
Chef de l'État : Bachar al-Asad
Chef du gouvernement : Muhammad Naji al-Otari
Nature de l'État : république à régime parlementaire
Constitution :
Adoption : 12 mars 1973
Exécutif
Chef de l'État : président de la République
Chef du gouvernement : Premier ministre
Législatif
Assemblée du peuple
Entourée du nord au sud par la Turquie, l'Iraq, la Jordanie et Israël, et à l'ouest par le Liban, la Syrie possède une façade méditerranéenne, longue de 173 km. Sauf au nord, la côte borde une plaine étroite, humide et chaude, typiquement méditerranéenne, où la petite polyculture de subsistance est orientée, grâce à l'irrigation, vers le tabac, le coton, l'arachide et le maraîchage.
Elle est dominée, à l'est, par le djabal Ansariyya, prolongé au sud par les chaînons de l'Anti-Liban et de l'Hermon, la trouée de Homs facilitant les relations entre la côte et l'intérieur. Ce massif, calcaire et pauvre, restitue ses eaux en périphérie par de puissantes sources karstiques.
Au-delà s'étendent la dépression du Gharb, drainée par l'Oronte, puis les plateaux et les plaines intérieures, célèbres pour leurs norias, système très ancien d'irrigation qui permet la culture du blé, du coton, des arbres fruitiers et de la vigne. Si les steppes du Croissant fertile sont assez bien arrosées dans le couloir de l'Oronte (entre 200 et 400 mm de pluies), le haut Khabur au nord-est et le piémont volcanique de l'Hermon (Hauran, djebel Druze) – les « jardins » de l'Oronte sont renommés –, vers l'intérieur, les steppes saisonnièrement herbeuses à l'état naturel qui leur succèdent furent longtemps accaparées par les Bédouins, pasteurs et caravaniers. Malgré un climat plus sec et rude, l'eau des fleuves, des sources et des puits a fait naître des noyaux ou des rubans de culture intensive ; le plus ancien d'entre eux est la célèbre ghuta de Damas.
Le désert de Syrie, au sud-est, reçoit, très irrégulièrement, moins de 200 mm de pluies. Les oasis, telle Palmyre, sont rares, mais la vallée de l'Euphrate a connu d'importants travaux d'aménagement, comme le barrage de Tabqa, permettant l'irrigation de la région de la Djézireh. Elle est maintenant réoccupée par les sédentaires, d'autant que la découverte de champs pétrolifères autour de Deir ez-Zor, au début des années 1980, a fortement modifié la physionomie de la région.
Berceau de notre civilisation (la cité antique de Mari fut fondée au début du IIIe millénaire avant J.-C.), située entre la Méditerranée, l'Asie Mineure, le plateau perse, l'Égypte et la Mésopotamie, la Syrie a été de tout temps un lieu de passage. Les plus grandes civilisations antiques s'y sont succédé, comme les Amorrites, les Cananéens, les Araméens ou les Phéniciens. Les conquêtes par les Égyptiens, les Hittites, les Assyriens, les Perses, les Grecs, les Romains (qui détruisirent Palmyre, royaume de la reine Zénobie) et les Byzantins précédèrent l'arrivée des Arabes où, sous les califes omeyyades, Damas devint la capitale du nouvel empire musulman avant d'être détrônée par Bagdad. La Syrie connut ensuite l'invasion mongole (1258) puis la conquête ottomane (1516).
La population est composée à 77 % de musulmans sunnites, à 9 % d'Ansariyya (ou Alawites), à 10 % de chrétiens et à 3 % de Druzes. Du point de vue ethnique, les Arabes sont majoritaires. Les Kurdes (au nombre de 150 000), sont arrivés à Damas au début du XIe s. et se sont ensuite installés dans la Djézireh. Une minorité arménienne est également présente, principalement à Alep ; arabisée, elle conserve néanmoins ses traditions et une forte cohésion communautaire. Les Assyriens, d'origine araméenne, sont surtout cultivateurs et parlent toujours leur dialecte. Il existe également des minorités tcherkesse, turkmène et juive (celle-ci a fortement diminué depuis que Hafiz al-Asad a accepté de lui accorder, en avril 1992, des passeports lui permettant ainsi d'émigrer). Pendant la période du mandat français (1920-1941), les autorités ont cherché à sédentariser les nomades encore nombreux dans le pays (plus de 200 000 personnes en 1961). Cette politique de sédentarisation, l'aménagement de la vallée de l'Euphrate, le développement des barrages et de l'irrigation ont aujourd'hui profondément transformé la vie dans les steppes.
