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islamisme

Mouvement regroupant des courants de l'islam, qui veulent faire de celui-ci, non plus essentiellement une religion, mais une véritable idéologie politique par l'application rigoureuse de la charia et, pour les plus radicaux d'entre eux, la création d'États islamiques intransigeants.

Dès l'origine, le fondamentalisme musulman professe le strict retour aux textes de base de l'islam (Coran et sunna). Au sein du fondamentalisme, l'islamisme est un mouvement qui formule la révélation divine en termes politiques et exige que la charia soit la source unique du droit et du fonctionnement de la société. Par l'élan donné à l'intégrisme partout dans le monde, ses partisans, théologiens ou laïcs, entendent relever le défi moderniste propre aux sociétés occidentales. Leur but est de s'approprier l'appareil d'État, voire de contrôler les consciences individuelles.

L’islamisme n’est pas monolithique et, bien que s’adressant à l’umma il soit porté à se déterritorialiser, il présente des traits particuliers et possède un poids politique relatif selon les contextes nationaux et les États où il s’est développé, ainsi que selon les régimes qui l’ont parrainé, instrumentalisé et/ou réprimé.

1. Islamisme « modéré » et islamisme « radical »

Outre la scission entre sunnisme et chiisme, on distingue l'islamisme modéré (ou conservateur) et l'islamisme radical dont les idéologies, les réinterprétations politico-religieuses (en particulier de la notion de djihad) et les stratégies de conquête divergent. Toutefois, ces différences n’impliquent pas une étanchéité des frontières entre les deux tendances.

L'islamisme modéré privilégie une réislamisation des mœurs et de la législation, mais peut accepter des compromis, des règles démocratiques et reconnaître la légitimité des pouvoirs en place.

L'islamisme radical prône une rupture violente avec l’ordre établi et un endoctrinement autoritaire et intolérant. Les régimes institués et les « valeurs occidentales » qui les ont contaminés sont condamnés à disparaître et l’ennemi à combattre n’est pas seulement le « croisé » ou l’« infidèle » mais également le musulman « impie » ou trop tiède. Cette mouvance inclut ainsi les groupes qualifiés de « djihadistes » (partisans du djihad interprété comme lutte armée), de « salafistes » (fondamentalistes plus ou moins radicaux dont la doctrine doit cependant être distinguée du salafisme quiétiste), voire de « takfiristes », en référence à la secte créée à la fin des années 1970 par l’Égyptien Choukri Mustapha, jetant l’anathème (takfir) sur tous ses adversaires déclarés mécréants. Certains de ces mouvements sont désormais classés parmi les organisations terroristes.

Les bases sociales sur lesquelles s’appuient islamisme modéré et radical ne sont pas non plus identiques. Tandis que l'islamisme modéré parvient à s’implanter dans les milieux défavorisés par ses œuvres caritatives et séduire les classes moyennes, l'islamisme radical tend davantage à trouver un écho favorable auprès d’une jeunesse urbanisée, souvent marginalisée, même si certains de ses cadres peuvent être diplômés.

2. Matrices et prémices

Si l’islam connaît au xixe siècle un mouvement de renaissance (Nahda) et de réforme (Islah) représenté par des penseurs comme Rifaa Rafi al-Tahtawi (1801-1873), Djamal al-Din al-Afghani (1838-1897) ou Muhammad Abduh (1849-1905), l’islamisme ne prend son essor qu’au xxe siècle avec la crise et la remise en cause des nationalismes postcoloniaux d’inspiration socialiste ou non. Son expansion remonte à la fin des années 1970.

2.1. Les Frères musulmans égyptiens et la Gamaat islamiya

Fondée en Égypte en 1928 par Hasan al-Banna, l’association des Frères musulmans devient non seulement l’un des principaux protagonistes de la scène politique égyptienne mais aussi le groupe de référence de nombreux mouvements fondés dans son sillage. Elle donne ainsi naissance à ce qui peut être considéré comme la première « internationale islamiste » à travers les branches créées en Jordanie, en Palestine, en Syrie, en Iraq…

Tolérés, instrumentalisés ou réprimés par le pouvoir, les Frères sont traversés dès l’origine par le clivage entre une ligne à la fois conservatrice, réformiste et sociale dans le cadre d’une réislamisation de la société et de l’État, et une autre plus radicale prônant la lutte armée dans une vision du monde manichéiste opposant islam et idolâtrie : le concept de djahiliyya (désignant l’ignorance et le « paganisme » des temps antéislamiques) est ainsi étendu aux sociétés contemporaines non islamiques, y compris les sociétés musulmanes qui ne se sont pas soumises à la seule souveraineté de Dieu.

