place d'une dictature politique et économique (le communisme de guerre) durant l'été 1918 permet au nouveau régime d'asseoir son contrôle sur les grandes villes de Russie et de faire face aux différentes offensives antibolcheviques. Celles-ci prennent un tour radical en 1919, à travers l'avancée conjuguée des armées blanches en provenance du Sud vers Moscou, de l'est vers l'Oural et de l'ouest vers Petrograd. Mais le manque de coordination de ces armées, les rivalités internes qui animent le mouvement blanc d'une part, et, d'autre part, la détermination du commandement bolchevik au sein de la nouvelle Armée rouge conduisent au repli progressif des Blancs sur ces trois fronts. En 1920, les terrains d'affrontements se multiplient avec l'éclatement de la guerre russo-polonaise, au cours de laquelle les nouveaux dirigeants recourent à l'argumentaire nationaliste russe pour repousser les armées de Piłsudski. L'issue rapide du conflit avec les Polonais permet aux bolcheviks d'engager les offensives décisives en direction des armées contre-révolutionnaires. En Russie occidentale, la guerre civile s'achève fin 1920, mais les conflits perdurent en Sibérie jusqu'en 1922.
Devenue, par la création de l'U.R.S.S. en 1922, l'une des républiques de l'Union soviétique, la Russie incarne au cours du XXe s. le destin de cet État, par le poids prépondérant de son rôle historique, politique et économique. De 1922 à 1991, l'histoire de la Russie se confond avec celle de l'U.R.S.S. et rend compte de façon extrême des diverses phases de son évolution : la N.E.P. (nouvelle politique économique) des années 1920, marquée, dans l'économie et la reconstruction du pays, par un retrait relatif de l'État ; la période stalinienne (1927-1953), décisive dans la formation du système soviétique et au cœur de laquelle les années 1930 tiennent une place spécifique, par l'ampleur, la diversité des violences exercées contre la société, et par le caractère spectaculaire mais chaotique de la modernisation industrielle ; la période du « dégel » khrouchtchevien (1953-1964), marquée par la sortie du système totalitaire, la reformulation idéologique du communisme, et l'échec des grandes réformes, en particulier agricoles ; l'ère brejnevienne (1964-1985), dite « de la stagnation », où s'affirme la dimension gestionnaire du régime face à une société sociologiquement plus diversifiée et dans laquelle les nouvelles générations créent des espaces d'autonomie ; enfin, la période ultime et brève des tentatives réformistes de Gorbatchev (1985-1991), qui débouchent sur l'effondrement de l'U.R.S.S. et l'émergence de la Russie indépendante.
Tout au long de ces décennies, la Russie occupe une place capitale dans l'Union soviétique en raison de son étendue – elle est la plus vaste des républiques fédérées –, de sa fonction historique de modèle et surtout de son rôle comme centre de l'Union au sein d'un État marqué par une très forte centralisation des pouvoirs. Néanmoins, le processus d'identification de l'U.R.S.S. à l'État russe n'apparaît comme une volonté manifeste des dirigeants que dans le courant des années 1930, période au cours de laquelle on observe un glissement du marxisme-léninisme vers le nationalisme russe. La réévaluation du passé tsariste, où les dimensions autoritaire et coloniale de l'État sont désormais présentées comme des éléments positifs de l'histoire, signalent ce changement qui est accompagné de mesures concrètes, telle l'obligation faite d'enseigner le russe dans toutes les écoles des républiques fédérées (1937). La mise en valeur du rôle civilisateur de la colonisation russe sanctionne une forme de néocolonialisme, qui se concrétise, notamment, par l'envoi dans les différentes républiques de cadres dirigeants et de personnel qualifié russes. Le nationalisme grand-russe est largement instrumentalisé au cours de la Seconde Guerre mondiale, et l'hégémonie de la Russie sur les autres républiques réaffirmée avec force jusqu'à la mort de Staline.
À partir des années 1970, un renversement de tendance s'amorce. L'« indigénisation » des cadres politiques et économiques des Républiques entraîne les premiers départs des Russes et russophones. La stabilisation encouragée des potentats locaux tisse un nouveau rapport de forces au sein de l'U.R.S.S. : le centre moscovite doit davantage compter avec les périphéries. La mise en œuvre de la perestroïka (« restructuration ») et de la glasnost (« transparence » dans le discours), les deux mots-clés du programme réformiste gorbatchevien, marque l'émergence des forces centrifuges et le rejet progressif de l'U.R.S.S. comme État centralisé. La Russie elle-même est touchée par cette évolution : en mai 1990, le Soviet suprême de Russie élit à sa présidence Boris Ieltsine, chef de file des réformateurs, et proclame la souveraineté de la République de Russie en juin. La libéralisation politique, qui provoque l'apparition de nouvelles mouvances (partis ultranationalistes russes, mouvements indépendantistes, comme au Tatarstan, ou écologistes), favorise surtout la montée du courant réformateur de Boris Ieltsine, qui remporte en juin 1991 la première élection présidentielle au suffrage universel. Le putsch d'août 1991 contre Mikhaïl Gorbatchev, tentative autoritaire de reprise en main du régime, permet au nouveau président de la R.S.F.S.R. de s'imposer comme la seule force capable de stabiliser le pays : Boris Ieltsine apparaît, face aux putschistes, comme le défenseur des libertés et l'homme fort de la situation, au détriment de Mikhaïl Gorbatchev. L'échec du putsch accentue la montée des oppositions et la R.S.F.S.R. sanctionne la disparition de l'U.R.S.S. en signant, avec les Républiques d'Ukraine et de Biélorussie, l'accord de Minsk (8 décembre), stipulant la création d'une Communauté d'États indépendants (C.E.I.).