La Syrie reste un pays encore fortement rural. La proportion des ruraux, cependant, ne cesse de diminuer (en 2007, les agriculteurs ne représentaient plus que 30 % de la population active). La réforme agraire lancée en 1958 a mis un terme à la grande propriété, a créé des coopératives de service, principaux circuits de commercialisation, et organisé les fermes d'État. Les Syriens, aujourd'hui majoritairement urbains, se concentrent essentiellement dans l'ouest du pays et dans deux villes : la capitale, Damas (2,5 millions d'habitants), et Alep (2,7 millions d'habitants), qui rassemblent, à elles seules, 30 % de la population et 55 % des citadins. Le pays a connu depuis plusieurs décennies une croissance démographique élevée, de l'ordre de 3,4 % par an, si bien que la population a quasiment doublé entre 1976 et 1997. L'accroissement naturel a diminué depuis, étant de l'ordre de 2,5 % en 2007. Près d'un million de Syriens ont émigré ces dernières années, en direction essentiellement du Liban (plus de 500 000) et des monarchies pétrolières du Golfe, qui représentent un débouché important pour la main-d'œuvre syrienne. Leurs transferts de fonds rapportent à Damas plusieurs milliards de dollars par an.
Longtemps négligée par Hafiz al-Asad, plus intéressé par la politique (intérieure et extérieure), l'économie syrienne n'a évolué que progressivement. La période d'économie socialiste (1963-1970), à forte dominante marxiste, a permis l'équipement du pays en infrastructures modernes. Avec l'arrivée d'al-Asad au pouvoir, la priorité a été donnée aux investissements (1970-1978). Mais la crise économique (1979-1988) a montré la nécessité d'une libéralisation du système, tandis que la crise des changes (1986) signait le constat d'échec d'une stratégie de développement axée sur le secteur public. La libéralisation économique lancée en 1991, avec la promulgation d'une loi encourageant les investissements privés, a limité les pénuries sur le marché intérieur mais n'a pas remis en cause un secteur public pléthorique et inefficace. De leur côté, les entrepreneurs privés acceptent difficilement la libre concurrence et ont conservé un système de clientélisme.
Le secteur agricole emploie environ un quart de la population active et assure l'autosuffisance alimentaire. Le blé et l'orge viennent en tête, suivis par le coton, la betterave à sucre, les fruits et légumes et le tabac. Le sous-sol fournit du pétrole (dont l'exportation explique l'excédent de la balance commerciale), du gaz naturel et des phosphates. Un champ de gaz naturel a également été découvert dans la région de Palmyre. Les hydrocarbures représentent aujourd'hui près de 70 % des exportations syriennes. Le tourisme est un secteur en pleine expansion : ainsi le nombre de visiteurs étrangers était de 3 millions en 2004, contre 700 000 en 1990. Le secteur industriel, en partie nationalisé, se développe (agroalimentaire, métallurgie, assemblages mécaniques et électriques, pétrochimie). Les tensions internationales et régionales ont un fort impact sur la vie économique du pays et les dépenses militaires pèsent fortement dans le budget.
L'indépendance de la République syrienne, proclamée en septembre 1941 par le général Catroux, n'est effective qu'en avril 1946, après la fin de la Seconde Guerre mondiale et la signature de traités garantissant les intérêts de la France, à l'issue d'un conflit qui a opposé les Français, les Anglais et les nationalistes arabes (1945-1946), ces derniers étant représentés par Chukri al-Quwwatli, le premier président de la République syrienne élu en août 1943. La Syrie, membre fondateur de la Ligue arabe (en mars 1945), va très vite être confrontée au conflit israélo-arabe. Soutenant les nationalistes palestiniens anti-hachémites, elle intervient en Israël (mai 1948), mais ses troupes sont arrêtées à proximité de la frontière. L'armistice, signé en juillet 1949, n'empêchera pas de multiples affrontements frontaliers.
