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Yougoslavie

en serbo-croate Jugoslavija

La formation de la Yougoslavie
La formation de la Yougoslavie

Ancien État de l'Europe méridionale, constitué, de 1945-1946 à 1992, de six Républiques fédérées (Bosnie-Herzégovine, Croatie, Macédoine, Monténégro, Serbie, Slovénie) ; 255 800 km2 ; capitale : Belgrade.

1. L'idée yougoslave

L'idée de réunir les Slaves du Sud (Yougoslaves) en un seul État apparaît dans la première moitié du xixe siècle. Elle se base sur les affinités linguistiques entre Serbes, Croates et Slovènes (éventuellement aussi Bulgares) ; selon une approche romantique, de celles-ci découleraient également des affinités culturelles et politiques.

Dans une Europe où le principe des nationalités se développe peu à peu, le Risorgimento italien et l'unité allemande fournissent des modèles éloquents. La première ébauche d'un rapprochement des Slaves du Sud est fournie par les Provinces Illyriennes de l'Empire napoléonien, de 1809 à 1814, où Slovènes et Croates, regroupés sous l'étiquette « illyrienne », font cause commune face aux influences allemande et italienne. Cette étiquette est réutilisée dans les années 1830-1840 par les patriotes croates en opposition avec le nationalisme hongrois. En 1836, l'écrivain Ljudevit Gaj adopte pour norme littéraire du croate les parlers štokaviens-jekaviens retenus par l'écrivain Vuk Karadžić comme base du serbe : désormais on parle de la langue serbo-croate.

Le traité de Berlin (1878) freine ce mouvement en accentuant la mainmise austro-hongroise sur les Balkans. Les Slaves du Sud de la double monarchie sont morcelés sur le plan administratif, ce qui rend une action politique commune difficile. La Serbie et le Monténégro sont des États indépendants, mais étroitement surveillés. Les Slaves de l'Empire ottoman décadent aspirent à la libération. Le projet yougoslave connaît un vif regain d'intérêt dans les milieux intellectuels au début du xxe siècle.

Une brusque accélération de l'histoire permettra sa concrétisation. En 1913, la Serbie, victorieuse de l'Empire ottoman, acquiert le Kosovo et la Macédoine du Vardar ; son territoire double de taille et devient contigu du Monténégro ; le vieux projet d'union retrouve son actualité.

Agressée par l'Autriche-Hongrie en 1914, la Serbie se range dans le camp de l'Entente, qui sortira victorieux de la Première Guerre mondiale. Le démantèlement de la double monarchie, qui n'était pas envisagé initialement, lui permet de réaliser ses aspirations territoriales les plus vastes. Cette rapide évolution oblige les Slaves du Sud « habsbourgeois » à reconsidérer leur avenir. Dans le chaos de l'automne 1918, ceux-ci s'organisent en Conseil national des Slovènes, Croates et Serbes et proclament bientôt leur souveraineté (29 octobre 1918). Cette démarche juridique masque mal leur impuissance face aux prétentions territoriales de l'Italie sur l'Istrie et la Dalmatie (promises en 1915, par le traité secret de Londres). La seule puissance militaire disponible est celle de la Serbie, qui vient tout juste de libérer son propre territoire. L'union est précipitamment proclamée le 1er décembre 1918, sans avoir été sérieusement négociée.

2. La Yougoslavie monarchique (1918-1941)

2.1. Le « royaume des Serbes, Croates et Slovènes » (1918-1929)

Le jeune « royaume des Serbes, Croates et Slovènes » voit ses frontières définies par les traités de Saint-Germain-en-Laye, de Neuilly, Trianon et Rapallo (1919-1920). Le tracé lui est favorable, sauf en Carinthie du Sud (plébiscite en faveur de l'Autriche) et face à l'Italie, qui s'arroge la vallée de la Soča (Isonzo), l'Istrie, l'enclave de Zadar, quelques îles et, finalement, le port de Rijeka.

