Iraq ou Irak
en arabe ‘Irāq
Nom officiel : République d'Iraq



État d'Asie occidentale ouvert sur le golfe Persique, l'Iraq est limité à l'est par l'Iran, au nord par la Turquie, à l'ouest par la Syrie et la Jordanie, au sud et au sud-est par l'Arabie saoudite et le Koweït.
- Superficie : 434 000 km2
- Nombre d'habitants : 32 665 000 (estimation pour 2011)
- Nom des habitants : Irakiens
- Capitale : Bagdad
- Langues : arabe et kurde
- Monnaie : dinar irakien
- Chef de l'État : Djalal Talabani
- Chef du gouvernement : Nuri al-Maliki
- Nature de l'État : république à régime parlementaire
- Constitution :
- Adoption : 18 septembre 2005
- Entrée en vigueur : 15 octobre 2005
Pour en savoir plus : institutions de l'Iraq
GÉOGRAPHIE
Occupant la majeure partie de la Mésopotamie, entre le Tigre et l'Euphrate, l'Iraq est un pays au relief monotone, semi-désertique, avec des étés torrides. Il n'est que très partiellement mis en valeur par l'irrigation (blé, riz, dattes, coton). L'élevage (ovins) est la seule ressource des steppes. L'économie, qui repose sur le pétrole (dont la production retrouve aujourd'hui un haut niveau), a été perturbée par un embargo de 1990 à 2003, puis dévastée par la guerre de 2003 et ses suites.
Le milieu naturel
L'État irakien, né sur les ruines de l'Empire ottoman, à l'issue de la Première Guerre mondiale, a été organisé autour de la cuvette alluviale de la Mésopotamie et de sa capitale Bagdad, principal centre urbain qui y avait survécu aux siècles de prépondérance des nomades. Il s'agit d'un gigantesque bassin de subsidence quaternaire, limité à l'ouest (flexure bordière de la rive droite de l'Euphrate) par les sédiments tertiaires du désert de Syrie, à l'est par des cônes de déjection coalescents au pied des chaînes du Zagros, qui passent au nord (Djézireh irakienne) à une plaine de piémont plus régulière en bordure du Taurus. Dans ce bassin se déchargent les alluvions du Tigre et de l'Euphrate, dont le cours, très instable, n'est pas réellement fixé. La cuvette est en effet encore affectée de mouvements tectoniques qui expliquent notamment la présence d'importants secteurs lacustres et marécageux dans la basse plaine, déjà existants dans l'Antiquité sumérienne, mais qui se sont considérablement développés aux premiers siècles de l'ère chrétienne. À l'ouest de la Mésopotamie, le territoire irakien s'étend largement sur les plateaux sédimentaires qui occupent le cœur du Croissant fertile. Le climat de ces plateaux et de la cuvette mésopotamienne est subdésertique, avec des pluies apportées par de rares dépressions hivernales d'origine méditerranéenne qui ont déjà déversé leur humidité sur la côte du Levant, et qui se situent entre 100 et 200 mm par an en moyenne ; la vie ne peut y être fondée que sur l'irrigation. C'est seulement au nord, dans la Djézireh, steppe arborée de pistachiers à l'état naturel, que les précipitations se relèvent (entre 200 et 400 mm) et que se présente une large bande de campagnes en cultures pluviales, qui se poursuivent dans le rebord montagneux du Taurus et du Zagros, fortement arrosé, et de végétation naturelle forestière.
La population
Siège d'invasions successives et de troubles constants entre nomades et sédentaires, kurdes et arabes, chiites et sunnites, y compris sous l'Empire ottoman, la population irakienne est un brassage d'ethnies et de religions diverses – on recense même quelques turcophones et persanophones. Parmi les 30 millions d'habitants que compte le pays en 2009, les Kurdes (20 % de la population, pour la plupart sunnites) et les Turkmènes résident dans des petits villages de montagne, au cœur des régions les plus fertiles et les plus riches en pétrole ; certains d'entre eux nomadisent encore dans les plaines. Coincés sur les franges du territoire, quelque 400 000 descendants chiites des invasions perses habitent des marais insalubres ; le reste de la population chiite est regroupé dans le sud du pays. Dans les plaines du Centre se sont installés les Arabes sunnites, qui ont dominé l'État irakien depuis son indépendance. Néanmoins, la majorité des habitants est aujourd'hui chiite (plus de 65 %), les sunnites étant devenus minoritaires (30 %). Il existe également une petite minorité chrétienne (5 %) aux rites très divers (chaldéen, syrien, arménien, latin), ainsi que 2 500 Juifs. Avant la guerre Iran-Iraq de 1980-1988, 2 millions d'Égyptiens avaient émigré en Iraq, où ils bénéficiaient d'un accueil favorable, le pays étant toujours soucieux de remédier à la faiblesse relative de son peuplement, en dépit d'une croissance démographique soutenue – son besoin de main-d'œuvre est d'autant plus criant qu'il dispose de la plus forte superficie de terres arables du Moyen-Orient. La population urbaine a considérablement augmenté, passant, entre 1968 et 1998, de 28 à 71 % de la population totale. La province de Bagdad regroupe le quart des Irakiens, l'agglomération de Bassora rassemble 1,5 million d'habitants, avec une forte proportion de fonctionnaires – dont, il y a encore peu, 1 million de militaires, réduits aujourd'hui à 500 000, dont 100 000 réservistes. La guerre Iran-Iraq, la guerre du Golfe, l'embargo et la guerre d'Irak ont ralenti la croissance démographique du pays et accentué l'exode : plus de 2 millions d'Irakiens vivent désormais hors de leur pays, en Europe (particulièrement à Londres) et un peu partout dans le monde. De même, 300 000 chrétiens, sur 475 000, ont fuit le pays depuis 1991. En revanche, de nombreux immigrés Égyptiens, chassés par la guerre du Golfe, se sont réinstallés, ces dernières années, en Iraq.
L'économie traditionnelle de l'Iraq

Pays semi-désertique au climat torride, l'Iraq bénéficie toutefois de la cuvette alluviale de la Mésopotamie (cœur historique et démographique du pays), située entre le Tigre et l'Euphrate, où s'est développée, depuis des siècles, une agriculture irriguée (27 % des terres arables). Les ressources agricoles reposent essentiellement sur l'élevage ovin extensif et sur la culture des céréales (blé, riz, orge), des dattes (dont l'Iraq était jadis le premier exportateur mondial), notamment sur les rives du Chatt al-Arab, du coton, des plantes vivrières ou encore du tabac. Ces activités, jointes aux énormes richesses en hydrocarbures (10 % des réserves mondiales), faisaient de l'Iraq l'un des pays les plus prospères de la région. Dès 1918, des barrages édifiés sur le Tigre et sur l'Euphrate développèrent l'irrigation, encore améliorée en 1956 (aménagement de la plaine mésopotamienne pour lutter contre les crues dévastatrices, construction de nouveaux barrages, notamment au Kurdistan). Cependant, les rendements restent médiocres, et l'équipement, rudimentaire. En 1958, la réforme agraire du général Kassem mit fin aux grands fiefs féodaux, mais provoqua une désorganisation des réseaux de commercialisation et une chute de la production : les 400 000 hectares de terres organisés en kolkhozes n'obtinrent pas les effets escomptés. L'Iraq dut alors importer 1 million de tonnes de céréales par an pour nourrir la population, dont près de la moitié pourtant travaillait dans l'agriculture (40 % des actifs, 23 % du produit intérieur brut [PIB]).
Exploité depuis 1927 par l'Iraq Petroleum Company (IPC) dans le Kurdistan (régions de Kirkuk et de Mossoul), puis, à partir de 1953-1958, dans l'extrême Sud, à la suite de la découverte de nouveaux gisements, le pétrole irakien est une richesse exceptionnelle – d'autant que 70 % du territoire sont toujours inexplorés. Cependant, le pays, enclavé, dispose d'un accès à la mer insuffisant : le pétrole doit donc être acheminé par des oléoducs, vers le Liban et la Palestine dans les années 1920, vers la Syrie à partir de 1952, vers la Turquie, enfin, depuis 1977. Il est également exporté, à partir de 1958, par le golfe Persique, grâce au terminal pétrolier de Fao, à l'embouchure du Chatt al-Arab.
