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Angola

Angola

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Carton de situation

Angola
Nom officiel : République d'Angola

État d'Afrique australe baigné à l'ouest par l'océan Atlantique, l'Angola est limité au nord par la République démocratique du Congo, à l'est par la Zambie et au sud par la Namibie.

Superficie : 1 246 700 km2
Nombre d'habitants : 18 498 000 (estimation pour 2009)
Nom des habitants : Angolais
Capitale : Luanda
Langue : portugais
Monnaie : kwanza

Chef de l'État : José Eduardo Dos Santos

Nature de l'État : république à régime présidentiel

Constitution :

 Adoption : 21 janvier 2010

 Entrée en vigueur : 5 février 2010

Institutions

Exécutif

Chef de l'État et du gouvernement : président de la République

Législatif

 Assemblée nationale

GÉOGRAPHIE

Le milieu naturel

Le relief

Une plaine côtière, presque entièrement constituée de sédiments crétacés, tertiaires et quaternaires, s'étend le long des rivages de l'Atlantique sur une largeur irrégulière qui n'excède nulle part 150 km. La côte est basse, sableuse, avec de nombreuses flèches de sable dirigées vers le nord, enserrant des lagunes ouvertes souvent profondes.

   Le passage aux plateaux cristallins de l'intérieur se fait par un escarpement généralement brutal, de 800 m de moyenne de hauteur, décomposé par endroits en plusieurs paliers. Une fois cet escarpement franchi, on accède au vieux socle précambrien, fait de vastes aplanissements dans des granités, des gneiss ou parfois des grès, qui couvrent la plus grande partie du pays, entre 1 000 et 2 000 m d'altitude. Ici et là se dressent des reliefs résiduels en inselbergs dans les roches les plus dures, granités ou quartzites. Ce socle forme à l'ouest un bourrelet montagneux culminant au Moro Moco (2 620 m). Il s'abaisse vers le nord-est (bassin du Kasaï) et le sud-est (bassins du Zambèze et de l'Okavango) où il s'enfonce sous des couches gréseuses.

Le climat et la végétation

Le climat de la région côtière, chaud et humide au nord (800 mm à 1 m de pluies dans l'année), devient subdésertique vers le sud (400 mm à Luanda, 233 mm à Lobito, 50 mm à Moçâmedes) : les eaux froides du courant de Benguela assèchent et refroidissent l'atmosphère littorale. Dans le Nord, on note des traits encore équatoriaux, avec des températures moyennes supérieures à 24 °C sur la côte. C'est le domaine de la forêt pluviale, généralement dégradée en savanes humides ou présentant un paysage de parc. Les cordons littoraux, en arrière desquels s'étendent des mangroves, portent des cocoteraies. Entre Luanda et Benguela, la moyenne annuelle des températures diminue (22 °C), en même temps que la pluviosité (entre 250 et 500 mm). La végétation naturelle est une savane de plus en plus sèche à acacias et à baobabs ou un bush. Au sud de Benguela, c'est la transition vers le désert du Namib (température moyenne annuelle de 20 °C ; moins de 250 mm de pluies). Dans l'extrême Sud, autour de Moçâmedes, la végétation se limite à des touffes éparses, et le fleuve Cunene est à sec la plus grande partie de l'année. Les hautes terres de l'intérieur reçoivent des précipitations estivales importantes (moyennes annuelles entre 800 et 1 800 mm) et ne présentent donc nulle part l'aridité de la côte méridionale, même si les plateaux du Sud connaissent une saison sèche, ou cacimbo, bien marquée de quatre mois, de juin à septembre.

La population

Estimée à 18 millions d'habitants en 2009, la population angolaise, très inégalement répartie sur l'ensemble du territoire, reste rurale à près de 60 %, malgré l'essor de l'urbanisation au cours de la guerre civile, durant laquelle près du tiers des Angolais ont été déplacés ou ont cherché refuge dans les villes côtières. La capitale, Luanda, compte, à elle seule, plus de 4 millions d'habitants dans l'agglomération. Jeune (près de la moitié des habitants sont âgés de moins de 15 ans), cette population connaît une croissance annuelle de près de 3 %. Les taux de natalité (49 ‰), de mortalité (22 ‰) et de mortalité infantile (117 ‰) restent extrêmement élevés, de même que l'indice de fécondité (près de 7 enfants par femme). L'espérance de vie à la naissance n'est que de 41 ans (39 ans pour les hommes, 43 pour les femmes). Le taux d'analphabétisme est proche de 60 %.

