Région du nord-est de l'Espagne, entre les Pyrénées et le delta de l'Èbre, constituant une communauté autonome. Elle regroupe les quatre provinces de Barcelone, Gérone, Lérida et Tarragone.
Les divisions physiques mettent l'accent sur trois ensembles principaux, de la frontière au delta de l'Èbre : la chaîne des Pyrénées (dont le col du Perthus constitue le principal passage), peu peuplée ; la Catalogne littorale (la mer et la montagne dans un secteur touristique qui s'étale de la Costa Brava, au N., à la Costa Dorada, au S.) ; la Catalogne intérieure, ou centrale, qui passe vers l'ouest à la steppe aragonaise. Mais, désormais, l'organisation interne dépend surtout du poids de Barcelone, à la fois capitale administrative et grande région industrielle, qui concentre l'essentiel du dynamisme de la région. Les cultures sont variées et de qualité : vignoble, primeurs, vergers, élevage, avec des éléments de caractère méditerranéen ou de climat plus humide.
C'est peu de chose au regard de l'industrie, qui fait de la Catalogne un des pôles économiques de l'Espagne et le grand foyer d'attraction de la main-d'œuvre venue des provinces autrefois déshéritées du Sud. La tradition, née des activités commerciales, se perpétue avec le liège, les arts graphiques, le textile surtout (coton, laine, bonneterie). Le sous-sol ne donne guère que de la potasse. Il s'agit avant tout d'industries de transformation : constructions mécaniques (automobile), produits chimiques et alimentaires. L'essentiel se concentre sur le « Grand Barcelone », dans le Vallés, prolongé par l'axe de l'autoroute vers la France. L'agglomération de Barcelone concentre la moitié des habitants et la majeure partie de l'industrie de la Catalogne.
Sur un fondement celte, ibère et grec, les Romains colonisent et unifient l'actuelle Catalogne à partir de 218 avant J.-C. Conquis par les Wisigoths (531), le territoire catalan est inclus dans le royaume de Tolède, puis occupé par les Arabes (717-718). Reconquis par Charlemagne (prise de Barcelone, 801), il est alors intégré dans la Marche d'Espagne. Le déclin de l'Empire carolingien assure l'autonomie catalane qui se réalise autour du comté de Barcelone et dont Guifré le Poilu (865-898) et Raimond Bérenger Ier (1035-1076) sont les principaux artisans. Relativement coupée des autres royaumes chrétiens de la Péninsule, la Catalogne s'étend sur le midi de la France où le comte Raimond Bérenger III acquiert le comté de Provence (1112). Réunie par mariage au royaume d'Aragon (1150), elle édifie avec ce dernier un vaste empire méditerranéen en conquérant notamment les Baléares (1229-1235), la Sicile (1282), la Sardaigne (1324), Naples (1442). La Catalogne entre alors dans une ère de prospérité, marquée par l'essor de ses activités commerciales, centrées sur sa capitale Barcelone où une puissante bourgeoisie marchande contrôle les institutions (Consulado de mar, Cortes, Generalitat). Rattachée à la monarchie espagnole au début du XVIe s., la Catalogne garde cependant sa spécificité. Un effort d'unification sous Philippe IV conduit à la révolte des Catalans (1640-1652) qui se proclament république indépendante sous protectorat français. Amputée du Roussillon et d'une partie de la Cerdagne qu'elle doit céder à la France au traité des Pyrénées (1659), la Catalogne obtient en revanche, à l'issue de cette révolte, la reconnaissance de ses institutions et privilèges par la monarchie espagnole. Mais, ayant soutenu l'archiduc Charles d'Autriche pendant la guerre de la Succession d'Espagne, elle est privée par Philippe V de certains de ses privilèges (réduction du rôle des Cortes et de la Generalitat, 1714). L'industrialisation, entamée au XVIIIe s., s'intensifie au XIXe s. et fait de la Catalogne la région la plus riche d'Espagne.
Pour en savoir plus, voir l'article Histoire de l'Espagne.
Parallèlement naît un important mouvement culturel, qui entend ressusciter ses anciens droits et se manifeste à ses débuts par la renaissance du catalan comme langue littéraire. Le mouvement politique suit, éclaté en plusieurs tendances dont la plus importante est la Lliga regionalista (créée en 1901). Le catalanisme touche surtout les milieux bourgeois et coexiste avec une forte implantation communiste, socialiste et surtout anarchiste.
