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Abraham

Rembrandt, le Sacrifice d'Abraham
Rembrandt, le Sacrifice d'Abraham

Patriarche des Hébreux (xixe s. avant J.-C.), un des personnages majeurs des religions juive, chrétienne et islamique.

Récit biblique

Abraham, fils du nomade Térah

Selon la Genèse, Abram (nom sous lequel il est connu avant que Dieu ne le nomme Abraham) est l’un des trois fils de Térah, un nomade araméen originaire d’Our en Chaldée (basse Mésopotamie), descendant lui-même de Sem et de Noé. Térah décide de quitter la région d'Our pour migrer avec son clan. Tel est le début de l'histoire des Hébreux, que l'on date généralement aux environs de 1850 avant J.-C. « Et Térah [Tharé] prit Abram son fils et Lot fils de Haran, son petit-fils, et Saraï sa bru, femme d'Abram, et les fit sortir d'Our des Chaldéens pour aller au pays de Canaan » (Genèse, XI, 31).

En un premier temps, le clan des Térahites se dirige vers le nord de la Mésopotamie et s'arrête à Harran, dans la zone du haut Euphrate. Mais Harran n'est qu'une étape ; Térah meurt, et Abraham quitte la haute Mésopotamie. Cette fois, la migration s'accomplit d'est en ouest, en direction du pays de Canaan (la Palestine biblique). Les pérégrinations d'Abraham depuis Harran, à travers le pays de Canaan et jusqu'en Égypte, sont soutenues par une large promesse que Dieu lui a faite, scellant avec lui une alliance éternelle (XV, 2-21).

Abraham et Lot au pays de Canaan

Lorsque Abraham et Lot, son neveu, qu'il a amené avec lui, arrivent en Canaan, le pays est occupé par une population sémite établie depuis le début du IIIe millénaire avant J.-C. dans les plaines côtières et le Nord. Le reste du territoire est zone franche pour les nomades et leurs troupeaux.

La caravane partie de Harran campe aux environs de Sichem – que l'exploration archéologique a retrouvée au tell Balata, à l'est de Naplouse. « Abraham traversa le pays, jusqu'au territoire de Sichem, au chêne de Moré. » Ce chêne de Moré (c'est-à-dire du « devin ») est un arbre sacré marquant l'emplacement d'un vieux sanctuaire sémitique : les endroits sacrés (arbres, tombes, sanctuaires) sont, avec les points d'eau, les centres de ralliement des Hébreux nomades.

De Sichem, Abraham poursuit vers le sud jusqu'au Néguev (« pays sec », alors une région pauvre, terre d'élection des nomades mais aussi des pillards). La pérégrination d'Abraham est jalonnée d'étapes dont les noms resteront dans l'histoire d'Israël : Béthel, Aï et surtout Hébron (cette dernière région, au chêne de Mambré, autre emplacement sacré, sera le port d'attache du clan abrahamite).

C'est à ce moment de la vie du patriarche qu'il faut placer l'épisode du séjour en Égypte (Genèse, XII). Une période de sécheresse et de disette amène les nomades à chercher refuge dans la riche vallée du Nil.

Durant ce séjour égyptien arrive à Abraham une aventure dont l'aspect moral a longtemps embarrassé les commentateurs (Genèse, XII, 10 à 28). La tradition rapporte que, pour garder la vie sauve, Abraham se fait passer pour le frère de son épouse, Sara, que le pharaon convoite. Emmenée au harem royal, celle-ci est rendue à son légitime époux, après que Dieu ait affligé « de grands maux la maison de Pharaon ».

De retour en Canaan, Abraham et Lot se séparent : « Le pays ne suffisait pas à leur installation commune et ils avaient de trop grands biens pour habiter ensemble. »(Genèse, XIII). Lot se fixe près des cités du sud de la mer Morte, cédant ainsi à l'attrait d'une vie plus sédentaire. Abraham, pour sa part, poursuit sa vie de nomadisme. De Mambré-Hébron, il rayonne dans le sud du pays à la recherche des pâturages et des points d'eau. À ce plateau qui garde le souvenir du grand patriarche, les Arabes ont donné le nom de Ramat al-Khalil (la hauteur de l'Ami) : dans la Bible et le Coran, Abraham est appelé « l'Ami de Dieu ».

