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Jésus ou Jésus-Christ

Tête du Christ de Wissembourg
Tête du Christ de Wissembourg

Juif de Palestine, fondateur du christianisme, dont la naissance correspond théoriquement au début de l'ère chrétienne.

Jésus, initiateur du mouvement religieux à l’origine du christianisme, est le personnage principal des quatre Évangiles, qui lui attribuent le titre de Christ – Messie consacré par l'onction de Dieu – et le désignent comme celui qui « sauvera son peuple de ses péchés ».

Les sources

Jésus n'ayant légué aucun écrit à la postérité, les témoignages concernant sa vie et son enseignement proviennent essentiellement des quatre récits évangéliques : Évangiles de Matthieu, de Marc, de Luc et de Jean. Or les indications biographiques à caractère purement historique y sont assez ténues.

Outre des sources juives, souvent polémiques et tardives, il existe également quelques textes païens qui font état de l’existence de Jésus de Nazareth : l'écrivain latin Pline le Jeune, envoyé en mission en Bithynie (dans le nord-ouest de l'actuelle Turquie) par l'empereur Trajan, se montre perplexe à l'égard des chrétiens « qui chantent des hymnes au Christ comme à un dieu » et qui refusent de participer au culte de l'empereur imposé par Rome ; pour sa part, l'historien romain Tacite parle, dans ses Annales, des chrétiens accusés par Néron d'avoir allumé l'incendie de Rome, en 64, et dit à leur propos : « Ce nom leur vient de Christ, qui avait été, sous le règne de Tibère, livré au supplice par Ponce Pilate » (XV, 44).

Le contexte historique : la Palestine au temps de Jésus

Lorsque naît Jésus, la Palestine est sous occupation romaine : le pouvoir du gouverneur romain se superpose alors à celui des rois locaux. Après la mort du roi juif Hérode le Grand, Rome partage son territoire entre les trois fils de celui-ci, et c’est à Hérode Antipas qu’échoient la Galilée et la Pérée. Les juifs conservent un pouvoir dans le domaine religieux par le biais du grand prêtre et du tribunal du sanhédrin. Les trois instances – Rome, les rois locaux, le grand prêtre – prélèvent chacune des impôts : dans la Palestine du début de notre ère, la situation économique est difficile et le climat politique tendu.

Le judaïsme du temps de Jésus est représenté par plusieurs mouvements, dont les plus connus sont ceux des pharisiens (stricts défenseurs de la loi religieuse) et des sadducéens (liés au Temple). D'autres sectes sont plus orientées vers la résistance armée (les zélotes) ou vers la protestation religieuse (les esséniens). À l'extérieur de la Palestine, la rencontre entre la culture grecque et les communautés juives disséminées dans l'Empire donne lieu à ce que l'on appelle le judaïsme hellénistique.

Ce contexte historique est à l'arrière-plan des Évangiles, qui montrent Jésus aux prises avec les diverses tendances du judaïsme, mais aussi avec une certaine conception du pouvoir politique et de la grandeur religieuse.

L’histoire de Jésus

Introduction

Si les historiens s'accordent aujourd'hui à dire qu'il n'est pas possible d'écrire une biographie scientifique de Jésus ni d'en fournir un itinéraire détaillé, ils s'estiment toutefois capables de reconstituer les principaux moments de son existence.

La naissance

Les Évangiles de Matthieu et de Luc situent la naissance de Jésus, fils de Marie, durant le règne du roi juif Hérode le Grand (donc avant la mort de ce dernier, en l'an 4 qui précède notre ère). Il naît à Bethléem (probablement vers les années 7 ou 6 avant notre ère) et passe son enfance à Nazareth, en Galilée. On l’appelle le « fils de Joseph, le charpentier », lequel descend du roi David. Jésus exerce probablement le métier de charpentier, jusqu'au jour où il se retire dans la solitude du désert de Judée.

Le baptême par Jean le Baptiste

Vers les années 27-28, Jésus rejoint Jean le Baptiste, qui pratique dans le Jourdain le rite du baptême d'eau en vue de la pureté requise pour la fin des temps, considérée comme imminente. Ce prophète manifeste une certaine accointance avec la mentalité essénienne, dont il partage l'héritage prophétique et la tradition ascétique, mais dont il se distingue par sa présence dans le monde ordinaire et par son annonce du Messie. Jésus se fait baptiser par Jean puis, semble-t-il, l'imite dans sa prédication et dans son activité baptismale ; il recrute ses premiers compagnons parmi les disciples de Jean. Par la suite, Jésus manifestera toujours une grande admiration pour le prophète du désert.

