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Hébreux

Le pays des Hébreux
Le pays des Hébreux

Peuple sémite de l'Orient ancien, installé en Palestine et dont la Bible retrace l'histoire.

À l'aube de l'histoire : les traditions patriarcales

Introduction

Pour les Israélites, leur histoire commence avec Abraham, l'ancêtre du peuple hébreu. Pour l'historien, l’origine de l'histoire ancienne d'Israël se situe à l'époque où les Hébreux établis en pays de Canaan sont devenus une nation. Néanmoins, il est légitime de se demander, au nom même de l'histoire, d'où vient ce peuple et comment il s'est formé. Si les Hébreux trouvaient la réponse dans leurs antiques traditions, quel crédit l'historien peut-il accorder à ces récits anciens ?

La lecture des textes bibliques amène deux remarques.
– D’une part, les récits de la Bible sont une histoire populaire qui se plaît aux anecdotes et aux traits de mœurs pittoresques, sans souci de se rattacher aux grands faits de l'histoire générale : les points de repère sont les événements majeurs du clan ou de la famille : naissance, mariage, mort.
– D’autre part, ces textes sont aussi et surtout le récit d’une histoire religieuse. Les faits sont rapportés moins pour leur valeur historique que pour leur signification théologique. Deux idées sous-tendent la rédaction de ces récits : tout ce qui arrive est l'effet de l'action directe de Dieu ; le peuple d'Israël a été choisi par Dieu, et ce choix fait du peuple élu un peuple à part.

La présentation des anciennes traditions

L'histoire patriarcale s'organise autour de trois grands noms, Abraham, Isaac et Jacob, mais il paraît bien qu'il n'y ait que deux cycles de narration (celui d'Abraham et celui de Jacob) qui introduisent aux événements de la sortie d'Égypte. Isaac ne jouant qu'un rôle mineur : son histoire est incluse dans celle de son père Abraham et il n'a qu'une place secondaire dans les récits concernant ses deux fils, Ésaü et Jacob.

Entre 2000 et 1750 avant J.-C., des tribus semi-nomades venant du désert syro-arabe et de la Mésopotamie pénètrent en pays de Canaan (la Palestine antique). L'origine des Hébreux est à chercher parmi ces hommes du désert. Selon la Bible, Abraham, originaire de Mésopotamie, rejoint la Palestine par la Syrie. Dans cette région, le clan mène une vie de pasteurs errants, allant de place en place à la recherche de pâturages pour leurs troupeaux. Les pérégrinations se situent à la limite des terres cultivables habitées par les Cananéens, là où les pluies sont suffisantes et les points d'eau relativement rapprochés.

Le fils d'Abraham, Isaac, mène dans le Sud palestinien une vie plus sédentaire.

Le second cycle de la vie des patriarches commence avec l'histoire des deux fils d'Isaac, Jacob et Ésaü. Jacob est présenté comme un homme astucieux, qui souffle à Ésaü son droit d'aînesse. À travers les démêlés des deux frères rivaux, on distingue deux types sociaux : Jacob, le pasteur tranquille qui réussit grâce à son habileté ; Ésaü, le nomade chasseur, vivant des produits de sa chasse, voire du butin de razzias. Jacob, après avoir repris quelques années la vie nomade en Mésopotamie (pays des ancêtres de la famille) chez son beau-père Laban, retourne dans le Sud palestinien, riche de nombreux troupeaux, de deux épouses et de plusieurs enfants.

C'est là que finit l'histoire de Jacob et que commence celle d'un de ses fils, Joseph, qui rattache les cycles patriarcaux à l'autre grand volet des traditions nationales auquel elle appartient : le séjour en Égypte.

Histoire ou histoires ?

Si l'on pense qu'Israël (nom donné au peuple hébreu) a quitté l'Égypte sous la conduite de Moïse au xiiie s. avant J.-C. et qu'Abraham a pu vivre vers le milieu du xixe s. avant J.-C., on comprend que les traditions bibliques sur l'époque patriarcale ne peuvent être que la schématisation d'une histoire qui a dû être plus complexe. En effet, d'Abraham à la sortie d'Égypte, la Bible parle de six générations ; or, six générations peuvent difficilement couvrir six siècles.

Ces récits bibliques sont-ils ainsi de l'histoire ou des histoires ? Le fait qu'ils ont été mis en forme à une époque où Israël est devenu une nation et que les auteurs ont vu le passé en fonction de leurs idées politiques ou religieuses ne saurait a priori enlever à ces récits toute valeur historique. Parallèlement, nul ne contestera que ces vieilles traditions ont charrié, en se transmettant, des éléments légendaires ou mythiques.

Si la transmission orale de souvenirs anciens invente et aussi oublie, elle reste cependant fidèle sur certains points. D'ailleurs, souvent, ce n'est pas le fait qu'elle invente, mais l'explication du fait ou sa justification. La légende ou le mythe ne sont pas nécessairement une négation du fait historique, mais parfois un de ses modes d'expression. Il n'est donc pas impossible a priori qu'Israël ait conservé dans ses anciennes traditions des souvenirs authentiques de ses origines. Et de fait, force est de constater que, sur de nombreux points, les traditions patriarcales s'accordent avec l'histoire de l'Ancien Orient en cette première partie du IIe millénaire avant J.-C. Les noms propres des patriarches se retrouvent dans les documents de l'Ouest sémitique, mis au jour à Mari ou à Ras Shamra (Ougarit). Et il est important de remarquer que ces noms ne sont ensuite jamais plus donnés dans toute la période de l'Ancien Testament. Ils appartiennent donc à des types de noms connus avant l'apparition des Israélites comme peuple, et dans les régions d'où la Bible fait venir les patriarches. Les étymologies populaires données par la Bible (tel Abraham, « père d'une multitude ») montrent bien que leur signification primitive n'est plus comprise : ce qui suppose qu'ils ont été transmis par une tradition très ancienne.