Le représentant et théoricien de ce courant est Said Qotb qui rejoint l’organisation au début des années 1950. Accusé de préparer un attentat contre Nasser, il est pendu en 1966.

La radicalisation de l’islamisme au cours des années 1970 concerne notamment la Gamaat islamiya, favorisée à ses débuts par Anouar el-Sadate afin de contrer la gauche dans les campus universitaires, et culmine avec l’assassinat en 1981 du président, déclaré « apostat » par l’idéologue d’une autre organisation djihadiste clandestine créée en 1977.

Pour en savoir plus, voir l'article Égypte : vie politique depuis 1962.

2.2. Le wahhabisme saoudien

L’alliance historique tissée dès le xviiie siècle entre la dynastie saoudienne et le prédicateur Muhammad ibn Abd al-Wahhab (1703-1792) constitue le fondement de la monarchie et de l’islam rigoriste et conservateur de l’Arabie saoudite. Le wahhabisme, dont les dogmes dans la tradition hanbalite (hanbalisme), sont gardés par les grands ulémas – réunis en conseil nommé par le roi et sous la direction du grand mufti – joue un rôle central par son influence doctrinale sur de nombreuses organisations fondamentalistes à travers le monde.

Pour en savoir plus, voir l'article Arabie saoudite.

2.3. L’islamisme pakistanais des ulémas et la Jamaat-e-Islami de Mawdudi

Dans l’aire indo-musulmane se forme, au xixe siècle, un mouvement de réaffirmation islamique autour des écoles coraniques de la tradition dite deobandi (de Deoband, dans le nord de Delhi où fut fondée la première madrassa en 1866). Il donnera naissance dans le futur Pakistan à un fondamentalisme contrôlé par les ulémas : l’héritier politique de cette tradition est la Jamiat Ulema-e-Islam (JUI, association des ulémas de l’islam) fondé en 1945. Trois ans plus tard, naît un parti concurrent, la Jamiat Ulema-e-Pakistan (JUP), associé à l’école de pensée barelwi très influente au Pakistan ainsi qu’en Inde où elle naît à la même époque que sa rivale. Mais l’une des figures de proue de l’islamisme dans cette partie du monde musulman est surtout Abul-Ala Mawdudi (1903-1979), fondateur, avec d’autres intellectuels musulmans, de la Jamaat-e-Islami (Association islamique, JI) en 1941, prônant une islamisation généralisée de l’État et de la société.

Pour en savoir plus, voir l'article Pakistan.

2.4. Le khomeynisme chiite

Si les trois mouvances précédentes concernent l’islam sunnite, au sein du chiisme, c’est la pensée et l’action révolutionnaire de l’ayatollah Khomeyni (1902-1989) qui marquent profondément l’islamisme transformé en véritable mouvement de masse. Inscrit dans la Constitution, l’un de ses principes fondamentaux est celui (contesté au sein même du clergé iranien) du velayat-e faqih (littéralement « pouvoir, souveraineté du docte ») affirmant la suprématie du pouvoir religieux sur le pouvoir temporel.

Pour en savoir plus, voir l'article Iran : La république islamique depuis 1979.

3. Jalons historiques

Depuis la fondation en 1962 de la Ligue islamique mondiale, destinée à contrebalancer le socialisme nassérien alors à son apogée, l’influence saoudienne et wahhabite s’exerce par le financement d’écoles, d’associations, de fondations, de mosquées et s’intensifie après la guerre du Kippour en 1973. Cette « wahhabisation » favorise l’émergence d’un « néofondamentalisme » qui, au cours des décennies suivantes, se développe et se radicalise dans des contextes historiques déterminants.