Le ministère public

Lorsque le Baptiste est emprisonné sur ordre d’Hérode Antipas, successeur du roi Hérode le Grand, Jésus, alors âgé d’environ trente ans, retourne en Galilée et choisit la ville de Capharnaüm pour centre de rayonnement. Les Évangiles le présentent comme un prédicateur itinérant, qui prêche dans les synagogues aux jours du sabbat, annonce la Bonne Nouvelle du « Règne de Dieu » et guérit les malades. Dans les trois Évangiles dites synoptiques (Matthieu, Marc et Luc), l'enseignement et les actions de Jésus concernent pour beaucoup la venue du « Règne de Dieu » (appelé généralement, de façon plus ambiguë, le « Royaume de Dieu »), qui doit établir des relations de justice et de paix entre les hommes, et entre les êtres humains et Dieu. Jésus annonce que son avènement entraînera une nouvelle manière de vivre.

Afin d'étendre son action et de répandre la Bonne Nouvelle, Jésus dispense son enseignement à quelques disciples fidèles. Parmi ceux-ci, il en choisit douze : les apôtres (un chiffre probablement symbolique, évoquant celui des tribus d'Israël et préfigurant le nouvel Israël). Le roi Hérode Antipas, qui a fait décapiter Jean le Baptiste, s'inquiète de ce prophète perturbateur. Les chefs religieux ont pour leur part juré de se débarrasser de lui. Enfin, les compatriotes de Jésus se méprennent sur la portée religieuse et non politique de son message. Ainsi s'explique le départ de Jésus hors de Galilée. Les Évangiles synoptiques ne donnent pas d'indications sur la durée du ministère de Jésus, mais celui de Jean mentionne trois fêtes de la Pâque juive ; le ministère de Jésus aurait donc duré entre deux et trois ans, sans doute pendant les années 27 à 30.

Les derniers jours du ministère

Après un bref séjour aux confins du pays, au cours duquel les disciples reconnaissent en lui le Messie (Marc, VIII, 29), Jésus se rend à Jérusalem où il fait une apparition triomphale le jour de la fête des Rameaux. Probablement est-ce alors qu'il fait esclandre en chassant les marchands et les changeurs du Temple. Les autorités sadducéennes et pharisiennes décident de mettre fin à son activité et utilisent les offices de l’apôtre Judas.

Quelques jours plus tard, Jésus prend un dernier repas (la Cène eucharistique), au cours duquel il fait ses adieux à ses disciples. Dans la nuit, au jardin de Gethsémani où il s’est retiré pour prier, il est arrêté par une troupe conduite par celui qui l’a trahi, Judas (Jean, XVIII, 3).

Le jugement et la crucifixion

Jésus est questionné au petit matin par les chefs juifs qui l'estiment digne de mort pour avoir blasphémé en prétendant à une dignité divine ; ils le livrent donc au préfet Ponce Pilate, gouverneur de Judée de 26 à 36. Le pouvoir romain ayant seul le droit de mettre à mort, Jésus subit le supplice (romain) de la crucifixion.

Les Évangiles synoptiques situent cette mort le jour de la Pâque juive (15 du mois de nisan, en mars-avril), tandis que Jean rapporte qu'elle est survenue la veille (ce qui est plus plausible). Marc et Jean indiquent en outre que Jésus a été exécuté la veille d'un sabbat, donc un vendredi (le 15 nisan est tombé un samedi en 27, 30 et 33). Les années 27 et 33 laissant trop peu ou, au contraire, beaucoup trop de temps pour le ministère public de Jésus, ce dernier est probablement mort le 7 avril (14 nisan) de l'an 30.

La vie de Jésus semble achevée avec la mise au tombeau. Cependant, l'historien demeure en présence d'une histoire qui continue : l'histoire de Jésus devient celle de ses disciples. Ceux-ci en effet déclarent que le tombeau de Jésus a été trouvé vide et que Jésus leur est apparu vivant à diverses reprises, qu’il a ressuscité. Le Nouveau Testament affirme que cette mort a un sens pour l'humanité, et que Dieu a reconnu en Jésus son Fils en le ressuscitant.

La nature de Jésus : une réflexion christologique séculaire

Introduction

Les périodes troublées qu’avait connu Israël avaient favorisé le développement de thèmes messianiques : l'attente d'une intervention de Dieu soit directement, soit par l'intermédiaire d'un Messie, un homme choisi et envoyé par Dieu. Au ier s. de notre ère, le peuple juif – qui vit sous l’occupation d’une puissance étrangère, qui est confronté à une culture profane et qui est divisé en son sein – est particulièrement réceptif à cette expression d'espérance.

