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islam

(arabe islām, soumission à la volonté de Dieu)

Disciples de Mahomet
Disciples de Mahomet

RELIGION

L'islam est l’une des trois grandes religions monothéistes, avec le judaïsme et le christianisme, dont il revendique les héritages. Fondé au VIIe s. de notre ère par le prophète Mahomet (en arabe Muhammad), il repose sur une révélation divine dont la substance a été rassemblée dans le Coran, livre saint de l’islam. Le dogme fondamental de l'islam est un monothéisme strict.

Pratiquée par plus d'un milliard de fidèles, la religion, fondée en Arabie, s’est diffusée dans tout le Moyen-Orient, avant d’étendre son influence au reste du monde. La communauté musulmane s’est scindée en plusieurs branches dès la mort de son Prophète (sunnisme, chiisme, kharidjisme). Toutefois, depuis ses origines, elle perpétue dans son ensemble un mode de vie, un code moral, une culture, mais aussi une certaine conception de l'État et du système juridique.

La naissance de l'islam

Le Prophète

Mahomet est né vers 570 à La Mecque, ville carrefour du commerce en Arabie occidentale. Vers 612, il reçoit une première série de révélations divines qui le persuadent qu'il a été choisi comme messager de Dieu. Il commence à apporter le message qui lui a été confié, à savoir qu'il n'existe qu'un unique Dieu (en arabe Allah), auquel l'humanité tout entière doit se soumettre. S'étant attiré l'hostilité de ses concitoyens par ses attaques contre le polythéisme, Mahomet finit par émigrer à Médine avec quelques disciples. Cet exil, appelé l'hégire (hidjra), se produit en 622 ; les musulmans ont choisi cet événement comme point de départ de leur calendrier lunaire (Anno Hegirae, ou AH).

À Médine, Mahomet est reconnu comme chef religieux et militaire. En quelques années, la région de Médine passe sous son contrôle, et, en 630, il conquiert La Mecque qui devient un lieu de pèlerinage pour tous les musulmans. À sa mort, en 632, Mahomet a rallié la plupart des tribus arabes à l'islam. Il a jeté les bases d'une communauté (umma) régie par les lois de Dieu.

Le message divin

Le Coran est le livre révélé par Dieu à son prophète Mahomet entre 612 et 632. La Révélation coranique met l'accent sur l'Unicité : celle de Dieu, celle du texte révélé et, d'une certaine manière, celle du prophète Mahomet, après lequel nulle prophétie ne peut plus venir. Cette révélation est l'aboutissement d'une tradition monothéiste antérieure propre au monde sémitique. Elle reconnaît la validité des Révélations passées, que ce soit l'Ancien ou le Nouveau Testament. Cependant, si l'islam naît sur le même terreau qui a produit le judaïsme et le christianisme, il apporte des ruptures décisives. D'abord, dans la société arabe : tout ce qui a précédé Mahomet se trouve rejeté dans le néant de l'ignorance des vérités religieuses (djahiliyya). Ensuite, dans la tradition prophétique elle-même : Mahomet, le dernier mais aussi le plus grand des prophètes, apporte un message qui est censé englober et dépasser toutes les prophéties antérieures.

La force du message coranique est sa simplicité. L'islam (littéralement la « soumission ») est l'affirmation de la transcendance absolue de Dieu par rapport à l'homme. Son Dieu, unique et transcendant (Allah, « Le Dieu »), ne saurait, comme dans le christianisme, se faire chair. Ce Dieu a transmis sa Parole à différents prophètes (d’Adam à Jésus, en passant par Abraham, Noé et Moïse), qui, quelles que soient leurs qualités, restent des hommes comme les autres. Le dernier prophète, celui dont le message termine le cycle des prophéties, est Mahomet : le Sceau des prophètes. Il y a un livre, le Coran, qui contient tout ce que Dieu a révélé à Mahomet, et qui fait l'objet d'une exégèse par les juristes et les théologiens. Il y a une norme pour la conduite de la vie personnelle comme pour celle de la communauté : c'est la charia, c'est-à-dire les préceptes, tant religieux que moraux et juridiques (car l'islam ne différencie pas ces notions), qu'on peut tirer du Coran et de la Tradition (sunna) du Prophète. Enfin, il y a une communauté, la umma, composée de l'ensemble des croyants. Cette vision d'un monde plein et idéal exerce un fort pouvoir d'attraction sur les musulmans.

Les fondements de l’islam

Les Sources

La Révélation : le Coran

Le terme « Coran » (en arabe qur'ān) désigne « la Récitation », c'est-à-dire la Révélation. Il a été « dit » avant d'être écrit. Son contenu est la simple retranscription de la Révélation divine faite à Mahomet. Le Coran n'est donc ni une suite d'écrits variés, remaniés et transmis à travers les siècles (comme l'Ancien Testament), ni un récit rédigé a posteriori (comme les Évangiles), mais une Parole unique donnée à un homme unique.

La Révélation s'est faite en arabe, de manière discontinue pendant vingt ans (612-632) de l'existence de Mahomet. Il l'a dictée au fur et à mesure à ses proches ou l'a apprise par cœur. Ce n'est qu'après la mort de Mahomet que ces révélations éparses ont été rassemblées et composées en livre. Le premier calife, Abu Bakr, a établi une recension qui est devenue, sous le troisième calife, Uthman, la seule version autorisée. Le Coran ainsi défini compte 114 chapitres, appelés surates, classés par ordre de grandeur décroissante (à l’exception de la première ou fatiha, « l’Ouvrante »). L'unité de base est le verset (ayat).

Le style du Coran entrecoupe des développements sur des thèmes particuliers et des injonctions et formules incantatoires. La beauté du texte coranique l'a fait déclarer « inimitable » par les musulmans et est vue comme une preuve de son origine divine. Le Coran est fait pour être psalmodié à haute voix ; c'est un acte pieux que de le savoir par cœur. Il a aussi donné naissance à l'art de la calligraphie. Aujourd'hui encore, le support matériel du texte coranique est sacré et doit être protégé des contacts impurs.

Deux aspects dominent dans le Coran : la prédication et la prescription. Les surates du premier type ont en général été révélées avant l'hégire : elles proclament l'unicité de Dieu, annoncent la fin du monde et appellent à la repentance. Les surates prescriptives sont plus longues ; elles ont été composées à Médine et visent à organiser la communauté naissante : c'est à partir d'elles que s'est développé le droit musulman (fiqh). On y trouve aussi des références aux circonstances de la vie de Mahomet et aux péripéties politiques de la première communauté des croyants.

La Tradition : la sunna

Mais, si le Coran est le socle de l'islam, il n'est pas la seule source du droit et de la morale. Il n'y a en lui aucun effort de systématisation. Une tradition s'est très vite ajoutée au Texte sacré, autant pour l'expliciter que pour fournir une norme dans les cas qu'il n'évoque pas expressément : c'est la sunna (« Tradition du Prophète »), qui rapporte les faits et gestes de Mahomet.

La sunna est développée dans les hadith : ce sont des récits, des dits du Prophète ou des témoignages rapportés par une chaîne de témoins plus ou moins fiables. La validité d'un hadith vient de son classement en fonction de son authenticité supposée. Quoi de plus aisé en effet, avant que la tradition ne soit fixée par écrit, que d'inventer un hadith pour justifier un usage ou une politique ? C'est au ixe s. que sont compilés les grands recueils de hadith (dont le plus celèbre est celui d'al-Bukhari).

À travers la sunna, le Prophète est pour les croyants une source d'imitation, un modèle de comportement, aussi bien sur le plan de l'éthique individuelle que sur celui du droit communautaire. Cette norme garde toute sa force.

Les dogmes

Souvent enseignés au moyen d'un « catéchisme », par le biais de questions et de réponses, les dogmes islamiques sont généralement traités selon six grandes catégories : Dieu, les anges, les Écritures, les prophètes, le Jugement dernier et la prédestination. La conception musulmane de Dieu est déterminante pour tous les autres éléments de la foi. Parmi les anges (qui sont tous serviteurs d'Allah et soumis à son pouvoir), certains sont censés jouer un rôle particulièrement important dans la vie quotidienne des musulmans : notamment les anges gardiens, qui notent les actes des hommes et dont ces derniers auront à répondre le jour du Jugement dernier, ainsi que l'ange de la mort et ceux qui interrogent les morts dans leurs tombeaux. Djabraïl (Gabriel), dont le nom est mentionné dans le Coran, est celui qui a transmis la révélation divine au Prophète.

