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Fatimides

Dynastie chiite ismaélienne qui régna en Afrique du Nord-Est (Ifriqiya) puis en Égypte, de 909 à 1171.

1. Fondation

La dynastie fatimide tire son nom de Fatima, fille de Mahomet et femme du quatrième calife Ali, lui-même cousin du Prophète. Ses origines remontent aux Ismaéliens, chiites dont les partisans croient à l'apparition d'un mahdi – descendant de Mahomet par Ali et Fatima dans la lignée d'Ismaïl – qui réalise la rénovation de l'islam et rétablit la justice parmi les hommes.

Pour en savoir plus, voir les articles chiisme, islam, ismaélisme.

C'est précisément le chef de cette secte chiite, Ubayd Allah Said, devenu Ubayd Allah al-Mahdi après la prise du pouvoir, qui fonde la dynastie fatimide en 909 en Ifriqiya. Le terrain lui a été préparé par les missionnaires de son organisation, appelés dais. L'un d'entre eux, Abu Abd Allah al-chii, envoyé en Afrique du Nord, sait gagner à la cause de son maître les Berbères Kutamas, grâce auxquels il parvient à saper la domination aghlabide dans le Maghreb. Il occupe Raqqada, de laquelle il chasse, en mars 909, le dernier aghlabide, Ziyadat Allah III, pour y installer, le 5 janvier 910, Ubayd Allah Said, qui prend le titre de mahdi et d'amir al-muminin (« prince des croyants »).

Par ce dernier titre Ubayd Allah se pose déjà en rival du calife abbasside, considéré comme usurpateur par les Fatimides, qui estiment que le pouvoir doit revenir aux seuls descendants du Prophète. La conquête du Maghreb n'est d'ailleurs considérée par cette dynastie que comme une étape vers la domination de tout le monde musulman. Aussi, les Fatimides doivent-ils profiter de leur situation en Afrique du Nord pour se constituer une armée et une marine, et se préparer à la conquête de l'Orient.

Ils parviennent à leur fin en 969, en établissant leur domination sur l'Égypte, qui devient très vite le centre de leur empire. Le quatrième calife, al-Muizz, quitte l'Ifriqiya en 972 pour s'installer au Caire (973), nouvelle capitale fondée par les Fatimides sur les rives du Nil.

Pour en savoir plus, voir les articles Abbassides, Aghlabides.

La dynastie fatimide connaît donc deux périodes : une période africaine, qui va de 909 à 973, et une période orientale, qui va de 973 à 1171.

2. La période africaine (909-973)

La nouvelle dynastie trouve un Maghreb partagé entre diverses idéologies musulmanes. Terre de refuge, l'Afrique du Nord abrite alors, outre le sunnisme sous sa forme malékite, le kharidjisme sous sa forme ibadite et sufrite, et aussi le chiisme sous une forme non ismaélienne. Ces deux dernières sectes sont même représentées par deux dynasties : les Rustémides kharidjites de Tahert et les Idrisides alides de Fès.

Pour en savoir plus, voir les articles kharidjisme, Idrisides.

Dans ces conditions, l'apparition des Fatimides ne peut qu'aggraver les contradictions idéologiques, provoquer des troubles et engendrer des difficultés. En outre, la division des Berbères en deux groupes – les Zénètes (Zenatas) à l'ouest et les Sanhadjas, qui comprennent les Kutamas, à l'est – constitue un facteur de perturbation. Ces difficultés sont encore accrues par les Omeyyades d'Espagne, qui, sunnites et contrôlant une partie du territoire maghrébin voisin de la péninsule, représentent une menace pour la nouvelle dynastie. À cela s'ajoute la lourde succession des Aghlabides en Sicile, où les Fatimides affrontent l'Empire byzantin.

Pour en savoir plus, voir les articles Berbères, Empire byzantin.

Pour faire face à toutes ces difficultés, les nouveaux maîtres du Maghreb doivent consolider leurs assises dans ce pays. Mais cette entreprise est rendue difficile par l'application d'une politique fiscale très lourde, destinée à constituer un trésor de guerre pour assurer la conquête de l'Égypte et préparer l'installation de la dynastie sur les rives du Nil.

