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jardin

(ancien français gart ou jart, du francique *gart ou *gardo)

Jardin composé de buis taillés
Jardin composé de buis taillés

Espace aménagé pour la promenade ou le repos, dans un souci esthétique, et portant des pelouses, des parterres, des bosquets, des plans d'eau.

BEAUX-ARTS

Prétexte à un art de la précarité, à un art vivant, le jardin est un lieu de mémoire dynamique qui a une place toute particulière dans l'imaginaire. Il exprime la façon dont un groupe humain, dans des conditions historiques données, s'appréhende lui-même, définit ses conditions d'existence, se situe par rapport à la nature.

Du paradis des Perses au verger de l'Occident médiéval, l'art des jardins ne se comprend qu'à l'intérieur de chaque société. Fondamentalement hétérogène, il résulte de l'interaction entre les cultures et se définit par rapport aux autres activités humaines, comme la chasse et l'agriculture, dont il essaie de se démarquer. Si le jardin garde quelque chose de l'une (comme pour le potager, le goût pour la production d'aliments, d'aromates) et de l'autre (le parc et l'attrait du sauvage), il est avant tout le lieu d'une activité érotique, esthétique et, en définitive, symbolique : le jardin de Genji est un acte d'amour, le pairidaiza persan est un jardin des délices, et le White Garden de Sissinghurst Castle, la représentation symbolique d'un monde immaculé jamais vu antérieurement.

La question est de savoir dans quel contexte culturel le jardin est considéré comme une œuvre d'art et quelles sont les relations que celle-ci entretient avec la vie matérielle, sociale et spirituelle de son époque.

1. Les jardins orientaux

1.1. Les jardins de la Perse antique

En 401 avant J.-C., alors que les Grecs luttent contre les Perses, l'historien grec Xénophon découvre, au cœur même du désert, de splendides jardins que les Perses appellent alors pairidaiza : le mot combine pairi (« autour ») et daiza (« mur »), car ces premiers jardins des délices sont ceints de murs. Le terme donna paradeisos en grec, puis paradisus en latin ecclésiastique.

Le jardin des Achéménides (empire fondé par Cyrus le Grand au vie s. avant J.-C.) est un paradis d'agriculteurs. Ils sont réputés pour cultiver sésame, riz, pistache et vigne. Pour traverser les déserts, ils réalisent des réseaux de canaux souterrains évitant l'évaporation de l'eau, tandis que, dans ces oasis encloses que sont les premiers jardins, les canaux à l'air libre soulignent les axes orthogonaux de leur composition géométrique. Ces cours d'eau sont visibles de terrasses ombragées. En plus d'une architecture, les Achéménides donnent au paradis des parfums : ceux de la myrrhe, du nard et de la rose.

Leurs successeurs sassanides ont une tout autre conception de l'art du paradis. Grands chasseurs, ils préfèrent les vastes étendues, les parcs riches en gibier, servant à la chasse royale. Toutefois, ils ne négligent nullement les plantes aromatiques et les parfums, dont ils font commerce. Les effluves de leurs extraits de violette, de nénuphar, de narcisse, de jasmin, de myrte et de fleur d'oranger se répandent sur tout le Moyen-Orient et le Bassin méditerranéen. Les Sassanides sont également renommés pour leurs tapis dont le motif est un jardin reprenant le plan d'un paradeisos. Alors que le sable recouvre progressivement les premiers paradis perses, ces tapis préservent une image idéale qui, durant plus de mille ans, est l'une des références essentielles des jardins de l'Inde comme de ceux de l'Islam.

1.2. Les jardins du monde musulman

Inspiré par le Coran, l'islam des origines fait revivre la notion du paradeisos persan : vaste parc sauvage, rythmé de forêts, de parterres d'arbres fruitiers et de canaux.

C’est le cas des Maures qui s'installent en Espagne au viiie s. : les recherches archéologiques menées dans les jardins de l'Alcázar de Séville et dans ceux du Generalife et de l'Alhambra à Grenade ont mis au jour des parterres surbaissés, divisés en damier. Ce type de jardin se présente au cœur de la demeure civile qu'il agrémente, tandis que l'abstraction domine dans les « parterres de broderies » et les décors en céramique des bassins. Ces jardiniers arabes ont eu une influence déterminante sur le jardin de l'Europe médiévale.

À partir de leur conversion à l'islam, les Turcs ottomans reprennent également le modèle du paradis perse, mais recherchent dans leurs jardins la fraîcheur en accordant à l'eau une place privilégiée et en multipliant petits pavillons et kiosques.