Le 25 décembre 1991, la R.S.F.S.R. change d'appellation et devient la Fédération de Russie. Pour la première fois de son histoire en tant qu'État moderne, la Russie perd sa dimension « impériale », mais elle est néanmoins confrontée à une forte hétérogénéité culturelle sur son territoire. Recouvrant 21 républiques, la Fédération de Russie compte plus de 30 millions de citoyens non russes. En revanche, avec l'effondrement de l'U.R.S.S., elle compte 25 millions de nationaux russes disséminés dans les anciennes républiques soviétiques (en particulier en Asie centrale), devenues États indépendants. Outre toutes les difficultés liées à la redéfinition de son identité géographique, culturelle, institutionnelle, la Russie s'est engagée dans un long et difficile processus de sortie du communisme en tant que système politique et économique. La restauration de l'autorité de l'État, dans le contexte des immenses mutations systématiques engagées, représente toujours l'un des grands défis de cette fin de décennie post-soviétique.
La longévité de B. Ieltsine à la tête du pays (près de dix ans) témoigne, pour une part, de la difficile et lente recomposition de la scène politique dans le contexte russe, marqué par la permanence des anciennes élites, issues de la nomenklatura et des principales branches de l'économie soviétique. L'absence d'alternative crédible et le soutien indéfectible des Occidentaux au président ont largement pesé dans sa réélection, en juin 1996. B. Ieltsine a pu asseoir son autorité face à un Parlement rebelle, dominé par l'opposition communiste et agraire, grâce à un incontestable sens politique mais aussi à des tentatives autoritaires (comme la prise sanglante, en octobre 1993, du Parlement, alors occupé par les députés qui refusaient la dissolution de la Chambre). La nouvelle Constitution, à l'origine du conflit entre le législatif et l'exécutif, qui est approuvée en décembre 1993 par référendum, accroît les pouvoirs présidentiels en redéfinissant la répartition des compétences entre le président, le gouvernement et le Parlement, ainsi que les relations entre les régions et le centre. La Fédération de Russie est composée de 89 « sujets » (régions, républiques autonomes, etc.) égaux en droits. Le bicaméralisme est institué : la Douma d'État (Chambre basse) comprend 450 députés possédant le pouvoir législatif et budgétaire ; le Conseil de la Fédération, où sont représentés les « sujets », est composé de 178 parlementaires.
Si, désormais, le pouvoir semble se partager entre un Parlement jouant la carte de l'opposition constructive et un gouvernement contraint à faire de multiples concessions, le problème complexe de la Tchétchénie soulève à nouveau la question de l'unité du pays. L'intervention armée, décidée en décembre 1994 dans la république rebelle marque l'exacerbation de plusieurs années de tension, depuis la déclaration officielle de l'indépendance de la république en novembre 1991. Contestée par l'opinion, elle n'apporte guère de victoire décisive et aboutit à un accord de paix en 1996. En dépit de la sanction infligée à la politique gouvernementale, lors des élections législatives de 1995, qui consacrent la victoire du parti communiste, B. Ieltsine est réélu un an plus tard devant son concurrent, le communiste Guennadi Ziouganov. Régulièrement en retrait ou absent pour raisons de santé, le président russe se voit contraint d'abandonner progressivement les larges pouvoirs que lui confère la Constitution : ses successeurs potentiels rivalisent au grand jour, alors que les potentats locaux deviennent de plus en plus autonomes par rapport au pouvoir central. B. Ieltsine procède, de manière récurrente, par des tentatives d'épreuve de force et des coups de théâtre, renvoyant et rappelant, au gré des circonstances, plusieurs membres du gouvernement. L'accélération des changements à la tête du gouvernement russe porte à cinq le nombre de Premiers ministres qui se sont succédé en un an et demi.
En août 1999, Sergueï Stepachine, auquel B. Ieltsine reproche de ne pas avoir pu empêcher la formation du puissant rassemblement politique, La Patrie-Toute la Russie dirigé par Ievgueni Primakov, doit céder la place à Vladimir Poutine. La nomination de cet inconnu de la scène politique a été dictée par un président soucieux avant tout de préserver les intérêts de son clan, alors qu'une série de scandales (notamment celui du détournement de l'argent du F.M.I. au profit de sa famille) étaient en train d'obscurcir son second mandat. Début août, la présence de quelques milliers de rebelles islamistes au Daguestan (venus pour la plupart de la petite République voisine, la Tchétchénie) a ravivé le souvenir de la défaite militaire russe de 1994-1996. Prenant prétexte du non-respect des accords passés en 1996, les autorités russes lancent une seconde offensive en Tchétchénie. Grâce à une habile propagande jouant sur les humiliations accumulées depuis plusieurs années par les Russes et leur armée, les autorités parviennent dans un premier temps à rallier à leur cause la majeure partie de la population. C'est donc dans un contexte de nationalisme exacerbé que se déroule la campagne des législatives. Devancée de peu par le parti communiste (K.P.R.F.), la liste Unité – créée en septembre et dont le seul programme est un soutien sans réserve au Premier ministre – fait un excellent score en obtenant près d'un quart des suffrages. La grande perdante de ce scrutin est la coalition La Patrie-Toute la Russie de l'ancien Premier ministre I. Primakov et du maire de Moscou Iouri Loujkov. V. Poutine est assuré d'une large majorité (formée par Unité, l'Union des forces de droite [S.P.S.], la plupart des indépendants et les ultranationalistes de Vladimir Jirinovski) à la Douma. Satisfait par la victoire de son dauphin et s'étant préalablement assuré le bénéfice d'une immunité judiciaire à vie, B. Ieltsine démissionne le 31 décembre de la présidence russe. V. Poutine assure l'intérim jusqu'à l'élection anticipée de mars 2000.