Dans ces conditions, les partisans des Fatimides en Afrique du Nord se limitent aux Kutamas, qui ne sont, d'ailleurs, pas toujours dociles. Les rapports de ces Berbères avec leurs maîtres ismaéliens se détériorent après l'assassinat, par Ubayd Allah al-Mahdi, du dai Abu Abd Allah. Les Kutamas se révoltent alors et vont même jusqu'à proclamer un nouveau mahdi. Les Fatimides répriment durement leur opposition et parviennent, par des faveurs de toutes sortes, à s'assurer leur appui.

Paradoxalement, le principal danger ne provient pas du sunnisme, qui constitue pourtant l'idéologie dominante du Maghreb, mais du kharidjisme, dont les adeptes sont relativement peu nombreux. Les Fatimides parviennent, tantôt par la répression, tantôt par la corruption, à assimiler l'opposition sunnite, qui ne semble pas les inquiéter outre mesure ; ils n'en ressentent réellement le danger qu'après l'alliance de Kairouan avec le kharidjite Abu Yazid (vers 883-947).

C'est en effet l'opposition kharidjite qui met la dynastie fatimide à deux doigts de sa perte. Dirigés par Abu Yazid, connu sous le nom de l'« homme à l'âne », soutenus par le calife omeyyade de Cordoue, les Kharidjites parviennent à s'emparer de plusieurs villes importantes et assiègent même pendant un an Mahdia (en arabe al-Mahdiyya), capitale des Fatimides. Ces derniers ne réduisent cette révolte qu'en 943-944, quatre ans après son déclenchement.

Les Fatimides étaient parvenus auparavant à neutraliser les Rustémides et leurs alliés les Berbères Zenatas ainsi qu'à mettre sous leur autorité les Idrisides. Ils écartent également le danger omeyyade à l'ouest du Maghreb et celui des Byzantins en Sicile. Cependant, l'ordre n'est réellement rétabli qu'à la fin de la période africaine ; c'est en effet le dernier calife africain, al-Muizz Li-Din-Allah, qui, quelques années avant son départ pour l'Égypte, assure son autorité sur l'ensemble du Maghreb, en soumettant l'ouest du pays grâce à son général Djawhar al-Siqilli (?-992).

3. La conquête de l'Égypte et la période égyptienne (973-1171)

C'est également Djawhar al-Siqilli qui occupe l'Égypte en 969, fonde la ville du Caire et établit la domination fatimide dans la vallée du Nil. Minutieusement préparée, la conquête de l'Égypte est facilitée par la désorganisation d'un pays alors en proie aux troubles et à la famine. Pour s'assurer la sympathie de la population, Djawhar se conduit libéralement et concentre ses efforts dans la lutte contre la famine. Il prépare ainsi l'installation de son maître al-Muizz Li-Din-Allah, qui arrive en Égypte en 973.

Comme au Maghreb, les Fatimides vont affronter en Orient des adversaires redoutables. Outre les chrétiens – Francs et Byzantins –, ils doivent faire face aux sunnites, représentés par les Abbassides, les Hamdanides et les Seldjoukides, et même aux Buwayhides chiites, qui contestent leurs origines alides. Ces forces constituent autant d'obstacles à la domination de tout le monde musulman. Aussi, les Fatimides ne peuvent-ils pas, malgré plusieurs tentatives, réaliser cet idéal. Leur autorité ne dépasse guère le cadre de l'Égypte. C'est à peine s'ils établissent une suzeraineté disputée sur les villes saintes, La Mecque et Médine, jusqu'au calife al-Mustansir (1036-1094), sur le Yémen de 987 à 1039, sur l'émirat d'Alep, en Syrie, en 1015 (pour cinquante ans à peine) et sur une partie de la Palestine jusqu'en 1153.

Ils perdent même leur autorité sur le Maghreb, dirigé depuis leur départ, en 972, par les Zenatas, qui sont des Berbères comme les Sanhadjas. En 1051, l'un de ces derniers, Muizz ben Badis (1016-1062), rejette la suzeraineté fatimide pour lui substituer celle des Abbassides. La Sicile se détache également des Fatimides, pour entrer, jusqu'à son occupation par les Normands, dans l'orbite de l'Ifriqiya.

Mais, si les Fatimides ne réalisent pas leur rêve de dominer tout le monde musulman, ils parviennent à constituer en Égypte un État et une administration judicieusement organisés ainsi qu'à relever la situation économique du pays.