Le plein épanouissement de l’art du jardin musulman est atteint avec les créations des Grands Moghols de l'Inde, où terrasses étagées, jeux d'eaux et massifs fleuris se répondent. Les Moghols associent ainsi au paradis perse antique la tradition tartare du jardin entourant un tombeau : le jardin est un lieu de délices dont le pavillon central devient un mausolée à la mort de son propriétaire. Illustre exemple de cette tradition, le Tadj Mahall – élevé entre 1631 et 1641 par l'empereur Chah Djahan à la mémoire de son épouse favorite Mumtaz Mahall – reflète sa coupole de marbre blanc dans une pièce d'eau entourée de vastes parterres.

1.3. Les jardins d'Extrême-Orient

Expression du mysticisme taoïste, le jardin chinois, monde clos, propice à la contemplation, se découvre graduellement le long de sentiers capricieux. Montagnes et eaux (rocailles, ruisseaux et lacs à signification cosmique) sont accompagnés d'une végétation variée et de pittoresques fabriques (pavillons, portiques, ponts…). Subtil, le jardin chinois ne se livre pas en un seul regard mais se découvre peu à peu. Son programme n'apparaît pas immédiatement mais graduellement : le visiteur passe dans une succession d'espaces, il accumule les impressions, le jardin devenant de plus en plus complexe, les rochers, les arbres, les piliers, les toits se multipliant.

L'opposition entre le jardin de l'agriculteur sédentaire et celui du chasseur, guerrier (déjà notée pour le paradis des Perses), s'applique également à l'histoire du jardin chinois. Dans la Chine du Sud, le jardin de la période Zhou s'inscrit dans une société agricole développée. C'est un jardin des délices avec pavillons, terrasses, galeries, allées couvertes, pierres. Dans le nord de la Chine, les Han, amateurs de guerre et de chasse, succèdent aux Zhou et imposent l'art des jardins qui correspond le mieux à leurs pratiques belliqueuses et aristocratiques. Ils affectionnent les vastes parcs, dont le plus célèbre, le Shang Lin, est réalisé sur des terres agricoles expropriées par l'empereur Wudi (140-87 avant J.-C.). Ce parc doit être une figuration réduite de l'Empire (huit rivières convergeant des quatre coins du monde) et, comme lui, doit posséder des montagnes, symboles de force potentielle, d'intensité cosmique et d'immortalité.

Bientôt, l'art des jardins repose sur une nouvelle philosophie de la nature, le tao, ainsi que sur l'établissement de relations étroites entre les arts. Le jardin taoïste est celui du mouvement, d'une nature alternant croissance et déclin, en sympathie avec l'homme. Il favorise l'ascèse, par laquelle l'homme tente de mettre en harmonie sa force intérieure avec la succession des saisons, avec les changements d'état continuels du monde. Le jardin du tao est, en outre, un art pivot. En effet, à l'unité essentielle de l'homme et de la nature correspond le caractère indissociable des arts fondamentaux, la poésie, la calligraphie, la peinture, dont le noyau est l'art des jardins.

Émanation du jardin chinois et comme lui microcosme idéalisé, le jardin japonais reste néanmoins original. Alors que le jardin chinois, complexe et dense, laisse la place à a multiplicité des sensations ainsi qu'à la diversité des lectures, le jardin japonais tente de canaliser celles-ci. Son apparente perfection, son caractère ordonné à l'extrême peuvent donner au visiteur l'impression d'être un intrus. Cependant, l'une des premières références majeures, le Dit du Genji, rédigé au xie s. par Murasaki Shikibu, ne laisse rien paraître de cette orientation. L'art des jardins y est un art de vivre, et le jardin un acte d'amour. Le prince Genji réalise pour chacune de ses concubines un jardin dédié à une saison. L'art des jardins japonais est très attaché à la perception nocturne des choses, au reflet de la lune dans l'eau (comme dans le jardin de Katsura, xviie s.), à l'évocation d'une mer argentée par du sable blanc (le Ginkaku-ji, ou « Temple du Pavillon d'argent », Kyoto, xixe s.), à la projection d'ombres.

Contemporain de Genji, le Sakutei-kie, ou Traité de l'art des jardins, est nettement moins ouvert à la libre interprétation. Il entreprend la classification des jardins et propose une codification rigoureuse, qui demeure une référence essentielle jusqu'au jardin moderne, en particulier pour la disposition des pierres, dont il consigne le symbolisme religieux. Pierres, sable, mousse sont des signes à déchiffrer. Quintessence de l'art zen, le jardin de pierres du temple du Ryoan-ji, à Kyoto, est l'expression la plus célèbre de cette emprise du signe sur l'art des jardins, avec ses cinq groupes de pierres formant des îles dans une mer de sable blanc, où la mousse suggère le mouvement.

