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Empire colonial portugais

Henri le Navigateur
Henri le Navigateur

Ensemble des pays et territoires possédés par le Portugal du xve au xxe siècle.

1. Formation de l’empire (xve-xvie siècles)

1.1. Les raisons de l’expansion

Dès le début du xve siècle, le Portugal se lance dans une ambitieuse politique d'expansion. La noblesse, qu'attire la conquête de nouvelles terres, et la bourgeoisie, qu'anime l'espoir d'un fructueux commerce, y sont favorables. De fait, les mobiles économiques, quête de l'or et des épices, ont pesé aussi lourd que les raisons purement religieuses ou les ambitions chevaleresques, encore bien vivaces, héritées de l’esprit de la Reconquista et de la croisade.

1.2. L’exploration des océans Atlantique et Indien

La poussée initiale le long des côtes d'Afrique est favorisée par la maîtrise technique des Portugais et l'école de cartographie et de navigation du prince Henri le Navigateur (1394-1460), fils du roi Jean Ier. Le cap Vert est atteint (1460), puis l'équateur (1471) ; Diego Cão découvre l’embouchure du Congo en 1482, et Bartolomeu Dias double le cap de Bonne-Espérance (1487).

Le traité de Tordesillas conclu avec l’Aragon (1494) assure aux Portugais le monopole des conquêtes à venir à l’est d’une ligne passant à 370 lieues à l’ouest des Açores. Cela leur garantit à l’avance la possession du Brésil, que Cabral découvre officiellement en 1500, ainsi que le contrôle de l’océan Indien.

Avec les voyages de Covilhã en Éthiopie (1494), de Vasco de Gama à Calicut (1498) et d’Almeida et Albuquerque dans l’océan Indien, les Portugais s'installent – en principe seuls – dans les Indes orientales.

1.3. L’apogée de l’Empire au milieu du xvie siècle

À la mort de Jean III (1557), malgré l'abandon de quelques places marocaines, l'Empire portugais est à son apogée. Outre le Brésil – frange côtière de l'Amazone au río de la Plata —, il comprend une série d'établissements jalonnant la route orientale des Indes : les îles Madère, Açores, du Cap-Vert, de Guinée (→ Fernando Poo, Ascension) et les postes de l'actuel Angola sur les côtes occidentales d'Afrique ; à l'est du cap de Bonne-Espérance, les comptoirs de Delagoa, Sofala, Mozambique, de Madagascar, d'Ormuz à l'entrée du golfe Persique sont occupés par les Portugais qui tiennent, dans les Indes orientales, une série d'établissements, de Diu (1535) jusqu'à Cochin (1502) sur la côte de Malabar, Ceylan (actuel → Sri Lanka [1505]) et, plus à l'est, Pegu, Malacca (1511), Macao (atteint dès 1516).

Pour exploiter cet immense Empire, nulle politique d'ensemble n'est appliquée.

2. L’Empire en Afrique

2.1. Échec de l’implantation au Congo

En Afrique noire, les Portugais auraient pu s'installer durablement. La bulle Inter Caetera (1493) leur conférait le monopole de l'évangélisation ; dès 1492, le roi du Congo a été baptisé sous le nom de Jean ; sa capitale, Mbali, devient São Salvador ; son descendant, Alphonse (1507-1540), correspond en latin avec Lisbonne, et Henri, fils d'Alphonse, devient évêque de São Salvador.

Mais la rapacité des colons et de leurs auxiliaires, les pombeiros, métis de la côte orientale surtout, les violences à l'égard des Noirs réduits à l'esclavage, l'incompréhension du clergé blanc sont autant de motifs au repli de l'Afrique sur elle-même. Chassés de São Salvador par Diogo, fils d'Alphonse, les Portugais demeurent seulement sur la côte, notamment à São Paulo de Luanda, dans l’actuel Angola.

L’Afrique relais des Indes

Des deux fonctions alors dévolues aux possessions portugaises d'Afrique, marchés d'esclaves et relais sur la route des Indes, la seconde disparaît tôt avec l'écroulement de l'empire des Indes ; la première demeure longtemps dans le cadre de la mise en valeur des îles atlantiques et du Brésil.

Ce lien explique l’implantation profonde des Portugais en Angola, par nécessité d’aller chercher toujours plus loin à l’intérieur les esclaves destinés à la grande colonie américaine. Le contrôle est plus léger sur le Mozambique, qui consiste en trois régions côtières séparées par de vastes zones intermédiaires, tournées vers l’océan Indien, et qui subissent le contrecoup de la ruine de l’Empire portugais dans cette aire au xviie siècle.