Quelques semaines avant le scrutin, I. Primakov et I. Loujkov se retirent de la course à la présidence, tandis que l'ultranationaliste V. Jirinovski se voit refuser sa candidature. Au terme d'un scrutin entaché d'irrégularités, V. Poutine remporte l'élection présidentielle dès le premier tour, avec 52,9 % des voix. Le communiste G. Ziouganov arrive en deuxième position (29,2 %) ; quant au libéral Grigori Iavlinski (parti Iabloko), il obtient un score très faible (5,8 %).
Encore inconnu un an plus tôt, mais ayant acquis en quelques mois – sur fond de guerre tchétchène – une stature de présidentiable, le nouvel homme fort de la Russie suscite de nombreuses interrogations à l'intérieur comme à l'extérieur du pays. Élu sans véritable programme électoral et longtemps resté flou sur ses intentions, cet ancien chef des services secrets place finalement le renforcement du pouvoir central au premier rang de ses objectifs. Le profond remaniement de l'appareil administratif ieltsinien et la redéfinition des relations avec les élites administratives locales constituent les deux volets de ce renforcement. La plupart des responsables de l'époque ieltsinienne sont écartés au profit de personnalités issues, comme V. Poutine, des organes de sécurité (F.S.B.) et de cadres de la région de Saint-Pétersbourg, dont provient également le président. La nouvelle équipe voit son audience confortée dans l'opinion par la mise en œuvre de grandes réformes dans le fonctionnement de l'État et de la vie politique. La première d'entre elles concerne les relations entre le centre et les régions, avec pour objectif majeur de faire respecter l'autorité centrale à l'échelon des différents sujets de la Fédération, dont les dirigeants sont régulièrement accusés de constituer de véritables potentats locaux. À cette fin, le nouveau gouvernement met en place, entre mai et septembre 2000, sept districts fédéraux, recouvrant l'ensemble des sujets et dirigés par des personnalités directement mandatées par le président. Toutefois, les « super-préfets » ne disposent ni des moyens financiers, ni de l'appareil administratif qui leur permettraient de s'affirmer face aux gouverneurs des régions, lesquels restent élus au suffrage universel. Ces derniers comprennent que le maintien de leur emprise sur les affaires de leurs territoires exige désormais qu'ils affirment leur loyauté politique envers V. Poutine.
Pour le président russe, la réforme de l'État ne peut être dissociée d'une volonté de contrôle de l'espace public, du jeu politique mais aussi des circuits économiques. La poursuite de la guerre en Tchétchénie et la lutte médiatique contre le terrorisme constituent la toile de fond de cette tendance générale à l'accroissement du poids de l'État dans la société.
Adoptée en septembre 2000 par le Conseil national de sécurité, la Doctrine sur la sécurité de l'information dénonce les « menaces » pesant sur les « intérêts nationaux » et stigmatise les entreprises de « désinformation et de manipulation de l'opinion » ; elle prône, en revanche, la nécessité de « renforcer les moyens d'information de l'État pour offrir une information fiable aux citoyens ». À partir du printemps 2001, l'État entame le démantèlement des empires médiatiques détenus par Vladimir Goussinski et Boris Berezovski. Les chaînes télévisées nationales semi-indépendantes ou indépendantes sont soit reprises en main (O.R.T. en septembre 2000 et N.T.V. au printemps 2001), soit liquidées (TV 6 en janvier 2002). Plusieurs journaux de diffusion nationale – Sevodnia, Itogui – subissent le même sort. En l'espace de deux ans, le Kremlin parvient à retrouver son monopole des ondes, perdu après la chute de l'U.R.S.S. Le prix à payer de cette reconquête est lourd : instrumentalisation de la justice, poursuites contre certains journalistes, montages financiers opaques pour le transfert des actions vers des structures se trouvant dans l'orbite du pouvoir (le géant gazier Gazprom contrôlé par l'État est ainsi devenu le principal actionnaire de N.T.V.).
La censure imposée à la liberté de l'information s'explique, en premier lieu, par l'intolérance à l'égard d'une critique indépendante concernant les dossiers sensibles. Le verrouillage de l'information sur le conflit tchétchène (allant jusqu'au meurtre, le 7 octobre 2006, de la journaliste indépendante Anna Politkovskaïa) ou la couverture médiatique de situations de crise (les prises d'otages au théâtre Doubrovka à Moscou en octobre 2002 et dans une école de Beslan, en Ossétie du Nord, en septembre 2004) constituent des enjeux majeurs pour le contrôle de l'opinion publique. Par ailleurs, cette mise sous tutelle des médias s'inscrit dans un contexte de réorganisation des grands groupes industriels et financiers.
