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camps de concentration

Le camp de concentration de Dachau
Le camp de concentration de Dachau

Camps dans lesquels sont rassemblés, sous la surveillance de l'armée ou de la police, soit des populations civiles de nationalité ennemie, soit des minorités ethniques ou religieuses, soit des prisonniers de droit commun ou des détenus politiques.

HISTOIRE

L'expression « camp de concentration » fait son apparition en Afrique du Sud pendant la guerre des Boers (1899-1902), lorsque les Britanniques ouvrent des camps pour y interner les familles des Boers en révolte. Mais c'est sous le régime nazi dans l'Allemagne des années 1930 que le système concentrationnaire connaît sa plus grande extension. Au xxe siècle, des camps de concentration, de « rééducation », de travail forcé… ont également été mis en place dans d'autres pays que ceux dominés par le IIIe Reich, notamment par des régimes totalitaires se réclamant du communisme.

1. Les camps de concentration nazis

Les camps de concentration allemands se distinguent des autres formes d'internement, même arbitraires ou politiques comme les goulags de l'Union soviétique, par les objectifs poursuivis, que l’écrivain italien lui-même déporté Primo Levi résume ainsi : « … à l'antique objectif visant à éliminer ou à terroriser l'adversaire politique, ils ont adjoint un objectif moderne et monstrueux, celui de rayer de la surface du globe des peuples entiers avec leurs cultures. […] En général, on entrait dans les camps de concentration allemands pour ne plus en sortir: il n'y était prévu d'autre issue que la mort. »

1.1. Les premiers camps

Dès l'arrivée au pouvoir du parti nazi, la SA (Sturmabteilung, section d'assaut) et la Gestapo (Geheime Staatspolizei, police secrète d'État) ouvrent une multitude de petits camps sauvages, qui ne dépassent jamais le millier de détenus, où elles internent sans procédure judiciaire les opposants avérés ou potentiels au national-socialisme.

Dès 1934, la Gestapo, en Prusse d'abord, puis dans les autres États du Reich, se préoccupe d'étatiser les camps d'internement qui ont proliféré et de mettre de l'ordre dans le système. Le modèle est le camp de Dachau, ouvert non loin de Munich par Himmler et Heydrich en mars 1933.

Peu à peu, les premiers camps sont dissous, et leur population transférée dans de vastes Konzentrationslager (abrégé officiellement en KL). Avant le déclenchement de la guerre sont ouverts les grands KL d'Oranienburg-Sachsenhausen (1936), non loin de Berlin, de Buchenwald (1937), près de Weimar, et de Ravensbrück (1939), destiné aux femmes.

Après le rattachement de l'Autriche à l'Allemagne, le camp de Mauthausen est ouvert près de Linz en Autriche. Chaque KL est doté d'un vaste réseau de camps satellites, les Kommandos extérieurs, qui tissent un maillage serré sur tout le territoire du Reich.

1.2. Buts et victimes

Ces camps sont destinés à rééduquer des condamnés de droit commun, mais surtout des Allemands antinazis : communistes et socio-démocrates (internés sans jugement en vertu du « décret pour la protection du peuple et de l'État » édicté par Hindenburg, le 28 février 1933, au lendemain de l'incendie du Reichstag) mais aussi Juifs, catholiques, protestants.

Les politiques portent un triangle rouge cousu sur leur uniforme. S'y ajoutent, dotés d'un triangle violet, les Témoins de Jéhovah, qui refusent le service militaire. Les conditions de vie dans les camps doivent rester secrètes. L'objectif est de terroriser non seulement les adversaires politiques du nazisme mais la société tout entière.

À partir de 1937, une nouvelle catégorie, internée cette fois par la police criminelle, fait son entrée dans les camps. Ce sont les « droit commun », les triangles verts, auxquels s'ajoutent l'année suivante les « asociaux », signalés, eux, par des triangles noirs : vagabonds, mendiants, souteneurs… Les homosexuels portent un triangle rose ; les Tsiganes en ont un marron ; les Juifs portent un triangle jaune sur lequel peut s'ajouter un triangle d'une autre couleur s'ils sont considérés comme politiques, asociaux ou émigrés (triangle bleu). Pour les non-Allemands, l'initiale de leur pays d'origine est imprimée sur leur écusson.