3.1. La révolution islamique en Iran

La révolution iranienne de 1979 a un effet retentissant dans l’ensemble du monde musulman bien au-delà des communautés chiites. Accueillie dans un premier temps avec enthousiasme, elle engendre cependant un régime théocratique (traversé par ses propres contradictions) qui se heurte à l’hostilité ou la méfiance des autres États de la région, au premier rang desquels l’Iraq (où les chiites sont majoritaires mais sont marginalisés et réprimés par le régime de Saddam Husayn) et l’Arabie saoudite. Si l’exportation de la révolution iranienne n’a pas lieu, l’Iran exercera son influence sur plusieurs mouvements islamistes d’obédience chiite en particulier au Liban (parti Hezbollah) puis en Iraq, devenu après la chute de S. Husayn en 2003 le principal allié de Téhéran.

3.2. Le djihad afghan

L’intervention soviétique en Afghanistan, un an à peine après la révolution iranienne, est un des événements cruciaux structurant l’islamisme contemporain. Le djihad contre l’occupant athée attire de nombreux militants islamistes et sert – indépendamment des coalitions puis des tensions ethniques entre moudjahidin –, de terrain d’aguerrissement pour des « Arabes afghans » (parmi lesquels le Saoudien Oussama Ben Laden), cet engagement recevant le soutien des États-Unis et de l’Arabie saoudite. Étroitement associé à cette politique, le Pakistan devient le principal point d’appui pour cette lutte anticommuniste et la base arrière de nombreux combattants.

Après le départ des troupes soviétiques (1988-1989) et tandis que l’Afghanistan se déchire entre seigneurs de la guerre, une nouvelle mouvance apparaît : issus des écoles coraniques pakistanaises de la tradition deobandi encadrées par la JUI, les talibans (étudiants en religion) parviennent à s’imposer en 1996-2001 avec le soutien d’Islamabad.

Pour en savoir plus, voir l'article Afghanistan.

3.3. La guerre du Golfe

En 1990-1991, l’invasion du Koweït par l’Iraq (→ guerre du Golfe) et l’intervention sacrilège des États-Unis et de leurs alliés occidentaux avec l’assentiment de l’Arabie saoudite sur la terre des Lieux Saints marquent une rupture. Les mouvements islamistes connaissent dès lors une radicalisation croissante et se retournent désormais contre les Occidentaux et les régimes musulmans « corrompus » désignés comme leurs complices, au premier chef, l’Arabie saoudite. Fondée en 1988, al-Qaida prend la tête de ce nouveau djihad mondialisé.

3.4. De l’intervention en Afghanistan aux « printemps arabes »

Moment culminant de cette radicalisation – qui avait été précédé par d’autres actions terroristes contre les Américains au milieu des années 1990 en Arabie saoudite, aux États-Unis et au Kenya — les attentats du 11 septembre 2001 entraîne l’intervention internationale sous conduite américaine en Afghanistan (octobre) puis celle des États-Unis en Iraq (2003). Toutes deux exacerbent les tendances extrémistes au sein de l’islamisme.

L’efficacité de la lutte antiterroriste – à laquelle s’associent la plupart des États musulmans, de l’Arabie saoudite au Yémen et du Pakistan à la Malaisie – porte un coup d’arrêt aux agissements des mouvements les plus violents. Ces groupes, dont la base sociale se rétrécit considérablement mais dont les combattants et les dirigeants aguerris se recrutent dans de nombreux pays y compris occidentaux, tendent alors à se replier autour de cellules autonomes sous la direction d’« émirs » aux alliances mouvantes.

Les « printemps arabes » qui éclosent en Tunisie, en Égypte, en Libye, en Syrie et au Yémen au cours de l'année 2011 changent la donne et semblent être, dans un premier temps, l’occasion pour l’islamisme « modéré », influencé ou conduit par la mouvance des Frères musulmans, de percer légalement et démocratiquement. L’instabilité générée par cette vague de revendications permet cependant aussi à des forces djihadistes et salafistes de s’immiscer et de s’affirmer.

