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stalinisme

Joseph Staline
Joseph Staline

Théorie et ensemble de pratiques développées par Staline en URSS de 1924 à 1953, dans le mouvement communiste international à la même époque et, après la Seconde Guerre mondiale, dans les « démocraties populaires » des pays d'Europe de l'Est.

La spécification du stalinisme a varié suivant les auteurs, acteurs de l'histoire ou historiens et universitaires, et le contexte sociopolitique de leur analyse. Pour le révolutionnaire Trotski, le stalinisme est une « dégénérescence bureaucratique » du socialisme ; pour le dirigeant du parti, Khrouchtchev, qui succède finalement à Staline, c'est principalement le culte de la personnalité, mais ne remet pas foncièrement en cause la légitimité du système politique mis en place par Staline ; pour la philosophe Hannah Arendt, le stalinisme est un totalitarisme, socialiste de nom, qui s'est constitué face aux totalitarismes fascistes, de type mussolinien et hitlérien, en retrouvant certaines de leurs caractéristiques ; pour d'autres enfin, il s'agit de la continuation naturelle du léninisme (→ Lénine).

Le contenu idéologique du stalinisme ne se trouve pas dans un corpus théorique cohérent et préalable à sa mise en oeuvre par Staline. C’est plutôt la pratique stalinienne qui permet d’en dégager les grandes lignes :
– l'objectif du « socialisme dans un seul pays » (à la différence de Lénine et Trotski qui prônaient l’internationalisme et la révolution permanente) dans une vision de transformation complète de la société ;
– un régime autoritaire centralisé, organisé autour d’un chef (le Vojd, le guide), avec un parti unique « avant-garde du prolétariat » (selon la doctrine de Lénine) qui joue un rôle dominant dans la société, et s’appuyant sur un puissant appareil sécuritaire (police politique) ;
– une économie planifiée contrôlée par l’État, qui privilégie l’industrie lourde (y compris les capacités militaires), se traduit par la collectivisation forcée des campagnes, et implique la mobilisation des masses ;
– l’exaltation du travail (que Marx considérait comme une « aliénation ») et le dévouement du travailleur poussé au plus haut point (stakhanovisme) ;
– une hiérarchisation de la société (à la différence de l'égalitarisme qui prévalait sous Lénine), avec des catégories sociales différenciées suivant leurs contributions (privilèges pour l’élite bureaucratique, conditions très défavorables faites aux paysans) ;
– l’emploi de la force voire de la terreur comme système de gouvernement – de l’embrigadement et de la surveillance quotidienne de la population aux déportations massives et internements dans des camps de travail forcé, en passant par les procès de « traîtres » ou d’« ennemis du peuple » sur des accusations fabriquées de toutes pièces ;
– le culte de la personnalité du chef et la manipulation de l’histoire et de la réalité (par exemple, les problèmes économiques) par une propagande permanente, qui met à contribution tous les vecteurs de la communication et de la culture.

1. Les origines du stalinisme

1.1. Le poids du tsarisme

Au début du xxe siècle, la Russie est un pays arriéré sur bien des plans. Non seulement elle n’a jamais fait l’expérience du pluralisme politique et de la démocratie, mais elle s’est accoutumée depuis le xvie siècle au régime autocratique des tsars. Ces monarques absolus ont érigé en système de gouvernement l’élimination de toute forme d’opposition par la violence physique ou la déportation ; leur pouvoir repose sur le servage, dont l’abolition officielle en 1861 ne s’est accompagnée d’aucune émancipation réelle des paysans.

À ces handicaps, s’ajoute l’inexistence d’une véritable classe moyenne, du fait d’une industrialisation tardive et incomplète, et l’omniprésence d’une bureaucratie de fonctionnaires-petits chefs tout dévoués au pouvoir central. Cet héritage, la révolution socialiste de 1917 va en assumer le contenu, tout en abolissant ses apparences.

1.2. L’héritage marxiste-léniniste

Pour Marx, la dictature du prolétariat est une étape inéluctable et provisoire du processus historique, étape déterminée par la dialectique de la lutte des classes. Il n’est donc pas nécessaire de la provoquer : elle adviendra nécessairement. Mais au sein des partis marxistes apparus en Europe à la fin du xixe siècle se dégage une faction désireuse d’accélérer ce processus par l’intervention d’une élite militante.

