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Catalogne

en espagnol Cataluña et en catalan Catalunya

Catalogne
Catalogne

Région du nord-est de l'Espagne, entre les Pyrénées et le delta de l'Èbre, constituant une communauté autonome. Elle regroupe les quatre provinces de Barcelone, Gérone, Lérida et Tarragone.

  • Superficie : 32 100 km2
  • Population : 7 519 843 hab. (recensement de 2011)

GÉOGRAPHIE

La Catalogne est l'une des régions espagnoles à la personnalité la plus affirmée. Elle le doit autant à sa langue qu'à son histoire (tournée résolument vers la mer dès le Moyen Âge, la Catalogne a toujours vécu à l'écart de la Péninsule) et au dynamisme de ses habitants, qui, en investissant les capitaux accumulés par le commerce, ont su en faire un grand foyer industriel, dont Barcelone est le centre directionnel et intellectuel. L'agglomération de Barcelone concentre la moitié des habitants et la majeure partie de l'industrie de la Catalogne.

Pourtant, rien ne semblait devoir imposer une si profonde unité à la Catalogne, faite de l'extrémité orientale des Pyrénées, d'une chaîne parallèle à la côte, la Cordillère catalane, et d'un morceau de bassin de l'Ebre, pris en coin entre ces deux systèmes montagneux. Mais la vallée du Llobregat et celle du Ter, que prolonge le Besós, ont grandement facilité les communications entre les diverses parties de la Catalogne et joué un rôle unificateur certain.

Les secteurs pyrénéens

Les Pyrénées, au nord, dressent comme une muraille les hautes cimes de la zone axiale, ciselées par l'érosion glaciaire, à une altitude oscillant autour de 3 000 m, du pic d'Aneto (3 404 m), à l'ouest, au Puigmal (2 913 m), à l'est. La seule brèche dans cette ligne de crêtes remarquablement continue est due à des effondrements (bassin de Seo de Urgel, Cerdagne) qui ouvrent un accès aisé au Roussillon par le Capcir. Les précipitations, supérieures à 1 000 mm, sont assez copieuses pour permettre à la forêt de chênes, hêtres et pins sylvestres, et, plus haut, de conifères, de draper les versants, et aux pâturages, d'altitude, d'accueillir en été les troupeaux transhumants.

Flanquant la zone axiale au sud, les Prépyrénées alignent d'ouest en est une série de crêtes calcaires entre lesquelles courent des dépressions qui vont s'épanouissant vers le sud, au fur et à mesure que le plissement se fait plus lâche. La plus vaste, la Conca de Tremp, est assez basse pour que les céréales, la vigne et l'olivier y viennent bien, et que les terres irriguées portent maïs, pommes de terre et vergers.

L'élevage est devenu l'activité essentielle. D'autre part, l'exploitation forestière s'est grandement développée avec l'ouverture de routes pour l'équipement hydro-électrique des rivières. Les formes glaciaires de la haute montagne et les cluses sciées par la Segre et les Noguera à la traversée des crêtes calcaires multiplient les sites. Mais, pas plus que le lignite exploité à Fígols, elle n'a suscité d'industries en dehors des hautes vallées du Llobregat et du Ter, qui, grâce à Barcelone, avec laquelle elles communiquent, ont fixé des usines surtout textiles dans nombre de petits centres, dont les plus importants sont Berga et Ripoll, ce dernier doté d'une petite métallurgie héritée de traditionnelles fabriques d'armes.

Le bassin moyen de l'Èbre

Vers le sud, les reliefs pyrénéens s'ennoient sous les formations tertiaires du bassin de l'Èbre, que recouvrent, en bordure des montagnes, de vastes piémonts découpés en terrasses étagées. Isolée de la mer par la Cordillère catalane, cette région ne reçoit pas plus de 350 à 400 mm de pluies par an. Les céréales associées à l'olivier couvrent les monotones platitudes des Llanos de Urgel, des Garrigues et de la Segría. Mais, grâce à l'irrigation, de vastes espaces ont pu être convertis en de riches huertas produisant en abondance pommes de terre, maïs, fourrages et surtout légumes et fruits. Lérida, au centre de cette immense oasis de verdure, vit du commerce et de la transformation des produits agricoles.