2. Les jardins occidentaux

2.1. Les jardins antiques

Sur les jardins les plus anciens, nous ne connaissons les jardins de la Grèce antique qu’au travers de relevés de plans au sol. La maison romaine intègre progressivement des jardins à compositions complexes. Dans la Rome impériale, la maîtrise des eaux permet le développement des jardins, dans lesquels l'art topiaire transforme buis et ifs en sculptures végétales, et où l'imbrication des bâtiments et des terrasses, les surprises des points de vue se combinent à l'évocation de lieux mythologiques (villa Hadriana à Tivoli, 117-138).

2.2. Les jardins médiévaux

Sacré ou profane, le jardin médiéval est celui des cinq sens ; il est, comme le paradeisos persan, un jardin des délices protégé par une clôture de claies, de palissades ou de haies. Il peut se présenter sous forme de viridarium, de pomarium ou d'herbarium. Le viridarium est un verger autant destiné à la récréation et au plaisir qu'à la cueillette de fruits, ce qui le distingue du pomarium, uniquement destiné à la récolte des fruits. L'art des jardins se démarque ainsi des pratiques agricoles. Le verger est le jardin préféré du Moyen Âge. Selon le Roman de la Rose de Guillaume de Lorris (xiiie s.) ou le Dit du vergier de Guillaume de Machaut (xive s.), il est le jardin idéal, le paradis terrestre, celui de la rencontre amoureuse. Autre orientation du jardin des délices, l'herbarium est à la fois un jardin de plantes médicinales et un jardin secret (hortus conclusus). L'intérêt pour les collections et les recherches botaniques met en évidence les relations avec la culture islamique. Ce sont des collections de plantes de médecins arabes qui, avant les jardins botaniques de la Renaissance, sont à l'origine des jardins des plantes de Séville, de Tolède et de Montpellier (du xie au xiiie s.). Seconde forme d'herbarium, l'hortus conclusus est le jardin secret de la fin du Moyen Âge, possédant un caractère sacré ou profane selon qu'il est dédié à la Vierge Marie ou à la déesse Vénus.

2.3. Le jardin humaniste ou « à l’italienne »

À la différence du jardin médiéval, le jardin humaniste de la Renaissance exclue toute séparation franche, toute clôture opaque entre le jardin et son environnement. Il prévoie, au contraire, une gradation d'espaces depuis les étendues vierges jusqu'aux parterres cultivés, établissant ainsi une progression de la nature à l'art. Entre les deux, il insère le semi-sauvage, ce que les Italiens de la Renaissance désignent sous le nom de bosco.

Cette gradation est attachée à la conception qu'ont les humanistes de la nature, source de richesses et d'énergies soumises à la volonté de l'homme et à ses plaisirs. Le programme sculpté du jardin relie également des références du passé aux figures du présent. Ainsi, dans le jardin de Pratolino, près de Florence, la villa se trouve-t-elle au centre de deux parcs distincts : au nord, sur une partie surélevée, le parc des Anciens (avec une représentation de Jupiter, le colosse de l'Apennin et le pré des Anciens) et, au sud, en contrebas, celui des Modernes (doté d’une modeste lavandière). Cependant, le visiteur n'est pas là simplement pour comprendre un discours sur la beauté de l'ordre naturel et sur la sagesse des Anciens, il doit être émerveillé. Il doit être étonné par les automates, stupéfié par les jeux d'eau, admiratif devant les volées de marches, devant l'inventivité de l'homme.

L'ouvrage de Francesco Colonna, Hypnerotomachia Poliphili, ou le Songe de Poliphile, indispensable à la compréhension de l'art des jardins européens du xve au xviiie s., explicite deux caractères essentiels du jardin humaniste : l'artifice et la mise en scène théâtrale. Artifice des verts bosquets entourés de canaux, des pergolas couvertes de nobles rosiers, mise en scène de la jouissance dans ce jardin où Poliphile rêve de trouver les secrets de l'amour.