En 1932, la Catalogne reçoit un statut d'autonomie, supprimé pendant la période franquiste. Après la mort de Franco, l'une des premières mesures prises par Adolfo Suárez est de rétablir la Generalitat et de reconnaître la légitimité de son président, Josep Tarradellas, qui est rappelé en Espagne en 1977 après quarante années passées en exil. Ce dernier forme un gouvernement avec les autres forces politiques élues (à l'exception d'Alliance populaire, qui regroupe des ex-franquistes) afin d'élaborer un nouveau statut d'autonomie qui est approuvé par référendum en 1979.
Pour en savoir plus, voir l'article Francisco Franco.
À la suite des premières élections au Parlement de Catalogne en mars 1980, Jordi Pujol, à la tête de la coalition nationaliste Convergència i Unió – formée de Unió Democràtica de Catalunya (UDC) et de Convergència Democràtica de Catalunya (CDC) – est élu président de la Generalitat et constitue un gouvernement auquel se joint, de 1984 à 1987, Esquerra Republicana de Catalunya (ERC), fondée, tout comme l'UDC, en 1931. Dès lors, Convergència i Unió, transformée en fédération des deux partis en 2001, devient la force politique majoritaire au Parlement de Catalogne (autour de 46 % des voix de 1984 à 1995). Elle parvient également à s'imposer au Parlement national à partir des élections de 1982, constituant tantôt le troisième, tantôt le quatrième groupe au Congrès des députés.
J. Pujol reste à la tête de la Generalitat jusqu'aux élections de novembre 2003, à l'issue desquelles le parti des Socialistes de Catalogne, l'ERC et Iniciativa per Catalunya-Verds (ICV) forment, pour la première fois depuis le rétablissement de la démocratie, une coalition de gauche menée par le socialiste Pasqual Maragall.
Cette coalition a pour objectif prioritaire l'adoption d'un statut d'autonomie élargi qui entend faire de la Catalogne une « nation » à part entière, notion peu compatible avec la Constitution espagnole. Approuvé dans un premier temps au Parlement catalan, en septembre 2005, par la plupart des forces politiques (seule la branche catalane du parti populaire (PP) s'y opposant), le projet est reformulé selon le compromis trouvé entre le gouvernement central et Convergència i Unió avant d'être adopté, en mars 2006, au Congrès des députés – avec 189 voix « pour », 154 « contre » (le PP, l'ERC et un député basque d'Eusko Alkartasuna [Solidarité basque]) et deux abstentions – puis en mai au Sénat – avec 128 voix « pour », 125 « contre » (le PP) et 6 abstentions, dont celles de l'ERC, qui, considérant que le projet de statut a été revu à la baisse depuis sa première adoption par le Parlement catalan, appelle également à voter « non » au référendum du 18 juin 2006. Le projet d'autonomie est finalement approuvé par 70 % des électeurs catalans lors du référendum, mais le taux de participation n'atteint pas les 50 %.
Le nouveau statut confère notamment à la Catalogne la faculté de lever et de gérer directement les impôts. Le terme de « nation » n'est évoqué que dans le préambule, dénué de valeur juridique ; la Constitution espagnole reconnaissant la réalité nationale de la Catalogne comme une « nationalité » (art. premier du statut).
L'attitude de la gauche républicaine de Catalogne (Esquerra) entraîne des élections anticipées le 1er novembre 2006. Après des négociations avec cette dernière (qui recule de 16 % à 14 % des voix), la coalition de gauche sortante élit le socialiste José Montilla à la présidence de la Generalitat. La gauche républicaine essuie, en revanche, un cuisant échec aux élections nationales de mars 2008 en perdant plus de 300 000 voix et 5 députés sur 8, tandis que Convergència i Unió parvient à conserver ses 10 sièges au Congrès des députés, malgré le tassement de son électorat. Le 13 décembre 2009, un référendum – sans valeur juridique – sur la souveraineté de la Catalogne est organisé par diverses associations indépendantistes dans 166 municipalités petites et moyennes. Si le « oui » l'emporte avec plus de 94 % des voix, seuls 30 % des 700 000 électeurs concernés y participent. Cette consultation symbolique, soutenue surtout par Esquerra et le CDC, intervient alors que le Tribunal constitutionnel, saisi par le PP, doit encore se prononcer sur la constitutionnalité de certains articles du statut d'autonomie (relatifs au terme de « nation » et à la langue catalane).