À l'est, les assises cénozoïquse se relèvent, et les ríos Ter, Llobregat et Anoia ont creusé d'amples dépressions (Plana de Vich, Pla de Bages, Igualada), que dominent de vigoureux et pittoresques massifs gréseux (Montserrat, Sant Llorenç del Munt). Par bien des traits, ces dépressions annoncent la Catalogne méditerranéenne.

La Catalogne méditerranéenne

Frange de 35 km de largeur au maximum, celle-ci présente des paysages contrastés, tant à cause du relief (la Cordillère catalane, dominant une étroite plaine littorale, est divisée en deux rameaux parallèles à la côte, séparés par la dépression longitudinale du Vallés-Panadés bourrée de dépôts cénozoïques) qu'à cause du climat (plus doux sur la côte que dans les dépressions intérieures, plus humide au nord qu'au sud).

Au nord du Llobregat, de magnifiques forêts habillent les montagnes formées de roches cristallines profondément altérées et abondamment arrosées (jusqu'à 1 000 mm sur les reliefs du Montseny). Les espèces dominantes sont les pins, les chênes verts et les chênes-lièges ; ces derniers, en peuplement dense dans les monts Gabarras, au nord-est de la Cordillère littorale, sont à la base de l'industrie du liège de la province de Gérone. Dans les dépressions (Vallès, Plana de Vich, bassins de Gérone et d'Olot, Ampurdán), les 600 à 700 mm de pluies par an permettent d'associer à la culture du blé celles du maïs et des fourrages destinés à l'alimentation du bétail, bovins et porcins, ces derniers surtout nombreux dans la région de Vich, où l'industrie charcutière est importante.

Au sud du Llobregat, les précipitations diminuent rapidement (522 mm à Tarragone, 472 mm à Tortosa) : de maigres garrigues couvrent mal les montagnes, essentiellement calcaires. Dans les dépressions et les collines du Panades, du Pla de Bages et du Campo de Tarragone ainsi que sur les versants montagneux aménagés en terrasses, les cultures arbustives sèches, vigne et olivier, prédominent largement. Le Priorato a des crus justement célèbres, et le Panadés s'est spécialisé dans les vins champagnisés.

Le long du littoral, les terres irriguées sont fréquentes. Au voisinage de Barcelone, elles sont consacrées aux cultures délicates : fruits et légumes dans le delta du Llobregat, en constant recul devant la poussée urbaine, fleurs et pommes de terre primeur dans le Maresme. Dans le Campo de Tarragone, les fourrages et les noisetiers voisinent avec les cultures maraîchères, tandis que le delta de l'Èbre s'est spécialisé dans le riz et le coton.

C'est partout une culture soignée, intensive, pratiquée dans des exploitations d'une trentaine d'hectares en moyenne, les masias, que deux coutumes ont préservées du morcellement : l'héritage va tout entier à un seul enfant ; lorsqu'un propriétaire est contraint de vendre sa terre, ses descendants conservent le droit de la racheter au même prix. Le plus souvent, la masia n'appartient qu'en partie au paysan, qui loue à long terme des terres à ceux qui, nombreux, ont quitté la campagne pour la ville.

La main-d'œuvre a en effet été attirée très tôt par l'industrie, qui s'est développée à un rythme sans cesse accru depuis le xviiie s. grâce aux capitaux de la bourgeoisie barcelonaise, aux facilités des communications et à l'abondance de l'hydro-électricité. Certains centres sont dynamiques, comme Olot, dans la vallée du Fluviá, qui a des usines textiles et des papeteries, Figueras, qui fabrique des bicyclettes, Gérone, qui a des filatures et des laiteries, Tarragone et Reus, qui produisent des tissus, du papier et des objets en cuir.