De 1949 à 1954, les coups d'État vont se multiplier, les premières années de la jeune République étant troublées par la défaite de la Palestine et l'échec militaire des troupes syriennes, qui provoque un mouvement de contestation contre les dirigeants. Le colonel Husni al-Zaim renverse en mars 1949 le fragile régime civil du président Quwwatli, favorable à une entente avec l'Égypte, avant d'être lui-même déposé et tué sur les ordres du général Sami al-Hinnawi (août 1949). Ce dernier, encouragé par l'Iraq, dont le Premier ministre cherche à réaliser l'union des pays arabes, est à son tour écarté par le colonel Adib al-Chichakli (décembre 1949), qui interdit très vite les partis politiques et fait approuver une nouvelle Constitution (juillet 1953). Mais, devant le risque de guerre civile et n'étant plus assuré du soutien de l'armée, il est contraint de s'exiler (février 1954). Les civils reviennent au pouvoir dans un pays instable, fragilisé par ses difficultés frontalières avec Israël et où les luttes politiques sont encouragées par Bagdad.
Pour se garantir contre la menace irakienne, la Syrie cherche en priorité à conclure une alliance avec l'Égypte. Souhaitant également garder son indépendance vis-à-vis des Occidentaux, elle établit dès 1954 des liens de coopération avec l'Union soviétique. Alors que le pacte de Bagdad (février 1955), réunissant la Turquie et la Jordanie sous les auspices de l'Angleterre, menace la Syrie, cette dernière et l'Égypte acceptent la fourniture d'armes soviétiques. Pendant la crise de Suez (octobre 1956), Damas prend le parti du Caire et rompt les relations diplomatiques avec Londres et Paris (novembre). Face à l'axe hachémite Amman-Bagdad, pro-occidental, la Syrie et l'Égypte fusionnent, en février 1958, dans une République arabe unie (R.A.U.) présidée par Gamal Abdel Nasser. Cependant, en septembre 1961, l'armée syrienne met fin à cette union, et la Syrie redevient un État indépendant.
Créé à Damas dans les années 1940 par un chrétien orthodoxe, Michel Aflak, et un sunnite, Salah al-Din al-Bitar, le Baath, dont le premier congrès se tient en 1947 à Damas, fusionne avec le parti socialiste arabe d'Akram al-Hawrani (1953) et devient le Baath arabe socialiste. Autour du slogan « Unité, Libération, Socialisme », il se revendique comme un parti de la nation arabe, étendant ses ramifications en Transjordanie (1948), au Liban (1949-1950) et en Iraq (1951). Expression du nationalisme arabe révolutionnaire, il est de sensibilité laïque, même si l'islam est considéré comme élément constitutif de l'arabisme, et ne parviendra pas à devenir un parti de masse. L'échec de la République arabe unie (septembre 1961) va provoquer une crise interne au sein du parti, parvenu au pouvoir à la faveur du coup d'État qui renverse le gouvernement syrien, en mars 1963. Opposés aux nationalistes fondateurs du parti, Aflak et Bitar, les régionalistes, regroupés autour de Nur al-Din al-Atasi, Hafiz al-Asad et Salah Djadid, s'imposent progressivement, avant de chasser leurs rivaux du pouvoir lors du putsch de février 1966. Les fondateurs du parti s'exilent. Une junte militaire dirigée par Nur al-Din al-Atasi, considérée comme progressiste et orientée vers le marxisme, s'installe à la tête de l'État. Elle est vite confrontée à la guerre israélo-arabe dite « des Six-Jours » (juin 1967), qui provoque de nombreuses pertes dans les rangs arabes. La Syrie perd alors le plateau du Golan, avant d'accepter le cessez-le-feu conclu par Israël et l'Égypte, le 8 juin.
Les conflits internes au Baath vont réapparaître lors des événements de septembre 1970, au cours desquels des affrontements opposent l'armée jordanienne aux forces palestiniennes. Salah Djadid entend intervenir aux côtés des Palestiniens, mais le général Hafiz al-Asad, ministre de la Défense, refuse l'intervention de l'aviation. Mis en minorité, ce dernier fait arrêter ses principaux adversaires et prend le pouvoir (13 novembre). Il fait adopter un amendement à la Constitution qui stipule que le chef de l'État sera désormais élu au suffrage universel pour sept ans. Élu pour un premier mandat (mars 1971) et régulièrement réélu par la suite, H. al-Asad fait preuve d'une certaine ouverture politique : une charte signée par le Baath et par quatre autres partis de gauche permet la constitution d'un Front national progressiste (F.N.P., mars 1972), tout en maintenant la prééminence du Baath. Souhaitant sortir le pays du relatif isolement dans lequel il se trouve, le nouveau chef de l'État syrien se rapproche de l'Égypte. Dans le même temps, le pouvoir renforce son contrôle sur les organisations palestiniennes présentes dans le pays et interdit les opérations contre les positions israéliennes lancées par des commandos palestiniens à partir du territoire syrien.