Pour en savoir plus, voir l'article Angola.

3. L'empire des Indes

3.1. L’Estado da India

À l'est du cap de Bonne-Espérance commence le domaine de l'« Estado da India », créé en 1505. Il comprend des villes relevant directement de la métropole – telles Diu, Malacca, Goa, la capitale –; des protectorats où les Portugais contrôlent des forteresses (Ceylan) ; des comptoirs en terre étrangère : Chittagong, Macao, Banten, Macassar.

Le gouverneur – il porte parfois le titre de vice-roi – réside à Goa. Dans chaque territoire exerce un « capitaine », assisté d'un « capitaine de forteresse » (militaire). L'Estado da India dispose d'une flotte et d'une armée spéciales.

3.2. Le monopole commercial

En faisant irruption dans les mers de l'Inde et de la Chine, les Portugais y ont trouvé tout un réseau commercial mis en place par les marchands musulmans, arabes et persans qui dominent le trafic ; Malacca était, au contact des mondes chinois et indien, le grand entrepôt. Les Portugais prétendent interdire le grand commerce à tout navire étranger, sous peine de destruction. Ils le réservent à leur « flotte » annuelle, qui rapporte à Lisbonne le poivre de Malabar (monopole royal absolu), les cotonnades de Surat, les clous de girofle des Moluques, la noix de muscade de Java, les porcelaines et laques de Chine, etc.

Propriétaire des cargaisons de poivre à leur arrivée à Lisbonne, le roi en afferme la redistribution dans toute l'Europe à des firmes étrangères et réalise ainsi d'énormes bénéfices, aussitôt engloutis dans une politique de fastes et de pensions. Monopole portugais absolu et – dans ce cadre – monopole royal pour certains produits, telle se veut, dès l'origine,la politique de Lisbonne.

3.3. Le déclin de l’empire des Indes

En fait, dès le milieu du siècle, le monopole portugais est battu en brèche par les musulmans, qui reprennent leurs activités commerciales. Depuis qu'a triomphé la politique d'implantation territoriale préconisée par Albuquerque (1508-1515), les charges financières deviennent de plus en plus lourdes, la concussion et l'indiscipline se développent. Si l'administration portugaise se révèle insuffisante, c'est que les Portugais ne se fixent pas aux Indes, en dépit des avantages proposés aux colons : les laïcs viennent, s'enrichissent, rentrent dans la métropole. Plus nombreux sont les clercs; mais leurs violences et leur vie peu édifiante, souvent, empêchent toute évangélisation durable, en dépit des missions de saint François Xavier.

3.4. L’effritement de l’empire des Indes (milieu xvie-milieu xviie siècle)

Dans la seconde moitié du xvie siècle, les Portugais, qui jusqu'alors ont résisté victorieusement aux musulmans, sont sur la défensive aux Indes et, en Afrique, ils ont dû se replier sur le Mozambique. Les plus dangereux adversaires sont toutefois les Hollandais et les Anglais : les premiers enlèvent Ambon (1605), Malacca (1641), Colombo, Cochin ; les seconds occupent Ormuz (1622), Mascate (1650).

Ainsi, la période de rattachement du Portugal à l'Espagne (1580-1640), précédée dès 1578 par l'écroulement des espoirs de conquête du Maroc (mort du roi Sébastien à la bataille d'Alcaçar-Quivir), voit l'effritement des possessions portugaises d'Asie.

Après la restauration de la maison de Bragance (1640) et le mariage de Catherine de Bragance avec Charles II d'Angleterre (1662) – Bombay et l'ouverture des colonies portugaises au commerce anglais lui sont offerts en dot —, le Portugal conserve de son prestigieux empire des Indes, outre les ports africains, Goa, Diu, Damão, Macao.

À l'exception des premières années d'exploitation, le Portugal s'était révélé incapable d'assurer le monopole d'exploitation et de barrer l'entrée des mers de l'Asie du Sud-Est aux autres flottes européennes.

4. L’Empire atlantique

4.1. L’organisation administrative

Si le Portugal est encore, au milieu du xviie siècle, une importante puissance coloniale, il le doit surtout aux solides racines qu'il a su pousser dans ses colonies de peuplement de l’espace atlantique : Madère, Açores d'une part, Brésil de l'autre. Ici et là, de vastes domaines d'exploitation ont été d'emblée concédés aux colons, les riches « capitaines-donataires » de Rio, Bahia, les jésuites de l'île Faial (Açores). Dans l'ensemble de ces territoires, Jean III essaie de reprendre les choses en main (1548) en les plaçant sous son contrôle direct et en y nommant des corregedores (gouverneurs), ainsi qu'un gouverneur général à São Salvador (Bahia).