Aux termes des accords conclus avec l'IPC en 1952, l'État irakien s'assura, dans un premier temps, de toucher la moitié des bénéfices pétroliers. Puis, sous le général Kassem, une grande partie de la production pétrolière fut nationalisée. En juillet 1964, ce fut au tour des banques, des sociétés d'assurances, des industries du tabac et du ciment. En 1965, cependant, le pouvoir irakien opta pour une économie libérale, leva le monopole de l'État sur les importations, stoppa les nationalisations et supprima les représentations ouvrières dans les compagnies nationalisées. Entre 1972 et 1975, on revint à nouveau à une économie autoritaire, et l'industrie pétrolière fut, cette fois-ci, totalement nationalisée. Malgré ces fluctuations de la politique économique, l'Iraq des années 1970 était un pays prospère. Sixième producteur mondial d'hydrocarbures, il exportait près de 168 millions de tonnes de pétrole par an (20 % du P.I.B.) et disposait d'une industrie pétrochimique à Bassora, d'un complexe sidérurgique sur le Chatt al-Arab, d'une dizaine de raffineries de pétrole, de plusieurs aciéries et d'une industrie légère diversifiée (raffinage de sucre, cimenterie, textile, construction mécanique). Le pays était également performant dans les secteurs de la construction, de la finance et des services. Malgré des achats massifs d'armement, ses avoirs en devises dépassaient 35 milliards de dollars et ses dettes n'atteignaient pas 2,5 milliards de dollars.
La fin d'une puissance économique
La guerre avec l'Iran entraîna l'effondrement de l'économie irakienne : pendant le conflit, les exportations de pétrole chutèrent de deux tiers – la découverte de nouveaux gisements en 1988 n'y changea rien –, les terminaux pétroliers furent détruits, la production agricole diminua malgré la privatisation des terres et l'ouverture libérale de l'économie. La dette de l'État devint écrasante et absorba bientôt 40 % des recettes pétrolières, l'inflation atteignit un niveau élevé, le P.I.B. régressa. En 1988, l'Iraq, alors au bord de la ruine, devait 60 milliards de dollars à l'extérieur, dont 35 milliards au Koweït et à l'Arabie saoudite et 15 milliards à la France, le coût de la reconstruction étant, quant à lui, également évalué à 60 milliards de dollars. Il parvint cependant, en l'espace de deux ans, à rééquilibrer sa balance commerciale, à redresser son P.I.B. et à reprendre ses exportations de pétrole. Mais la guerre du Golfe et l'embargo (l'un des plus stricts jamais appliqués) l'ont totalement ruiné. La production agricole et industrielle s'est effondrée, et l'économie est aujourd'hui minée par les trafics et le banditisme. L'Iraq, obligé d'importer massivement des produits alimentaires alors que ses avoirs extérieurs sont gelés – au moins 4,5 milliards de dollars, dont un tiers dans les banques arabes –, doit en outre payer des indemnités au Koweït pour les dommages commis en 1990. La nourriture est rationnée, les ONG (Organisations non gouvernementales) supervisant les distributions tandis que l'ONU contrôle toute l'économie. Les exportations de pétrole sont limitées à 4 milliards de dollars par an à partir de 1996, alors que les besoins en importations de l'Iraq, dans l'état actuel de sa production agricole et industrielle, se chiffrent à près de 10 milliards de dollars par an. L'étau s'est un peu desserré à partir de 1997 : l'Iraq, qui a pu alors réimporter du blé australien et du riz thaïlandais, a produit, surtout au Kurdistan, 3,3 millions de tonnes de céréales et 600 000 tonnes de dattes. Par ailleurs, 33 contrats pétroliers ont été signés avec les Turcs, les Français (Total), les Américains, les Russes, les Japonais et les Chinois. L'embargo a été critiqué par nombre d'experts qui ont estimé qu'il a pénalisé d'abord la population irakienne et contribué à la lente dégradation des infrastructures du pays. En revanche, il n'a pas empêché Saddam Husayn et ses proches d'accroître leurs revenus et de reconstruire l'arsenal militaire grâce à la multiplication de la fraude (surtaxes imposées aux grandes compagnies qui achètent le pétrole irakien, marché noir en direction des pays voisins). Toutefois, la guerre déclenchée par une coalition américano-britannique en 2003, suivie par l'invasion du pays et par l'effondrement du régime de Saddam Husayn ont conduit à une situation géopolitique et économique tout à fait nouvelle, la reconstruction de l'Iraq étant désormais largement tributaire de l'aide susceptible d'être apportée par la communauté internationale, de l'évolution de la politique intérieure et de la manière dont sera abordée (notamment par les Américains) la question de la gestion des ressources pétrolières.
En 2012, l'Iraq est redevenu le deuxième pays producteur de pétrole des pays de l'OPEP. Pour les exportations, l'Iraq devance notamment l'Iran.
HISTOIRE
L'Iraq, qui doit son nom à l'expression arabe Iraq al-Arabi, introduite lors de la conquête musulmane du viie s., recouvre à peu près le territoire de l'ancienne Mésopotamie, où sont nées les premières civilisations de l'Orient – auxquelles l'humanité doit, entre autres, l'invention de l'écriture. Dans ce couloir fertile, formé par les vallées du Tigre et de l'Euphrate, des peuplements humains ont été détectés dès le IXe millénaire avant J.-C. Tour à tour, les Sumériens, les Akkadiens (fondateurs de Babylone au IIIe millénaire avant J.-C.), les Assyriens (fondateurs de Ninive au IIe millénaire avant J.-C.), les Élamites (installés à Suse en 3500 avant J.-C.) ont occupé cette zone charnière du Moyen-Orient, successivement envahie par des peuples venus de Turquie (les Hittites) ou de Perse (les Mèdes et les Parthes), avant de passer sous domination arménienne, puis grecque, et d'être finalement incorporée à l'Empire romain.
Pour en savoir plus, voir l'article Mésopotamie.
L'Iraq et les grands empires musulmans
La conquête arabe (633-642) est déterminante pour la région irakienne, qui, dès lors, joue un rôle de premier plan dans l'histoire politique et religieuse de l'islam. À l'occasion des conflits qui suivent la mort de Mahomet, Ali, le gendre du Prophète, est assassiné sur le territoire irakien. Né de la vénération d'Ali et de ses descendants, le chiisme jouera ensuite un rôle important dans la région. Le premier empire musulman, celui des Omeyyades (661-750), qui s'installe à Damas, tente en vain de contrôler cette zone turbulente où les révoltes se succèdent. C'est d'Iraq que part la révolte qui donne naissance au second empire musulman de l'histoire, celui des Abbassides, qui règnent à Bagdad jusqu'en 1258. L'ancienne Mésopotamie connaît alors une deuxième période de gloire, Bagdad devenant une capitale florissante et un haut lieu de culture.
Pour en savoir plus, voir l'article Abbassides, Omeyyades.
Les rivalités économiques et sociales minent cependant l'Empire abbasside, qui, menacé par les Byzantins, perd le contrôle des flux économiques venus d'Extrême-Orient. En 1055, les Turcs Seldjoukides s'emparent des territoires de l'Empire. Divisé entre Turcs et Kurdes – ceux-ci seraient des descendants des Mèdes –, l'Iraq est ensuite conquis par les Mongols (1258-1259). Ruiné, dominé par diverses dynasties mongoles et turkmènes, ravagé par Timur Lang (Tamerlan) en 1401, l'Iraq est facilement annexé par les Turcs Séfévides entre 1499 et 1508, puis par les sultans ottomans.