En s'attaquant à certains magnats de l'économie russe, V. Poutine entreprend de clore l'époque Ieltsine, marquée par l'emprise sur le Kremlin des oligarques – ces hommes d'affaires qui, ayant bâti leurs immenses fortunes à partir de la privatisation des grands secteurs de l'industrie, contrôlent à la fin des années 1990 près de 70 % des richesses nationales et exercent un pouvoir d'influence majeur sur la vie politique du pays, que ce soit au niveau central, où certains oligarques ont joué un rôle de premier plan dans la réélection du président Ieltsine en 1996, ou au niveau régional, où l'on assiste à l'établissement d'alliances de holdings avec les équipes régionales dirigeantes. V. Goussinski, le patron du groupe de presse Media-Most, et B. Berezovski, l'artisan de l'accession de V. Poutine à la présidence, entrent les premiers dans la ligne de mire du nouveau président et sont contraints de s'exiler à l'étranger en juin et en novembre 2000. Outre ces deux attaques spectaculaires, V. Poutine opte pour une mise au pas « négociée » du monde des affaires, à savoir la garantie de l'impunité aux patrons détenant des actifs obtenus dans des conditions douteuses contre leur renonciation à intervenir dans le champ politique. Cependant, l'« affaire Ioukos » montre les limites de la tolérance à l'égard de la puissance économique privée, en particulier lorsqu'elle concerne un secteur clef comme celui des hydrocarbures. Le 25 octobre 2003, Mikhaïl Khodorkovski, le président de la deuxième compagnie pétrolière russe, Ioukos, est arrêté et inculpé d'escroquerie et de fraude fiscale à grande échelle. À l'issue d'un procès placé sous le signe de la violation permanente des règles de droit, l'inculpé est condamné, en mai 2005, à neuf ans de prison, commués à huit ans en appel en septembre. Quant au groupe pétrolier, il est soumis à des redressements fiscaux atteignant la somme de 27 milliards de dollars et perd sa principale filiale, Iouganskneftegaz, qui passe, en décembre 2004, sous le contrôle de l'entreprise publique Rosfnet, dont l'un des dirigeants est l'un des responsables de l'administration présidentielle. En août 2006, le tribunal d'arbitrage de Moscou décide la mise en faillite de Ioukos, dont les ex-dirigeants – M. Khodorkovski et l'ex-président Vassili Aleksanian – sont, depuis, devenus passibles d'un deuxième procès pour détournement de fonds et blanchiment d'argent.
L'expropriation de Ioukos par le Kremlin répond à des considérations d'ordre à la fois stratégique et politique. Les choix stratégiques de M. Khodorkovski – que ce soit la tentative d'ouverture par Ioukos à des capitaux américains (ChevronTexaco et ExxonMobil) ou la promotion d'oléoducs à capitaux privés concurrents de ceux détenus par l'État – contrevenaient directement à l'objectif des autorités russes d'encadrer plus étroitement le secteur pétrolier. En outre, M. Khodorkovski était sur le point de devenir une figure d'opposition capable de peser sur le processus législatif (il avait réussi à bloquer à la Douma la réforme sur la taxation des sociétés pétrolières) et, d'une façon plus générale, de modifier la configuration politique du pays. En finançant plusieurs partis d'opposition, aussi bien communistes que libéraux, M. Khodorkovski apparaissait, à la veille des élections législatives de décembre 2003, comme un obstacle à l'aspiration du président Poutine de contrôler de la vie politique en Russie.
Cette volonté de contrôle, manifeste dès l'année 2000, se traduit par diverses actions visant, tout d'abord, à conforter les bases politiques du président. La nouvelle loi sur le statut et le fonctionnement des partis politiques, votée par la Douma en juin 2001, instaure des conditions restrictives pour la reconnaissance officielle d'un parti politique. Parmi ces conditions, l'exigence de faire état d'au moins 10 000 membres enregistrés dans au moins la moitié des 89 sujets de la Fédération a une incidence immédiate sur le paysage politique russe. Elle permet, outre l'élimination de partis jugés indésirables, la formation d'un nouveau parti, Russie unie, regroupant plusieurs formations centristes et, désormais considéré comme le parti du président.
En dépit d'une forte abstention (plus de 43 % des inscrits), les élections législatives du 7 décembre 2003 à la Douma confortent l'assise politique de V. Poutine – Russie unie étant sortie, en effet, grand vainqueur du scrutin (37,5 % des suffrages). Cette victoire, facilitée par la mobilisation massive de l'appareil d'État en faveur du parti présidentiel, est acquise au détriment du parti communiste (12,6 % des voix), du parti ultra-nationaliste de V. Jirinovski (11,4 %) et, surtout, des deux partis libéraux Iabloko et S.P.S. (Union des forces de droite), qui ne parviennent pas à franchir le seuil des 5 % pour siéger au Parlement. Elle donne également le ton à une campagne présidentielle étroitement contrôlée par les autorités. Alors que les dirigeants des partis réformateurs Iabloko et S.P.S. renoncent à se présenter à une élection qu'ils jugent jouée d'avance, le Kremlin entreprend de susciter des candidatures pour donner un semblant de pluralisme au vote. Ainsi, V. Poutine fait quasiment cavalier seul lorsqu'il est réélu, le 14 mars 2004, avec 71,3 % des voix et un taux de participation de 64,3 %.
