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Indonésie

en indonésien Indonesia

Nom officiel : République d'Indonésie

Carton de situation - Indonésie
Drapeau de l'Indonésie
Drapeau de l'Indonésie

État insulaire d'Asie du Sud-Est, l'Indonésie groupe la plupart des îles de l'Insulinde entre l'océan Pacifique à l'est et l'océan Indien à l'ouest.

  • Superficie : 1 885 000 km2
  • Nombre d'habitants : 249 866 000 (estimation pour 2013)
  • Nom des habitants : Indonésiens
  • Capitale : Jakarta
  • Langue : indonésien
  • Monnaie : rupiah (roupie indonésienne)
  • Chef de l'État : Joko Widodo
  • Chef du gouvernement : Joko Widodo
  • Nature de l'État : république à régime présidentiel
  • Constitution :
    • Adoption : 18 août 1945
    • Révisions : octobre 1999, août 2000, novembre 2001, août 2002
Pour en savoir plus : institutions de l'Indonésie

GÉOGRAPHIE

Au quatrième rang mondial pour la population et correspondant à la majeure partie de l'Insulinde, l'Indonésie est un État insulaire (plus de 13 000 îles, dont moins de la moitié est habitée), s'étendant sur 5 000 km d'O. en E. et sur 2 000 km du N. au S. C'est un pays souvent montagneux et volcanique, proche de l'équateur, au climat chaud et humide, en grande partie couvert d'une forêt dense.

La population, islamisée (l'Indonésie est le premier pays musulman), se regroupe pour près des deux tiers à Java. Moins vaste que Sumatra, Célèbes ou les parties indonésiennes de Bornéo (Kalimantan) et de la Nouvelle-Guinée (Papouasie [-Occidentale]), Java possède cependant les trois plus grandes villes (Jakarta, Surabaya, Bandung).

Le riz constitue la base de l'alimentation. De la période coloniale résulte l'importance des plantations : caoutchouc, café, oléagineux, tabac. Sont également développées la pêche et l'exploitation du bois. Le pétrole et le gaz naturel fournissent les ressources essentielles. L'économie est conditionnée par leurs cours, mais aussi par l'endettement, par la faiblesse de l'infrastructure (transports) et par l'accroissement de la population, qui pose localement (Java) le problème du surpeuplement. Mais le pays, qui bénéficie d'un tourisme florissant (malgré les aléas de la nature et les violences du terrorisme islamique), s'affirme, en dépit de crises financières et économiques (régionale en 1997-1998 et mondiale à partir de 2007-2008), comme la puissance montante de l'Asie du Sud-Est.

1. Le milieu naturel

L'Indonésie groupe la plupart des îles de l'Insulinde entre l'océan Pacifique à l'est et l'océan Indien à l'ouest. De vastes plaines alluviales s'étendent dans l'est de Sumatra, le nord de Java et à Kalimantan (la partie indonésienne de l'île de Bornéo). Elles reposent sur la plus vaste plate-forme continentale du monde, la plate-forme de la Sonde, qui relie ces grandes îles à l'Indochine et à la péninsule malaise sous quelques dizaines de mètres d'eau (mer de Java et sud-ouest de la mer de Chine méridionale). Les rebords ouest et sud de cette plate-forme sont parcourus par 2 arcs montagneux, que l'on peut suivre dans l'ouest de Sumatra et le sud de Java.

L'arc externe, qui fait face à l'océan Indien, apparaît dans les îles Simeulue, Nias et Mentawai au large de la côte ouest de Sumatra ; il se poursuit dans les plus méridionales des petites îles de la Sonde (Sumba, Savu, Timor) et s'incurve vers le nord (îles Tanimbar, Kai), puis vers l'ouest (Ceram, Buru, Célèbes). Des plissements oligo-miocènes affectent un matériel secondaire et tertiaire, mais le fait qu'il s'agisse de la zone la plus instable de l'Indonésie sur le plan sismique indique que l'orogenèse n'est probablement pas terminée. L'arc interne comprend les principales chaînes de montagnes du pays (massif et plateau des monts Barisan, épine dorsale de Sumatra) ; il se poursuit vers l'est par les petites îles de la Sonde du Nord (Bali, Lombok, Sumbawa, Flores, Alor, Wetar) et s'incurve vers le nord. Les plissements sont plus récents que pour l'arc externe (pliopléistocène).

Mais, surtout, cet arc constitue la plus grande zone volcanique du monde, rassemblant la plupart des quelque 500 volcans de l'Indonésie, dont plus de 100 sont actifs. Les stratovolcans avec alternance de cendres et de laves sont les formes construites les plus fréquentes (les laves calcaires alcalines dominant), mais on trouve aussi de vastes formes en creux : caldeiras, dont la plus connue est celle de Tengger (est de Java), occupée en son centre par la « mer de sable » volcanique dominée par plusieurs cônes, dont celui du Bromo. Les éruptions volcaniques font parfois un grand nombre de victimes (36 000 morts pour celle qui, en 1883, transforma l'île de Krakatoa, dans le détroit de la Sonde, en une immense caldeira sous-marine et s'accompagna de violents raz de marée).

La Papouasie-Occidentale (partie ouest de la Nouvelle-Guinée) appartient à un domaine différent ; la plate-forme d'Arafura (séparée de celle de la Sonde par les fosses sous-marines du détroit de Macassar et des mers de Flores et de Banda) est elle-même bordée au nord par un axe orographique de tectonique récente, qui dépasse 5 000 m au Puncak Jaya, point culminant de l'Indonésie.

Sous la double influence de l'insularité et de la position équatoriale (entre 7° nord et 10° sud), l'Indonésie est l'une des régions les plus chaudes et les plus humides du monde : les températures varient peu dans l'année (autour de 25 °C) ; tous les mois sont pluvieux, avec un maximum en octobre-novembre ; les totaux pluviométriques annuels dépassent 3 m dans la plupart des stations. Ce climat équatorial typique est quelque peu modifié dans l'est de Java, les petites îles de la Sonde et le sud de Célèbes (ou Sulawesi), où un rythme tropical apparaît dans les précipitations : saison humide de novembre à mai, saison sèche ensuite. Sous un tel climat, la végétation prolifère : les forêts recouvrent 64 % du territoire, et le bois est, après le pétrole, le deuxième produit d'exploration de l'Indonésie (premier exportateur mondial de bois durs tropicaux bruts). Les forêts livrent l'écorce de quinquina, le rotin, des bois précieux (teck, ébène, bois de santal, camphrier). Dans les zones les plus sèches (petites îles de la Sonde), les forêts laissent la place, dans les zones les moins élevées ou abritées, à des savanes de plus en plus sèches. La plupart des côtes sont bordées d'épaisses mangroves.

2. La population

La population indonésienne occupe le quatrième rang mondial (après la Chine, l'Inde et les États-Unis). Son taux de croissance élevé a pu être réduit grâce à un programme efficace de contrôle des naissances lancé en 1968 : de 2,3 % par an entre 1970 et 1980, il est passé à 1,2 % en 2003. Les habitants sont encore très jeunes, 28 % d'entre eux étant âgés de moins de 15 ans.

La population est inégalement répartie dans l'archipel : 61 % des Indonésiens résident sur Java, Madura et Bali, soit 120 millions de personnes sur 7,2 % du territoire. Aussi ces îles connaissent-elles de fortes densités allant de 500 jusqu'à 2 000 habitants par km2. Sumatra a, de son côté, une densité de 90 habitants par km2, Kalimantan, de 17 habitants par km2, la Papouasie-Occidentale, de 4 habitants par km2. Engagée au temps de la colonisation néerlandaise, la politique de « transmigration », c'est-à-dire la réimplantation d'habitants des zones surpeuplées dans les zones moins peuplées (Sumatra est la première destination), s'est intensifiée depuis les années 1970. Ainsi, en 1991, on estimait le total des familles « transmigrées » à 1,3 million, soit environ 6 millions de personnes. Toutefois, même en lui ajoutant la transmigration spontanée, son impact, limité, est amoindri par un mouvement migratoire inverse, vers Java et surtout vers la capitale, Jakarta. Il n'en reste pas moins que l'ensemble constitué par Java, Madura, Bali et Sumatra regroupe, à l'ouest de l'archipel, 82 % de la population sur 32 % du territoire.

Le taux d'urbanisation (43 % en 2002) est moins élevé qu'en Malaisie ou aux Philippines. Dans le nord de Java-Ouest, Jakarta compte plus de 12 millions d'habitants ; 75 % sont employés dans le secteur tertiaire (services, commerces, transports), mais la capitale est aussi un centre industriel où sont venus s'implanter la majorité des investissements nationaux (62 %) et étrangers (73 %) ; c'est également le principal port du pays. Deux villes de plus d'un million d'habitants sont situées à Java : le grand port de Surabaya (2,6 millions) et Bandung (3,8 millions). Deux autres, Medan (2 millions) et Palembang (1,6 million), se situent à Sumatra.

