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Départ de Berlin des soldats de l'Armée rouge, 1994

guerre froide

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guerre froide

État de tension qui opposa, de 1945 à 1990, les États-Unis, l'URSS et leurs alliés respectifs qui formaient deux blocs dotés de moyens militaires considérables et défendant des systèmes idéologiques et économiques antinomiques.

Cet article fait partie du DOSSIER consacré à la guerre froide.

1. Introduction

La guerre froide présente deux caractéristiques principales. Premièrement, elle oppose deux très grandes puissances, les États-Unis et l'URSS, dotées de vastes territoires et de moyens militaires considérables, affirmant des valeurs idéologiques rigoureusement incompatibles et fondées sur des systèmes économiques antinomiques. Cette situation a pour conséquence un effet de bipolarisation dans la mesure où chacun des adversaires attire dans sa sphère d'influence les États moins puissants. Bien que ce phénomène affecte surtout l'Europe, enjeu principal, il se répercute également sur le processus de décolonisation puis sur les affrontements régionaux qui se développent dans le tiers-monde. Deuxièmement, dès 1949, ces deux puissances disposent de l'arme nucléaire, d'abord à fission (bombe A) puis à fusion (bombe H), et, dans les années suivantes, de vecteurs balistiques pouvant transporter cette arme sur des distances intercontinentales (environ 8 000 km). Cette situation nouvelle, dans la mesure où elle crée pour chacun le risque de devoir subir des dommages intolérables, sans aucune commune mesure avec les capacités de destruction connues jusqu'alors, interdit que l'on recoure à la guerre directe pour dénouer la situation de rivalité. En revanche, les manœuvres indirectes (guerres périphériques par alliés interposés), les affrontements économiques (usure du système adverse) et politico-idéologiques (guerre psychologique) prennent une importance accrue. On distingue trois périodes.

2. Engagement et formation des blocs (1945-1962)

2.1. Rupture des équilibres traditionnels en Europe

La défaite de l'Allemagne au centre de l'Europe, l'effondrement de la France et l'affaiblissement du Royaume-Uni à son extrémité occidentale créent, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, une rupture des équilibres traditionnels sur le continent. En dépit des immenses destructions qu'elle a subies, l'Union soviétique dispose désormais d'une écrasante suprématie. Ayant gagné 600 000 km2 en Europe, elle dispose, à l'été de 1946, d'une armée de 100 divisions, soit 4 millions d'hommes, et de 6 000 avions, tandis que les Anglo-Saxons procèdent à la démobilisation rapide de leurs forces et à la reconversion des industries de guerre.

– En mars 1946, dans le discours de Fulton, dit « du rideau de fer », Churchill met en garde contre le risque de domination communiste sur une Europe dont la division s'aggrave. En effet, une succession de crises d'intensité croissante (Iran, Turquie, Grèce) et la mise en place de régimes procommunistes dans les pays d'Europe orientale occupés par l'Armée rouge conduisent le nouveau président des États-Unis, Harry Truman, à réviser la traditionnelle politique isolationniste des États-Unis (doctrine Truman, mars 1947) et à adopter une stratégie à laquelle George Kennan donne en juillet le nom d'« endiguement » (containment).

– En juin, le général Marshall annonce un plan d'aide pour tous les pays européens qui en feront la demande, proposition que les régimes soumis à Moscou doivent refuser.

2.2. Formation de deux blocs

La division du monde en deux blocs engagés dans une lutte sans merci est solennellement énoncée par Jdanov lors de la réunion de formation du Kominform à Szklarska Poręba (Pologne), le 22 septembre 1947. Le coup de Prague de février-mars 1948, qui voit basculer le dernier régime démocratique d'Europe centrale, provoque une intense anxiété chez les Européens de l'Ouest et conduit d'abord à la formation du pacte de Bruxelles (mars 1948) puis à l'engagement de pourparlers en vue d'une alliance défensive avec les États-Unis. Le blocus de Berlin (juin 1948-mai 1949) aggrave la tension et favorise la conclusion rapide du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) en avril 1949. La formation de deux États allemands antagonistes achève d'entériner la division de l'Europe et l'impossibilité de donner à la guerre une conclusion juridique acceptable.

