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guerre civile d'Espagne

Barcelone, 1936
Barcelone, 1936

Conflit qui opposa de 1936 à 1939 le gouvernement républicain espagnol de Front populaire à une insurrection militaire et nationaliste dirigée par le général Franco.

La guerre civile espagnole (juillet 1936-mars 1939) fut sans aucun doute l'un des événements majeurs du xxe siècle. Ses conséquences et l'attitude des gouvernements européens pendant la guerre influèrent largement sur le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale et sur les formes qu'elle prit. La guerre d'Espagne fut un double « banc d'essai » : pour Hitler, celui d'unités et d'armements nouveaux ; pour Staline, celui d'une expérience politique et policière avortée, qui préfigura le destin des « démocraties populaires ».

1. Une République instable, un pays divisé

La seconde République espagnole, instaurée en 1931 après les élections municipales et le départ pour l'exil d'Alphonse XIII, ne sera jamais un régime parlementaire stable, mais une longue suite de conflits politiques qui ne pourront s'exprimer en dernier ressort que dans la guerre civile. Les gouvernements du centre tentent de se maintenir en évitant un basculement à gauche ou à droite. En 1932, déjà, le général Sanjurjo tente sans succès un coup d'État.

En octobre 1934, lorsque la droite entre au gouvernement, après son succès électoral de novembre 1933, les mineurs des Asturies se soulèvent et le gouvernement républicain envoie pour les réprimer la Légion étrangère espagnole, commandée par les généraux Franco et Goded – les mêmes troupes et les mêmes chefs qui vont se soulever contre la République.

La droite et la bourgeoisie sont terrorisées par l'existence de deux millions d'ouvriers anarchistes organisés dans la Confederación Nacional del Trabajo (CNT) [Confédération nationale du Travail], elle-même contrôlée par la société secrète de la Federación Anarquista Ibérica (Fédération anarchiste ibérique, FAI), que l'on sait armée, et dont les bastions stationnent à Barcelone et dans les campagnes d'Andalousie, de Castille et de Catalogne.

En Catalogne et au Pays basque, les mouvements qui réclament l'indépendance dans le cadre d'une république fédérale disposent d'un appui massif. Le parti socialiste, puissant, s'appuie sur la non moins puissante Unión general de trabajadores (UGT) [Union générale des travailleurs]. Le parti communiste, de moindre importance, s'exprime aux Cortes, le Parlement, par la voix de Dolorès Ibarruri, « la Pasionaria », et bénéficie, avant et pendant la guerre, du prestige grandissant de l'URSS.

Les élections de février 1936

Un nouveau parti fasciste, la Phalange, fondé par José Antonio Primo de Rivera, fils du dictateur déchu, se développe. Seule l'armée peut réaliser l'unité d'une droite divisée. Outre les phalangistes, la droite espagnole comprend des monarchistes partisans d'Alphonse XIII. On trouve aussi des carlistes – défenseurs d'un régime autoritaire et décentralisé que doit instaurer un autre prétendant issu de la famille royale espagnole (→ carlisme) –, populaires notamment en Navarre. Les catholiques enfin apportent leur soutien au parti parlementaire CEDA (Confederación española de derechas autónomas). L'UME (Unión militar española), qui rassemble les officiers de droite, prépare de façon permanente le coup d'État.

Devant la crise des gouvernements du centre, des élections sont fixées au 16 février 1936. Elles donnent la victoire au Front populaire contre le Front national (droite) et le centre. Mais la gauche manque d'un rassembleur politique, et les anarchistes de la CNT refusent le jeu électoral. Le gouvernement est entièrement formé de républicains des partis d'Azaña et de Martinez Barrio.

Aussitôt après les élections, qui se sont déroulées dans le calme, c'est un déchaînement de violence entre les « señoritos » de la Phalange, les « pistoleros » de la FAI et les jeunesses socialistes. Les corps de police s'affrontent entre eux, garde civile (droite) contre « asaltos » (gauche).

Les généraux, principalement Sanjurjo, réfugié au Portugal, préparent le coup d'État. Franco bénéficie pour sa part d'une grande popularité parmi les soldats d'élite de l'armée espagnole, dont beaucoup ont combattu sous ses ordres au Maroc entre 1921 et 1925.

2. Le soulèvement et les opérations militaires

L'assassinat (13 juillet 1936) par des « asaltos » du leader de la droite aux Cortes, José Calvo Sotelo, précipite le soulèvement, tandis que le leader socialiste Largo Caballero lance le mot d'ordre de « révolution prolétarienne ».

La rébellion militaire éclate au Maroc espagnol avec le soutien des troupes coloniales à la rébellion en Espagne. Les nationalistes, installés sur les deux rives du détroit de Gibraltar, peuvent faire passer en Andalousie leurs troupes, dont le général Franco prend la tête. Alors que le chef de la rébellion, Sanjurjo, trouve la mort dans un accident d'avion, le général Goded contrôle Majorque et le général Queipo de Llano s'empare de Séville.

En Espagne, l'insurrection est soutenue par la majorité des formations catholiques et nationalistes (monarchistes, requetés, Phalange).

Du côté gouvernemental, Madrid compte sur la majorité de l'aviation, des forces de police et des carabiniers. L'armée républicaine est surtout constituée par les milices ouvrières du Front populaire. Sur le plan militaire, cette guerre de 32 mois peut se diviser en quatre périodes.