2.4. Le jardin « à la française »

Cependant, alors que le jardin de Poliphile reste confidentiel, destiné à la promenade, à la conversation entre amis, les jardins tels que ceux de la villa d'Este ou, par la suite, les jardins d’André Le Nôtre (de Vaux-le-Vicomte à Versailles) rassemblent des foules participant à des fêtes grandioses. À l'artifice discret des premiers jardins humanistes succède l'artifice ostentatoire des jardins des merveilles, qu'il s'agisse des jardins classiques, essentiellement en France, ou baroques, en Italie notamment. On admire alors les prouesses techniques qui permettent à l'homme de dépasser les lois naturelles, d'imposer son regard en organisant le jardin autour d'un axe perspectif dominant, de canaliser l'énergie de l'eau pour actionner des théâtres d'automates, des orgues hydrauliques, des jets d'eau, pour en faire le centre de spectacles extraordinaires et créer une atmosphère irréelle.

Le jardin de Versailles conçu par Le Nôtre a servi de modèle aux jardins de Potsdam, Karlsruhe, Wilhelmshöhe à Kassel, Peterhof près de Saint-Pétersbourg, etc. ; d’où l’appellation de jardins « à la française ».

2.5. Le parc paysager « à l'anglaise »

Les premiers parcs paysagers européens sont conçus dans les années 1710 en Angleterre par l'architecte, peintre et décorateur William Kent, notamment à Chiswick, Rousham et Stowe. Le jardin « anglo-chinois », ou « à anglaise », connaît ensuite une grande vogue sur le continent, où succède à la rigoureuse géométrie des jardins à la française un « naturel » d'allées tortueuses, de pelouses ondulées, de ruisseaux serpentant, de pièces d'eau aux formes qui semblent dues au hasard.

Pour les « fabriques » (des éléments architecturaux) qui agrémentent ces parcs, le goût est aux ruines antiques ou gothiques, aux pyramides égyptiennes, aux pagodes chinoises, aux kiosques ottomans, aux pittoresques chaumières. Il en est ainsi dans le parc conçu pour Marie-Antoinette autour du Petit Trianon, où Hubert Robert – peintre des ruines que sa sensibilité a conduit à être le paysagiste des parcs de Betz et de Méréville – crée la grotte des Bains d'Apollon (1778-1780), et Richard Mique un temple de l'Amour, une laiterie et le célèbre Hameau de la Reine (1783-1786).

2.6. Le jardin public

Le xixe s. voit la naissance d'autres jardins modernes : les parcs urbains, tel le parc des Buttes-Chaumont, à Paris, mais aussi Central Park à New York. La création de ces parcs-jardins traduit le passage d'une conception esthétique à une conception fonctionnelle dans le cadre d'un renouveau urbain. Cette période est aussi dominée par l'opposition chronique entre tenants de l'horticulture décorative, agriculture de pointe, et ceux du sauvage, du wild garden, héritier des parcs anglais.

L'horticulture est, dès ses débuts, le secteur de l'agriculture le plus orienté vers le progrès. Elle élabore de nouvelles techniques qui modifient l'art des jardins, et ouvre la voie à une consommation ostentatoire de plantes hybrides et de plants acclimatés. Fait sans précédent, la mode entre dans le jardin avec les roses modernes – comme celles peintes par Pierre Joseph Redouté entre 1817 et 1824 – ou le dahlia, dont les nuances infinies, le bleu excepté, permettent de changer de parure chaque année et d'instaurer, dans le jardin moderne, le culte du nouveau, de la jouissance dans l'instant. À partir du milieu du xixe s., l'horticulture se fait ornementale. Les plantes commencent à être produites dans des serres et, lors de leur floraison, à être disposées, massées par espèce et par couleur, dans les figures des plates-bandes. Les contrastes de couleurs, tels ceux proposés par Eugène Chevreul (De la loi du contraste simultané des couleurs, 1839), dominent. Le jardin devient un art décoratif qui connaît au xxe s., une vogue considérable avec, dans les années 1930, Jean-Claude Nicolas Forestier, André et Paul Véra, Gabriel Guévrékian ou Christopher Tunnard et, en relation avec l'art abstrait, les réalisations de Geoffrey Jellicoe – coauteur de l'une des références essentielles de l'art des jardins, The Oxford Companion to Gardens (1986).

La première opposition, et la plus virulente, à cette orientation est celle de William Robinson, qui refuse le formal planting, l'application stricte des techniques horticoles, et prône le wild garden, le respect des lois de la nature. Il concilie la tradition du sauvage avec celle du vicarage garden, le jardin de curé. Dans sa revue The Garden, Robinson fait appel, en ce qui concerne la couleur, à Gertrude Jekyll (1843-1932). À l'orée du xxe s., cette artiste a donné au jardin les règles de son coloris, créé des couleurs, et dépassé l'opposition entre horticulture et sauvage en mêlant librement, dans ses mixed borders, les plantes vivaces rustiques à celles venues de l'horticulture.