4. Principales aires et foyers géopolitiques

4.1. Le Proche-Orient et la péninsule arabique

Éclipsé par les échecs essuyés par l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) au Liban (1982 et 1988), par la rivalité entre l’Iran et l’Arabie saoudite et la guerre Iran-Iraq (1980-1988), le conflit israélo-palestinien revient sur le devant de la scène en s’islamisant à travers l’affirmation du mouvement Hamas à Gaza dans le sillage des soulèvements (→ Intifada) de 1987-1993 et de 2000. S’étant progressivement implantés au sein de la société palestinienne à partir du milieu des années 1970, les islamistes palestiniens s’imposent en 2005-2007 à la faveur de l’échec du processus de paix issu des accords d’Oslo (1993) et de l’affaiblissement du nationalisme palestinien.

Étroitement liés à leurs homologues en Jordanie, qui, de leur côté ont été intégrés dans le jeu politique non sans déchirements internes et tensions avec la monarchie hachémite qu’ils soutiennent majoritairement, les islamistes palestiniens trouvent un allié de poids lorsque les Frères musulmans accèdent pour la première fois au pouvoir en Égypte par la voie des urnes en 2011. Une expérience de courte durée : l’échec de ces derniers dans un climat de guerre civile entraîne le retour (légal) des militaires au pouvoir en 2014 et une nouvelle vague de répression à leur encontre.

En Iraq, après la chute de S. Husayn (2003) et le changement de régime au profit de la majorité chiite, l’islamisme peut s’exprimer librement. Les partisans de Muqtada al-Sadr en forment alors l’une des importantes composantes. Alors que les tensions entre les deux principales communautés s’aggravent, des groupes sunnites se radicalisent à leur tour jusqu’à l’installation d’al-Qaida (auquel se rallient d’anciens baathistes) puis, depuis 2014, de l’« État islamique ». Agrégeant divers groupes djihadistes, l’EI (ou EIIL, État islamique d’Iraq et du Levant) s’étend simultanément en Syrie, plongée depuis 2011 dans une guerre civile dans laquelle s’engagent les Frères musulmans – en grande partie dispersés depuis le massacre de Hama (février 1982) – mais aussi des islamistes plus radicaux.

Pour en savoir plus, voir les articles Iraq : histoire , Syrie : vie politique depuis 1941.

L’état des forces islamistes est également très complexe au Yémen, où coexistent et s’affrontent partis sunnite (al-Islah, fondé en 1990 à partir de la branche nord-yéménite des Frères musulmans), « houthiste » d’obédience zaydite (une dissidence du chiisme) et al-Qaida dans la péninsule arabique (AQPA) installé dans le pays à la suite de la répression de ses cellules saoudiennes.

Pour en savoir plus, voir l'article Yémen.

4.2. L’Asie du Sud et l'Asie du Sud-Est

Le Pakistan constitue l’épicentre de l’islamisme en Asie du Sud. Exacerbé par les tensions entre la minorité chiite (estimée à 20 %) et la majorité sunnite, par le conflit avec l’Inde autour de la question du Cachemire et par l’implication du Pakistan en Afghanistan, l’islamisme s’est fortement radicalisé à partir de la fin des années 1970.

L’islamisation entreprise pendant la dictature du général Zia ul-Haq (1978-1988), avec le soutien de la Jamaat-e-Islami (JI) alors érigée en principal soutien idéologique du régime, y a directement contribué, fortifiée par l’appui apporté alors aux moudjahidin afghans.

Terreau du fondamentalisme et des groupes islamistes plus radicalisés, les écoles coraniques qui se multiplient après 1980 vont échapper largement au contrôle de l’État et certaines d’entre elles se transformer en de véritables bases d’entraînement pour combattants djihadistes.

Après le rétablissement de la démocratie (1989), la vie politique reste dominée par la Ligue musulmane et le parti du Peuple pakistanais (PPP), les partis islamistes s’affirmant surtout avec l’hostilité croissante à la collaboration entre Pervez Mucharraf (1999-2008) et les États-Unis dans la lutte antiterroriste après les attentats du 11 septembre 2001. La forte impopularité de cette politique explique en grande partie le succès obtenu en 2002 par l’alliance des six principaux partis (dont un chiite) au sein du Muttahida Majlis-e-Amal (MMA, Conseil uni pour l’action). Cette coalition est toutefois fragile et sa force électorale se réduisant fortement en 2008 finit par se briser.