Grand foyer d'immigration, la région industrielle catalane connaît une forte poussée démographique. Mis à part l'agglomération barcelonaise, c'est le Maresme qui est le plus densément peuplé, car, aux activités agricoles et industrielles, s'ajoutent la pêche et le tourisme. Le développement du tourisme est surtout spectaculaire sur le littoral de la province de Gérone, de Blanes à la frontière française. De part et d'autre du golfe de Rosas, les Pyrénées et la Cordillère littorale plongent dans la mer en des falaises pittoresques, entre lesquelles se nichent des plages de sable fin : c'est la Costa Brava, plus sauvage d'ailleurs au sud qu'au nord. La proximité de la France, l'assurance du soleil sans que la chaleur soit accablante et la beauté des paysages sont de puissants attraits pour les touristes étrangers.

Le poids de Barcelone

Barcelone est à la tête du principal foyer industriel d'Espagne, qui a essaimé ses usines le long de la côte jusqu'à Blanes au nord-est et Villanueva y Geltrú au sud-ouest, ainsi que le long des vallées du Llobregat et du Besós (que prolonge le Ter), transformées en de véritables rues d'usines. Le textile vient en tête : le coton est travaillé tant à Barcelone que dans le Maresme et les vallées du Llobregat, du Besós et du Ter ; la laine, au contraire, est concentrée à Tarrasa et Sabadell ; la soie et les textiles artificiels sont produits à Barcelone, où sont aussi la plupart des ateliers de confection (coton, laine, bonneterie). La métallurgie vient au second rang : née des besoins de l'industrie textile, elle est surtout concentrée à Barcelone, dont le port importe les matières premières ; mais elle s'est aussi développée à Manresa, Tarrasa, Sabadell, Granollers et Villanueva y Geltrú. La chimie, qui dispose du gisement de potasse de la moyenne vallée du Llobregat, occupe le troisième rang avec les engrais à Badalona, la fabrication de fibres artificielles à Blanes et Prat de Llobregat, et les produits pharmaceutiques à Barcelone. Diverses industries secondaires (constructions mécaniques, automobile, ciment, papier, cuir, industries alimentaires) complètent la gamme des activités.

HISTOIRE

1. De la colonisation romaine au xixe siècle

1.1. Antiquité et Moyen Âge

Sur un fondement celte, ibère et grec, les Romains colonisent et unifient l'actuelle Catalogne à partir de 218 avant J.-C. Conquis par les Wisigoths (531), le territoire catalan est inclus dans le royaume de Tolède, puis occupé par les Arabes (717-718).

Reconquis par Charlemagne (prise de Barcelone, 801), il est alors intégré dans la Marche d'Espagne. Le déclin de l'Empire carolingien assure l'autonomie catalane qui se réalise autour du comté de Barcelone et dont Guifré le Poilu (865-898) et Raimond Bérenger Ier (1035-1076) sont les principaux artisans.

Relativement coupée des autres royaumes chrétiens de la Péninsule, la Catalogne s'étend sur le midi de la France où le comte Raimond Bérenger III acquiert le comté de Provence (1112). Réunie par mariage au royaume d'Aragon (1150), elle édifie avec ce dernier un vaste empire méditerranéen en conquérant notamment les Baléares (1229-1235), la Sicile (1282), la Sardaigne (1324), Naples (1442).

1.2. Province farouche au sein de l'Espagne unifiée

La Catalogne entre alors dans une ère de prospérité, marquée par l'essor de ses activités commerciales, centrées sur sa capitale Barcelone où une puissante bourgeoisie marchande contrôle les institutions (Consulado de mar, Cortes, Generalitat).

Rattachée à la monarchie espagnole au début du xvie siècle, la Catalogne garde cependant sa spécificité. Un effort d'unification sous Philippe IV conduit à la révolte des Catalans (1640-1659) qui se proclament république indépendante sous protectorat français.