Le Jugement dernier occupe une place importante dans le Coran, dans la pensée et la piété musulmanes. Le jour du Jugement dernier (Yom al-Dinn) que seul Dieu peut connaître, chaque âme devra répondre de ses actes. L'une des questions fondamentales qui se situent au cœur des discussions théologiques sur le Jugement dernier, et plus généralement sur le concept de Dieu, est de savoir si les descriptions que donne le Coran du paradis et de l'enfer comme des apparitions de Dieu doivent être interprétées de façon littérale ou allégorique. La conception dominante adopte le principe de l'interprétation littérale (Dieu est assis sur le trône, il possède des mains), mais elle introduit des nuances en affirmant que les hommes n'ont pas la faculté de juger et qu'ils doivent éviter de s'interroger sur Allah, car Dieu est incomparable.

La question de la prédestination témoigne du même théocentrisme. Se référant à la toute-puissance divine qui seule peut guider les hommes vers la foi (« Si Dieu ne nous avait guidés, nous n'aurions sûrement jamais été guidés »), nombreux ont été ceux qui en ont conclu que Dieu décide également de ne pas guider certains hommes, les laissant s'égarer ou même les égarant délibérément. Dans les débats théologiques ultérieurs, les détracteurs de la prédestination se sont moins préoccupés de la liberté et de la dignité humaines que de la défense de l'honneur de Dieu.

Les grandes controverses théologiques

La succession du Prophète

Profondément ancrées dans le contexte sociopolitique qui les a vues naître, des querelles théologiques ont divisé l'islam dès ses débuts. Ainsi, les chiites ont soutenu après la mort de Mahomet que seuls « les membres de la famille » (les Hachémites ou, dans un sens plus limité, les seuls Alides [descendants du Prophète par sa fille Fatima et son époux Ali]) peuvent prétendre au califat. Un autre groupe, les kharidjites (littéralement, « ceux qui ont fait sécession »), s’est séparé de Ali (assassiné par un adepte de la secte) et des califes Omeyyades sunnites.

Libre arbitre et prédestination

Inspiré par la philosophie grecque, le mutazilisme (apparu au viiie s.) est le premier courant de pensée théologique à avoir introduit la question du libre arbitre et de la prédestination de l’homme dans l’islam, et donc celle de la responsabilité humain dans les actes ici-bas. Au xe s., deux théologiens renommés, Achari (acharisme) et Maturidi (maturidisme), ont proposé des réponses qui influenceront la position sunnite : les actes humains sont voulus et créés par Dieu, mais, pour les faire siens, l'homme doit se les approprier. Dès lors, la conception de Dieu comme Créateur, le Seul et l'Unique, va de pair avec l'affirmation de la responsabilité humaine.

La nature du Coran

Un autre débat se fait jour autour du concept de l'unité divine, au sujet de l'essence et des attributs de Dieu. Il porte sur la question de savoir si le Coran, c'est-à-dire la parole divine, est créé ou incréé. Les défenseurs de la première conception ont affirmé que, si le Coran est incréé, il faut supposer un second principe de réalité éternelle ; or Dieu seul est éternel et on ne peut concevoir l'éternité en dehors de Dieu. Selon leurs contradicteurs, soutenir que le Coran est créé revient à porter atteinte à la nature divine du livre sacré. Selon les sunnites, le Coran en tant qu'écrit ou recueil de prières est créé, mais il est la manifestation de l'éternel « discours intérieur » divin, qui précède toute expression orale ou écrite.

La majorité des musulmans a accepté le principe d'une concordance entre la foi et les actes, mais, en insistant sur le fait que Dieu seul peut juger si un homme est croyant ou incroyant, a rejeté l'idéal kharidjite qui consiste à établir ici-bas une pure communauté de croyants. Partant du principe que dans l'attente du Jugement dernier il convient de renoncer à juger autrui, les musulmans reconnaissent toute personne comme membre de la communauté des croyants à condition qu'elle accepte les « cinq piliers de la foi ». Renoncer à juger autrui implique également le respect du pouvoir politique musulman.

La loi islamique

Les cinq piliers de l'islam

1. La profession de foi. Un musulman est d'abord un croyant qui professe qu'« il n'y a d’autre dieu que Dieu et Mahomet est Son Prophète » (La ilah illa'llah wa Muhammad rasul Allah). Cette profession de foi (chahada, ou témoignage) souligne le dogme fondamental de l'unicité de Dieu et affirme que Mahomet est bien le Prophète par excellence, c'est-à-dire le dernier. Réciter la profession de foi est le premier acte du converti. C'est aussi la phrase rituelle qui accompagne toutes les grandes circonstances.

2. La prière. La deuxième obligation est celle de la prière, salat. Le musulman doit faire cinq prières par jour : avant le lever du soleil, juste après midi, en fin d'après-midi, au coucher du soleil et durant la nuit. La prière est composée d'une succession de génuflexions et de prosternations en direction de La Mecque, accompagnée de formules rituelles. Dans la prière, le musulman s'efforce de louer Dieu plutôt qu'il ne lui adresse une demande. Il s'est préparé à la prière en se mettant en état de pureté physique grâce à des ablutions très soigneusement codifiées. La prière peut se faire en tout lieu, mais il est plus méritoire de prier en collectivité, au moins le vendredi lors de la prière de midi, qui s'accompagne d'un prêche.

3. Le jeûne. Le jeûne (sawm) est la troisième obligation et, probablement, celle qui est la plus respectée dans le monde musulman. Le croyant ne doit rien boire ni manger, ni fumer, ni avoir de relations sexuelles, du lever au coucher du soleil, pendant toute la durée du mois de Ramadan. Le calendrier religieux étant lunaire, ce mois se décale tous les ans d'une dizaine de jours en avance par rapport au calendrier grégorien. La signification de ce jeûne n'est pas pénitentielle (au contraire du carême chrétien), mais elle est centrée sur la maîtrise des instincts.

4. L’aumône légale. La quatrième obligation est l'aumône légale (zakat), qui est à l'origine une sorte de dîme prélevée sur la richesse pour être distribuée aux pauvres et pour défendre la communauté ; la zakat est devenue aujourd'hui un impôt.

5. Le pèlerinage. Le dernier pilier de la religion est le pèlerinage à La Mecque (hadjdj), auquel ne sont tenus que ceux qui en ont les moyens physiques et financiers. Tous les ans, au mois du pèlerinage, des millions de croyants se rassemblent autour de la Kaba, qui contient la Pierre noire. Le musulman qui a effectué le pèlerinage se voit conférer un statut prestigieux au sein de la communauté des fidèles.

Notons que le djihad (dit abusivement « guerre sainte ») est la forme que revêt la lutte contre l'infidélité, et plus généralement contre l'impiété en soi comme en dehors de la communauté. Au sens strict, il s'agit d'une obligation collective plus qu'individuelle, qui ne fait pas partie des piliers de la foi.

La charia

Ce qu'on appelle la charia, ou « loi islamique », est la systématisation de l'ensemble des prescriptions et des interdictions qu'on trouve dans le Coran et dans la sunna (Tradition). La charia est un système de droit qui traite aussi bien du culte que de l'ensemble des activités de l'homme en société. Elle fournit les bases du droit pénal comme du droit civil et commercial. La partie proprement juridique de la charia est appelée le fiqh, ou « droit musulman ».

Les domaines de la foi, du droit et de la morale sont également organisés par des règles, issues de la systématisation et de la rationalisation des injonctions et interdits contenus dans le Coran. Les comportements et les actes sont classés de haram (strictement interdit) à halal (religieusement licite). La charia traite aussi bien des fondements de la foi que des problèmes d'héritage et des normes alimentaires. L'islam est une religion éminemment sociale, qui s'adresse au croyant non seulement comme individu, mais comme membre d'une communauté. Il est difficile d'être un croyant isolé ou minoritaire, tant les normes de l'islam régissent la vie en société : le jeûne du Ramadan impose à la société tout entière un changement de rythme durant un mois ; les interdits alimentaires (sur le porc et le vin, ou sur la manière de tuer les bêtes) et vestimentaires créent un mode de vie commun qui font de l'islam une culture autant qu'une religion, ces normes perdurant même si la pratique religieuse s'affaiblit. Pour le croyant, c'est toute la vie quotidienne qui est marquée par la pratique de la religion.