Au parti ouvrier social-démocrate russe (POSDR), cette tendance, autour de Lénine, devient majoritaire (bolchevik, en russe) au congrès de 1903, malgré l’avertissement prophétique de Plekhanov : « En définitive, tout tournera autour d’un seul homme qui, ex providentia, réunira en lui tous les pouvoirs ».

Après la révolution d’Octobre, la confiscation de la dictature du prolétariat par le parti bolchevik se confirme et s’aggrave même en une dictature du bureau politique (→ Politburo) sur ce parti, dont est exclu tout « fractionnisme » à partir de 1921. Il ne reste plus, pour réaliser la prophétie de Plekhanov, qu’à voir un membre du bureau affirmer son arbitraire sur ce dernier.

1.3. Staline

Staline s’est lentement élevé au sein de la hiérarchie du parti jusqu’à en devenir secrétaire général en 1922. Sur bien des points, l’altération du régime bolchevik en un système totalitaire s’explique par sa personnalité : celle d’un homme marqué par la brutalité de son père et la rigueur du séminaire où il a fait ses études, un autodidacte d’une ambition forcenée, fasciné par le despotisme oriental et animé d’une jalousie morbide envers les vieux bolcheviks plus cultivés et plus larges de vue que lui, comme Zinoviev, Kamenev, Boukharine et Trotski, qu’il s’emploie jusqu’en 1928 à éliminer du bureau politique. À cette date, il est le maître de l’URSS.

Mais tout le stalinisme n’est pas contenu dans le seul Staline. Comme l’écrit Trotski : « Staline prit possession du pouvoir, non grâce à des qualités, mais en se servant d’une machine impersonnelle. Et ce n’était pas lui qui avait créé la machine, mais la machine qui l’avait créé ».

2. L’ère stalinienne (1928-1953)

Dès 1907, dans Anarchisme ou socialisme, Staline subordonne l'individu à la masse fondant ainsi théoriquement le volontarisme, qui prétend reculer les limites ordinaires des aptitudes humaines (et qui débouchera sur le stakhanovisme). D'autre part, il s'appuie sur les écrits de Marx ou de Lénine.

Mais le stalinisme paraît être d'abord un ensemble de pratiques destinées à assurer la pérennité au pouvoir d'un homme ou d'une équipe, et la théorie dépend volontiers du choix politique du moment. L'équipe dirigeante se maintient au pouvoir par la militarisation de la vie du Parti (l'inférieur est sous l'autorité du supérieur, les points de vue divergents ne peuvent s'exprimer librement, les décisions sont prises dans le secret), par la confusion entre le Parti et l'État à tous les niveaux, par la répression de masse.

2.1. Le « socialisme dans un seul pays » (1928-1941)

Absence de libertés individuelles, de liberté de la presse, interdiction de changer d'emploi sans autorisation, abolition de la propriété privée, familles responsables collectivement des actes d'un de leurs membres, etc. La dictature stalinienne s'installe au nom de la modernisation du pays et de la transformation radicale et immédiate de la société.

La planification et le contrôle de l'État sur l'économie. Tournant le dos à l’internationalisme révolutionnaire, Staline prône la construction du socialisme dans un seul pays, qu'il met en oeuvre par des mesures brutales réalisées à la hâte : collectivisation des terres, nationalisation des moyens de production, industrialisation forcenée, planification aux objectifs de plus en plus irréalistes, travail forcé, embrigadement des masses dans une « compétition socialiste » étroitement encadrée par le parti.

La mise en place d'un régime totalitaire. Au-delà du changement économique, le projet stalinien implique la création d'une nouvelle société politique. La population est embrigadée dans des organisations communistes (comme les Pionniers pour les enfants). Une propagande intense, par la radio, les affiches, la littérature, les arts et l'architecture, le cinéma (entièrement financé et contrôlé par l’État), exalte le travail, masque la réalité des problèmes économiques, manipule l'histoire.

