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Évolution de la situation administrative en U.R.S.S., 1921-1924

U.R.S.S.

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U.R.S.S.
(Union des républiques socialistes soviétiques), en russe S.S.S.R. (Soïouz sovietskikh sotsialistitcheskikh respoublik)

Ancien État d'Europe et d'Asie (1922-1991) ; 22 400 000 km2 ; capitale : Moscou. L'U.R.S.S. était constituée, après la Seconde Guerre mondiale, de quinze républiques : Arménie, Azerbaïdjan, Biélorussie, Estonie, Géorgie, Kazakhstan, Kirghizistan, Lituanie, Lettonie, Moldavie, Ouzbékistan, Russie, Tadjikistan, Turkménistan, Ukraine.

Cet article fait partie du DOSSIER consacré à la guerre froide.

HISTOIRE

C'est en décembre 1922 que les congrès des soviets des Républiques socialistes soviétiques de Russie, d'Ukraine, de Biélorussie et de Transcaucasie décident de former l'Union des républiques socialistes soviétiques. La nouvelle U.R.S.S. regroupe la majeure partie des territoires de l'ancien Empire russe, désormais contrôlés, à la suite d'une guerre de cinq années, par le nouveau régime issu de la révolution d'Octobre 1917.

   Dans les jours qui avaient suivi le renversement du gouvernement provisoire à Petrograd, le 25 octobre 1917, le nouveau pouvoir insurrectionnel dirigé par Lénine avait annoncé une série de décrets sur l'abolition de la propriété privée de la terre, sur le droit des peuples à l'autodétermination et sur la paix (conclue avec l'Allemagne au traité de Brest-Litovsk, le 3 mars 1918). La dissolution, le 6 janvier 1918, de l'Assemblée constituante où les socialistes-révolutionnaires étaient majoritaires, avait achevé la mainmise des bolcheviks sur le pouvoir. Mais, à cette date, ils ne contrôlaient qu'une partie de la Russie centrale. La formation d'armées contre-révolutionnaires (dites « armées blanches ») au sud, à l'est de l'Oural et à l'ouest du pays, soutenues par l'intervention des Alliés, avaient contraint les bolcheviks au conflit armé pour la conquête du territoire. La sanglante guerre civile, qui embrasa le pays à partir du printemps 1918, ne mit pas seulement aux prises l'Armée rouge avec les Blancs. L'ancien empire devint le théâtre de conflits multiples avec la montée des forces centrifuges, en particulier en Ukraine et dans le Caucase, et l'exacerbation des tensions sociales qui s'exprimaient, notamment, par des soulèvements paysans. Cette guerre civile s'acheva fin 1920 dans la partie occidentale de l'ancien empire, mais elle se poursuivit jusqu'en 1922, en Sibérie et en Asie centrale. La victoire des bolcheviks a été acquise au moyen d'une véritable dictature politique (la « terreur rouge » s'est appuyée sur la Tcheka, police politique du nouveau régime) et économique, le « communisme de guerre » (nationalisation de l'économie, réquisitions forcées de la production agricole, rationnement alimentaire, etc.). Cette victoire est ainsi sanctionnée par la création de l'U.R.S.S., le 30 décembre 1922, qui proclame l'égalité des républiques fédérées. Cependant, en fait comme en droit, ainsi que le stipule la Constitution de 1924, les différentes républiques de l'Union se trouvent sous la tutelle du centre politique, auquel elles délèguent nombre de compétences fondamentales (défense, sécurité, budget, etc.). Ainsi l'U.R.S.S., dès sa création, est marquée par la volonté des bolcheviks de créer un État fort et centralisé.

La pause de la NEP

Au sortir de la guerre civile, le pays est profondément meurtri et bouleversé : la production industrielle atteint à peine 12 % de celle d'avant-guerre et la désorganisation de l'agriculture conduit à la grande famine de 1921-1922, qui fait plus de 5 millions de victimes dans le sud du pays. De plus, les oppositions politiques au régime se ravivent avec la révolte, réprimée dans le sang en février 1921, des marins de Kronchtadt qui revendiquaient le pluripartisme et l'élection libre de nouveaux soviets. C'est dans ce contexte de bilan et de tensions que le Xe Congrès du parti, en mars 1921, décide de mettre en place la nouvelle politique économique (NEP). La NEP marque le début d'une détente, concrétisée par une relative libéralisation de l'économie : le commerce extérieur est légalisé, les petites entreprises dénationalisées, les réquisitions de la production agricole remplacées par un impôt en nature. Lénine, grand artisan de ce changement de cap, reconnaît la nécessité d'une transition longue vers le socialisme. Cette libéralisation économique contraste cependant avec les décisions politiques du X eCongrès concernant la conduite du parti. Sous l'effet du traumatisme créé par la révolte de Kronchtadt, le Xe Congrès proscrit toute fraction ou opposition au sein du parti, fournissant à ses organes bureaucratiques des pouvoirs et des moyens de contrôle nouveaux, que Staline, promu secrétaire général du Comité central dès 1922, saura tirer à son avantage, pour asseoir sa position.

   Alors que le pays commence à se relever, une nouvelle vague de répression s'abat sur les socialistes-révolutionnaires, l'intelligentsia « indépendante » – plusieurs centaines de savants sont expulsés d'U.R.S.S. en 1922 – et l'Église orthodoxe, victime d'une très violente campagne anticléricale. Ces mesures répressives, qui accompagnent la nouvelle tolérance proclamée dans la vie économique et sociale, témoignent des fortes contradictions qui caractérisent la NEP.