Cette domination ne met pourtant pas fin aux troubles incessants dont l'Iraq sera toujours le théâtre, entre nomades et sédentaires, minorités kurdes et pouvoir central, chiites et sunnites, le pays subissant les affres des luttes intertribales, les querelles internes de l'Empire ottoman, les constantes incursions persanes et, à partir de 1790, celles des Wahhabites saoudiens, venus combattre le chiisme professé par une partie des Irakiens. Au xixe s., malade et décadent, l'Empire ottoman voit l'Occident empiéter progressivement sur ses limites territoriales. Marche orientale de l'Empire turc, l'Iraq commence alors à subir ces influences nouvelles.
Occupation britannique et poussées nationalistes
Les tentatives de modernisation (chemins de fer, imprimerie, télégraphe, circulation maritime, scolarisation, postes) ne peuvent freiner l'inéluctable décadence de l'« homme malade de l'Europe ». En novembre 1914, la Turquie étant entrée en guerre aux côtés de l'Allemagne, les Britanniques débarquent en Iraq, y ouvrent un front militaire et occupent Bagdad, à partir de mars 1917. En avril 1920, la Grande-Bretagne reçoit un mandat de la Société des Nations (SDN) pour gouverner l'Iraq – ce qui provoque, dès le 3 mai 1920, une insurrection, dirigée par une élite marquée par le mouvement Jeunes-Turcs, qui se prolonge jusqu'en avril 1921. En 1921, un conseil arabe de l'État, formé sous l'égide britannique, désigne l'émir Faysal ibn Husayn, fils du chérif de La Mecque et membre de la puissante famille des Hachémites, comme roi d'Iraq. Il régnera jusqu'en 1933. Une assemblée constituante ratifie, en mars 1924, un traité signé en octobre 1922 et définissant les rapports de la puissance mandataire et de l'Iraq. Le nouvel État rassemble les provinces ottomanes de Mossoul – dans le Kurdistan, riche en pétrole et revendiqué par la Turquie –, de Bassora et de Bagdad. Le pouvoir central naissant s'appuie sur les musulmans sunnites, dont le nombre est alors équivalent à celui des chiites, ce qui provoque de nombreux mouvements de contestation parmi ces derniers. Les Kurdes (25 millions d'individus), qui bénéficiaient d'une certaine autonomie dans l'Empire ottoman et auxquels le traité de Sèvres de 1920 avait promis la création d'un Kurdistan indépendant, sont désormais répartis dans 5 pays – Iraq, Iran et Turquie, avec de faibles minorités en Syrie et en Transcaucasie soviétique. Eux aussi constitueront toujours une force d'opposition acharnée contre l'État irakien.
Soucieuse avant tout de s'assurer l'exploitation des ressources pétrolifères du pays, la Grande-Bretagne tient cependant à édifier en Iraq un pouvoir stable avec lequel elle puisse entretenir des relations suivies : en 1927, l'exploitation du pétrole irakien est confiée à l'Iraq Petroleum Company (IPC) ; en juin 1930, un nouveau traité anglo-irakien accorde à l'Iraq une indépendance nominale, tout en maintenant un contrôle britannique, prévu pour une durée d'au moins vingt-cinq ans. Cette situation exacerbe les sentiments nationalistes en Iraq, qui, entre 1936 et 1941, connaît 7 coups d'État. Le successeur de Faysal Ier, Ghazi Ier (il a régné de 1933 à 1939), meurt en laissant un héritier de quatre ans, Faysal II. La régence d'Abd al-Ilah (1939-1953), favorable aux Britanniques, est d'abord marquée par de graves troubles, qui aboutissent, en 1941, à la prise du pouvoir par Rachid Ali al-Gaylani, un nationaliste pro-allemand. Les Britanniques réagissent immédiatement par une nouvelle occupation de l'Iraq, qui entre finalement en guerre, en 1943, aux côtés des Alliés.
Malgré certaines concessions par rapport au traité de 1930, la régence d'Abd al-Ilah, épaulé par le président du Conseil, Nuri al-Said, maintient le pays sous la domination britannique. Cette situation est loin de résorber les tensions, avivées par la montée des problèmes économiques et sociaux ainsi que par la guerre israélo-arabe de 1948-1949. Les quelques mesures économiques (création d'un conseil de développement en 1950) et politiques (projet de fédération des pays du Croissant fertile : Iraq, Syrie, Liban, Jordanie et Palestine) ne suffisent pas à rehausser le prestige du pouvoir. Le parti communiste irakien, créé en 1934, puissant chez les Kurdes et les chiites, prend alors la tête des mouvements de protestation, notamment des violentes manifestations de novembre 1952, à Bagdad. L'adhésion de l'Iraq au pacte de Bagdad (1955), sous l'impulsion de Londres et de Washington, le mutisme du pouvoir irakien pendant la crise de Suez, la proclamation d'une fédération des deux royaumes hachémites – Iraq et Jordanie –, achèvent d'irriter les sentiments nationalistes de la population, tout en suscitant l'hostilité de l'Égypte nassérienne et de la Ligue arabe.
Luttes pour le pouvoir au sein de la République
Cinq mois après la proclamation de la fédération iraqo-jordanienne, le 14 juillet 1958, un coup d'État militaire donne le pouvoir au général Abd al-Karim Kassem. Le roi Faysal, le régent Abd al-Ilah et Nuri al-Said sont exécutés : la république est proclamée. Le nouveau régime est vite débordé par un courant contestataire acquis aux idéaux du nationalisme arabe du Baath, parti fondé en 1943 en Syrie par Michel Aflaq, favorable alors au rapprochement avec le régime égyptien de Gamal Abdel Nasser et qui séduit les élites militaires sunnites. Abd al-Karim Kassem, tout en assurant l'indépendance du pays vis-à-vis de la Grande-Bretagne – retrait de la Fédération arabe, du pacte de Bagdad et de la zone sterling –, s'est rapproché des Soviétiques et a choisi de s'appuyer sur le parti communiste plutôt que sur les nassériens, militants du panarabisme. Dirigés par le colonel Abdul Salam Aref, qui avait participé à la révolution de 1958, les nassériens, dont les partis sont interdits, s'opposent alors violemment aux communistes : en mars 1959, un soulèvement pro-nassérien est écrasé. Accusés d'avoir fomenté des troubles entre Kurdes et Turkmènes en juillet 1959, à Kirkuk, les communistes sont cependant écartés (la répression fera au moins 5 000 morts) ; leur parti est interdit en 1960, tandis que l'option autoritaire du régime s'accentue, ce qui n'empêche pas l'insurrection kurde de se développer à partir de 1961, sous la direction de Mulla Mustafa al-Barzani, ni le mécontentement populaire, toujours latent, de s'accentuer. Après cette rupture avec les communistes, proches des chiites et des Kurdes, l'Iraq sera toujours gouverné par des membres de la minorité sunnite (30 % de la population), perpétuellement en butte aux oppositions de la majorité chiite (65 % des Irakiens, vivant dans les régions les plus déshéritées) et de la minorité kurde (20 % de la population, composée de sunnites et de chiites : c'est sur son territoire que se trouvent les principales richesses pétrolières du pays). Ces deux oppositions au pouvoir central, qui s'affirment pendant ces années 1960, fragilisent la République du général Kassem. Quand, en juin 1961, ce dernier avance des revendications territoriales sur le riche Koweït, nouvellement indépendant, ses relations avec l'Égypte et la Grande-Bretagne s'enveniment, la rupture de relations diplomatiques avec le Liban, la Jordanie et les États-Unis achevant d'isoler l'Iraq. En décembre 1961, le gouvernement entre en conflit direct avec l'Iraq Petroleum Company (IPC) et nationalise une partie de la production pétrolière.