La question se pose alors de savoir si Jésus, prédicateur itinérant juif, entouré de disciples juifs, est le Messie attendu. Dans le judaïsme, ce dernier n'apparaît pas comme une figure marquée par la souffrance : la foi juive espère une intervention glorieuse de Dieu en faveur de son peuple. Or, les Évangiles montrent un Jésus qui, s’il lutte efficacement contre les forces du Mal et enseigne avec autorité, annonce à ses disciples la nécessité de sa mort : il ne peut être reconnu par Dieu comme son Messie que dans le passage sur la croix. La résurrection de Jésus – qui constitue cet acte de reconnaissance – est celle d'un homme condamné, bafoué et mis à mort par un supplice honteux. Le nom « Jésus », employé le plus souvent seul dans les Évangiles, rappelle que le Christ a été un être de chair et de sang. Le terme « Christ » (du grec Christos, « oint »), employé dans le Nouveau Testament pour « Messie », n'est pour sa part pas chargé du même sens que dans le monde juif. Il prend la valeur d'un nom propre lorsqu'il désigne Jésus comme objet de la foi. C'est pourquoi on donne le nom de christologie à toute interprétation croyante de la figure de Jésus, et on appelle christologiques les titres (le Christ, Fils de David, Fils de l'homme, Seigneur) qui lui sont attribués pour signifier sa mission et sa dignité particulières.

Au cœur des écrits du Nouveau Testament

Après les Épîtres de Paul, les Évangiles insistent sur l'incarnation historique de Jésus. La réflexion sur la personne et l'œuvre de Jésus-Christ donne lieu dans le Nouveau Testament à des christologies qui diffèrent par leurs accentuations et le degré de leur élaboration.

La proclamation de la résurrection de Jésus est le point de départ de ces études. Dès lors s'impose une interprétation de sa mort, puis une réflexion sur son identité humaine et sa vie, que les premières générations chrétiennes abordent en s'appuyant sur les textes de l'Ancien Testament. Ces interrogations, qui visent à préciser le contenu de la relation entre Jésus-Christ et Dieu, rebondissent au fil du temps sans jamais s'épuiser. Elles donnent naissance à un travail d'interprétation continuel, amorcé par le Nouveau Testament, interprétation reformulée sans cesse dans de nouvelles catégories de pensée.

La prédication chrétienne missionnaire, dont témoignent les lettres de Paul, est centrée sur le lien entre la croix et la résurrection de Jésus-Christ. Elle cherche à élucider le sens de la mort du Christ, qui se sacrifie pour tous les hommes et rachète leurs péchés. Alors que pour les missionnaires chrétiens la foi en Jésus-Christ assure par elle seule le salut, Paul, pour sa part, ne se réfère pas à la vie historique de Jésus.

Pour les Évangiles, la souveraineté du Christ n'est pas seulement celle du Seigneur ressuscité, mais aussi celle du Seigneur tel qu'il a vécu sur la Terre. C'est dans cette optique qu'ils tentent d'élucider la véritable identité de Jésus. L'Évangile de Marc affirme que c'est seulement devant la croix que se révèle la filiation divine de Jésus. La question de savoir à partir de quand Jésus peut être dit « Fils de Dieu » se posera par la suite. Dans les Évangiles de Matthieu et de Luc, les récits de la naissance de Jésus – conçu par une vierge sous l'action du Saint-Esprit – avancent effectivement l'idée qu'il était Fils de Dieu dès sa venue au monde. L'Évangile de Jean va plus loin en reconnaissant la préexistence de toute éternité du Fils de Dieu, qui s'est incarné en Jésus.

Les hymnes christologiques des lettres pauliniennes tardives proclament également cette préexistence. Les premières communautés chrétiennes ne donnent pas à Jésus le nom de Dieu. Mais, dès la fin du ier s., l'appellation Dieu est employée aussi en christologie. Au début de l'Évangile de Jean, où Jésus est présenté comme la Parole préexistante, il est dit que « la Parole était Dieu ». Cette désignation du Christ comme Dieu a soulevé un débat au sein de l'Église primitive, dont ont émergé les dogmes concernant les deux natures du Christ et la Trinité (Dieu à la fois Père, Fils et Saint-Esprit).