La révolution culturelle

La volonté de créer un « homme nouveau », affranchi des entraves matérielles et spirituelles de la société capitaliste, s'est exprimée tôt, à travers plusieurs mesures spectaculaires : laïcisation de l'état civil et du mariage, décret sur le divorce (1917), légalisation de l'avortement en 1920. Proclamant la liberté de conscience, les bolcheviks promulguent, dès janvier 1918, la loi sur la séparation de l'Église et de l'État et sur la déconfessionnalisation de l'école. Une campagne en faveur de l'athéisme est lancée, dans le cadre d'un immense effort d'éducation populaire, destiné à répandre le matérialisme scientifique. La lutte contre l'analphabétisme, entreprise dès 1919 en Russie, est étendue à toute l'U.R.S.S. en 1923. Le principe de l'instruction gratuite et obligatoire des enfants, adopté dès 1918, est progressivement appliqué dans tout le pays – en 1932, 98 % des enfants seront effectivement scolarisés –, des facultés ouvrières (rabfak) sont créées en 1919, pour l'alphabétisation et l'instruction des adultes. L'enseignement est dispensé dans les langues autochtones. À cet effet, des diz aines de langues parlées sont dotées d'alphabets. Les moyens d'expression et d'information sont mobilisés pour les tâches de l'agit-prop et nombre d'artistes s'engagent avec enthousiasme dans la promotion de l'homme nouveau, expérimentant par la plume, le théâtre, le cinéma, de nouvelles expressions, où s'affirme la dimension utopique des années vingt.

La lutte pour la succession de Lénine

Si la NEP est caractérisée par la détente des relations entre l'État et la société, elle est aussi marquée par d'intenses affrontements pour la succession de Lénine qui, gravement malade à partir de 1922, meurt en 1924. Ces luttes se déroulent sur fond d'importantes controverses concernant les voies de développement du pays et le sens de la NEP dans la perspective de l'avènement du socialisme. À travers les différents courants qui s'affirment – celui de gauche avec Trotski, prônant la priorité à l'industrialisation ; celui de droite, défendant la poursuite de la NEP –, Staline mène surtout une lutte tactique et, sans prendre vraiment position, cherche à incarner la juste ligne du parti. En l'espace de cinq ans, il parvient à évincer les principaux dirigeants historiques du bolchevisme, pour s'affirmer comme le nouveau Lénine. Au-delà d'un habile arbitrage, Staline assure son ascension en usant de ses fonctions pour placer ses alliés aux postes clés. Il bénéficie des fortes mutations sociologiques du parti, s'affirmant parmi les nouveaux militants peu politisés comme l'homme du centre face aux concurrents « déviants ». Parvenu en 1927 à éliminer l'opposition unifiée de Trotski, Zinoviev et Kamenev, Staline engage la rupture avec la NEP et entreprend le « grand tournant » pour la construction du socialisme.

Le grand tournant et l'avènement de l'ère stalinienne

En 1927, la production industrielle a retrouvé son niveau d'avant-guerre. En revanche, la quantité de céréales sur le marché est deux fois inférieure à celle de 1913, soulignant l'état de sous-développement de l'économie rurale. Prenant prétexte de la faiblesse des récoltes, le clan stalinien entreprend une vaste offensive contre la paysannerie et, renouant avec les pratiques du communisme de guerre, lance une campagne de réquisitions forcées des céréales. Face aux résistances paysannes, Staline radicalise l'intervention du centre, désigne comme ennemi de classe les koulaks (paysans riches, ou supposés tels : aucune définition de la « richesse » n'est bien sûr donnée par le pouvoir, qui soumet ainsi l'ensemble de la paysannerie à l'arbitraire de ses représentants locaux). L'expropriation et la déportation des koulaks (« dékoulakisation ») conduisent à la mise en place du Goulag (administration principale des camps) qui, sous l'égide de l'O.G.P.U. (ou « Guépéou », qui succède à la Tcheka), inaugure le système concentrationnaire soviétique, véritable société pénale parallèle de l'ère stalinienne. La dékoulakisation s'accompagne de la collectivisation des terres, menée à partir de 1929 dans un climat de violences extrêmes – massacres, déportations, etc. L'accalmie de la NEP est une époque révolue.

   C'est dans ce contexte de brutalisation des rapports sociaux que Staline s'affirme comme le nouveau guide et l'instigateur du grand tournant pour la construction du socialisme. Cette deuxième révolution, qui apparaît au carrefour des années 1930, se caractérise par des bouleversements radicaux qui modifient en profondeur la physionomie de l'U.R.S.S. Le lancement du Ier plan quinquennal (1929-1933) donne priorité à l'industrie lourde et marque le début des grands chantiers pour la modernisation du pays. Une nouvelle classe ouvrière, issue en grande partie de l'exode rural provoqué par la collectivisation, est en train de naître. Au rythme d'une propagande sans relâche prônant l'émulation socialiste, le premier plan, conduit avec une poigne de fer, se donne des objectifs irréels et ne parvient pas à maîtriser l'ensemble des changements induits par la dynamique engagée. La déstructuration et l'épuisement de l'économie rurale se traduisent par une immense famine qui, en 1932-1933, fait, en Ukraine principalement, plus de 6 millions de victimes. Malgré ce désastre et l'état de désorganisation du pays, la fin du premier plan est fêtée comme une victoire.

   En janvier 1934, le XVIIe Congrès du parti dresse le bilan du grand tournant et consacre l'assise de Staline, le « Lénine d'aujourd'hui ». Une accalmie se dessine après les immenses efforts consentis. Elle est cependant de courte durée. L'assassinat, le 1er décembre 1934, de Kirov, secrétaire du parti de Leningrad, par un jeune communiste, permet de légitimer la figure du complot déjà présente dans les propos des dirigeants, pour expliquer les défaillances nombreuses du système. Ce meurtre entraîne le renforcement de la répression (loi autorisant l'instruction accélérée des affaires de terrorisme) et accroît le climat de suspicion générale. Le lancement du mouvement stakhanoviste en 1935 – du nom du mineur Stakhanov ayant réalisé 14 fois la norme d'extraction – annonce la nouvelle mobilisation exigée de la société pour la « consolidation du socialisme ». C'est dans cette nouvelle période de consolidation que s'exprime la démesure du système stalinien à travers la grande terreur (1936-1938).