Bien que le Pakistan soit suspecté de mener un double jeu dicté par ses intérêts stratégiques – favoriser un régime ami en Afghanistan et maintenir la tension au Cachemire –, les opérations militaires menées contre les islamistes au Waziristan, parallèlement aux attaques de drones américains ainsi que l’assaut donné en 2007 contre la mosquée Rouge d’Islamabad, entraînent le pays dans une spirale de violence. Depuis la fin du djihad afghan, des groupes extrémistes plus ou moins clandestins (à la suite des interdictions décrétées en 2002) et, pour certains d’entre eux, liés à la Jamiat Ulema-e-Islam (JUI, dont la principale faction est représentée au Parlement avec 13 députés) et à la JI (4 sièges), ont essaimé avec un rayon d’action régional, national, ou, par des opérations terroristes en territoire indien, transnational.

Certains mouvements sont soutenus ou instrumentalisés par les services de renseignements (Inter Services Intelligence, ISI) notamment au Cachemire où séparatisme et islamisme sont étroitement mêlés. Lashkar-e-Taiba (« Armée des purs », formée en 1990, très structurée et liée à la Jamaat ul Dawa, association pour l’appel à la prière, officiellement caritative), le Hizb-ul-Mujahideen (parti des moudjahidin, créé en 1989) et la Jaish-e-Mohammed (Armée de Mahomet, créée en 2000) en font partie.

La nébuleuse islamiste terroriste a étendu ses ramifications des zones tribales du Nord-Ouest (Waziristan où naissent en 2007 les Talibans pakistanais [Tehrik-e-taliban Pakistan], proches d’al-Qaida) au Baloutchistan et au Khyber Pakhtunkhwa (à Peshawar et dans la vallée de Swat notamment). Mais ses combattants tentent aussi de déstabiliser le Pendjab, où des dizaines d’organisations sont actives. Plusieurs groupes, dont Sipah-e-Sahaba Pakistan et Lashkar-e-Jhangvi, dirigent prioritairement leurs attaques contre la minorité chiite.

Pour en savoir plus, voir l'article Pakistan.

En Asie du Sud-Est, l’Indonésie, premier pays musulman au monde par sa population, se distingue par un islamisme largement dominé par une mouvance démocratique et libérale et dont les partis (en recul depuis 2009) jouent un rôle pivot dans la formation des majorités parlementaires. Toutefois, le pays n’est à l’abri ni de l’extrémisme depuis l’attentat de Bali en 2002 ni d’offensives des fondamentalistes sur le terrain de la législation. Autre État musulman abritant toutefois une importante minorité chinoise, la Malaisie connaît, sous le « règne » de Mahathir bin Mohamad (1981-2003), une politique d’islamisation modérée allant de pair avec la cooptation puis la répression ciblée de l’opposition islamiste.

Pour en savoir plus, voir l'article Indonésie.

4.3. L’espace ex-soviétique

Dans la foulée de la dislocation de l’URSS, l’islamisme parvient difficilement à s’affirmer en Asie centrale et dans le Caucase du Nord. Si des mouvements naissent en marge de l’islam officiel en Ouzbékistan et au Tadjikistan, c’est surtout le Daguestan (premier foyer de l'islamisme radical au Caucase) et la Tchétchénie qui semblent devenir, au début des années 1990, à l’instar de la Bosnie-Herzégovine, de nouvelles terres de djihad avec l’engagement de certains « Arabes afghans ».

Si la « greffe » ne prend pas dans les Balkans, elle est violemment extirpée par la Russie et ses affidés tchétchènes dans la république caucasienne. L'implacable répression des indépendantistes tchétchènes par la Russie de Vladimir Poutine pousse ces derniers à se radicaliser, donnant naissance à un réseau de djihadistes conduit notamment par Chamil Bassaïev, abattu en Ingouchie en 2006. Depuis, la rébellion, qui s’est étendue aux républiques voisines (Kabardino-Balkarie, Karachaevo-Tcherkessie, Ossétie du Nord-Alanie), n’a pas désarmé.

4.4. L’Afrique orientale et le Maghreb

Marqué par l’islam des confréries, l’Afrique noire échappe largement à la vague islamiste. Le Soudan et la Somalie font figures d’exceptions.