En octobre 1973, le quatrième conflit israélo-arabe (ou guerre du Kippour) voit l'engagement des troupes syriennes, qui réussissent, avec l'armée égyptienne, à pénétrer les lignes israéliennes. La « victoire » est de courte durée, et l'affrontement endommage sérieusement les infrastructures de l'économie syrienne. Un accord de désengagement syro-israélien est signé à Genève le 31 mai 1974.
En juin 1976, les troupes syriennes entrent au Liban, aux côtés de la droite maronite et à la demande du gouvernement libanais, Damas ayant par ailleurs toujours considéré que le pays du Cèdre était son prolongement naturel lui permettant d'avoir un accès à la Méditerranée. Sur le plan intérieur, l'ouverture politique alors prônée par Hafiz al-Asad reste extrêmement limitée, et sa politique extérieure suscite des remous. L'organisation des Frères musulmans (représentant l'islam sunnite) accepte mal que les troupes syriennes interviennent au Liban afin de réinstaurer le pouvoir des chrétiens ; la prééminence des Alawites, communauté dont est issu le chef de l'État, à tous les postes clés du pays provoque le ressentiment des sunnites, et une opposition violente s'exprime à partir du milieu des années 1970. Le commandant de la garnison de Hama est tué (1976) puis le recteur de l'université de Damas (1977) ; 100 cadets de l'académie militaire d'Alep sont massacrés (1979) ; l'insurrection de Hama (février 1982), au cours de laquelle 10 000 à 20 000 personnes trouveront la mort, annihile l'opposition pour une longue période. L'année suivante, la maladie du président Hafiz al-Asad provoque des tensions à Damas entre les différents candidats à sa succession, et des affrontements armés opposent plusieurs généraux en 1984. La situation stabilisée, un remaniement ministériel a lieu (octobre 1987), permettant une légère amélioration de la situation économique. Les élections législatives organisées en mai 1990 laissent voir quelques changements, la multiplicité des candidatures étant autorisée. Si le F.N.P. est toujours largement majoritaire, des « indépendants » font leur apparition. Parallèlement, une timide libéralisation politique est engagée : de nombreux prisonniers politiques sont libérés entre 1991 et 1992, dont certaines figures emblématiques comme Nur al-Din al-Atasi et Salah Djadid. Dans un souci d'ouverture politique et de réhabilitation aux yeux de la communauté internationale, Hafiz al-Asad permet au cheikh Abdel Fattah Abu Ghadda, l'un des dirigeants des Frères musulmans, de rentrer en Syrie (fin 1995) après un exil de quinze ans en Jordanie. La Syrie participe en novembre 1995 à la conférence de Barcelone qui fonde le partenariat euroméditerranéen.
Le Baath arrive au pouvoir en même temps en Iraq et en Syrie et se maintient à la tête de l'État dans les deux pays, entre lesquels se développe une forte opposition, chacun revendiquant le rôle de gardien de la doctrine du parti. Outre cette dimension idéologique, le problème de la répartition des eaux de l'Euphrate est un facteur de tension, ainsi que l'intervention syrienne au Liban, où chaque pays soutient des factions palestiniennes rivales, ce qui met en difficulté le camp islamo-progressiste. Les groupes soutenus par Damas s'opposent au Fatah de Yasir Arafat et aux groupes du Front du refus, soutenus par Bagdad. La réconciliation qui a lieu entre Hafiz al-Asad et Arafat (octobre 1976) sera de courte durée. De 1983 à 1987, les Syriens se chargent de « liquider » les dernières séquelles de la présence de l'Organisation de libération de la Palestine (O.L.P.) au Liban et tentent, sans succès, de marginaliser définitivement Arafat, en créant en 1985 une coalition anti-Arafat et pro-syrienne basée à Damas, le Front de salut national palestinien (F.S.N.P.). Mais l'objectif d'Hafiz al-Asad, qui était de maîtriser la carte palestinienne, échoue.