Plus que le Parti, r la police politique (la Guépéou, puis le NKVD, à partir de 1934) est l'instrument privilégié sur lequel Staline s'appuie pour gouverner. La collectivisation accélérée, les grands travaux sont accomplis sous la pression violente de la Guépéou qui déporte les des millions de koulaks et ouvriers récalcitrants dans les camps de travail du Goulag. Staline élimine ou fait déporter aussi non seulement ses opposants (il n’y en a plus après 1933), mais tous les cadres et militants qui pourraient être tentés de créer une hiérarchie parallèle au sein du Parti ou de l’État. Purges massives, procès truqués : la « grande terreur » culmine entre 1936 et 1938.

Le culte de la personnalité. La propagande se montre particulièrement active au service du chef, dont la gloire est célébrée aussi bien par des poèmes que par les multiples portraits et statues envahissant l’espace privé comme l'espace public : le stalinisme s'exprime en effet à travers le culte de la personnalité du « petit père des peuples ». Dès son 50e anniversaire, en 1929, Staline, qualifié en 1934, au XVIIe congrès du parti, de « plus grand homme de tous les temps et de tous les pays », fait l'objet d'une grande vénération, qui sera régulièrement mobilisée (en 1936, en 1939 et encore 1949).

2.2. La « grande guerre patriotique » (1941-1945)

Après avoir été pris de court par l’offensive hitlérienne de 1941, Staline en appelle au patriotisme grand-russe, qui va donner au stalinisme, après les victoires de l’Armée rouge, la dimension internationale et impérialiste qui lui faisait défaut.

Pour en savoir plus, voir les articles guerre germano-soviétique, Seconde Guerre mondiale.

2.3. La restalinisation (1945-1953)

Quand la guerre s'achève, Staline, au sommet de sa gloire, resserre encore sa dictature sur l’État et le parti et entreprend la reconstruction du pays selon les principes appliqués avant 1941 et poussés désormais jusqu’à la caricature. Si l'industrialisation se poursuit, accroître la production agricole et encadrer la paysannerie est une préoccupation permanent du pouvoir. La guerre froide ouverte en 1947 contre les États-Unis implique un énorme effort d’armement.

L’impérialisme stalinien

Staline impose sa domination sur la majeure partie de l'Europe de l'Est, où se mettent en place des « démocraties populaires » calquées sur le régime soviétique, dirigées par des partis communistes eux-mêmes contrôlés par le Kominform, le « Bureau d'information » créé en 1947, qui vérifie leur soumission au dogmatisme stalinien, surtout après la rupture avec la Yougoslavie de Tito en 1949.

Pour en savoir plus, voir l'article URSS.

3. Le stalinisme après Staline

3.1. Le dégel et l'amorce de la déstalinisation

Après la mort de Staline (1953), sa dictature personnelle cède la place à une direction collégiale qui renonce à la terreur de masse et à l’élimination physique des opposants, ouvre les portes du Goulag, révise à la baisse les objectifs de la planification et met fin à la phase la plus aiguë de la guerre froide. C’est le dégel.

En 1956, au XXe Congrès du PC, le secrétaire général Khrouchtchev présente un rapport secret dans lequel il déclare : « Le but du présent rapport n'est pas de procéder à une critique approfondie de la vie de Staline et de ses activités. […] Ce qui nous intéresse, c'est de savoir comment le culte de la personne de Staline n'a cessé de croître, comment ce culte devint, à un moment précis, la source de toute une série de perversions graves et sans cesse plus sérieuses des principes du parti, de la démocratie du parti, de la légalité révolutionnaire. »

Le rapport s'appuie sur des documents de Lénine et de sa femme, Nadejda Kroupskaïa, mettant en évidence la grossièreté de Staline, puis montre les méthodes de lutte que ce dernier employait contre les opposants par le biais du NKVD, critique son rôle durant la Seconde Guerre mondiale, et enfin illustre sa paranoïa à travers le complot des blouses blanches.