L'ancienneté du fond de ces récits est encore confirmée par l'histoire du milieu de l'Ancien Orient. Les migrations patriarcales ne sont pas sans rapport avec les mouvements des peuples à cette époque : les vagues amorrites (ou proto-araméennes), bientôt suivies par d'autres groupes de bédouins qui cherchent à s'infiltrer dans les régions cultivées. Les tablettes de Mari nous font connaître l'activité de ces nomades et mentionnent les Hapirou et les Benjaminites (Bene Yamina), dans lesquels les chercheurs ont cru pouvoir reconnaître les premiers Hébreux.

On peut aussi établir d'intéressants parallèles entre les coutumes des ancêtres d'Israël et celles que nous font connaître les tablettes de Nouzi ou les anciens codes mésopotamiens du IIe millénaire avant J.-C., ceux d'Hammourabi, d'Our-Nammou ou de Lipit-Ishtar.

Sans doute ne faut-il pas trop abuser de ces rapprochements, car, dans l'interprétation d'une découverte archéologique, il reste toujours une zone d'incertitude. Ils montrent toutefois qu'un certain nombre de traits relatifs aux patriarches s'inscrivent dans le cadre général de la vie et des coutumes du Proche-Orient de cette époque.

En conclusion, le témoignage qu'apporte l'archéologie confirme dans une grande mesure la présentation biblique des premiers temps de l'histoire d'Israël. Cela ne veut pas dire qu'il soit possible d'établir une biographie des patriarches. Mais la vaste documentation acquise permet d'esquisser à grands traits le destin des ancêtres des Hébreux.

Les traditions sur le séjour et la sortie d'Égypte

Introduction

Le séjour en Égypte est un épisode majeur de la plus ancienne tradition d'Israël. Mais s'il existe une tradition sur l'entrée en Égypte (l'histoire de Joseph) et une tradition sur la sortie d'Égypte (l’histoire de Moïse), Israël semble n'avoir conservé aucun souvenir concernant le temps du séjour au pays des pharaons.

L'histoire de Joseph

Les récits relatant l'histoire de Joseph figurent parmi les plus beaux textes de la Bible par leur qualité littéraire. Joseph, avant-dernier fils de Jacob, vendu par ses frères à des caravaniers, devient esclave en Égypte et, grâce à sa sagesse, accède au rang de principal conseiller du pharaon. Oublieux des mauvais traitements passés, il fait venir sa famille et l'installe en bordure du delta dans les riches pâturages de Gessen.

L'essentiel de cette histoire est ordinairement associé à l'invasion des Hyksos (xviiie s. avant J.-C.), qui amène en Égypte un afflux d'étrangers, principalement des Sémites. Les Hyksos, sémites eux-mêmes, leur font bon accueil. La fortune de Joseph, quoi qu'il en soit des détails, se comprend mieux sous le règne de pharaons, originaires d'Asie.

Bien que ces récits aient été mis par écrit vers le règne de Salomon (xe s. avant J.-C.), il est important de noter la couleur égyptienne des traditions anciennes qu'ils rapportent. Les découvertes archéologiques nous font connaître le nom de Sémites qui sont parvenus en Égypte à de hautes fonctions. Les usages égyptiens sont aussi parfaitement notés : les songes et leur interprétation, le régime foncier égyptien, l'embaumement de Jacob et sa mise au cercueil (usagetotalement étranger à la Palestine).

Toutefois, force est de constater que, à la lecture des textes, il est difficile de saisir la fonction réelle de Joseph : administrateur des biens royaux, maître du palais, premier ministre ? Ajoutons que les marchands auxquels Joseph est vendu sont dits tantôt Madianites, tantôt Ismaélites. Le pharaon qui prend Joseph à son service n'est pas nommé, pas plus d'ailleurs que celui de l'Exode – ce qui est d'autant plus étonnant que l'on connaît le nom de Putiphar, le premier maître de Joseph, ainsi que ceux de son beau-père et de sa femme.

On n'échappe donc pas à l'impression que la tradition a véhiculé des légendes et que le récit a voulu exalter un grand ancêtre en le faisant le premier personnage d'Égypte après le roi.

Le temps de l'esclavage

Installés dans la terre égyptienne de Gessen, les Hébreux du clan de Jacob y mènent une existence pastorale assez semblable à celle qu'ils ont vécue en Canaan. Cette terre de Gessen (en hébreu Goshen) est à situer près du Wadi Tumilat, à l'ouest du lac Timsah.

Après un temps difficile à évaluer, quatre siècles selon la chronologie biblique, la situation change pour les immigrants. Au xvie s. avant J.-C., une révolte contre les conquérants étrangers éclate en Haute-Égypte. Ahmosis, fondateur de la XVIIIe dynastie, chasse les Hyksos d'Égypte et les poursuit jusqu'en Palestine.

Il est facile de comprendre qu'après l'expulsion des envahisseurs les Égyptiens aient regardé d'un mauvais œil les éléments étrangers restés parmi eux, souvenirs d'une époque et de maîtres abhorrés : « Un nouveau roi, qui n'avait pas connu Joseph, vint au pouvoir en Égypte » (Exode, i, 8). L'asservissement progressif auquel sont soumis les Hébreux se fait en trois étapes : c'est d'abord la forme assez modérée de la corvée, ensuite l'ordre du pharaon de supprimer tous les nouveau-nés mâles, enfin, l'aggravation des conditions de la corvée.

Selon la tradition biblique, les Hébreux sont employés à la construction de Pithom et de Pi-Ramsès. Comme les sites archéologiques fouillés disposent de monuments au nom de Ramsès II, dont l'activité de bâtisseur a été considérable, l’hypothèse communément admise est que c'est sous le règne de celui-ci, vers 1250 avant J.-C., que se situent probablement les événements de l'Exode. Les peintures de Rekhmaré à Thèbes, de peu antérieures à l'époque de Ramsès, donnent une idée du labeur de ces esclaves d'État fabriquant et transportant des briques. Il est ainsi historiquement plausible que les Hébreux aient aspiré à recouvrer leur liberté.