L'Indonésie connaît une grande diversité ethnoculturelle et religieuse, d'ailleurs inscrite dans la devise nationale : Bhinneka tunggal ika (« unité dans la diversité »). Quelque 300 langues austronésiennes du groupe malayo-polynésien sont parlées dans l'archipel. Treize groupes ethnolinguistiques seulement ont un million ou plus de locuteurs. Parmi eux, on compte les Javanais (Java-Centre et Est, 47 %), de loin les plus nombreux, les Soundanais (Java-Ouest, 14,5 %) et les Madurais (Madura, Java-Est, 7 %). Il existe à Sumatra une quinzaine de groupes dont les Minangkabaus (Centre, 3,2 %), les Bataks (Nord, 1,6 %), les Achinais (Nord, 1,2 %), les Lampungs (Sud, 0,75 %) et les Rejangs (0,5 %) ; à Kalimantan, au moins cinq groupes Dayaks et les Banjarais (1 %). Vers l'est, où les groupes sont de plus en plus atomisés, on peut encore citer les Balinais (Bali, 1,5 %), les Sasaks (Lombok, 1 %), les Bugis et les Macassars (Célèbes-Sud, respectivement 1,8 % et 0,8 %). En Papouasie-Occidentale, on a dénombré quelque 200 langues papoues, appartenant à la famille austromélanésienne, pour moins d'un million d'habitants. Les niveaux de développement sont aussi très variés. Le poids numérique des Javanais, dominant dans l'appareil d'État, a pu inquiéter les autres groupes. La minorité chinoise (3,5 %) domine le secteur économique.

Il existe une langue nationale, l'indonésien, proche du malais utilisée depuis longtemps comme lingua franca dans la région. Elle est la deuxième langue pour presque tous les Indonésiens, qui utilisent d'abord la langue de leur communauté ethnique, et constitue, en cela, un facteur d'unité nationale.

L'islam (sunnite) est la religion dominante (87 % de la population) : l'Indonésie est le premier pays musulman du monde. Il existe quatre autres religions officielles : protestantisme (5,8 %), catholicisme (3 %), hindouisme (2 %, Bali), bouddhisme (0,9 %). Les musulmans orthodoxes, appartenant aux sociétés marchandes des côtes javanaises et des îles hors de Java, n'ont pu imposer un État islamique que ne veulent pas les musulmans originaires des sociétés agraires de l'intérieur de Java, dont l'islam, syncrétique et mystique, est imprégné de traditions antérieures, hindouistes et animistes.

3. L'agriculture

La part du secteur agricole dans le produit intérieur brut (P.I.B.), qui s'élevait à 40 % en 1971, a diminué jusqu'à atteindre 17 % en 2002. L'agriculture occupe encore 44 % des actifs (64,2 % en 1971) et reste un secteur prioritaire. La production de riz a doublé entre 1967 et 1984 (de 12 à 24 millions de tonnes), grâce à une augmentation des surfaces cultivées et des rendements qui dépassent 3 tonnes par hectare (nouvelles variétés de semences, utilisation intensive d'engrais et de pesticides subventionnés, irrigation améliorée). Après avoir été le plus gros importateur de riz du monde (1978), l'Indonésie est devenue autosuffisante en 1984. Il s'agit toutefois d'une victoire fragile face à la demande croissante, et si 51 millions de tonnes ont été produites en 1996, il a fallu recourir de nouveau aux importations après la sécheresse provoquée par le phénomène climatique El Niño en 1997. Java, aux riches terres volcaniques, dont la moitié est occupée par les rizières, fournit 61 % de la production nationale. Les deux tiers des propriétaires y possèdent moins d'un demi hectare et 31 % des paysans sont sans terre. La gestion du prix et des stocks de riz revient à une agence nationale, le BULOG. Par contraste, les autres cultures vivrières (manioc, patates douces, arachides) n'augmentent que faiblement, sauf peut-être le maïs et le soja.

Les principales cultures commerciales sont l'hévéa, le palmier à huile, le café, le coprah, la canne à sucre, le thé, le cacao et les épices. Négligées face à la montée des recettes pétrolières (leur part dans les exportations était tombée de 70 % en 1969 à 9 % en 1983), elles ont suscité un regain d'intérêt après la chute du prix du pétrole. La production de caoutchouc (le quart de la production mondiale et le 2e rang mondial, après la Thaïlande) provient pour plus de 80 % de petites plantations au rendement faible. Naturel ou transformé, le caoutchouc est exporté à 90 %, mais les prix sont bas. La production d'huile de palme a connu un accroissement rapide (1er rang mondial), mais la demande intérieure augmente. L'Indonésie est le quatrième producteur mondial de café, dont les trois quarts sont exportés, le troisième producteur de cacao et le cinquième producteur de thé. La production de sucre, quant à elle, ne couvre pas les besoins nationaux et le clou de girofle sert à la fabrication des cigarettes locales (kretek).

L'élevage reste peu développé, ce qui oblige le pays à importer, malgré une faible consommation de viande. La pêche permet des exportations (crevettes, à 70 %). Les pêcheurs locaux sont concurrencés par les chalutiers étrangers, plus modernes. Le poisson est la principale source de protéines animales et la pisciculture en eau douce ou saumâtre est encouragée.

L'Indonésie disposait de 112 millions d'hectares de forêt en 1994, soit l'une des plus grandes réserves de bois tropicaux du monde ; mais celle-ci diminue de un million d'hectares chaque année en raison de l'exploitation accélérée opérée à partir des années 1970. En vue de ralentir la déforestation, Jakarta a interdit l'exportation de grumes à partir de 1980, puis de rotin à partir de 1987, afin de développer la production de bois scié, de contreplaqué (70 % des exportations mondiales), de meubles et de papier. Les compagnies qui possèdent des concessions d'exploitation doivent théoriquement reboiser, mais la détérioration de l'environnement a été soulignée par les immenses incendies de 1994 et 1997 à Kalimantan et à Sumatra.

4. Les ressources naturelles

Le pétrole et le gaz naturel sont l'une des principales richesses de l'Indonésie. Les gisements pétroliers (off shore pour 30 %) sont situés sur la côte orientale de Sumatra, au nord de Java, à l'est de Kalimantan et à l'ouest de la Papouasie-Occidentale. Ils sont gérés par la compagnie d'État Pertamina, qui conclut des contrats de partage de production avec les compagnies étrangères qui les exploitent. La production indonésienne, de 1,5 million de barils par jour, place le pays (membre de l'O.P.E.P.) autour du 18e rang mondial. D'abondantes réserves de gaz naturel existent au nord de Sumatra (Arun), à l'est de Kalimantan (Bontang) et surtout dans les îles Natuna. L'Indonésie est ainsi devenue le premier exportateur de gaz naturel liquéfié (vers le Japon, la Corée du Sud et Taïwan).

Malgré ses réserves énergétiques, l'Indonésie est très en retard pour la production d'électricité (62 % des foyers n'en disposent pas) et doit développer les ressources autres que le pétrole. Le charbon (Sumatra et Kalimantan), quoique en partie exporté, permet, ainsi que le gaz, d'alimenter des centrales thermiques. Le potentiel hydroélectrique utilisable se trouve dans des îles éloignées (Papouasie-Occidentale), Java ayant déjà trois barrages. La géothermie est utilisée dans les îles volcaniques (Java, Sumatra, Célèbes).

Les principales autres ressources minérales sont l'étain (Bangka et Belitung, est de Sumatra), la bauxite (Riau et Kalimantan-Ouest), le nickel (Célèbes), le cuivre et l'or (Papouasie-Occidentale). On trouve également du manganèse, des sables ferrugineux, de l'asphalte, des phosphates, de l'argent et des diamants.

5. L'industrie et les transports

Si l'agriculture occupe plus de la moitié des actifs, c'est l'industrie qui assure aujourd'hui la majeure partie du P.I.B. Elle le doit à l'extraction du pétrole et du gaz naturel. Les hydrocarbures constituent presque 75 % des exportations, alimentant pour une part encore plus grande le budget, et expliquent l'excédent ou l'équilibre du commerce extérieur, effectué en priorité avec le Japon. L'industrie de transformation est consacrée à la valorisation des produits du sous-sol (raffinage du pétrole, mais aussi traitement d'un peu d'étain, de nickel, de cuivre et de bauxite) et du sol (agroalimentaire, travail du bois). Les industries manufacturières d'exportation (textiles, vêtements, chaussures, matériels électriques) connaissent un essor rapide, mais restent concentrées à Java. Un « triangle de croissance » associe l'archipel des Riau (Batam) à Singapour et à Johore (Malaisie). L'économie dans son ensemble est caractérisée par la disparité entre l'ouest de l'archipel, plus riche et plus développé, et le « Grand Est » (îles Célèbes ou Sulawesi, petites îles de la Sonde), beaucoup plus pauvre. Le problème de l'emploi est aggravé par l'exode rural et la surcharge démographique, notamment à Java, auquel s'ajoute la faiblesse de l'infrastructure. Les transports, secteur prioritaire après l'agriculture, ont progressé, mais restent insuffisants et trop centralisés à Jakarta. Le développement des transports est motivé par le tourisme, qui connaît une forte croissance : 1 million de visiteurs en 1987, 7 millions en 2010.

HISTOIRE

1. Les premières civilisations (viie-xiiie siècles

D'abord morcelée en petits royaumes, l'Indonésie voit, au viie siècle, la prédominance du royaume bouddhiste du Shrivijaya (ou Çrivijaya), une thalassocratie qui, centrée à Sumatra-Sud, s'étend peut-être jusqu'à Ceylan (Sri Lanka) et au Cambodge, en tout cas règne à Java jusqu'à la péninsule malaise.