Amputée du Roussillon et d'une partie de la Cerdagne qu'elle doit céder à la France au traité des Pyrénées (1659), la Catalogne obtient en revanche, à l'issue de cette révolte, la reconnaissance de ses institutions et privilèges par la monarchie espagnole. Mais, ayant soutenu l'archiduc Charles d'Autriche pendant la guerre de la Succession d'Espagne (1701-1714), elle est privée par Philippe V de certains de ses privilèges (réduction du rôle des Cortes et de la Generalitat, à la suite de la prise de Barcelone par les troupes franco-espagnoles le 11 septembre 1714).

L'industrialisation, entamée au xviiie siècle, s'intensifie au xixe siècle et fait de la Catalogne la région la plus riche d'Espagne.

2. Le développement du nationalisme catalan

Parallèlement, naît un important mouvement culturel qui entend ressusciter ses anciens droits et se manifeste à ses débuts par la renaissance du catalan comme langue littéraire. Le mouvement politique suit, éclaté en plusieurs tendances dont la plus importante est la Lliga regionalista (créée en 1901). Le catalanisme touche surtout les milieux bourgeois et coexiste avec une forte implantation communiste, socialiste et surtout anarchiste.

En 1932, la Catalogne reçoit un statut d'autonomie, supprimé pendant la période franquiste. Après la mort de Franco, l'une des premières mesures prises par Adolfo Suárez est de rétablir la Generalitat et de reconnaître la légitimité de son président, Josep Tarradellas, qui est rappelé en Espagne en 1977 après quarante années passées en exil. Ce dernier forme un gouvernement avec les autres forces politiques élues (à l'exception d'Alliance populaire, qui regroupe des ex-franquistes) afin d'élaborer un nouveau statut d'autonomie qui est approuvé par référendum en 1979.

À la suite des premières élections au Parlement de Catalogne en mars 1980, Jordi Pujol, à la tête de la coalition nationaliste Convergència i Unió (CiU) – formée de Unió Democràtica de Catalunya (UDC) et de Convergència Democràtica de Catalunya (CDC) – est élu président de la Generalitat et constitue un gouvernement auquel se joint, de 1984 à 1987, Esquerra Republicana de Catalunya (ERC), fondée, tout comme l'UDC, en 1931. La Diada Nacional de Catalunya du 11 septembre (la journée de la Catalogne au cours de laquelle est commémoré le siège de Barcelone en 1714) devient fête nationale.

Dès lors, Convergència i Unió, transformée en fédération des deux partis en 2001, devient la force politique majoritaire au Parlement de Catalogne (autour de 46 % des voix de 1984 à 1995). Elle parvient également à s'imposer au Parlement national à partir des élections de 1982, constituant tantôt le troisième, tantôt le quatrième groupe au Congrès des députés.

Pour en savoir plus, voir l'article Espagne : histoire.

3. L’arrivée au pouvoir de la gauche et le nouveau statut d’autonomie

J. Pujol reste à la tête de la Generalitat jusqu'aux élections de novembre 2003, à l'issue desquelles le parti des Socialistes de Catalogne, l'ERC et Iniciativa per Catalunya-Verds (ICV) forment, pour la première fois depuis le rétablissement de la démocratie, une coalition de gauche menée par le socialiste Pasqual Maragall.

Cette coalition a pour objectif prioritaire l'adoption d'un statut d'autonomie élargi, visant à faire de la Catalogne une « nation » à part entière, notion peu compatible avec la Constitution espagnole. Approuvé dans un premier temps au Parlement catalan (septembre 2005) par la plupart des forces politiques (à l'exception de la branche catalane du parti populaire), le projet est reformulé selon le compromis trouvé entre le gouvernement central et Convergència i Unió. Il est adopté (mars 2006) au Congrès des députés – avec 189 voix « pour », 154 « contre » (le PP, l'ERC et un député basque d'Eusko Alkartasuna [Solidarité basque]) et deux abstentions – puis en mai au Sénat – avec 128 voix « pour », 125 « contre » (le PP) et 6 abstentions, dont celles de l'ERC ; ce dernier, considérant que le projet de statut a été revu à la baisse depuis sa première adoption par le Parlement catalan, appelle également à voter « non » au référendum du 18 juin 2006. Le projet d'autonomie est finalement approuvé par 73 % des électeurs catalans lors du référendum, mais le taux de participation n'atteint pas les 50 %.