Moïse le libérateur

Moïse est considéré comme l'âme de la résistance hébraïque à l’oppression égyptienne. Persuadé qu'il reçoit l’aide d’un dieu plus puissant que les divinités du panthéon égyptien, il réussit à convaincre ses frères de sang et à les amener dans les steppes qui s'étendent au sud de la Palestine.

La tradition postérieure a transfiguré son histoire. Sa naissance merveilleuse, empruntée au fonds commun du folklore, trouve un parallèle saisissant avec celle de Sargon d'Akkad, abandonné lui aussi sur les eaux d’un fleuve (l'Euphrate pour sa part) dans une corbeille de joncs enduite de bitume. Moïse, dont le nom est égyptien (l'étymologie biblique, « sauvé des eaux », est populaire), reçoit une éducation égyptienne à l'exemple de ces Asiatiques que les pharaons faisaient instruire pour leur confier des fonctions administratives.

Conduire les Hébreux hors d'Égypte a été pour Moïse une tâche particulièrement complexe, l'administration royale étant peu disposée à se défaire d'une telle main-d'œuvre. Les difficiles tractations entre Moïse et le pharaon ont subsisté sous la forme du récit des « Dix Plaies d'Égypte », c'est-à-dire les fléaux dont Yahvé, le dieu des Hébreux, a frappé les Égyptiens pour les contraindre à accorder aux Israélites la liberté de quitter le pays. Ces calamités divines sont, de fait, des fléaux naturels repris par la tradition postérieure et agencés dans une histoire qui utilise le folklore égyptien et oriental. Il n'est pas sans intérêt de constater par exemple que le « fléau du sang » (les eaux rougies par un dépôt de terre soulevée par le sirocco) se trouve déjà dans une tablette sumérienne. Pour une interprétation correcte de ce passage, il faut retenir que le récit est une composition littéraire qui brode sur le thème populaire de la supériorité du dieu des Hébreux sur les dieux des Égyptiens. La transcendance de Yahvé, qui dirige le déroulement des événements afin de délivrer Israël et d'en faire son peuple, est une des idées maîtresses qui ont présidé à la formation de l'histoire biblique.

Le miracle de la mer

C'est dans cette même perspective qu'il faut comprendre l'épisode du passage de la mer Rouge(Exode, xiv).

Arrivée à la « mer des Roseaux », la colonne des émigrants est attaquée par un détachement de chars de l'armée égyptienne. À cette époque, les lacs Amers communiquent avec la mer Rouge par une sorte de chenal à travers une région marécageuse. C'est donc à cet endroit qu'il faut situer la traversée du récit biblique. En dehors de sa localisation hypothétique, cet événement pose bien des problèmes aux historiens, les récits transmis par la tradition ayant de toute évidence le caractère d'une épopée. Comme pour les histoires de l'Iliade d’Homère, il serait hasardeux de vouloir rechercher à tout prix ce qui s'est exactement passé. « Les fugitifs se sont trouvés dans une situation désespérée et ils ont été sauvés par ce qui leur a paru être une intervention miraculeuse de leur dieu » (R. de Vaux). Dans cette bande marécageuse, de la pointe des lacs Amers à l'actuel golfe de Suez, le terrain est humide et mouvant, et les chars égyptiens qui s'y étaient engagés ont pu s'embourber, rendant toute poursuite inefficace. « Et Yahvé enraya les roues des chars », note l'Exode (XIV, 25). Transformé par la tradition nationale, cet engagement entre la colonne des fugitifs et un détachement de l'armée que l'Égypte entretenait à ses frontières a pris l'allure d'une épopée nationale et religieuse. Ce récit n'est ainsi plus une geste des Hébreux, mais devient une geste de Yahvé lui-même.

La pérégrination dans le désert : le Sinaï

Délivrés du danger d'être repris par les Égyptiens, les Hébreux retrouvent la vie libre de leurs ancêtres. Leur séjour jusqu'à l'entrée en Canaan dure, selon la Bible, quarante ans (chiffre symbolique exprimant le temps d'une génération).

Mais quel a été l'itinéraire des Hébreux ? L'itinéraire classique de l'Exode par le sud de la péninsule sinaïtique reste sujet à caution, car il est difficile sinon impossible de localiser les divers points du parcours donné par la Bible. Une chose est assurée, c'est que le point de ralliement avant la conquête a été l'oasis de Cadès, à l'extrême sud de la Palestine.

Mais de la mer des Roseaux à Cadès, trois routes sont possibles.
– Les Israélites auraient pu rejoindre directement Cadès en traversant en ligne droite le nord de la péninsule sinaïtique. Toutefois, ce trajet est à écarter, car il ne peut trouver d'appuis sûrs dans les textes.
– Ou, empruntant la route sud-est qui conduit à l'Arabie du Nord-Ouest vers le golfe d'Aqaba, ils auraient pu remonter vers Cadès et le sud de Canaan.
– Enfin, ils auraient pu suivre la route traditionnelle par le sud, qui les aurait amenés à faire le tour de la péninsule.

En fait, le tracé de l'itinéraire suivi est lié à la localisation du Sinaï. Dans le cycle des traditions concernant le séjour au désert, le séjour au Sinaï est l'événement majeur que la Bible place aux origines de l'histoire d'Israël. C'est là que Moïse a reçu la révélation du nom de Yahvé et a conclu le pacte d'alliance entre Israël et son Dieu.

La localisation du Sinaï dans le sud de la péninsule n'est pas sans difficulté. Ce sont seulement les premières traditions chrétiennes qui situent le Sinaï au djabal Musa ; et ces traditions ne remontent pas au-delà du ve s. après J.-C. De plus, si cette identification est correcte, cela signifie que les Hébreux auraient fait un long détour dans la partie la plus rude de la péninsule. Enfin, les partisans de cette tradition, dite ancienne et vénérable, ont quelque mal à localiser les divers points d'étape et à donner le tracé d'un itinéraire.

