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Malaisie

en anglais Malaysia

Nom officiel : Fédération de Malaisie

Carton de situation - Malaisie
Drapeau de la Malaisie
Drapeau de la Malaisie

État d'Asie du Sud-Est, la Malaisie est formé par la moitié méridionale de la péninsule de Malacca (Malaisie occidentale, ou péninsulaire) et le tiers septentrional de l'île de Bornéo (Malaisie orientale). La Malaisie occidentale est bordée au nord par la Thaïlande, à l'est par la mer de Chine méridionale, au sud par Singapour et à l'ouest par l'océan Indien (détroit de Malacca). La Malaisie orientale, formée par les États de Sabah et de Sarawak, est baignée à l'ouest et au nord par la mer de Chine méridionale, à l'est par la mer de Sulu et la mer de Célèbes, et limitée au sud par la province indonésienne de Kalimantan. L'État indépendant de Brunei constitue une enclave sur la côte nord de Sarawak.
La Malaisie est membre du Commonwealth.
La Malaisie est un État fédéral composé de 13 États (Johore, Kedah, Kelantan, Melaka, Negeri Sembilan, Pahang, Penang, Perak, Perlis, Sabah, Sarawak, Selangor et Terengganu), auxquels s'ajoutent 3 Territoires fédéraux (Kuala Lumpur, Labuan, Putrajaya).

  • Superficie : 330 000 km2
  • Nombre d'habitants : 29 717 000 (estimation pour 2013)
  • Nom des habitants : Malaisiens
  • Capitales : Kuala Lumpur et Putrajaya (siège du gouvernement)
  • Langue : malais
  • Monnaie : ringgit (dollar de la Malaisie)
  • Chef de l'État : Abdul Halim Muadzam Shah ibni al-Marhum Sultan Badlishah
  • Chef du gouvernement : Najib Razak
  • Nature de l'État : monarchie constitutionnelle à régime parlementaire
  • Constitution :
    • Entrée en vigueur : 31 août 1957
    • Révisions : 57 amendements entre 1958 et 2013
Pour en savoir plus : institutions de la Malaisie

GÉOGRAPHIE

Le pays est formé d'une partie continentale (Malaisie occidentale ou péninsulaire) et insulaire (Malaisie orientale, correspondant à deux régions de Bornéo, le Sabah et le Sarawak). L'État, au climat tropical, est un important producteur de caoutchouc naturel. Le sous-sol fournit de la bauxite, de l'étain et surtout du pétrole. L'industrie (sidérurgie, chimie, constructions électriques, électronique) a connu un développement spectaculaire. Le riz demeure la base de l'alimentation d'une population, en majeure partie islamisée et concentrée en Malaisie occidentale, où vivent de fortes minorités indiennes et surtout chinoises.

1. Le milieu naturel

Géologiquement, les deux parties de la Malaisie représentent des reliefs périphériques de l'ancienne Terre de la Sonde, qui a été immergée par la transgression postwürmienne, environ dix mille ans avant notre ère, et qui forme une mer peu profonde entre ces deux régions. Leurs chaînes montagneuses appartiennent aux arcs de plissement du système himalayen-alpin. Le pays connaît un climat équatorial affecté par la mousson asiatique, dans lequel la situation géographique particulière des régions commande la distribution saisonnière des précipitations. La végétation naturelle est la forêt dense sempervirente dans son aspect classique. Mais elle présente des variantes locales dans les forêts de marécages, les mangroves et les forêts d'altitude, caractérisées par des châtaigniers orientaux (castanopsis) et des aspects typiques de la forêt de brouillards (Nebelwald). Par suite de la pratique du ladang, ou culture sur brûlis, la forêt primaire est en recul constant et fait place à une forêt secondaire, dite belukar. Les sols intéressants pour la vie agricole sont surtout ceux des plaines alluviales où la vie humaine s'est concentrée.

