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Grand schisme d'Orient

(1054)

Rupture ayant brisé (en 1054) l'unité de la communion chrétienne entre les Églises romaine (catholique) et byzantine (orthodoxe).

L’émergence de deux chrétientés

Introduction

La partition de l'Empire romain en 395, avec Rome et Constantinople pour capitales, a contribué à la naissance de deux mondes aux langues et aux cultures différentes, qui ont développé chacun une tradition religieuse originale. La lente émergence de ces chrétientés est à l'origine de divergences, de rivalités et parfois même de conflits, dont le paroxysme correspond au schisme de 1054.

La divergence d’interprétation de la primauté romaine

L'essentiel du contentieux entre Occident et Orient porte sur l'étendue du pouvoir accordé respectivement à Rome et à Constantinople.
– Rome tire alors ses droits du fait qu'elle a été fondée par un apôtre, Pierre. Si d'autres sièges (Alexandrie, Antioche, Jérusalem) bénéficient aussi de ce principe d'apostolicité, Rome revendique la primauté parce que c'est à Pierre, évêque de Rome, que le Christ a confié la direction de l'Église.
– Pour sa part, Constantinople n'a pas d'origine apostolique. Aussi tire-t-elle son autorité du principe d'accommodement, en vertu duquel la hiérarchie ecclésiastique doit être calquée sur les structures administratives de l'Empire. Élevée au rang de patriarcat au concile de Constantinople (en 381), elle se voit accorder, par le concile de Chalcédoine (en 451), la deuxième place derrière Rome, ainsi que l'extension de sa juridiction sur les diocèses de Thrace, d'Asie et du Pont.

Dans le même temps, le concile reconnaît une primauté à Rome : si Constantinople l’interprète comme une primauté d'honneur, ne donnant aucune prérogative aux papes sur ses propres fidèles, Rome juge que cette primauté lui attribue la direction de toute la chrétienté et fait d'elle une juridiction d'appel.

Les dissensions politiques

Au-delà de la querelle spirituelle sur l’ordre « hiérarchique » à établir entre les évêques de Rome et de Constantinople, le différend entre Orient et Occident chrétiens trouve également son fondement dans une dissension politique. Théoriquement, l’évêque de Rome (le pape) est sujet de l'empereur byzantin (seul héritier de l’Empire romain depuis la chute de l’Empire romain d’Occident en 476), lequel doit assurer sa sécurité. Or, au viiie s., la menace lombarde sur la péninsule italienne amène les papes à chercher une nouvelle protection parmi les puissances occidentales. C’est en ce sens qu’ils se rapprochent des Francs : en 754, le roi Pépin le Bref est sacré par le pape Étienne II, qui obtient en échange que le roi délivre Rome des Lombards et qu'il lui cède les territoires conquis en Italie centrale. Achevant le renversement des alliances, le couronnement impérial de Charlemagne, en 800, consacre également la formation d'un nouvel Empire occidental. Rome a définitivement quitté le monde oriental pour se tourner vers l'Occident.

Les dissensions dogmatiques et liturgiques

À ces rivalités politiques s'ajoutent des dissensions culturelles, linguistiques (le grec dans le monde byzantin, le latin en Occident) et surtout théologiques. Les affrontements les plus graves entre Rome et Constantinople sont ceux qui découlent de la question du Filioque (« et du Fils »), expression ajoutée au credo par l’Église romaine au vie s. (« Je crois en l'Esprit-Saint qui procède du Père et du Fils »). Au ixe s., le schisme entre le patriarche Photios et le pape Nicolas Ier (dit schisme de Photios, 863-867) secoue gravement les deux Églises sur cette question. Les tensions réapparaissent lorsqu'en 1009 le pape Serge IV accepte, à la demande de l'empereur germanique Henri II, de rajouter le Filioque dans la récitation du credo. En réponse, le patriarche de Constantinople aurait rayé des diptyques le nom du pape, et envoyé en 1024 une ambassade à Rome pour revendiquer le titre d'« œcuménique » (traduit par « universel » en latin).

Outre la querelle dogmatique du Filioque, la dissension entre Occident et Orient concerne aussi les usages liturgiques (communion sous forme de pain azyme, manducation des viandes étouffées, jeûne du samedi, suppression de l'Alléluia en carême sont autant de pratiques latines qu'ignorent les Grecs) et les usages disciplinaires (mariage des prêtres, autorisé en Orient et interdit en Occident).