Le nouveau statut confère notamment à la Catalogne la faculté de lever et de gérer directement les impôts. Le terme de « nation » n'est évoqué que dans le préambule, dénué de valeur juridique ; la Constitution espagnole reconnaissant la réalité nationale de la Catalogne comme une « nationalité » (art. 1er du statut).

L'attitude de la gauche républicaine de Catalogne (Esquerra) entraîne des élections anticipées le 1er novembre 2006. Après des négociations avec cette dernière (qui recule de 16 % à 14 % des voix), la coalition de gauche sortante élit le socialiste José Montilla à la présidence de la Generalitat. La gauche républicaine essuie, en revanche, un cuisant échec aux élections nationales de mars 2008 en perdant plus de 300 000 voix et 5 députés sur 8, tandis que Convergència i Unió (CiU) parvient à conserver ses 10 sièges au Congrès des députés, malgré le tassement de son électorat.

Le 13 décembre 2009, un référendum – sans valeur juridique – sur la souveraineté de la Catalogne est organisé par diverses associations indépendantistes dans 166 municipalités petites et moyennes. Si le « oui » l’emporte avec plus de 94 % des voix, seuls 30 % des 700 000 électeurs concernés y participent. Cette consultation symbolique, soutenue surtout par Esquerra et Convergència Democràtica de Catalunya (CDC), intervient alors que le Tribunal constitutionnel, saisi par le PP, doit encore se prononcer sur la constitutionnalité de certains articles du statut d’autonomie (relatifs au terme de « nation » et à la langue catalane notamment).

4. Le retour au pouvoir des nationalistes et la mobilisation pour l’indépendance

En juin 2010, le Tribunal limite la portée de ces articles ainsi que d’autres clauses dont celle concernant l’autonomie financière de la communauté, ce qui provoque une vague de protestations et renforce le sentiment nationaliste. Faisant aussi les frais de l’impopularité croissante du gouvernement Zapatero et d’une crise économique qui n’épargne pas la prospère Catalogne, la coalition de gauche au pouvoir perd sa majorité à l’issue des élections au Parlement catalan de novembre 2010 : avec 18,3 % des voix, les socialistes reculent de 37 à 28 sièges, Esquerra perd 11 sièges avec seulement 7 % des suffrages ; l'ICV en perd 2.

Le scrutin profite aux nationalistes de Convergència i Unió (CiU), conduits par Artur Mas, qui obtiennent 62 sièges sur 135 et à un petit parti indépendantiste qui entre pour la première fois au Parlement (3,2 % et 4 sièges). De son côté, le PP progresse également légèrement de 10,6 % à 12,3 % des suffrages et 12 sièges. N’ayant pas de majorité, ce n’est qu’au second tour de scrutin que A. Mas est élu président de la Generalitat grâce à l’abstention des socialistes, obtenue après signature d’un accord entre les deux partis sur certains grands principes de gouvernement et la participation de l’opposition aux négociations avec l’État central.

Les relations avec ce dernier se détériorent après la victoire aux élections législatives anticipées de novembre 2011 du parti populaire et de Mariano Rajoy, hostile au statut de 2006. La Catalogne, la plus endettée des communautés autonomes, doit elle aussi appliquer une politique de rigueur, mais le rapport entre sa contribution fiscale à l’État central et à la solidarité interterritoriale et ce qu’elle reçoit en retour, est jugée déséquilibré ; un nouveau pacte fiscal, prévoyant des prérogatives accrues à l’instar des privilèges des communautés forales de Navarre et du Pays basque, est ainsi revendiqué en juillet 2012, mais demeure sans succès.