2. La population

La Malaisie est une fédération de treize États comprenant, sur la péninsule malaise, neuf sultanats, ainsi que les États de Penang et de Melaka, et, au nord de Bornéo, le Sarawak et le Sabah. Outre les quelques descendants des premiers habitants de la région, les orang asli (55 000 individus), qui vivent de manière primitive (chasse, cueillette, culture sur brûlis) dans les montagnes du centre de la péninsule, trois communautés ethniques coexistent. Les Malais, les plus nombreux (53 % de la population), qui sont musulmans sunnites, se consacrent traditionnellement à l'agriculture de subsistance. L'aristocratie malaise détient le pouvoir politique, mais le pouvoir économique est, en revanche, entre les mains des Chinois (31 % de la population). Ceux-ci sont arrivés massivement du sud de la Chine au xixe s., avec l'encouragement du colonisateur britannique à la recherche de main-d'œuvre pour les mines d'étain et les plantations. Taoïstes ou bouddhistes, ils ne se sont pas assimilés aux Malais, depuis longtemps islamisés, et monopolisent le commerce, l'agriculture commerciale ainsi que le secteur minier. Comme les Indiens (10 % de la population), hindouistes venus du sud de l'Inde à la même époque pour travailler sur les plantations d'hévéas, ils vivent surtout sur la côte occidentale. Les populations de Sarawak et de Sabah sont en majorité des Dayaks – dont certains sont largement christianisés – assimilés aux Malais, qui y étaient minoritaires. Les Chinois représentent environ 30 % de la population du Sarawak et 22 % de celle du Sabah. La question de l'équilibre ethnique est cruciale dans la vie politique malaise : craignant d'être mis en minorité chez eux, les Malais ont garanti constitutionnellement leurs privilèges – l'islam est religion d'État, et le malais, la seule langue officielle depuis 1967 – ainsi que leur domination politique ; après 1970, ils ont cherché à modifier la répartition économique en leur faveur. La recherche de l'équilibre ethnique a joué un grand rôle lors de la formation de la Grande Malaisie, l'entrée de Singapour, en majorité chinoise, inquiétant les Malais. La population malaise se caractérise par son fort taux d'urbanisation, qui s'élève à 56 %. La capitale, Kuala Lumpur, a été dotée de bâtiments très modernes, à l'image des tours Petronas.

3. L'économie

L'économie malaise a d'abord été fondée sur l'exploitation des ressources naturelles : la Malaisie fut longtemps le premier producteur d'étain du monde, mais la valeur de ce métal a beaucoup décliné ; le fer, la bauxite et, depuis 1975, le pétrole et le bois constituent ses autres richesses. Ses cultures à vocation commerciale sont nombreuses : caoutchouc, huile de palme – la Malaisie en est le deuxième producteur et le premier exportateur mondial –, poivre, cacao, thé, coprah, ananas. Sur la péninsule, les rizières n'occupent que 22 % des terres cultivées, contre 64 % pour les hévéas. Enfin, la très forte progression du tourisme, avec ses 24 millions de visiteurs en 2011, joue un rôle économique important.

À partir de 1970, la Malaisie a adopté la Nouvelle Politique économique, qui, outre une modernisation de l'économie, visait à corriger le déséquilibre entre les Bumiputra (les « fils de la terre », c'est-à-dire les Malais) et les autres, les premiers ayant un revenu moyen inférieur de 40 % à celui des seconds et ne possédant que 2 % des actifs économiques du pays. Les Malais devaient pouvoir détenir, en vingt ans, 30 % des actifs : cet objectif n'étant pas tout à fait atteint en 1990, la nouvelle politique de développement l'a maintenu sans limite de temps. Entre-temps, le pays est devenu un nouveau « dragon asiatique », disposant d'un taux de croissance économique de 8 % par an entre 1990 et 1996, grâce au rapide essor des industries manufacturières d'exportation (textile, électronique, télévisions, magnétoscopes, ordinateurs, jouets, réfrigérateurs, etc.), stimulé par l'afflux des investissements étrangers – le Japon, Taïwan, la Corée du Sud et Singapour délocalisant leurs usines en Malaisie (entre autres). Ce secteur assure alors 70 % des recettes d'exportation. En 1985, la Malaisie avait créé sa propre industrie automobile (Proton), en collaboration avec le japonais Mitsubishi ; en 1995, celle-ci fournit 70 % du marché malaisien et commence à exporter vers la Grande-Bretagne. Les difficultés résident dans le déficit croissant de la balance des comptes courants, l'insuffisance de l'infrastructure (électricité, transports) et le manque de main-d'œuvre, celui-ci entraînant un afflux de travailleurs clandestins indonésiens et une forte augmentation du coût du travail.

HISTOIRE

1. Des origines à la domination britannique

La péninsule malaise, que Ptolémée appelle au iie s. « Chersonèse d'Or », car elle possède de l'or (mais aussi de l'étain), a longtemps servi de lieu de passage terrestre aux commerçants se rendant du golfe du Bengale au golfe de Siam et à la mer de Chine. Il se forma, dans chacun des bassins côtiers, de petits royaumes locaux, dont les principaux (Tambralinga, Lankasuka, Kataha), centrés sur l'isthme de Kra et sur le Kedah, sont, à partir du viiie s., sous l'autorité du royaume insulaire de Shrivijaya.