Le schisme chrétien de 1054

Introduction

En 1043, Michel Keroularios (dit en français Michel Cérulaire) est désigné patriarche de Constantinople par l’empereur byzantin Constantin IX Monomaque. Michel Cérulaire se présente comme un fervent défenseur des droits du patriarcat. Six ans plus tard, à Rome, un nouveau pape est élu : Léon IX. Partisan convaincu de la réforme de l’Église (la future Réforme grégorienne dont il est l’initiateur), il s’entoure de cardinaux convaincus par son action, tel le légat Humbert de Moyenmoutier. C’est dans ce cadre que le schisme entre Orient et Occident va éclater.

La dégradation des relations diplomatiques

La dégradation des relations diplomatiques Depuis le ixe s., l'Italie du Sud est un territoire byzantin où s'élèvent de nombreuses églises de rite grec ; or, le pape Léon IX entend y implanter le rite latin, comme dans le reste de la péninsule et dans le reste de l’Europe. En réponse, le patriarche Michel Cérulaire fait fermer les églises latines de Constantinople n'observant pas les usages liturgiques grecs.

Dans le même temps, Michel Cérulaire demande à Léon (évêque d'Ohrid) d'écrire à Jean (évêque de Trani, en Italie du Sud), une lettre qui doit être transmise au pape et à l'épiscopat franc. Le document, qui veut se donner l'apparence d'une invitation à la discussion fraternelle, énumère de fait tous les griefs sur les usages liturgiques que les Grecs ont contre les Latins. Mal traduite, cette lettre est perçue comme injurieuse par le pape Léon IX. Sa lettre de réponse, dont la version grecque est à son tour peu conforme au texte d’origine, dépasse la question de la différence des usages liturgiques, et insiste sur la primauté de Pierre.

La crise de l'été 1054

L'empereur Constantin IX Monomaque, qui recherche la conciliation, chapitre Michel Cérulaire et écrit au pape qu'il souhaite la paix, tout en lui promettant de lui envoyer des secours dans sa lutte contre les Normands en Italie du Sud. Léon IX, conscient de l'urgence d'une union entre les deux Églises du fait de la dégradation de la situation militaire (défaite de la coalition pontificale à Civitate, en juin 1053), décide d'envoyer une ambassade à Constantinople pour négocier l'alliance anti-normande. Les représentants du Saint-Siège, le cardinal Humbert de Moyenmoutier, Frédéric de Lorraine et l'archevêque Pierre d'Amalfi, sont bien reçus par l'empereur, mais, très vite, le conflit s'envenime avec Michel Cérulaire.

Tandis que Léon IX vient tout juste de mourir, les légats, voulant faire pression sur l’empereur Constantin, excommunient solennellement Michel Cérulaire (15 juillet 1054). Le patriarche, soutenu par le peuple et le clergé de Constantinople, déclenche une émeute qui contraint les légats à prendre la fuite. Le 24 juillet, il promulgue avec le synode un édit condamnant les légats venus de l'Occident.

Une rupture consommée

Ainsi, ce qu'on appelle « le schisme de 1054 » n'est au départ qu'une condamnation réciproque entre le patriarche de Constantinople et les légats du pape ; les contemporains s'en émeuvent peu, d'autant que la mort de Léon IX frappe d'invalidité l'excommunication prononcée contre Michel Cérulaire.

Les relations entre les deux mondes reprennent, et ce n'est qu'avec la prise et le pillage de Constantinople par les croisés, en 1204, que la rupture est effectivement consommée. Néanmoins, à l'époque des deux anathèmes, le fossé séparant le monde oriental et le monde occidental est tel que, même s'il n'y a pas de schisme au sens strict du terme, la séparation semble avoir déjà eu lieu.

Le 7 décembre 1965, les deux anathèmes du xie s. ont été levés par une déclaration commune du pape Paul VI (haut dignitaire du catholicisme) et du patriarche Athénagoras (haut dignitaire de l’orthodoxie). Cependant, l'union entre Église romaine et Église orthodoxe n'est toujours pas réalisée, sauf pour quelques Églises orientales dites « uniates ».