De la présidence d'Aref à l'avènement du Baath
Le 8 février 1963, un coup d'État dirigé par des éléments militaires auxquels se sont joints des « unionistes pro-nassériens » et surtout des membres du Baath amène au pouvoir, à la tête d'un Conseil national de la révolution, Abdul Salam Aref. Le général Kassem et ses adjoints sont exécutés, la Constitution abrogée. Les baassistes, qui occupent les postes clés, déclenchent une répression contre les communistes. Soucieux de ménager l'Occident, ils renoncent aux prétentions irakiennes sur le Koweït et reconnaissent l'autonomie des Kurdes, en mars 1963. Un accord définitif sur la question ne parvenant pas à s'élaborer, les hostilités reprennent : sous la houlette du parti démocratique du Kurdistan (PDK, créé en 1946) de M. al-Barzani, elles vont se poursuivre jusqu'en 1975, quasiment sans interruption. Dirigé par l'armée et le Baath, l'Iraq s'ouvre alors au commerce avec l'étranger, améliore ses rapports avec l'IPC et apaise ses relations extérieures, à la faveur d'un coup d'État baassiste en Syrie (1963), avec laquelle il signe un accord militaire, peu après l'échec d'un projet d'union Iraq-Égypte-Syrie.
Mais le Baath irakien, divisé, incapable de réaliser des réformes, en butte à l'hostilité des pro-nassériens, est écarté du pouvoir par le maréchal Aref (novembre 1963), qui concentre entre ses mains l'essentiel du pouvoir. Sur le modèle nassérien, un parti unique, l'Union socialiste arabe, est créé, les autres partis sont interdits, une Constitution temporaire est promulguée, et le caractère islamique du régime, affirmé. Un cessez-le-feu est signé, en février 1964, avec les Kurdes, et des prisonniers politiques sont libérés. Le régime crée une compagnie pétrolière nationale, nationalise une partie de l'industrie, les banques et les assurances et signe avec l'Égypte, dont il se rapproche pour quelque temps, un pacte militaire (mai 1964). Cette embellie est cependant rapidement mise en cause par la reprise des hostilités avec les Kurdes, les craintes de la bourgeoisie, effarouchée par le discours socialisant du pouvoir, la démission de 6 ministres pro-nassériens et une nouvelle tentative de coup d'État militaire (septembre 1965). La politique irakienne, fondée sur les alliances tribales et leur recomposition permanente, sur une violence endémique, un contrôle policier constant, le clientélisme et la terreur, a bien du mal à trouver la voie de la stabilité.
Après la mort du maréchal Aref, en 1966, son frère, le général Abdul Rahman Aref, le remplace à la tête de l'État. Un nouveau cessez-le-feu avec les Kurdes (juin 1966) ne met cependant pas fin aux troubles : une partie de l'armée, les communistes, les baassistes et les pro-nassériens s'opposent au gouvernement, qui tente de diviser l'opposition, en associant les Kurdes et les baassistes modérés au pouvoir. À l'occasion de la guerre israélo-arabe de 1967, l'Iraq, rallié au pacte de défense commune jordano-égyptien, déclare la guerre à Israël, rompt ses relations diplomatiques avec les États-Unis et stoppe ses exportations de pétrole vers les pays occidentaux.
Ce regain de nationalisme arabe n'empêche pas le général Aref d'être renversé, le 17 juillet 1968 : le Baath reprend alors le pouvoir, le général Ahmad Hasan al-Bakr, responsable de l'organisation militaire au sein du parti, devient président de la République. Le 22 septembre 1968, une nouvelle Constitution provisoire érige le socialisme en principe directeur. Les chiites, encore une fois écartés du pouvoir, se rapprochent alors de l'Iran, dans le cadre d'un parti d'orientation religieuse : le parti de l'Appel islamique. Alors que les relations avec l'Iran se dégradent – prétentions du Chah sur le Chatt al-Arab et expulsion par l'Iraq des résidents iraniens –, le régime choisit une orientation socialisante : l'opposition de droite est durement réprimée, un pacte national de coopération est signé en 1971 avec les forces progressistes, deux communistes entrent au gouvernement (1972), l'IPC est nationalisée, et le parti communiste, autorisé, le 17 juillet 1973. De nouveaux accords économiques sont signés avec l'URSS (en 1969 puis en 1972), une aide conséquente est fournie aux Palestiniens, et l'Iraq s'implique, en 1973, dans la quatrième guerre israélo-arabe, aux côtés des forces égyptiennes.
Les oppositions internes et externes finissent par avoir raison du pouvoir du général al-Bakr. En 1975, un conflit l'oppose à la Turquie à propos du partage des eaux du Tigre et de l'Euphrate. Malgré des tentatives de rapprochement avec le PDK, les hostilités reprennent avec les Kurdes, désormais divisés – un nouveau parti, l'Union progressiste kurde (UPK), est appuyé par la Syrie et la Libye. Malgré les déportations, les destructions de villages, puis l'amnistie des Kurdes exilés en Iran, le général Bakr ne parvient pas à stabiliser son régime, également fragilisé par la contestation chiite, avivée par la révolution iranienne de 1979, et les relations difficiles avec la Syrie. Le 16 juillet 1979, il finit par démissionner et laisse la place à Saddam Husayn.
Le pouvoir de Saddam Husayn

Cousin du général Bakr, secrétaire général du Baath, vice-président du Conseil de commandement de la révolution, le nouvel homme fort du régime entame son règne dans le sang : entre 1979 et 1982, les purges massives dans le parti vont faire au moins 500 morts, dont Bakr lui-même. Saddam Husayn s'évertue à jongler entre les différentes tendances qui compliquent traditionnellement le jeu politique irakien : il est tout à la fois président de la République, commandant des forces armées, chef du Baath et patriarche de sa tribu, laquelle contrôle la Défense, le bureau militaire du parti, les industries militaires, la police politique et les services spéciaux. Parallèlement à une répression féroce de l'opposition – nombreuses tortures, exécution du religieux chiite Muhammad Baqir al-Sadr, expulsion de 30 000 chiites vers l'Iran –, S. Husayn pratique une ouverture démocratique de façade, amende la Constitution, crée l'Assemblée nationale et organise, en juin 1980, des élections législatives remportées par le Baath et ses alliés du Front national progressiste (dont les communistes sont éliminés).
Inquiet d'une éventuelle influence de la révolution islamique iranienne sur sa majorité chiite, craignant un éclatement du fragile équilibre irakien, le régime pense trouver dans l'effondrement des Pahlavi une opportunité pour annuler les importantes concessions territoriales faites à l'Iran, lors des accords de 1969 et de 1975 ; il veut aussi faire aboutir ses prétentions sur le Khuzestan iranien. Il attaque donc, en septembre 1980, son voisin, déclenchant une guerre meurtrière de huit ans qui va totalement ruiner l'économie irakienne, malgré les importants soutiens financiers reçus des pays occidentaux et de ceux du golfe Persique (guerre Iran-Iraq).
Durant la guerre, les chiites, les Kurdes et les communistes se rangent aux côtés de l'Iran. Les villages kurdes sont massivement détruits, y compris par des bombardements chimiques, et les populations sont déportées. Aidés par la Turquie, qui accueille 120 000 Kurdes irakiens, les Kurdes tentent de se regrouper. Les chiites sont soutenus par la Syrie, qui ferme, en 1982, l'oléoduc de Kirkuk, ce qui équivaut à une déclaration de guerre. Tous les opposants, notamment les chefs religieux, dont les responsables vivent en exil – le plus souvent à Téhéran –, accusés de collusion avec l'ennemi persan, sont sauvagement réprimés. Ils tentent en vain de se regrouper, cependant que le régime se durcit et que la terreur policière s'accentue. Les remaniements fréquents du gouvernement et les rumeurs de coups d'État témoignent de l'instabilité politique du pays, compliquée d'une situation sociale extrêmement tendue. Des attentats chiites et kurdes ravagent les principales villes du pays, Bassora est détruite par les missiles iraniens en 1982, Bagdad par les bombardements au printemps 1985. Au plan extérieur, cependant, la guerre permet le rétablissement des relations avec l'Occident, notamment avec les États-Unis et les pays arabes – à l'exception de la Syrie, Bagdad appuyant les Frères musulmans syriens et les groupes libanais opposés à Damas. L'Arabie saoudite et les pays du Golfe aident massivement Bagdad par des prêts, dont le remboursement s'avérera très lourd ; S. Husayn coopère avec l'Égypte, la Jordanie et obtient même du Koweït qu'il lui loue l'île de Bubiyan, pour y créer un port en eaux profondes (1988). Il achète massivement des armes, s'ouvre aux investissements des grandes firmes et est très actif sur le marché pétrolier.