Au ixe siècle domine la dynastie des Shailendra, qui a laissé de nombreux monuments au centre de l'île (Barabudur). Les rois de la partie orientale de Java disputent très vite la suprématie à Shrivijaya, en particulier avec le roi Airlanga (1019-1049). Après sa mort se constitue à l'est de Java le royaume de Singasari, dont le dernier souverain, Kertanagara (1268-1292), cherche à conquérir le sud de → Sumatra. Mais, par son hostilité à l'égard de la Chine, il incite l'empereur mongol Kubilay à envoyer une expédition (1292), qui arrive en Indonésie après la mort du souverain. Finalement, le gendre du défunt, Raden Vijaya, chasse les Mongols, fondant l'empire maritime de Majapahit, qui dominera l'archipel pendant plus de deux siècles. L'invasion mongole a échoué, mais elle laisse derrière elle des soldats ou des marins naufragés, qui constitueront l'embryon de la colonisation chinoise dans l'archipel.

2. Musulmans et Chinois

L'islam apparaît alors, introduit par des marchands venus d'Inde ou du Moyen-Orient : à Sumatra dès le xiiie siècle, à Malacca (dont le sultanat sera son grand foyer de diffusion) et à Java au xve siècle Les croyances musulmanes ne font que s'ajouter au vieux fonds animiste, et le droit coranique ne supplante pas l'adat (droit indonésien). Mais les seigneurs et roitelets convertis à l'islam en tirent prétexte pour ne plus obéir au roi de Majapahit, un « infidèle », et sa domination s'effondre au début du xvie siècle Les adeptes des religions hindoues se réfugient à Bali, où leurs croyances se maintiennent.

Les Chinois exercent surtout une influence économique. Leur immigration, qui se renforcera sous la domination européenne, ne cessera de poser des problèmes aux administrations coloniales.

3. La pénétration européenne

En fait, c'est l'islam qui a été le fourrier de la pénétration européenne ; les marchands indiens et surtout arabes leur ayant fait connaître les épices d'Indonésie, les Occidentaux préfèrent aller les chercher eux-mêmes. Les Portugais, qui ont appris aux Indes l'origine des épices, fondent un comptoir à Amboine (1521) ; en 1511, Albuquerque s'empare de la position stratégique de Malacca. Chassés, les marchands musulmans se retrouvent dans les ports voisins du nord de Sumatra : Pasai et surtout Aceh, qui deviendra le centre d'un sultanat extrêmement puissant. Il n'y a pas, cependant, d'Empire portugais, mais une série de forts et de comptoirs, un mélange de diplomatie et de brutalité, qui assurent au Portugal un certain monopole ; en même temps, les missionnaires (François Xavier à Ternate, 1546) commencent une évangélisation dont Flores et Timor ont gardé des traces. Les Portugais se heurtent aux Espagnols, qui ont des prétentions sur les Moluques depuis Magellan, et doivent les laisser s'installer aux Philippines.

3.1. Les Indes néerlandaises

À la faveur de l'annexion du Portugal par l'Espagne (1580), les Hollandais, écartés du marché aux épices de Lisbonne, vont les chercher aux Moluques à la fin du xvie siècle. Fondée en 1602, la Compagnie hollandaise des Indes orientales réussit à évincer sa concurrente anglaise et à prendre la place des Portugais, qui perdent Amboine (1605), Malacca (1641), Tidore (1657), et ne gardent finalement que la moitié de Timor.

D'abord, les Hollandais concentrent les plantations d'épices dans les petites Moluques, plus faciles à surveiller. Leur monopole ne dépasse pas la fin du xviie siècle, mais la Compagnie a déjà commencé la conquête de Java ; elle détruit le sultanat de Mataram et exploite l'île à son profit avec l'aide des intermédiaires chinois. Malgré cette exploitation sans pitié et à cause du changement de la conjoncture économique mondiale, qui aboutit à la remise en cause du principe des compagnies à monopole, la Compagnie se ruine et disparaît en 1798.

La République batave, alliée de la France depuis 1795, voit son domaine colonial tomber aux mains des Anglais, qui occupent les Moluques (1809-1810) et Batavia (1811) et, avec le gouverneur Raffles, reprennent la politique d'intervention et d'annexion de la Compagnie. Pour mieux surveiller la route de la Chine, les Anglais vont saisir la partie nord de Bornéo (Labuan, 1846 ; Bornéo septentrional, Brunei et Sarawak, 1888).

L'extension de la domination britannique amène les Hollandais, qui ont retrouvé leurs possessions en 1816, à occuper effectivement leur zone d'influence. Les Pays-Bas doivent soutenir des guerres pénibles à Sumatra en pays Minangkabau (1817-1837) et dans l'Aceh (1873-1903), à Bali (1906 et 1908), et placent une grande partie des territoires occupés sous le régime de l'administration directe ; ce n'est qu'après 1900 que les Néerlandais étendent leur occupation à Bornéo, au-delà du territoire de Banjermassin.

Copiant le monopole espagnol du tabac qui fonctionnait aux Philippines, l'administration coloniale des Indes néerlandaises impose aux indigènes un système de cultures forcées (Van den Bosch), qui l'enrichit, mais provoque des famines (1830-1870). À la fin du xixe siècle, un sentiment humanitaire amène une législation qui protège les indigènes en leur assurant la terre indispensable aux cultures vivrières (loi agraire de 1870, interdisant aux indigènes d'aliéner leurs terres héréditaires, et loi sur le sucre, supprimant la culture d'État de la canne à sucre) ; on voit l'enseignement de style européen apparaître pour une élite indigène, et l'évangélisation gagner le Minahasa (Célèbes) et le pays Batak (Sumatra).

Mais, depuis l'ouverture du canal de Suez, les relations économiques sont devenues plus faciles avec l'Europe ; le système de cultures forcées cède la place aux petits colons et surtout aux grandes sociétés, qui occupent les plaines de Sumatra, encore peu habitées. La production en grand de café, de sucre, de thé, de tabac, de quinquina, d'oléagineux, de caoutchouc, d'étain, de pétrole amène le recrutement d'innombrables coolies, javanais mais surtout chinois.

4. De l'indépendance (1945) à la chute de Suharto (1998)

4.1. L'indépendance et la République indonésienne

L'essor économique, qui s'effectue au profit d'un État étranger, ne s'accompagne pas de réformes suffisantes. Le contact avec les idées européennes, les victoires du Japon, la révolution d'octobre 1917 développent le nationalisme. Des partis se forment : Sarekat Islam Indonesia, à base religieuse (1911), parti communiste indonésien, ou PKI (Partai Komunis Indonesia, 1920), parti national indonésien, ou PNI (Partai Nasionalis Indonesia), socialisant, fondé par Sukarno (1927). Des modérés apparaissent, qui n'obtiennent aucune concession de La Haye.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, les Japonais conquièrent la colonie néerlandaise (décembre 1941-avril 1942). Les occupants exploitent brutalement les ressources du pays, mais ils libèrent les chefs nationalistes, qui en profitent pour réclamer l'autonomie. Dès la capitulation du Japon, l'indépendance (17 août 1945), puis la République indonésienne, avec Sukarno pour président (18 août), sont proclamées.

4.2. L'Union néerlando-indonésienne

Le gouvernement néerlandais entend limiter le territoire de la République (qu'il reconnaît en mai 1946) à Java et la maintenir dans une fédération dirigée par la métropole. Après une période de transition, pendant laquelle les Britanniques occupent l'archipel, le débarquement de soldats néerlandais provoque la guérilla jusqu'en octobre 1946. Par l'accord de Linggadjati (15 novembre 1946), Néerlandais et Indonésiens prévoient la création d'une Union néerlando-indonésienne, groupant le royaume des Pays-Bas (métropole, Suriname, Curaçao) et des États-Unis d'Indonésie, unissant trois États : la République indonésienne (Java, Sumatra, Madura), Kalimantan et le « Grand Est ».

Puis, par deux fois (juillet 1947, décembre 1948), les Pays-Bas se livrent à des « opérations de police » sur le territoire de la République. Après un cessez-le-feu imposé par le Conseil de sécurité (3 août 1949) et la table ronde de La Haye (23 août-2 novembre 1949), les Pays-Bas transfèrent leur souveraineté aux États-Unis d'Indonésie (seize États confédérés selon la Constitution provisoire du 14 décembre 1949), qui feront partie de l'Union néerlando-indonésienne (27 décembre 1949).

4.3. L'échec de la démocratie parlementaire

En quelques mois, quinze États fédéraux se rallient à la République, qui redevient unitaire par la Constitution adoptée le 17 août 1950. La seule résistance durable est celle de la République des Moluques du Sud (RMS) proclamée à Ambon (25 mai 1950) ; elle est brisée en novembre. La Constitution provisoire d'août 1950 est de type parlementaire. Sukarno devient président et Mohammad Hatta, vice-président.

Six gouvernements de coalition se succèdent en sept ans. Les trois premiers, conservateurs, s'efforcent de rétablir la sécurité (à Java-Ouest, le Darul Islam mène une lutte armée de 1948 à 1962, pour instaurer un État islamique, et trouve des alliés à Célèbes – à Sulawesi-Sud – et à Aceh), de restaurer l'économie, dominée par les intérêts hollandais et chinois, et de réduire les effectifs de l'armée. En 1952, le général Nasution tente un putsch contre le système parlementaire, mais Sukarno y fait échec. Nasution est écarté jusqu'en 1955.

Alors que les nationalistes ont succédé aux conservateurs, les premières élections (1955) font apparaître quatre grands partis : nationaliste (PNI), musulman réformiste (Masjumi), musulman traditionaliste (Nahdlatul Ulama) et communiste (PKI). Le succès communiste, confirmé en 1957, inquiète les conservateurs (Masjumi) et l'armée. Vis-à-vis de l'ancien colonisateur, Sukarno fait abroger les accords de La Haye de 1949. Dans le cadre de la campagne pour récupérer l'Irian (Nouvelle-Guinée occidentale) resté aux mains des Néerlandais, les biens de ces derniers, en particulier les plantations, sont saisis, puis nationalisés (1957) ; des militaires en prennent la direction.