   La victoire des communistes chinois, à l'automne de 1949, et l'attaque de la Corée du Sud par Kim Il-sung, leader communiste de la Corée du Nord, confèrent au conflit sa dimension intercontinentale. La probabilité d'une agression en Europe paraît augmenter d'autant. La politique de défense des États-Unis prend sa forme définitive dans la directive de sécurité nationale de 1950 (NSC-68), élaborée par Paul H. Nitze, qui fixe comme objectif la dissuasion par l'acquisition de la supériorité à tous les niveaux. Or, il apparaît à la conférence de Lisbonne, en 1952, que, en l'absence d'une armée allemande, l'OTAN n'est pas réellement en mesure de faire face à une attaque soviétique massive. Cela conduit les États-Unis à soutenir le projet français de Communauté européenne de défense (CED). Mais l'hostilité, en France même, à l'égard du réarmement allemand est telle que le plan ne verra jamais le jour. Si bien que les États-Unis prennent en 1953 la décision d'introduire sur le théâtre européen des armes nucléaires tactiques capables d'interdire les fortes concentrations de troupes nécessaires pour une attaque d'envergure. La mort de Staline (1953) n'apporte donc aucune accalmie dans la guerre froide.

2.3. Le traité de Varsovie

En janvier 1954, John Foster Dulles énonce la doctrine dite « des représailles massives », qui prévoit l'engagement de toutes les forces nucléaires américaines en cas d'agression soviétique contre les États-Unis et leurs alliés. En outre, la création d'une Bundeswehr étroitement intégrée dans l'OTAN provoque la formation par les Soviétiques de l'Organisation du traité de Varsovie en 1955. En dépit de l'évacuation de l'Autriche par l'URSS pour prix d'une avantageuse neutralité, des déclarations de Nikita Khrouchtchev sur la coexistence pacifique, rien ne vient concrétiser une réelle détente. Au contraire, l'échec des deux conférences de désarmement de Genève en 1955 puis l'intervention soviétique à la fin de 1956 en Hongrie créent un terrain propice pour une réaction angoissée des États-Unis à l'annonce de la mise en orbite du premier satellite artificiel, Spoutnik, en 1957.

   Il apparaît que le territoire américain a cessé d'être totalement à l'abri d'une frappe nucléaire adverse, ce qui conduit les États-Unis à intensifier la production d'armements nucléaires et de vecteurs (fusées, sous-marins, bombardiers) capables de les emporter. La deuxième crise de Berlin (1961-1963) et la crise de Cuba (septembre 1962) se situent dans la perspective de cette compétition où chacun teste les capacités de l'autre et pousse le plus loin possible ses pions jusqu'à rencontrer les limites que son adversaire a décidé de fixer. Mélange d'audace exploratoire et de prudence dont rend compte la publication, en 1990, de la correspondance de septembre 1962 entre Khrouchtchev et Fidel Castro.

   Pour en savoir plus, voir l'article coexistence pacifique.

3. Stabilisation et codification de l'affrontement (1963-1978)

La mise en place d'un « téléphone rouge » entre la Maison-Blanche et le Kremlin ne fait pas cesser la course aux armements (développement des Polaris américains et des missiles sol-sol soviétiques), mais elle matérialise la volonté d'entretenir une communication non seulement en cas de crise, mais afin de prévenir une confrontation directe qui impliquerait un risque d'utilisation des armes nucléaires.

   Le traité de limitation des essais nucléaires de 1963 puis celui relatif à la non-prolifération des armes nucléaires (1968) témoignent de l'existence d'un intérêt commun minimal qui n'exclut nullement la compétition. Cette ambiguïté essentielle apparaît dans la nouvelle doctrine de l'OTAN, officiellement adoptée en 1968 et dite « de la riposte graduée » (flexible response), qui maintient l'incertitude quant au risque d'escalade d'une guerre conventionnelle qui éclaterait en Europe et évoluerait en une guerre nucléaire.

   Vienne, Helsinki, Stockholm deviennent à partir de 1965 des lieux de rencontres régulières où se préparent les sommets. Certaines de ces négociations s'enlisent durablement, comme les MBFR (Mutual Balanced Forces Reduction), mais d'autres aboutissent, tels les SALT (Strategic Arms Limitation Talks), qui limitent les vecteurs balistiques porteurs d'armes nucléaires, et le traité ABM (Anti Ballistic Missiles), qui fixe à deux le nombre de sites défensifs sur le territoire de chacune des deux parties. Accords imparfaits, partiels et temporaires qui visent à réguler le développement des armes plus qu'à les supprimer.