Le pouvoir instauré à Khartoum entre 1989 et 2000 à la suite du coup d’État militaire du général al-Bachir allié au Front national islamique de l’idéologue Hassan al-Tourabi a eu l’ambition de représenter une alternative à celui de l’Arabie saoudite et de l’OCI (Organisation de la conférence islamique sous influence saoudienne) après la guerre du Golfe. Mais ce régime ne résiste pas aux tensions internes et externes qui conduisent à l’isolement international du pays et à la sécession du Soudan du Sud en 2011.

À la même époque, des mouvements islamistes inspirés des Frères musulmans ou du wahhabisme s’affirment en Somalie qui sombre dans une guerre civile au début des années 1990 dans laquelle s’engagent, à partir de 2006, les Chabab, milices radicalisées issues du Mouvement des tribunaux islamiques et auxquelles se joignent un grand nombre de combattants étrangers.

C’est également vers la fin des années 1980 que l’Algérie entre dans la période la plus violente et sombre de son histoire depuis l’indépendance avec la guerre civile qui suit l’interruption du processus électoral en 1992 afin de mettre fin à la montée du Front islamique du salut (FIS). La création du Groupe islamique armé (GIA, se différenciant de l’AIS, bras armé de l’aile plus modérée du FIS) inaugure la radicalisation et la dérive terroriste de l’islamisme algérien. La constitution d’al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) en est le prolongement. Profitant de la non résolution du conflit touareg dans l’espace sahélo-saharien, ses djihadistes s’implantent dans cette région difficilement contrôlable malgré l’intervention militaire de la France et de ses alliés africains au Mali en 2013.

Pour en savoir plus, voir l'article Algérie : vie politique depuis 1962.

À l’inverse, ayant tiré les leçons de la tragédie algérienne, les islamistes marocains – parti pour la Justice et le développement (PJD), Justice et Spiritualité dans une moindre mesure – jouent pleinement la carte du réformisme dans le cadre de la démocratisation de la monarchie chérifienne lancée au début des années 2000.

Pour en savoir plus, voir l'article Maroc : vie politique depuis 1961.

5. L’islamisme à l’épreuve de la démocratie : les cas de la Turquie et de la Tunisie

Après des années passées dans l’opposition, victime d’interdictions successives – à l’exception d’un intermède en 1996-1997 à la suite du succès électoral obtenu par le Refah de Necmettin Erbakan –, l’islamisme turc accède au pouvoir en 2002 avec la victoire de l’AKP (parti de la Justice et du Développement) marquant un tournant historique dans la Turquie républicaine et laïque fondée par Mustapha Kemal. Reconduit démocratiquement sans interruption à la tête d’un État dont il parvient à contrôler les principaux rouages, ce pouvoir islamo-conservateur reste sous la surveillance des organisations de défense des droits de l’homme, de l’Union européenne – avec laquelle la Turquie est toujours en négociations en vue d’une éventuelle adhésion – et de la société civile qui a montré qu’elle peut se mobiliser contre une réislamisation insidieuse et une évolution autoritaire du régime.

Pour en savoir plus, voir l'article Turquie : histoire.

Arrivé en tête des élections après la chute du régime de Ben Ali en 2011 (mais sanctionné en 2014), le parti tunisien Ennahda (issu du Mouvement de la tendance islamique créé en 1981, inspiré des Frères musulmans et favorable dès l’origine à une stratégie légaliste) s’affirme avec davantage de difficulté et doit composer avec une société civile plurielle qui, comme en Turquie, a été en grande partie laïcisée. Il renonce ainsi à inscrire la charia dans la nouvelle Constitution.

Pour en savoir plus, voir l'article Tunisie : histoire.

L'AKP et Ennahda doivent ainsi relever un défi majeur, celui de démontrer la compatibilité entre islamisme et démocratie, alors que l’Égypte renoue avec sa politique autoritaire et que sombrent dans la guerre civile la Libye, le Yémen, l’Iraq et la Syrie. Dernier avatar de la radicalisation djihadiste, l’EI du « calife » autoproclamé Abu Bakr al-Baghdadi oblige les États à redéfinir leurs stratégies et leurs alliances face à une dérive qu’ils ont largement contribué à provoquer.