En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

Timor oriental

Nom officiel : République démocratique du Timor oriental

Carton de situation - Timor oriental
Drapeau du Timor-Oriental
Drapeau du Timor-Oriental

État insulaire d'Asie du Sud-Est baigné au sud par la mer de Timor, le Timor oriental est formé par l'est de l'île de Timor, par les îles avoisinantes d'Atauro et de Jaco et par une petite région isolée dans la partie ouest (indonésienne) de Timor.

  • Superficie : 14 874 km2
  • Nombre d'habitants : 1 133 000 (estimation pour 2013)
  • Nom des habitants : Est-Timorais
  • Capitale : Dili
  • Langues : tetun (ou tetum) et portugais
  • Monnaie : dollar des États-Unis
  • Chef de l'État : José Maria de Vasconcelos, dit Taur Matan Ruak
  • Chef du gouvernement : Rui Maria de Araújo
  • Nature de l'État : république à régime semi-présidentiel
  • Constitution :
    • Adoption : 22 mars 2002
    • Entrée en vigueur : 20 mai 2002
Pour en savoir plus : institutions du Timor oriental

GÉOGRAPHIE

Dans ce pays montagneux où dominent les cultures vivrières, le production de café et l'élevage, les ressources gazières et pétrolières sont exploitées depuis quelques années.

1. Le milieu naturel

Le pays est très montagneux : dix sommets dépassent les 1 500 mètres d'altitude, le point culminant étant le mont Tata Mailau (2 960 m). Les collines, aux formes molles, ravinées par l'érosion, sont dominées par des pitons calcaires. Le Timor oriental se trouve sur l'arc « externe » de la Sonde. Le relief a été mis en place au miocène. Des nappes de schistes cristallins et de calcaires primaires et jurassiques ont été charriées vers le nord sur des flyschs plus tendres ; une tectonique cassante (nombreux fossés orientés est-ouest) vient compliquer la structure ; le soulèvement semble se poursuivre à l'heure actuelle. Aucun volcan n'est actif aujourd'hui. Les plaines littorales, marécageuses et malariennes, sont plus développées sur la côte sud.

La situation abritée du pays lui vaut un climat tropical à nuance sèche très marquée, en dépit de la proximité de l'équateur (entre 8° et 10° de latitude sud). La saison des pluies s'étend de décembre à mars et la saison sèche de mai à septembre. Les typhons viennent régulièrement dévaster l'île. Sous l'effet des ravinements, des défrichements et des feux, la forêt claire, riche autrefois de bois de santal, a disparu au profit d'une savane où poussent des essences australiennes, dont l'eucalyptus.

2. La population

Les habitants associent des traits mélanésiens et malais. Quoique les premiers habitants aient probablement été des Mélanésiens, très métissés avec les Proto-Malais arrivés ensuite, les quelque trente-deux langues actuelles font en grande majorité partie du vaste groupe austronésien ou malayo-polynésien ; elles ont donc une parenté lointaine avec l'indonésien. Culturellement, on est cependant loin de Java : pas de trace d'indianisation ancienne et faible présence de l'islam. L'animisme, interdit sous la domination indonésienne, et bien que légèrement en déclin, subsiste encore grandement. La christianisation marque le pas, seule une minorité se convertissant, surtout au catholicisme. Au moins six peuples principaux se partagent le territoire. Les Tetuns (en indonésien Tetum) constituent le plus nombreux d'entre eux. Les Bunaqs parlent une langue papoue. Les Atonis, présents dans l'enclave d'Oecussi où ils sont connus sous le nom de Vaikeno, sont en majorité protestants.

3. Les faibles ressources du nouvel État

Né en 2002 de la séparation de la partie orientale de l'île de Timor d'avec l'Indonésie, le nouvel État de Timor oriental ne dispose que de faibles ressources. L'agriculture repose sur des cultures vivrières. L'agriculture sèche sur brûlis, itinérante, permet de produire du riz sec, du maïs, du sorgho et du taro, alors que sont cultivés dans des plantations le riz et le tabac, ainsi que le café ; l'élevage des buffles, introduit au début du xxe s., vient en concurrence avec l'agriculture extensive et n'a apporté aucun progrès ; celui des chevaux était, sous la domination indonésienne, en partie destiné au marché javanais.