Aussi certains auteurs, s'appuyant également sur les textes bibliques, proposent-ils de mettre le Sinaï à l'est du golfe d'Aqaba. Leurs arguments se fondent surtout sur le fait que la théophanie (manifestation de Dieu) du Sinaï est décrite dans un contexte d'éruption volcanique : tonnerre, montagne embrasée, colonne de fumée et de feu. Or, il n'y a pas de volcan dans le massif du Sinaï, mais il y en a eu en activité à l'est du golfe d'Aqaba. De plus, certains noms de lieux donnés par les textes bibliques se retrouvent dans cette région, qui était le pays des Madianites. Et la Bible note les contacts étroits de Moïse avec ces mêmes Madianites.

Après le Sinaï, l'étape la plus importante est celle de Cadès, qui précède l'entrée en Canaan. Le séjour dans l'oasis de Cadès marque pour les pasteurs nomades que sont les Hébreux un début de sédentarisation. C'est alors qu'apparaissent les premiers éléments d'une organisation. Ce groupement de clans qu'unissent des années d'existence commune tend à devenir un peuple, auquel vont s'agréger d'autres éléments nomades comme les Calébites et les Qénites, qui plus tard participent avec les Hébreux à la conquête de Canaan.

L'installation en Canaan

Le livre de Josué (entre 1220 et 1200 avant J.-C.)

Le livre de Josué décrit la conquête de la Palestine comme une œuvre commune de toutes les tribus sous la conduite de Josué. Cette présentation simplifie grandement la réalité ; l'action des divers groupes, couronnée d'un succès inégal, a été plus éparpillée, comme en témoigne le début du livre des Juges. Il est évident aussi que l'installation en Canaan ne s'est pas faite seulement par les armes. Une partie du pays n'a pas eu besoin d'être conquise. Dans certains lieux peu habités, la pénétration a été pacifique. Elle a également été facilitée par une entente avec certains groupes d'origine amorrite, comme les Hébreux, qui en certains cas ont joint leurs forces à celles des envahisseurs.

C'est ainsi que, dans le Sud, la conquête se fait sans violence jusqu'au moment où les immigrants atteignent la montagne judéenne, occupée par les Cananéens sédentaires.

La conquête de la Palestine centrale est décrite dans le livre de Josué sous la forme d'une chevauchée militaire marquée par quelques actions de grande envergure. Là aussi, il faut mettre des nuances. C'est d'abord le passage du Jourdain – dont le récit rappelle sensiblement le passage de la mer Rouge. Après la prise de Jéricho, d'Aï et de Béthel, les Hébreux parviennent à prendre pied dans la montagne d'Éphraïm. La région dans laquelle ils pénètrent est peu habitée, et ils s'y établissent sans trop de heurts. Les Cananéens installés dans la plaine, morcelée en une multitude de cités-États, commencent à s'inquiéter de la présence de ces étrangers. Cependant, affaiblis par leurs rivalités internes, ils ne parviennent pas à contenir la poussée des Israélites ni même à les empêcher de s'installer dans le nord du pays. En fait, Cananéens et Hébreux vont cohabiter longtemps encore. Les Israélites, maîtres seulement des campagnes et des parties montagneuses du pays, ne sont pas alors en mesure encore d'affronter dans la plaine les troupes cananéennes, mieux armées et dotées de chars de guerre. Le travail de conquête va se poursuivre durant l'époque des Juges et se terminer au début de la période monarchique, avec la prise des dernières places fortes cananéennes : Jérusalem et Megiddo.

Les données archéologiques confirment dans l'ensemble ces données bibliques, en dépit d’une tentation de correspondances abusives. Ainsi s'est-on longtemps acharné à vouloir apporter la preuve de la destruction de Jéricho par Josué, au xiiie s. avant J.-C. Or, les fouilles montrent que Jéricho a été détruite vers 1550 avant J.-C. puis pauvrement réoccupée au xive s. avant J.-C. Rien n'a été trouvé qui puisse être attribué au xiiie s. avant J.-C. ; pas la moindre trace des murailles renversées au son des bibliques trompettes. Si Jéricho a été prise, elle n'était sans doute à cette époque qu'une petite installation peu ou pas fortifiée. Il en va de même d'Aï, détruite vers 2400 avant J.-C. et réoccupée après 1200 avant J.-C. ; un village était installé sur ses ruines : son nom signifie d'ailleurs « la ruine ». Pour ces deux villes, il paraît clair que le récit de leur prise doit être ramené à des proportions plus modestes. En revanche, les fouilles entreprises sur l'emplacement d'autres cités, comme Debir, Lakish ou Haçor, cadrent avec les destructions relatées dans la Bible. Mais, là encore, il serait téméraire d'attribuer aux seuls envahisseurs israélites les destructions que font apparaître les fouilles : les luttes étaient fréquentes entre les cités cananéennes, les conflits nombreux avec les peuples voisins ; et il était d’usage de raser la ville conquise.

La période des Juges (vers 1200 à vers 1030 avant J.-C.)

Après la mort de Josué, les Israélites s'efforcent d'assurer la place qu'ils ont conquise en Palestine. En butte à l'hostilité des Cananéens et aux incursions dévastatrices des nomades établis sur l'autre rive du Jourdain – Moabites, Édomites, Ammonites –, les clans israélites n'ont pas encore trouvé leur stabilité. De surcroît, les rivalités internes sont nombreuses : appropriation de parcelles des terres voisines, voire conflits territoriaux ouverts.

L'arrivée des Philistins aggrave la situation. Depuis le début du xiie s. avant J.-C., ces envahisseurs venus des côtes égéennes et crétoises se sont installés sur le littoral au sud de Jaffa. Ils occupent la plaine de la Shéfelah et la bande côtière. Fortement organisés en cinq districts, possédant une armée bien équipée, ils vont être les ennemis les plus dangereux d'Israël, jusqu'au règne de David.