En juin 2010, le tribunal invalide ces articles ou en limite la portée ce qui provoque une vague de protestations et renforce le sentiment nationaliste. Faisant aussi les frais de l'impopularité croissante du gouvernement Zapatero et d'une crise économique qui n'épargne pas la prospère Catalogne, la coalition de gauche au pouvoir perd sa majorité à l'issue des élections au Parlement catalan de novembre 2010. Avec 18,3 % des voix, les socialistes reculent de 37 à 28 sièges, Esquerra perd 11 sièges avec seulement 7 % des suffrages tandis que l'ICV en perd deux. Ce scrutin profite aux nationalistes de Convergència i Unió, conduits par Artur Mas, qui obtiennent 62 sièges sur 135 et d'un petit parti indépendantiste qui entre pour la première fois au Parlement (3,2% et 4 sièges). De son côté, le PP progresse également légèrement de 10,6 % à 12,3 % des suffrages et 12 sièges. N'ayant pas de majorité, ce n'est qu'au second tour de scrutin que A. Mas est élu président de la Généralité grâce à l'abstention des socialistes, obtenue après signature d'un accord par les deux partis sur certains grands principes de gouvernement et la participation de l'opposition aux négociations avec l'État central.
De la colonisation grecque, la Catalogne conserve quelques sculptures, tandis que l'influence romaine, prépondérante dès le IIe s. avant J.-C., se révèle plus importante : en témoignent certains des monuments de Tarragone, qui lui doit en partie son plan, et à Barcelone les restes d'une muraille du IIIe s. Le triomphe de l'Église au IVe s. imposa les conditions d'un art paléochrétien, dont l'invasion arabe du VIIIe s. vint stopper l'évolution.
Ce n'est qu'à partir de la reconquête carolingienne que l'on peut réellement parler d'art catalan. Les nouveaux monastères jouèrent alors un rôle de premier plan dans la transmission des influences franques, qui, combinées à la tradition wisigothique encore sensible, ouvraient la voie à l'art roman : consacrée en 975, l'église du monastère de Saint-Michel-de-Cuxa constitue le plus beau fleuron de cette production. L'influence de l'Occident s'accentua après la chute du califat omeyyade de Cordoue, vers l'an mille, permettant le développement du premier art roman méridional, venu d'Italie, et dont le monastère de Saint-Martin-du- Canigou et l'église Saint-Vincent du château de Cardona, consacrée en 1040, sont deux brillants exemples. Très sobre, ce premier art roman laisse toutefois une place à la sculpture, qui ornait, notamment, les façades des églises, comme à Saint-Génis-des-Fontaines (vers 1020).
Au XIIe s., les constructions religieuses allèrent en s'enrichissant et en se diversifiant : cathédrale d'Urgel, décoration de la façade de l'abbatiale de Ripol. L'art catalan s'affirma dans la sculpture des chapiteaux des cloîtres (tel celui, en marbre rose, de Saint-Michel-de-Cuxa, démonté au XIXe s., puis en partie reconstruit à… New York, aux « Cloisters »). La peinture, proche stylistiquement de l'art byzantin, s'épanouit dans les domaines de la fresque (Christ Pantocrator de Saint-Clément-de-Tahull) et des panneaux peints, employés notamment pour les devants d'autel.
Au XIIIe s., les transformations de toutes sortes qui accompagnèrent les nouvelles conditions économiques et sociales eurent des conséquences dans le domaine artistique : l'expansion des villes et les ordres mendiants furent à l'origine de la diffusion du style gothique catalan, caractérisé par un nouveau type d'église à nef unique voûtée d'ogives (Saint-Dominique et Saint-François de Barcelone, milieu du XIIIe s.). Le plan d'église à collatéraux fut toutefois encore employé au XIVe s. pour la cathédrale de Barcelone et pour celle de Gérone, achevée au siècle suivant par une nef unique. La peinture et la sculpture participèrent aux grands courants stylistiques qui traversèrent l'Europe occidentale aux XIVe et XVe s. La sculpture s'initia au gothique avec un certain retard, à partir de modèles français, tandis que l'art italien fournit très vite ceux de la peinture. Cette situation changea au XVe s. avec l'avènement du style « international », avant le déclin de l'école gothique catalane, à la fin du siècle.