L'Iraq entre deux guerres



Après le cessez-le-feu de 1988, le pays, ruiné et endetté, est exsangue. La guerre a été meurtrière et destructrice : le coût de la reconstruction est évalué à plus de 60 milliards de dollars. S. Husayn promet alors une amnistie, une nouvelle Constitution et le retour au multipartisme. Des élections législatives très contrôlées (avril 1989) assoient encore davantage la suprématie du Baath et des sunnites. La situation régionale ne s'améliore pas : les relations avec la Turquie sont toujours empoisonnées par la question de l'eau, sur la gestion des ressources hydrauliques ; une brouille éclate avec Le Caire à cause des mauvais traitements réservés aux travailleurs égyptiens en Iraq ; l'exécution d'un journaliste britannique envenime les rapports avec l'Occident, alors que l'Iraq tente de prendre la tête du mouvement arabe anti-israélien.
S. Husayn continue d'armer le pays. Le 2 août 1990, espérant annuler une partie de sa dette, accaparer les énormes richesses en devises du Koweït, trouver un débouché maritime sur le golfe Persique et doubler ses rentrées pétrolières, l'Iraq envahit le Koweït, dont il revendique le territoire depuis son indépendance, déclenchant ainsi la guerre du Golfe. Pendant six mois, jusqu'en janvier 1991, S. Husayn refuse l'évacuation réclamée par la communauté internationale, malgré l'embargo commercial, financier et militaire très sévère décrété par l'ONU. À l'exception de la Turquie, de la Jordanie et des Palestiniens, le monde arabo-musulman, qui l'avait soutenu contre l'Iran, se désolidarise désormais du président irakien. Une force internationale, dirigée par les États-Unis, mais comprenant des soldats de 30 nationalités, lance l'opération « Tempête du désert » à partir du territoire saoudien (janvier-février 1991). Écrasé, son armée débandée, l'Iraq est envahi, occupé et placé sous tutelle financière internationale. La débâcle est totale : l'armée irakienne est réduite de 1 million à 387 000 hommes.
L'après-guerre du Golfe
L'Iraq vaincu voit les forces centrifuges qui l'agitent depuis sa constitution échapper totalement à l'État. Quelques semaines après le cessez-le-feu, les régions chiites du Sud se soulèvent : les représentants du Baath et leurs familles sont massacrés, les représentations du pouvoir central, attaquées. Parti de Bassora, le soulèvement gagne Sulaimaniya, au Kurdistan : en mars 1991, pendant deux semaines, 15 des 18 provinces irakiennes échappent au contrôle de l'État. La répression est violente dans le Kurdistan comme dans la zone des marais, peuplée de chiites, et que S. Husayn veut assécher pour réduire la population : celle-ci fuit en masse vers l'Iran (750 000 habitants en 1980, contre 70 000 en 1991). Deux millions de Kurdes fuient vers l'Iran et la Turquie, qui milite pour l'instauration d'une zone de protection internationale au Kurdistan. Le 5 avril 1991, le Conseil de sécurité de l'ONU exige l'arrêt de la répression – au moins 50 000 morts dans le sud du pays – et lance une opération aérienne, qui aboutit à la création d'une zone d'exclusion au nord du 36e parallèle et au retrait des troupes irakiennes. Le 4 juin 1991, les troupes américaines, britanniques, françaises et néerlandaises se lancent au secours des Kurdes, auxquels elles promettent l'autonomie. En août 1992, les Occidentaux garantissent une nouvelle zone d'exclusion aérienne, au sud du 32e parallèle (zone chiite).
Les opposants irakiens, emprisonnés, torturés ou réfugiés à l'extérieur, sont encouragés par les Alliés à s'unir : 30 partis se regroupent pour chercher, en vain, une issue démocratique à la crise politique, qui touche désormais également les sunnites, déchirés par les luttes de pouvoir. Des purges successives, y compris dans l'armée et le parti, consacrent la suprématie du clan, de la tribu et de la famille du raïs, perçu à l'extérieur comme un dictateur sanguinaire et mégalomane. En quelques mois, en effet, S. Husayn est passé, aux yeux des Occidentaux, du rôle d'interlocuteur recevable – en comparaison avec les ayatollahs iraniens – à celui d'adversaire principal du « nouvel ordre mondial » que tentent d'imposer les États-Unis depuis la disparition de l'URSS. Cependant, régnant par la terreur, gouvernant un territoire réduit de moitié et une population minée par les privations alimentaires et les maladies, le dictateur irakien reste le seul interlocuteur possible pour les Occidentaux, les divisions de l'opposition étant telles qu'aucune relève politique sérieuse ne parvient à se dégager.
Embargo international et luttes internes
De l'Unscom à l'Unmovic
Les Américains avaient compté sur un coup d'État militaire pour se débarrasser du régime de S. Husayn, or les soulèvements chiites et kurdes ont rallié au raïs les forces centralistes irakiennes. Dès lors, il ne reste plus à Washington qu'à essayer de « contenir » S. Husayn en utilisant l'arme de l'embargo. Les commissions d'enquêtes chargées d'inspecter les installations nucléaires (Agence internationale de l'énergie nucléaire, AIEA et les moyens de produire des armes de destruction massive (Unscom) découvrent des programmes beaucoup plus avancés qu'on ne l'estimait. Le désarmement nucléaire est réalisé assez vite. En revanche, le travail de l'Unscom s'avère beaucoup plus chaotique, les Irakiens cherchant à dissimuler une partie de leurs installations.

Devant la montée des protestations internationales face aux conséquences humanitaires catastrophiques de l'embargo, les États-Unis acceptent en décembre 1996 le programme « pétrole contre nourriture », qui permet de contrôler étroitement les importations et exportations de l'Iraq. Il devient clair que les États-Unis conditionnent la levée totale de l'embargo à la chute de S. Husayn.
L'année 1998 est marquée par une nouvelle série de crises (février et automne) entre l'Iraq et l'Unscom, qui culminent en décembre avec l'intervention pendant quatre jours des forces américano-britanniques (opération « Renard du désert »). Les bombardements sur l'Iraq dans l'espoir de déstabiliser le régime et d'amoindrir ses capacités militaires, et notamment d'éventuelles productions d'armes de destruction massive, sont un double échec : non seulement le régime ne cède pas mais il en sort même renforcé ; de plus, cette intervention aboutit à l'interruption du travail de l'Unscom.

L'ensemble des pays arabes, la Russie, la Chine et la France s'inquiètent de la situation et cherchent une issue diplomatique à la perpétuation de la crise irakienne. Ils se heurtent à la volonté inébranlable des États-Unis et de la Grande-Bretagne de maintenir l'embargo. L'affaiblissement de la coalition permet une vive extension de la contrebande et une amélioration sensible du sort de la population.
Parallèlement, le gouvernement américain est décidé à tout entreprendre pour renverser le régime de S. Husayn : les bombardements deviennent quasi quotidiens à partir de janvier 1999 au nom du respect des zones d'exclusion aériennes imposées à Bagdad pour protéger les régions chiites et kurdes. L'opposition irakienne en exil reçoit un soutien officiel des États-Unis et des opérations clandestines sont organisées en vain pour faire tomber le régime.