   Diverse sur le plan ethnique et linguistique, la population angolaise est généralement de souche africaine, hormis 10 % de métis et 1 % d'habitants d'origine européenne – souvent portugaise – ou asiatique. Bantous pour la plupart, les groupes ethniques les plus importants sont les Ovimbundus (37 % de la population), plutôt concentrés dans le centre du pays, les Kimbundus (25 %), sur la plaine côtière, et les Kikongos (13 %), au nord, dans les régions frontalières avec les deux Congo. Le portugais est bien la langue officielle, mais il n'est parlé couramment que par une minorité de la population, essentiellement les élites politique, administrative et culturelle.

L'économie

Si le pays dispose de ressources minières importantes, l'économie et la société angolaises ont considérablement souffert de la guerre civile, à l'image du secteur agricole (cultures, élevage) et des réseaux de transport ferroviaire et routier. L'agriculture occupe plus des deux tiers de la population active mais ne représente que 7 % du produit intérieur brut (P.I.B.). Elle est encore loin d'assurer l'autosuffisance alimentaire. Touchées par la guerre, les principales ressources agricoles proviennent de la culture de la canne à sucre, du café et du coton, en net recul. Hormis l'industrie pétrolière, le secteur secondaire, qui n'emploie que 10 % de la population active, est peu développé. La richesse de l'Angola se trouve principalement dans son sous-sol, mais aussi au large de ses côtes : en effet, des investigations récentes ont révélé le potentiel considérable des fonds marins angolais en matière de réserves pétrolières. Le pétrole (enclave de Cabinda, région de Luanda, zones de forage offshore) constitue donc la principale richesse nationale : il représente près de 90 % des exportations et procure 60 % des recettes du gouvernement. L'Angola est le deuxième pays producteur de pétrole d'Afrique, derrière le Nigeria, qu'il devance parfois lorsque les troubles au Nigeria limite la production. Parmi les autres sources de revenus figurent les diamants (les gisements du Nord-Est sont passés sous le contrôle de l'U.N.I.T.A.) et le fer, exploité dans le sud du pays.

   La transition libérale amorcée au début des années 1990 est loin d'avoir transformé l'économie angolaise en une véritable économie de marché. L'interminable guerre civile et la paix précaire qui lui a succédé ont largement contribué à généraliser et à pérenniser une économie de détournement et de dépendance clientéliste, le plus souvent à base ethnique. L'aggravation de la misère et des inégalités, la dépendance accrue à l'égard de l'aide internationale alimentent une crise sociale préoccupante, marquée par un développement très rapide de la criminalité et une forte insécurité. En revanche, les énormes réserves pétrolières et, dans une moindre mesure, les ressources diamantifères confèrent à l'Angola un potentiel géo-économique qui suscite l'intérêt croissant de nombreuses puissances (États-Unis, France, Chine).

HISTOIRE

En 1482 un navigateur portugais, Diogo Cão, parvient à l'embouchure du Congo et y plante comme signe de prise de possession un padrão (colonne commémorative). Dans le cadre de sa stratégie de recherche d'alliances avec les souverains locaux, le roi de Portugal Jean II décide d'envoyer sur ces côtes une nouvelle expédition composée d'artisans, de soldats mais aussi de missionnaires. En 1491, la conversion au christianisme du roi du Kongo, Nzinga, dont l'autorité s'étend sur les régions du fleuve Congo et sur le royaume du N'Gola (l'Angola), marque une étape importante dans l'extension de l'influence portugaise, même si les tensions ne tardent pas émailler cette alliance. Avant même la fin du XVIe s., les Portugais commencent à s'intéresser de plus près au royaume de Dongo, dirigé par le N'Gola, et à concentrer l'essentiel de leurs activités – principalement le commerce des esclaves – dans l'arrière-pays de São Paolo de Loanda (fondé en 1576) où un gouvernement général est créé en 1592 et où le siège de l'évêché de São Salvador (Mbanza Kongo) est transféré en 1623.