Il existe au moins deux différences fondamentales entre la charia et la conception occidentale du droit. D'une part, la charia ne connaît pas de distinction entre le religieux et le profane, ni entre le juridique et l'éthique. D'autre part, elle s'élabore à partir non de concepts généraux mais d'un ensemble épars de prescriptions souvent très ponctuelles. L'effort de systématisation a porté sur la définition du corpus et des instruments intellectuels qu'on est en droit d'utiliser pour rationaliser le droit et l'appliquer aux cas non explicitement prévus par le Coran. Les sources de la charia sont le Coran et la sunna (Tradition). Les instruments intellectuels d'interprétation sont l'analogie et le consensus des savants ou celui de la communauté, mais les écoles divergent sur la place et la validité de ces moyens.

De l'effort de systématisation par de grands savants pour créer un ensemble juridique cohérent résulte le fiqh, qui est donc une partie de la charia. Cependant, pour éviter que d'éventuelles divergences dans cet effort d'interprétation n'entraînent l'éclatement de la communauté musulmane, il a été décidé, au ixe s., de fermer la porte de l'interprétation (idjtihad). Depuis, tous les juristes (sunnites) doivent s'inspirer de l'une des quatre grandes écoles d'interprétation admises à cette époque. Aujourd'hui encore, ces quatre écoles (appelées parfois improprement « rites ») se partagent l'ensemble du monde musulman, à l'exception des chiites : le hanafisme, le chafiisme, le malékisme et le hanbalisme. Elles vont d'une vision libérale et ouverte (l'école hanafite) jusqu'à une conception rigoriste et formaliste (comme celle de l'école hanbalite).

La législation en vigueur dans les pays musulmans est presque toujours inspirée profondément par la charia. Mais les coutumes locales et les lois promulguées par les États jouent aussi un rôle. Lorsqu'une question nouvelle surgit (la contraception, le jeûne dans les pays polaires où il n'y a pas de nuit), il est d'usage de demander une consultation juridique (fatwa) sur ce thème à un juriste renommé (le mufti).

Les principaux courants de l’islam

Le sunnisme

Le sunnisme est le courant majoritaire de l'islam. Ce qui le caractérise sans doute par rapport aux autres courants, c'est son respect plus strict pour la lettre : les Textes et la Tradition du Prophète (la sunna, d'où vient le mot sunnisme).

Pourtant, à l'intérieur du sunnisme, des écoles plus philosophiques ou spiritualistes ont existé. La rencontre entre l'islam et la philosophie grecque (Platon, Aristote, Plotin) au cours du premier siècle du califat abbasside (fondé en 750) a permis l'éclosion de la philosophie (falsafa). Les théologiens apprennent à manier la dialectique et introduisent la raison (aql) comme principe d'explication religieuse. Ce courant rationaliste a été appelé mutazilisme : ses origines sont, au départ, autant politiques qu'intellectuelles, car les mutazilites (« ceux qui s'isolent ») cherchent en politique un compromis entre les deux grands partis divisant les musulmans, les partisans de Ali (chiites) et les autres. Les fondateurs de l’école mutazilite, au viiie s., sont les sages de Bassora (dans l'actuel Iraq) : Wasil ibn Ata et Amr ibn Ubayd. Le débat sur la compatibilité entre la philosophie et l'orthodoxie musulmanes fait ensuite rage, entre le ixe et le xiie s. Il est illustré par de grands noms : Avicenne (Abu ibn Sina, 980-1037) et Averroès (Abu ibn Ruchd, 1126-1198) pour les philosophes ; Abu al-Achari (vers 873-vers 935) pour les théologiens opposés aux précédents. La synthèse établie par al-Ghazali (1058-1111) permet la réconciliation des deux tendances et la réintégration de la philosophie (ainsi que du mysticisme soufi) dans le cadre strict de la théologie. L'œuvre de al-Ghazali s'est imposée dans l'enseignement dispensé dans les madrasa. C'est sur elle que la pensée sunnite a vécu jusqu'au xixe s.

Mais, à ce moment, la découverte par le monde musulman d'une Europe industrialisée et expansionniste a réveillé la pensée islamique. Le débat porte cette fois sur les relations entre islam et science ou politique modernes. Faut-il laïciser la société musulmane pour la moderniser ou, au contraire, revenir à l'enseignement de base du Coran pour revivifier un islam qui s'est sclérosé ? Ce dernier choix est à l'origine d'un courant de pensée lancé par le Persan Djamal al-Din al-Afghani (1838-1897) et par son disciple en Égypte, Muhammad Abduh (1849-1905) : c'est le salafisme, courant rationaliste, qui veut intégrer les sciences modernes dans la pensée religieuse et rouvrir les portes de l'idjtihad, c'est-à-dire rétablir le droit à l'interprétation contre la seule Tradition. Mais c'est aussi une entreprise de contre-réforme qui prône le retour au Coran et à une stricte pratique religieuse. Les courants que l'on appelle « fondamentalistes » ou « islamistes » depuis le xxe s. sont tous issus du salafisme. (→ islamisme.)

Le chiisme

À l'origine, le chiisme regroupe les partisans du calife Ali, cousin et gendre de Mahomet, qui proclame incarner la légitimité de la maison du Prophète, contre les trois premiers califes (Abu Bakr, Umar et Uthman) et contre leur descendance. Mais, avec la mort tragique du fils et héritier de Ali, l'imam Husayn, lors de la bataille de Karbala, en 680, la communauté chiite quitte pour un temps la scène politique et développe une théologie plus mystique et messianique que le sunnisme.

Pour les chiites, si Mahomet est le dernier des Prophètes, sa succession spirituelle est assurée par les imams, c'est-à-dire Ali et ses descendants en ligne directe (les Alides), parmi lesquels, ses deux fils : Hasan et Husayn, le martyr de Karbala.

Les chiites reconnaissent aux dits et traditions de Ali une valeur quasi égale à ceux du Prophète. Les imams suivants développent une école juridique et une pensée philosophique qui sert de base au corpus chiite, dont la pensée évolue au cours des siècles. Ce qui distingue les chiites des sunnites, outre quelques particularités juridiques peu sensibles, c'est l'importance de Ali : archétype des vertus pour les chiites, simple calife (le quatrième) pour les sunnites. Le chiite croit en l'infaillibilité des imams ; il adhère à la doctrine de l'imam caché et espère en son futur retour.

Les grands ulémas ont le droit d'interpréter les textes sacrés : ces ulémas sont appelés ayatollahs (« signe d'Allah »). Sous leur direction s'est créé un clergé structuré et hiérarchisé, inconnu chez les sunnites.

Ce clergé ne se politise que très tardivement, à la fin du xixe s. en Iran. Jusque-là, c'est plutôt la tradition mystique qui domine le chiisme. Mais les penseurs politiques du chiisme, comme l'imam Khomeyni (1902-1989) ou Ali Chariati (1933-1977), n'ont eu aucun mal à puiser dans la tradition de contestation et de justice sociale du chiisme un appel à la révolution.

Le chiisme s'est diffusé avec succès dans l'ensemble du monde iranien. Au xvie s., la dynastie des Séfévides, qui prend le pouvoir en Iran, impose le chiisme comme religion d'État. C'est de ce moment que date la quasi-identification entre chiisme et Iran.

Le kharidjisme

Le kharidjisme est la doctrine d'un mouvement musulman schismatique qui s'est défini, une quarantaine d'années après l'hégire, par des revendications et un rigorisme à l'encontre desquels la majorité de l'islam a fait front à travers le sunnisme et le chiisme.

Les kharidjites, d'abord partisans de Ali, s’en sont séparés en 657. N'admettant comme califes que ceux qui sont restés ou se tiennent dans ce qu'ils considèrent la « voie droite », ils ont fondé d'importantes communautés, dont subsistent aujourd'hui les ibadites du sultanat d'Oman et ceux d'Afrique du Nord (île de Djerba, Mzab).

Les écoles de pensée

Introduction

Malgré la clarté et la simplicité de ses dogmes fondamentaux, l'islam a connu une variété d'interprétations, allant de la simple accentuation d'un aspect présent dans le Coran jusqu'à la constitution de véritables sectes, souvent influencées par d'autres religions ou philosophies. Aux deux pôles de l'éventail des interprétations, on trouve la tendance mystique et spiritualiste (le soufisme), l'interprétation formaliste et rigoriste (incarnée notamment par le wahhabisme). C'est du côté du pôle mystique qu'il faut chercher les véritables sectes, à la limite de l'hétérodoxie, comme l'ismaélisme. Mais on doit se garder de croire que le courant mystique est toujours éloigné de l'orthodoxie et du formalisme. En fait, une intense spiritualité peut très bien s'associer avec un respect scrupuleux des pratiques extérieures de la foi.