Cette fin de non-recevoir convainc A. Mas de convoquer des élections anticipées en novembre dans l’espoir d’engranger les bénéfices d’une progression du sentiment indépendantiste, qui, attisé par la crise économique et la situation sociale, a pu encore s’exprimer le 11 septembre 2012 à l’occasion de la fête nationale catalane. L’Assemblée nationale catalane, officiellement créée en mars et présidée par Carme Forcadell, une intellectuelle et militante issue d’Esquerra, prend la tête de cette mobilisation.

S’engageant à organiser dans les quatre ans un référendum sur l’autodétermination, le président de la Generalitat doit cependant déchanter : contre toute attente, Convergència i Unió recule avec 30,7 % des suffrages (contre plus de 38 % en 2010) et 50 sièges, de même que les socialistes. Le grand vainqueur du scrutin est la gauche républicaine (Esquerra), indépendantiste, qui regagne près de 14 % des voix et 21 sièges ; sur son aile gauche, les CUP (Candidatures d’unité populaire-Alternative de gauche) font leur entrée au Parlement avec trois députés.

Les partis hostiles à l’indépendance (PP et Ciutadans) progressent également, ainsi que la gauche « rouge-verte » de l’ICV-EUiA. Le 21 décembre, après la signature d’un accord entre CiU et la gauche républicaine (qui apporte son soutien sans participation) prévoyant notamment un référendum relatif à l’indépendance en 2014, A. Mas est reconduit dans ses fonctions.

Le mouvement indépendantiste catalan semble prendre de l’ampleur : en 2013, la Diada réunit des centaines de milliers de personnes en une immense chaîne humaine s'étendant sur 400 kilomètres ; l'année suivante, jusqu’à 1,8 million de citoyens, selon les organisateurs, y participent de nouveau en vue du vote.

Les relations avec Madrid se tendent. Déclarée illégale par le Tribunal constitutionnel, la consultation se tient malgré tout le 9 novembre 2014. Les Catalans sont ainsi appelés à se prononcer sur la transformation de la Generalitat en État et sur son accession à l’indépendance.

Cette option l’emporte largement avec près de 81 % des suffrages exprimés. Toutefois, rapportée au dernier recensement électoral – près de 5,5 millions d’électeurs dont 5,3 résidant en Catalogne –, la participation se situe autour de 43 % contre 65 % – 66 % aux dernières élections nationales et régionales et 48 % au précédent référendum de 2006. Par ailleurs, le nombre de « oui » (1,9 million environ) ne dépasse pas l’audience des partis ou des fractions les plus catalanistes et le camp indépendantiste pourrait bien avoir fait le plein de voix. Qualifié de « simulacre stérile » et de « pure propagande » par le ministre de la Justice, ce référendum « symbolique » – dont le résultat, relativisé et minimisé par une grande partie de la presse espagnole, cache les divisions de la société catalane –, constitue pourtant un défi de plus pour le gouvernement central.

Organisées comme un nouveau plébiscite sur l’indépendance de la Catalogne, les élections régionales du 27 septembre 2015 donnent une majorité de sièges au camp séparatiste stricto sensu, qui ne rassemble toutefois que 47,74 % des voix malgré un taux de participation sans précédent depuis 1980 (77,44 %). La liste « Junts pel Si » (unis pour le « Oui ») réunissant notamment CDC – qui a rompu avec son partenaire de l’UDC (qui n’obtient aucun siège) au sein de CiU – et Esquerra, remporte ainsi 62 sièges avec 39,54 % des suffrages tandis que la CUP (Candidature d’unité populaire) en gagne 10. En recul de 4 points avec 8,5 % des voix, le PP est le grand perdant du scrutin, mais Ciutadans en obtient 17,93 % (25 sièges) devant les socialistes (12,74 % et 16 députés) et la liste « citoyenne » formée par la gauche alternative et écologiste (ICV, EUiA, Podemos et Equo, 8,94 % et 11 sièges).