   Ponctuée par les grands procès publics des dirigeants historiques du bolchevisme, la grande terreur ou Iejovchina (du nom de N. Iejov, nommé à la tête du N.K.V.D. qui succède à l'O.G.P.U.) est la période des purges les plus sanglantes : 2 millions d'arrestations, un tiers d'entre elles se soldant par des exécutions. La répression touche en particulier les cadres de l'armée, de l'administration, du monde scientifique et artistique, mais elle n'épargne pas non plus les simples citoyens. La typologie des victimes est brouillée. Sur fond de terreur aveugle, l'équipe stalinienne prône la nouvelle légalité socialiste et un ordre social marqué par le retour aux valeurs traditionnelles. La nouvelle Constitution soviétique de 1936, « la plus démocratique du monde » selon Staline, étend le suffrage universel à tous les citoyens de l'U.R.S.S., elle reconnaît la légitimité de l'État, qui n'est plus considéré comme une forme politique transitoire, et précise l'organisation de l'U.R.S.S. en 11 républiques fédérées. Toute une série de mesures – dans le domaine de la famille (interdiction de l'avortement en 1936, restriction du divorce), de l'organisation des grands corps (rétablissement des grades dans l'armée en 1935), de la culture (remise en valeur de la littérature russe classique, réhabilitation partielle de l'histoire impériale grand-russe) – marquent la mise en place d'un fort conservatisme social. La bipolarité consolidation/répression s'estompe fin 1938 avec la mise à l'écart de Iejov. À la veille de la guerre, le pouvoir stalinien est parvenu à détruire, dans le parti et dans le pays, tous les liens de solidarité personnels, professionnels et politiques : seul triomphe le principe d'allégeance absolu à la personne du guide suprême, Joseph Staline.

Le pacte germano-soviétique et la grande guerre patriotique

L'U.R.S.S., qui a rétabli ses relations diplomatiques avec l'Occident au milieu des années 1930 et qui y a orchestré la lutte antifasciste à partir de 1934, se tourne brutalement vers l'Allemagne, en août 1939, et conclut un pacte avec Hitler : les protocoles secrets du pacte germano-soviétique prévoient le partage de l'Europe orientale entre les deux puissances. C'est en vertu de ces protocoles que l'U.R.S.S. annexe, de septembre 1939 à août 1940, aidée en cela par l'offensive nazie, la Pologne de l'Est, la Carélie, les États baltes, la Bessarabie et la Bucovine du Nord.

   Le brusque revirement de l'Allemagne contre l'U.R.S.S., en juin 1941, marque l'entrée de l'U.R.S.S. dans la guerre, aux côtés des Alliés. L'opération Barbarossa, déclenchée le 22 juin 1941 par Hitler, prend Staline par surprise. En quelques semaines, les Allemands occupent l'Ukraine, la Biélorussie et menacent de prendre Moscou à l'automne. Dès l'été est signé un accord de coopération anglo-soviétique, tandis que les États-Unis accordent un premier prêt à l'U.R.S.S. Enfin, Staline réussit à mobiliser la population au service de la « grande guerre patriotique », en favorisant l'union nationale par des concessions, notamment dans le domaine religieux : l'Église orthodoxe peut se réorganiser légalement en 1943 ; l'islam soviétique est doté, en 1941, de quatre directions spirituelles.

   Après dix-huit mois de revers et de défaites, les Soviétiques remportent la difficile victoire de Stalingrad, en février 1943. Ce succès marque un tournant dans la guerre et le début de la contre-offensive décisive de l'Armée rouge pour la reconquête du territoire (victoire de Koursk en juillet 1943). À partir de 1944, l'Armée rouge participe à la libération de l'Europe occupée (Pologne, Roumanie, Hongrie, Bulgarie) et se lance dans la dernière bataille de Berlin (mars 1945), qui s'achève par la capitulation de l'Allemagne.

L'âge classique du stalinisme (1946-1953)

Grâce à sa participation à la victoire, le poids de l'U.R.S.S., qui a payé un très lourd tribut à la guerre, s'est considérablement accru sur la scène internationale. La participation des Soviétiques à la libération de l'Europe n'est pas sans contreparties. Dès 1944, l'Armée rouge reprend le contrôle des États baltes, de l'Ukraine polonaise et de la Bessarabie, qui sont intégrés à l'U.R.S.S. Fort des accords passés avec les Alliés au cours et à la fin de la guerre (conférences de Téhéran et de Yalta) et de la présence de l'Armée rouge dans les pays libérés, le pouvoir soviétique étend son influence à l'ensemble des États d'Europe centrale et orientale, entre 1945 et 1948. La constitution du bloc soviétique, déterminante dans la rupture avec les Alliés, est à l'origine de la guerre froide et de l'édification d'un monde divisé entre Est et Ouest qui, jusqu'à la fin des années 1980, conditionnera les rapports de forces internationaux.

   Sur le plan intérieur, le bilan de la guerre est particulièrement lourd : 26 millions de victimes, dont 13 millions de soldats, 25 millions de sans-abri. Au cours du conflit, l'emprise sur la société s'est relâchée : mais la répression n'est cependant pas en reste, elle s'est déplacée, touchant des peuples entiers accusés de collaboration avec l'ennemi. Dès 1944, les déportations des Tatars de Crimée, des Tchétchènes, des Ingouches, des Balkars, des Kalmouks, et d'autres peuples encore, grossissent les effectifs du Goulag de plus de un million de personnes. Dans l'après-guerre, les « nationalités » (peuples punis auxquels s'ajoutent les Baltes, les Ukrainiens et les Roumains, accusés de résistance nationaliste) composent la majorité de la population des camps. Le IVe plan quinquennal (1946-1950) entraîne une nouvelle mobilisation sociale pour la reconstruction du pays. En 1950, la production industrielle dépasse de 73 % celle de 1940, mais la production agricole atteint à peine celle enregistrée à la veille de la guerre. Cette période est marquée par le renforcement des contraintes idéologiques : l'exaltation du rôle de « peuple dirigeant » des Russes accompagne l'accroissement de la mainmise du centre sur les républiques ; la lutte contre les influences « décadentes » de l'Occident confirme la fermeture du pays ; enfin, la campagne contre le « cosmopolitisme », à partir de 1948, prend une tournure ouvertement antisémite, touche les cadres de Mingrélie – une région du sud de la Géorgie (1951) – et culmine avec le complot des « blouses blanches » : des médecins juifs furent accusés par Staline de tentative d'assassinat sur sa personne, peu avant sa mort, le 5 mars 1953.

