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Euphrate

en turc Firat, en arabe al-Furāt

Euphrate
Euphrate

Fleuve d'Asie occidentale, qui naît en Arménie turque, traverse la Syrie et rejoint le Tigre en Iraq pour former le Chatt al-Arab ; 2 780 km.

GÉOGRAPHIE

1. Le tracé

Les deux branches mères de l'Euphrate naissent sur les hauts plateaux de l'ancienne Arménie : celle de l'ouest, ou Karasu, naît près d'Erzurum, dont elle traverse la plaine ; celle de l'est, le Murat, se forme au N. du lac de Van, sur les flancs d'un contrefort occidental de l'Ararat. Les deux branches s'unissent au N.-O. d'Elaziǧ pour former l'Euphrate proprement dit, qui, après avoir franchi dans des gorges étroites l'extrémité occidentale de l'Anti-Taurus, atteint la plate-forme syrienne à Birecik. L'Euphrate n'est alors qu'à 160 km de la Méditerranée, dont il se détourne : une série de dépressions l'attirent vers le S. et le S.-E. ; il s'enfonce légèrement dans le plateau syrien désertique, qu'il parcourt sur 650 km. Il reçoit, sur sa rive gauche, le Balikh non loin de Raqqa, passe à Deir ez-Zor, puis reçoit, sur sa rive gauche, son principal affluent, le Khabur, venu du Kurdistan, et pénètre en Iraq.

La vallée, resserrée parfois en défilés au passage des chaînons qui accidentent le plateau syrien, s'élargit progressivement, entre des escarpements calcaires. Le cours inférieur se déroule dans la plaine mésopotamienne, parcourue sur 1 235 km. L'Euphrate forme alors de multiples bras et se déverse dans de nombreux lacs marécageux, avant d'atteindre le Tigre, avec lequel il forme le Chatt al-Arab, en amont de Bassora.

Les principaux affluents de l'Euphrate

Les principaux affluents de l'Euphrate

Aflluent

Pays

Rive droite / rive gauche

Longueur

Murat

Turquie

Une des branches mères de l'Euphrate

611 km

Khabur

Syrie

Rive gauche

405 km

Balikh

Turquie / Syrie

Rive gauche

200 km

2. Le régime et le débit

Le régime du fleuve est de type pluvio-nival, marqué par les pluies méditerranéennes d'hiver et la fonte des neiges des montagnes de Turquie orientale. Les eaux de l'Euphrate montent régulièrement jusqu'en avril, et la fonte des neiges provoque, certaines années, des crues catastrophiques ; les eaux baissent ensuite jusqu'au mois d'octobre.

À l'entrée en Syrie, le débit moyen de l'Euphrate est de 830 m3s (écoulement annuel de 28 milliards de mètres cubes). Le débit diminue légèrement pendant la traversée syrienne ; les apports du Khabur et du Balikh ne compensant pas l'évaporation durant la traversée, il n'est que 775 m3s à la frontière irakienne. Le débit s'affaiblit considérablement en aval en raison de l'évaporation, de la difficulté de l'écoulement et de l'absence d'affluents : il n'est plus que de 218 m3s à Hit.

Les étiages estivaux sont très prononcés (360 m3s alors que le débit moyen est de 775 m3s) et, surtout, ils interviennent à la fin de l'été alors que les besoins en eau sont encore élevés. Par contre, la crue maximale peut atteindre 8 000 m3s. À ces fortes variations saisonnières s'ajoute une très forte irrégularité interannuelle (de 1 à 4).

3. L'aménagement du fleuve en Iraq

L'utilisation des eaux de l'Euphrate est fort ancienne. Dès l'Antiquité, de grands travaux ont été engagés, tout autant pour lutter contre les inondations que pour les diriger, les canaliser et répartir les crues. Cette entreprise a connu son plus vif éclat au début de l'empire abbasside ; depuis, les ouvrages ont été mal entretenus ou abandonnés. L'irrigation était assurée par trois procédés traditionnels : les machines élévatrices, d'un très faible rendement ; l'inondation de crue ; la dérivation en de nombreux canaux.

Aujourd'hui, les données du problème ont changé. La demande en eau d'irrigation a beaucoup augmenté, en raison de l'extension des cultures et de la croissance de la population. La production d'électricité hydraulique apparaît souhaitable, mais surtout l'utilisation des eaux du fleuve fait l'objet de très âpres rivalités entre les trois pays riverains : l'Iraq, la Syrie, la Turquie. C'est en Iraq que les travaux d'équipement sont les plus anciens. On peut estimer que l'équipement du fleuve est terminé ; il a fallu lutter contre les inondations et les irrégularités interannuelles, toute une série de barrages a été construite à cet effet. Par contre, la salinisation des sols reste un problème entier et un frein considérable à la mise en valeur. La salinisation a, en partie, des causes naturelles : les eaux du Tigre et de l'Euphrate contiennent une charge non négligeable de sels dissous et ne peuvent être utilisées sans précaution ; l'écoulement des eaux s'effectue très difficilement et favorise ainsi la salinisation.