Le soufisme

Le soufisme est la tendance mystique de l'islam, qui cherche à dépasser les rites et les dogmes, sans forcément s'y opposer, pour permettre au croyant de vivre une forme d'union directe avec Dieu. Le soufisme est fondé sur l'initiation personnelle d'un disciple (murid) par un maître (pir). L'initiation se fait par la pratique de techniques d'extase ; leur but est d'amener le disciple, par des degrés successifs, à entrer en contact, voire à s'identifier à Dieu. La plus commune de ces techniques est le dhikr, ou récitation incantatoire d'un des noms de Dieu ; mais il y a aussi la danse (comme celles des derviches tourneurs de Turquie) ou la musique.

Les systèmes théologiques (ou théosophiques) élaborés par les maîtres du soufisme ont tous en commun de faire une lecture allégorique du Coran. Le mystique doit remonter à Dieu en cherchant le sens caché, ésotérique, de la Révélation.

Les soufis sont généralement organisés en confréries : chacune est dirigée par un pir, qui reçoit l'initiation par une chaîne de transmetteurs remontant aux origines de l'islam. Ces confréries s'appellent « voies », ou tariqa. Le soufisme a donné lieu à une littérature très riche (illustrée par le poète persan Hafez au xive s.). Il permet aussi bien d'exprimer une religiosité populaire (culte des « saints ») qu'une forme très élaborée de philosophie. Il reste vivant dans le monde musulman, même s'il est souvent en butte aux attaques des réformistes, qui l'assimilent à une superstition, et des dogmatiques, qui le considèrent comme une hérésie.

L'ismaélisme

Le courant mystique a donné naissance à des sectes qui divergent parfois beaucoup de l'islam orthodoxe. Les ismaéliens sont des chiites qui pensent que le septième imam, Ismaïl, est entré en occultation, et attribuent un caractère divin à la lignée des imams.

Les ismaéliens ont développé un système de pensée influencé par la philosophie néoplatonicienne, dans lequel la Révélation apportée par Mahomet cesse d'être centrale. Secte mystique au début, les ismaéliens ont joué un rôle politique à l'époque des croisades chrétiennes, quand le chef militaire et religieux Hasan ibn al-Sabbah (mort en 1124) a mis sur pied une véritable organisation terroriste (connue sous le nom d’« Assassins » en Occident). Aujourd'hui, les ismaéliens forment une secte pacifique, implantée surtout dans la péninsule indienne et dirigée par la dynastie des Agha Khan. Druzes libanais et Alawites syriens ont une origine commune avec les ismaéliens.

Le wahhabisme

Le wahhabisme est né au Nadjd, le désert de l'Arabie, au xviiie s. Son créateur, Muhammad ibn Abd al-Wahhab (1703-1792), a fait alliance avec Muhammad ibn Saud, fondateur de la dynastie saoudienne.

Mouvement sunnite, le wahhabisme ne reconnaît que le Coran et la sunna ; il refuse toute interprétation. Il condamne des pratiques implantées depuis longtemps dans l'islam, comme le culte des saints ou le soufisme ; il renie, outre l'alcool, le jeu et la musique ; il rejette l'adoration de tout ce qui a pu être créé par l'homme (d'où la méfiance envers les images) et refuse en particulier la vénération de ce qui touche au Prophète (tombeau, reliques, images). Les wahhabites sont particulièrement opposés au chiisme, accusé de diviniser Ali. Les lieux saints du chiisme en Iraq ont été détruits en 1802 par les wahhabites.

Le wahhabisme s'est imposé en Arabie saoudite, grâce à la dynastie des Saud, après la Première Guerre mondiale. Il a influencé des mouvements semblables dans a péninsule indienne au xixe s.

La communauté musulmane

Le clergé

Le clergé musulman est avant tout un corps de lettrés et de savants versés dans l'étude et l'interprétation du texte. Il n'y a pas de hiérarchie ni d'institution cléricale, sauf chez les chiites. En règle générale, la frontière entre un religieux et un laïc est plus souple qu'en chrétienté : le mollah se marie, peut exercer un métier et ne porte généralement pas de tenue particulière.

Les titulaires des postes importants, comme le Grand Mufti d'un pays, c'est-à-dire celui qui dit le droit en dernière instance, sont en général nommés par l'État. La tendance contemporaine est à la fonctionnarisation des religieux, mais ce mouvement reste limité aux villes. À la campagne, le prêtre (imam ou mollah), choisi et payé par le village, n'a pas nécessairement de formation spéciale. N'importe quel croyant peut diriger la prière. Traditionnellement, là où l'État n'intervient pas, c'est le mollah qui tient l'école du village. La mosquée reste souvent le centre du village ou du quartier : lieu de prière, elle est aussi un lieu de réunion et d'enseignement.

Les ulémas, lettrés de haut niveau (en arabe lama, pluriel de alim, qui signifie « savant »), sont formés dans des madrasa (écoles religieuses). Les meilleurs parachèvent leurs études dans les grandes universités islamiques du monde musulman, dont la plus célèbre est l'université al-Azhar, au Caire. En général, les ulémas sont spécialisés : les juristes (faqih) disent le droit, les juges (qadi) règlent les litiges et font office de notaires ; dans les universités, certains ulémas se consacrent à la théologie ou à la philosophie. Cependant, depuis un siècle environ, les religieux voient se rétrécir leur domaine d'intervention : les qadi formés dans les madrasa sont concurrencés, voire remplacés, par les juristes formés dans les universités de droit. Un enseignement profane remplace l'école religieuse.

L'autonomie financière des religieux vient des revenus des biens légués à des fondations pieuses (on les appelle waqf ou habus). Mais, sur ce plan aussi, les États modernes se sont en général arrogé le contrôle de ces biens. Le mollah tend à n'être plus qu'un fonctionnaire.

La umma

L'islam a une vocation universelle et ne limite pas son appel à une communauté particulière. Ceux qui adhèrent au message du Coran appartiennent à la vaste communauté des fidèles, la umma, qui dépasse les appartenances tribales et ethniques, puis nationales, au profit de cette appartenance religieuse.

Dès ses origines, l’islam manie de pair la conquête et la conversion. Il existe pour lui plusieurs catégories de non-musulmans. D'abord, ce sont les Arabes d'avant l'islam, ceux du temps de la djahiliyya (sauvagerie) ; ensuite, les athées et les polythéistes. Dans l'islam des origines, ces catégories ont le choix entre la conversion ou la mort. Les musulmans ne peuvent être qu'en guerre permanente avec eux.

En revanche, l'islam tolère les Gens du Livre (Ahl al-Kitab), c'est-à-dire ceux qui reconnaissent un Dieu unique et une Révélation : donc essentiellement les juifs et les chrétiens. Juifs et chrétiens, là où ils ont été soumis par les musulmans, ont eu le droit de garder leur religion. Ils avaient alors un statut particulier, celui de dhimmi. Ils payaient un impôt spécial, étaient exemptés du devoir militaire, se régissaient selon leurs propres lois, mais ne pouvaient participer à la vie politique de la umma.

HISTOIRE

Dans les siècles qui ont suivi la prédication de Mahomet, le monde musulman s'est d'abord constitué par la conquête militaire. Puis, à partir du xve s., il s'est étendu par la conversion pacifique, tant en Extrême-Orient qu'en Afrique noire. Le califat ottoman, aboli en 1924, a été la dernière instance politique qui a prétendu représenter l'ensemble de la communauté musulmane (la umma). Aujourd'hui, l'expansion de l'islam relève plus d'un mouvement d'ordre démographique que politique.

Au cours de sa progression, l'islam est entré en contact avec des religions et des cultures fort diverses : christianisme en Europe, hindouisme en Inde, animisme en Afrique noire, etc. Son enracinement s'est parfois accompli par l'absorption d'éléments indigènes. Les confréries religieuses ont connu un grand succès tant en Inde qu'en Asie centrale et en Afrique noire. Mais, jusqu'à l'époque contemporaine, de puissants mouvements de réforme et de retour au fondamentalisme n'ont pas cessé de parcourir le monde musulman.

Le califat patriarcal (632-661)

La mort assez soudaine de Mahomet, en 632, met un moment en péril la nouvelle communauté musulmane. Les clans de Médine décident de lui choisir un successeur (khalīfa en arabe, terme dont est tiré le titre « calife »), afin de préserver son héritage religieux et politique ; c’est la naissance du califat. Les quatre premiers califes, appelés les « Bien-Dirigés » (ar-Rachidun), sont tous des compagnons de Mahomet.