Le trafic des esclaves

Dès la fin du XVIIe s., avec la découverte de l'or au Brésil, l'Angola supplante la Guinée comme principal fournisseur d'esclaves, devenant ainsi « la mère noire » du Brésil. Au XVIIIe s., près de 70 % des esclaves de la traite portugaise proviennent ainsi de l'Angola. Au début du XIXe s., l'Angola demeure le principal centre portugais de la traite des esclaves, assurant encore près de 45 % de ce trafic qui connaît un nouvel essor à partir des années 1830, avec le développement de la culture du café dans le sud-est du Brésil. Négriers portugais, brésiliens et créoles sont alors particulièrement actifs à Luanda et Benguela. Pris en 1836 par Sá da Bandeira, le ministre portugais de la Marine et de l'Outre-mer, le décret interdisant la traite négrière à partir des territoires portugais est suivi de peu d'effets, malgré les pressions exercées par les Britanniques, alliés et puissance tutélaire traditionnels du Portugal depuis le XIVe s. Il faut encore attendre près d'une quarantaine d'années pour que cesse ce trafic, l'esclavage n'étant officiellement aboli par le Portugal qu'en 1878.

Le mythe du « nouveau Brésil »

Au début du XIXe s., la domination et la présence portugaises, notamment loin des zones côtières, restent encore assez floues. Luanda, où siège le gouverneur général, est la capitale d'une colonie composée de deux entités géographiques, Benguela et Angola. La monarchie portugaise s'assure de la fidélité des chefs africains en renouvelant périodiquement avec ceux-ci les liens de vassalité. Il faut attendre la fin de la première moitié du siècle pour voir l'Afrique redevenir un centre d'intérêt pour le Portugal, désireux, depuis les années 1820, de pallier la perte de son « deuxième empire », le Brésil. Avec la période de la Régénération (1851) et le retour à l'avant-scène politique de Sá da Bandeira débute une phase dominée par le projet de créer en Afrique « de nouveaux Brésil », principalement en Angola où ce dernier souhaite encourager le développement des plantations (canne à sucre, café) et de l'extraction minière. L'objectif est également de favoriser l'émergence d'un marché captif (protégé) pour le Portugal, le but ultime étant de détourner l'émigration portugaise du Brésil vers l'Angola. Véritable antienne du discours colonial d'une partie des élites politiques portugaises jusqu'au début des guerres coloniales, dans les années 1960, ce thème du « nouveau Brésil » n'aura pas l'impact escompté au Portugal sur les candidats à l'émigration, ceux-ci ne choisissant que tardivement – dans les années 1950 et 1960 – le chemin de l'Angola et du Mozambique, longtemps réservé aux seuls degredados, ces condamnés de droit commun au Portugal contraints à l'exil outre-mer. Longtemps, l'Angola conservera ainsi l'image d'une terre d'expiation pour les Portugais.

   C'est sous la contrainte internationale, lors de la conférence de Berlin à l'hiver 1884-1885, que le Portugal prend conscience du faible poids de ses « droits historiques » et de l'importance capitale que revêt dès lors « l'occupation effective des terres ». Présents depuis quatre siècles, les Portugais sont loin d'avoir colonisé l'ensemble du territoire angolais. La reconnaissance des frontières internationales de celui-ci, négociée avec les puissances coloniales rivales, s'accompagne d'opérations militaires de « pacification » (plus de 150 entre 1880 et 1926). Au début du XXe s., moins de 10 000 Portugais sont présents sur cet immense territoire qu'ils n'administrent que dans sa partie côtière. Après bien d'autres, le général Norton de Matos, figure emblématique de la politique coloniale de la Ire République portugaise (1910-1926), gouverneur général (1912-1915), puis haut-commissaire en Angola (1921-1924), réactive le mythe du « nouveau Brésil », mais échoue à son tour dans sa tentative de favoriser le développement économique et le peuplement blanc de la colonie. La dictature militaire instaurée au Portugal en 1926 et le régime salazariste de l'Estado Novo (1933-1974) réaffirment la stricte subordination de la colonie d'Angola – devenue « province d'outre-mer » après la révision constitutionnelle de 1951 – aux intérêts de la métropole. Ce n'est qu'à partir des années 1950 que l'Angola devient colonie de peuplement et connaît un rapide développement économique. Le statut de l'indigénat promulgué dès 1926 maintient la quasi-totalité de la population noire – hormis une poignée « d'assimilés » – dans une situation d'infériorité, privée de la citoyenneté portugaise et de droits politiques. Ce statut discriminatoire n'est supprimé qu'en septembre 1961 et le travail forcé en 1962, après l'éclatement des premiers troubles, début 1961.