Nikita Khrouchtchev et les limites de la détente

La disparition de Staline entraîne le passage rapide du totalitarisme à un régime autoritaire, témoignant de l'importance de la personnalité du chef dans le système de gouvernement mis en place entre 1930 et 1953. Les années Khrouchtchev sont synonymes de détente (sur le plan intérieur comme international), mais elles constituent aussi l'ultime tentative de mobilisation de la société pour la « construction du communisme ».

   En l'absence de tout candidat désigné par le guide, une lutte s'engage dès mars 1953 pour la succession au poste de Staline. La concurrence entre Gueorgui Malenkov et Nikita Khrouchtchev se dénoue finalement en faveur de ce dernier qui, dès 1956, sort l'U.R.S.S. du stalinisme. Malgré les affrontements internes, un consensus se manifeste très tôt sur l'assouplissement du régime : dès le 27 mars est décrétée l'amnistie de près de 900 000 personnes. Beria, ministre de l'Intérieur de Staline, est arrêté le 26 juin et exécuté. Sa disparition entraîne la réorganisation de son ministère, qui perd la gestion du Goulag. La police politique s'autonomise et prend le nom de Comité à la sécurité d'État (K.G.B.).

   L'avènement de N. Khrouchtchev est marqué par la réorientation de l'économie en faveur du développement de l'industrie légère et des biens de consommation. Cette politique, qui répond aux demandes tant de la population que des industriels, favorise aussi le relèvement des prix d'achat de la production agricole par l'État et provoque, par conséquent, la hausse des revenus des kolkhoziens. L'autre volet de la nouvelle orientation, lancé en mars 1954, concerne la mise en valeur des « terres vierges » au nord du Kazakhstan, en Sibérie, et dans l'Altaï ; 37 millions d'hectares sont ainsi mis en culture : l'opération, payante à court terme (ces terres fournissent la moitié de la récolte de 1956), reste cependant difficile à gérer, car les nouvelles terres sont tributaires d'importants investissements et particulièrement vulnérables au climat difficile des régions.

   Le XXe Congrès du P.C.U.S., en février 1956, consacre une étape décisive dans la politique extérieure et intérieure de l'U.R.S.S. Sur le plan international, N. Khrouchtchev y présente sa doctrine de « coexistence pacifique », qui annonce la détente des relations avec l'Ouest et la fin de la guerre froide. Sur le plan politique, N. Khrouchtchev prône un retour au léninisme. Mais c'est la divulgation, devant les seuls délégués soviétiques, les 24 et 25 février, du « rapport secret », qui fait de ce Congrès un événement sans précédent et scelle la rupture avec le stalinisme. N. Khrouchtchev y dénonce le « culte de la personnalité » de Staline et rejette la responsabilité des nombreux excès passés, non sur le parti, mais sur la seule personne de son chef. Rapidement divulgué en U.R.S.S. et hors du pays, le rapport crée un choc sans précédent, en particulier dans les démocraties populaires agitées par les révoltes polonaise et hongroise. Les remous importants suscités par le rapport secret, au sein du parti, vulnérabilisent la position de N. Khrouchtchev, qui reprend cependant l'avantage en obtenant du Comité central la condamnation du « groupe anti-parti » et l'exclusion de Molotov, Malenkov et Kaganovitch, en 1957.

Le dégel culturel et social

L'équipe poststalinienne mène, sur le plan culturel et social, une politique plus libérale, tout en réactivant le mythe de la construction du communisme. N. Khrouchtchev rétablit une plus grande autonomie syndicale, baisse la durée du travail et dépénalise les relations de travail ; il lance un vaste programme de construction de logements, permettant, avec la hausse du niveau de vie (+6 % par an), de s'assurer un fort soutien dans la société. Le système carcéral retrouve sa fonction régulatrice, la majorité des détenus étant des droits communs. Cependant, N. Khrouchtchev relance, à partir de 1957, les méthodes de mobilisation des masses, prônant le rattrapage et le dépassement des États-Unis. Sur le plan culturel, la déstalinisation s'exprime de façon spectaculaire dans un premier temps, à travers la parole retrouvée. Mais les limites au dégel culturel se font rapidement sentir, en particulier lors de l'interdiction faite à Boris Pasternak de publier le Docteur Jivago et de recevoir le prix Nobel en 1958. L'affaire Pasternak précipite une crise de conscience de l'intelligentsia. C'est à la fin des années 1950 qu'apparaissent les premiers mouvements dissidents (divulgation, notamment, de samizdats). Après le XXIe Congrès du parti (1959), la ligne « dure » se confirme : le mythe de l'édification du communisme donne lieu à plusieurs campagnes idéologiques et, notamment, à une forte offensive antireligieuse.

Vers la chute de Khrouchtchev

La période 1958-1964, après les cinq années de croissance qui viennent de s'écouler, est marquée par des difficultés importantes. Les récoltes catastrophiques du maïs, planté dans les nouvelles terres, sont ressenties comme l'échec de la campagne de défrichement : à partir de 1960, la crise de l'agriculture est patente et l'U.R.S.S. est contrainte d'importer pour 1 milliard de dollars de céréales en 1963. La hausse des prix alimentaires suscite des protestations, voire des émeutes dans le monde ouvrier. Sur le plan politique, la nouvelle offensive antistalinienne, lancée par N. Khrouchtchev lors du XXIIe Congrès, en 1961, accroît l'opposition au sein du parti. La nomenklatura, inquiétée dans ses prérogatives par les ambitieux projets khrouchtchéviens (réorganisation, notamment, du parti en deux branches, industrielle et agricole), se désolidarise du secrétaire général. C'est finalement une révolte des appareils qui aboutit à la destitution de Khrouchtchev, annoncée par communiqué, le 14 octobre 1964, dans l'indifférence d'une société soviétique déçue dans ses espoirs nés de la déstalinisation.