Fin 1956, des rébellions militaires ayantt éclaté dans les îles hors de Java contre la politique centralisatrice de Jakarta, l'état d'urgence est proclamé l'année suivante, qui renforce le pouvoir de l'armée. Les rebelles, secrètement soutenus par les États-Unis, proclament à Sumatra le Gouvernement révolutionnaire de la République d'Indonésie (PRRI, 15 février 1958). L'armée du général Nasution brise la rébellion et, renforcée, s'accorde avec le président Sukarno pour mettre fin au système des partis et restaurer le régime présidentiel en rétablissant par décret la Constitution de 1945 : c'est la « démocratie dirigée » (5 juillet 1959).

4.4. La « démocratie dirigée » de Sukarno (1959-1965)

Un gouvernement présidentiel dit « de travail » est mis en place. L'armée compte 8 ministres sur 42, dont Nasution à la Sécurité et à la Défense. Mais le compromis entre Sukarno et l'armée, très anticommuniste, ne peut durer. Dans son « Manifeste politique » (Manipol, août 1959), Sukarno prône le « socialisme à l'indonésienne » et, bientôt, ayant échoué à remplacer les partis politiques par les « groupes fonctionnels », lance le « Nasakom » (alliance des forces nationalistes, religieuses et communistes). En mars 1960, le Masjumi, impliqué dans les rébellions, est interdit, et le Parlement, dissous. Il est remplacé par une Assemblée nommée qui ne compte que des représentants des partis au pouvoir et où l'armée dispose désormais d'un quota de députés.

La lutte d'influence entre l'armée et le PKI domine la scène politique jusqu'en 1965. Alors que la situation économique se détériore toujours davantage, le PKI, qui revendique 3 millions de membres et 20 millions de sympathisants, soutient par des manifestations souvent violentes les aspirations nationalistes et anti-impérialistes de Sukarno : conflit avec les Pays-Bas à propos de l'Irian jusqu'en 1962, puis confrontation avec le Royaume-Uni et les États-Unis à propos de l'élargissement de la Malaisie aux territoires du nord de Bornéo. Si le PKI bénéficie de la protection présidentielle contre les menaces de l'armée, sa participation au gouvernement est pourtant de pure forme (1964). Mais lorsque, fin 1963, il pousse les paysans sans terre à appliquer eux-mêmes la réforme agraire de 1960, qui est bloquée, il provoque une réaction violente des propriétaires musulmans et nationalistes, soutenus par l'armée. Celle-ci est de plus en plus inquiète de la radicalisation de la politique menée par un Sukarno vieillissant et malade.

4.5. Le coup d'État communiste du 30 septembre 1965

La situation économique ne cesse de se dégrader. L'inflation atteint 500 % en 1965. Les rumeurs de coup d'État circulent, la crise devient inévitable. Le soir du 30 septembre 1965, le lieutenant-colonel Untung, chef de la garde présidentielle, fait arrêter six des principaux généraux (assassinés à la base aérienne de Halim, mais Nasution s'échappe). Il prend le contrôle des points stratégiques de la capitale et met en place un Conseil révolutionnaire. Dès le lendemain, le général Suharto, chef de la réserve stratégique (Kostrad, troupes d'intervention rapide), rétablit l'ordre à Jakarta et reprend la base de Halim. Le PKI est accusé du meurtre des généraux et d'avoir fomenté un coup d'État. Le « Gestapu » (acronyme indonésien pour « Mouvement du 30 septembre ») a échoué.

L'armée, s'appuyant sur les forces anticommunistes (jeunesses musulmanes), déclenche une répression sanglante contre les communistes à travers tout le pays, et surtout à Java et à Bali : environ 500 000 Indonésiens sont massacrés, plus de 2 millions sont arrêtés et, pour la plupart, resteront détenus sans jugement pendant une quinzaine d'années. Le président du PKI, Dipa Nusantara Aidit, est capturé et abattu en novembre.

4.6. L'« Ordre nouveau » du général Suharto

L'élimination de Sukarno

Espérant encore maintenir le statu quo et conservant des partisans au sein des forces armées, le président Sukarno refuse d'interdire le PKI. C'est donc avec prudence que le général Suharto impose petit à petit son autorité. Nommé à la tête de l'armée en octobre 1965, il s'appuie sur les étudiants anticommunistes, réunis dans le Front d'action KAMI, qui manifestent dans les rues de Jakarta, et fait commencer les procès des dirigeants communistes. Le 11 mars 1966, des troupes entourent le palais où un nouveau gouvernement, sukarniste, est réuni. Le soir même, Sukarno est obligé de signer la Déclaration du 11 mars 1966 qui transmet les pleins pouvoirs au général Suharto. Dès le lendemain, le P.K.I. est interdit et 14 ministres sont arrêtés. Se servant de l'Assemblée du peuple largement remaniée, Suharto devient « président par intérim » (mars 1967), puis président (mars 1968). Assigné à résidence à Bogor, Sukarno meurt le 21 juin 1970.

Le développement économique

L'« Ordre nouveau » fixe deux objectifs : la stabilité politique et le développement économique. Ce dernier est piloté par une équipe d'économistes formés aux États-Unis, en association avec un consortium d'aide international, l'IGGI (Intergovernmental Group on Indonesia), où la Banque mondiale joue un rôle important. Il s'agit de redresser une économie « en ruine ». Les entreprises d'État sont conservées, mais on fait appel aux investissements étrangers, surtout japonais (loi de 1967). Peu après, les booms pétroliers vont permettre de lancer de grands projets d'infrastructure, tout en poursuivant le développement agricole.

La réorganisation de l'armée

L'armée, réorganisée et épurée, domine le nouveau régime. Elle se veut « gardienne de la République » contre les « extrémismes de gauche » (communisme) et de droite (islamisme). Elle s'assigne une double fonction, militaire et politique, qu'elle justifie par son rôle pendant la lutte pour l'indépendance. Ses officiers, d'active ou retraités, accèdent à tous les postes civils (ministres, ambassadeurs, gouverneurs de province ou chefs de village), au point que l'on parle du « verdissement » de l'appareil d'État. La sécurité militaire (Commandement pour la restauration de la sécurité et de l'ordre, ou Kopkamtib) et les services secrets font régner un climat de peur.

La réorganisation de la vie politique

Le système politique est réorganisé. Les militaires ont promis la démocratie. Des élections vont avoir lieu, en 1971 puis tous les cinq ans, mais le régime s'est garanti contre la possibilité d'une alternance. Une partie des députés est nommée pour représenter les forces armées. Les élections se déroulent sous surveillance : candidats filtrés, thèmes de campagne réglementés (pas de critique du gouvernement), les villageois, « masse flottante », n'ont pas le droit de faire de la politique sauf au moment des élections. À partir de 1973, trois partis seulement sont autorisés : le Golkar gouvernemental, qui comprend les fonctionnaires et les forces armées et obtient de 62 à 74 % des voix entre 1971 et 1997 ; le parti Unité Développement uni (PPP, musulmans modérés) ; le parti démocratique indonésien (PDI, nationalistes et chrétiens).

Les émeutes

Très vite, étudiants et militants musulmans, fustrés de ne pas avoir obtenu le rôle espéré, entrent en opposition avec le pouvoir pour dénoncer la corruption galopante du régime, les généraux qui s'allient aux hommes d'affaires chinois, et le pillage des ressources du pays. Les graves émeutes du 15 janvier 1974 (Malari en indonésien) sont réprimées par l'armée : 11 morts, 800 arrestations. En 1975, la compagnie nationale du pétrole, la Pertamina, se retrouve en difficulté : l'État doit éponger 10 milliards de dollars de dettes. En 1978, avant la réélection de Suharto, de nouvelles émeutes donnent lieu à une nouvelle répression.

4.7. Le régime de Suharto

Autoritarisme

Suharto répond à l'opposition montante en renforçant son pouvoir et en dénonçant le « danger latent » du communisme ; la presse, la justice sont sous influence. Il impose le Pancasila, c'est-à-dire les Cinq Principes – croyance en Dieu, nationalisme, humanité, démocratie et justice sociale – (adoptés en 1945 pour sceller l'unité nationale contre la revendication d'un État islamique), comme « principe unique » à toutes les organisations socio-politiques et religieuses.

En 1980, la « Pétition des 50 », qui regroupe d'anciens parlementaires et des généraux retraités, dénonce cette confiscation de l'idéologie nationale. Suharto, dont le pouvoir personnel s'étend toujours davantage, est comparé à un roi javanais. Par contraste, Sukarno retrouve sa popularité perdue. Le conflit avec les musulmans opposants à l'idéologie nationale est à son comble en 1984 lorsque l'armée massacre des manifestants à Tanjung Priok, déclenchant une série d'attentats à la bombe. Arrestations, procès et lourdes peines de prison se multiplient.

Corruption, népotisme

Le succès de la libéralisation économique du régime compense pourtant son autoritarisme auprès des classes moyennes favorisées. Mais il a des aspects négatifs : le manque de transparence, la corruption, l'octroi de privilèges, les scandales. Les enfants de Suharto se bâtissent des empires financiers à partir des secteurs les plus lucratifs de l'économie nationale. À l'opposé, les conflits sociaux (paysans dépossédés de leur terre, grèves d'ouvrières au salaire misérable), réprimés par la force, soulignent l'aggravation des inégalités.