1.3. Administration

La garde de ces camps est confiée bientôt aux SS (Schutz Staffel, police militarisée du parti nazi, placée sous la direction de Himmler), et, à partir de 1938, seule la Gestapo a la faculté de décider les internements.

L'objectif de la SS est d'obtenir la déshumanisation totale du détenu. Dès son arrivée au camp, il est dépouillé de ses effets personnels, plongé dans un bain désinfectant, rasé sur tout le corps et doté d'un uniforme rayé, portant le triangle indiquant sa catégorie, ainsi que d'un numéro d'immatriculation qui remplace son nom ; à Auschwitz, le numéro est tatoué sur l'avant-bras gauche. Logeant dans des baraques surpeuplées, les blocks, il est réveillé à trois heures du matin, subit durant des heures des appels exténuants et, à peine nourri, doit rejoindre son Kommando. Le détenu travaille au fonctionnement du camp, dans les entreprises de la SS, ou pour la grande industrie allemande (IG Farben, Heinkel, etc.).

1.4. Une main-d'œuvre corvéable à merci

Avec la guerre et l'occupation d'une partie de l'Europe par l'armée allemande, la Wehrmacht, le système concentrationnaire nazi s'internationalise. Les camps se multiplient, où s'entassent Polonais, prisonniers de guerre russes (non protégés par les conventions de Genève que l'URSS n'a pas signées), résistants de toutes les nations occupées, déportés en application de l'ordonnance « Nacht und Nebel » (Nuit et brouillard).

Ces concentrations de masse ont pour but non seulement d'interner des ennemis, mais surtout de fournir à l'économie allemande une main-d'œuvre corvéable à merci et jusqu'à l'épuisement.

À partir de février 1942, lorsque s'engage la « guerre totale », la population concentrationnaire est mise au service de l'industrie de guerre. Les SS qui assurent l'encadrement des camps ne sont guère nombreux ; aussi s'appuient-ils sur les kapos, chefs de block redoutés qui sont choisis d'abord parmi les détenus de droit commun, puis, au fur et à mesure que la défaite allemande se dessine, parmi les politiques. La mortalité est effrayante : de 25 à 55 % selon les camps.

On estime actuellement que, entre 1939 et 1945, 1 650 000 personnes ont été déportées dans une douzaine de grands camps, répartis en Allemagne (Bergen-Belsen, Buchenwald, Dachau, Dora-Mittelbau, Flossenbürg, Gross-Rosen, Neuengamme, Oranienburg-Sachsenhausen), en Pologne mais aussi en Autriche (Mauthausen, Ravensbrück), en Bohême (Theresienstadt), en Alsace (Struthof) et dans les pays Baltes.

2. Les camps d'extermination

À cette « extermination par le travail » s'ajoute l'élimination systématique de groupes humains qualifiés de « races inférieures » : Juifs, Slaves, Tsiganes. Le terme hébreu de « Shoah » (anéantissement) désigne aujourd’hui l’extermination des Juifs.

L'année 1941 voit la création des camps d'extermination, uniquement destinés à éliminer physiquement et massivement ces populations. Au nombre de six, ils sont tous situés en territoire polonais : Bełżec, Chełmno, Sobibór, Treblinka ainsi qu'Auschwitz-Birkenau et Majdanek, ces deux derniers créés comme camps de concentration puis transformés en camps d'extermination.

La population déportée sert également de cobayes aux « expériences médicales » des médecins SS, sur le typhus, la stérilisation ou la résistance aux basses températures, par exemple. En effet, les nazis ont édicté le principe de « la vie indigne d'être vécue » au nom duquel ils ont fait procéder à des stérilisations coercitives et au meurtre d'enfants et d'adultes handicapés mentaux ou physiques. Les centres d'euthanasie, comme le château de Hartheim (près de Linz, en Haute-Autriche), servent pendant la guerre à gazer des détenus jugés « inaptes au travail », donc « indignes de vivre » la misérable vie qui est la leur au camp. Plus de 3 millions de Juifs furent éliminés dans les camps d'extermination, soit gazés soit abattus.