Bénéficiant auprès de l'opinion publique d'une image de dirigeant incarnant la stabilité et promettant de rétablir un État fort sur fond de croissance économique, V. Poutine affirme vouloir poursuivre sa politique de « remise en ordre ». Le traumatisme causé par la meurtrière prise d'otages de l'école de Beslan, en Ossétie du Nord, en septembre 2004 (plus de 300 morts, provoqués, pour l'essentiel, au moment de la prise d'assaut de l'école par les forces spéciales russes), et la mobilisation contre le terrorisme qu'il a suscitée, fournit au président russe l'occasion d'accélérer sa politique de mise en place d'une « verticale du pouvoir » au détriment des pouvoirs régionaux et des institutions parlementaire et judiciaire.
En septembre 2004, V. Poutine annonce une modification du mode de désignation des gouverneurs locaux : jusque-là élus au suffrage universel direct, ils seront désormais élus par les assemblées locales sur proposition du président de la Fédération avec l'aval des assemblées locales. Par ailleurs, les membres du Haut Collège de qualification des juges, qui nomme les juges des cours suprêmes, seront désormais tous choisis par le chef de l'État ou par le président du Conseil de la Fédération. En décembre 2004, la loi sur les partis politiques adoptée en 2001 est amendée : prévoyant notamment que le nombre minimal de membres d'un parti doit être de 50 000 membres (contre 10 000 auparavant), cette loi entraîne une réduction sensible du nombre de partis qui ne sont plus qu'une quinzaine en 2007. En mai 2005 est adoptée une nouvelle loi sur les élections législatives qui remet en cause l'élection au scrutin uninominal de la moitié des députés de la chambre basse de la Douma. Les députés seront tous élus au scrutin proportionnel et devront appartenir à des partis ayant obtenu plus de 7 % des suffrages exprimés.
L'administration présidentielle, un cabinet élargi étroitement lié aux services de renseignement et aux milieux d'affaires, double le gouvernement. De fait, différents cercles continuent à jouer un rôle important dans le jeu politique. Les libéraux, essentiellement des juristes et des experts appartenant à la filière pétersbourgeoise, restent les artisans de la modernisation économique et sociale du pays. En revanche, les ieltsiniens, comme le montre le limogeage du Premier ministre M. Kassianov à la veille de l'élection présidentielle de 2004, semblent désormais hors jeu alors que les représentants des structures de force (Sécurité, Défense, Intérieur) ont gagné en influence à tous les échelons de l'administration.
À l'approche des législatives de 2007 et de la présidentielle de 2008, le Kremlin montre sa volonté de contrecarrer toute possibilité d'une issue à la géorgienne ou à l'ukrainienne. La loi sur les O.N.G., promulguée par V. Poutine le 17 janvier 2006, vise à instaurer un contrôle strict de l'administration : une O.N.G. pourra être interdite si elle représente une menace pour « la souveraineté de la Russie, l'indépendance, l'intégrité territoriale, l'unité et l'originalité nationales, l'héritage culturel ou les intérêts nationaux ». L'évaluation de cette menace étant laissée à l'administration.
Un autre dispositif, celui de la loi contre l'extrémisme, permet de restreindre davantage les libertés individuelles et politiques. Ainsi, dans un discours prononcé devant les deux chambres, le 26 avril 2007, V. Poutine appelle les parlementaires à sévir dans leur lutte contre « l'extrémisme politique ». Dès juillet 2007, la Douma adopte une série d'amendements qui, d'une part, punit plus lourdement les délits et les crimes commis pour « extrémisme » et, d'autre part, élargit la définition de l'extrémisme à la diffamation des responsables politiques.
À l'approche des élections législatives de décembre 2007, alors que le président jouit d'une réelle popularité et que la croissance économique s'est installée durablement, le parti pro-présidentiel, Russie unie, bénéficie des meilleures conditions pour remporter les élections. Les rares forces d'opposition encore actives font l'objet d'un harcèlement permanent. Les manifestations organisées par Une autre Russie, mouvement fondé par l'ex-champion du monde d'échecs Garry Kasparov, sont régulièrement dispersées par la force. À quelques jours du scrutin, Kasparov lui-même est arrêté lors d'une manifestation et incarcéré pendant cinq jours. D'une façon générale, les mesures d'intimidation se multiplient à l'encontre de ceux qui se permettent de critiquer le pouvoir en place : passages à tabac d'opposants et de journalistes jugés trop indépendants, retour aux méthodes soviétiques d'internement psychiatrique d'opposants politiques.
Dans ce contexte, les élections législatives du 2 décembre représentent une simple formalité pour le parti pro-présidentiel. Russie unie obtient 64,3 % des voix. Seuls le parti communiste, le parti ultra-nationaliste de V. Jirinovski et Russie juste (un nouveau parti proche du Kremlin) dépassent le seuil des 7 %. Les partis de l'opposition réformatrice et libérale sont les grands absents de ce nouveau Parlement. Les observateurs de l'O.S.C.E. dénoncent de nombreuses irrégularités.