En décembre 1999, le Conseil de sécurité adopte une résolution créant un nouvel organisme chargé du désarmement de l'Iraq, baptisé Unmovic, plus indépendant des États-Unis que l'Unscom. Mais Bagdad refuse de l'accueillir sur son sol. En 2001, on étudie la possibilité de « sanctions intelligentes », mieux ciblées pour frapper le régime et épargner la population, mais le programme « pétrole contre nourriture » est finalement reconduit.
Luttes internes et résistances kurde et chiite
Le rationnement alimentaire fournit une arme redoutable au régime pour contrôler la population. Les classes moyennes sont totalement appauvries et les classes populaires tombent dans la misère. La terreur, entretenue par la peur (fondée) de soulèvements organisés de l'extérieur, redouble. Devant la généralisation de la délinquance due à la misère et à la destruction des valeurs morales, le régime se livre à une répression sans merci qui a recours aux peines islamiques (amputations). Il encourage aussi le retour à des modes d'organisation tribale qui accroît le pouvoir des notables traditionnels en échange de leur allégeance.
Le groupe dirigeant s'engouffre dans la corruption et la violence sans frein (en particulier de la part des deux fils de Saddam). Les luttes internes atteignent la famille même du dictateur, mais ce dernier continue de gouverner sans contrôle.
Dans les régions kurdes et chiites, les troubles ne faiblissent pas. Au Kurdistan, l'organisation d'élections parlementaires sous surveillance internationale apporte une paix de quelques mois, vite rompue par les divisions entre les différentes factions kurdes, PDK, UPK, parti communiste. La Turquie accorde un soutien ambigu aux Kurdes irakiens et combat, – jusqu'à intervenir militairement sur le territoire irakien en 1995 –, les Kurdes turcs du parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK). En septembre 1998, le PDK et l'UPK, signent un accord à Washington, visant à mettre fin à des années de combats. Dès lors, la situation du Kurdistan autonome s'améliore considérablement. Une véritable reconstruction sociale s'accomplit, financée par l'argent du programme « pétrole contre nourriture » et de la contrebande.
En dépit d'une amélioration sensible de la situation humanitaire à partir de l'an 2000, la population est à bout, et les infrastructures sociales et économiques détruites. La mortalité infantile et l'analphabétisme progressent. La laïcité officielle est abandonnée et le discours du pouvoir s'islamise. Le pays connaît une hémorragie continue de ses cadres, qui vont grossir dans le monde entier le flot des « demandeurs d'asile ».
L'intervention américano-britannique
À la recherche des armes de destruction massive
Les néoconservateurs américains désignent l'Iraq de S. Husayn comme un danger majeur pour les États-Unis en raison de sa capacité à produire des armes de destruction massive. Ils font campagne pour une intervention militaire directe, mais n'obtiennent gain de cause qu'après les attentats du 11 septembre 2001 : l'Iraq est alors accusé de soutenir le terrorisme international. Dans son discours du 29 janvier 2002, George Walker Bush stigmatise un « axe du Mal » incluant l'Iraq, l'Iran et la Corée du Nord, qui pourrait fournir aux terroristes des armes de destruction massive. Face à la menace militaire américaine, Bagdad accepte le 17 septembre 2002 la reprise des travaux de l'Unmovic et de l'AIEA sur son sol.
La résolution 1441 du Conseil de sécurité du 8 novembre 2002 pose le nouveau cadre juridique : l'Iraq doit coopérer inconditionnellement avec les inspecteurs internationaux. Il n'en reste pas moins que la question de la charge de la preuve rend le règlement pacifique impossible : ce n'est pas aux inspecteurs de démontrer que l'Iraq ne dispose pas d'armes de destruction massive, mais à l'Iraq de le prouver, or la crédibilité du régime de S. Husayn est nulle.
Dans les mois qui suivent, tout en préparant l'action militaire, les États-Unis et la Grande-Bretagne multiplient les accusations contre l'Iraq même s'ils sont incapables de donner des preuves décisives. La France, l'Allemagne et la Russie mènent une opposition diplomatique active à la guerre, car rien ne démontre, pour l'heure, que l'Iraq dispose effectivement d'armes de destruction massive. Ni l'Unmovic ni l'AIEA n'apportent d'élément probant.

Le 19 mars 2003, les forces américano-britanniques lancent l'assaut contre l'Iraq. Elles disposent d'une écrasante supériorité de feu. Après une forte résistance les premiers jours, le régime s'effondre (7-8 avril), S. Husayn passant dans la clandestinité. La coalition découvre un pays complètement en ruines, dont la reconstruction s'annonce difficile. Peu à peu cependant, elle marque quelques succès avec la mise en place d'un Conseil de gouvernement intérimaire (juillet), le rétablissement progressif d'un certain nombre de services publics. Le 14 août 2003, le Conseil de sécurité des Nations unies adopte la résolution 1500, établissant, pour une période initiale de douze mois, la Mission d'assistance des Nations unies pour l'Iraq (Unami).
Des gouvernements provisoires
Le 1er septembre 2003, un nouveau gouvernement irakien est formé sur une base strictement confessionnelle. Il est chargé de rédiger une Constitution provisoire préalable à la tenue d'élections. Le 16 octobre, le Conseil de sécurité approuve la résolution 1511 présentée par Washington, qui appelle à créer une « force multinationale » mais refuse de s'engager sur une date de transfert de pouvoir aux Irakiens. Néanmoins, à l'automne 2003, la normalisation est loin de progresser : une guérilla se développe dans l'ensemble du pays et harcèle les soldats de la coalition et leurs collaborateurs irakiens civils et militaires. Après la capture de S. Husayn (13 décembre), les Américains désignent le Jordanien Abu Musab al-Zarkawi, un proche d'Oussama Ben Laden, comme organisateur clandestin de la guérilla. De plus, la milice chiite de l'Armée du Mahdi du jeune imam radical Muqtada al-Sadr défie ouvertement la coalition et le gouvernement provisoire, en dépit des appels au calme de l'ayatollah Ali al-Sistani, la figure emblématique de la communauté chiite en Iraq.
Du côté sunnite, le Conseil des ulémas se pose en représentant de la communauté sunnite contre la coalition et la menace chiite. Les Kurdes, qui rêvent d'indépendance et demandent l'élargissement de leur zone autonome, se font les porte-parole d'un projet laïc. Le 8 mars 2004, une Constitution provisoire est votée par le gouvernement provisoire. Elle fait de l'islam et de la démocratie les deux sources de la loi, ce que contestent les religieux. Iyad al-Alawi, un chiite à poigne, est désigné par le gouvernement provisoire comme chef du gouvernement ; le sunnite Ghazi al-Yaouar est nommé à la présidence de la République. Le 28 juin 2004, la coalition leur transfère formellement le pouvoir mais, durant l'été, Muqtada al-Sadr lance une véritable insurrection, durement réprimée par les Américains. A. al-Sistani en profite pour s'imposer comme le véritable chef de la communauté chiite. La guérilla sunnite refuse de se joindre à l'insurrection et prend un caractère véritablement terroriste avec des attentats contre les civils, des assassinats et des prises d'otages étrangers, dont certaines se terminent tragiquement. En novembre, l'armée américaine mène l'offensive contre la guérilla sunnite et reprend la ville de Falluja, en ruines. Il s'agit d'assurer la pacification lors des prochaines élections, qui doivent se tenir au scrutin proportionnel. A. al-Sistani patronne une union large des listes chiites. Les sunnites boycottent les opérations électorales. Malgré les violences, les élections ont lieu le 30 janvier 2005 avec une forte participation chiite et kurde. Les listes soutenues par A. al-Sistani emportent la majorité des voix. Commencent alors de longues et houleuses tractations pour désigner une nouvelle administration. Bien que les sunnites aient massivement boycotté le premier scrutin de l'après Saddam, c'est à un membre de cette communauté – Hajem al-Hassani, le ministre sortant de l'Industrie – que revient, le 3 avril, la présidence de l'Assemblée nationale transitoire. Le 6 avril, pour la première fois dans l'histoire de l'Iraq, un Kurde accède à la magistrature suprême : Djalal Talabani, secrétaire général de l'Union patriotique du Kurdistan (UPK), est élu à la présidence de la République. Les deux postes de vice-présidents sont attribués au président sortant, le sunnite Ghazi al-Yaouar, et au ministre sortant des Finances, le chiite Adel Abdel Mahdi. Selon l'accord liant les chiites et les Kurdes, le poste de Premier ministre revient au chiite Ibrahim al-Djaafari. En dépit de ces avancées politiques, le pays connaît toujours de terribles violences. Les maladresses et les « bavures » de l'armée américaine, peu adaptée à ce type de situation, contribuent à ce climat. L'insécurité et la délinquance généralisée, cause d'une hémorragie permanente des cadres et des élites, rendent impossible toute véritable reconstruction économique.