À cette solide organisation, les Hébreux n'opposent qu'une confédération de douze tribus jouissant chacune d'une indépendance complète. Il n'y a pas de gouvernement central. Le seul lien qui les unit est le culte de Yahvé. L'Arche d'alliance, figuration du trône de Yahvé et signe de la présence divine, est vénérée par toutes les tribus au sanctuaire de Silo, en Palestine centrale. Tout autre lien que le lien religieux faisant défaut, seul un danger d’envergure peut susciter une union passagère entre les tribus menacées. On voit alors apparaître des chefs temporaires qui conduisent une guerre de libération et exercent quelque temps leur autorité sur un groupe de tribus réunies sous la pression des circonstances. Les plus connus de ces chefs, appelés « juges », sont des héros locaux dont l'histoire ou la légende est rattachée à différents endroits de la Palestine. L'histoire de Gédéon se situe sur le plateau nord-palestinien, celle de Jephté en Transjordanie, celle de Samson en Palestine centrale.

Ces récits du livre des Juges se présentent comme une histoire populaire faite de narrations stéréotypées, encombrée de traditions anecdotiques et légendaires. Il n’en demeure pas moins qu’ils reflètent la situation politique et sociale de cette époque, comme en témoigne un passage de l'histoire de Samson. Ainsi, Le livre des Juges (XV, 15-17) rapporte que Samson parvient à tuer mille Philistins avec une mâchoire d'âne ; or ont été mis au jour, en Mésopotamie, des faucilles faites en éléments de silex enchâssés sur une monture de bitume, voire sur une mâchoire d'animal. « C'est ainsi que l'on doit se représenter vraisemblablement la mâchoire d'âne avec laquelle Samson fait un carnage de Philistins » (André Parrot, Assur).

À la fin de la période des Juges, le danger philistin se fait plus pressant. Les fouilles de Silo montrent que, vers le milieu du xie s. avant J.-C., la ville a subi une destruction qui confirme la relation de la défaite d'Israël au chapitre IV du premier livre de Samuel. Cet épisode se passe sous la judicature du prêtre Héli vers 1050. L'Arche d'alliance, palladium des Israélites, tombe aux mains de l'ennemi, qui prend le contrôle d'une partie du territoire d'Israël et interdit aux vaincus de fabriquer des armes. Devant l'ampleur du désastre, Samuel tente, sans grand succès, d'organiser une résistance nationale. C'est la fin de l'institution des Juges.

La monarchie unitaire (vers 1030-931 avant J.-C.), siècle d'or d'Israël

Introduction

Sous la pression d'un péril qui tend à devenir chronique, l'unité nationale d’Israël s'achève. Les tribus prennent conscience de la nécessité d'avoir un chef permanent qui aura pour mission de conduire la guerre de libération. Mais la transition ne se fait pas sans heurts.

Saül et l'échec (vers 1030-vers 1010 avant J.-C.)

Le premier roi, Saül, est à l’origine un chef local qui, avec une petite troupe, conduit des opérations de plus ou moins grande envergure. Ses premiers succès lui assurent une autorité plus grande sur l'ensemble des tribus. Il réside à Gibéa, à 6 km au nord de Jérusalem. Les fouilles faites à cet endroit ont fait apparaître les restes d'une petite citadelle dont la Bible attribue la construction à Saül. En fait, on peut penser qu'elle a été construite par les Philistins et que Saül l'a utilisé après la conquête de cette ville par Jonathan, son fils.

L'amélioration de la situation redonne courage aux tribus, qui entreprennent de déloger l'ennemi des postes qu'il occupe à l'intérieur du territoire d'Israël. Le nouveau roi parvient à lever une armée permanente et à s’entourer de quelques hommes aux qualités guerrières éprouvées. Ce cercle comprend, avec Jonathan (fils du roi), son cousin Abner (promu général des armées des tribus), et le jeune David (chef de la garde royale).

La fin de l'histoire de Saül dans la Bible est surtout l'histoire de l'accession de David au pouvoir. David est originaire de Bethléem, située à 8 km au sud de Jérusalem. Les dons et l'habileté dont il fait preuve lui valent la confiance du roi. Cependant, ses nombreux succès obtenus dans la guerre contre les Philistins finissent par éveiller la jalousie de Saül et incitent David à s'enfuir dans la montagne judéenne. Il devient chef de bande, mais, pressé par les gens de Saül qui le poursuivent, il se réfugie avec ses hommes chez les Philistins, auxquels il offre ses services. Ceux-ci l'emploient à protéger leurs frontières contre les incursions des nomades Amalécites.

Lorsque la guerre reprend entre Saül et les Philistins, la situation de David devient délicate. La défiance dont font montre à son égard les princes philistins le sauve du danger d'avoir à prendre part à la guerre contre ses frères hébreux. L'engagement entre les deux armées, israélite et philistine, a lieu dans la plaine de Jezraël (Yizreel), au mont Gelboé. La bataille se termine par un désastre, et Saül, blessé par les archers, se donne la mort. Le règne du premier roi d'Israël s'achève par un accroissement de la puissance philistine dans le nord du royaume.

David, bâtisseur d'empire (vers 1010-vers 970 avant J.-C.)

L'unité nationale, apparemment compromise par la faillite de la première tentative monarchique, se reconstruit en deux temps.

Les tribus du Sud proclament roi David, avec comme capitale Hébron. De son côté, Abner, général de l'armée d'Israël, prend le commandement des troupes restantes après la débâcle de Gelboé. Il se réfugie en Transjordanie et, avec l'appui des tribus du Nord, fait proclamer roi Ishbaal, le dernier fils survivant de Saül. Ce roi d'un territoire en partie sous la domination des Philistins ne peut avoir qu'une autorité théorique. En réalité, c'est Abner qui détient le pouvoir, et Ishbaal commet l'imprudence de se brouiller avec son puissant second. Suffisamment stratège pour se rendre compte que la rivalité de deux rois en Israël ne peut amener qu'à une situation sans issue, Abner engage des tractations avec David. Mais il est assassiné par Joab, général de David, qui élimine ainsi un compétiteur potentiel. Cet assassinat livre à lui-même Ishbaal, bientôt écarté de la scène politique par le poignard de deux de ses sujets. Rien n'empêche plus désormais David de diriger l'ensemble d'Israël. À qui d'ailleurs les Israélites peuvent-ils confier leur destinée, sinon au seul homme qui a déjà prouvé sa valeur guerrière ?