Le silence des Alliés

Dès 1942, les Alliés reçoivent des informations sur les massacres de Juifs et sur l'existence de chambres à gaz, notamment par les émissaires du gouvernement polonais en exil à Londres. En avril 1944, alors que commence la déportation de plus de 300 000  Juifs hongrois, deux Slovaques, Vrba et Wetzel, évadés d'Auschwitz, produisent un rapport décrivant avec une grande précision ce qui s'y passe. Pourtant, hors la décision rendue publique de juger après la victoire les responsables des crimes, les Alliés n'interviennent pas, donnant constamment la priorité aux objectifs militaires jusqu'à la fin de la guerre.

3. Un crime contre l'humanité

Les camps de concentration et d'extermination nazis constituent l'application la plus effroyable d'un système lié à une conception raciste et politique relevant d'une idéologie totalitaire. Selon le journaliste et sociologue allemand Eugen Kogon, ancien déporté qui a publié en 1946 l'État SS, l'effectif concentrationnaire aurait atteint le chiffre total d'au moins 10 à 12 millions de 1933 à 1945. On estime que plus de 5 millions de Juifs y ont trouvé la mort, ainsi que 800 000 détenus d'autres catégories auxquels il faut ajouter 300 000 morts lors des terribles évacuations de janvier à avril 1945, quand le Reich s'effondre sous les coups des armées alliées. Les Polonais forment avec les Soviétiques les groupes de victimes les plus nombreux.

Les survivants des camps ont abondamment témoigné, rédigeant notamment de très nombreux récits. Très vite pourtant, ils se sont heurtés à la surdité du monde et ont dû vivre sans pouvoir communiquer l'effroyable souffrance qui fut la leur.

Cependant, les Alliés avaient pris conscience de la spécificité absolue du génocide des Juifs et décidé de juger les responsables en créant la catégorie inédite du « crime contre l'humanité ». Le procès de Nuremberg, qui se déroula d'octobre 1945 à octobre 1946, voulut ainsi être à la fois œuvre de justice, d'histoire et de mémoire.

La mémoire

La mémoire s'exprime par de nombreux vecteurs : les mémoriaux, comme celui de la rue Geoffroy-l'Asnier à Paris ou le Monument du ghetto de Varsovie dédié au peuple juif ; le cinéma, avec, pour les camps de concentration, le moyen métrage d'Alain Resnais et Jean Cayrol, Nuit et Brouillard, et, pour le génocide, Shoah de Claude Lanzmann.

L'univers concentrationnaire est aussi à l'origine d'œuvres littéraires importantes, comme celles de David Rousset les Jours de notre mort (1947), de Robert Antelme l'Espèce humaine (1947), de Primo Levi Si c'est un homme (1947), d'Elie Wiesel les Juifs du silence (1966), de Jorge Semprun l'Écriture ou la Vie (1994).

Pour en savoir plus, voir l'article Shoah.

4. Autres camps de concentration nés de la Seconde Guerre mondiale

La Seconde Guerre mondiale amena d'autres gouvernements, même démocratiques, à ouvrir des camps pour y interner soit leurs nationaux opposés à la guerre ou des opposants originaires du pays ennemi, soit les ressortissants ennemis installés dans le pays.

Ainsi la France ouvrit dans les Pyrénées-Atlantiques le camp de Gurs, à l'origine pour interner le rescapés de l'armée républicaine espagnole, puis les membres du parti communiste dissous, enfin, sous le gouvernement de Vichy, les Juifs étrangers.

Aux États-Unis, 110 000 personnes environ, Japonais ou Américains d'origine japonaise, furent placées dans des camps sous surveillance de l'armée, de 1942 à 1945.

5. Camps de concentration communistes

En Russie soviétique, la déportation en Sibérie, héritée du régime tsariste, est systématisée après la révolution de 1917. De nombreux camps sont ouverts. Les uns sont destinés à isoler les « ennemis de la révolution » ; les autres, les camps de « travail correctif », visent à « rééduquer » par le biais du travail forcé les individus récalcitrants à la militarisaiton de l'économie du communisme de guerre. À l'époque stalinienne, les camps connaissent un très grand développement et apparaissent de plus en plus comme des rouages importants de l'économie soviétique, avec la généralisation du travail forcé (→ Goulag).

D'autres régimes, se réclamant du communisme, ont organisé des camps de « rééducation » (Cambodge, Corée du Nord, Viêtnam). Dans la République populaire de Chine, la réforme par le travail, le laogai, a atteint son grand développement dans les années 1958-1971.