Brejnev et les années de stagnation

Pour la première fois dans l'histoire de l'U.R.S.S., le règlement de la succession a été prévu lors de la destitution de N. Khrouchtchev, avec la nomination de Leonid Brejnev comme premier secrétaire du parti. L'ère brejnévienne, qui dure près de vingt ans, est caractérisée à la fois par une stagnation politique et économique et par la transformation de la société qui acquiert, de fait, une certaine autonomie face à l'État. La nouvelle équipe dirigeante opte pour le conservatisme politique, tout en recherchant une meilleure efficacité sur le plan économique. Malgré de réelles divergences sur les choix de développement, le gouvernement centre tous ses efforts sur le maintien d'un compromis. Il privilégie la stabilité des cadres, l'enracinement local des bureaucraties et assoit sa cohésion sur la généralisation du clientélisme. Les années 1970 marquent l'âge d'or de la nomenklatura, vaste réseau de potentats locaux qui, du centre aux périphéries, se constitue par un système de parrainage et s'appuie sur des intérêts convergents. Cette nouvelle « féodalité soviétique » se traduit politiquement par la présence majoritaire des cadres régionaux au sein du Comité central. Au cours de cette décennie, un culte dérisoire est rendu à la personnalité vieillissante de Leonid Brejnev, qui incarne la solidarité d'une nomenklatura docile.

   Jusqu'au début des années 1970, des efforts sont tentés pour rationaliser le système productif. Les entreprises obtiennent une certaine marge de manœuvre, les ouvriers étant incités à produire plus, grâce à des « fonds de stimulation ». Alekseï Kossyguine se fait l'ardent partisan du développement de l'industrie légère et de l'amélioration qualitative de la production. Mais, à partir de 1972, la ligne défendue par Leonid Brejnev et Mikhaïl Souslov, prônant la priorité à l'industrie lourde, en particulier dans le domaine militaire, est adoptée et confirmée par le Xe plan quinquennal (1976-1980), qui prévoit, outre le renforcement du complexe militaro-industriel, le développement du front pionnier énergétique en Sibérie, afin de stimuler l'exportation de matières premières et de favoriser l'importation de technologies occidentales.

   Le bilan des tentatives de rationalisation de la production est négatif ; les mesures incitatives sont freinées par le renforcement de la bureaucratie. Dans le secteur industriel, la situation de sous-emploi de la main-d'œuvre conduit à une baisse de production. La consommation stagne, la pénurie des biens de consommation s'installe. La situation du secteur agricole est encore plus catastrophique : le manque d'infrastructures de transport, l'échec de la campagne des terres vierges conduisent le pays à importer massivement les céréales (40 millions de tonnes par an entre 1979 et 1984). Les mesures mises en place par le gouvernement en faveur des kolkhoziens ne parviennent pas à enrayer l'exode rural, ni à augmenter la production.

Les mutations sociales

La nouvelle Constitution de 1977, élaborée durant 15 ans, abandonne le mythe du passage au communisme et de la fin de l'État, au profit du nouveau concept de « socialisme développé » ; l'État devient « l'État du peuple tout entier ». La volonté proclamée d'inclure la société dans les affaires du pays est en contradiction avec l'affirmation du rôle dirigeant du parti. Toutefois, le développement de nouvelles structures socioculturelles favorise l'apparition de quelques champs d'autonomie sociale. Au cours de ces décennies, la société soviétique connaît une profonde transformation : ralentissement de la croissance démographique, accroissement important du taux d'urbanisation et hausse du niveau de l'éducation. C'est l'émergence de cette société urbaine cultivée qui est à l'origine de nouvelles « structures informelles », voire de la constitution d'une opinion publique. L'adhésion au parti ne représente plus qu'un passeport pour l'accès à une carrière digne de ce nom. La contestation du régime change, elle aussi, de nature dans les années 1970. La dissidence, qui se fonde désormais sur le respect de la légalité du régime, se renforce grâce à la signature de l'Acte final des accords d'Helsinki, qui lui fournit un cadre juridique international de référence et de défense des droits de l'homme. Ainsi, l'exil du physicien Andreï Sakharov en 1980 et l'expulsion de l'écrivain Aleksandr Soljenitsyne, en 1974, suscitent de vives réactions à travers le monde.

   À la mort de Leonid Brejnev, en novembre 1982, l'impasse économique dans laquelle se trouve le pays est patente. Le bref intermède Andropov-Tchernenko (le premier reste en fonction 14 mois, avant de mourir, et le second 13 mois) n'est marqué que par quelques velléités de lutte contre la corruption, dans un contexte de déstabilisation lié aux très fortes tensions internationales, ainsi qu'à l'enlisement de l'intervention en Afghanistan – l'armée soviétique y affronte les moudjahidin entre 1979 et 1989.

Gorbatchev et l'effondrement de l'U.R.S.S

L'élection de Mikhaïl Gorbatchev, le 11 mars 1985, au poste de secrétaire général du P.C.U.S., ouvre une nouvelle période, la dernière dans l'histoire de l'U.R.S.S., caractérisée à la fois par une forte volonté réformiste « d'en haut », visant à rendre plus efficient le système soviétique existant, et par une radicalisation incontrôlée « d'en bas », en réponse à l'ouverture politique, qui entraînera, au terme de six années de perestroïka, l'effondrement de l'U.R.S.S.

   Le gouvernement formé par M. Gorbatchev est constitué de personnalités acquises à l'urgence de réformes : le « rapport de Novossibirsk », publié dès 1983, montrait déjà officiellement les déficiences, nombreuses, du système. Mais, dans l'esprit de la nouvelle équipe, il devient évident que de nouvelles réformes structurelles ne peuvent être conduites sans l'adhésion de la société. En 1986, les orientations du groupe gorbatchévien se précisent avec la mise en avant de deux mots d'ordre : la « perestroïka » (restructuration), qui vise à la réforme du système, et la « glasnost » (transparence), qui marque la volonté de ne plus masquer les réalités et d'engager un nouveau dialogue social. Cependant, une fois lancé, le mouvement déborde très vite la direction gorbatchévienne.