3.2. Survivance du stalinisme

En URSS

Pour autant, le rapport secret est plus une dénonciation de Staline seul que du stalinisme, dont les autres aspects totalitaires ne sont pas remis en cause : dictature du présidium du comité central (ex-Politburo) sur le parti et sur l’État, planification autoritaire, embrigadement des masses dans les organisations du parti, internement des dissidents dans des hôpitaux psychiatriques.

Même la figure de Staline connaît une réhabilitation partielle après la chute de Khrouchtchev en 1964.

Dans les pays satellites

L’aspect impérialiste du stalinisme est celui qui se maintient avec le plus de netteté. Les « démocraties populaires », qui attendaient du dégel un relâchement de l’emprise soviétique, doivent déchanter après la répression qui touche Berlin en 1953, la Hongrie en 1956 et la Tchécoslovaquie en 1968 (→ printemps de Prague). Quant à l’Albanie, si elle rompt avec l’URSS en 1961, c’est au nom de Staline. Les régimes qui se maintiennent en Europe de l’Est jusqu’à la chute du mur de Berlin en 1989 sont ordinairement qualifiés de staliniens.

Et, malgré la disparition de l’URSS en 1991, la Russie n’a pas complètement renié les traditions d’autoritarisme étatique qui la caractérisaient à l’époque des tsars comme à celle de Staline.

Pour en savoir plus, voir l'article histoire de la Russie.

3.3. Les raisons de l'influence du stalinisme

L'influence du stalinisme, et elle a été indubitablement très large dans la durée comme dans l'espace, ne s'explique pas seulement, même en URSS, par la l'organisation d'un État coercitif, la répression ou la propagande. Sont également à considérer les résultats, les réalisations, dans les domaines économique – l'URSS devient alors une grande puissance industrielle et militaire –, et même social (amélioration de la santé publique, par exemple). Les bénéfices de la modernisation du pays se font sentir un peu partout (mécanisation et électrification y compris dans les campagnes). Certaines catégories sociales profitent des succès obtenus (privilégiés de la nombreuse nomenklatura bien sûr, mais aussi sportifs, ingénieurs, etc.), ce qui n'empêche évidemment pas l'immense majorité de la population de souffrir (pénuries alimentaires, logements insuffisants et insalubres...).

L'éducation, dans un pays initialement très arriéré, progresse de façon indéniable avec l'alphabétisation massive et les efforts de formation. Sur le plan culturel, malgré la censure et une conception uniformisante et réductrice (esthétique académique imposée du « réalisme socialiste »), les productions sont une fierté, d'ailleurs exploitée par le pouvoir. Le stalinisme trouve en outre un appui social en URSS dans la nouvelle classe ouvrière constituée après la guerre civile et culturellement peu évoluée, ainsi que dans les partis communistes « satellites » où l'ouvriérisme et la méfiance à l'égard des intellectuels se sont développés ; son pédagogisme simplificateur met à la portée de tous les principaux concepts de la pensée marxiste-léniniste et favorise l'idéal – le rêve – d'une société juste et sans classes.

Par ailleurs, l'énorme prestige de la révolution d'Octobre 1917, puis, après 1941, la participation de l'URSS à la Seconde guerre mondiale, avec le lourd tribut payé par le peuple soviétique à la victoire sur l'Allemagne nazie (20 millions de morts), et l'identification de Staline avec l'État soviétique ont joué fortement en faveur du stalinisme. Il y a aussi les intellectuels et artistes de l'Ouest, notamment français, qui se sont fait, parfois naïvement, l'écho sinon les porte-parole des réussites soviétiques – avant de perdre leur enthousiasme idéaliste au retour de voyages très encadrés en URSS (André Gide en 1936, Simone Signoret en 1957).

Enfin, il y a le relais des partis communistes, en dehors même de la zone d'influence directe de l'URSS. Si, après le XXe congrès du PCUS (1956), qui donne le signal de la déstalinisation, la plupart des PC ont rejeté les pratiques de répression de masse, d'autres éléments du stalinisme, en particulier la conception du parti et les modes de pensée, persistent. Sous la direction de Maurice Thorez, le PCF, qui dispose alors d'une audience importante en France, soutient largement la politique soviétique ; l'un des partis « frères » qui est allé le plus loin dans la répudiation du stalinisme est le parti communiste italien (PCI).