Abu Bakr (632-634), beau-père du Prophète, lance un mouvement expansionniste qui connaît un essor considérable sous les deux califes suivants, Umar Ier (634-644) et Uthman (644-656). En 656, le califat s'étend sur toute la péninsule Arabique, la Palestine et la Syrie, l'Égypte et la Libye, la Mésopotamie, ainsi que sur une partie importante de l'Arménie et de la Perse. À la suite de l'assassinat de Uthman (qui avait été élu par une assemblée de Mecquois), Ali (656-661), gendre de Mahomet et membre de la famille hachémite, est élu calife par une assemblée de Médinois. Contesté par les anciennes familles de La Mecque, il les vainc à la bataille du Chameau, en 656. Muawiya, gouverneur omeyyade de Syrie, refuse également de reconnaître l'autorité de Ali ; parent de Uthman, il exige de surcroît vengeance de son assassinat. Ali est contraint, sous la pression de ses alliés modérés, d'accepter l'arbitrage proposé par Muawiya. En 659, les négociateurs jugent que l'assassinat de Uthman n'a pas été légitime et qu'il faut convoquer une assemblée pour élire régulièrement un nouveau calife. Ali est discrédité et meurt assassiné à Kufa, sa capitale irakienne, en 661.

Ces dissensions entre les adeptes des deux branches de la famille de Mahomet – les descendants de Hachim (Hachémites) et ceux de Umaiyya (Omeyyades) – aboutissent au schisme entre les chiites et les sunnites, qui, pour la première fois, divise profondément (et irrémédiablement) la communauté musulmane, la umma.

Le califat des Omeyyades de Damas (661-750)

Muawiya (661-680) devient alors le cinquième calife – que les chiites (partisans de Ali, dits Alides) refusent de reconnaître – et le premier de la dynastie des Omeyyades. La guerre intestine qui vient de s’achever met un terme à la suprématie morale et politique de La Mecque et de Médine dans l'empire arabe, dont la capitale est transférée à Damas. Muawiya renforce la position du califat et impose la paix, mais sans pouvoir supprimer les antagonismes qui ont provoqué la première guerre civile. Ainsi, Husayn (fils de Ali) revendique toujours le califat ; il est massacré avec sa famille près de Karbala, en Iraq, en 680.

Le califat omeyyade reprend les expéditions expansionnistes. Après la conquête de la Tunisie, en 670, les troupes musulmanes atteignent, en 710, l'extrémité nord-ouest de l'Afrique du Nord, et l'année suivante elles traversent le détroit de Gibraltar, conquièrent rapidement la péninsule Ibérique et pénètrent en France jusqu'à Poitiers, où elles sont refoulées par les troupes franques en 732. Sur la frontière nord, à plusieurs reprises, elles assiègent sans succès la capitale byzantine Constantinople, avant d'atteindre l'est de l'Indus. L'empire musulman s'étend dès lors aux frontières de la Chine et de l'Inde, avec quelques colonies au Pendjab.

La rédaction des actes administratifs en arabe, la frappe de nouvelles monnaies purement arabes et toute une série de constructions monumentales illustrent le prestige nouveau du califat. Mais l'assimilation graduelle des Arabes et des peuples assujettis sape les principes de base sur lesquels le gouvernement omeyyade a été fondé. Les Arabes deviennent propriétaires terriens, marchands et paysans ; les non-Arabes commencent à se convertir à l'islam. Ces mawali (convertis des territoires conquis) revendiquent l'égalité avec les Arabes. Le califat se retrouve face aux demandes antagonistes émanant de ses différents soutiens.

Les rancœurs des Arabes et des non-Arabes à l'encontre du califat omeyyade sont habilement exploitées par le clan des Abbassides, qui revendique la succession légitime au califat comme descendant de Abbas, un oncle de Mahomet.

Le califat des Abbassides de Bagdad (750-1258)

L’âge d’or de la culture arabo-musulmane

En 750, la dynastie omeyyade est évincée par les Abbassides, qui transfèrent la capitale du califat à Bagdad.

La nouvelle dynastie réalise une véritable révolution dans l'Empire arabo-musulman. Les Abbassides acceptent, en effet, l'égalité de tous les musulmans ; désormais, les privilèges ne sont plus fondés sur le droit du sang, mais sur les services réels rendus à l'islam et à l'empire. Le califat encourage les activités religieuses et se porte garant de la défense de l'islam contre les hérésies. On convertit en masse, alors même que de fortes communautés zoroastriennes, chrétiennes et juives subsistent pendant des siècles, exerçant une profonde influence sur l'évolution de la religion. L'arabe, langue officielle de l'empire, devient la lingua franca de tout le Moyen-Orient. C'est ainsi qu'avec leur religion, la littérature des Arabes est adoptée par d'autres peuples de ces régions.

La période abbasside, qui atteint son apogée sous Harun al-Rachid (786-809), est davantage marquée par un développement spirituel que par une expansion géographique. Comme en témoignent les œuvres des philosophes al-Kindi, al-Farabi et Abu ibn Sina (Avicenne), les érudits musulmans jouent à cette époque un rôle prépondérant dans le domaine de la littérature, des sciences et de la philosophie.

Les dynasties rivales et la chute des Abbassides

Cependant, le pouvoir politique abbasside est ébranlé par plusieurs dynasties rivales :
– une dynastie omeyyade de Cordoue s'impose en 756 dans la péninsule Ibérique, où elle fonde un califat rival (929-1031) ;
– les Fatimides, dynastie alliée aux ismaéliens (courant minoritaire chiite), s'établissent en Tunisie (909) avant de gouverner l'Égypte (969-1171) ;
– les Almoravides et les Almohades, dynasties musulmanes berbères, règnent successivement sur l'Afrique du Nord et l'Espagne du milieu du xie s. au milieu du xiiie s. ;
– les Seldjoukides, dynastie turque musulmane d'Ispahan, prennent Bagdad en 1055 et imposent leur protection aux califes abbasides ;
– les Ayyubides de Saladin succèdent, en 1171, aux Fatimides en Égypte et jouent un rôle important par la suite, face aux croisés chrétiens (croisades).

Finalement, en 1258, les Abbassides sont renversés par les Mongols de Hulagu qui s’emparent de la capitale Bagdad (et se convertissent à l’islam). Un membre de la dynastie abbasside s'enfuit en Égypte, où il est reconnu comme calife. Alors que la communauté de foi demeure une réalité incontestable, l'unité politique du monde musulman est rompue à jamais.

Les grands empires musulmans de l’époque moderne

L'Empire ottoman

Originaire d’Anatolie, la dynastie ottomane, fondée au xiiie s. par Osman Ier Gazi, devient une puissance mondiale dominante au xve s., et continue de jouer un rôle très important tout au long des e et xviie s. L'Empire byzantin chrétien, contre lequel les armées musulmanes guerroient depuis les débuts de l'islam, tombe lorsque le sultan ottoman Mehmed II conquiert Constantinople, en 1453, et en fait la capitale de l'Empire ottoman (sous le nom d’Istanbul).

Au cours de la première moitié du xive s., l'Empire ottoman, qui est déjà fermement établi à travers toute l'Anatolie et dans la majeure partie des Balkans, conquiert la Syrie, l'Égypte (les sultans prennent le titre de calife en 1517, après avoir déposé le dernier Abbasside au Caire) et l'Afrique du Nord. S'étendant aussi considérablement au nord-ouest, il pénètre en Europe, assiégeant Vienne en 1529. La défaite de la flotte ottomane à la bataille de Lépante, en 1571, ne marque pas, comme l'espéraient de nombreux Européens, le début d'une dislocation rapide de l'Empire ottoman : plus d'un siècle plus tard, en 1683, les troupes ottomanes mettent à nouveau le siège devant Vienne. Le déclin de l'Empire devient plus visible à partir de la fin du xviie s. : les gouverneurs locaux s'émancipent de la tutelle d'Istanbul ; les puissances chrétiennes occidentales grignotent progressivement les territoires de l’empire ; les intérêts des factions et des communautés dégénèrent en luttes fratricides ; l'agriculture décline ; les impôts deviennent synonymes de confiscations, sans assurer la sécurité des paysans. Dans ces conditions, la vie culturelle et religieuse de l'islam stagne. L’Empire ottoman ne survit pas à la Première Guerre mondiale. Ce qui reste de l’immense empire, la Turquie, devient une république, à l'instigation de Mustafa Kemal Atatürk, en 1923, et le califat est définitivement aboli en 1924.