Au xiiie et au xive s., la péninsule malaise se trouve prise entre les deux sphères d'influence de la grande thalassocratie javanaise de Majapahit et des Thaïs installés dans le Siam.

L'islam pénètre en Malaisie dès le début du xive s. (inscription de Terengganu, 1303). La fondation, en 1403, du port de Melaka par un prince d'origine javanaise ouvre une ère nouvelle dans l'histoire du pays, ce port revêtant, du point de vue commercial, une importance capitale. Dès 1419, le prince de Melaka se convertit à l'islam et prend le titre de sultan.

En 1511, les Portugais s'emparent de Melaka. Ils s'y maintiendront pendant cent trente ans. Leurs rivaux hollandais, après plusieurs tentatives infructueuses, les en évincent en 1641. Ils en demeurent les maîtres jusqu'en 1795, date à laquelle l'alliance de la République batave avec la France motive l'occupation par les forces anglaises du port de Melaka, ainsi que des autres possessions hollandaises dans l'Asie du Sud-Est. Entre-temps, la Compagnie anglaise des Indes orientales s'était fait céder en 1786 l'île de Penang, puis en 1800 une annexe sur la terre ferme, appelée Province Wellesley.

Au cours des xviie et xviiie siècles, l'essentiel du grand commerce d'Inde en Chine était resté entre les mains des marchands asiatiques, et plusieurs petits sultanats indépendants de Melaka s'étaient développés (Johore, Negri Sembilan, Selangor, Perak, Kedah, Pahang, Terengganu, Kelantan).

En exécution du traité de Londres du 13 août 1814, qui attribue la péninsule à l'Angleterre et les îles à la Hollande, mais prévoit le retour de Melaka à cette dernière, Melaka est réoccupée par les Hollandais en 1818 ; mais, au second traité de Londres de 1824, ils l'abandonnent à l'Angleterre en échange du comptoir de Bengkulu (Sumatra), que les Anglais occupent encore.

2. La Malaisie britannique

Fondé en 1819 par Raffles, le port de Singapour devient britannique en 1824. En 1826, Singapour, Melaka, Penang et le petit territoire de Dindings sont rassemblés sous le nom de gouvernement des Détroits (Straits Settlements) ; Singapour remplace Penang comme capitale dès 1832. En 1826, Britanniques et Siamois se sont partagé l'influence sur la péninsule, les Siamois conservant leur suzeraineté sur le Kedah, le Kelantan et le Terengganu.

En 1867, les Détroits passent sous l'administration de la Couronne, qui va graduellement intervenir dans les États afin d'y maintenir l'ordre, puis d'en assurer l'exploitation économique (étain, hévéa), en particulier par l'importation de main-d'œuvre étrangère, chinoise et indienne. La population chinoise de Malaisie passe de 104 000 en 1871 à 2 379 000 en 1941 (43 % de la population totale) ; les Indiens passant au cours de cette période de 33 000 à 744 000 (13,5 % du total). En 1896, quatre États (Negri Sembilan, Pahang, Perak et Selangor) sont placés sous l'administration d'un résident général britannique basé à Kuala Lumpur ; ce sont les États malais fédérés (Federated Malay States). Kedah, Kelantan, Perlis, Terengganu en 1909 et Johore en 1914 formeront les États malais non fédérés, sous une administration plus lâche.

Désireux de s'emparer de Singapour et d'exploiter les richesses naturelles de la Malaisie, les Japonais y débarquent le 8 décembre 1941. L'aviation britannique est réduite à néant en quelques heures, la marine perd les deux cuirassés Prince of Wales et Repulse le 10 décembre. La campagne terrestre n'est qu'une suite de replis des Britanniques, peu habitués aux combats dans la jungle et sans appui aérien, contrairement aux Japonais. Le 28 janvier 1942, l'ensemble de la presqu'île est conquis ; Singapour capitule le 15 février. Les Britanniques ne réoccuperont la Malaisie qu'en septembre 1945. Entre-temps, un important mouvement de résistance, essentiellement chinois et contrôlé par le parti communiste clandestin, a vu le jour.