À partir de 1979, Damas noue une alliance stratégique avec Téhéran. En apparence, tout oppose ces deux pays, l'Iran constituant une République islamique, la Syrie se revendiquant comme un État laïc (même si les religieux ont obtenu d'Hafiz al-Asad que l'islam soit la religion du chef de l'État). Cependant, leur rapprochement s'effectue contre l'Iraq, avec lequel chacun des deux pays entretient des relations difficiles. Après le déclenchement par l'Iraq de la guerre contre l'Iran, Téhéran propose à la Syrie de lui livrer du pétrole gratuitement, lui demandant en échange d'empêcher le pétrole irakien de transiter sur son territoire pour être exporté. En 1984, un accord est signé, permettant aux chiites iraniens de venir en pèlerinage à Damas, les Syriens remboursant ainsi une partie de leur dette à l'égard de Téhéran.
Sur la scène libanaise, l'alliance de la Syrie avec l'Iran à travers la milice chiite du Hezbollah permet à celle-ci d'obtenir le départ des troupes israéliennes (1982). Son intervention au Liban, qui met un terme aux affrontements sanglants entre les milices libanaises, lui donne un quasi-monopole sur les affaires du pays. L'accord interlibanais de Taif (novembre 1989) entérine la tutelle syrienne sur le Liban ; celle-ci est confirmée en mai 1991 par un traité de fraternité et de coopération entre les deux pays. L'engagement de la Syrie dans la coalition occidentale contre l'Iraq lors de la guerre du Golfe (1990-1991) lui permet d'obtenir carte blanche au pays du Cèdre et de maintenir son rôle d'acteur incontournable des négociations de paix dans la région.
À partir de 1985, Hafiz al-Asad prend conscience que son rêve de parvenir à la parité stratégique avec Israël est irréaliste. L'appui de l'Union soviétique étant insuffisant, la Syrie s'efforce désormais d'obtenir le soutien des pays occidentaux afin de ne pas être le grand perdant dans le cadre d'un règlement négocié avec Israël. Elle tente ainsi d'améliorer ses relations avec Washington et condamne officiellement le terrorisme.
Pour sortir de son isolement diplomatique, la Syrie renoue les liens avec l'Iraq (mai 1987), les Palestiniens (Arafat se rend en visite à Damas en avril 1988, et environ 3 000 détenus palestiniens sont libérés entre 1989 et 1990) et rétablit des relations diplomatiques avec l'Égypte (décembre 1989). Puis elle participe à la conférence de paix de Madrid sur le Proche-Orient (novembre 1991). Fermement opposé à la démarche d'Anouar el-Sadate – qui s'était rendu à Jérusalem en 1977 –, H. al-Asad réaffirme son engagement pour une paix globale et son opposition à tout accord séparé. Les négociations israélo-syriennes s'engagent en août 1992. Pour le régime syrien, il s'agit de « contenir » Israël dans ses frontières d'avant 1967, ce qui implique le retour du plateau du Golan sous souveraineté et contrôle syriens, la disparition de la zone de sécurité occupée par Israël au sud du Liban et le rétablissement des droits nationaux des Palestiniens. Le sommet Asad-Clinton à Genève (janvier 1994) permet de renouer le dialogue, et, à l'instigation des États-Unis, les chefs d'état-major des deux pays se rencontrent à Washington (juin 1995) afin de tenter de rapprocher leurs positions sur les problèmes de sécurité liés à un éventuel retrait israélien du Golan : aucun accord formel n'est conclu, mais les discussions reprennent en décembre jusqu'à leur suspension totale en février 1996. Aucune négociation n'a lieu sous le gouvernement nationaliste de Benyamin Netanyahou, qui refuse de prendre à son compte les engagements attribués à son prédécesseur, Yitzhak Rabin. À la faveur du retour des travaillistes dans l'État hébreu en juin 1999, les pourparlers israélo-syriens reprennent en décembre aux États-Unis mais sont repoussés sine die dès janvier 2000. Fin mai, le retrait de l'armée israélienne du Liban-Sud ôte à la Syrie un atout important dans sa stratégie pour récupérer le Golan. En effet, Damas a longtemps escompté troquer la garantie pour Israël d'une frontière sécurisée avec le Liban contre ses territoires perdus en 1967. Par ailleurs, la Syrie apparaît désormais comme la seule puissance occupante au Liban.
