Mouvement politico-religieux sunnite fondé en Égypte en 1928 par l'instituteur Hasan al-Banna.
Le mouvement, qui compte très vite de nombreux adeptes, se dote en 1940 d'une infrastructure clandestine, formée de commandos placés sous le commandement direct de Hasan al-Banna. Entre 1945 et 1948, les Frères musulmans multiplient les attentats contre les dignitaires du régime égyptien, qui provoquent notamment la mort des Premiers ministres Ahmad Mahir (Ahmad Maher) [février 1945] et al-Nuqrachi (Nokrachy Pacha) [décembre 1948]. En février 1949, Hasan al-Banna est abattu par la police politique. Désorganisée par la mort de son fondateur et affaiblie par les pertes subies par les commandos engagés dans le premier conflit israélo-arabe (1948-1949) et la guérilla antibritannique (1951), la confrérie, légalisée en octobre 1951, apporte son appui au coup d'État des « officiers libres » (1952), avec lesquels elle avait noué des contacts, notamment par l'intermédiaire d'Anouar el-Sadate.
Toutefois, les rapports entre les Frères musulmans et le nouveau régime se tendent. En janvier 1954, Gamal Abdel Nasser décide de dissoudre le mouvement, désormais interdit. Après l'échec d'un attentat organisé par la confrérie contre le raïs (octobre 1954), des centaines de militants sont emprisonnés. Ils bénéficient d'une amnistie générale en 1964, mais la découverte, en août 1965, d'un complot contre Nasser déclenche une nouvelle vague de répression, qui conduit notamment à l'exécution de Sayyid Qotb, idéologue fondamentaliste prônant une réislamisation radicale de la société et la guerre sainte.
L'accession au pouvoir de Sadate en 1970 et le cours antisoviétique que prend la politique égyptienne favorisent une détente entre les autorités et les Frères musulmans, dont des milliers de militants emprisonnés sont libérés en mai 1971.
La confrérie refait surface publiquement en 1974 et devient très active. Elle s'appuie en particulier sur les associations islamiques étudiantes, encouragées par le pouvoir depuis 1972 à supplanter les organisations de gauche au sein des universités. Alors que les Frères musulmans affirment renoncer à la lutte armée, ces groupes se radicalisent (création du Djihad islamique égyptien en 1977), visant notamment la minorité chrétienne copte et incitant le gouvernement à adopter de nouvelles mesures contre la mouvance qui, en dépit de ses divisions entre modérés et radicaux, est unanime pour condamner les négociations de paix israélo-égyptiennes (1977-1979). C'est à la suite d'une nouvelle vague d'arrestations dans les milieux islamistes que Sadate est assassiné par des djihadistes en 1981.
Toutefois, la répression ne parvient pas à réduire un mouvement dont de nombreux militants sont libérés par Hosni Moubarak et qui peut présenter des candidats aux élections. Les Frères musulmans obtiennent ainsi des représentants en 1984 (en alliance avec le Wafd), en 1987 (alliés aux partis socialiste du Travail et socialiste libéral), et, (comme « indépendants ») en 1995 ainsi qu'en 2000, après une nouvelle vague d'arrestations dans ses rangs.
Dirigée depuis 2004 par Mohammed Mahdi al-Akef, la confrérie, forte de son implantation au sein de la société par l'intermédiaire du monde associatif, certaines organisations professionnelles et ses œuvres sociales, remporte 88 sièges au Parlement à l'issue des élections législatives de 2005 et devient ainsi la deuxième force politique d'Égypte.
En janvier 2010, dans un contexte de crise au sein de la confrérie, profondément divisée entre conservateurs et réformistes, Mohammed Badie succède M. al-Akef, démissionnaire. Après avoir boycotté le scrutin qui ne mobilise qu'environ 30 % des électeurs, les Frères musulmans, sont éliminés de l'Assemblée à la suite des élections de 2010.
Dès les premières années du mouvement, des étudiants étrangers, venus compléter leur formation en Égypte et séduits par la pensée d'al-Banna, ont contribué à la propagation du mouvement. Une branche des Frères musulmans est fondée dès les années 1930 en Syrie, où ils s'opposent à l'entrée des troupes syriennes au Liban ; leurs membres, victimes d'une impitoyable répression de la part de la police d'Hafiz al-Asad (Hama, février 1982), sont aujourd'hui condamnés à vivre dans la clandestinité.
Dans les années 1940, les Frères musulmans s'établissent au Soudan, sous la houlette d'Hasan al-Tourabi. Ils pénètrent en Iraq, dans la région de Mossoul. Des branches de la confrérie sont créées en 1945 en Palestine (où le Hamas, officiellement fondé en 1987, se réclame de cette idéologie), et en Jordanie, où l'association est légale et participe aux élections législatives. Un bureau de communication avec le monde islamique est créé après 1945, les persécutions et l'exil qui ont suivi la dissolution des Frères musulmans par Nasser en 1954 ont favorisé son expansion à l'étranger. En 1982 est créée l'Organisation internationale des Frères musulmans, ou Tanzim al-Dawli, constituée d'associations membres et d'autres considérées comme amies, comme la Jamaat-e-Islami au Pakistan, ou le parti de la Prospérité (Refah) en Turquie.
Après être resté prudemment à l'écart du soulèvement populaire qui conduit à la chute de Hosni Moubarak en février 2011, les Frères musulmans se rallient discrètement au mouvement et créent, dans la perspective des élections de novembre, le parti de la Liberté et de la Justice, dirigé par Mohammed al-Moursi. Affichant une image « civile », laissant de côté les thèmes trop liés à la religion et s'appuyant sur la forte organisation de ses réseaux, ils arrivent ainsi en tête du scrutin devant la mouvance plus intégriste des salafistes (parti al-Nour) et les libéraux.