Politique d'intimidation de l'armée

Même l'armée doute de son rôle. Son homme fort, le général Benny Murdani, est écarté en 1988. Suharto renforce son contrôle sur elle par le jeu des nominations et réduit son influence. Il se rapproche en même temps de l'islam modéré et laisse se créer l'Association des intellectuels musulmans d'Indonésie (1990), qui redonne voix aux ambitions musulmanes si longtemps frustrées.

On commence à parler de succession (Suharto est né en 1921). La populaire Megawati Sukarnoputri, fille de Sukarno, est écartée de la présidence du PDI en 1996, car, soutenue par le chef du Nahdlatul Ulama (NU, musulman traditionaliste), Abdurrahman Wahid, démocrate convaincu, elle est devenue une alternative possible à la présidence. Le climat politique devient violent : émeutes politiques, religieuses et ethniques se succèdent.

4.8. La politique étrangère depuis l'indépendance jusqu'à la chute de Suharto

Sukarno et la lutte anti-impérialiste

Marquée par sa lutte acharnée pour accéder à l'indépendance, l'Indonésie opte pour une politique étrangère « indépendante et active » selon le discours fondateur prononcé en 1948 par Mohammad Hatta. Elle réunit en avril 1955 la conférence de Bandung, première étape vers la fondation du « Mouvement des non-alignés ». Sukarno se fait le champion de la lutte anti-impérialiste et, de plus en plus critique de l'Occident, se rapproche de Pékin avec qui il envisage de former un « axe » révolutionnaire. Pour marquer son opposition à la création de la Fédération de Malaisie, perçue comme un avant-poste impérialiste en Asie du Sud-Est, il quittera même l'ONU en 1965.

Le tournant vers l'Ouest et la création de l'ASEAN

Arrivé au pouvoir suite à l'échec d'une tentative de coup d'État attribuée aux communistes, le général Suharto renverse la tendance. Il suspend les relations avec la Chine communiste, met fin à la « confrontation » avec la Malaisie, réintègre l'ONU et se rapproche de Washington, dont il obtient aide et investissements. En 1967, l'Indonésie fonde l'Association des Nations de l'Asie du Sud-Est (ANASE ou ASEAN) avec la Malaisie, Singapour, la Thaïlande et les Philippines. Il s'agit à l'origine de conforter les États anti-communistes de la région face à la menace – que représentent notamment la Chine et le régime communiste vietnamien –, de stabiliser leurs relations et de faciliter leur coopération, jugée préférable à la présence de bases militaires étrangères. L'Indonésie demeure néanmoins réfractaire à toute alliance militaire. Malgré une évolution profonde de ses principes suite à l'intégration du Viêt Nam (1995), de la Birmanie et du Laos (1997) puis du Cambodge (1999), l'ASEAN reste au cœur d'une politique étrangère indonésienne définie en « cercles concentriques ». Les autres priorités sont les États voisins (« ASEAN+3 » soit la Chine, le Japon et la Corée du Sud, ainsi que les Îles du Pacifique), puis les partenaires économiques privilégiés (États-Unis, Europe, États-membres de l'APEC dont le sommet a été hébergé en 1994 par Suharto).

Méfiance à l'égard de la Chine

Enfin, l'Indonésie entretient des liens politiques avec ses partenaires du Mouvement de non-alignés, dont Suharto ne s'est jamais retiré malgré son tournant vers l'Ouest, et de l'Organisation de la conférence islamique (OCI), bien que cette dernière n'ait jamais constitué une arène prisée par la diplomatie indonésienne.

Si l'Indonésie a rétabli tardivement ses relations avec la Chine (1990), elle conserve une approche méfiante vis-à-vis de son immense voisine tout en privilégiant un règlement négocié des différends, notamment sur la souveraineté en mer de Chine du Sud.

4.9. La crise financière et la chute de Suharto

À l'été 1997, une crise financière sans précédent touche les principaux pays d'Asie du Sud-Est, dont l'Indonésie. En six mois, la rupiah perd 80 % de sa valeur, l'économie est paralysée, le chômage double, les produits de première nécessité manquent. Appelé à l'aide en octobre, le FMI promet 43 milliards de dollars, exigeant en contrepartie des réformes draconiennes. Suharto rechigne à appliquer celles-ci, car c'est tout son système qui est mis en cause. En mars 1998, il obtient un septième mandat d'une Assemblée du peuple complaisante. Mais, lâché par tous, alors que les manifestants mettent Jakarta à feu et à sang et qu'éclatent de graves émeutes antichinoises, il démissionne en mai, après trente-deux ans passés au pouvoir.

Son successeur, le vice-président Jusuf Habibie, un civil, ministre depuis vingt ans et promoteur d'une industrie aéronautique ruineuse, ne tarde pas à être aux prises avec les étudiants, qui réclament son départ, le jugement de Suharto et la fin du rôle politique de l'armée. Cette dernière, anxieuse de mettre fin à ce qui est devenu une crise économique grave, se rallie à Jusuf Habibie, qui promet des réformes et des élections libres en 1999.

5. L'installation de la démocratie

5.1. La présidence Habibie : réformes institutionnelles et risques d'implosion

Avancées démocratiques

La période Habibie est l'une des plus dynamiques pour la réforme des institutions indonésiennes. Cinquante lois sont passées pendant les seize mois de sa présidence, dont une, capitale, sur la décentralisation, qui vise à apaiser les régions troublées par les mouvements sécessionnistes. Parmi les évolutions majeures de la présidence Habibie, le processus électoral permet le multipartisme et libère les partis de leur obligation de prendre l'idéologie nationale, Pancasila, comme seul fondement philosophique. Pour éviter la désintégration de l'archipel, les partis doivent cependant avoir des représentants dans au moins un tiers des 27 provinces. Les activités des partis ne sont plus limitées et peuvent s'étendre aux villages. La presse devient libre.

La victoire des démocrates de Megawati Sukarnoputri

En juin 1999, le parti démocratique indonésien de Lutte (PDIP) de Megawati Sukarnoputri remporte les élections législatives (les premières élections libres depuis 1955) avec 33,7 % des suffrages contre 22,4 % au Golkar. Les scores des deux alliés du PDIP – le parti de l'Éveil de la nation (PKB) d'Abdurrahman Wahid et le parti du Mandat national d'Amien Raïs (islamiste modéré) – lui assurent la majorité au sein du Parlement et auraient dû consolider son camp au sein de la future Assemblée consultative du peuple (MRP), chargée de désigner le nouveau président de l'Indonésie en octobre.

L'indépendance du Timor oriental

Le nouveau régime de Jakarta, dépendant financièrement de la communauté internationale, est amené à faire des concessions concernant le statut de l'ancien territoire portugais de Timor oriental. En mai 1999, Jakarta et Lisbonne signent un accord, négocié sous les auspices de l'ONU, prévoyant une consultation à brève échéance des Est-Timorais sur un projet de large autonomie accordée par l'Indonésie. Lors du référendum du 30 août 1999, 78,5 % des Est-Timorais rejettent l'autonomie élargie et se prononcent pour l'indépendance du Timor oriental. Aussitôt les milices anti-indépendantistes, créées et entretenues par l'armée indonésienne, massacrent, violent, pillent et détruisent. Menacé d'une suspension de l'aide internationale, le gouvernement indonésien accepte, en septembre, l'envoi d'une force internationale de maintien de la paix (Interfet, essentiellement australienne), avant de renoncer officiellement, en octobre, au Timor oriental.

En octobre 1999, malgré le soutien de milices paramilitaires, quelques jours avant le scrutin présidentiel, le bilan de Y. Habibie est désavoué par l'Assemblée consultative du peuple (MRP) suite à un scandale financier. Il retire sa candidature, laissant face à face les deux anciens alliés politiques, Megawati Sukarnoputri et Abdurrahman Wahid.

5.2. La présidence d'Abdurrahman Wahid (1999-2001)

Les défis du président

Abdurrahman, militant de longue date pour la démocratie et populaire dirigeant du Nahdlatul Ulama – la plus grande organisation islamique du pays –, l'emporte grâce à une alliance des partis islamiques (Axe du centre) avec une majorité de 373 voix contre 313 pour Megawati Sukarnoputri, qui obtient la vice-présidence. Mais Wahid prend la présidence à un moment où celle-ci a perdu une grande partie de son pouvoir politique au profit du Parlement (DPR) et de l'Assemblée consultative du peuple (MPR). Soutenu par une très large fraction de l'opinion publique, le gouvernement d'unité nationale veut s'atteler à la lutte contre la corruption et au redressement de l'économie. L'année de l'arrivée de Wahid au pouvoir, la Banque mondiale estime que 7,7 % de la population vit sous le seuil de pauvreté (1 dollar par jour) et 55,3 % d'entre elle vit sous le seuil de « near poverty » (presque-pauvreté) avec 2 dollars par jour.

Tensions intercommunautaires

L'état de grâce est de courte durée. Le président s'aliène presque tous les partis musulmans – qui l'ont soutenu contre Megawati – en proposant l'ouverture des relations commerciales avec Israël et la fin de l'interdiction du communisme.