Le Timor oriental doit faire face à une situation économique et sociale extrêmement difficile. Le conflit armé avec l'Indonésie a vraisemblablement décimé le tiers de la population depuis 1975 (environ 200 000 personnes), dont la plupart des hommes adultes. Le départ de l'armée indonésienne en 1999 s'est accompagné de la destruction d'une grande partie des infrastructures et d'une politique de terre brûlée.

Depuis l’accession du pays à l’indépendance, en 2002, le Timor oriental pays demeure très pauvre, sans poids économique réel, et mal doté en infrastructures, notamment en écoles. Il est aujourd'hui entièrement dépendant de l'aide étrangère. Il devrait disposer prochainement de deux ressources : la production d'un excellent café, toutefois réduite, et surtout l'exploitation de pétrole et de gaz offshore. Cette exploitation, qui se ferait conjointement avec l'Australie car les gisements sont situés dans le détroit de Timor, à peu près à mi-chemin de l'Australie, devrait constituer pendant de nombreuses années l'essentiel des ressources du nouvel État. Le règlement de la question des frontières maritimes entre les deux pays, qui implique aussi l'Indonésie, reste en suspens.

HISTOIRE

1. De la colonisation à la décolonisation

1.1. Sous la tutelle portugaise

Les Portugais arrivent sur l'île à la fin du xvie siècle. Ils se maintiennent dans la partie orientale de Timor, alors que les Hollandais les supplantent partout ailleurs en Insulinde, y compris dans l'ouest de Timor à partir du xviie siècle.

L'île reste cependant à l'écart des grandes voies maritimes et n'offre guère de perspectives commerciales, en dehors du bois de santal. Lisbonne se soucie peu de son territoire du bout du monde : l'implantation administrative et militaire reste des plus légères. Les nombreux royaumes locaux ou chefferies s'auto-administrent de fait largement jusqu'au début du xxe siècle.

Pour en savoir plus, voir les articles Empire colonial néerlandais, Empire colonial portugais.

1.2. Le partage de l’île (1904)

La frontière officielle entre le Timor portugais et la partie relevant des Pays-Bas n'est délimitée qu'en 1904. L'île est alors découpée en deux moitiés presque égales (15 800 km2 à l'ouest, 14 800 km2 à l'est), l'enclave portugaise d'Oecussi se trouvant dans la partie occidentale.

Les Timorais du côté oriental restés attachés au Portugal subissent à partir de 1926 la dictature d'António de Oliveira Salazar ; en 1941, l'invasion puis l'occupation japonaise. En 1945, l’autorité portugaise est restaurée.

L'accession de l'Indonésie à l'indépendance, en 1949, marque un nouveau pas dans la dissociation des destinées des deux parties de l'île.

L'Ouest, dont la principale ville, Kupang, devient le chef-lieu de la vaste province de Nusa Tenggara Timur (4 millions d'habitants), voit son identité indonésienne renforcée par l'arrivée de nombreux migrants, souvent javanais ou bugis (de Célèbes), et musulmans ; il connaît alors un développement économique limité.

L'Est, en dehors d'un soulèvement politique en 1959, demeure relativement isolé et calme, à l'ombre de la dictature de Salazar, puis de Marcello Caetano.

1.3. Naissance de l'Union démocratique de Timor (UDT) et du Fretilin

En 1974, la partie orientale de Timor se trouve mal préparée à une décolonisation rapide amorcée par les changements politiques qu'a induits la révolution des œillets au Portugal. Quelques groupes, principalement issus de la petite élite métisse ou proche du pouvoir colonial, fondent des partis politiques locaux pour mener le processus d'accession à l'indépendance. Les deux principaux sont : l'Union démocratique de Timor (UDT) et le Fretilin (Frente Revolucionária do Timor-Leste Independente, Front révolutionnaire pour l'indépendance du Timor oriental).