Un été particulièrement meurtrier, accompagné d'enlèvements et d'assassinats de diplomates arabes, montre l'inanité des espoirs de retour au calme. La rédaction de la nouvelle Constitution accentue les divisions du pays. Les chiites évoquent la possibilité de constituer une région autonome là où ils sont majoritaires. Les sunnites s'opposent à tout fédéralisme. Le texte est adopté avec retard le 28 août 2005 sans le soutien de ces derniers. Il comprend une double référence à l'arabisme et à l'islam (source principale de la législation) comme identité et prévoit une forte décentralisation. La question du fédéralisme est remise à plus tard. L'ayatollah al-Sistani appelle à approuver la Constitution, soumise à référendum le 15 octobre 2005. Le texte reçoit officiellement 78 % d'approbation sans minorité de blocage régionale suffisante. Les élections générales du 15 décembre sont la nouvelle échéance alors que le premier procès de S. Husayn pour crimes contre l'humanité a commencé. Les sunnites participent cette fois à la compétition sans réussir pourtant à modifier sensiblement les résultats. Le bloc kurdo-chiite conserve sa large majorité, mais il est profondément divisé, d'où de longues tractations pour aboutir à un gouvernement.
Le gouvernement d'union nationale de Nuri al-Maliki

En avril 2006, après six mois d'âpres négociations entre les diverses factions politiques, le Parlement désigne le numéro deux du parti Daawa (« l'Appel »), Nuri al-Maliki, au poste de Premier ministre, et lors de la même séance, reconduit D. Talabani à la présidence tandis que la présidence du Parlement revient au sunnite Mahmud Dawud al-Mashhadan du Front Tawafok, arrivé en troisième position aux élections de décembre. Le 20 mai suivant, N. al-Maliki présente à l'investiture du Parlement un gouvernement d'union nationale incomplet (les postes stratégiques – Intérieur, Défense, Sécurité nationale – demeurent sans titulaire jusqu'au 8 juin) et prône la fermeté face à l'insurrection. La tâche qui attend le nouveau gouvernement d'union nationale est immense. Les antagonismes entre communautés ne cessent de s'aggraver, en particulier la lutte opposant sunnites et chiites. Aucune solution politique ne paraît se dessiner. La mort du leader d'al-Qaida en Iraq, le Jordanien Abu Mussab al-Zarkawi, responsable de la mort de centaines de chiites, tué lors d'un raid américain au nord de Bagdad, est accueillie avec soulagement par la population irakienne, même si cette disparition ne signifie pas la fin de la violence. L'exécution de S. Husayn (30 décembre) ne modifie pas la situation politique. L'ex-raïs a été condamné à mort pour le massacre de chiites alors qu’un second procès portait sur ses victimes kurdes. L'affaire a donc pris un caractère communautaire au lieu de servir à la mise en place d'une mémoire commune. En dépit d'une progression dans l'établissement d'un nouvel ordre constitutionnel (adoption par le Parlement en octobre de la loi controversée créant un État fédéral), le pays connaît un climat de guerre civile et la violence se maintient à un niveau élevé (selon l'ONU, plus de 34 000 civils auraient été tués en 2006, et plus de 36 000, blessés). Plus de quatre millions de réfugiés seraient à l'extérieur du pays, dont une grande partie des classes moyennes. La reconstruction économique est au point mort. La guérilla sunnite, estimée à moins de 10 000 combattants, est capable de harasser en permanence les troupes américaines et gouvernementales. Bien que désavouée par l'opinion publique américaine lors des élections de mi-mandat, l'administration Bush opte pour un nouvel effort militaire destiné à reprendre le contrôle de la situation, contre l'avis du nouveau Congrès, qui réclame un retrait rapide du pays.
Le début de l'année 2007 voit un nouveau déchaînement de violences avec de lourdes pertes américaines avant que le plan de sécurisation du général américain Petraeus commence à produire des effets. La « pacification » de Bagdad est annoncée comme réalisée dans la seconde quinzaine de février. En mars, la violence aurait baissé de 80 % dans la capitale, mais la mortalité reste élevée dans l'ensemble du pays (officiellement plus de 2 000 morts). Les mois suivants ne voient pas une diminution sensible du nombre de victimes, mais la stratégie de contre-insurrection s'étend désormais aux provinces majoritairement sunnites. Les Américains tentent de rallier à eux les chefs tribaux en les opposant aux insurgés et obtiennent des ralliements notables de milices sunnites. Au mois d'août, la coalition au pouvoir à Bagdad se dissout, les partis sunnites s'en retirent. L'automne voit une amélioration sensible de la situation sécuritaire. En décembre, les Britanniques cèdent le contrôle de la zone de Bassora aux autorités irakiennes.
Si les Américains enregistrent des succès réels, la situation intérieure reste très difficile. Outre les heurts confessionnels entre sunnites et chiites, chacune des deux communautés se trouve divisée en milices qui n'hésitent pas à se combattre entre elles. La communauté chrétienne, marginalisée et durement frappée par les diverses violences, voit nombre de ses membres partir pour l'exil et se réduit à quelque 400 000 personnes. Aucun progrès sensible n'a été fait dans la détermination du futur des rapports arabo-kurdes, à la fois dans la délimitation territoriale (statut de Kirkuk), le partage des revenus pétroliers et le statut fédéral du pays. La Turquie intervient militairement dans le Kurdistan irakien afin d'éradiquer la présence des militants kurdes turcs qui ont repris la lutte armée. La « débaathification » est atténuée par une nouvelle loi adoptée en janvier 2008, mais une réconciliation générale demeure encore lointaine, comme en témoigne l'offensive meurtrière lancée à l'initiative du Premier ministre Nuri al-Maliki le 24 mars contre la milice du courant sadriste dans le grand port pétrolier de Bassora. Surpris par la combativité et la capacité des miliciens chiites à mobiliser des partisans dans toutes les grandes villes du sud chiite et jusqu'à Bagdad, le Premier ministre doit se résoudre à accepter un cessez-le-feu proposé par M. al-Sadr, le 30 mars, à Qom, sous la houlette de Téhéran. Le Premier ministre sort affaibli de cette guerre inter-chiite, une majorité de villes du sud irakien demeurant sous le contrôle des miliciens sadristes qui refusent de rendre leurs armes. Outre la violence, la corruption généralisée compromet la reconstruction du pays, où 2,8 millions d'Irakiens déplacés sont confrontés à des problèmes humanitaires insolubles. Un espoir de normalisation naît cependant avec la relance en août 2008 de l'exploration des gisements pétroliers interrompue depuis une vingtaine d'années en raison des sanctions internationales, et la visite à Bagdad du ministre des Affaires étrangères égyptien, Ahmed Aboul-Gheit, la première d'un chef de la diplomatie égyptienne depuis 1990 (octobre 2008).