Le volontarisme du discours officiel sur le « peuple aux trois noms » ne peut masquer de profonds clivages. Sur le plan linguistique d'abord, on ne saurait nier que le slovène est une langue différente du serbo-croate. Sur le plan religieux, ensuite, le clivage entre orthodoxes (Serbes) et catholiques (Croates et Slovènes) s'impose comme une évidence, mais il occulte souvent des réalités plus complexes. En effet, en dépit de leur altérité religieuse, les musulmans de Bosnie sont activement sollicités de se déclarer soit serbes, soit croates. Par ailleurs, les Monténégrins au régionalisme ombrageux sont trop facilement assimilés à des Serbes ; quant à la spécificité de la Macédoine, rebaptisée Serbie du Sud, elle est tout simplement niée.

Des siècles d'histoire politique ont forgé des mentalités divergentes. Trois grands groupes non slaves, enfin, pèsent sur la vie politique : les Allemands, les Hongrois et les Albanais. De plus, si la rhétorique de l'unité nationale est omniprésente, c'est aussi pour occulter les difficultés économiques d'un pays qui manque encore d'unité et dont les populations rurales vivent très enclavées. Ces handicaps structurels se répercutent dans une vie politique agitée.

Deux conceptions de la vie publique, héritées d'un vécu historique différent, s'affrontent. La première, unitariste, centralisatrice et volontiers autoritaire reçoit l'approbation d'une majorité de Serbes et s'incarne en la personne d'Alexandre Ier Karadjordjević (régent de 1918 à 1921, puis roi de 1921 à 1934) ; il s'appuie sur le parti radical de Nikola Pašić, les milieux affairistes belgradois et l'armée ; cette vision triomphe avec la Constitution de 1921.

La seconde entend défendre les autonomies régionales en s'appuyant sur le droit historique, selon une approche souvent procédurière. Cette opposition se regroupe autour du parti paysan croate, mené par Stjepan Radić ; ce dernier adopte une ligne politique déroutante, qui va du rejet de la monarchie à la participation au gouvernement. De 1918 à 1929, aucune législature ne parviendra à son terme, et pas moins de 25 gouvernements se succéderont aux affaires. Le schéma d'alliance récurrent associe le parti radical (serbe), le parti populaire slovène d'Anton Korošec et l'Organisation musulmane yougoslave de Mehmed Spaho.

2.2. Le « royaume de Yougoslavie » (1929-1941)

La dictature

Une crise aiguë est ouverte par l'attentat commis le 20 juin 1928 par un député monténégrin en pleine séance de l'Assemblée nationale contre trois députés croates (dont Radić, qui en meurt peu après). Ce désaveu de la démocratie parlementaire permet au roi Alexandre d'instaurer sa dictature personnelle le 6 janvier 1929. Toutes les instances politiques sont dissoutes, un régime centralisé et policier est mis en place ; il est perçu comme le triomphe de l'hégémonie serbe sur le pays. Approfondissant la logique unitaire, le pays est rebaptisé « royaume de Yougoslavie » (3 octobre 1929) et redécoupé de façon à occulter les frontières historiques anciennes. Une nouvelle Constitution est octroyée en 1931.

À ce durcissement répond la radicalisation du nationalisme croate avec l'organisation terroriste Oustacha (Ustaša), qui fomente l'assassinat du roi Alexandre, à Marseille, le 9 octobre 1934.

La régence est confiée à son cousin, le prince Paul Karadjordjević, qui maintient la dictature, tout en en atténuant les formes.

Sous le gouvernement de Milan Stojadinović (mai 1935-février 1939), le pays renonce peu à peu à son système d'alliance patronné par la France (→ Petite-Entente, avec la Tchécoslovaquie et la Roumanie), pour se rapprocher de l'Italie et de l'Allemagne, laquelle devient bientôt son principal partenaire économique.

En août 1939, un compromis politique est passé avec l'opposition croate, créant une grande banovine croate, circonscription territoriale administrée localement et jouissant d'une large autonomie interne. Ce début de fédéralisation du royaume est interrompu par la guerre.

3. Dislocation et renaissance (1941-1945)

3.1. Le démembrement du royaume de Yougoslavie

Face au conflit mondial, la Yougoslavie maintient sa neutralité aussi longtemps que possible. Elle finit pourtant par adhérer au pacte tripartite le 25 mars 1941. Mais le 27 mars un putsch militaire renverse le régent Paul, proclame la majorité anticipée de Pierre II Karadjordjević et forme un gouvernement d'union nationale.