Vers l'indépendance

Les mouvements nationalistes se sont organisés dès les années 1950. D'un côté, des assimilados du monde intellectuel, comme Agostinho Neto, qui ont fait leurs études à Lisbonne et à Coimbra, où ils ont fréquenté les Casas dos Estudantes do Império, fondent, vers 1956, le Mouvement populaire de libération de l'Angola (M.P.L.A.). À l'opposé de ces milieux d'assimilés, intellectuels et urbains, émerge un mouvement ethno-nationaliste qui revendique au départ la seule indépendance du peuple Kongo partagé entre le Congo belge et l'Angola. L'Union des populations du nord de l'Angola (U.P.N.A.), formée vers 1957 par Holden Roberto, élargit rapidement son champ d'action et se transforme en une Union des populations d'Angola (U.P.A.), puis, en 1962, en un Front national de libération de l'Angola (F.N.L.A.). En 1966 se constitue dans l'est et le sud de l'Angola, implantée notamment chez les Mbundus, l'Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola (U.N.I.T.A.), formée et dirigée par un dissident du F.N.L.A., Jonas Savimbi. La lutte pour l'indépendance de l'Angola contre le colonisateur portugais sera menée par ces trois mouvements concurrents, véritables frères ennemis que rien ne parviendra à rapprocher.

   L'année 1961 marque le début de la guerre coloniale en Angola. Les actions du M.P.L.A. dans la capitale, Luanda, en février, celles de l'U.P.A. dans le Nord en pays kongo, en mars, conduisent le régime salazariste à « agir rapidement et massivement » dès le mois d'avril, enclenchant le cycle des représailles. Treize années plus tard, les divisions des mouvements nationalistes ont largement été mises à profit par les autorités portugaises qui, avec un peu moins de 100 000 soldats et policiers, au prix de pertes relativement peu élevées (moins de 3 500 soldats tués entre 1961 et 1974), contrôlent certes militairement la situation mais ne proposent aucune solution politique autre que le maintien du système colonial. La « révolution des œillets » au Portugal (25 avril 1974), débloque politiquement la situation, en engageant des négociations avec les différentes composantes des mouvements nationalistes. Les accords d'Alvor (janvier 1975), prévoyant la mise en place d'un gouvernement provisoire quadripartite (Portugal, M.P.L.A., U.N.I.T.A., F.N.L.A.), ne sont pas respectés et une véritable guerre civile s'installe entre les mouvements nationalistes, instrumentalisés par les grandes puissances dans une logique Est-Ouest. Le M.P.L.A. voit ainsi se renforcer le soutien du bloc soviétique, des troupes cubaines commençant à se déployer en octobre 1975. Les Occidentaux apportent leur soutien au F.N.L.A. (par l'intermédiaire du Zaïre) et à l'U.N.IT.A. (par l'intermédiaire de l'Afrique du Sud). Le 10 novembre 1975, les derniers soldats portugais quittent l'Angola, la veille de la proclamation officielle de l'indépendance. À Luanda, A. Neto, président du M.P.L.A., annonce la naissance de la République populaire d'Angola. Ce même 11 novembre, l'U.N.I.T.A. et le F.N.L.A. déclarent l'indépendance d'une République populaire et démocratique d'Angola.

D'une guerre à l'autre : l'échec des accords de Lusaka

Lors de la proclamation de l'indépendance, le (M.P.L.A.) ne contrôle qu'une petite partie du territoire angolais. Le soutien massif des Soviétiques et des Cubains lui permet de progresser rapidement et, dès janvier 1976, de s'assurer le contrôle du quartier général du F.N.L.A. qui, vaincu, doit rendre les armes. L'U.N.I.T.A., très affaiblie, continue à mener des opérations de guérilla. Contesté à la tête du M.P.L.A., A. Neto est victime d'une tentative de putsch en 1977, avant de décéder d'un cancer, à Moscou, en décembre 1979. Le M.P.L.A. se présente alors comme marxiste-léniniste, « parti de l'avant-garde de la classe ouvrière », tout en s'efforçant de normaliser ses relations avec les Occidentaux. Le successeur de A. Neto, José Eduardo Dos Santos impose progressivement son image de pragmatique en opérant une transition vers le libéralisme au début des années 1990.