4.2. L’originalité brésilienne

Mais, alors que les îles atlantiques évoluent sous le contrôle de la métropole, le Brésil affirme très tôt son originalité malgré le renforcement de l'autorité de la métropole, en particulier avec la création d'une vice-royauté en 1720.

En principe, le roi de Portugal règne aussi au Brésil. Il en interdit l'accès aux commerçants étrangers ; toutefois, par le traité de Methuen (1703), dérogation est accordée au profit des Anglais, qui assurent, à partir de cette date, la presque totalité du commerce brésilien.

4.3. L’autonomie relative du Brésil

En pratique, différents faits attestent l'autonomie relative du Brésil. Dès les premières années s'effectue un brassage ethnique profond : Blancs et Indiennes, puis Blancs et Noires. Aux côtés des créoles vivent de très nombreux métis (mamelucos) : les uns et les autres, puis seuls les premiers à partir de la fin du xviie siècle, forment une élite sociale dominant les Indiens et les Noirs importés en grand nombre, surtout après 1570. Cette élite affirme précocement son pouvoir : rurale, elle s'oppose aux jésuites, qui veulent lui arracher les Indiens menacés d'esclavage (conflit des jésuites et des paulistes dans l'État de São Paulo, jusqu'à la fin du xviie siècle) ; urbaine, elle dirige l'insurrection qui chasse les Hollandais du Brésil (1653-1654), après avoir été amenée à assumer, pendant cette période d'interruption des rapports avec le Portugal, d'importantes responsabilités municipales et politiques.

4.4. Du divorce à l’indépendance du Brésil (1750-1822)

Quand, vers le milieu du xviiie siècle, le Brésil s'enrichit, bénéficiant de la contrebande anglaise dans les colonies espagnoles voisines et des découvertes minières, ses intérêts divergent alors plus profondément de ceux de la métropole, au moment même où les réformes du marquis de Pombal (1750-1777) visent à renforcer l'autorité portugaise sur la colonie : création de compagnies de commerce métropolitaines à monopole, droit de 20 % sur l'or (1751). Le régime de l'exclusif devient plus difficilement supportable au Brésil.

Sans violences, le Brésil accède à l'indépendance (1822), après que le séjour du régent et futur roi Jean VI, durant l'occupation du Portugal, et les bouleversements qui y font suite (1807-1821) ont révélé une fois de plus la fragilité d'une suzeraineté portugaise toute nominale.

Pour en savoir plus, voir l'article Brésil : histoire.

5. La fin de l’Empire colonial (xixe-xxe siècles)

5.1. Les reliquats de l’Empire

De son immense Empire, le Portugal ne conserve que quelques territoires aux Indes (Goa, Diu, Damão), une partie de l'île de Timor et en Insulinde, les territoires africains (Guinée-Bissau, Angola, Mozambique) et les escales atlantiques (Madère, Açores, îles du Cap Vert, Saô Tomé et Príncipe).

En 1885, la conférence de Berlin reconnaît les droits du Portugal, qui projette la création d'un vaste empire de l'Atlantique à l'océan Indien, en demandant à annexer les territoires entre Angola et Mozambique ; mais un ultimatum anglais, en janvier 1890, met fin à ce rêve d'une Afrique australe portugaise.

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, l'Empire portugais est, par sa superficie, le troisième Empire colonial. La loi organique de 1951 transforme ses territoires en « provinces d'outre-mer ».

5.2. Vers l’indépendance

Mais il est déjà trop tard, et, dès 1961, des rébellions éclatent dans les possessions africaines. La même année, les comptoirs de l'Inde (Goa, Diu, Damão) sont annexés par la République indienne.

Le mouvement se précipite après la révolution des œillets de 1974, qui renverse la dictature salazariste au Portugal, avec comme acteurs de premier plan des sous-officiers progressistes qui ont fait leur éducation politique au cours des guerres coloniales.

En 1974, la Guinée-Bissau, puis, en 1975, le Cap-Vert, São Tomé et Príncipe, l'Angola et le Mozambique acquièrent leur indépendance. Les îles atlantiques sont assimilées aux provinces métropolitaines. Timor oriental est annexé à l'Indonésie en 1976 (avant de devenir indépendant en 2002). De l'épopée impériale ne subsiste que le petit territoire de Macao, sur les flancs de la Chine. Conformément à l'accord sino-portugais de mars 1987, il est rétrocédé à la Chine en 1999.

Pour en savoir plus, voir les articles colonisation, décolonisation, grandes découvertes, Portugal : histoire.