L'UDT, dominée par de hauts fonctionnaires de la colonie et des planteurs, prône une transition douce vers l'indépendance. Le Fretilin, influencé par les idées révolutionnaires, demande la séparation immédiate d'avec le Portugal. Malgré leurs divergences, les deux partis parviennent à établir une coalition en janvier 1975.

Mais l'Indonésie, redoutant, comme les États-Unis, une menace communiste dans la région (Saigon tombe aux mains des Vietnamiens en avril 1975), manipule secrètement l'UDT. En août 1975, ce parti tente un coup d'État. Son échec permet au Fretilin d'accéder au pouvoir au terme d'une brève guerre civile ayant causé environ 2 000 morts, tandis que l'administration portugaise s'installe dans l'île d'Atauro, au large de la capitale Dili.

2. L'invasion et l'occupation indonésiennes (1975-1999)

Le Fretilin, confronté aux incursions des troupes indonésiennes concentrées sur la frontière qui préparent l'invasion du Timor oriental (l'opération Lotus), et devant l'absence de réaction des Portugais, décide, en désespoir de cause, de proclamer l'indépendance de la République démocratique du Timor oriental le 28 novembre 1975.

Neuf jours plus tard, le 7 décembre, Jakarta déclenche l'opération Lotus. L'armée indonésienne (25 000 hommes) fait face aux unités paramilitaires du Fretilin (30 000 Falintil) ; ses exactions contre les civils liguent une grande majorité d'entre eux qui se réfugie dans les montagnes et oppose une résistance d'une ampleur surprenante ; le conflit s'enlise. Après avoir renforcé ses effectifs et ses équipements, l'armée indonésienne lance des opérations militaires d'envergure jusqu'à la fin des années 1980.

Bien que le Timor oriental soit devenu, en juillet 1976, la 27e province indonésienne, cette annexion unilatérale n'a jamais été reconnue par les Nations unies.

2.1. Le silence de la communauté internationale

L'invasion et l'annexion du Timor oriental par l'Indonésie se déroulent avec la complicité de la communauté internationale. Pris dans les tourments d'une instabilité politique en métropole, le Portugal laisse faire. Les États-Unis, redoutant un basculement du Timor oriental vers le bloc communiste, soutiennent l'Indonésie à qui ils fournissent l'essentiel de ses armements. Côté australien, le gouvernement affiche sa complaisance à l'égard de l'envahisseur dont elle reconnaît la victoire et obtient, en retour, des droits sur les réserves d'hydrocarbures en mer de Timor. Pour des raisons stragtégiques, l'URSS voit dansl’Indonésie un contrepoids à la Chine.

2.2. La résistance est-timoraise : Xanana Gusmão et l'Église catholique

La résistance timoraise n'est cependant pas de taille à lutter militairement contre l'armée indonésienne. De surcroît, en 1992, son chef charismatique, José Alexandre, dit Xanana Gusmão, est capturé. Fils d'instituteur, ancien élève des Jésuites, ce dernier a pris la tête de la rébellion en 1979, après la mort de Nicolau Lobato, abattu par l'armée indonésienne. Pour rétablir l'unité du mouvement divisé par des questions doctrinaires, Xanana Gusmão a créé en 1988 le Conseil national de la résistance timoraise maubere (CNRM).

Pendant de nombreuses années, l'Église catholique timoraise est la seule à critiquer ouvertement l'occupation indonésienne du Timor oriental. Se faisant le porte-parole des opprimés, elle consolide sa position dans la société est-timoraise et, d'Église coloniale se transforme en Église nationale (évaluée à 30 % de la population en 1975, la population passe à 80 % en 1985). À la suite de Monseigneur da Costa Lopez, évêque de Dili de 1977 à 1983, son successeur, Carlos Felipe Ximenes Belo condamne l'offensive indonésienne et revendique, malgré les risques, un référendum sur l'indépendance en 1989.