   Le soutien apporté par les administrations Ford et Reagan à J. Savimbi, qui s'est assuré le contrôle des zones diamantifères, ainsi que l'appui sud-africain incitent l'U.N.I.T.A. à reprendre les hostilités. Au terme d'une décennie de guerre civile meurtrière (près d'un million de morts), les accords de New York (décembre 1988) prévoient le désengagement des Cubains et des Sud-Africains. La fin de la guerre froide ne suffit pas à éteindre le conflit. Il faut attendre 1991 et les accords d'Estoril et de Bicesse pour entrevoir la paix. Le départ des dernières troupes cubaines (mai 1991) et l'organisation en septembre 1992, sous contrôle des Nations unies, d'élections remportées largement par le M.P.L.A. se soldent, dès octobre 1992, par une reprise de la guerre civile, l'U.N.I.T.A. n'ayant pas accepté le verdict des urnes. Isolée sur la scène internationale, hormis le soutien du Zaïre, sanctionnée par le Conseil de sécurité des Nations unies, l'U.N.I.T.A. est contrainte de signer le protocole de Lusaka qui met fin aux hostilités (novembre 1994). L'intégration progressive de l'U.N.I.T.A. au gouvernement et à l'administration, ainsi que le désarmement unilatéral des troupes de J. Savimbi, prévus par le protocole de Lusaka, se réalisent progressivement. En avril 1997, le Parlement angolais enregistre l'entrée des soixante députés de l'U.N.I.T.A. élus en 1992, alors que se constitue un gouvernement « d'unité et de réconciliation nationale » comprenant plusieurs ministres issus de l'U.N.I.T.A. Mais la défiance reste vive et le processus de paix se révèle vite précaire. En 1997 et 1998, la guerre civile angolaise se propage dans les pays limitrophes de l'Angola, instables politiquement (guerres civiles au Congo et au Zaïre en 1997, puis dans la nouvelle République démocratique du Congo [ex-Zaïre], pendant l'été 1998). En intervenant contre les régimes jugés « hostiles » de ses voisins, Dos Santos veut priver l'U.N.I.T.A. et le Front de libération de l'enclave de Cabinda (F.L.E.C.) – un mouvement indépendantiste fondé en 1963, de leurs bases arrière et de leurs soutiens extérieurs. L'enclave de Cabinda, à l'extrême nord de l'Angola dont elle est séparée par une bande côtière d'environ 60 km, est le fruit des partages coloniaux du XIXe s. : la régiona été isolée de l'Angola à la demande des Britanniques qui obtinrent des autres puissances euopéennes qu'une fenêtre maritime soit accordée au Congo belge. Des mouvements séparatistes y apparaissent dès les années 1960 et, quelques mois avant l'indépendance de l'Angola, les troupes de Luanda s'emparent de la région, qui devient la 18e province du pays. Depuis, le gouvernement angolais récupèrent, sans contrepartie pour les Cabindais, les dividendes de l'exploitation du pétrole dont l'enclave est gorgée.

L'impasse militaire : les diamants, le nerf de la guerre

Sur le sol angolais les affrontements reprennent dès 1997, de manière sporadique. Le cessez-le-feu est régulièrement violé. Le nord-est du pays, région d'où sont extraits les diamants qui constituent l'une des principales sources financières de l'U.N.I.T.A., est le théâtre de combats, à petite échelle. En mars 1998, l'U.N.I.T.A. est reconnue comme parti politique, mais cinq mois plus tard, à la suite de plusieurs attaques meurtrières, les autorités suspendent ses représentants du gouvernement d'union nationale et du Parlement. À la fin de l'année, les affrontements reprennent sur tout le territoire.

   En janvier 1999, le président Dos Santos supprime la fonction de Premier ministre, en s'attribuant à la fois les pouvoirs de chef de l'État, de chef de gouvernement et de chef de l'armée. Malgré l'échec de l'option militaire sur le terrain (le mouvement de J. Savimbi se réorganise et la capacité de nuisance des rebelles reste intacte), la ligne suivie par Dos Santos envers l'U.N.I.T.A. ne change pas : arracher coûte que coûte les dernières provinces minières pour acculer les rebelles à rendre les armes, faute d'argent. En annonçant la tenue d'élections générales, le président tente de donner une image plus démocratique de son régime, mais cette attitude plus conciliante est tempérée par son refus de répondre positivement à la demande de J. Savimbi qui réclame une négociation préalable à tout scrutin.