   Tandis que la cohésion des blocs est elle-même partiellement remise en question (conflit sino-soviétique, sortie de la France du commandement intégré de l'OTAN), cette deuxième période de la guerre froide se construit par conjugaison de deux catégories d'entreprises différentes qui s'affectent mutuellement. Centralement, une communication étroitement bilatérale s'instaure entre les deux Grands, visant à réduire les risques de conflit nucléaire, particulièrement sur le théâtre majeur de la confrontation, l'Europe (accord quadripartite sur Berlin de septembre 1971 et accord de juin 1973 sur la prévention de la guerre nucléaire). La Conférence d'Helsinki sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE), constitue, en août 1975, une sorte de point d'orgue de ces manœuvres, qui donnent le sentiment que l'on entérine un statu quo préférable à des remises en cause trop dangereuses.

   Il en va tout autrement sur les périphéries, où se développe sous des formes variées une compétition violente bien qu'indirecte : en Indochine, au Moyen-Orient, en Afrique, par alliés interposés auxquels chacun apporte une assistance plus ou moins importante, pouvant aller jusqu'à un engagement unilatéral direct. Mais les résultats enregistrés sur la périphérie ont nécessairement des répercussions sur la situation centrale. Et, si l'effet devient très puissant, l'ensemble de la relation finit par se transformer. Or, à la fin de 1973, l'affaiblissement américain dû à la conjugaison de la défaite au Viêt Nam et de l'ébranlement politique intérieur causé par l'affaire du Watergate et la démission de Richard Nixon devient trop important pour ne pas remettre en question l'équilibre fragile qui s'était établi. Le repli américain, aggravé par la chute du chah d'Iran (1979), s'accompagne d'un développement extensif croissant de la puissance militaire soviétique, qui culmine avec le déploiement des missiles balistiques SS-20 en Europe (1977) et l'invasion de l'Afghanistan (décembre 1979).

   Pour en savoir plus, voir l'article guerre du Viêt Nam

4. Intensification et dénouement (1979-1990)

Le refus du Congrès américain de ratifier le traité SALT II, signé en juin 1979 par Leonid Brejnev et Jimmy Carter, la relance des programmes de modernisation des forces nucléaires stratégiques des États-Unis et l'embargo céréalier à l'encontre de l'URSS marquent le début d'une dégradation très forte des relations entre les deux Grands et la relance des tensions bloc à bloc. Tandis que l'OTAN proclame en décembre 1979 son intention de riposter au déploiement des SS-20 par l'installation en Europe occidentale de missiles Pershing II, dès janvier 1980, le président Carter affirme le caractère vital du golfe Persique pour les États-Unis et leur détermination à s'y porter en force au cas où une puissance extérieure chercherait à en prendre le contrôle à son profit. L'arrivée à la présidence de Ronald Reagan (janvier 1981) ouvre une phase nouvelle, la stratégie américaine visant désormais à reprendre une initiative perdue depuis plus de cinq ans. 

4.1. Les déclarations

Le gouvernement américain développe une rhétorique agressive contre « l'empire du Mal » qui vise à la fois à réactiver l'anticommunisme américain et à impressionner l'adversaire par la démonstration de sa conviction. De nouvelles dispositions stratégiques renforcent la directive présidentielle 59 du président Carter en insistant sur la capacité de mener victorieusement une guerre nucléaire. À quoi la propagande soviétique répond par des accusations de bellicisme et d'irresponsabilité à l'adresse des États-Unis, dont « la politique d'agression menace de pousser le monde dans le jeu de la guerre nucléaire » (discours de L. Brejnev, octobre 1982, peu avant sa mort). 