Son mandat expirant en mars 2008, V. Poutine s'attèle à résoudre la question de sa succession. Après avoir laissé planer le doute sur des candidats potentiels, Russie unie et trois autres petits partis proches du Kremlin annoncent, une semaine après les législatives, leur soutien à la candidature de Dmitri Medvedev. Originaire de Saint-Pétersbourg, cet ancien juriste de 42 ans doit son ascension politique à V. Poutine, tout d'abord à la mairie de Saint-Pétersbourg – où il a été le conseiller du maire de 1990 à 1995 –, puis, à partir de 1999, au sein de l'administration présidentielle, dont il a pris la direction en 2003. Il cumule cette fonction avec la présidence du conseil de direction du géant gazier Gazprom. Le soutien de V. Poutine à D. Medvedev se poursuit tout au long de son second mandat, comme en témoigne sa nomination, en novembre 2005, au poste de vice-Premier ministre auprès du Premier ministre M. Fradkov. Il est à ce poste chargé des grands projets nationaux russes de développement social et économique (logement, santé, éducation), ce qui lui confère une certaine visibilité auprès de l'opinion publique. La candidature de D. Medvedev, présenté comme le chef du clan « libéral », est plutôt bien accueillie par les milieux d'affaires, inquiets de l'ascendant pris au Kremlin par le clan des « siloviki » (armée, police, forces de sécurité).
Tout en soutenant la candidature de D. Medvedev, V. Poutine ne souhaite pas s'éloigner des commandes de l'État et déclare dès la fin 2007 que sa nomination au poste de Premier ministre est tout à fait « réaliste ». La campagne présidentielle constitue un non-événement, marquée essentiellement par la poursuite de l'éviction de tout opposant potentiel. L'intensité de la pression exercée sur G. Kasparov et sur son entourage contraint le chef de file d'Une autre Russie à renoncer à se présenter. En outre, l'ex-Premier ministre, M. Kassianov, passé dans l'opposition après son limogeage en 2004, voit sa candidature invalidée par la commission électorale centrale.
D. Medvedev s'impose le 2 mars 2008 avec 70,2 % des voix dans une élection jugée « non libre » par les rares observateurs occidentaux présents. S'il subsiste quelque incertitude sur la nature du tandem Medvedev-Poutine, il est probable que le président sortant cherchera à rééquilibrer les pouvoirs au profit du gouvernement. Sa décision, annoncée le 17 avril, de prendre la tête du parti majoritaire de la Douma, Russie unie, en plus de celle du gouvernement va dans le sens du renforcement de sa position face au nouveau président.
Avec l'effondrement de l'U.R.S.S., la Fédération de Russie se trouve confrontée à la double difficulté de redéfinir sa position à l'échelle régionale et internationale. Dans l'espace post-soviétique, elle cherche à jouer un rôle fédérateur et à préserver son influence en participant de façon décisive à la création et au développement de la Communauté des États indépendants (C.E.I.), qui regroupe la plupart des anciennes républiques soviétiques (à l'exception des États baltes et de la Géorgie jusqu'en 1993). La C.E.I. est conçue comme une instance de négociations et de concertations dans les grands domaines intéressant l'ensemble des États, tel celui de la Défense. Dès sa fondation, son autorité apparaît cependant limitée par la rareté des accords d'ensemble au profit d'accords « à la carte », qui favorisent le développement des relations bilatérales. La préservation d'un espace militaire stratégique commun – objectif affiché de la fondation de la C.E.I. – ne résiste pas à la volonté des nouveaux États d'affirmer leur indépendance nationale et à la diversité de leurs priorités stratégiques, la perception des menaces variant considérablement d'un pays à l'autre. La redistribution de l'arsenal militaire ne va pas sans contentieux, parfois tardivement résolus, comme ce fut le cas avec l'Ukraine à propos de la flotte de la mer Noire. Bien qu'elle affirme respecter l'intégrité des nouveaux États, la Russie est à plusieurs reprises mise en cause dans des conflits régionaux (entre la Géorgie et l'Abkhazie notamment) et accusée d'instrumentaliser les tensions à son profit. Signée en 1996 avec la Biélorussie et assimilée à une future fusion des deux États, la « communauté des États souverains » sanctionne la proximité des deux pays sans conduire toutefois à l'unification, Moscou ne voulant pas assumer les coûts d'une véritable intégration économique et se contentant d'une situation de protectorat qui lui profite du point de vue stratégique.
Dans le domaine des relations avec l'Occident, la Russie poursuit, dans un premier temps, la politique extérieure inaugurée par Mikhaïl Gorbatchev. Elle confirme son rapprochement avec les États-Unis et sa volonté d'en devenir le partenaire à part entière, malgré un rapport de forces défavorable (les dépenses militaires russes, qui n'ont pas cessé de décroître, étaient, en 1999, douze fois moins importantes que celles des États-Unis).