La fin de la guerre civile

En février 2002, J. Savimbi est tué lors de combats avec l'armée gouvernementale. Après avoir annoncé, le 13 mars, la cessation de toutes les actions offensives de son armée, le gouvernement angolais ouvre avec l'U.N.I.T.A. des négociations en vue d'un cessez-le-feu. Exsangue et acculée, cette dernière négocie rapidement les conditions de sa reddition. Un accord historique est signé à Luanda, le 4 avril 2002, entre l'armée gouvernementale et les forces rebelles de l'U.N.I.T.A., mettant fin à vingt-sept années de guerre civile ayant entraîné la mort d'un million de personnes. L'accord prévoit le cantonnement et le désarmement de quelque 50 000 combattants, l'intégration d'une poignée d'entre eux (5 000) dans les Forces armées angolaises (F.A.A.), le retour à la vie civile des autres et, enfin, la transformation de l'U.N.I.T.A. en un parti politique légal. La dissolution de l'aile militaire de l'U.N.I.T.A. doit être supervisée par une commission mixte, au sein de laquelle siègent, outre des représentants des belligérants, des observateurs des Nations unies et de la troïka (Portugal, Russie, États-Unis). Permettant l'accès à des territoires où des centaines de milliers de personnes ont été soumises depuis des années à un blocus alimentaire et médical, la fin des hostilités révèle un drame humanitaire : selon les Nations unies, trois millions de personnes, menacées par la famine et la maladie, nécessitent une assistance d'urgence.

   En décembre 2002, la nomination de Fernando Dias dos Santos au poste de Premier ministre marque un retour à la normalité constitutionnelle, mais la démocratisation du régime tarde à venir. L'U.N.I.T.A., qui a démobilisé 97 000 hommes, élit Isaïas Samakuva à sa tête, lors de son premier congrès en juin 2003 consacrant sa transformation en parti politique d'opposition. Elle est entrée dans le gouvernement d'unité et de réconciliation nationale, mais les postes qui lui sont octroyés sont sans pouvoir réel et le (M.P.L.A.) noyaute entièrement la vie politique. Ainsi, les lois électorales destinées à encadrer les prochaines élections législatives sont adoptées en août 2005 par un Parlement largement dominé par le M.P.L.A.

   Le 1er août 2006, un accord signé entre le gouvernement angolais et les séparatistes du Front de libération de l'enclave de Cabinda (F.L.E.C.) – une branche minoritaire du Forum cabindais pour le dialogue (F.C.D.) – signent un protocole d'accord prévoyant un « statut spécial » pour la province de Cabinda. Toutefois, l'accord est rejeté par la majorité des membres du F.C.D., qui appelle à de nouvelles négociations sous l'égide des Nations unies et de l'Union africaine sur la base de la reconnaissance d'un État cabindais.

L'apprentissage de la démocratie

Maintes fois reportées, les premières élections législatives – une étape importante pour la consolidation du processus de paix – ont lieu le 5 septembre 2008. Les inégalités croissantes – en dépit d'une croissance de plus de 20 % en 2008, les deux tiers de la population vivent en dessous du seuil de pauvreté – et la corruption sont les deux éléments susceptibles de renforcer le vote de l'opposition, notamment dans les bidonvilles de Luanda. Cependant, malgré un taux de participation de 87 %, l'U.N.I.T.A., avec 10,3 % des suffrages (16 députés contre 70 auparavant), demeure loin derrière le M.P.L.A., qui obtient 81,6 % des voix (191 députés sur 220).

   En ruine, l'Angola est à reconstruire. Dès 2002, les autorités angolaises lancent un vaste programme de reconstruction des infrastructures (routes, ponts, aéroports, chemins de fer), qui seront essentiellement réalisées par la Chine. La croissance économique, essentiellement portée par les exportations de pétrole, connaît un véritable essor. Mais les pratiques de corruption et de prédation demeurent et les conditions de vie de la population tardent à s'améliorer : deux Angolais sur trois vivent avec moins de deux dollars par jour ; en 2007, le pays recule d'un rang et figure à la 162e place sur 177 selon l'indice de développement humain ; largement illettrée (le taux de scolarité peine à atteindre les 26 %), la population ne dispose ni d'eau courante, ni d'électricité en permanence ; un enfant sur quatre meurt avant l'âge de quatre ans ; le choléra n'est pas totalement éradiqué. Face à la pénurie de logements, le président a promis la construction de 200 000 logements sociaux à Luanda, qui, passée de 500 000 habitants en 1975 à plus de 5 millions en 2008, est devenue l'une des villes les plus chères du monde. En 2009, le F.L.E.C./P.M. relance des opérations militaires dans l'enclave de Cabinda. En janvier 2010, une nouvelle Constitution entre en vigueur : adopté lors d'un vote auquel l'opposition n'a pas pris part, le texte prévoit que la tête de liste du parti vainqueur aux élections deviendra le président de la République, sans recourir au suffrage universel direct, supprime le poste de Premier ministre et stipule que toutes les terres deviennent propriété de l'État.

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