4. L'État et l'administration des Fatimides

Le pouvoir appartient en principe au calife, l'imam, de la secte ismaélienne (→ ismaélisme), considéré, en tant que descendant de Mahomet, comme infaillible. L'imam, choisi par son prédécesseur, n'est pas forcément le fils aîné. Aucune condition d'âge n'étant requise, le trône peut revenir à un enfant : le pouvoir est alors exercé par un régent, la réalité de ce pouvoir appartenant aux généraux et aux vizirs, qui continuent à le détenir après la majorité du calife.

Fondé par le deuxième calife égyptien, al-Aziz (975-996), le vizirat constituera une institution fort importante. D'abord simple agent d'exécution de la volonté du calife, le vizir ne tarde pas à obtenir les pleins pouvoirs pour devenir le véritable maître du pays. Cette puissance du vizir date de l'époque d'al-Mustansir. Pour rétablir l'ordre, ce calife fait appel au commandant des troupes de Syrie, qui prend le titre de « vizir de plume et de sabre ». Dès lors, les vizirs, appelés vizirs de sabre, exercent la réalité du pouvoir au détriment du calife.

L'administration, organisée sous les deux premiers califes par Yaqub ibn Killis, un juif converti à l'islam, est fort complexe. Fortement hiérarchisée et fortement centralisée, elle dépend étroitement d'abord du calife, puis, à partir d'al-Mustansir, du vizir. Ses divers départements, appelés diwans, sont groupés, depuis l'éclipse du calife, au palais du vizir. Les finances sont spécialement bien organisées et permettent à l'État de se procurer des ressources substantielles.

5. La situation économique et sociale

L'agriculture, que favorisent les crues du Nil, fournit le pays en produits variés (blé, orge, légumes) et permet, grâce aux cultures industrielles (lin, coton, canne à sucre), le développement de l'industrie. Celle-ci est fondée sur le travail du lin, de la soie, du bois, du cristal, du verre, du fer, du cuivre et de l'ivoire. Elle assure la construction de navires, la production de tissus, de papiers, du sucre et divers autres produits de luxe. Le secteur le plus important reste celui du textile, que favorise le faste de la Cour.

Sous les Fatimides, l'Égypte entretient des relations commerciales avec de nombreux pays, notamment l'Inde, l'Abyssinie et les villes d'Italie (Amalfi, Pise, Gênes, Venise). L'Inde lui fournit des épices, qu'elle exporte avec ses tissus en Europe. Celle-ci lui vend en échange du blé, du fer, du bois, de la laine et de la soie. Cette situation d'intermédiaire entre l'Europe et le Moyen-Orient assurera la prospérité de l'Égypte jusqu'à la découverte de la route des Indes à la fin du xve s.

Toutefois, cette prospérité ne profite qu'à une minorité de privilégiés. Le faste des fonctionnaires richement dotés contraste avec la misère de la grande majorité de la population. Écrasé par l'impôt, le peuple égyptien reste à la merci des famines, dont l'Égypte souffre périodiquement dès que l'inondation du Nil est insuffisante et qui s'accompagnent, comme en 1054-1055 et de 1065 à 1072, de troubles et d'épidémies.

6. La chute des Fatimides

Dans ces conditions, l'État fatimide ne jouit pas de l'appui de la population, dont la grande majorité reste fidèle au sunnisme. Ainsi, privé d'assises sociales, affaibli par les révoltes populaires et les troubles militaires qu'accusent les rivalités sociales au sein d'une armée composée de Berbères, de Turcs et de Noirs, l'Empire fatimide décline-t-il pour succomber dans la seconde moitié du xiie s. sous les coups des croisés. Le maître de Damas, Nur al-din Mahmud, envoie à son secours une armée dirigée par Chirkuh et Saladin (Salah al-din). Chirkuh obtient en 1169 l'évacuation du pays par les Francs et devient le vizir des Fatimides. À sa mort, la même année, son neveu Saladin lui succède à la tête de l'Empire. En 1171, il décide de mettre fin au califat fatimide, devenu une pure fiction, pour restaurer dans la vallée du Nil le sunnisme et la suzeraineté abbasside.

Les Fatimides laissent une réputation de constructeurs (fondation de deux capitales : Mahdia en Ifriqiya et Le Caire en Égypte) et de tolérance en matière religieuse (plusieurs juifs et chrétiens purent accéder au poste de vizir).