Les Philistins ne s'étaient guère souciés de David, lorsque celui-ci n’était que le modeste souverain des tribus du Sud. La situation change après qu’il est reconnu roi de tout le pays. Prenant l'offensive dans la région de Bethléem, les Philistins campent aux environs de Jérusalem, une cité cananéenne. Après une longue lutte, David repousse les envahisseurs et, les poursuivant jusque dans leur pays, brise définitivement leur puissance.

Délivré du danger le plus pressant, David achève la conquête du territoire palestinien, soumettant à son autorité les cités cananéennes encore indépendantes : Megiddo, Beth Shéan et Jérusalem, dont il fait sa capitale (vers 1000 avant J.-C.). Ce royaume, qui peu à peu s'organise, apparaît comme un danger aux nations voisines. Après une suite de campagnes contre les Ammonites, les États araméens du Nord et les Édomites, David se trouve à la tête d'un petit empire qui étend son protectorat jusqu'au royaume de Damas.

L'union nationale se révèle pourtant fragile ; elle n'est qu'apparente, fondée sur l'autorité de la personne du roi. David continue à être aux yeux de son peuple le roi de Juda et d'Israël. Cela explique les luttes intestines qui troublent la fin de son règne. À la mort du vieux roi, son fils Salomon monte sur le trône, dans un climat d'intrigues de cour alimentées par les inimitiés tenaces entre les tribus de Juda et d'Israël.

Salomon le Sage (vers 970 à 931 avant J.-C.)

Salomon recueille de son père un immense héritage territorial La disparition de David a suscité chez certains peuples conquis l'espoir de recouvrer leur indépendance. Mais mis à part l'établissement d'une petite principauté en Édom et la conquête de Damas par un prince araméen, Salomon parvient à garder en main l'empire paternel. Pendant son règne, le pays ne connaît aucune invasion et n'entreprend aucune guerre. Cependant, afin de garantir la sécurité du territoire israélite, Salomon établit une ligne de forteresses et développe son armée par la création d'une cavalerie et d'une charrerie. Cette puissance militaire lui sert à appuyer sa diplomatie et à s'assurer des alliances profitables, avec l'Égypte et la Phénicie.

Salomon noue en effet avec Hiram de Tyr, roi phénicien, des relations commerciales, et, avec son concours, il arme une flotte de commerce. Comme tous les rois de l'Orient, Salomon détient le monopole du commerce en son royaume, essentiellement un commerce de transit : importation de chevaux de Cilicie revendus à l'Égypte ; achat de chars de guerre égyptiens exportés en Syrie ; troc de produits indigènes (blé, huile) contre les bois de cèdre du Liban, etc. Les fouilles d’Asion-Gaber (Eçyon-Geber), cité portuaire du golfe d'Aqaba, ont permis de dégager les hauts-fourneaux dans lesquels les ouvriers de Salomon fondaient le fer et le cuivre extraits des montagnes d'alentour. C'est dans ce port qu'était basée la flotte de Salomon, dont les vaisseaux allaient chercher jusque sur la côte des Somalis l'or et les produits rares de l'Orient.

L'afflux des richesses apportées par ce commerce est absorbé par le train fastueux que mène Salomon et par les grandes constructions qu'il entreprend – en témoignent les fouilles de Megiddo qui ont mis au jour les remparts, le palais et les fameuses « écuries » (remaniées sans doute au temps d'Achab). Avec son propre palais,le maître ouvrage de Salomon est le Temple de Jérusalem, dont l'édification s’est étalée sur sept ans (vers 969-vers 962 avant J.-C.).

Mais le zèle bâtisseur du roi, son faste de prince oriental font peser sur le peuple un lourd fardeau. Les corvées sont nombreuses, les impôts pesants. La situation privilégiée des tribus du Sud (bénéficiant d'un statut spécial et parmi lesquelles se recrutent les fonctionnaires et les personnages de cour) a fait des mécontents dans les tribus du Nord. Déjà, des mouvements de révolte se dessinent quand Salomon meurt en 931 avant J.-C.

Le royaume déchiré

Introduction

La scission des deux royaumes qui intervient après la mort de Salomon consacre un état de fait. L'antagonisme entre les deux groupes de tribus, renforcé par le favoritisme dont Salomon a fait preuve à l'égard des territoires du Sud, rend inévitable la rupture. Roboam (931-913 avant J.-C.), fils de Salomon, devient roi des tribus du Sud, et Jéroboam (931-910 avant J.-C.) règne sur celles du Nord. Désormais, les deux royaumes porteront le nom de royaume de Juda, capitale Jérusalem, et de royaume d'Israël, capitale provisoire Tirsa et définitive Samarie, à partir du règne d'Omri (885-874 avant J.-C.).

Cette rupture politique n’est pas sans conséquences religieuses. Pour faire pièce à Jérusalem, qui est avec son Temple le centre religieux officiel des Douze Tribus, Jéroboam d'Israël élève à la dignité de sanctuaires nationaux deux cités du Nord : Dan et Béthel. Les taureaux d'or placés dans ces lieux sacrés (dénommés, par dérision, veaux d'or dans la Bible) sont un signe de la présence de Yahvé ; il n'en reste pas moins qu'ils évoquent les idoles cananéennes, tendant ainsi à rapprocher Yahvé et le Baal cananéen. Par ce geste, Jéroboam oppose culte à culte, et détourne de Jérusalem, maintenant capitale du royaume rival, la masse de ses sujets adorateurs de Yahvé.

Le royaume d'Israël (931-721 avant J.-C.)

Le trait caractéristique de la monarchie d’Israël, royaume du Nord, est l'instabilité politique. Outre des usurpateurs aux règnes éphémères, cinq dynasties se succèdent en deux siècles à peine (soit dix-neuf rois au total).