Présentée comme une victoire par les indépendantistes malgré les fractures qu’elle exprime, cette élection est suivie de l’adoption, le 9 novembre, d’une motion demandant au prochain gouvernement catalan d’engager un processus de « déconnexion » avec l’Espagne, une déclaration annulée par le Tribunal constitutionnel.

Alors qu’un nouveau bras de fer s’engage avec un gouvernement central affaibli par les résultats des élections législatives nationales du 20 décembre, les députés indépendantistes parviennent à surmonter leurs divisions pour choisir un successeur à A. Mas dont la candidature avait été rejetée par les députés de la CUP. Carles Puigdemont, maire de Gérone, est ainsi élu avec 70 voix sur 135 à la présidence de la Generalitat le 10 janvier 2016.

BEAUX-ARTS

De la colonisation grecque, la Catalogne conserve quelques sculptures, tandis que l'influence romaine, prépondérante dès le iie siècle avant J.-C., se révèle plus importante : en témoignent certains des monuments de Tarragone, qui lui doit en partie son plan, et à Barcelone les restes d'une muraille du iiie siècle. Le triomphe de l'Église au ive siècle imposa les conditions d'un art paléochrétien, dont l'invasion arabe du viiie siècle vint stopper l'évolution.

1. Le roman et le gothique catalans

Ce n'est qu'à partir de la reconquête carolingienne que l'on peut réellement parler d'art catalan. Les nouveaux monastères jouèrent alors un rôle de premier plan dans la transmission des influences franques, qui, combinées à la tradition wisigothique encore sensible, ouvraient la voie à l'art roman : consacrée en 975, l'église du monastère de Saint-Michel-de-Cuxa constitue le plus beau fleuron de cette production. L'influence de l'Occident s'accentua après la chute du califat omeyyade de Cordoue, vers l'an mille, permettant le développement du premier art roman méridional, venu d'Italie, et dont le monastère de Saint-Martin-du-Canigou et l'église Saint-Vincent du château de Cardona, consacrée en 1040, sont deux brillants exemples. Très sobre, ce premier art roman laisse toutefois une place à la sculpture, qui ornait, notamment, les façades des églises, comme à Saint-Génis-des-Fontaines (vers 1020).

Au xiie siècle, les constructions religieuses allèrent en s'enrichissant et en se diversifiant : cathédrale d'Urgel, décoration de la façade de l'abbatiale de Ripol. L'art catalan s'affirma dans la sculpture des chapiteaux des cloîtres (tel celui, en marbre rose, de Saint-Michel-de-Cuxa, démonté au xixe siècle, puis en partie reconstruit à… New York, aux « Cloisters »). La peinture, proche stylistiquement de l'art byzantin, s'épanouit dans les domaines de la fresque (Christ Pantocrator de Saint-Clément-de-Tahull) et des panneaux peints, employés notamment pour les devants d'autel.

Au xiiie siècle, les transformations de toutes sortes qui accompagnèrent les nouvelles conditions économiques et sociales eurent des conséquences dans le domaine artistique : l'expansion des villes et les ordres mendiants furent à l'origine de la diffusion du style gothique catalan, caractérisé par un nouveau type d'église à nef unique voûtée d'ogives (Saint-Dominique et Saint-François de Barcelone, milieu du xiiie siècle). Le plan d'église à collatéraux fut toutefois encore employé au xive siècle pour la cathédrale de Barcelone et pour celle de Gérone, achevée au siècle suivant par une nef unique. La peinture et la sculpture participèrent aux grands courants stylistiques qui traversèrent l'Europe occidentale aux xive et xve siècles. La sculpture s'initia au gothique avec un certain retard, à partir de modèles français, tandis que l'art italien fournit très vite ceux de la peinture. Cette situation changea au xve siècle avec l'avènement du style « international », avant le déclin de l'école gothique catalane, à la fin du siècle.

2. De la Renaissance au baroque

L'institution, à la fin du xve siècle, d'un État unitaire eut des répercussions fatales sur le développement artistique de la Catalogne, à un moment où le pays s'ouvrait à l'art de la Renaissance italienne : le déplacement des centres névralgiques retarda la diffusion d'un nouveau style en architecture et en sculpture, tandis que l'esprit renaissant marqua peu la peinture.