   La glasnost conduit très rapidement à la remise en cause de la légitimité du pouvoir, notamment à travers la relecture du stalinisme puis de la Révolution. Aux côtés des débats historiques, les domaines les plus divers, tels que l'écologie, l'idéologie, la politique des nationalités, prennent le devant de la scène. Les revendications nationales se multiplient : à la fin des années 1980, la commémoration du pacte germano-soviétique dans les trois républiques baltes donne une impulsion décisive aux forces centrifuges. Le pluralisme des opinions, encouragé par la glasnost, pose la question de leur expression politique. Mais Gorbatchev prône d'abord des réformes économiques. L'équipe dirigeante casse les mécanismes de l'économie planifiée, mais ne parvient pas à définir une alternative cohérente, et procède par demi-mesures. Le développement, encouragé, de l'autonomie des entreprises est entravé par le maintien d'un fort contrôle. Par ailleurs, le gouvernement ne réussit pas à formuler des propositions susceptibles d'insuffler de nouvelles motivations chez les travailleurs. L'échec des réformes économiques, perceptible dans le quotidien des citoyens, éclipse la portée des réformes politiques d'importance, celles-ci sont également pénalisées par le maintien du rôle dirigeant du parti. Néanmoins, les réformes institutionnelles, telle la création du Congrès des députés du peuple, élu en partie au suffrage universel direct, donnent une certaine visibilité aux multiples comités, groupes, embryons de partis politiques nés des micro-univers de la décennie précédente. Cette démocratisation par le bas met en lumière le caractère partiel de l'ouverture politique de l'équipe dirigeante. À partir de 1990, la question du pluralisme finit par être ouvertement posée lorsque Boris Ieltsine, l'un des principaux dirigeants du P.C.U.S., quitte le parti avec fracas.

   

Les atermoiements du gouvernement à l'intérieur du pays contrastent avec ses initiatives radicales sur le plan international. De nouveaux axes de la politique soviétique se dégagent : volonté d'atténuer les tensions Est-Ouest, en engageant de nouvelles négociations sur le désarmement et en mettant fin aux conflits régionaux ; intensification des échanges économiques. La reprise du dialogue avec l'Occident progresse rapidement et culmine lors des révolutions de 1989, dans les États satellisés par l'U.R.S.S. Le désaveu des gouvernements communistes dans les démocraties populaires, qui s'opère par la négociation ou la violence, est marqué par le laisser-faire de l'U.R.S.S. En 1990, la popularité extrême de Gorbatchev sur la scène internationale est à la mesure de la désaffection qu'il suscite dans l'opinion publique soviétique. Au cours des années 1990-1991, les tensions se multiplient. La proclamation de l'indépendance de la Lituanie encourage les revendications des autres républiques et rejoint les aspirations à une véritable alternance démocratique que permet le vote, par le Congrès, de l'abrogation du rôle dirigeant du P.C.U.S (article 6 de la Constitution). L'année 1991 précipite la fin de l'U.R.S.S. : B. Ieltsine, élu triomphalement à la tête de la Russie au suffrage universel, en juin, incarne une nouvelle légitimité face à M. Gorbatchev. Devant l'accélération des événements, qui menacent la cohésion de l'U.R.S.S., les éléments les plus conservateurs du parti fomentent un coup d'État qui échoue au bout de trois jours (19-21 août). La résistance conduite par B. Ieltsine, soutenu par l'opinion et la majorité de l'armée, relèguent M. Gorbatchev dans l'ombre. La tentative de putsch accélère le mouvement de sécession des républiques et la défection des membres du parti. Lorsque M. Gorbatchev démissionne de ses fonctions, le 25 décembre, l'U.R.S.S. n'existe déjà plus.

La politique extérieure de l'U.R.S.S

Une lente intégration dans la communauté internationale

Après la Première Guerre mondiale, l'Union soviétique, première patrie du socialisme, fait figure d'État isolé sur la scène internationale. À l'exception notable de l'Allemagne, avec laquelle elle noue des relations durables à partir de 1922, la normalisation de ses liens avec les grandes puissances – son existence est reconnue de jure par la France et la Grande-Bretagne en 1924 –, reste longtemps formelle. Les dirigeants soviétiques, tout en cherchant à établir des relations diplomatiques avec les autres États, ne cachent pas leur ambition de promouvoir un nouvel ordre mondial fondé sur le marxisme. La création de la IIIe Internationale (Komintern) en 1919 est, en effet, progressivement marquée par l'emprise de Moscou sur les jeunes partis communistes occidentaux, dont l'U.R.S.S. constitue le modèle. Le poids du double jeu soviétique dans les relations avec les pays occidentaux s'estompe cependant lors de l'arrivée de Hitler au pouvoir. La nouvelle menace que représente l'Allemagne nazie entraîne le rapprochement de l'U.R.S.S. avec les grandes puissances, qui se concrétise par son entrée à la Société des Nations en 1934. Mais ce front commun reste fragile. La faiblesse des démocraties face à l'expansionnisme allemand, en particulier lors de l'annexion de l'Autriche en 1938, conduit peu à peu l'Union soviétique à un revirement d'alliance.