Dans une première période, les deux royaumes frères d'Israël et de Juda usent leurs forces à des rivalités qui les affaiblissent dangereusement. Bientôt, ils prennent conscience de l’intérêt d’une alliance fraternelle pour faire face aux menaces extérieures. Le royaume du Nord doit en effet soutenir de nombreuses guerres contre ses voisins moabites d'au-delà du Jourdain, et surtout contre les Araméens de Damas. Pour leur faire échec, Omri (885-874 avant J.-C.) se ligue avec le roi de Tyr et le royaume de Juda, et il obtient pour son fils Achab la main de Jézabel, fille du roi phénicien. D’un point de vue religieux, cette alliance a de fâcheuses conséquences, dont l'Athalie de Racine se fait l'écho.

Mais la principale menace vient de l'Assyrie. Achab (874-853 avant J.-C.) entre dans une ligue antiassyrienne et se fait battre à Qarqar sur l'Oronte en 854 avant J.-C. par le roi Salmanasar (Shoulman-asharêdou III). En 734 avant J.-C., Téglatphalasar III (Toukoultiapil-ésharra) reprend l'offensive ; il conquiert la Galilée, dont il déporte les habitants. Le dernier acte de la lutte se joue avec Sargon II, qui, en 722 avant J.-C., s'empare de Samarie : l'élite de la population est déportée en Assyrie, remplacée par des colons mésopotamiens. La chute de Samarie marque la fin du royaume du Nord.

Le jugement porté par les auteurs bibliques sur les rois d'Israël (comme sur ceux de Juda) est avant tout d'ordre religieux. Ils sont déclarés bons ou mauvais en fonction de leur attachement à Yahvé. Dans le royaume du Nord, le yahvisme subit une crise grave du fait de sa juxtaposition avec les cultes cananéens. Certains rois ont favorisés ces derniers aux dépens de la religion des pères, soit par conviction personnelle, soit par enjeu politique. La Bible dresse d’ailleurs un sombre tableau des rois « impies » Omri ou Achab. Or, ces derniers ont parallèlement été des souverains remarquables, comme en témoignent de nombreux textes cunéiformes, ainsi que les fouilles de Samarie ou de Megiddo. . C’est donc à l’aulne de la foi en Yahvé que de grandes voix s'élèvent, celles des prophètes. La religion de la Bible leur doit l'essentiel de son approfondissement à l'époque des Rois.

Le royaume de Juda (931-587 avant J.-C.)

Jusqu'à la fin du viiie s. avant J.-C., la monarchie de Juda, royaume du Sud, joue un rôle relativement modeste et connaît peu d'événements marquants : crise religieuse et sociale avec Athalie (841-835 avant J.-C.) ; prospérité économique au temps d'Ozias, nommé aussi Azarias (781-740 avant J.-C.). Achaz (736-716 avant J.-C.), dont la Bible condamne la conduite religieuse, compromet l'indépendance de son royaume en sollicitant l'appui de l'Assyrie contre les entreprises des rois de Damas et d'Israël.

La ruine de Samarie (722 avant J.-C.) est perçue comme une dure leçon. Aidé par les prophètes Isaïe et Michée, Ézéchias (716-687 avant J.-C.), fils d'Achaz, entreprend une profonde réforme religieuse, qu'il veut accompagner d'une restauration nationale en retirant Juda de l'orbite assyrienne. C’est en ce sens qu’il s’allie avec l'Égypte, royaume rival de l’Assyrie. En réaction, l’Assyrien Sennachérib (Sin-ahê-érîba) met le siège devant Jérusalem (701 avant J.-C.), et Ézéchias ne sauve son royaume qu'au prix d’un lourd tribut.

De Josias (640-609 avant J.-C.) date la grande réforme consignée dans le livre du Deutéronome, mais le roi périt à la bataille de Megiddo, en 609 avant J.-C., en tentant de s'opposer au passage de l'armée égyptienne qui se rend au secours de l'Assyrie, aux prises avec les Babyloniens. En 612 avant J.-C., Ninive est détruite, et, en 606 avant J.-C., Nabopolassar (Nabod-apla-outsour) met fin à l'Empire assyrien.

Babylone reprend bientôt les visées de l'Assyrie sur les États vassaux de Syrie et de Palestine. En 598 avant J.-C., Nabuchodonosor (Nabou-koudour-out-sous II) s’empare une première fois Jérusalem. Joiakim, dit aussi Jéchonias (598 avant J.-C.), roi depuis trois mois, est déporté à Babylone, en même temps que les principaux notables. Imposé par Nabuchodonosor, son successeur, Sédécias (598-587 avant J.-C.)ne parvient pas, malgré les avertissements du prophète Jérémie, à résister aux partisans de la lutte à outrance, à laquelle l'Égypte a promis son appui. Après un long siège, Jérusalem tombe aux mains de Nabuchodonosor en août 587 avant J.-C. Sédécias a les yeux crevés, la ville est mise à sac, le Temple est détruit et l'élite de la population est déportée à Babylone. Ainsi finit avec le royaume de Juda l'histoire des Hébreux. Mais celle d'Israël se poursuit ; une nouvelle époque commence, celle du judaïsme.

La période de la Diaspora

Au bord des fleuves de Babylone (587-538 avant J.-C.)

Après 587 avant J.-C., il ne reste en Juda qu'une faible population sous l'autorité de Godolias, ancien ministre de Sédécias, établi par le vainqueur comme gouverneur de Judée. Celui-ci est assassiné par un groupe d’opposants, qui massacre également la garnison babylonienne. Par peur des représailles, une partie des Judéens trouve refuge en Égypte, emmenant contre son gré le prophète Jérémie. Le territoire de Juda est rattaché administrativement à la préfecture de Samarie.

La plus grande partie des juifs a été déportée en Babylonie ; c'est sur cette diaspora que repose l'avenir du peuple d'Israël. Progressivement, les juifs de Babylonie s'installent sur cette terre d’exil, et certains connaissent une vie confortable : ils deviennent, comme le confirment plusieurs documents babyloniens, fermiers, propriétaires ou fonctionnaires.

Leur sentiment religieux s'approfondit et s'épure. Une intense activité religieuse et intellectuelle caractérise cette époque, qui devient le point de départ d'une nouvelle restauration nationale : le judaïsme.