L'Union malaise (Malayan Union), instaurée en 1946 par les Britanniques et qui réduit la position des sultans et les privilèges dont bénéficiaient les Malais, se heurte à l'opposition de ces derniers, qui fondent l'UMNO (United Malays National Organization). L'Union est abandonnée au profit d'une Fédération (1948), qui préserve les droits de Malais, impose des conditions de citoyenneté aux Chinois et aux Indiens et donne à Singapour un statut à part. Quelques mois plus tard, le parti communiste de Malaisie (PCM) déclenche une insurrection générale, suivie par l'imposition de l'état d'urgence en juin, qui ne sera levé qu'en 1960. Il faudra des années à l'armée anglaise et aux supplétifs malais pour réduire l'insurrection (qu'on a appelée Emergency). Unie à la MCA (Malayan Chinese Association) de Tan Cheng Lock, l'UMNO, sous la conduite du Tunku Abdul Rahman, forme l'Alliance et remporte les premières élections en 1955. L'indépendance est proclamée le 31 août 1957, après l'adoption d'une Constitution confirmant les privilèges des Malais et de l'islam.

3. De l'indépendance à la formation de la Malaisie

Si les Chinois disposent d'une influence considérable dans l'économie, le rôle prépondérant demeure celui des entreprises étrangères. L'immense majorité de la population chinoise vit simplement dans les villes et les plantations, ne pouvant travailler une terre pratiquement réservée aux Malais, appelés Bumiputra (littéralement « fils de la terre »). Les droits politiques de la population chinoise sont aussi limités par les privilèges accordés aux Malais : malais comme langue officielle, islam religion d'État ; les postes de Premier ministre et de chef de l'État leur sont réservés, ainsi que la majorité des postes dans l'Administration et l'armée et des admissions à l'université. La situation des Indiens est identique à celle des Chinois.

La vie politique est dominée par l'UMNO au sein de l'Alliance avec la MCA et le MIC (Malayan Indian Congress). Aux élections de 1959, l'Alliance remporte 74 sièges sur 104. Les trois années qui suivent sont occupées par les négociations en vue de former la Fédération de Grande Malaisie. En 1959, Goh Keng Swee, le bras droit du chef du gouvernement de Singapour, Lee Kuan Yew, a proposé la formation d'un marché commun des colonies et ex-colonies britanniques de la région (Malaisie, Singapour, Brunei, Sarawak et Bornéo du Nord). L'accord des territoires de Bornéo est indispensable, les indigènes équilibrant la forte majorité chinoise de Singapour dans un État fédéral aux subtils dosages ethniques. Un accord de principe est conclu en août 1961 et, en septembre 1962, 71 % des Singapouriens se prononcent en faveur de la fusion, ou « merger ». Les derniers détails sont adoptés en juillet 1963 ; entre-temps, Brunei a décidé de se retirer. La Grande Malaisie est proclamée le 16 septembre 1963. Londres et Kuala Lumpur ne parviennent pas à vaincre l'hostilité de Manille, et surtout de Jakarta. Les Philippines revendiquent la souveraineté sur la partie nord de Bornéo, devenu le Sabah. En Indonésie, Sukarno n'accepte pas ce qu'il considère comme une construction pro-occidentale. Au début de 1963, son ministre des Affaires étrangères, Subandrio, a proclamé la « Konfrontasi » (« confrontation »). La naissance de la Malaisie met le feu aux poudres. L'Indonésie engage des opérations militaires et de guérilla à la frontière du Sarawak (1963), puis contre la péninsule malaise (1964). En janvier 1965, l'Indonésie se retire de l'ONU après l'élection de la Malaisie au Conseil de sécurité. La chute de Sukarno mettra un terme à la « confrontation », dont la fin sera officiellement conclue le 11 août 1966.

Entre-temps, la fusion avec Singapour n'a pas résisté aux rivalités entre le dirigeant de l'île, Lee Kuan Yew, et le gouvernement fédéral. Sur le plan économique, le libre-échangisme de Singapour, industrialisée et qui recherche des débouchés pour ses produits, s'oppose à Kuala Lumpur, qui veut protéger une industrie naissante. Le gouvernement tente de réduire l'autonomie de l'île, qui refuse d'être traitée comme un autre État fédéral. Le problème est encore plus délicat sur le plan politique : aux élections de 1964, l'Alliance échoue dans sa tentative de prendre pied à Singapour ; de son côté, le PAP (People's Action Party) de Lee Kuan Yew n'obtient qu'un seul siège dans la péninsule. L'Alliance remporte 89 sièges. Lee Kuan Yew préconise alors une « Malaisie malaisienne », c'est-à-dire où Malais et non-Malais seraient égaux, et se heurte ainsi aux « ultras » malais. En août 1965, Abdul Rahman et Lee Kuan Yew décident de se séparer à l'amiable et Singapour proclame son indépendance le 9.