Après la signature en février 1996 d'un accord de coopération militaire israélo-turc, dénoncé par Damas comme étant une tentative d'encerclement, la Syrie redoute à nouveau de se trouver isolée. Les relations se dégradent avec Ankara, alors que des contentieux anciens existent entre les deux pays, notamment le problème de la répartition des eaux de l'Euphrate et surtout l'asile accordé par les autorités de Damas au parti des Travailleurs du Kurdistan (P.K.K.), engagé depuis 1984 dans une rébellion armée contre la Turquie. Après un premier accord entre les ministres des Affaires étrangères syrien et turc en février 1993, la tension monte à nouveau en octobre 1998, mais un nouvel accord est finalement signé, par lequel Damas s'engage à cesser son soutien au P.K.K. et à interdire l'entrée sur son territoire de son chef Abdullah Öcalan (arrêté finalement au Kenya en février 1999).
Les élections législatives de novembre 1998 et le référendum présidentiel de février 1999 ont été de pure forme, l'opposition étant réduite à néant. Le président H. al-Asad, gravement malade depuis plusieurs années, n'a de cesse de faciliter l'ascension de son fils Bachar, pressenti comme dauphin depuis le décès accidentel de son frère aîné Bassel, en 1994. Commandant d'un bataillon de chars en 1995, Bachar devient colonel de l'armée en 1999. Son oncle Rifat, dernier obstacle à son ascension, a été démis de son titre de vice-président en février 1998. Peu après le décès de H. al-Asad, le 10 juin 2000, Bachar est prestement intronisé. Propulsé à la tête des forces armées puis proclamé dirigeant du parti Baath, il est élu président de la République après que l'âge d'éligibilité a été ramené de 40 à 34 ans (âge exact de Bachar). Plébiscité le 10 juillet par un référendum populaire (97,2 % des voix), le nouveau chef de l'État prête serment le 17 devant le Parlement pour une durée de sept ans.
Son arrivée au pouvoir est suivie d'une ouverture politique aussi timide que brève. Lancé en septembre 2000 par des artistes et intellectuels réclamant le respect des libertés civiques et politiques essentielles, le « printemps de Damas » permet l'amnistie de quelque 600 prisonniers politiques (dont des Frères musulmans, des membres de la Ligue d'action communiste [parmi lesquels le poète Faraj Bayrakdar] et des baassistes pro-irakiens), la fermeture de la vieille prison de Mezzé à Damas, la reparution, après plus de cinquante ans d'absence, de la Voix du peuple, le journal du parti communiste syrien, et le gel de la loi martiale en vigueur depuis 1963. Dès février 2001 cependant, la reprise en main se fait brutale et sèche. Jugés coupables de déstabiliser le régime, des opposants (dont Kamal Labouani, fondateur du Rassemblement libéral démocratique) sont arrêtés. Les technocrates, formés à l'étranger et arrivés au pouvoir avec Bachar, sont écartés au profit du clan familial sur lequel s'appuie le président : son jeune frère Maher, responsable dans l'armée, et son beau-frère Assef Chawkat, qui contrôle les services de renseignements. Hormis l'instauration du secret bancaire et l'autorisation de créer des banques privées (avril 2001), les réformes économiques, régulièrement annoncées, tardent à venir. Sur les 31 membres du nouveau gouvernement formé en septembre 2003 avec pour principal objectif de réformer une administration bureaucratique minée par la corruption,18 sont issus du Baath et détiennent les postes clés.
Le Xe Congrès du Baath (juin 2005) confirme sa mainmise sur l'ensemble des institutions : l'état d'urgence est maintenu ; la plupart des membres de la vieille garde héritée de H. al-Asad est mise à l'écart (parmi eux, le vice-président Abdel Halim Khaddam, longtemps responsable du dossier libanais et déjà menacé de disgrâce du vivant du président défunt, s'exile à Paris, où il entre en dissidence et accuse le régime de corruption) ; les formations de l'opposition (Frères musulmans et partis nationalistes kurdes) demeurent illégales, et les réformes, superficielles.