Le mandat de Wahid est marqué par une aggravation des tensions intercommunautaires dans les îles extérieures, et le risque d'une désintégration de l'archipel semble alors bien réel : des émeutes éclatent à Kalimantan dans l'île de Bornéo, puis aux Moluques et à Sulawesi. De graves conflits indépendantistes se poursuivent à Aceh et en Irian Jaya. La tenue d'un référendum est évoquée pour Aceh, mais Jakarta recule, tandis que le chef de l'armée présente ses excuses pour les exactions passées. Une « pause humanitaire » est déclarée en juin 2000, et le Gerakan Aceh Merdeka-Mouvement de libération (GAM) reprend du terrain.

Aux Moluques du Sud, un conflit sanglant éclate en janvier 1999, résultat en partie de tensions économiques et ethniques, mais aussi de tensions entre musulmans et chrétiens exacerbées par le fait que Suharto s'est appuyé sur les islamistes pour compenser le soutien chancelant de l'armée. Les violences touchent les Moluques du Nord fin 1999, déclenchées cette fois par la compétition économique découlant des nouvelles divisions territoriales. Des centaines de miliciens, dont ceux du Laskar Djihad, aidée par des éléments de l'armée, se rendent de Java aux Moluques du Sud, ignorant les ordres du président.

Au Timor oriental également, le président n'est pas entendu et les 130 000 réfugiés, déplacés de force au Timor occidental lors du référendum, ne sont pas rapatriés. Des milices armées tuent trois responsables des Nations unies en septembre 2000 à Atambua, provoquant de nouvelles tensions avec les pays occidentaux. La demande de poursuites au tribunal international contre les responsables des atrocités qui ont suivi le référendum n'a pas abouti, mais a été remplacée par un jugement en Indonésie contre douze Est-timorais. Les militaires indonésiens sont acquittés. L'un d'eux, le général Johnny Lumintang, est condamné en octobre 2001 pour « crimes contre l'humanité » par un tribunal civil américain.

La montée des mécontentements et la destitution

Malgré ces troubles domestiques, le président fait de nombreux voyages à l'étranger. Sa politique étrangère rompt avec la diplomatie « constructive » d'antan, et les relations avec Singapour sont particulièrement tendues. Pour contrer l'hégémonie occidentale, il propose un axe Indonésie-Chine-Inde, ce qui n'est pas pour plaire aux Japonais.

A. Wahid tente, sans y parvenir, de diminuer le pouvoir de l'armée et contribue ainsi à fâcher cette dernière sans laquelle la stabilité est impossible. Il sépare la police indonésienne (POLRI), chargée de la sécurité intérieure, des forces armées (TNI). Les poursuites contre Suharto et sa famille tournent court : la justice ne suit pas dans un premier procès contre Suharto lui-même. Son fils, Tommy, sera le seul à être condamné (2000), mais son juge est aussitôt assassiné.

Les réformes économiques (restructuration des banques et entreprises endettées, professionnalisation de la gestion des entreprises publiques) piétinent et le président est accusé de mauvaise gestion par les parlementaires contre lesquels il s'épuise à lutter. La déception s'installe. Des changements ministériels (avril et août 2000) faisant appel à des incompétents proches du président, le développement d'un climat de violence qui témoigne de l'influence conservée par les forces de l'ancien régime, sont autant de signes de la faiblesse croissante du pouvoir. Deux scandales financiers finissent de déconsidérer Abdurrahman, qui est destitué en juillet par le Parlement et remplacé par Megawati Sukarnoputri. Son appel à l'armée en faveur d'un état d'urgence pour contrer la procédure de révocation du MPR, puis la tentation d'une tentative de résistance physique avec les militants du Nahdlatul Ulama, portent un coup à son aura de démocrate.

5.3. Megawati Sukarnoputri (2001-2004)

Trois objectifs

Fille de Sukarno, le père de l'indépendance, Megawati jouit d'une popularité certaine, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, mais ne dispose que de trois ans pour réaliser trois objectifs : prévenir la désintégration du pays, y rétablir la sécurité interne et relancer l'économie. Privée de majorité, elle doit composer avec l'islam qui l'avait écartée de la présidence en 1999, et aussi avec l'armée.

Le maintien des provinces séparatistes dans l'Indonésie

Plus ferme que son prédécesseur, défendant prioritairement l'intégrité territoriale de l'Indonésie, la présidente exclut d'accorder l'indépendance aux provinces séparatistes, tant pour l'Irian Jaya que pour Aceh – où, après l'échec des négociations, elle décrète la loi martiale en mai 2003 –, mettant fin à la trêve de cinq mois qui avait suivi les accords de paix de décembre 2002 (non respectés par les deux parties). Pour Irian Jaya, le Parlement octroie en octobre 2001 un statut d'autonomie spéciale, donnant 70 % des revenus des ressources naturelles aux Papous ainsi qu'une participation clé au gouvernement provincial. Les espoirs d'une pacification s'effondrent trois mois plus tard avec le meurtre du dirigeant du présidium papou, Theys Eluay. En 2003, la division par décret présidentiel de la Papouasie en trois provinces séparées affaiblit davantage encore les efforts collectifs pour l'application de l'autonomie.

En revanche, deux accords sont négociés pour mettre fin aux affrontements intercommunautaires à Sulawesi (décembre 2001) et aux Moluques (février 2002), mais la situation y reste fragile. Le conflit a fait 5 000 morts en trois ans. La milice la plus actice, le Laskar Djihad, s'autodissout en septembre 2002.

La fragile stabilisation de l'économie

La nouvelle présidente se dote d'une équipe économique qui fait renaître l'espoir. Le FMI reprend son aide en septembre 2001 et la dette étrangère est rééchelonnée en 2002. Megawati rappelle le réformateur Laksamana Sukardi au ministère des entreprises publiques. Malgré l'opposition très forte parmi les politiques, celui-ci réussit un début de privatisation. En 2002, le gouvernement commence également à s'atteler plus sérieusement à la difficile restructuration des banques. Il stabilise l'économie, l'inflation est bientôt sous contrôle mais la croissance demeure insuffisante pour permettre de réduire un chômage qui touche officiellement 8 millions de personnes sur 99 millions d'actifs en 2001. Le chiffre du « sous-emploi » est de 28 millions de personnes dont la majorité est très jeune, entre 15 et 24 ans. La stabilité et la sécurité paraissent fragiles, les investisseurs étrangers restent prudents.

La lutte contre la corruption s'enlise malgré quelques actions symboliques : les arrestations du président de la Chambre (et chef du Golkar) et de celui de la Banque centrale pour fraude financière (tous deux finalement exonérés par la justice) ; la condamnation à quinze ans de prison, en juillet 2002, d'un des fils Suharto, Tommy, pour l'assassinat de son juge.

La lutte contre le terrorisme

Premier chef d'État à se rendre aux États-Unis juste après les attentats du 11 septembre 2001, Megawati, qui dirige aussi la première communauté musulmane du monde, reçoit un soutien financier et militaire de G. W. Bush et promet de s'engager dans la lutte contre le terrorisme. Sa position est toutefois délicate : son opinion publique condamne la politique américaine (aide à Israël, guerre en Afghanistan puis en Iraq) et Megawati ne peut que la suivre. D'abord incrédule face aux avertissements américains et australiens sur le danger du terrorisme islamiste asiatique, l'Indonésie est victime d'un grave attentat à Bali le 12 octobre 2002 (202 morts, en majorité des touristes australiens et des Indonésiens). L'enquête montre la responsabilité d'une organisation locale semi-clandestine, la Jemaah Islamiyah, ayant des liens avec al-Qaida. Une trentaine d'arrestations et des condamnations à mort témoignent de la nouvelle fermeté de Jakarta. Mais si le gouvernement condamne le terrorisme, il ne veut paraître ni s'attaquer à l'islam ni s'inféoder aux États-Unis. Aussi la Jemaah Islamiyah n'est pas interdite et son chef présumé, Abu Bakar Baachir, chef d'une école religieuse, est traité avec une certaine indulgence par la justice. Une série d'attentats continuent de frapper l'Indonésie : Hotel Marriot à Jakarta (5 août 2003), ambassade d'Australie (9 septembre 2004), Bali (octobre 2005), Sulawesi (mai et décembre 2005). Aidée par l'Australie, la police indonésienne lance, en novembre 2005, de nombreux raids qui ne viennent pourtant pas à bout des réseaux de l'islam radical ; ces réseaux s'appuient sur une cinquantaine d'écoles coraniques partageant son idéologie.

La sanction des élections de 2004

L'une des grandes réformes réalisées sous Megawati en 2002 touche l'Assemblée de délibération du peuple (MPR), où les militaires n'ont plus de sièges, mais qui inclut désormais un sénat représentant les provinces (DPD), chargé de surveiller la mise en place de l'autonomie régionale. L'élection au suffrage universel du président de la République (août 2002)et la suppression du droit du MPR à lui demander des comptes enlèvent à cette Assemblée une grande partie de son pouvoir. Au Parlement (DPR) également, on supprime les députés nommés des forces armées. Megawati contribue cependant à restaurer l'autorité perdue des armées (TNI, 337 000 hommes, avec un budget de 1 milliard de dollars, chiffres relativement faibles pour un archipel aussi vaste).

Les élections législatives d'avril 2004 consacrent la défaite du PDIP (19,5 % des voix, soit une baisse de presque la moitié des suffrages) et la désaffection envers Megawati, au profit non pas des partis musulmans, mais du Golkar (21,6 %), qui redevient le premier parti politique du pays. Le nouveau parti démocrate (PD) du général en retraite Susilo Bambang Yudhoyono, dit « SBY », fait une percée avec 7 % des suffrages. Le parti de la Justice prospère (PKS), d'inspiration Frères musulmans, mais qui a modéré ses exigences concernant la loi islamique, parvient également à plus de 7 %, après avoir axé sa campagne sur la lutte anti-corruption. Le scrutin constitue une réussite démocratique : 147 millions d'électeurs ont désigné 550 parlementaires, 128 membres du Conseil régional et 16 000 représentants aux assemblées régionales et locales.