Envahi par les forces de l'Axe le 6 avril, le pays capitule le 17. Son territoire est démembré : le IIIe Reich annexe la Slovénie du Nord ; l'Italie, la Slovénie du Sud et la majeure partie de la Dalmatie ; la Hongrie occupe la Bačka, la Bulgarie, les trois quarts de la Macédoine, l'Albanie, sous contrôle italien, le Kosovo et la Macédoine occidentale. Ce qui reste de la Serbie est confié au gouvernement de collaboration du général Nedić. Un « État croate indépendant », englobant toute la Bosnie-Herzégovine, est gouverné par l'Oustacha ; Ante Pavelić y instaure un régime fasciste d'une extrême brutalité, déclenchant une terrible spirale de violence.

3.2. La guerre civile : Tchetniks, Oustacha, Partisans

La Yougoslavie a cessé d'exister ; pourtant, une guerre civile complexe s'y déchaîne, comme emboîtée dans le conflit mondial. Dès l'été 1941, deux mouvements de résistance voient le jour. Les Tchetniks, commandés par Draža Dragoljub Mihailović, de recrutement essentiellement serbe, luttent pour le rétablissement de la Yougoslavie royale et reçoivent le soutien britannique. Ils combattent moins l'occupant allemand et italien que l'Oustacha croate et ses supplétifs musulmans et entrent très tôt en conflit avec le mouvement de résistance communiste des Partisans, mené par Josip Broz, dit Tito.

Celui-ci mène un combat plus offensif contre l'occupant allemand, au prix de terribles représailles contre les civils. Simultanément, il envisage la prise du pouvoir et l'instauration d'un régime communiste après la guerre. Il combat donc aussi ses rivaux yougoslaves (Oustacha fasciste et Tchetniks royalistes). L'habileté de Tito consiste, d'une part, à reprendre à son compte l'idéal yougoslave dans un pays déchiré par les extrémismes nationalistes et, d'autre part, à se donner une stature internationale de résistant en discréditant les Tchetniks. Ceux-ci, aveuglés par la guerre civile intrayougoslave, ne reculent pas devant une alliance objective avec l'occupant étranger, ce qui amène les Britanniques à reporter leur aide militaire sur les Partisans, jugés plus efficaces. La capitulation italienne, en septembre 1943, conforte les positions de Tito. Lorsque l'Armée rouge atteint la frontière roumano-yougoslave à la fin de septembre 1944, les Partisans contrôlent de vastes régions de montagnes, où ils mettent en place le régime nouveau.

La phase finale de la guerre, menée de concert avec l'Armée rouge, est une guerre frontale lourde, coûteuse en vies humaines. Les Allemands et leurs alliés hongrois et croates résistent avec acharnement ; les forces des Tchetniks sont démantelées. En mai 1945, les Partisans communistes sont les seuls maîtres dans un pays exsangue, mais réunifié.

4. La Yougoslavie de Tito

4.1. L'adoption du fédéralisme

Les premiers jalons du nouveau régime sont posés dès novembre 1943, lors du deuxième Conseil de libération antifasciste (AVNOJ, Antifašističko veće narodnog oslobodjenia Jugoslavije), à Jajce, quand est adopté le principe fédéral. Durant l'été 1945, six républiques sont constituées (Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Serbie, Monténégro, Macédoine) et deux provinces autonomes (Vojvodine et Kosovo, au sein de la République de Serbie).

Le découpage territorial suit essentiellement les frontières historiques et ne vise pas l'homogénéité nationale de chaque république, d'ailleurs irréalisable. La Croatie obtient l'Istrie, Rijeka et Zadar, jusque-là italiens ; la Slovénie, la vallée de la Soča, mais non Trieste. La reconnaissance des Macédoniens comme peuple yougoslave spécifique permet une meilleure intégration de cette région pauvre et réticente à l'union. La spécificité nationale des Musulmans de Bosnie ne sera officiellement reconnue qu'à la fin des années 1960.

Parmi les communautés non slaves, un demi-million d'Allemands est expulsé en 1945, tandis que les Hongrois et les Albanais bénéficient de la création des provinces autonomes. La population albanaise du Kosovo, pauvre et analphabète, est politiquement encadrée par la minorité locale serbe, mais connaît un essor culturel rapide.