Le retour de la souveraineté nationale
Vers la fin de l'occupation américaine
Le recouvrement par l’Iraq de sa souveraineté nationale se précise surtout avec la signature d'un « Accord de retrait des troupes étrangères », négocié avec les États-Unis et obtenu à l'arraché par Nuri al-Maliki avant d'être approuvé par l'Assemblée nationale irakienne le 27 novembre 2008. L'accord fixe le retrait progressif des troupes de combat américaines de toutes les localités irakiennes d'ici au 30 juin 2009 et le retrait total des 142 000 soldats américains stationnés en Iraq avant le 31 décembre 2011. Plus de cinq ans après le déclenchement de la guerre lancée par l'administration Bush contre le régime de S. Husayn, il marque une étape essentielle pour les deux parties. Le 30 décembre 2008, à quelques heures de l'expiration du mandat de l'ONU fixant le cadre légal de l'occupation par les forces de la coalition internationale, deux accords sont signés avec la Grande-Bretagne (deuxième plus important contingent militaire après les États-Unis avec 4 100 hommes) et l'Australie (980 soldats), sur les modalités de la présence de leurs troupes jusqu'à leur retrait total à l'été 2009. Le 1er janvier 2009, l'Iraq prend le contrôle de la « zone verte » à Bagdad.
Les élections provinciales (organisées dans 14 des 18 provinces du pays) du 31 janvier constituent une étape importante vers la normalisation. Les résultats semblent en effet montrer une évolution vers un dépassement des clivages ethniques et religieux. Après trois années de violence inter-irakiennes, plus de sept millions d'électeurs (environ 51 % des votants) participent pacifiquement au scrutin. La liste du Premier ministre Nuri al-Maliki, « Coalition pour un État de droit » – une plateforme nationaliste (« irakiste »), non sectaire – obtient la majorité absolue à Bagdad et arrive en tête dans les neuf provinces chiites tandis que décroit l’influence du Conseil islamique suprême de l’Iraq, principal allié de Téhéran. Le scrutin révèle aussi le succès des formations sunnites laïques et modérées – comme le Rassemblement national irakien de Saleh al-Mutlaq – dans le jeu politique outre celles qui se sont ralliées à la liste nationale de Iyad al-Alawi (un chiite laïque et ex-chef du gouvernement provisoire mis en place par les États-Unis en 2004) fait également une bonne performance. Cette nouvelle dynamique politique, apaisée sinon pacifique, conforte le président Barack Obama à annoncer, peu après son arrivée à la Maison-Blanche, le retrait d'Iraq des brigades de combat américaines, effectif le 1er septembre au 31 août 2010. La menace de dangers persistants, et notamment, les fortes tensions entre le gouvernement d'al-Maliki et le pouvoir autonome de M. Barzani à propos du statut de Kirkuk, le non-règlement du partage équitable des ressources pétrolières, imposent le maintien sur place de 50 000 soldats américains jusqu'au 31 décembre 2011.
Près de six mois après les élections provinciales de janvier, les trois régions restantes qui forment le Kurdistan irakien se présentent également aux urnes le 25 juillet : le président M. Barzani est réélu avec 69,6 % des voix. La liste « Kurdistani » rassemblant son parti, le PDK, et l'UPK, remporte la majorité absolue au Parlement avec 57 % des voix mais 59 sièges sur 111 contre 82 dans la précédente assemblée. La surprise de la consultation, marquée par un taux de participation atteignant 78,5 %, provient du score obtenu par la liste de dissidents Goran (« Changement » en kurde) dirigée par l'ancien numéro deux de l'UPK, Mustapha Nucherwan, qui obtient 23,6 % des suffrages, et qui devient, pour la première fois depuis les premières élections kurdes en 1992, une réelle force d'opposition.
Les élections générales de 2010
Selon la nouvelle loi électorale adoptée à la quasi-unanimité par le Parlement, le 6 décembre 2009, après un accord à l'arraché entre les communautés, et ouvrant la voie à la tenue d'élections générales le 7 mars 2010, le nombre de sièges de députés passe de 275 à 325 ; les Kurdes sont assurés de remporter les 41 sièges attribués à leurs trois provinces du Nord ; au moins un tiers des sièges doivent être occupés par des femmes, 8 sièges sont réservés aux minorités (chrétiens, yazidis, shabaks, etc.) ; les électeurs peuvent désormais choisir leurs candidats favoris nommément dans des listes dites « ouvertes » et les citoyens irakiens en exil ou déplacés à l'étranger (environ deux millions) participer au scrutin.
Ce dernier, auquel participe plus de 62 % des électeurs (contre 75 % en décembre 2005) est accueilli avec satisfaction par la communauté internationale et marque une nouvelle étape vers le recouvrement de la souveraineté nationale. Quatre principaux blocs politiques s’en dégagent. À la différence des élections de 2005, dans sa grande majorité, la communauté sunnite se rend aux urnes, apportant son soutien à la liste Al-Iraqiya à dominante laïque menée par l. al-Alawi, à laquelle se sont ralliés des leaders sunnites comme S. al-Mutlaq et le vice-président Tareq al-Hashemi et qui vient de justesse en tête du scrutin en remportant 91 sièges devant la « Coalition pour un État de droit » du Premier ministre N. al-Maliki (89 sièges). L’autre bloc à dominante chiite, l’Alliance nationale iraquienne menée par Ammar al-Hakim, chef du Conseil suprême islamique de l'Iraq et soutenue par les Sadristes (une quarantaine de députés) ainsi que par l’ancien Premier ministre I. al-Djaafari, arrive en troisième position avec 70 sièges. Enfin, l’Alliance kurde Kurdistani obtient 43 sièges. Toutefois, la coalition Al-Iraqiya reste hétéroclite et al-Alawi, qui selon la Constitution aurait dû être chargé de former le gouvernement, est écarté. Ce n’est qu’en novembre, après huit mois de paralysie, marqués par la reprise des violences – en particulier contre les chrétiens avec un attentat meurtrier dans la cathédrale de Bagdad en novembre – que les différentes mouvances et factions parviennent à un accord sur le partage du pouvoir. Après l’accord des Sadristes et d’une partie d’Al-Iraqiya, D. Talabani et N. al-Maliki sont reconduits dans leurs fonctions respectives de président et de Premier ministre tandis que le sunnite Oussama al-Noujaifi, candidat de Al-Iraqiya, est élu à la présidence du Parlement. I. Allawi obtient en compensation, la présidence d’un nouveau « Conseil national de politique stratégique ». Un gouvernement de coalition – incomplet, la Sécurité, la Défense et l’Intérieur étant notamment provisoirement confiés au Premier ministre – est finalement formé en décembre après d’ultimes tractations entre les principaux blocs politiques et dans lequel Al-Iraqiya obtient un poste de vice-Premier ministre (S. al-Mutlaq) et 8 ministères sur les 29 pourvus.
L’Iraq après le départ des Américains
Dans la nuit du 17 au 18 décembre 2011, les dernières troupes américaines quittent l’Iraq par le Koweït dans la plus grande discrétion, marquant la fin d’une présence de près de neuf ans.
Seuls quelques milliers d’Américains dépendant de l’ambassade et une poignée d’instructeurs militaires sont maintenus dans le pays. Souhaité par une grande majorité d’Irakiens, ce départ est accueilli avec une certaine appréhension alors qu’un attentat meurtrier (revendiqué par « l’État islamique d’Iraq », un groupe lié à al-Qaida, mais dont les réels commanditaires ne sont pas identifiés) est commis à Bagdad le 22 décembre.
Parallèlement, les divisions au sommet de l’État refont surface : critiqué par ses adversaires sunnites pour son exercice personnel du pouvoir, le Premier ministre N. al-Maliki accuse le vice-président T. al-Hashemi (qui se réfugie au Kurdistan) d’avoir fomenté un attentat contre sa personne et exige son arrestation ainsi que la destitution du vice-Premier ministre S. al-Mutlaq. Le bloc Al-Iraqiya auquel appartiennent ces derniers, suspend sa participation aux travaux de l’Assemblée nationale, avant d’être suivi par ses représentants au gouvernement. Ces tensions entre shiites et sunnites interviennent alors que l’influence des États-Unis – qui en dépit de leur désengagement s’engagent à contribuer à la stabilité politique du pays – pourrait laisser place à celle de l’Iran.