Ce marasme artistique se prolongea au xviie siècle, dont il fallut attendre le dernier quart pour que s'annoncent les signes avant-coureurs du baroque et que disparaissent les survivances gothiques et les emprunts italiens. L'église des jésuites de Barcelone, Santa María de Belén, constitue l'édifice le plus caractéristique du baroque catalan. La décoration des retables, qui prirent des proportions démesurées, fut confiée à des sculpteurs appartenant le plus souvent à des dynasties dont l'activité s'étendit sur plusieurs générations ; la peinture survécut à elle-même à travers l'activité de quelques personnalités modestes.

3. Réveil artistique et néoclassicisme

Une certaine reprise s'effectua après que l'art français, introduit au début du xviiie siècle avec l'accession des Bourbons au trône d'Espagne, eut fourni des modèles à la sculpture et à l'architecture, influence qui se manifesta par une série de constructions publiques à Barcelone et à Cervera. Ce n'est que dans la seconde moitié du siècle que la Catalogne retrouva le dynamisme lié au renouveau économique de l'Espagne, ce qui lui permit de participer activement aux grands mouvements artistiques de cette époque : le premier fut celui du néoclassicisme, fondé sur le retour à l'art antique et marqué en architecture par un retour au classicisme palladien (nouvelle Loge de commerce de Barcelone). Ce style resta prédominant jusque vers 1830 : il cohabita alors avec le goût pour l'art médiéval, lié au courant romantique, et avec les tendances éclectiques et historicistes.

4. Du « modernismo » à l'art contemporain

Ce n'est qu'à la fin du xixe siècle que la Catalogne se plaça au même rang que l'élite artistique européenne. Le style architectural qui devait le plus fortement marquer l'expansion barcelonaise fut celui du modernismo, symbolisé par Antonio Gaudí. Cette forme catalane de l'Art nouveau est aisément reconnaissable à travers ses œuvres avant-gardistes, inspirées tant de l'art mudéjar que de l'art gothique, avec un souci d'utilisation des matériaux au maximum de leurs possibilités : le parc Güell, qui devait abriter une colonie ouvrière, la Casa Batlló, la Casa Milá, et surtout l'église de la Sagrada Familia, qui élance ses portails et ses flèches de pierre et d'azulejos dans le ciel de Barcelone ; commencée en 1886, elle reste toujours en construction à la fin du xxe siècle, grâce à une souscription permanente. Contemporain de Gaudí, Luis Domènech i Montaner construisit le Palais de la musique, où il associa différents matériaux (pierre, brique, bois, verre et céramique).

Autre courant du xxe siècle, le fonctionnalisme : Josep Lluís Sert anima un groupe actif jusqu'à la guerre civile, avant d'émigrer ; il dirigea, après Gropius, la section d'architecture de l'université Harvard. L'hyperréalisme de l'atelier Bofill, créé en 1964 à Barcelone, rejoint, en revanche, à travers ses réalisations de « villes de l'espace », le grand courant baroque.

L'effort rénovateur de l'époque moderniste ne connut guère de suites en sculpture, et l'on assista, vers 1910, à un retour à la tradition classique, derrière Aristide Maillol. En peinture, le renouveau fut annoncé par Isidro Nonell, qui exposa dans le cabaret de Santiago Rusiñol, Els Quatre Gats, cadre d'une révolution artistique à l'origine, entre autres, de l'éclosion du génie de Picasso : la « paternité » de ce peintre né à Málaga est revendiquée par l'Andalousie et par la Catalogne. Celle-ci a vu naître quelques figures de la peinture contemporaine, dont Joan Miró, Salvador Dalí et Antoni Tàpies. Ces trois peintres issus de la patrie de l'extravagant et visionnaire Gaudí ont tous été, au moins pour un temps, surréalistes.