La Seconde Guerre mondiale et la guerre froide

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, malgré la force des antagonismes idéologiques, l'U.R.S.S. stalinienne se tourne vers son premier allié historique et signe avec l'Allemagne un pacte de non-agression (23 août 1939), dont les protocoles secrets prévoient le partage de l'Europe orientale entre les deux puissances (pacte germano-soviétique). L'U.R.S.S. se tient dès lors hors du conflit mondial jusqu'à l'invasion surprise des armées allemandes qui pénètrent en territoire soviétique le 22 juin 1941. L'agression du IIIe Reich détermine le basculement de l'U.R.S.S. dans le camp des Alliés et entraîne sa participation décisive à la libération de l'Europe à partir de 1944 (guerre germano-soviétique). Mais la contribution soviétique à la victoire sur l'Allemagne nazie ne se fait pas sans contrepartie. La présence de l'Armée rouge jusqu'à Berlin permet à Moscou, après les accords de Yalta (février 1945), d'assurer sa mainmise sur l'Europe orientale, avec la création, en 1947, du Kominform, et l'organisation, entre 1946 et 1949, de gouvernements communistes dans les États de la région. Le camp des vainqueurs se déchire ainsi au cours de l'immédiat après-guerre à travers la soviétisation de l'Europe de l'Est et le rôle désormais prépondérant des États-Unis dans la sphère occidentale. Par ailleurs, l'U.R.S.S. signe en février 1950 un traité d'amitié et d'assistance mutuelle avec la Chine. L'antagonisme des deux grandes puissances détermine la réorganisation des relations internationales autour de la bipolarité Est-Ouest, dans un climat de guerre froide qui dure jusqu'au milieu des années 1950.

Les difficultés de la coexistence pacifique

La mort de Staline, en 1953, et le dégel khrouchtchévien conduisent à une première détente qui, sous le nom de coexistence pacifique, marque l'établissement de nouvelles règles de statu quo. L'hégémonie de l'U.R.S.S. en Europe orientale ne se desserre pas pour autant, comme le montrent la signature, en mai 1955, du pacte de Varsovie avec sept démocraties populaires et l'intervention de l'armée soviétique à Budapest lors de la révolution hongroise de 1956, puis en Tchécoslovaquie en 1968. Parallèlement, l'Union soviétique développe son influence internationale en soutenant les pays du tiers-monde récemment décolonisés, mais ses rapports avec la Chine se détériorent à partir de 1955, jusqu'à la rupture en 1961. La confrontation Est-Ouest se poursuit indirectement, notamment au Viêt Nam et à Cuba, où l'U.R.S.S., qui soutient militairement le régime de Fidel Castro, installe des missiles en 1962, provoquant une grave crise internationale.

Vers la détente

Au début des années 1970, la quête d'un équilibre, de part et d'autre, se concrétise par plusieurs accords sur la limitation des armements (accords SALT de 1972 et 1979) et par la conférence d'Helsinki (1975) sur la sécurité et la coopération en Europe, qui marque le point d'orgue de la détente. Les pays occidentaux y avalisent l'influence soviétique sur l'Europe de l'Est, mais l'U.R.S.S. s'engage de son côté à respecter les droits de l'homme et les libertés fondamentales. La fin de la décennie est cependant ternie par l'intervention soviétique en Afghanistan (1979) qui entraîne un nouveau durcissement des relations internationales.

   Celui-ci ne s'estompe qu'à partir de la seconde moitié des années 1980, à la faveur des changements politiques intervenus à Moscou. Mikhaïl Gorbatchev s'impose, en quelques années, comme le plus ferme partisan de la réduction des armements. Le dialogue avec les États-Unis reprend à partir de 1985 (aboutissant notamment, en 1987, à la signature d'un accord sur l'élimination des missiles à moyenne portée en Europe). Le retrait soviétique d'Afghanistan (1988-1989), la non-intervention de l'U.R.S.S. face à l'implosion des régimes communistes en Europe centrale et orientale (1989), ainsi que la normalisation des relations avec la Chine matérialisent la nouvelle donne soviétique. Mais une fois engagée sur la voie des réformes et l'abandon de son hégémonie, l'U.R.S.S. se trouve elle-même confrontée à sa désagrégation interne.

CINÉMA

Le régime soviétique a accordé une place de choix à l'art cinématographique, en particulier au cours de ses dix premières années d'existence. La phrase de Lénine, « le cinéma est pour nous, de tous les arts, le plus important », a fait le tour du monde. Et le chef-d'œuvre d'Eisenstein, le Cuirassé Potemkine, réalisé en 1925, figure toujours au premier rang du panthéon des historiens du cinéma.

L'héritage du cinéma de la Russie tsariste

La célébrité mondiale du cinéma soviétique révolutionnaire a cependant masqué l'existence, sous le régime tsariste, d'un riche cinéma russe, aujourd'hui redécouvert par les cinémathèques. Des titres majeurs produits avant la révolution de 1917, on retiendra Anna Karenine de Vladimir Gardine (1914), la Dame de pique de Jacob Protazanov (1916), le Père Serge d'Andreï Kojoukhov (1917). Ievgueni Bauer est sans doute le réalisateur le plus original de cette période (la Vie dans la mort, 1914 ; le Tocsin, 1917).

Les difficiles débuts du cinéma soviétique

La révolution d'Octobre et, plus encore, la guerre civile qui la suit entravent pendant quatre années la production cinématographique, réduite pour l'essentiel aux documentaires d'actualité (« Actualités révolutionnaires » de Dziga Vertov et Édouard Tissé). En août 1919, le gouvernement bolchevique décide la nationalisation du cinéma. La production de films augmente alors rapidement (11 en 1921 ; 157 en 1924). Une génération de très jeunes cinéastes prend les commandes. Lev Koulechov fonde la première école de cinéma du monde en 1919 (le VGIK) et élabore ses théories du montage dans son Laboratoire expérimental. Le nouveau cinéma soviétique bénéficie des expériences fort nombreuses des avant-gardes artistiques qui ont marqué les dernières années du tsarisme (futurisme et constructivisme dans les beaux-arts, formalisme en littérature...).

Dziga Vertov

Le cinéaste qui s'impose le premier est incontestablement le documentariste Dziga Vertov, responsable du magazine Kino-Pravda (« Cinéma-Vérité »). Vertov prône un radicalisme révolutionnaire en esthétique et bannit la fiction comme les acteurs professionnels. Après 1925, il monte de grands documentaires, comme la Sixième Partie du monde (1926), et réalise à la veille du parlant son chef-d'œuvre, l'Homme à la caméra (1929), film-manifeste d'un brio extraordinaire.