Face aux attentes déçues, notamment dans l'aide à l'intégration du pays sur la scène internationale, et à la perspective, très mal reçue, de l'élargissement de l'O.T.A.N. vers des pays d'Europe centrale, la Russie réoriente sa position à partir de 1994, prône l'instauration d'un monde multipolaire et évoque la nécessité de constituer un axe Moscou-Pékin-Delhi. Elle engrange, durant la seconde moitié des années 1990, quelques résultats positifs : grâce à sa participation, le G7 devient le G8 ; elle est admise aux clubs de Paris et de Londres ; elle ratifie le traité de partenariat et de coopération avec l'Union européenne. Mais ses relations avec l'O.T.A.N. restent profondément marquées par l'élargissement à l'est de l'organisation et l'intervention de l'Alliance en Yougoslavie en 1999.
À partir du printemps 2001, et surtout après les attentats du 11 septembre, la Russie procède à une réorientation de sa politique extérieure et ambitionne de devenir un partenaire de poids dans les relations internationales, en particulier auprès des États-Unis et de l'Europe.
Dans la lutte contre les nouvelles menaces à la sécurité internationale (terrorisme, prolifération des armes, criminalité organisée et flux migratoires illégaux), la Russie cherche à mettre en valeur ses atouts : sa situation géographique – au carrefour des zones particulièrement sensibles quant à ces menaces –, ses capacités de renseignement, mais aussi l'intérêt de ses contacts (dus à l'héritage soviétique) avec des pays soupçonnés de soutenir le terrorisme (Afghanistan, Iran).
La Russie utilise ses ressources énergétiques comme un outil d'influence économique, en proposant un partenariat avec les États-Unis et l'Europe en quête d'une diversification de leurs sources d'approvisionnement. En contrepartie, elle entend en tirer, outre des avantages économiques, une totale liberté dans sa politique de maintien de son intégrité territoriale et le respect de son influence exclusive dans l'espace post-soviétique.
Moscou retrouve une plus grande visibilité sur la scène internationale, avec l'établissement du conseil Russie-O.T.A.N. en mai 2002, avec sa participation active au jeu diplomatique durant la crise irakienne – au cours de laquelle elle rejoint les vues de Berlin et de Paris sans s'exposer aux foudres des États-Unis –, mais aussi avec la poursuite des négociations pour son entrée à l'O.M.C. et, enfin, avec son adhésion au protocole de Kyoto et sa présidence du G8 en 2006.
Au Proche-Orient, elle cherche à s'affirmer comme médiateur, que ce soit dans le dossier nucléaire iranien, le dossier syro-libanais ou encore dans le conflit israélo-palestinien (la Russie est membre du Quartet pour le Proche-Orient avec les États-Unis, l'Union européenne et les Nations unies). V. Poutine s'est surtout assuré le ménagement de l'Occident dans sa politique de « pacification » de la Tchétchénie et d'importantes garanties de la part de l'Union européenne pour l'enclave de Kaliningrad
Ces acquis ne doivent pas masquer les reculs de l'influence russe dans le monde. Malgré son siège au Conseil de sécurité des Nations unies, la Russie se montre incapable de peser, de façon décisive, sur les grands dossiers internationaux, tels que la crise irakienne. Dans sa sphère d'influence traditionnelle – son « étranger proche » – elle témoigne d'une grande difficulté à s'imposer en puissance dominante.
Les velléités de prise de distance de certains membres de la C.E.I. vis-à-vis de Moscou coïncident avec un engagement accru des États-Unis en Asie centrale (Ouzbékistan, Tadjikistan) ainsi qu'en Géorgie et en Ukraine. Profondément affectée par l'émancipation de ces deux républiques en 2003 et 2004, la Russie cherche à jouer sur les difficultés rencontrées par les gouvernements issus des « révolutions de couleur » et sur la perte d'attractivité que représente pour ces pays l'Union européenne, au moment de l'enlisement de la Constitution européenne. À cette fin, elle use régulièrement de l'arme énergétique : l'Ukraine voit son prix du gaz multiplié par deux en janvier 2006 ; un an plus tard, la Biélorussie subit la fermeture de son oléoduc Droujba.
En mer Noire, – où elle craint de voir son infuence déjà entamée par l'adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie à l'OT.A.N., encore amoindrie par celle de deux autres États riverains, l'Ukraine et la Géorgie – la Russie cherche à maintenir ses bases dans des entités séparatistes et prorusses : l'Abkhasie et l'Ossétie du Sud en Géorgie, la Transnistrie en Moldavie.
Dans un discours prononcé lors d'une conférence sur la sécurité à Munich en février 2007, V. Poutine s'en prend aux « actions unilatérales et souvent illégitimes des États-Unis ». Ce réquisitoire s'inscrit dans un contexte de tension grandissante entre les deux pays, tension qui trouve son point d'orgue dans les projets américains d'extension des systèmes antimissiles dans les nouveaux pays membres de l'O.T.A.N. (Pologne et République tchèque). Malgré l'assurance donnée par les États-Unis que le bouclier antimissile a pour objet la protection contre les menaces d'États « voyous », comme l'Iran et la Corée du Nord, la Russie demeure convaincue que le déploiement américain à ses frontières est une atteinte à sa propre sécurité et un empiètement sur son « étranger proche » et qu'il contribue à relancer la course aux armements.