4. Les émeutes raciales de 1969

La sécession de Singapour a des répercussions en Malaisie orientale, où les chefs des gouvernements locaux sont remplacés par des personnalités plus proches de Kuala Lumpur. La tension ethnique connaît un certain renouveau après que la langue malaise a été proclamée langue officielle unique (1967) et que la formation d'un collège universitaire chinois a été refusée. Ce conflit culmine avec les élections de mai 1969. Le gouvernement perd la majorité des deux tiers à l'Assemblée nationale et le contrôle de l'État de Penang ; les deux États les plus peuplés (le Selangor et le Perak) ont failli passer à l'opposition, qui a obtenu la moitié des sièges. Les trois partis d'opposition non malais – le Democratic Action Party (DAP, issu du PAP de Singapour), le People's Progressive Party (PPP) et le Gerakan – d'un côté, le parti islamique Pan-Malaysian Islamic Party (PMIP), de l'autre, gagnent sièges et voix. L'Alliance n'obtient que 66 sièges au lieu de 89. La manifestation triomphale de l'opposition à Kuala Lumpur est suivie d'un véritable pogrome qui fait de nombreux morts. L'état d'urgence est proclamé. La MCA, désavouée par ses électeurs, se retire temporairement du gouvernement ; Abdul Rahman cède la réalité du pouvoir à Abdul Razak, assisté du docteur Ismail et d'un Conseil national d'opérations (National Operations Council [NOC]), qui gouvernera le pays jusqu'à la réunion du Parlement en février 1971.

Une nouvelle idéologie, le « Rukunegara », fondée sur la croyance en Dieu, la loyauté à l'égard des institutions et la morale, est mise en place ; une Nouvelle Politique économique (NEP) est instaurée pour accroître le rôle, négligeable, des Malais dans l'économie nationale ; la Constitution est modifiée et toute remise en cause des droits spéciaux des Malais interdite. En septembre 1970, Abdul Razak remplace officiellement Abdul Rahman à la tête du gouvernement. Les événements de mai 1969 ont renforcé l'influence du parti communiste malais clandestin, mais, très vite, des dissensions internes suscitent de sanglantes purges et l'éclatement du mouvement en tendances rivales. En politique étrangère, 1970 voit le renforcement des relations de la Malaisie avec les autres pays de l'ASEAN, fondée en 1967, et la signature de l'accord de défense à cinq (Malaisie, Singapour, Royaume-Uni, Australie et Nouvelle-Zélande) destiné à remplacer la présence militaire britannique dans la région.

5. Le retour au régime parlementaire

Soucieux de stabilité et d'ouverture politique, Abdul Razak élargit la base de la coalition gouvernementale. Celle-ci, regroupant une douzaine de formations, devient, en 1974, le Front national (Barisan Nasional, BN.. L'UMNO y conserve un rôle dominant. De son côté, le DAP est isolé dans l'opposition. Le climat politique reste tendu : à la recrudescence de la guérilla communiste – elle se poursuivra jusqu'en 1989 – s'ajoute, à la fin de l'année 1974, l'agitation des étudiants, qui entendent protester contre la misère des campagnes malaises. Le gouvernement réprime durement ce mouvement, tout en lançant, dans le troisième plan quinquennal (1976-1980), une lutte générale contre la pauvreté. Soucieux de consolider une unité nationale fragile, Abdul Razak renforce le pouvoir central contre les tendances autonomistes – notamment à Sabah. Dans le domaine des relations internationales, il joue la carte asiatique, pousse l'ASEAN vers la neutralité entre l'Est et l'Ouest (déclaration de Kuala Lumpur en novembre 1971) et reconnaît la Chine dès 1974. Après sa mort, survenue en janvier 1976, son successeur, Hussein bin Onn, poursuit sa politique.

Pendant cette période de relative stabilité des années 1970, la Malaisie connaît un renouveau islamique, porté par les jeunes Malais, qui accèdent en plus grand nombre à l'université, grâce à l'aide gouvernementale. Anwar Ibrahim, chef du Mouvement des jeunesses islamiques (ABIM), est l'un des animateurs de ce renouveau religieux. Le gouvernement, qui cherche à ne pas être débordé par ce mouvement, adopte alors une politique d'islamisation contrôlée, qui lui permet d'affaiblir le parti islamiste PMIP : celui-ci perd en effet, en 1978, l'État de Kelantan, qu'il dirigeait depuis 1959.