En dépit de leur différent, Abraham vint au secours de son neveu, victime d'un raid militaire organisé par quatre roisorientaux contre cinq rois cananéens (Genèse, XIV).

La tradition religieuse met encore au compte du patriarche le salut de Lot et de sa famille lors de la légendaire catastrophe qui aboutit à la destruction de Sodome et Gomorrhe, cités du sud de la mer Morte. L'origine de cette légende célèbre est à chercher dans quelque séisme particulièrement destructeur. Les émanations de soufre, les eaux chaudes qui abondent dans la partie méridionale de la dépression ont été aux yeux des Anciens les témoins de la pluie de soufre et de feu que Yahvé a fait tomber sur les villes maudites (Genèse, XIX). Le nom de Sodome est conservé par le Djebel Sudum (djabal al-Sadum), un épais gîte salin où se dressent des stèles de sel.

La descendance d'Abraham

Ismaël et Isaac

Abraham et Sara, qui voient venir la vieillesse, n'ont pas d'enfant. Afin de s’assurer une descendance, Sara propose à son époux de s’unir à sa servante Agar (Genèse, XVI) ; cette pratique, dont témoigne le droit mésopotamien (code d'Hammourabi et lois de Nouzi), permet à une épouse stérile de devenir la mère légitime de l'enfant né de cette union à laquelle elle a consenti. Ainsi naît Ismaël, l'ancêtre des Ismaélites dont les « Arabes » sont les descendants.

Mais la présence de deux épouses ne favorise guère la paix du foyer. Agar, fière d'avoir enfanté, oublie son statut de concubine et irrite sa maîtresse par son arrogance. La situation s’envenime après la naissance d'un nouvel enfant, fils, cette fois, de l'épouse légitime : Isaac, l'enfant de la promesse divine. « Ta femme Sara te donnera un fils et tu l'appelleras Isaac. J'établirai mon alliance avec lui en alliance perpétuelle pour sa race après lui » (Genèse, XVII). C'est ce second fils d’Abraham, Isaac, qui est reconnu comme l'ancêtre des Israélites dont le peuple juif est le descendant.

Or, selon l'ancien droit oriental, l'enfant né d'une concubine dispose de l'héritage paternel, s'il est juridiquement considéré comme fils de l'épouse, ce qui est le cas d'Ismaël. Dans sa jalousie maternelle, Sara refuse que l'héritage soit partagé entre les deux enfants et, outrepassant la loi, implore son époux de chasser la servante et son fils. À contrecœur, Abraham se résout à renvoyer Agar et Ismaël.

L’épreuve divine de la foi

Dieu cherche à éprouver la foi d’Abraham et lui demande de lui faire le sacrifice de son fils chéri, « ton fils Isaac ton unique, celui que tu aimes » (Genèse, XXII). Abraham se met en devoir d'obéir. Mais à l’instant ultime du sacrifice, Dieu, satisfait de cette obéissance, substitue à l’enfant une victime animale. Ce récit biblique témoigne du refus des sacrifices humains, relativement fréquents chez les Cananéens et pratiqués aussi en Israël, mais plus rarement, jusqu'au vie s.avant notre ère.

Isaac grandit. Typiquement oriental est le récit de son mariage (Genèse, XXIV). Abraham envoie son intendant en haute Mésopotamie chercher une femme pour son fils, là où s'est fixée, après la sortie d'Our, une partie de la tribu de Térah. Car le patriarche ne veut pas pour son héritier une fille des Cananéens parmi lesquels il vit. L'endogamie (mariage à l'intérieur du clan) est une coutume, héritage de la vie tribale, fréquemment attestée dans l'Orient ancien. Isaac épouse sa cousine Rébecca.

Le seuil de la mort et la caverne de Macpéla

Abraham, qui est nomade, ne possède pas de terre. Quand son épouse Sara meurt, il se trouve dans l'obligation d'acheter aux habitants du pays une portion de terrain pour la sépulture de celle-ci. Le contrat par lequel il acquiert la grotte de Macpéla et le champ qui l'entoure n'est pas sans présenter de nombreuses ressemblances avec les contrats que nous font connaître les documents hittites et hourrites. Le terrain acquis entoure une grotte qui doit servir de tombeau.