Après avoir menacé depuis des mois de s'en retirer, la Russie annonce, en juillet 2007, sa suspension de l'application du traité limitant l'usage et le développement des forces armées conventionnelles en Europe (F.C.E.). Seuls la Biélorussie, le Kazakhstan, l'Ukraine et la Russie ont ratifié les modifications adoptées en 1999 à Istanbul. Soutenues par les pays de l'Alliance de l'Atlantique Nord, la Géorgie et la Moldavie ont refusé de les ratifier, réclamant le retrait de leurs territoires des bases militaires.
Profitant de l'affaiblissement des États-Unis au Moyen-Orient, la Russie propose une coopération économique renforcée à l'Arabie saoudite, la Jordanie et au Qatar et cherche à éviter les sanctions contre Téhéran (tout en participant à la construction de la centrale nucléaire de Bouchehr) ou le Hamas. Elle se montre farouchement opposée à la proclamation de l'indépendance du Kosovo (février 2008) – reconnue par les États-Unis et par la plupart des pays membres de l'Union européenne – ainsi qu'au projet d'adhésion à l'O.T.A.N. de la Géorgie et de l'Ukraine (avril 2008).
En août 2008, la Russie s'engage dans un conflit armé avec la Géorgie, lançant ainsi, pour la première fois depuis l'effondrement de l'U.R.S.S., une attaque militaire contre un État souverain. La tentative géorgienne de reprendre par la force le contrôle de l'entité sécessionniste d'Ossétie du Sud entraîne une riposte militaire de la Russie qui intervient sous prétexte de protéger les citoyens russes résidant dans la région. Le conflit s'étend à l'Abkhazie, autre région sécessionniste de Géorgie, et provoque une grave crise internationale. Sans nier la responsabilité géorgienne dans le déclenchement des hostilités, la communauté internationale dénonce l'intervention russe qu'elle juge disproportionnée. Conclu le 12 août sous l'égide de l'Union européenne, le plan de paix (qui prévoit notamment la cessation des opérations militaires, le retrait des troupes russes et le lancement de discussions internationales sur le statut des deux régions) ne permet guère d'apaiser les tensions entre d'un côté, les États-Unis et les pays-membres de l'U.E. qui appellent au maintien de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de la Géorgie, et de l'autre, la Russie qui entend montrer sa détermination à préserver son influence au sein de l'espace post-soviétique. Ne se souciant guère des protestations internationales, le président Medvedev décide de reconnaître l'indépendance de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie (26 août). Vivement critiquée par les pays occidentaux, l'attitude russe n'est pas non plus soutenue par la Chine ni par les États-membres de la C.E.I., aucun d'entre eux ne reconnaissant l'indépendance des deux régions. Outre l'isolement de la Russie sur la scène internationale, le conflit russo-géorgien pourrait avoir, à plus long terme, des répercussions néfastes sur les intérêts russes dans l'espace post-soviétique. Loin de conforter ses positions dans la zone, la Russie pourrait voir celles-ci remises en cause notamment par les intiatives de l'Union européenne. Cette dernière semble en effet vouloir renforcer ses liens avec les anciennes républiques soviétiques, comme l'ont montré le projet d'accord d'association U.E.-Ukraine décidé en septembre 2008 et le lancement, en mai 2009, du Partenariat oriental avec l'Arménie, l'Azerbaïdjan, la Biélorussie, la Géorgie, la Moldavie et l'Ukraine.
Iaroslavl, Kazan, Kostroma, Moscou, Nijni Novgorod, Veliki-Novgorod, Petrodvorets, Pskov, Rostov, Saint-Pétersbourg, Saratov, Serguiev Possad, Souzdal, Tsarskoïe Selo, Vladimir.
Gontcharova, Kandinsky, Larionov, El Lissitzky, Malevitch, Repine, Rodtchenko, Roublev, Tatline, Vroubel.
Le constructivisme.
Derjavine, Fonvizine, Lomonossov, Soumarokov.
Belinski, Gogol, Griboïedov, Joukovski, Karamzine, Krylov, Lermontov, Pouchkine.
Dostoïevski, Gontcharov, Herzen, Nekrassov, A. N. Ostrovski, Saltykov-Chtchedrine, Tchernychevski, Tolstoï, Tourgueniev.
Andreïev, Balmont, Blok, Bounine, Gorki, Merejkovski, Tchekhov.
Akhmatova, Babel, Belyï, Boulgakov, Iessenine, Fadeïev, Kataïev, Maïakovski, Mandelstam, N. A. Ostrovski, Pilniak, Platonov, Simonov, A. N. Tolstoï, Zamiatine.
Cholokhov, Ehrenbourg, Ievtouchenko, Fedine, Kazakov, Leonov, Paoustovski, Pasternak, Soljenitsyne.
Balakirev, Borodine, Cui, Dargomyjski, Glinka, Moussorgski, Rimski-Korsakov, Tchaïkovski.
Chostakovitch, Glazounov, Kabalevski, Khatchatourian, Prokofiev, Rakhmaninov, Scriabine, I. Stravinsky.
B. Barnet, M. Donskoï, A. Dovjenko, S. Eisenstein, L. Koulechov, G. Kozintsev, N. Mikhalkov, A. Mikhalkov-Kontchalovski, G. Panfilov, S. Paradjanov, V. Poudovkine, A. Tarkovski, G. Tchoukhraï, D. Vertov.
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