6. Le « règne » de Mahathir bin Mohamad (1981-2003)

En juillet 1981, Mahathir bin Mohamad, qui succède à Hussein bin Onn, est le premier chef de gouvernement non aristocrate. Né en 1925, médecin, il s'est fait connaître pour sa défense des intérêts malais et pour sa fermeté comme ministre de l'Éducation en 1974. Son style est autoritaire, centralisateur et dynamique. Dès 1982, il renouvelle le personnel du parti de gouvernement, l'UMNO, et parvient à y attirer le charismatique dirigeant de l'opposition islamique, Anwar Ibrahim. Ce dernier y fait rapidement carrière, devient ministre des Finances et vice-président de l'UMNO en 1991. Mahathir se lance dans une politique d'islamisation : création de la Banque islamique de Malaisie (1982), de l'Université islamique internationale (1983), respect des règles religieuses, programmes télévisés islamiques, etc. Il veut un islam modéré et, surtout, modernisé, capable de servir l'essor économique du pays et sa « Vision 2020 », programme qui entend faire de la Malaisie un pays industrialisé en vingt-cinq ans. À cette politique d'islamisation « douce », est adjointe une répression des mouvements musulmans extrémistes.

En 1987, la montée en puissance de l'opposition lui donne l'occasion d'accentuer la répression politique. Mahathir lance une vague d'arrestations et en profite pour resserrer le contrôle de la presse et de la justice. Le remaniement de l'UMNO, rebaptisée UMNO Baru (« nouvelle UMNO ») en 1988, lui permet d'expulser les opposants du parti ; par la limitation des prérogatives des sultans (en 1983 et en 1993), il renforce la centralisation du pays. Mahathir, qui s'est illustré comme l'avocat des « valeurs asiatiques » et comme le négateur de l'universalité des droits de l'homme, n'éprouve aucun complexe à justifier sa politique autoritaire.

La politique extérieure de Mahathir s'articule autour de deux axes : l'islam et l'ASEAN. Il soutient activement la cause des Palestiniens, intervient auprès de la Birmanie contre la persécution des Rohingyas musulmans, en 1992, et prend fait et cause pour la Bosnie-Herzégovine. Tout en cherchant à renforcer l'influence internationale de son pays, il conteste l'hégémonie américaine, cherche à promouvoir une Communauté des pays asiatiques (East Asia Economic Group, [EAEG]) autour du Japon et limite l'influence britannique en Malaisie, qui reste cependant membre du Commonwealth.

Alors qu'il est au faîte de son pouvoir – la victoire électorale d'avril 1995 a été massive, Razaleigh Hamzah s'est rallié en 1996 –, la crise asiatique surprend Mahathir, en 1997. Celui-ci y voit d'abord un « complot juif », et refuse de faire appel au FMI. Peu satisfait de la politique d'austérité du vice-Premier ministre Anwar Ibrahim, qui n'empêche pas la Malaisie d'entrer en récession, il renvoie ce dernier en septembre 1998, impose le contrôle des changes et une politique expansionniste pour tenter de renouer avec la croissance. Depuis, les déboires politico-judiciaires d'Anwar ont révélé le profond malaise de la classe dirigeante malaisienne : arrêté sur les ordres du Premier ministre fin septembre, inculpé pour corruption et « actes sexuels contre nature », il est condamné une première fois pour corruption en avril 1999 à six ans de prison. Ce procès – que beaucoup qualifient de politique –, remet en cause la crédibilité des institutions, notamment judiciaires, du pays. À Kuala Lumpur, des manifestants réclament une reformasi à l'indonésienne

En novembre 1999, Mahathir dissout le Parlement et organise des élections générales anticipées. En avançant de six mois le calendrier électoral, il espère notamment profiter de l'amorce d'un redressement récent de l'économie et empêcher les nouveaux jeunes électeurs (qui seront inscrits en février 2000), sensibles aux discours de l'opposition, de participer au scrutin. Le Front national Barisan Nasional, BN)– coalition de quatorze partis sous la houlette de l'UMNO – remporte une large victoire avec plus de deux tiers des sièges au Parlement. L'opposition, rassemblée au sein du Front alternatif, accroît cependant le nombre de ses députés, grâce au bon résultat du parti islamique panmalaisien (PAS), en particulier dans le nord de la péninsule, où il prend le contrôle des États de Kelantan et de Terengganu.