Les cavernes funéraires resteront le type normal de la sépulture israélite : dix-huit siècles plus tard, Jésus de Nazareth sera lui aussi enseveli dans une chambre funéraire creusée dans le roc.

Abraham meurt « dans une vieillesse heureuse, vieux et rassasié de jours », et il est enseveli aux côtés de son épouse. La grotte de Macpéla va devenir le caveau de famille des grands ancêtres d'Israël : Sara et Abraham, Isaac et Rébecca, Jacob et Lia. Les historiens considèrent comme très ancienne la tradition qui situe au Haram al-Khalil (le lieu saint de l'Ami) la sépulture des patriarches hébreux. Depuis deux millénaires, des monuments hérodiens, byzantins, médiévaux et arabes se succèdent au-dessus d'une grotte s'ouvrant au flanc de la colline d'Hébron, témoins de la foi d'une multitude de croyants juifs, chrétiens et arabes.

Symbolique religieuse

D’Abraham, cet « Araméen errant », la Bible et le Coran ont fait un être d'exception qui prend place aux côtés de Moïse, de Jésus et de Mahomet. Car la migration d'Abraham ne s'insère pas seulement dans un processus historique, elle est devenue un événement religieux.

Père des croyants, chevalier de la foi, champion du monothéisme, Abraham est celui dont se réclament les trois grandes religions monothéistes du bassin méditerranéen. Et chaque croyant juif, chrétien ou musulman fait siens les mots de Paul Claudel : « Les fils d'Abraham, c'est nous. »

Abraham face à l’exégèse et à la critique historique

Au xixe s., les premiers travaux des exégètes ont conduit à douter de l'historicité d'Abraham. De nos jours, une meilleure connaissance du Moyen-Orient, reposant pour partie sur les découvertes archéologiques – notamment à Byblos, Ras Shamra (Ougarit), Mari, Our et Nouzi (près de Kirkuk) – qui élargissent et confirment les récits bibliques, restitue à ce récit de la Genèse une assise historique. Ainsi la pérégrination d'Abraham s'inscrit dans le vaste déplacement des Amorites, observé au début du IIe millénaire avant J.-C.

La migration patriarcale vers Haran et, de là, vers le sud est vraisemblable. Les dernières études permettent de connaître le mode de vie ainsi que l'univers religieux de ces hommes itinérants. Abraham était un pasteur de petit bétail, en voie de sédentarisation. L'une des caractéristiques essentielles de la religion patriarcale réside dans le culte du « dieu du père », dieu de l'ancêtre immédiat, que le fils fait sien ; cette reconnaissance est fixée dans l'expression « le dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob ». Cette divinité de nomades n'est pas liée à un sanctuaire mais à un groupe d'hommes, qu'elle conduit et garde en chemin. Elle décide de ses migrations et sait où elle le mène (Genèse, XII, 1). Elle s'engage envers ses fidèles, enfin, par des promesses qui répondent aux deux vœux essentiels de groupes pasteurs semi-nomades : la descendance, qui assure la continuité du clan ; la terre où ils aspirent à se fixer. L'invocation d'« El Shaddaï » par Abraham est le fruit de l'association du dieu sédentaire « El » avec le nom du dieu du père, apporté de haute Mésopotamie, « Shaddaï », celui qui vient des steppes. Par la suite, les patriarches hébreux n'ont retenu du dieu El qu'un seul trait : sa puissance. On notera que le nom de Yahvé ne doit pas être employé pour désigner le dieu d'Abraham : le culte ancien du dieu des pères s'est retrouvé dans la foi, ultérieure, en Yahvé, particulièrement en ceci que la divinité est attachée à des personnes plutôt qu'à des lieux sacrés.

Ainsi, les écrits de la Genèse relatifs à Abraham ne constituent pas, à proprement parler, une relation historique ; des expériences postérieures se sont déposées dans ce récit, lequel renferme, cependant, de nombreuses traces d'une époque antérieure. Enfin, les interprétations chrétienne (Épître aux Romains, IV, 18) et musulmane (Surates III, 68 ; VI, 84) de ces traditions de la Genèse ont élargi ces dernières en reconnaissant en Abraham le père de tous les croyants et ont confirmé la promesse selon laquelle il aurait une postérité aussi nombreuse qu'il y a d'étoiles dans le ciel.