4.2. Les aspects économiques

L'embargo, peu efficace et contraire aux intérêts américains, est rapidement levé. En revanche, l'administration Reagan réactive les organismes chargés de la surveillance des transferts de technologies sensibles, tel le COCOM, et s'en prend avec virulence aux sociétés européennes, singulièrement françaises, dont les activités commerciales favoriseraient le développement des technologies de pointe soviétiques (affaire du gazoduc euro-sibérien). C'est à ce niveau de confluence entre économie, savoir-faire technologique et stratégie que les États-Unis font porter l'effort. L'initiative de défense stratégique (IDS) vise ainsi à placer l'Union soviétique devant une impasse : renoncer à faire jeu égal avec les États-Unis ou s'épuiser économiquement afin de rattraper son handicap dans la course technologique. Cette inflexion s'appuie sur un important redressement des dépenses militaires entre 1979 et 1983. 

4.3. Les aspects diplomatiques et militaires

Les négociations ne seront interrompues que durant peu de temps (fin de 1983-fin de 1984). Toutefois, la tension monte considérablement durant l'année 1983 tant sur le théâtre principal européen, fortement agité par la crise des euromissiles, que sur les périphéries. Les États-Unis interviennent violemment à la Grenade (Caraïbes) pour prévenir l'établissement d'un régime procastriste, tandis qu'ils soutiennent partout dans le monde les guérillas anticommunistes (Nicaragua, Afghanistan, Mozambique). Après la destruction par l'armée de l'air soviétique d'un Boeing civil sud-coréen, la nervosité à l'Est devient extrême lors des manœuvres de l'OTAN de l'automne 1983. Sur fond de grave crise économique intérieure, l'ensemble de ces données convainquent Mikhaïl Gorbatchev, qui dirige l'Union soviétique à partir de 1985, qu'il est temps de revenir à une forme de compétition stabilisée, ce qui ne signifie pas encore la fin de la guerre froide. Entre 1985 et 1988, s'il est clair que l'URSS recherche de nouveau les voies d'un accommodement et le désengagement à travers le monde d'entreprises militairement indécises, moralement et économiquement ruineuses, rien n'indique que les Soviétiques renoncent à se poser en rivaux des États-Unis. Lors des négociations sur les forces nucléaires de portée intermédiaire (FNI) stationnées en Europe, chacune des deux parties tente, comme à l'accoutumée, d'obtenir les gains maximaux par rapport à l'enjeu européen et de placer l'adversaire en situation délicate par rapport à son propre camp.

4.4. Dénouement

La fin de la guerre froide, qui n'est pas comparable à une fin de guerre traditionnelle, doit être considérée selon une double perspective : d'une part, la prise en compte des effets physiques qui la manifestent et, d'autre part, l'analyse des enchaînements de causes qui ont déterminé ces effets.

   Les effets physiques sont discernables entre novembre 1989 (démantèlement du mur de Berlin) et le 12 septembre 1990 (signature du traité d'unification allemande).

   Le communisme s'effondre en Europe orientale et entre en crise grave en URSS même. Concrètement, la situation géostratégique issue de la Seconde Guerre mondiale, qui faisait du centre de l'Europe une base de départ pour les armées soviétiques, disparaît. En avril 1991, la dissolution de la composante militaire du traité de Varsovie entérine un état de fait.

   L'explication du bouleversement est beaucoup plus délicate à donner. Il est lié à la fois à la politique gorbatchévienne de perestroïka et à son échec, qui l'engage plus loin que ce qui, au départ, semble avoir été envisagé. Il est également lié au comportement des forces politiques dans les pays d'Europe de l'Est, qui se sont précipitées vers l'émancipation totale sans laisser le temps aux partis communistes d'opérer une reconversion. Il s'explique enfin par la pression exercée sans relâche dans le long terme et au coup par coup par les États-Unis et leurs alliés afin de contenir puis de réduire les capacités d'extension du système communiste. La stratégie de « containment », définie en 1947, aura donc mis plus de quarante années pour atteindre ses objectifs, laissant une Union soviétique, toujours surarmée, s'enfoncer dans la crise économique tandis que son unité politique et nationale paraît gravement compromise.

   Si l'apparition brutale, au début du XXIe s., du terrorisme sur la scène politique internationale rend difficile d'envisager avec certitude ce que sera durablement le monde de l'après-guerre froide, on peut cependant affirmer que l'affrontement idéologique qui a opposé les deux blocs pendant une cinquantaine d'années a contribué à la désagrégation des empires coloniaux et à l'émancipation de l'Asie et de l'Afrique. Cette réalité constituera, au regard de l'histoire, l'un des événements majeurs de la seconde moitié du XXe s.

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