2.3. La fin de l'indifférence internationale

Une série d'événements au retentissement important attirent enfin sur le Timor oriental l'attention de l'opinion mondiale : la visite du pape Jean-Paul II en 1989 ; la diffusion sur les chaînes occidentales du massacre de 250 jeunes indépendantistes dans le cimetière de Santa Cruz, à Dili, en novembre 1991 ; l'arrestation en 1992 du leader charismatique Xanana Gusmão ; en 1996, le choix de l'évêque de Dili, Monseigneur Carlos Felipe Ximenes Belo et du « ministre des Affaires étrangères » du Fretilin, José Ramos-Horta, comme lauréats du prix Nobel de la paix.

Enfin, en avril 1998, de sa prison où il est toujours détenu, Xanana Gusmão transforme le CNRM en Conseil national de la résistance timoraise (CNRT), dont il prend la présidence.

3. Le difficile chemin vers l'indépendance

En 1998, la chute du leader indonésien, le général Suharto – qui a refusé jusqu'au bout d'accorder tout statut spécial à l'ancien territoire portugais – précipite les choses. Son successeur, Jusuf Habibie, dépendant de l'aide occidentale alors que son pays subit l'impact de la crise économique de 1997, se doit de faire des concessions politico-diplomatiques. Ayant évoqué en juin 1998 un statut d'autonomie pour le Timor oriental, il accepte en janvier 1999 qu'en cas de refus l'Indonésie laisse le territoire devenir indépendant.

Négocié sous les auspices de l'ONU, un accord prévoyant une consultation à brève échéance sur un projet de large autonomie accordée par l'Indonésie est signé le 5 mai 1999 à New York par Jakarta et Lisbonne. Une petite force civile des Nations unies, l'Unamet (United Nations Assistance Mission in East Timor), chargée de superviser la campagne et le scrutin, entreprend le recensement des électeurs (les Timorais d'origine, à l'exception des immigrants de la période d'occupation). Cependant, les milices anti-indépendantistes, formées, payées et entraînées par l'armée indonésienne – qui a fait du Timor oriental sa chasse gardée et tire des revenus de l'exploitation de ses ressources –, lancent des campagnes d'intimidation et de violence à l'encontre de la population : plus de 200 personnes périssent avant même le scrutin du 30 août. Un habitant sur dix est chassé de chez lui.

3.1. Un référendum d'autodétermination réprimé

Malgré les menaces, 99,6 % des inscrits participent au scrutin qui se déroule dans le calme. 78,5 % d'entre eux se prononcent contre l'autonomie, donc en faveur de l'indépendance. Dans les jours qui suivent, l'ONU assiste impuissante à la flambée de violence à laquelle se livrent les milices pro-indonésiennes, appuyées par les forces armées : 2 000 Timorais sont tués, 60 % à 80 % des édifices publics et privés incendiés ; les deux tiers des habitants s'enfuient, dont un tiers (290 000) sont emmenés de force au Timor occidental.

Sous la pression de la communauté internationale, Jusuf Habibie finit par accepter (12 septembre) l'intervention d'une force internationale de maintien de la paix (Interfet). Celle-ci, placée sous commandement australien et composée d'environ 7 000 hommes, prend le contrôle du territoire le 27 septembre et y rétablit progressivement l'ordre, aidée en cela par les Falintil. Le 19 octobre, l'Indonésie reconnaît les résultats de la consultation du 30 août 1999.

3.2. Un terrible bilan

Le pays ayant été fermé aux étrangers jusqu'en 1989, le nombre de victimes de l'occupation indonésienne est difficile à évaluer, en dépit des recherches effectuées depuis l'indépendance. Leur nombre, entre 170 000 et 250 000, soit entre un quart et un tiers de la population de 1975, en fait l'une des grandes tragédies du xxe siècle. Beaucoup d'indépendantistes sont tués lors des combats de 1975, puis lors d'opérations de « ratissage » des montagnes où s'est réfugiée la guérilla du Fretilin. D'autres sont massacrés, parfois par groupes entiers, au moins jusqu'au début des années 1980. La volonté d'affamer des populations déplacées par l'armée vers des camps de regroupement mal ravitaillés a des conséquences plus dramatiques encore.