2.7. Tendances actuelles

Art vivant, le jardin demeure le lieu d'initiatives très diverses.

La première, devant les ruines du jardin, est de les sauver, de tenter de recoller les morceaux, de retrouver les vestiges des systèmes anciens : le jardin est un monument historique à classer, à préserver, à entretenir, à faire visiter. La charte de Florence (21 mai 1981) donne un cadre légal et international à cette tentative de sauvetage. Dès le début du xxe s., des résultats remarquables ont été obtenus, notamment par Achille et Henri Duchêne à Vaux-le-Vicomte, Champs-sur-Marne et Courances, ou par le Dr Joachim Carvalho, au château de Villandry, avec ses parterres bordés de buis et son jardin potager restitué selon son ordonnance du xvie s.

Une autre démarche, écologique, est d'inventer des jardins dans des lieux abandonnés par l'agriculture (ou l'urbanisme), les friches, et de retrouver là les rythmes biologiques, et les associations naturelles. Le jardin écologique (comme ceux de Gilles Clément dans la Creuse, ou de Mark Rudkin pour la fondation américaine de Blérancourt) est celui de la sélection naturelle régulée par l'homme. Il résulte de la gestion du rythme rapide des apparitions et des disparitions végétales et tend vers le climax, niveau optimal de la végétation. Il est jardin en mouvement. Ces réalisations associent la complexité de la nature, le caractère irréductible du réel à l'expérience esthétique.

Une autre approche, marquée par des objectifs sociaux, est apparue au xixe s. en Europe, notamment en Angleterre, en Allemagne et en France. Le Père Volpette d'abord, à Saint-Étienne, puis l'abbé Lemire à Hazebrouk, qui fonde la Ligue du coin de terre et du foyer en 1896, ont eu pour objectif de lutter contre la misère en prêtant des lopins de terre à des ouvriers, « chefs de famille », pour qu'ils puissent améliorer leurs ressources alimentaires et se détournent par la même occasion de la fréquentation des bistrots, portant à l'alcoolisme et à la diffusion d'idées contestataires. Les jardins « ouvriers » ont connu une longue période d'essor, notamment entre les deux guerres mondiales, où ils sont présents dans 17 pays européens et aux États-Unis.

En France, à partir de la fin des années 1940, nombre de jardins ont disparu, essentiellement par expropriation, en raison de la vague de construction liée à l'exode rural. La puissante association qu'est la Ligue du coin de terre change son nom et devient, en 1952, la Fédération Nationale des Jardins Familiaux (elle deviendra en 2006 la Fédération Nationale des Jardins Familiaux et Collectifs et créera, en 2007, avec la Société Nationale d'Horticulture de France et le Jardin du Cheminot le Conseil National des Jardins Collectifs et Familiaux). Parallèlement, les jardins seront mieux protégés dans le cadre de la loi Royer, dans les années 1970 d'abord, puis par la proposition de loi relative aux jardins collectifs, adoptée en 2003 par le Sénat et qui, transmise à l'Assemblée nationale en 2007, n'était toujours pas examinée fin 2009. Par ailleurs, un Office international fédère les associations de jardins familiaux d'une quinzaine de pays européens et du Japon.

Dans les années 1970, l'engouement pour les jardins devient un phénomène social de grande ampleur, toutes classes sociales confondues, soutenu et relayé par de nombreuses manifestations publiques. De nombreuses villes créent des jardins familiaux, dans leur périphérie et parfois même à l'intérieur de leurs parcs publics, comme à Rennes. En outre, les modèles américains et canadiens impulsent de nouvelles initiatives en matière de jardins collectifs : les jardins partagés ainsi que les jardins éphémères, installés sur des parcelles temporairement libres. Lieux de convivialité, ils vont dans le sens d'une réappropriation de l'environnement dans une perspective de développement durable et de maintien de la biodiversité et permettent une plus grande présence du végétal en ville. Par ailleurs, des jardins d'insertion se créent, pour favoriser la réintégration des personnes en situation d'exclusion, en difficulté sociale ou professionnelle. De même que sont maintenant exploités les bienfaits que la présence d'un jardin ou le jardinage peut apporter aux personnes malades ou très âgées dans les institutions.

Le domaine de la formation professionnelle et le secteur économique du paysage ont également fortement évolué en France depuis les années 1980. Plusieurs établissements d'enseignement supérieur ont été créés, tandis que le nombre d'entreprises de paysagisme progresse, dépassant les 20 000 pour un secteur qui emploie environ 80 000 personnes.