L'institution, à la fin du XVe s., d'un État unitaire eut des répercussions fatales sur le développement artistique de la Catalogne, à un moment où le pays s'ouvrait à l'art de la Renaissance italienne : le déplacement des centres névralgiques retarda la diffusion d'un nouveau style en architecture et en sculpture, tandis que l'esprit renaissant marqua peu la peinture.
Ce marasme artistique se prolongea au XVIIe s., dont il fallut attendre le dernier quart pour que s'annoncent les signes avant-coureurs du baroque et que disparaissent les survivances gothiques et les emprunts italiens. L'église des jésuites de Barcelone, Santa María de Belén, constitue l'édifice le plus caractéristique du baroque catalan. La décoration des retables, qui prirent des proportions démesurées, fut confiée à des sculpteurs appartenant le plus souvent à des dynasties dont l'activité s'étendit sur plusieurs générations ; la peinture survécut à elle-même à travers l'activité de quelques personnalités modestes.
Une certaine reprise s'effectua après que l'art français, introduit au début du XVIIIe s. avec l'accession des Bourbons au trône d'Espagne, eut fourni des modèles à la sculpture et à l'architecture, influence qui se manifesta par une série de constructions publiques à Barcelone et à Cervera. Ce n'est que dans la seconde moitié du siècle que la Catalogne retrouva le dynamisme lié au renouveau économique de l'Espagne, ce qui lui permit de participer activement aux grands mouvements artistiques de cette époque : le premier fut celui du néoclassicisme, fondé sur le retour à l'art antique et marqué en architecture par un retour au classicisme palladien (nouvelle Loge de commerce de Barcelone). Ce style resta prédominant jusque vers 1830 : il cohabita alors avec le goût pour l'art médiéval, lié au courant romantique, et avec les tendances éclectiques et historicistes.
Ce n'est qu'à la fin du XIXe s. que la Catalogne se plaça au même rang que l'élite artistique européenne. Le style architectural qui devait le plus fortement marquer l'expansion barcelonaise fut celui du modernismo, symbolisé par Antonio Gaudí. Cette forme catalane de l'Art nouveau est aisément reconnaissable à travers ses œuvres avant-gardistes, inspirées tant de l'art mudéjar que de l'art gothique, avec un souci d'utilisation des matériaux au maximum de leurs possibilités : le parc Güell, qui devait abriter une colonie ouvrière, la Casa Batlló, la Casa Milá, et surtout l'église de la Sagrada Familia, qui élance ses portails et ses flèches de pierre et d'azulejos dans le ciel de Barcelone ; commencée en 1886, elle reste toujours en construction à la fin du XXe s., grâce à une souscription permanente. Contemporain de Gaudí, Luis Domènech i Montaner construisit le Palais de la musique, où il associa différents matériaux (pierre, brique, bois, verre et céramique).
Autre courant du XXe s., le fonctionnalisme : Josep Lluís Sert anima un groupe actif jusqu'à la guerre civile, avant d'émigrer ; il dirigea, après Gropius, la section d'architecture de l'université Harvard. L'hyperréalisme de l'atelier de Ricardo Bofill, créé en 1964 à Barcelone, rejoint, en revanche, à travers ses réalisations de « villes de l'espace », le grand courant baroque.
L'effort rénovateur de l'époque moderniste ne connut guère de suites en sculpture, et l'on assista, vers 1910, à un retour à la tradition classique, derrière Aristide Maillol. En peinture, le renouveau fut annoncé par Isidro Nonell, qui exposa dans le cabaret de Santiago Rusiñol, Els Quatre Gats, cadre d'une révolution artistique à l'origine, entre autres, de l'éclosion du génie de Picasso : la « paternité » de ce peintre né à Málaga est revendiquée par l'Andalousie et par la Catalogne. Celle-ci a vu naître quelques figures de la peinture contemporaine, dont Joan Miró, Salvador Dalí et Antoni Tàpies. Ces trois peintres issus de la patrie de l'extravagant et visionnaire Gaudí ont tous été, au moins pour un temps, surréalistes.
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