2.1. Établissement d'un front continu (1936)

L'Espagne est rapidement coupée en deux et la répression s'abat d'un côté, sur les quartiers ouvriers (massacres de Séville et Grenade) et de l'autre, sur la bourgeoisie de droite – notamment à Barcelone, où les anarchistes vengent les leurs tués dans les durs combats du 19 juillet – et surtout sur le clergé.

L'Ouest (Galice, León, Navarre et une grande partie de l'Andalousie et de l'Estrémadure) tombe aux mains des franquistes, grâce notamment aux succès des généraux Gonzalo Queipo de Llano à Séville, Yagüe à Cordoue et Badajoz (14 août), Emilio Mola Vidal à Irún (5 septembre), Saint-Sébastien (13 septembre) et Oviedo (17 octobre), et des cadets de l'Alcázar à Tolède (assiégés et dégagés le 27 septembre par les troupes de Franco).

L'Est (Catalogne, Aragon, Valence et une grande partie de la Castille) demeure fidèle aux républicains, dont les armées, commandées par Rojo et José Miaja Menant, restent maîtresses de Barcelone, Madrid, Málaga, Santander, Valence.

2.2. Liquidation des poches nord et sud par les nationalistes (1937)

Les républicains résistent victorieusement à Madrid : alors que Franco a lancé quatre colonnes sur la capitale (c'est à cette occasion que naît l'expression « cinquième colonne », par allusion aux franquistes clandestins et armés dans Madrid), l'arrivée du matériel russe et des premières brigades internationales vient appuyer la défense de la ville par les miliciens. Les troupes de Franco, malgré des combats sans merci, ne dépassent pas le faubourg de Carabanchel et la Cité universitaire.

Les républicains attaquent à Brunete (5 juillet) et à Teruel (15 décembre) et font subir aux volontaires italiens un échec à Guadalajara (mars). Mais les franquistes s'emparent, au sud, de Málaga (10 février) et, au nord, de Bilbao (19 juin), de Santander (26 août) et de Gijón (19 octobre). Leurs offensives sont appuyées par des bombardements de terreur de la légion Condor (raid sur Guernica, en avril 1937).

2.3. Marche à la mer des nationalistes (1938)

Assuré de ses arrières, Franco dégage Huesca, s'empare de Lérida (3 avril), atteint la Méditerranée à Vinaroz (15 avril) et coupe ainsi le territoire républicain en deux.

2.4. Offensive nationaliste finale (1939)

Après la chute de Barcelone (26 janvier), l'internement de l'armée républicaine en France (5 février) et le blocage de la flotte à Bizerte (27 février) marquent la fin des opérations militaires. Les nationalistes occupent toute l'Espagne, et leur cinquième colonne leur livre Madrid (28 mars). L'Angleterre et la France reconnaissent le gouvernement de Franco.

3. Dimension internationale du conflit

Très meurtrière, cette guerre mit aux prises près de 800 000 nationalistes et un nombre équivalent de républicains. Après les premiers combats à l'Alto de León et à Somosierra, les républicains, comme les nationalistes, demandèrent des armes à l'étranger.

Hitler et Mussolini apportèrent à Franco une aide précieuse. L'Allemagne (légion Condor) et l'Italie (cinq divisions de Chemises noires) donnèrent leur appui militaire aux nationalistes et y expérimentèrent leurs matériels (chars d'assaut, avions…) et leurs procédés tactiques (bombardement en piqués, etc.).

Les républicains reçurent l'aide de l'URSS, de la Grande-Bretagne et de la France, et surtout des Brigades internationales : 35 000 volontaires de 50 nations, en majorité communistes. Pour autant, la République ne reçut que très peu d'aide du Front populaire ; Léon Blum, bien qu'il ait répondu positivement dès le 20 juillet 1936 à une demande d'assistance, dut faire marche arrière devant l'opposition de la droite, des radicaux (Édouard Herriot), du président modéré Albert Lebrun et du Royaume-Uni, et choisit, finalement, d'appliquer une politique de « non-intervention », permettant de bénéficier de l'aide des Britanniques face à l'Allemagne

L'aide soviétique aux républicains suivit toutes les volte-face de la politique de Staline : elle consista surtout en camions, en armes et munitions, en quelques blindés et en conseillers. Mais aux experts militaires russes s'ajoutèrent vite les experts policiers du NKVD, qui s'assura assez de pouvoir pour faire régner la terreur en tant que police politique – et d'abord dans les Brigades internationales, soumises à une discipline de fer, alors que souvent les volontaires n'avaient aucune expérience guerrière et faisaient preuve d'un idéalisme brouillon.

Les Brigades, formées à l'automne 1936, avaient pour but d’éviter que les volontaires étrangers ne rejoignent les rangs du POUM (Partido obrero de unificación marxista, parti ouvrier d'unification marxiste). Lorsque le NKVD eut assis son pouvoir en 1937, il entreprit la liquidation physique du POUM avant de s'en prendre aux anarchistes. Le parti communiste espagnol se trouva renforcé et il s'employa à contrecarrer la révolution sociale prônée par Largo Caballero et Federica Montseny, leader anarchiste.

La guerre d'Espagne fit plus d'un million de victimes : 145 000 morts, 134 000 fusillés, des représailles inexpiables des deux côtés, 630 000 morts de maladie. Plus de 400 000 Espagnols s'exilèrent ; le régime franquiste s'installa dans un pays ruiné.

L'évocation de certains épisodes de la guerre civile provoque encore, au début du xxie siècle, des tensions publiques dans la société espagnole.

Pour en savoir plus, voir l'article réconciliation nationale espagnole.