4.2. La République populaire fédérative de Yougoslavie

L'apaisement de la question nationale n'est rendu possible que grâce à un profond bouleversement politique et économique du pays. Le gouvernement royal, exilé à Londres, étant disqualifié, la république est proclamée le 29 novembre 1945. Le pays devient la République populaire fédérative de Yougoslavie et une Constitution d'inspiration soviétique est adoptée en janvier 1946.

Toute opposition politique est écartée (procès Mihailović, Stepinac, Jovanović), et un régime policier brutal s'instaure. Nationalisation de l'industrie et réforme agraire sont rondement menées. Le premier plan quinquennal est lancé dès 1947. La Yougoslavie apparaît alors comme le disciple le plus zélé de l'URSS en Europe centrale.

Un sourd conflit se développe pourtant entre les deux pays, où se mêlent des rancœurs datant de la Seconde Guerre mondiale, la question de Trieste, de maladroites ingérences soviétiques et le projet de Fédération balkanique caressé par Tito. Staline recourt alors à l'argument d'autorité et exclut la Yougoslavie du camp socialiste le 28 juin 1948. Il n'y aura pas d'intervention militaire (contrairement à ce qui se passera en Hongrie en 1956 ou en Tchécoslovaquie en 1968), car l'URSS ne maîtrise pas encore l'arme nucléaire face aux États-Unis.

La Yougoslavie, qui est soumise à un harcèlement frontalier et à un blocus économique des pays de l'Est, bénéficie d'une aide économique et militaire de l'Occident. Elle proclame malgré tout sa fidélité au marxisme-léninisme.

4.3. Le socialisme autogestionnaire yougoslave

Le socialisme autogestionnaire yougoslave – qui se veut une alternative au stalinisme – s'ébauche à partir de 1950 et connaît d'incessantes transformations. Plutôt qu'un système, c'est une dynamique, qui s'adapte avec pragmatisme aux contraintes de l'époque. S'il permet une croissance rapide durant les années 1950, les années 1960 et 1970 connaissent de graves dysfonctionnements ; leurs effets sont compensés par des emprunts internationaux, par l'exportation de main-d'œuvre et par le développement du tourisme. Les disparités internes, entre républiques riches et moins développées, réveillent les anciennes rivalités nationales.

À partir de 1966, la pression policière s'étant relâchée, la contestation se fait jour : étudiants gauchistes de Belgrade (juin 1968), nationalistes albanais (décembre 1968), mais surtout les grandes manifestations nationalistes croates de novembre 1971. La reconnaissance de la spécificité nationale des Musulmans de Bosnie permet un rééquilibrage subtil des rapports de force intercommunautaires. La Constitution de 1974 octroie de larges compétences, non seulement culturelles, mais désormais aussi économiques aux entités fédérales. Âgé, Tito compense par son prestige personnel la faiblesse du pouvoir central.

La position internationale de la Yougoslavie est paradoxale. Elle entretient des relations houleuses avec l'URSS : réconciliation en 1955, nouvelle brouille en 1957, partenariat courtois à partir de 1961, refroidissement en 1968 … Jusqu'à la fin des années 1970, l'Occident accorde un soutien financier important au pays, sans pourtant le gagner à son camp. La Yougoslavie se fait en effet le champion du mouvement des non-alignés, dont le premier sommet se tient à Belgrade en 1961, rassemblant des pays du tiers-monde (→  non-alignement.

Pour en savoir plus, voir l'article guerre froide.

5. La fin de la Yougoslavie titiste

La mort de Tito (4 mai 1980) coïncide avec la prise de conscience de la gravité de la crise économique (chômage, inflation, dette extérieure de 20 milliards de dollars). La région la plus pauvre, le Kosovo, est la première à manifester son inquiétude sociale (printemps 1981), interprétée comme de l'« irrédentisme » de la part des autorités serbes locales qui se sentent menacées.