L’Empire moghol

Les Grands-Moghols, une dynastie musulmane d'origine mongole, conquièrent le nord de l'Inde en 1526. L'Empire moghol atteint l'apogée de sa puissance entre la fin du xvie s. et le début du xviiie s. Sous les empereurs Akbar, Djahangir, Chah Djahan et Aurangzeb, la domination moghole s'étend à la majeure partie de la péninsule indienne, où la culture islamique, marquée d'une profonde empreinte persane, s'implante. La splendeur des Grands-Moghols trouve une expression particulière dans leur architecture. Au xviiie s., l'Empire moghol commence à décliner. Il survit, du moins à travers son nom, jusqu'en 1858, lorsque le dernier sultan est déposé par les Britanniques.

La pénétration de l’islam en Indonésie et en Afrique

Du xe au xve s., l'islam connaît ce que les historiens appellent la « seconde expansion ». Il ne s'agit plus des fulgurantes conquêtes militaires du premier siècle de son histoire, mais d'une lente pénétration en Afrique et en Asie, le plus souvent pacifique. La diffusion de l'islam va alors se faire par l'intermédiaire des marchands, qui jouent un rôle de véritables missionnaires.

Si des marchands musulmans ont sans doute eu des contacts sporadiques en Indonésie à partir du xe s., ce n'est qu'au xiiie s. que l'islam s'établit à Sumatra, où de petits États musulmans se constituent sur la côte nord-est. L'islam finit par gagner l’île de Java au xvie s., puis se diffuse, généralement de façon pacifique, des zones côtières vers l'intérieur des terres, en tous les points de l'archipel indonésien. Au xixe s., il a atteint le nord-est et gagné les Philippines. De nos jours, les musulmans représentent environ 85 % de la population indonésienne.

L'islam pénètre l'Afrique occidentale en trois phases principales. À partir du xe s., il s'étend chez les caravaniers arabes et berbères. Suit une période d'islamisation progressive de certaines cours royales, notamment celle du roi Kankan Moussa, qui a régné au xive s. sur l’empire du Mali. Enfin, au xvie s., les sectes soufies, des confréries de mystiques telles que la Qadiriyya et la Tidjaniyya, ainsi que des saints et des érudits, commencent à jouer un rôle important. Le xixe s. connaît plusieurs « guerres saintes » (djihad), destinées à débarrasser l'islam des influences païennes, et, à la fin du xixe s. et au cours de la première moitié du xxe s., les musulmans prennent une part active à la résistance contre les puissances coloniales. L'islam joue un rôle important dans l'Afrique postcoloniale, notamment au Nigeria, au Sénégal, en Guinée, au Mali et au Niger ; des communautés islamiques plus modestes sont installées dans les autres États de l'Afrique occidentale.

L'Islam contemporain

La situation géopolitique de l'islam

On peut distinguer les grands pôles d'attraction culturelle autour desquels le monde musulman s'est définitivement organisé :
– le Proche-Orient arabe, où s'est développée et maintenue une culture arabe ;
– la Turquie, où s'est affirmé l'Empire ottoman, la grande puissance musulmane de l'époque moderne ;
– le Maghreb, auquel les Berbères impriment une marque particulière ;
– le domaine indo-persan, caractérisé par la prédominance de la langue et de la culture iraniennes ;
– enfin, les pôles islamisés mais peu marqués par la culture arabe et ayant gardé leurs caractéristiques culturelles originelles, tels que le monde des steppes (d'où sont issus les Turcs et les Mongols), l'ensemble malais (Malaisie, Indonésie et Philippines) et l'Afrique noire.

Le monde musulman forme ainsi aujourd'hui, à travers la planète, un arc immense qui s'étire de l'ouest de l'Afrique à l'est de l'Indonésie. Il rassemble plus d'un milliard de croyants, dont seulement 200 millions d'Arabes. Si le monde arabe proprement dit reste le cœur historique et religieux de l'islam, avec le pèlerinage à La Mecque et les grandes universités (comme al-Azhar au Caire), les pays qui ont les plus fortes populations musulmanes ne sont pas arabes : ce sont l'Indonésie, le Pakistan, le Bangladesh et l'Inde.

Outre ces quatre pays, ceux qui comptent 75 % ou plus de musulmans se répartissent entre l'Asie (Turquie, Proche et Moyen-Orient, péninsule Arabique, Iran, Afghanistan, ex-Asie soviétique sauf le Kazakhstan) et l'Afrique (pays du Maghreb, Libye, Égypte, Mauritanie, Sénégal, Guinée, Mali, Niger, Somalie, Djibouti). Ceux qui comptent entre 50 et 75 % de musulmans sont aussi asiatiques (Kazakhstan, Malaisie) ou africains (Soudan, Érythrée). Au total, l'Asie regroupe plus de 810 millions de musulmans (y compris ceux de Chine) et l'Afrique, environ 315 millions. Ils sont encore plus de 30 millions en Europe, principalement dans la Fédération de Russie et dans les Balkans (Albanie, Bosnie-Herzégovine, Macédoine), quelque 4,5 millions en Amérique du Nord et 2 millions en Amérique du Sud.

Dans le monde, environ 90 % des musulmans sont sunnites et 10 % chiites (en Iran, en Iraq, au Pakistan et en Inde), le reste se partageant entre les autres courants minoritaires de l'islam.

Les défis majeurs de l'islam

Dans les pays où le fondamentalisme est influent, l'un des défis majeurs que rencontre l'islam est celui de sa confrontation avec la laïcité. Il peut en résulter des troubles intérieurs, comme ceux que l'Égypte, la Tunisie ou la Turquie ont déjà connus. Toutefois, les fondamentalistes sont obligés de composer avec la légitimité républicaine incarnée par des présidents élus – comme en Iran – ou par des femmes chefs de gouvernement – comme cela a été le cas au Pakistan et en Turquie. L'Algérie offre l'illustration d'une situation où les intégristes ont cherché à déstabiliser le pouvoir laïque, qui a renoncé aux élections libres jusqu'en 2002, en multipliant les exactions sanglantes contre la population civile.

Dans les pays où les musulmans sont minoritaires, c'est la revendication identitaire qui est source de conflit, et même de conflit armé, comme en Inde où il est récurrent, ou comme dans le pays de l'ex-Yougoslavie, où cette revendication a été à l'origine de la guerre du Kosovo.

Pour tous les musulmans, l'enjeu qui conditionne peut-être le plus l'avenir tient à la place qu'il faut donner à l'islam radical, quand il prend la forme de l'islamisme en guerre contre les valeurs du monde occidental. Il nourrit alors l'idée qu'il existerait inévitablement un « choc des civilisations ».

Le cas particulier de l'islam européen

Dans leur très grande majorité, les musulmans présents en Europe sont issus de l'immigration : tels les Maghrébins en France, les Turcs en Allemagne, les Pakistanais au Royaume-Uni.

Avec près de 5 millions de membres, la communauté qui vit en France est la plus importante du continent et elle fait de l'islam la deuxième religion du pays, avant le protestantisme et le judaïsme. Les musulmans sont environ 3 millions en Allemagne, 2 millions au Royaume-Uni, 800 000 en Italie, 600 000 en Espagne, 400 000 aux Pays-Bas et plus de 200 000 en Belgique, pour la seule Europe occidentale.

L'islam européen est directement interpelé par la question de l'occidentalisation. Les traditionalistes se veulent les défenseurs d'une foi qui, dans une société où ils ne ressentent leur condition que comme celle d'une minorité nationale, est leur marque identitaire. Certains préceptes de la loi islamique entrent cependant en conflit avec le droit civil en vigueur, notamment en ce qui concerne les droits de la femme. Les partisans d'un islam réformiste entendent hâter le processus d'intégration des musulmans sur la base d'une lecture du Coran faite à la lumière des connaissances et aspirations de l'homme d'aujourd'hui dans le cadre du pays où ils vivent et dont leurs enfants acquièrent la nationalité en vertu du droit du sol.

BEAUX-ARTS

Dans leur ensemble, les arts islamiques ne sont réellement connus en Occident que depuis la fin du xixe s. Leur diversité est telle qu'on aura tendance à parler d'un art turc, d'un art arabe, d'un art iranien – voire, au sein de l'art turc, d'un art seldjoukide et d'un art ottoman ; au sein de l'art arabe, par exemple d'un art mamelouk égyptien ou d'un art hispano-mauresque. L'art majeur, dans le monde islamique, est l'architecture. Les arts décoratifs lui sont liés.