Dans l’Église primitive

Dans le monde gréco-romain, la prédication chrétienne s’est concentrée sur la question de savoir quel type de relation unit Dieu et Jésus-Christ. Les diverses réponses données à cette question peuvent être réparties en deux grands courants : celui de l'école d'Antioche, qui met l'accent sur l'humanité de Jésus, et, à l'extrême, aboutit à la négation de sa divinité ; et celui de l'école d'Alexandrie, qui souligne la divinité de Jésus et peut conduire à la négation de son humanité. Lorsque le christianisme est reconnu comme une religion autorisée dans l'Empire romain (au ive s.), les conflits entre les deux écoles deviennent des affaires d'État : les empereurs convoquent alors des conciles christologiques, chargés de formuler des dogmes acceptables pour tous.

Le concile de Nicée (325) affirme que « la nature du Fils est identique et consubstantielle à celle du Père ». Celui de Chalcédoine (451) établit une distinction entre la nature humaine et la nature divine du Christ, tout en insistant sur l'unité des deux. Mais les difficultés subsistent, car les concepts de nature, de substance et de personne ne sont pas définis de la même manière par tous.

Dans les diverses branches du christianisme

Deux autres conciles traitent encore du problème christologique (Constantinople II en 553, et Constantinople III en 681) et ne parviennent pas à empêcher le désaccord sur ce sujet entre l'Occident (Église latine) et l'Orient (Église grecque).

Pendant des siècles, la théologie occidentale médite, en particulier à partir du xiie s., le sens de la formule de Chalcédoine : « Le Christ est une personne en deux natures. » Au moment de la Réforme protestante, au xvie s., Luther réintroduit la question de la rédemption : comment l'homme peut-il être sauvé ? Selon lui, Jésus-Christ est la face de Dieu tournée vers l'être humain, dans la faiblesse d'une incarnation qui va jusqu'à la mort. Il offre la seule possibilité de connaître Dieu et d'être sauvé par lui. Le xviiie s. consacre le point de vue anthropologique et l'approche rationnelle prônée par les Lumières, qui met en cause le fondement des christologies classiques. L'essor des sciences soulève le problème de la nature de la vérité contenue dans les textes bibliques. Cet examen critique aboutit, au xixe s. et au début du xxe s., à la prise en compte de la dimension historique des faits et des textes ayant suscité la foi chrétienne. Le problème christologique est alors repensé dans la perspective des rapports entre l'histoire et la vérité, l'histoire et la foi.

Alors qu'un certain type de recherche s'épuise à retrouver les faits véridiques de la vie de Jésus ou les paroles réellement prononcées par lui, le théologien protestant Rudolf Bultmann (1884-1976) affirme que l’homme a seulement accès au Christ de la foi, par lequel Dieu s'adresse à l'homme. Les disciples de Bultmann défendent la possibilité d'atteindre le Jésus de l'histoire à travers le Christ de la foi. Tant la théologie catholique que la théologie protestante considèrent aujourd'hui que la christologie n'est pas un obstacle, mais un des chemins d'accès à Jésus. Grâce au dialogue ouvert avec les sciences humaines, le problème de l'homme, de sa relation possible avec Jésus-Christ et avec Dieu, est désormais partie intégrante de la réflexion christologique.

Une réflexion toujours ouverte

Suivant les confessions, les époques et les cultures, les chrétiens ont eu tendance à insister tantôt sur la divinité de Jésus-Christ, tantôt sur son humanité. Pour certains, le nom de Jésus-Christ signifie avant tout « Jésus est le Christ », celui qui, dès les origines, possède l'autorité et la souveraineté de Dieu lui-même ; tout ce que Jésus a enseigné et accompli sur la Terre prend par là valeur d'absolu. Pour d'autres, Jésus-Christ signifie d'abord « le Christ, c'est Jésus », l'homme de Nazareth, le Galiléen ; en lui, Dieu incarne sa divinité et partage le sort des hommes.

Les autres fois monothéistes – le judaïsme et l'islam – ne confèrent à Jésus qu'un statut humain : pour elles, c'est un grand rabbin (ou enseignant), un grand prophète. Par ailleurs, depuis la sécularisation des sociétés occidentales, le personnage de Jésus a été jugé et parfois récupéré en dehors de toute foi en Dieu. Il est considéré tour à tour comme un moraliste, un révolutionnaire, un des précurseurs du pacifisme…

Exprimer l'unité de la personne de Jésus-Christ en maintenant à la fois son humanité et sa divinité est donc le propre de la foi chrétienne. C'est par la figure de Jésus-Christ qu'elle affirme la possibilité de la rencontre entre Dieu et l'homme.