5.4. Susilo Bambang Yudhoyono (2004-2014)

L'élection présidentielle se tient le 5 juillet 2004: le premier tour laisse face à face Megawati et SBY. Ce dernier est élu le 20 septembre 2004 avec 60,9 % des voix. Sixième président d'Indonésie, il a fait carrière sous Suharto, mais fait figure d'homme neuf et promet la fin de la corruption, le retour de la croissance à 7 %, la réduction du chômage, l'unité nationale et l'ordre. Il condamne le « militarisme » mais a des amis dans l'armée, et il est favorablement vu des milieux d'affaires qui espèrent une direction plus affirmée : SBY choisit pour vice-président Jusuf Kalla, originaire de Sulawesi et proche de l'organisation islamique Nahdlatul Ulama. Homme d'affaires venu du Golkar, ce dernier a su œuvrer pour ramener le calme aux Moluques et à Aceh. Minoritaire au Parlement, SBY s'allie avec le parti islamiste modéré de la Justice prospère (PKS), le deuxième parti en nette progression (de 1,3 % en 1999 à 7,4 % en 2004).

L'autonomie spéciale pour Aceh

Un raz-de-marée frappe Sumatra le 26 décembre 2004 après un séisme de magnitude 9 au large d'Aceh et fait 169 000 morts. L'irruption d'une aide internationale très importante, mal accueillie par l'armée qui contrôle la province, débouche sur de nouvelles négociations entre le gouvernement et le Gerakan Aceh Merdeka-Mouvement de libération (GAM). Un accord, signé le 15 août 2005 et prévoyant le désarmement du GAM, le retrait de l'armée indonésienne et une autonomie spéciale pour Aceh, semble clore ce long conflit.

Le rétablissement de la croissance

SBY peine à restaurer la confiance malgré une croissance en augmentation. La flambée des cours du pétrole en 2005 frappe l'Indonésie, qui est devenue importatrice en 2004. Afin de soulager les finances publiques, le gouvernement augmente le prix des produits pétroliers (utilisés dans les foyers les plus modestes pour les besoins domestiques), de 29 % en mars puis de 100 % en octobre 2005, en mettant fin aux subventions gouvernementales traditionnelles auxquelles Megawati n'avait pas osé toucher. Des manifestations ont lieu. En décembre, SBY remanie son équipe économique, rappelant Boediono, ancien ministre des Finances de Megawati, comme ministre coordinateur.

En 2006, le centre de Java (Yogyakarta) est touché par un séisme qui fait près de 6 000 morts et 50 000 blessés, et l'est javanais (Sidoardjo) par un torrent de boue, véritable désastre écologique dû à une erreur de forage d'une firme dirigée par le milliardaire Aburizal Bakrie, nommé ministre. Les catastrophes naturelles et accidents se succèdent, mais l'équipe économique parvient à rétablir une croissance de 6,3 % en 2008. L'un de ses grands succès est l'amélioration du système de collecte fiscale. Toutefois, l'inflation, qui atteint 11, % les premiers mois de 2007, reste préoccupante. Dans le domaine de l'agriculture, l'autosuffisance en riz est rétablie pour la première fois depuis seize ans. L'impact de la crise mondiale est quelque peu atténué par le fait que la croissance est fondée en bonne partie sur la demande intérieure.

Entre répression de l'islamisme radical et application de la charia

SBY semble mieux maîtriser l'islamisme radical : aucun attentat majeur n'a lieu entre le 1er octobre 2005 (Bali) et le 17 juillet 2009 (Jakarta). Trois responsables des attentats de Bali sont exécutés en novembre 2008, qualifiés de « martyrs » par Abu Bakar Baachir qui relance ainsi une polémique religieuse. Quant aux milices telles le Front des défenseurs de l'islam (FPI), qui ont pris l'ordre moral en main depuis 1998, elles reçoivent un sérieux avertissement avec la condamnation à dix-huit mois de prison de leur chef, Habieb Rizieq Shihab, suite à une attaque de ses partisans contre une manifestation pacifique pour la tolérance religieuse. Ces manifestants défendaient notamment la communauté Ahmadi, persécutée pour déviance islamique.

Le conservatisme moral a pourtant gagné les milieux auparavant séculiers (Golkar), comme le montre le vote de la loi anti-pornographie qui invite à l'intervention de la société civile et sème donc l'inquiétude quant à une légitimation déguisée des milices. Par ailleurs, dans les provinces, de nombreux règlements islamiques (port du voile pour les femmes, capacité à lire le Coran exigée pour se marier ou accéder à un poste administratif, interdiction de la vente d’alcool et du jeu notamment) sont introduits à la faveur de la décentralisation, tandis qu’une application plus stricte de la charia est en débat dans la province d’Aceh depuis qu’elle bénéficie d’une autonomie renforcée.

Une armée toujours difficilement contrôlable

L'une des grandes faiblesses de la nouvelle démocratie reste l'armée qui a conservé sa structure territoriale, étendant son autorité jusque dans les coins les plus reculés du pays. Le procès contre le meurtrier présumé de Munir, militant des droits de l'homme engagé dans la dénonciation de l'implication des forces spéciales dans les violences de 1998 et empoisonné en septembre 2004 alors qu’il se rendait à Amsterdam à bord d’un avion de la compagnie nationale Garuda, a démontré la continuité de l'impunité pénale de l'armée. Une réforme de l'armée, souhaitée par le ministre de la Défense, Yuwono Sudarsono, un civil, est rendue d'autant plus difficile que son budget est largement pris hors des fonds publics, ce qui permet une accumulation de richesse et d'autorité par une poignée d'officiers supérieurs.

C'est pourtant la lutte contre la corruption qui est de nouveau au centre des enjeux électoraux de l'année 2009. La campagne anti-corruption semble un temps toucher surtout des personnalités du gouvernement de Megawati. Mais en 2008 le président SBY fait arrêter le beau-père de son fils aîné, impliqué dans un scandale financier depuis 2003 avec une cinquantaine de députés.

5.5. Le second mandat de SBY

Le recul des partis islamiques

En avril 2009, les élections législatives confirment la popularité de la formation du président SBY, qui est réélu au premier tour en juillet avec plus de 60 % des voix. Son parti, le parti démocrate (PD) triple son score, passant de 7,4 % (2004) à plus de 20 % (2009), devançant le Golkar (14,4 % des voix contre 21,6 % en 2004) et le PDIP (14 %). L’audience des partis islamiques diminue de moitié (de plus 40 % à 24 % des voix) ; le parti de la Justice prospère (PKS), islamiste modéré (de même que les trois autres formations, parti du Mandat national [PAN], parti uni pour le Développement [PPP] et parti du Réveil national [PKB]), augmente faiblement son score et recueille 8,3 %, devenant le premier parti musulman. De nombreuses formations n’atteignent pas le seuil de 2,5 % pour obtenir des sièges au Parlement ; ce dernier est ainsi moins fragmenté que le précédent avec 9 formations politiques contre 13 en 2004. Une large coalition gouvernementale comprenant six partis, le PD, le Golkar et les quatre partis islamiques représentés, est formée.

Le décès de l'ancien président Suharto, le 27 janvier 2008 à l'âge de 86 ans, semble avoir refermé une longue période de transition depuis sa chute en 1998, mais les défis restent nombreux pour la stabilité de l'immense archipel, devenu la première « démocratie musulmane » au monde. Le succès relatif de deux nouveaux partis conduits par d'anciens militaires, les généraux Prabowo Subianto (Mouvement de la grande Indonésie, Gerindra) et Wiranto (parti de la Conscience du peuple, Hanura) aux législatives d'avril (où ils obtiennent respectivement 30 et 15 sièges sur les 560 sièges du Parlement), montre une certaine nostalgie pour les hommes forts d'antan et l'ambiguïté du lien à l'Ordre nouveau, dont l'histoire reste controversée (autodafés de nouveaux manuels en 2008).

Par ailleurs, si le parti islamiste (PKS) affirme vouloir s’ouvrir à l’ensemble de la société indonésienne lors de son congrès de juin 2009, des atteintes sporadiques mais répétées aux droits des minorités religieuses sont de nouveau dénoncées par des militants des droits humains. Les chrétiens – plusieurs églises sont incendiées à Sumatra, des lieux de culte jugés illégaux ont été fermés – et la communauté Ahmadi – dont l’activité prosélyte a été interdite en 2008 – sont plus particulièrement visés par les fondamentalistes. La situation est également tendue en Papouasie occidentale, toujours étroitement contrôlée par l’armée et à laquelle les observateurs des Nations unis demandent en vain de pouvoir librement accéder. La corruption est toujours prégnante, comme l’illustre par exemple la condamnation de l’ancien trésorier du parti démocrate en avril 2012, alors que l’Indonésie s’est engagée à lutter fermement contre ce fléau sur le plan intérieur, mais aussi sur la scène internationale en coprésidant le groupe de travail contre la corruption au sein du G 20.

5.6. Joko Widodo (2014-)

Les élections générales de 2014 (législatives en avril et présidentielle en juillet) se soldent par la défaite du parti démocrate, qui, déconsidéré par des affaires de corruption, est réduit de 148 à 61 sièges avec 10,8 % des voix, et surtout par l’accession à la présidence de la République de Joko Widodo, choisi par le PDIP (et par M. Sukarnoputri) comme candidat. Issu d’un milieu modeste, étranger aux élites indonésiennes et réputé intègre, « Jokowi » parvient à gagner une popularité grandissante comme maire de Surakarta (province de Java central) puis gouverneur de Jakarta depuis 2012.