La survie politique de Mahathir est liée à la reprise économique qui se confirme grâce aux exportations de produits électroniques, assurant les réserves en devises. Toutefois en novembre 2000, une élection partielle au Kedah, terre natale et fief de Mahathir, voit significativement l'UMNO battue par le Keadilan Rakyat (PKR, parti de la Justice du peuple), fondé par l'épouse d'Anwar. L'UMNO, qui dirige la coalition gouvernementale, est de plus en plus accusée de népotisme et d'immobilisme par les contestataires. Les Chinois (27 %, contre 64 % de Malais et 9 % d'Indiens) protestent contre les privilèges accordés aux seuls Malais, ou Bumiputra (fils du sol), et réclament l'application du principe du mérite individuel.

La condamnation d'Anwar à neuf autres années de prison pour sodomie en août 2000 dessert Mahathir dans l'opinion malaise et internationale. Celui-ci ne renonce pas à ses méthodes autoritaires : en avril 2001, il arrête dix opposants et les maintient en détention sans procès grâce à l'Internal Security Act, mais il s'efforce de répondre aux accusations de l'opposition touchant le favoritisme du régime en purgeant la direction de deux grandes entreprises publiques, Malaysian Airlines et Renong Bhd. Ce qui provoque la démission du ministre des Finances, Daim Zainuddin, collaborateur de longue date, en juin 2001. Mahathir reprend le ministère des Finances et déplore publiquement que le système de discrimination positive en faveur des Malais en ait fait des assistés peu compétitifs. Le système bancaire est restructuré, les mauvaises créances sont apurées. Aux élections législatives de Sarawak fin septembre 2001, l'UMNO l'emporte largement, montrant la baisse d'audience de l'opposition. Les attentats du 11 septembre 2001 font oublier Anwar.

Mahathir s'engage fermement dans la lutte contre le terrorisme (62 arrestations fin 2001) mais critique l'action militaire américaine en Afghanistan et, en 2003, en Iraq « au mépris total » de l'ONU. L'attentat de Bali du 12 octobre 2002 suscite beaucoup d'inquiétude quant à l'extrémisme islamique et au danger des divisions raciales, toujours très présent en Malaisie. Mahathir paraît le seul capable d'imposer les réformes nécessaires ; les subventions d'État sont retirées aux écoles religieuses privées, car elles échappent au curriculum des institutions officielles. Les arrestations de sympathisants de la Jemaah Islamiyah sont nombreuses (80).

7. Abdullah Ahmad Badawi

Le 31 octobre 2003, après vingt-deux ans au pouvoir, Mahathir abandonne son poste de Premier ministre, comme il l'avait annoncé en juin 2002, et cède la place au vice-Premier ministre, Abdullah Ahmad Badawi. Issu d'une famille d'érudits musulmans, celui-ci est bien placé face à l'opposition islamiste. Il hérite d'une Malaisie prospère et modernisée. Sans changer de cap, il prend ses distances vis-à-vis de certains magnats qui avaient profité de l'appui du pouvoir et donne la priorité à l'agriculture et à l'éducation sur les grands projets.

Aux élections anticipées du 21 mars 2004, la large victoire du Front national et de l’UMNO (199 sièges sur 219) conforte sa position politique. Le PAS n'obtient que 6 sièges au lieu de 27 en 1999 et perd le contrôle du Terengganu et du Kelantan. Une campagne contre la corruption est lancée au plus haut niveau. A. Ibrahim est libéré en septembre 2004 mais interdit de fonctions politiques jusqu'en 2008. Pour lutter contre le chômage, plus d'un million d'immigrés illégaux (surtout indonésiens) sont expulsés fin 2004. Mais dès mai 2005, on encourage la venue de travailleurs indonésiens.

Le nouveau Premier ministre se réconcilie avec Singapour, où il se rend dès janvier 2004. Un conflit frontalier dans le détroit de Johore est réglé en janvier 2005. En avril, A. Badawi se rend en Australie en vue de conclure un accord de libre-échange, c'est la première visite d'un Premier ministre malais dans ce pays. La Malaisie reste critique vis-à-vis d'une politique américaine qui radicalise les musulmans. Présidente de l'Organisation de la conférence islamique (OCI), elle réagit aux caricatures de Mahomet en prônant, en février 2006, un dialogue régulier pour la compréhension entre monde musulman et Occident. En décembre 2005 s'est tenu à Kuala Lumpur le premier Sommet de l'Asie de l'Est réunissant les dix pays de l'ASEAN, leurs partenaires habituels, le Japon et la Chine, mais aussi l'Inde, l'Australie, la Nouvelle-Zélande et en observateur, la Russie. Les États-Unis étaient absents. Le projet, déjà esquissé avant la crise de 1997, est de faire du xxie s. le « siècle de l'Asie ».