4. L'indépendance (1999-2002)

4.1. Le Timor oriental sous administration provisoire de l'ONU

Le 25 octobre 1999, le Conseil de sécurité confie aux Nations unies l'administration civile et militaire du Timor oriental. Sous la direction du Brésilien Sérgio Vieira de Mello, l'Untaet (United Nations Transitional Authority in East Timor) est dotée de larges pouvoirs civils et judiciaires. Appuyée par une force de 9 000 Casques bleus, elle est chargée de faciliter l'aide humanitaire et le retour des centaines de milliers de réfugiés, puis d'organiser l'accession du territoire à l'indépendance.

Le 23 octobre 2000, un Conseil national de 36 membres est créé, sorte de Parlement consultatif, dont le leader de la résistance, Xanana Gusmão (libéré en septembre 1999), devient le président. Il en démissionne en mars 2001, suite à des différends sur les modalités d'élaboration de la Constitution du futur État, pour laquelle il aurait souhaité une large consultation populaire. Xanana Gusmão est remplacé brièvement par José Ramos-Horta, puis par Manuel Carrascalão, membre fondateur de l'UDT.

4.2. L'accession à l'indépendance

En août 2001, les Est-Timorais sont appelés à élire les 88 membres d'une Assemblée constituante. Xanana Gusmão décide de dissoudre la plate-forme du CNRT pour laisser jouer les forces politiques. L'élection, qui confronte 16 partis, est une réussite démocratique. Le Fretilin l'emporte avec 57,4 % des suffrages.

La nouvelle assemblée élabore une Constitution de type parlementaire, très largement calquée sur celle du Portugal, avant de se muer en première Assemblée nationale en mars 2002. Le mois suivant, Xanana Gusmão est élu président avec 82,7 % des voix, face à Francisco Xavier do Amaral. Marí Alkatiri, secrétaire général du Fretilin, de confession musulmane, est nommé Premier ministre. L'indépendance du Timor oriental est internationalement reconnue le 20 mai 2002. Le pays devient le 191e membre de l'ONU le 27 septembre 2002.

5. Les difficultés du plus jeune État de l'Asie

5.1. L’intégration régionale

Du point de vue extérieur, la situation vis-à-vis des deux puissants voisins – l'Indonésie et l'Australie – s'améliore progressivement.

La pacification des relations avec l'Indonésie

Redoutant l'établissement d'une commission d'enquête de l'ONU sur les crimes commis entre 1975 et 1999, Jakarta se rapproche du Timor oriental afin de promouvoir la mise en place d'une commission bilatérale alternative indo-timoraise. De leur côté, les autorités est-timoraises sont peu enclines à envenimer leurs relations avec l'ancien occupant. Aussi, les gouvernements timorais et indonésien choisissent d’éviter le recours à la justice pour réparation des graves violations des droits de l'homme.

Une commission de réconciliation « Vérité et Amitié » est établie fin décembre 2004. Son rapport, publié en 2008, conclut à la responsabilité institutionnelle des forces civiles et militaires indonésiennes pour les violations massives des droits de l’homme qu’elles ont commises contre des civils considérés comme indépendantistes.

Un accord sur les frontières terrestres des deux pays est trouvé lors de la visite officielle du président indonésien Susilo Bambang Yudhoyono au Timor oriental en 2005.

Un rôle particulier pour l'Australie

De son côté, l'Australie reste très présente au Timor oriental, dans une relation de rivalité plus ou moins manifeste avec l'Indonésie et surtout avec le Portugal, toujours actif du point de vue culturel. Lors de l'accession à l'indépendance du Timor oriental, l'Australie, puissance régionale, apparaît comme le sauveur du tout nouvel État dont les infrastructures ont été détruites à 70 % par l'armée indonésienne. Les Est-Timorais, escomptant une aide économique de Canberra, renoncent à contester l'accord signé entre l'Australie et l'Indonésie de 1972, qui rejetait dans les eaux internationales la plus grande partie des réserves d'hydrocarbures est-timoraises. Depuis 2002, des négociations sont en cours entre les deux États qui revendiquent l'un et l'autre l'exploitation du Greater Sunrise, le gisement le plus important en mer de Timor. En 2012, la visite d'État du Premier ministre Xanana Gusmão en Australie marque le réchauffement des liens entre les deux pays.