Soutenu par une « coalition de la Grande Indonésie » (alliance entre le PDIP et trois partis dont le PKB et Hanura), Joko Widodo l’emporte ainsi avec 53 % des suffrages. Il bat son adversaire l'ex-général Prabowo Subianto, candidat du Gerindra (11,8 % des suffrages) et d’une « coalition rouge et blanche » formée avec quatre autres partis – le Golkar (14,7 %), le PAN (7,6 %), le PKS (6,7 %) et le PPP (6,5 %) –, S. B Yudhoyono et son PD s’étant également finalement prononcés en sa faveur. Étroitement lié aux intérêts politico-militaires les plus conservateurs, cet ancien gendre de Suharto conteste le résultat mais doit s’incliner.

Toutefois, si le PDIP arrive en tête à la Chambre des représentants avec près de 19 % des voix et 109 sièges devant le Golkar, l’alliance qu’il a formé (et tente d’élargir) doit affronter une opposition puissante.

Le nouveau président entre en fonctions le 20 octobre avant de former un gouvernement dont les membres – en partie des technocrates, en partie des représentants des partis de la coalition présidentielle – sont préalablement soumis à l’approbation de la Commission anti-corruption.

5.7. La politique étrangère depuis la chute de Suharto (1998)

Depuis la démission contrainte du président Suharto en 1998, la démocratisation a donné lieu à des évolutions significatives de la politique étrangère indonésienne. Marquées dans les années 1990 par des dissensions croissantes concernant les droits de l'homme, les relations avec les États-Unis ont connu une amélioration sensible depuis 1999, et notamment le retrait indonésien du Timor oriental. L'autodétermination du Timor-Leste a en effet mis fin à la principale source de critiques opposées au régime indonésien, autorisant le retour du pays à un rôle plus actif au sein des institutions internationales.

Si l’ASEAN, dont la réforme est activement encouragée, reste l’enceinte centrale, l'Indonésie réorganise sa doctrine de politique étrangère autour de deux principes qu’elle entend promouvoir tout en les affermissant à l'intérieur de ses propres frontières : la démocratie et une vision modérée de l'islam. Le renforcement du facteur religieux sur la scène internationale vient conforter l'importance stratégique du premier pays musulman du monde, qui reste, par ailleurs, le pays le plus peuplé d'Asie du Sud-Est et contrôle plusieurs détroits stratégiques entre l'océan Indien et le Pacifique. Outre l'engagement de l'Indonésie dans diverses initiatives de maintien de la paix (avec, par exemple, l'envoi au Liban d'un contingent au sein de la FINUL), ce retour sur la scène internationale s'est traduit par une participation active au G 20 au côté des autres pays émergents et l'obtention d'un siège de membre non-permanent au Conseil de sécurité de l'ONU en 2007-2008. L’éloge dressé par Barak Obama du modèle indonésien lors de sa visite à Jakarta en novembre 2010 semble conforter l’Indonésie dans ses orientations.

BEAUX-ARTS

En opérant la synthèse des nombreux apports culturels indiens et de très anciennes traditions locales, la civilisation indonésienne a su créer un art original, où la religion tient une place de premier plan, qu'il s'agisse du bouddhisme, du brahmanisme, de l'hindouisme ou de l'islam.

1. Une civilisation ancienne

Les sarcophages de pierre et les dolmens découverts dans un très grand nombre de sites indonésiens attestent l'existence de civilisations néolithiques, mégalithiques et Dông Son qui s'implantèrent en Insulinde au cours du Ier millénaire avant J.-C. À cet art funéraire protohistorique semblent se rattacher divers objets : tambours de bronze, haches de cérémonie, dont le travail témoigne déjà d'un sens remarquable de l'ornementation.

La Lune de Bali, d'une hauteur de 1,86 m et d'un diamètre de 1,60 m, l'un des plus célèbres tambours de bronze indonésiens, est l'objet d'un véritable culte, vénéré à l'intérieur du temple de Panataran Sasih à Pejeng. Dès le début de l'ère chrétienne, à la faveur des échanges commerciaux entre l'Inde et la Chine, l'influence du bouddhisme se développe (les premières manifestations en sont des bouddhas en bronze et en pierre).

2. L'art de Java central vers 650-930

L'art de Java central demeure étroitement lié au style gupta et post-gupta de l'Inde ; les principaux monuments de l'architecture indo-javanaise sont : les huit temples çivaïtes (tchandi) du plateau de Dieng (à 2 000 m d'altitude) et les neuf petits groupes de sanctuaires du mont Ungaran (à l'est du plateau de Dieng) ; au sud, le célèbre temple de Borobudur et plusieurs monuments de la plaine de Prambanan, dont le très remarquable Kâlasan (ixe s.).

La structure des tchandi de Dieng est relativement simple : le corps trapu du bâtiment, supportant une toiture en faux étages, repose sur un soubassement quadrangulaire relié au sol par un petit escalier placé dans l'axe de la porte. Les sanctuaires du mont Ungaran possèdent une décoration nettement plus riche que celle des tchandi de Dieng, mais ils ne sauraient rivaliser avec la richesse décorative du grand Borobudur.

Non loin du village de Prambanan se situe le très vaste ensemble des sanctuaires çivaïtes de Lara-Djonggrang, ensemble qui se compose de trois enceintes quadrangulaires, dont l'extérieure, la plus large, n'a pas moins de 390 m de côté. À l'intérieur de ces enceintes ont été érigés huit sanctuaires et 224 petits temples qui présentent, en germe, certains caractères de l'art de la période suivante (dite de « Java oriental »), par exemple une plus grande hauteur du soubassement et un allongement vertical du corps de l'édifice. Le style des sculptures de Prambanan, proche de celui de Borobudur, a toutefois plus de vigueur. La tendance à donner du mouvement aux figures se généralise, ainsi que la représentation de scènes directement inspirées de la nature : arbres stylisés, animaux, dont l'aspect est le plus souvent anthropomorphe. Les bas-reliefs évoquent avec force l'épopée du Ramayana.

Le kâla-makara est le motif de décoration javanaise le plus fréquemment utilisé. Il s'agit d'une tête de monstre (le kâla) dépourvue de mâchoire inférieure, qu'on place, de face, au sommet d'un arc dont les extrémités figurent une trompe levée. Première phase de l'art javanais, l'art de Java central a été marqué par une prolifération de bronzes, qui sont, pour la plupart, de très fines évocations de divinités bouddhiques assises ou debout.

3. L'art de Java oriental (xiie-xve siècle)

Après une période de transition, mais aussi de stagnation culturelle (xie s.), l'art indonésien se libère plus nettement de l'influence indienne, et l'on voit naître ce que l'on appelle l'art de Java oriental (en raison de son implantation dans la partie est de l'île et à Bali). Les édifices sont construits suivant un plan moins rigoureux. La brique se substitue à la pierre. Un piédestal plus élevé, des murs plus rapprochés et plus hauts, une toiture pyramidale exhaussée donnent à la cella, loge où est placée la statue du dieu, l'aspect d'une tour-sanctuaire. Les tchandi Sawentar et Kidal, qui datent respectivement du début et du milieu du xiiie s., sont les plus anciens monuments de Java oriental. L'ensemble architectural de Panataran, érigé au pied du mont Kelud entre 1197 et 1454, représente, quant à lui, la réalisation majeure du nouveau style.

Bien d'autres temples sont très représentatifs de l'architecture religieuse indonésienne fondée sur l'art de Java oriental : les tchandi Djago (xiiie-xve s.), Suravana et Kedaton (fin xive), Sukuh (xve), entre autres. Tous comportent au sommet de leurs arcs des kâla-makara formant un motif décoratif traité de plus en plus fréquemment en demi-ronde bosse.

Les bas-reliefs, et plus généralement la statuaire, s'inspirent d'un naturalisme inconnu jusqu'alors. Une sculpture, le Ganesa de Bara (vers 1239, musée de Djakarta), trouvée dans la région de Blitar au voisinage du tchandi Sawentar, est à cet égard très remarquable. Le dieu éléphant est assis, massif, majestueux, les pattes de devant repliées comme des jambes, le dos chargé d'ornements. Une série de têtes de mort apparaît sur le socle rond qui lui sert de piédestal, attestant le caractère tantrique de cette représentation çivaïte, l'une des plus belles de l'art indonésien.

4. Un art musulman

Dès le xve s., l'islam se substitue aux religions venues de l'Inde et l'art de Java périclite. Il est bientôt réduit aux constructions des monts Penanggungan et Lawou, les dernières à offrir des bas-reliefs d'une vigueur et d'un caractère typés. Les mosquées qui, au xvie s., s'élèvent à Kudus, au nord-est de Semarang, et à Sendangduwur conservent l'aspect de temples javanais. Le style islamique s'intègre donc tout d'abord aux formes de l'art local, mais il se dépouillera peu à peu de toute décoration figurant des personnages.

L'art indonésien se maintiendra un peu plus longtemps à Bali, où le wayang-koulit demeure un moyen d'expression encore bien vivant, soit par le théâtre – wayang signifie « drame » – avec des masques peints caractéristiques, soit par des marionnettes peintes, découpées dans du cuir et dont les ombres sont projetées sur une toile blanche.