À Belgrade, Slobodan Milošević, qui dirige la Ligue communiste serbe à partir de 1986, bâtit sa carrière politique sur le thème de la défense des intérêts serbes et d'un renforcement de la centralisation. Il se heurte aux milieux d'affaires de Slovénie et de Croatie, qui veulent faire évoluer le système titiste vers l'économie de marché et le pluralisme démocratique. Entre ces attitudes inconciliables, aucun arbitrage fédéral n'est possible. Chaque république procède par fait accompli.

Des élections pluralistes ont lieu en ordre dispersé entre avril et décembre 1990 : dans la remise en cause de l'héritage titiste, la distinction entre un communisme autogestionnaire devenu obsolète et un « yougoslavisme » aux équilibres fragiles n'est pas faite, et les courants nationalistes, souvent démagogiques, l'emportent (Milan Kučan en Slovénie, Franjo Tudjman en Croatie, Kiro Gligorov en Macédoine, Alija Izetbegović en Bosnie-Herzégovine, Slobodan Milošević en Serbie).

La dissolution de la Yougoslavie ne sera pas plus négociée que ne l'avait été sa création en 1918. Le dialogue politique devenant impossible, le recours à la violence apparaît inévitable. Durant l'été de 1990, les premières milices se constituent parmi les serbes de Croatie. Les incidents se multiplient. Les déclarations d'indépendance conjointes de la Slovénie et de la Croatie (25 juin 1991) sonnent le glas du vieux projet yougoslaviste et déclenchent une guerre qui durera plus de quatre ans.

6. La guerre civile et l'éclatement de la Yougoslavie

En juin 1991, les affrontements entre les nouvelles autorités croates de la HDZ de Franjo Tudjman et la minorité serbe de Krajina (sud de la Croatie) soutenue par le pouvoir de Slobodan Milošević (président de la République de Serbie depuis 1990) provoquent des combats entre l'armée fédérale yougoslave et la défense territoriale croate. Après les élections libres de 1991 et la désintégration de la Ligue des communistes de Yougoslavie, les nouveaux pouvoirs municipaux ont pris le contrôle de cette défense territoriale en la transformant progressivement en milices puis en armées. Ainsi, après les déclarations d'indépendance et de souveraineté de la Slovénie et de la Croatie, le conflit oppose dans ces républiques les casernes de l'armée fédérale et les forces de la défense territoriale.

L'Union européenne tente alors de faire accepter un compromis à la Slovénie et à la Croatie, retardant de quelques mois le processus d'indépendance. Les pays occidentaux estiment en effet qu'il est encore possible de sauvegarder la Fédération yougoslave en soutenant le gouvernement fédéral dirigé par le Croate Ante Marković, communiste réformateur qui a engagé le pays dans une transition vers l'économie de marché et prône le libéralisme. Une commission d'arbitrage est néanmoins mise en place par l'UE pour étudier les conditions selon lesquelles l'indépendance éventuelle des républiques de l'ex-Yougoslavie pourrait être envisagée.

L'Allemagne reconnaît unilatéralement la Croatie et la Slovénie, en décembre 1991. En janvier 1992, pour sauvegarder la future union politique et économique de l'Europe, la France et l'Angleterre décident, malgré leurs réticences, de suivre la même attitude, tout comme une trentaine d'autres pays. En Bosnie-Herzégovine, la commission d'arbitrage propose l'organisation, en mars 1992, d'un référendum sur l'indépendance. Boycotté par l'ensemble de la population serbe, il permet cependant la reconnaissance internationale, en avril 1992, du nouvel État, mais sans prendre en compte l'opinion des populations croates et musulmanes. La guerre éclate aussitôt en Bosnie, mais, à la différence des conflits en Slovénie et en Croatie, elle sera beaucoup plus meurtrière (environ 200 000 morts), fera environ 2 millions de réfugiés et révélera toute la complexité du processus de désintégration de l'ex-Yougoslavie.

La Macédoine, quant à elle, voit sa reconnaissance retardée en raison de l'attitude hostile de la Grèce et ne sera admise à l'ONU qu'en avril 1993, sous le nom provisoire d'Ancienne République yougoslave de Macédoine.

De leur côté, la Serbie et le Monténégro proclament en avril 1992 la République fédérale de Yougoslavie, revendiquant ainsi l'héritage de la République socialiste fédérative de Yougoslavie, mais prenant parallèlement acte de la sécession des anciennes républiques yougoslaves.