5.2. Une situation économique, politique et sécuritaire fragile

Le plus jeune État de l'Asie est confronté à des problèmes immenses : économiques, culturels et politiques.

Le Timor oriental est l'un des pays les plus pauvres d'Asie :plus de 40 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, le taux de chômage frôle les 20 %. En novembre 2002, la capitale, Dili, est secouée par de violentes manifestations de chômeurs. Avec des revenus pétroliers en augmentation, le pays dispose d'atouts non négligeables, mais la population attend toujours des résultats concrets, notamment dans l'amélioration du niveau de vie (éducation, santé).

Principalement touchée, la jeunesse se sent marginalisée : celle-ci, qui n’a connu que l’occupation indonésienne, a été éduquée dans un système indonésien alors que les langues officielles sont le tetun et le portugais ; la maîtrise de cette dernière est nécessaire à l’accession à certaines des plus hautes fonctions administratives.

De même, les Est-Timorais qui sont restés sur place pour résister sous le joug indonésien s'estiment disqualifiés vis-à-vis des Est-Timorais de retour d'exil, souvent issus de l'élite lusophone. Depuis avril 2006, une fraction de l'armée, provenant de la partie occidentale du Timor oriental et se plaignant de discriminations, amorce une logique de confrontation entre les deux moitiés du pays, entraînant le déplacement de près de 200 000 personnes. Face aux violents affrontements entre cette fraction de l'armée et la police, le président Gusmão demande le retour d'une force militaire internationale (2 500 hommes) afin de rétablir l'ordre.

Début 2006, le président Gusmão entre en conflit ouvert avec son Premier ministre, M. Alkatiri, qui est poussé à la démission en juin 2006. Constatant le manque de pouvoir que la Constitution nationale accorde au président, ce dernier laisse José Ramos-Horta (Premier ministre depuis juillet 2006) se présenter à l'élection présidentielle de mai 2007, qu'il remporte.

De son côté, Xanana Gusmão refonde le CNRT sous une nouvelle appelation (Congrès national pour la reconstruction de Timor) et concourt aux législatives de juin 2007. Bien qu'arrivé second derrière le Fretilin, le CNRT parvient à constituer une coalition majoritaire, à laquelle le président J. Ramos-Horta demande de former un gouvernement. Xanana Gusmão obtient le poste de Premier ministre en août 2007 : cette nomination entraîne une flambée de violences de la part de partisans du Fretilin, surtout dans les districts de l'Est.

Les tensions s'enveniment et conduisent en février 2008 à une double tentative d'assassinat qui blesse grièvement le président Ramos-Horta et le Premier ministre Xanana Gusmão. Depuis, les auteurs de l'attaque, une fraction de l'armée rebelle en fuite depuis les événements de 2006, se sont rendus aux autorités. Amorcé en 2009, le transfert du maintien de l'ordre entre les Nations unies et les forces de police est-timoraises, s'est achevé en 2011.

Le poids politique des anciens guérilleros de la guerre d'indépendance demeure important, comme le montre l'élection présidentielle de 2012. Candidat indépendant pour un second mandat, José Ramos-Horta est éliminé lors du premier tour, face au candidat et président du Fretilin, Francisco Guterres, ancien combattant indépendantiste, et au candidat indépendant soutenu par le CNRT du Premier ministre, le général José Maria de Vasconcelos. Ce dernier, ancien chef des Falintil surnommé Taur Matan Ruak (nom de guerre signifiant « Deux yeux perçants ») a dirigé l'armée jusqu'en 2011. Vainqueur au second tour avec 61,2 % des suffrages contre 38,8 % à son adversaire, Taur Matan Ruak entre en fonctions le 20 mai.