Cette prééminence religieuse préside au développement de disciplines artistiques : si la statuaire et la peinture n'ont guère de place dans les arts islamiques, les arts dits « mineurs » (enluminure, céramique, travail du bois, textiles, tapis) connaissent un remarquable essor et sont empreints d'une réelle originalité. Choix des disciplines, production parfois marquée par un certain mysticisme, importance de la tradition et de l'imitation déterminent la spécificité des arts islamiques.

Principes des arts islamiques

La question des images

L'art musulman s'est rapidement refusé à la représentation figurée ; on parle d’aniconisme. Encore faut-il distinguer l'art religieux et l'art profane : la décoration de certains palais – de l'Alhambra de Grenade (en Espagne) ou au palais royal d'Ispahan (en Iran) – admet des motifs floraux ou animaliers, et les tissus ou céramiques non voués à un usage religieux sont fréquemment ornés d'images.

L’aniconisme n'est cependant pas radical : l'esthétique musulmane s'oriente bientôt vers une représentation qui n'exclut pas les personnages, mais les place dans un cadre non conforme à la réalité. La perspective, le modelé, l'individualisation sont rejetés afin de ne pas concurrencer la réalité : un monde se crée en dehors de toute imitation rationnelle de la nature. Refusant pour ces raisons le portrait, les souverains musulmans ne laisseront aucun témoignage peint de leur existence, Ottomans et Moghols exceptés. Toutefois, dans la majorité des cas, l'esthétique musulmane limite la représentation figurée à des personnages hors de tout contexte religieux, présentés dans un monde sans références réalistes. Parallèlement, les arts décoratifs inspirés de la géométrie connaissent un essor tout particulier.

Abstraction et géométrie

Cette tendance à limiter la représentation figurée mène tout naturellement au développement de tous les autres types de décor. Choisissant des motifs issus directement du vocabulaire décoratif hellénistique ou byzantin, les artistes musulmans vont raffiner à l'extrême l'utilisation du motif végétal en le stylisant.

L'art oriental ayant depuis toujours « horreur du vide », on multiplie rinceaux et fleurs épanouies dans des formes stylisées qui poussent le spectateur à se perdre dans les méandres sans fin de ces arabesques. Une sorte de jouissance presque métaphysique anime l'artiste, qui nous entraîne dans une méditation dont les lignes de sa composition sont le support.

La calligraphie illustre parfaitement cette tendance, par la place de choix qui lui est réservée. Quittant son simple rôle signifiant, elle acquiert une dimension esthétique en devenant un objet d'art en soi. L'art islamique a créé deux formes d'écriture décorative : le coufique est généralement employé au décor architectural, tandis que le naskhi (cursif) se rencontre surtout dans les manuscrits.

Cette tendance à l'abstraction et à la géométrie liée à une dimension métaphysique – la stylisation favorisant la méditation – reste un des caractères majeurs de l'art islamique, qui se crée ainsi une esthétique très différente de celle du monde occidental.

Ce choix délibéré d'un art marqué par l'abstraction conduit à une répartition différente des disciplines. Si la sculpture en ronde bosse reste négligée, tout comme la peinture de fresque par rapport à l'enluminure, en revanche les arts dits « mineurs » vont bénéficier d'un intérêt particulier.

L'architecture

L'architecture religieuse

La création la plus originale en architecture correspond au nouvel édifice religieux : la mosquée. Destinée essentiellement à l'office de la prière, la mosquée possède les éléments qui sont nécessaires à celle-ci, tels le mihrab, niche vide qui indique la direction de La Mecque, et le minbar, chaire à prêcher. Canoniquement, un seul plan lui convient, celui qui a été adopté très tôt par les Arabes à Damas et à Médine et qui s'est répandu partout : une salle oblongue, avec éventuellement une travée conduisant au mihrab. En fait, si ce plan a connu une faveur presque unique jusqu'au xie s. (Cordoue, Fès, Marrakech, Tlemcen, Tunis, Kairouan, Le Caire, Alep, Konya, etc.) et est demeuré le plus usuel en Occident, il a perdu sa suprématie en Orient, où les édifices les plus différents sont apparus : en Iran, en Turquie (Istanbul, Edirne), dans l'Inde moghole (Delhi, Agra, Lahore, Fathpur-Sikri).

La madrasa, école théologique, puis établissement de science, comprend oratoire, cellules, salles de cours et tombeau du fondateur. Le mausolée devient un édifice essentiel dès le xie s., en Inde surtout (palais-jardin), mais aussi en Iran, en Turquie, en Égypte et en Occident.

L'architecture profane

L'architecture profane est moins bien représentée que l'architecture religieuse. Les palais qui ont été le mieux conservés présentent rarement de grands corps architecturaux, mais le plus souvent une succession de pavillons dressés sur des terrasses et dans des parcs qu'enferment de puissantes murailles (Alhambra de Grenade, Topkapı d'Istanbul, palais d'Ispahan et de l'Inde).

Une certaine inventivité se manifeste dans un édifice hérité des bains romains, le hammam, avec son vestibule, ses salles tiède et chaude coiffées de coupoles ajourées. Il contribue parfois au confort du caravansérail, édifice public caractéristique de la société marchande islamique. Les plus beaux monuments de ce type ont été élevés en Asie Mineure par les Seldjoukides.

Les conceptions architecturales

L'architecte musulman cherche à tirer parti au maximum des ressources de son art pour animer sa construction. Les contreforts, les niches, les baies, les colonnes isolées, jumelées, accolées par trois ou quatre, alternant avec les piles, rythment vigoureusement la composition. Les arcs varient à l'infini et contribuent à lui donner légèreté et charme ou gravité et poids. Les coupoles, simples ou doubles, présentent aussi une grande variété de types.

Autre élément déterminant : la couleur, qui se manifeste par l'alternance de la brique rose, du calcaire jaunâtre, du basalte noir, du grès rose, de l'ocre rouge et du marbre blanc ; par la juxtaposition de colonnes en porphyre et en jaspe ; par l'insertion de briques rougeâtres dans des pierres gris verdâtre. Souvent, les murs sont recouverts jusqu'à hauteur d'homme de plaques de marbre coupées verticalement, dont les veines rayonnent ; des badigeons peints et dorés couvrent généralement les solives, les entrevous, les pendentifs. Les baies, quand elles ne sont pas fermées de claustra sculptés, parfois magnifiquement, portent des vitraux de plâtre aux plus vives couleurs.

Les arts décoratifs

Les principes décoratifs

Le principe essentiel de la décoration islamique est la subordination de chaque élément à l'unité de l'ensemble. L'œuvre ne vaut en effet que par son homogénéité ; elle doit d'abord être saisie comme un tout. L'artiste sollicite ensuite l'effort d'attention de l'observateur, qui doit découvrir peu à peu la subtile transition qui fait passer des zones neutres aux zones fortes, l'infinie variété des formes obtenues par une succession de touches légères et délicates. On comprend, dès lors, que la ronde-bosse soit presque inexistante, que le haut-relief se fasse rare, mais que le méplat, en général à deux plans, domine.

Pour le décorateur musulman, la matière elle-même n'existe pas ou doit se faire oublier. Les incrustations n'ont pas pour objet de la pénétrer, mais de l'affiner, de la réduire au rôle de support. L'artiste en use savamment en architecture. Rien ne doit arrêter le glissement de la lumière sur la surface, ni le rêve de l'homme. C'est pourquoi les mosaïques, les peintures, les céramiques qui ne présentent pas de saillies où pourraient s'accrocher les regards, qui permettent les grandes surfaces uniformes et éclatantes, lui conviennent parfaitement. Le refus du motif individualisé détourne des formes fixes et de l'imitation de la nature.

La mosaïque et la peinture murale

Dans les premiers édifices, la Coupole du Rocher et la Grande Mosquée de Damas, la mosaïque de tradition byzantine ou syro-byzantine, mais sans personnage, s'empare des surfaces hautes. Elle entre en concurrence avec la peinture dans les châteaux omeyyades du désert, auxquels on doit au moins un chef-d'œuvre, le Khirbat al-Mafdjar (viiie s., aujourd'hui en Israël). La peinture brillera d'un dernier éclat dans les palais séfévides d'Ispahan.

La miniature

La miniature prend au cours des âges une importance considérable, liée aux controverses théologiques. L'artiste musulman répugne à représenter en perspective l'espace de la scène. Utilisant la superposition verticale ou le mélange des différents plans, il semble fonder ses axes de composition sur l'arabesque et la courbe, qui s'appuient sur les visages et les mains des différents personnages de l'action, et retrouve ainsi la dimension symbolique que la fascination pour les mathématiques pourrait expliquer.