Suscitant une abstention massive, les élections législatives d'avril 2007 permettent au Baath de conserver son emprise sur le Parlement, où il contrôle désormais 172 des 250 sièges. Durement frappée par une série de condamnations, l'opposition boycotte le référendum présidentiel du 27 mai, à l'issue duquel B. al-Asad est reconduit – avec 97,6 % de votes favorables – pour sept ans à la présidence syrienne.
Sur la scène internationale, la Syrie voit son isolement s'accroître notablement. L'arrivée au pouvoir d'Ariel Sharon, en mars 2001, marque un net durcissement d'Israël à l'encontre de la Syrie, accusée de soutenir le Hamas (dont l'un des dirigeants, Khaled Mechaal, vit à Damas), le Djihad islamique ou le Hezbollah. Pour la première fois depuis 1982, Israël attaque des positions de l'armée syrienne au Liban ; à l'automne 2003, l'aviation israélienne bombarde un camp d'entraînement à proximité de Damas et utilisé, selon Tel-Aviv, par le Djihad islamique. Cette logique d'affrontements s'intensifie lors du déclenchement des opérations israéliennes au Liban-Sud (12 juillet-14 août 2006) en rispote à une attaque du Hezbollah contre des soldats israéliens. Simultanément, Damas demande en vain la reprise des négociations de paix pour la restitution du Golan.
La Syrie s'oppose à l'intervention américano-britannique en Iraq (mars 2003), perçue comme une tentative d'achèvement de l'encerclement amorcé par l'accord de coopération militaire israélo-turc conclu en février 1996 sous l'égide des États-Unis. Accusée de soutenir le terrorisme, d'accueillir l'opposition sunnite irakienne en fuite et de développer des armes de destruction massive, elle est frappée par des sanctions économiques de la part de Washington.
En 2004, Damas entre en conflit ouvert avec l'opposition chrétienne libanaise, et plus particulièrement avec le Premier ministre Rafic Hariri à propos de la prolongation du mandat du président prosyrien Émile Lahoud, qu'elle finit par imposer. À l'instigation de la France et des États-Unis, le Conseil de sécurité de l'O.N.U. adopte la résolution 1559, qui appelle au respect de la souveraineté libanaise, au retrait de toutes les forces étrangères du Liban et au désarmement des milices armées. Le texte vise les 20 000 soldats syriens présents au Liban et le Hezbollah, principal allié de Damas sur la scène politique libanaise. Soupçonnée d'être responsable de l'attentat qui, le 14 février 2005, tue l'ex-Premier ministre R. Hariri ainsi que dix-huit autres personnes à Beyrouth, la Syrie est contrainte, sous la pression de l'opposition libanaise et de la communauté internationale, de procéder au retrait précipité de ses soldats (achevé le 26 avril) et de ses services de renseignements présents depuis vingt-neuf ans au pays du Cèdre. Une commission d'enquête indépendante de l'O.N.U. sur l'assassinat de R. Hariri est créée en avril 2005 ; ses rapports successifs mettent en cause l'implication des services secrets syriens et libanais et certains officiels syriens. À l'instigation des États-Unis, qui prorogent leurs sanctions économiques à l'encontre du régime syrien, le Conseil de sécurité des Nations unies adopte le 30 mai 2007, la résolution 1757 instituant un tribunal international pour le Liban.
En 2006, la Syrie décide de rétablir des relations diplomatiques avec l'Iraq (rompues en 1982, à l'initiative de Bagdad, reprises en 2001 au niveau des chargés d'affaires, elles avaient à nouveau été distendues après l'invasion de l'Iraq par les États-Unis et le Royaume-Uni en 2003). Le réchauffement entre les deux pays se concrétise par la signature d'une série d'accords économiques (réouverture de l'oléoduc de Kirkuk vers le port syrien de Banias) en 2007.
Régulièrement accusée (avec l'Iran) par les pays dits modérés (Arabie saoudite, Égypte et Jordanie, alliés des États-Unis et plus généralement de l'Occident) de mettre en œuvre d'importantes capacités de déstabilisation au Liban, en Palestine et en Iraq, la Syrie retourne l'accusation en traitant ses détracteurs d'instruments de la politique américaine.
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