L'Empire néobabylonien succombe sous les coups des Perses. En 539 avant J.-C., Cyrus s'empare de Babylone. Il inaugure son règne par un libéralisme religieux et politique, qui va caractériser toute l’histoire de l'Empire achéménide.

La restauration de Jérusalem sous la domination perse (538-333 avant J.-C.)

Dès 538 avant J.-C., Cyrus prend des mesures en faveur des Juifs. Il leur concède, par édit, le droit de retourner à Jérusalem et d'y relever le Temple.

Une première caravane est organisée (avec le financement des communautés juives de Babylone), mais la tentative de reconstruction avorte.

Au début du règne de Darios, vers 520 avant J.-C., une seconde caravane d'exilés arrive à Jérusalem, conduite par Zorobabel, petit-fils de Joiakim, roi de Juda. Après cinq années de travaux (520-515 avant J.-C.), le second Temple est achevé.

Un essai de reconstruction des remparts de Jérusalem au début du règne d'Artaxerxès Ier (465-424 avant J.-C.) tourne court par suite de l'opposition des Samaritains.

Cependant, en 445 avant J.-C., Néhémie, haut fonctionnaire du roi Artaxerxès obtient les pleins pouvoirs pour restaurer les remparts. En cinquante-deux jours, il parvient à faire relever les murs de la cité. Muni des pouvoirs de gouverneur de la Judée, il opère d'importantes réformes. C'est de cette époque que date la rupture avec les Samaritains, lesquels, amorçant un schisme religieux, font du mont Garizim leur montagne sainte : au temps d'Alexandre, ils vont y construire un temple rival de celui de Jérusalem.

La réforme de Néhémie est menée à son terme par Esdras qui, en 428 avant J.-C., arrive à Jérusalem avec un nouveau groupe important d'immigrants. Il est certain qu'Esdras a joué un rôle capital dans la fixation définitive de la Loi mosaïque (ou Loi de Moïse), telle que le Pentateuque l'a recueillie. Néhémie et Esdras sont ainsi considérés comme les fondateurs du judaïsme.

Des conquêtes d'Alexandre à la domination romaine (333-63 avant J.-C.)

En 333 avant J.-C., la Palestine se soumet à l'autorité d'Alexandre le Grand. Après la mort du conquérant, en 323 avant J.-C., la Syrie et la Palestine sont disputées entre les diadoques (généraux d’Alexandre, à l’origine des dynasties hellénistiques). Finalement, la Palestine échoit aux Ptolémées d'Égypte (la dynastie lagide), qui laissent la communauté sous l'autorité du grand prêtre et gouvernent la région avec modération pendant plus d’un siècle.

La victoire d'Antiochos III (223-187 avant J.-C.) à Panion (198 avant J.-C.), près des sources du Jourdain, marque l'éviction des Ptolémées au profit des Séleucides. Au dire de l'historien juif Flavius Josèphe, les Juifs accueillent favorablement le Syrien. Antiochos III leur garantit le droit de vivre conformément à leurs lois.

La situation change brutalement avec Antiochos IV Épiphane (175-164 avant J.-C.). Son premier souci en arrivant au pouvoir est d'unifier ses États en leur imposant la culture hellénistique et le culte des divinités grecques. Au début, le roi peut bénéficier de l'appui de certains membres de la classe dirigeante juive qui ont adopté les mœurs grecques ou qui, par ambition, entrent dans les vues du prince régnant. Mais vivre à la grecque signifierait, pour les Juifs, participer aux rites religieux de l'hellénisme et par conséquent abandonner la Loi de Moïse et le monothéisme. Face aux farouches résistances juives, Antiochos IV abroge le décret de son prédécesseur qui garantissait la libre observance de la Loi mosaïque, et la religion juive est proscrite. Le Temple, profané, est dédié à Zeus Olympien, et un autel païen est érigé à la place de l'autel où on offrait les victimes à Yahvé.

Le signal de la révolte vient d'un prêtre de Modin, Mattathias, qui se retire avec ses cinq fils dans les montagnes, où le rejoignent d'autres rebelles. Un appui particulièrement appréciable leur est fourni par un groupe de juifs entièrement dévoués à la Loi : les Hasidim, ou Assidéens, ancêtres possibles des Pharisiens et des Esséniens. Mattathias meurt en 166 avant J.-C. ; son fils, Judas surnommé le Maccabée, c'est-à-dire « le marteau », prend la tête de la rébellion (166-160 avant J.-C.). Trois ans de combats héroïques sont nécessaires pour rétablir la liberté religieuse et rendre le Temple au culte de Yahvé.

Cependant ce n'est que plus tard, sous le gouvernement de Simon (143-134 avant J.-C.), le dernier fils des Maccabées, que la Palestine recouvre une indépendance de fait.

Sous le gouvernement des princes Asmonéens (134-37 avant J.-C.), la Judée passe sous l'orbite de Rome. Du début de cette période date la division du judaïsme en sectes rivales : les Sadducéens constituent le parti des grands prêtres au pouvoir ; les Pharisiens et les Esséniens, dévoués au culte de la Loi, rejettent toute compromission politique.

La domination romaine et la fin de l'État juif (63 avant J.-C.-135 après J.-C.)

Le gouvernement d'Hérode, dernier roi de Judée (37-4 avant J.-C.), rend à la Palestine son unité et redonne au second Temple l'éclat de celui de Salomon. À sa mort, le royaume est partagé en trois lots, gouvernés soit par des procurateurs romains, soit par des princes juifs vassaux de Rome. C'est à cette période qu’apparaît Jésus de Nazareth et que la religion qui se réclame de lui gagne l'Empire romain. Avec la destruction de Jérusalem en 70 après J.-C. par les armées de l’empereur Titus, l'État juif antique cesse d'exister. Le sursaut de la révolte de Bar-Kokhba (132-135), mis au jour par la découverte des manuscrits de la mer Morte, est l'épilogue sanglant de l'histoire ancienne d'Israël (→ juif).