Eisenstein, Poudovkine, Dovjenko et les autres

La seconde partie des années 1920 voit une explosion de films remarquables, qui vont connaître une diffusion internationale malgré leur discours subversif. Trois fortes personnalités s'affirment alors : Sergueï M. Eisenstein, Vsevolod Poudovkine et l'Ukrainien Aleksandr Dovjenko, le cinéaste le plus lyrique des trois. Eisenstein réalise son premier film, la Grève (1924), à l'âge de vingt-six ans, mais c'est son deuxième long métrage, le Cuirassé Potemkine, qui lui apporte la renommée internationale. Ce film révèle au monde l'école soviétique, dont l'esthétique est fondée sur le montage pathétique ; la remarquable mise en scène du massacre des manifestants sur les immenses escaliers d'Odessa a apporté la preuve, pour les intellectuels des années 1920, que le cinéma pouvait égaler les autres arts. Eisenstein réalisera ensuite un film encore plus ambitieux, Octobre (1927), pour célébrer le dixième anniversaire de la révolution de 1917. La narration des films de Poudovkine est plus linéaire, mais ce cinéaste sait également faire appel au montage métaphorique dans de grandes séquences spectaculaires comme la débâcle des glaces dans la Mère (1926), les manifestations dans la Fin de Saint-Pétersbourg (1927), la charge finale à travers la Mongolie dans Tempête sur l'Asie (1929). C'est la terre ukrainienne qui inspire la démarche panthéiste de Dovjenko dans sa célèbre trilogie (Zvenigora, 1928 ; Arsenal, 1929 ; la Terre, 1930).

   Ces trois noms ne sauraient éclipser la dizaine d'autres cinéastes qui signent alors des œuvres d'une grande originalité formelle, comme Grigori Kozintzev et Leonid Trauberg, créateurs de la FEKS (Fabrique de l'acteur excentrique) et coréalisateurs des Aventures d'Octobrine (1924) et de la Nouvelle Babylone (1929), ou bien Lev Koulechov (les Aventures extraordinaires de Mister West au pays des Bolcheviks, 1924 ; Dura Lex, 1926).

De l'arrivée du parlant aux années 1930

Le parlant marque un coup d'arrêt dans ces expériences formelles, d'autant plus qu'il correspond à une période de mise au pas idéologique et esthétique. C'est le moment où triomphe le dogme du « réalisme socialiste », avec son héros positif et son retour à la narration traditionnelle. Tchapaïev (1934), film des frères Vassiliev, est le porte-étendard de cette nouvelle esthétique. Les techniques du cinéma sonore tarderont plus de cinq ans à se mettre en place sur le territoire soviétique, permettant à certains cinéastes de produire des films muets jusqu'en 1934 (Boule de suif, de Mikhaïl Romm). Bien que le récit épique domine alors la production, certains auteurs signent des comédies très originales, comme Boris Barnet (Au bord de la mer bleue, 1935). Une nouvelle génération de réalisateurs entreprend des fresques sociales assez réussies, telle la trilogie de l'Enfance de Gorki (1938-1940), de Marc Donskoï. La période se termine avec Alexandre Nevski (1938), épopée-opéra nationaliste que signe Eisenstein.

Censure et cinéma de l'exil

Les dernières années du règne de Staline marquent une régression quantitative et qualitative de la production cinématographique, laquelle redémarrera après 1954 pour se stabiliser dans les années 1960 à environ 120 films par an. La génération des premières années 1960 rompt avec le dogme du réalisme socialiste pour décrire avec plus d'authenticité la destinée individuelle de ses personnages. Quelques personnalités s'affirment alors, comme Grigori Tchoukraï (le Quarante et Unième, 1956 ; la Ballade du soldat, 1959), Mikhaïl Kalatozov (Quand passent les cigognes, 1957), Mikhaïl Romm (Neuf Jours d'une année, 1961). Mais, quelques années plus tard, la censure d'État entrave le développement d'œuvres fortes comme celle d'Andreï Tarkovski, malgré le triomphe international d'Andreï Roublev (1966), et celle de Sergueï Paradjanov (les Chevaux de feu, 1965 ; Saïat-Nova, 1968). Tarkovski sera contraint à l'exil en 1984. Il réalisera en Italie Nostalgia (1983), et en Suède le Sacrifice (1986). Paradjanov sera emprisonné au milieu des années 1970, avant de réaliser, une fois réhabilité, un nouveau chef-d'œuvre, la Légende de la forteresse de Souram (1984).

Les dernières années avant la fin du régime

Dans la période 1970-1990 se sont distingués au moins deux auteurs, qui ont cumulé de nombreux prix dans les festivals internationaux : Andreï Mikhalkov-Konchalovsky et son frère Nikita Mikhalkov. Le premier a réalisé en U.R.S.S. le Bonheur d'Assia (1966), Oncle Vania (1970) et Sibériade (1979) avant de tourner Maria's Lovers (1984) et Runaway Train (1985) aux États-Unis et, en 1992, une coproduction italo-russe en langue anglaise, le Cercle des intimes. Nikita Milkhalkov s'est spécialisé dans les adaptations littéraires, qu'il a d'abord réalisées en U.R.S.S. : Partition inachevée pour piano mécanique (1977, d'après Tchekhov), Cinq Soirées (1979). Un autre film, les Yeux noirs (1986), également inspiré de Tchekhov, a été tourné en Italie. Enfin, l'œuvre de Pavel Lounguine (Taxi Blues, 1990 ; Luna Park, 1992) témoigne, par son désarroi et sa violence, de l'état d'esprit du cinéma russe contemporain.

   L'effondrement du régime soviétique a entraîné une crise sans précédent des structures de production et le départ à l'étranger, notamment aux États-Unis, de nombreux cinéastes qui ne trouvaient plus de producteurs ni de commandes d'État. Le cinéma en Russie et dans les anciennes Républiques soviétiques est aujourd'hui une industrie sinistrée.

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