Les premiers ouvrages illustrés sont des traités scientifiques parus dès le xiiie s. dans le cadre de l'école de Bagdad. Mais c'est surtout en Perse que l'art de la miniature apparaît dans toute sa superbe dès la première moitié du xive s. Chiraz et Tabriz deviennent d'importants centres de production, où sont principalement illustrées les épopées, reprenant la tradition achéménide des grandes cérémonies de cour et du faste impérial.

Sous la dynastie turco-mongole des Timurides est fondé le célèbre atelier de Harat, dont l'activité est particulièrement féconde entre 1420 et 1440. L'art s'oriente de plus en plus vers la féerie et la somptuosité, se faisant l'écho d'une cour de plus en plus brillante. Un certain maniérisme s'affirme à travers la surabondance et la sophistication des détails. Les couleurs s'harmonisent parfaitement dans des camaïeux aux tonalités chaudes et vibrantes.

L'Empire moghol de l'Inde subit l'influence directe de l'Iran séfévide. Sous l'action réformatrice de l'empereur Akbar, l'interdit concernant la représentation figurée est levé : les portraits apparaissent, tous faits sur le même modèle. Les dignitaires sont représentés debout, à la fois de profil et de trois quarts, vêtus d'habits chamarrés. L'anecdote galante est très présente dans les recueils, qui allient ainsi naturellement les réserves de l'esthétique musulmane aux audaces voluptueuses de la culture indienne.

La céramique

À partir du xie s., la brique émaillée fait son apparition sur les monuments pour égayer des étendues de brique ou pour rendre plus lisibles des épigraphies haut placées. Leur mode ouvre à la céramique de revêtement une carrière sans égale. Encore réservée à quelques emplacements de choix, au xiiie s., chez les Seldjoukides (pour le mihrab), elle se répand ensuite dans les édifices, jusqu'en Espagne. C'est pourtant à partir du xve s., dans le monde turco-iranien, qu'elle atteint son plus haut sommet.

Faite en mosaïque, le plus souvent en étoiles et en croix associées, ou en carreaux, la faïence d'Iran enveloppe tout l'édifice, intérieurement et extérieurement. Elle y déroule un motif continu, parfaitement homogène. Dans l'Empire ottoman, elle se cantonne plutôt à l'intérieur des édifices, où, non moins belle, elle présente côte à côte des panneaux, limités de bordures, et semblables à des tapis qu'ils veulent manifestement imiter.

La verrerie

La Syrie (l’antique Phénicie) et l'Égypte conservent les traditions de fabrication du verre connues depuis l'Antiquité. Pour sa part, la Syrie se spécialise dans la confection des lampes de mosquée au large col monté sur une panse globulaire. Ces lampes sont généralement émaillées, ornées de calligraphie. Dans certains cas, la technique utilisée superpose deux couches de verre : l'une de support incolore, l'autre bleue ou verte, meulée afin de créer un décor en relief. Lorsque Tamerlan (Timur Lang), envahisseur mongol, s'empare de la Syrie à la fin du xive s., il emmène avec lui les artisans syriens jusqu'à Samarkand, désorganisant l'artisanat local.

Les Fatimides apprécient tout particulièrement le cristal de roche, dans lequel ils font tailler des coupes, des vases, des aiguières, telle celle ornée de deux lions luttant à la manière antique exécutée au xe s. et conservée à la basilique Saint-Marc de Venise.

Le travail des métaux

Tout comme le verre, le métal est l'objet d'une importante production au Proche-Orient depuis l'Antiquité. À l'époque islamique, c'est en Asie Mineure et en Iran que sont manufacturées les plus belles pièces. La région iranienne du Khorasan se spécialise, tout comme l'Égypte fatimide, dans les petits objets zoomorphes : brûle-parfums en forme de lion, aquamaniles représentant une chimère ou un paon, etc. Une influence asiatique perce parfois dans le décor, notamment lorsqu'il comporte des personnages : lascives danseuses ou musiciennes aux gestes déliés évoquent l'Inde. Dans les objets les plus anciens, on retrouve des scènes pittoresques : chasse au faucon, joute de cavaliers, tireurs à l'arc, prince recevant sur son trône, etc. Ces sujets se détachent en incrustation de cuivre ou d'argent sur le bronze, ou sur un fond bitumeux noir. Chassés par Tamerlan et ses Mongols, les artisans du Khorasan laissent la place à ceux du Fars.

Plus tardivement, la figuration est abandonnée au profit d'une écriture cursive très élégante, dite nastaliq, que l'on utilise pour inscrire des vers ou des louanges et des bénédictions.

Les bois sculptés

Bien que le bois soit peu abondant au Proche-Orient, un artisanat productif y est apparu, à travers lequel les Égyptiens se sont particulièrement illustrés. Le mobilier des maisons comme des mosquées restant généralement modeste, c'est surtout dans l'exécution de panneaux ou de claustra que les artistes exercent leur talent.

Sous les Fatimides, les bois sont incrustés d'ivoire ou de nacre, répétant à l'infini des formes polygonales imbriquées les unes dans les autres. Mihrab, minbar, maqsura sont ciselés avec adresse, tout comme les lutrins ou les coffrets destinés à abriter le Coran. Les moucharabieh, les portes et les volets sont eux aussi ornés, à l'origine, de rinceaux à la mode byzantine. Cette technique se développe aussi en Mésopotamie, puis au Maroc et en Espagne, où les Omeyyades survivant au massacre abbasside font fabriquer de très beaux coffrets. En Syrie comme en Sicile, on orne les plafonds de cèdre de ciselures géométriques.

Les tapis

L'art du tapis a probablement été introduit par les tribus nomades à des fins utilitaires. Motifs géométriques et animaux stylisés à la manière des enluminures se côtoient. Sur des métiers verticaux ou horizontaux, on fabrique des tapis-jardins, parfois nommés « tapis de printemps », qui présentent une végétation luxuriante, généralement stylisée mais toujours variée. Dans les volutes et les rinceaux apparaissent des scènes de chasse au lasso, des combats de chimères et de dragons, des assauts de fauves.

L'Iran domine la production au xvie s., mais l'Asie Mineure prend le relais, notamment à Smyrne, (l'actuelle Izmir). Iran et Turquie produisent quantité de tapis de prière, tous constitués selon un même schéma. De petite taille, le plus souvent en soie, leur décor représente de manière plus ou moins stylisée un mihrab, puisque, créant un espace pur qui isole le fidèle, ils sont utilisés tournés dans la direction de La Mecque.

L'Inde moghole s'inspire, dans ce domaine encore, de l'Iran. Cependant, les artistes moghols s'affranchissent de l'austérité musulmane et composent de riches tableaux aux personnages de grande taille, formant des scènes complètes sur toute la surface du tapis. Moins de répétitions et plus de mouvement favorisent un art qui échappe aux interdits religieux.

De l'art à la méditation

Foyer d'innovation pendant les premiers siècles de l'islam, le Proche-Orient connaît un semblant d'éclipse avec la conquête ottomane du xvie s. Les nouveaux maîtres de ces terres ancestrales ruinent la classe possédante, déplaçant souvent les artisans vers leur propre cour, puisqu'ils deviennent inutiles dans un lieu où cessent les commandes d'objets précieux. En revanche, la Tunisie, le Maroc, l'Iran et l'Inde profitent, comme la Turquie, de cette redistribution du pouvoir, et voient se développer des formes artistiques originales bien que dominées par une esthétique fortement unitaire.

C'est le sentiment religieux qui domine tout l'art islamique en lui donnant une orientation parfois mystique. Le sacrilège menace lorsqu'on représente une figure animée, comme si l'on voulait concurrencer Dieu dans son œuvre créatrice. Aussi est-ce en conférant à ses motifs une fonction plus décorative que documentaire, sans se soucier de copier fidèlement le modèle, que l'artiste parvient à ne pas enfreindre le tabou, tout en peuplant son ouvrage de scènes familières et détaillées.

Choisissant de styliser son décor jusqu'à le rendre abstrait, il invite l'observateur à pénétrer dans un monde mystérieux où rêverie et méditation naissent de la contemplation des arabesques et des courbes qui s'enroulent et se déroulent sans fin. L'esprit se perd dans cette « fausse nature » qui exprime son horreur du vide par la surabondance de ses éléments : ancienne habitude orientale, la luxuriance du décor suscite souvent les visions fantastiques.

Cette modulation sans fin des éléments d'un même répertoire est une constante de l'islam, tant dans les arts plastiques que dans la musique. Ni transgression ni rupture ne brisent l'élégante harmonie d'un art qui se hausse à hauteur du divin.