Dès l'entrée dans la plaine en amont de Bagdad, le Tigre et l'Euphrate coulent entre des digues dans un lit exhaussé par rapport à la plaine qui les environne. L'irrigation par gravité ne pose aucun problème : tous les canaux s'étirent entre des digues au-dessus des champs. En revanche, l'écoulement des nappes est très lent ; d'immenses marais jalonnent la plaine, surtout en basse Mésopotamie. L'action humaine contribue également à l'extension de la salinisation. L'eau est utilisée sans contrôle et, à certains égards, gaspillée. L'extension de l'irrigation ne peut s'envisager qu'avec la mise en place d'un système de drainage. L'entreprise est difficile. De Bagdad au Golfe a été entreprise la construction d'un grand canal de drainage pour évacuer vers la mer les eaux salées au lieu de les rejeter dans les fleuves : long de 565 km, ce « troisième fleuve », qui passe en siphon sous l'Euphrate, a été achevé en 1992 et pourrait permettre de gagner par la dessalinisation 1,5 Mha. Mais cette réalisation est perçue aussi comme une opération politique dirigée contre la communauté chiite locale et contre les Arabes des marais, dont le cadre de vie et les conditions d'existence seraient totalement transformées.

4. Syrie et Turquie : de nouveaux utilisateurs

Les pays riverains en amont de la Syrie et la Turquie ont également entrepris l'équipement du fleuve, qui peut être une menace sur les disponibilités en eau de l'Iraq dans l'avenir. La construction du barrage de Tabqa, en Syrie, a été conduite de 1968 à 1973 avec l'assistance soviétique. Ce barrage-poids crée une retenue, le lac Asad, qui couvre 640 km2 et emmagasine 12 milliards de mètres cubes. La puissance installée permet de produire 5,6 milliards de kWh, mais l'intérêt principal du barrage est d'augmenter les superficies irriguées en Djézireh. Il s'agit d'une opération symbole à laquelle s'identifie le régime alaouite.

Au même moment, la Turquie s'engageait dans la construction de retenues sur la partie amont de l'Euphrate. Le fleuve représente, à lui seul, environ 45 % des potentialités hydroélectriques du pays. Première étape, le barrage de Keban, terminé en 1974, fournit exclusivement de l'électricité (1,2 milliard de kWh).

Le projet turc, en aval de Keban, est beaucoup plus ambitieux pour les prochaines années. Cette gigantesque opération hydraulique se décompose en treize sous-projets : sept sur l'Euphrate et ses affluents et six dans le bassin du Tigre, réunissant une vingtaine de barrages. Le barrage Atatürk, la pièce essentielle (48 milliards de mètres cubes), est entré en service en 1992. Le tunnel d'Urfa, tunnel hydraulique le plus long du monde, apportera l'eau à la plaine d'Urfa-Harran, un second canal irriguera la plaine de Mardin-Ceylanpinar et des pompages arroseront les plateaux qui entourent le lac, portant la superficie irrigable à 706 000 ha (sur 1 700 000 prévus en tout). Une dizaine de centrales hydroélectriques produiront 26 milliards de kWh, dont 8,1 pour Atatürk et 7,3 pour Karakaya. Quand tous les projets turcs (22 barrages et 19 centrales) qui intéressent aussi bien la vallée de l'Euphrate que celle du Tigre viendront à réalisation, on estime qu'ils absorberont entre 17 et 34 % du débit. Si tout se passe comme prévu, le débit de l'Euphrate en Syrie devrait être réduit de 11 kilomètres cubes et celui du Tigre de 6.

5. Le fleuve de la discorde

L'accord est difficile entre les trois pays pour la répartition équitable des eaux. L'imprécision du droit international en ce domaine ne facilite pas les choses. Il n'existe pas d'accord tripartite mais deux séries d'accords bilatéraux. D'après un accord bilatéral syro-turc de 1987 portant sur les quotas, la Syrie reçoit 500 m3s (soit 15,75 km3) alors que le débit naturel de l'Euphrate à l'entrée en Turquie est de 28 km3. Un autre accord bilatéral syro-irakien (avril 1990) prévoit une répartition proportionnelle des eaux de l'Euphrate entre les deux pays (42 % pour la Syrie, 58 % pour l'Iraq) quel que soit le débit du fleuve, soit en année « normale » 6,6 km3 pour la Syrie et 9 pour l'Iraq. Bagdad et Damas souhaiteraient renégocier ces accords mais pas la Turquie. L'utilisation des eaux de l'Euphrate complique encore plus les relations interétatiques dans cette région du monde.

En 1997, alors que l'Assemblée générale des Nations unies adoptait la Convention sur le droit relatif aux utilisations des cours d'eau internationaux à des fins autres que la navigation, la Turquie marqua son opposition en refusant de voter le texte ; son argument était lié à la question de l'Euphrate, la Turquie considérant que la résolution des Nations unies portait préjudice aux droits des utilisateurs d'amont d'un fleuve, au profit des seuls utilisateurs d'aval.

HISTOIRE

L'Euphrate a joué le rôle de lien entre la basse Mésopotamie, l'Anatolie et la Syrie. Au IIIe millénaire, les villes de Sumer et d'Akkad, Our, Eridou, Ourouk, Kish, Babylone s'élevèrent sur ses bords. À partir du ier s. avant J.-C., il joua un rôle de frontière entre Romains et Parthes.