8. La montée de l’opposition et l’érosion de la coalition gouvernementale

Alors que les tensions entre communautés restent vives comme en témoigne un mouvement de protestation des Indiens en novembre 2007, suivi de l’arrestation du président du Hindu Rights Action Force (Hindraf), les élections de mars 2008 se soldent par une forte progression de l’opposition qui reçoit le soutien de plusieurs minorités ethniques. Le Keadilan Rakyat (PKR, dirigé par l'épouse de A. Ibrahim), le parti d'Action démocratique (DAP, soutenu par une partie de la communauté chinoise) et le parti islamique PAS obtiennent respectivement 31, 28 et 23 sièges, et forment une alliance en avril (Pakatan Rakyat, Alliance du Peuple), la coalition gouvernementale enregistrant son plus mauvais résultat depuis 1995 avec 140 sièges.

En août 2008, élu à une élection partielle, A. Ibrahim – principal leader de l’opposition dont l’inéligibilité a été levée mais qui est toujours inculpé pour « sodomie » – fait un retour remarqué au parlement après une absence de dix ans. Les relations entre le pouvoir et l’opposition – dont deux importants journaux sont interdits de publication en mars 2009 pendant trois mois – se détériorent rapidement tandis que le Premier ministre Badawi, de plus en plus contesté depuis l’échec de son parti, démissionne pour être remplacé en avril par le vice-Premier ministre (à la tête de l’UMNO depuis mars) Najib Abdul Razak.

Ce dernier affiche sa volonté d’apaiser les tensions ethniques (une mission confiée notamment à Koh Tsu Koon, chef du Gerakan, un parti chinois membre de la coalition), de lutter contre la corruption (dans le cadre d’un « Programme de transformation de gouvernement » visant à promouvoir la transparence et l’efficacité) et de relancer l’économie du pays.

Mais si la Malaisie renoue avec la croissance en 2010 (plus de 6 %) après une forte récession l’année précédente, la minorité indienne dénonce toujours les discriminations qu’elle subit, en matière d’éducation notamment, tandis que des heurts éclatent entre musulmans et chrétiens autorisés finalement à employer le nom d’Allah par la Haute Cour alors que le gouvernement l’avait interdit. Les relations avec l’opposition, accusée d’être « antinationale » par le Premier ministre, ne s’améliorent guère non plus comme l’illustre la suspension du Parlement de A. Ibrahim et de trois autres opposants en décembre 2010.

En janvier 2012, blanchi par la Cour suprême des accusations de sodomie, A. Ibrahim revient sur le devant de la scène politique dans la perspective des prochaines élections. L’opposition se mobilise de plus belle à l’occasion de ce scrutin très disputé, organisé en mai 2013. Le taux de participation atteint un niveau sans précédent de 85 %. Favorisée par le découpage électoral et le scrutin majoritaire direct à un tour, la coalition gouvernementale Barisan Nasional (BN, Front national formé autour de l’UMNO) remporte cependant 133 sièges sur 222. Bien que majoritaire en voix, l’Alliance du Peuple que l’on disait bien placée pour l’emporter, reste minoritaire avec 89 sièges, dont 30 pour le PKR de A. Ibrahim.

Ce dernier conteste ces résultats très serrés en dénonçant la fraude, des accusations rejetées par la commission électorale qui met en avant le bon déroulement du scrutin. L’opposition, à laquelle s’est ralliée la très grande majorité de la communauté chinoise, en faveur du DAP et au détriment de la MCA (Association chinoise malaisienne, progouvernementale), reçoit aussi le soutien croissant de la classe moyenne malaise et urbaine. Elle confirme par ailleurs sa progression dans plusieurs États en remportant un total de 230 sièges contre 275 pour le BN. Le Premier ministre N. Razak dont la popularité est encore élevée mais dont la base électorale s’est sérieusement érodée, est reconduit dans ses fonctions pour un second mandat et forme un gouvernement dans lequel l’UMNO conserve plus de la moitié des postes ministériels et auquel la MCA a décidé de ne pas participer en raison de son échec électoral. Outre l’augmentation de la représentation des États de Sabah et Sarawak, récompensés pour leur loyalisme, et l’entrée du dirigeant du Hindu Rights Action Force (un ralliement au BN controversé dans la communauté indienne), la principale nouveauté de ce cabinet est la nomination du président de Transparency International pour la Malaisie, qui témoigne d’une volonté plus affirmée de lutter contre la corruption.