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femme

Brassempouy, tête de femme en ivoire
Brassempouy, tête de femme en ivoire

Les femmes représentent la moitié de l'humanité. Qu'on la définisse par ses chromosomes (XX), par sa capacité à porter un enfant, par ses qualités innées (l'instinct maternel ?) ou acquises, par son rôle dans la société en général et dans la famille en particulier, on ne cesse depuis des siècles de « chercher la femme » en tant qu'elle se distingue de l'homme, être humain de sexe masculin (rappelons qu'en français, « l'homme » englobe la femme, quand il s'agit de l'espèce). La place qu'on lui accorde dans la société (la condition féminine), est révélatrice des mentalités et des modes de pouvoir.

Les droits de la femme font partie intégrante des droits de l'homme ; il sont promus à ce titre par la communauté internationale depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ses droits sont encore bafoués de par le monde. La femme est une victime « privilégiée » lors des conflits armés comme dans le huis clos de la sphère domestique.

Est-ce qu'on naît femme ou est-ce qu'on le devient ? En un siècle, le statut de la femme a fait des pas de géant. On admet aujourd'hui comme contestable la discrimination sociale fondée sur le sexe. L'évolution des mentalités a conduit l'homme (XY) occidental lui-même à repenser sa place et ses désirs. La femme ne se veut plus ni membre du sexe faible, ni éternelle mineure ; ni forcément épouse, ni forcément mère ; elle revendique aujourd'hui la place d'adulte à part entière, maître de son destin.

1. Jalons européens au fil des siècles

1.1. Quelques grandes figures féminines du Moyen Âge à la Renaissance

Au ixe siècle en Europe, la situation juridique de la femme s'améliore. La capacité des femmes à hériter consolide leur position dans la famille et dans la société. Les souverains carolingiens renforcent la règle, imposée par l'Église, de l'indissolubilité du mariage, protégeant ainsi les femmes de la répudiation pour cause de stérilité. À partir du xiie s., les libertés des femmes sont attaquées : le développement des villes, consécutif à l'essor du commerce, et la centralisation de l'État naissant entraînent la prolifération des fonctions administratives (trésoriers, chanceliers, magistrats…), qui échappent aux femmes. Dans la mentalité masculine, les femmes demeurent cantonnées à des tâches domestiques, comme en témoigne le traité du Ménagier de Paris, composé à la fin du xive s.

Durant le Moyen Âge

Certaines femmes, de par leur naissance ou les circonstances, sont toutefois en mesure de jouer un rôle actif sur le plan politique, voire militaire ou religieux. Épouse ou mère de roi : de Clotilde, reine des Francs, à Blanche de Castille, reine de France, en passant par Radegonde ou les terribles Brunehaut et Frédégonde, leur influence est indéniable. Plus à l'est, différentes impératrices Théodora (aux vie, ixe et xie siècle) exercent un pouvoir certain, aux côtés du prince byzantin ou en leur nom propre. De sainte Geneviève à Jeanne d'Arc et Jeanne Hachette, elles prennent à l'occasion une part décisive à l'histoire, les armes à la main.

C'est le cas également pour la princesse Mathilde de Toscane (1046-1115), qui, après avoir repoussé, à la tête de son armée, une invasion normande, laisse son domaine au pape Grégoire VII ; c'est en effet dans son château de Canossa que l'empereur germanique Henri IV devra reconnaître la primauté du souverain pontife sur les investitures ecclésiastiques. Aliénor d'Aquitaine (1122-1204) obtient l'annulation de son mariage avec le roi de France Louis VII, dont elle a pourtant déjà deux filles, et se montre fine politique dans son puissant duché d'Aquitaine.

En Pologne, Hedwige d'Anjou (1374-1399) fonde l'université de Cracovie et conclut pacifiquement une négociation avec l'ordre Teutonique.

La poétesse française Christine de Pisan (1365-1430) plaide pour une véritable éducation des femmes et se penche, avant l'humaniste hollandais Érasme, sur la question des relations internationales dans une perspective pacifiste.

À la Renaissance

La Renaissance compte aussi d'éminentes personnalités féminines politiques ou littéraires. Isabelle de Castille (1451-1504) est le fer de lance de la Reconquête espagnole ; elle soutient les expéditions de Christophe Colomb. Marguerite d'Angoulême, reine de Navarre (1492-1549), œuvre pour la paix et s'illustre par l'ouvrage l'Heptaméron (publié en 1559). Autre reine de Navarre, Jeanne III d'Albret (1528-1572) a la réputation d'être le seul souverain du xvie s. à n'avoir jamais mis à mort quelqu'un pour ses convictions religieuses. Les fratricides guerres de religion françaises dépassent Catherine de Médicis, responsable de la Saint-Barthélémy.

Élisabeth Ire Tudor (1533-1603) établit la prépondérance de l'Angleterre sur les mers et, sur le plan intérieur, préside à un véritable âge d'or artistique.

L'époque est aussi celle de sainte Thérèse d'Ávila (1515-1582), qui réforme le Carmel et fonde de très nombreux couvents dans toute l'Espagne, de la poétesse Louise Labé (1524-1566), qui repousse par les armes les assiégeants de Lyon, sa ville natale, ou encore de Marie de Gournay (1566-1645), fille adoptive de Montaigne, qui publie un traité sur l'Égalité des hommes et des femmes ainsi que le Grief des dames.

1.2. Actrices des mouvements d'idées (xviie-xviiie siècles)

Au xviie s., la résistance des femmes est encore principalement celle des souveraines. La reine Christine de Suède (1626-1689) parle philosophie avec Descartes et abdique pour se consacrer à la culture. En France durant la Fronde, la Grande Mademoiselle (1627-1693) et la duchesse de Longueville (1619-1679) se rangent du côté du Grand Condé et combattent l'absolutisme royal. Anna Maria Van Schuurman (1607-1678) se cache derrière un rideau pour écouter les cours de l'université d'Utrecht ; disciple de Marie de Gournay, elle s'affirme féministe et fonde une secte d'anabaptistes.

Le xviiie  est le siècle des Lumières et des salons tenus par de grandes dames d'une culture raffinée et stimulante. La marquise de Lambert (1647-1733) exprime des idées féministes. Mme du Châtelet (1706-1749) traduit Newton et protège Voltaire ; Julie de Lespinasse (1732-1776), d'Alembert ; Mme d'Épinay (1726-1783), l'abbé Galiani, proche des Encyclopédistes.

Bien que très présentes lors de la Révolution française, les femmes n'ont pas droit à un rôle politique de premier plan. Néanmoins, elles obtiennent l'égalité quant à l'héritage, peuvent se marier sans le consentement de leurs parents ; le divorce est possible par consentement mutuel. Le Code Napoléon qui suivra, sous le premier Empire, sera pour les femmes une régression, puisqu'il les traitera en éternelles mineures, sous la tutelle de leur père ou de leur mari. 

Olympe de Gouges (1748-1793) prétend décliner la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen dans une symétrique Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (1792). Madame Roland inspire les Girondins. La marquise de Condorcet (1764-1822) défend avec son mari l'égalité des sexes et reste, après la mort de son mari tombé avec les Girondins, dans l'opposition au Consulat et au premier Empire. D'autres organisent des clubs uniquement féminins. Mme de Staël (1766-1817) dirige des journaux hostiles à Napoléon et fait connaître la pensée allemande en France grâce à son ouvrage De l'Allemagne (1810).

En Angleterre, Mary Wollstonecraft (1759-1797) écrit une Défense des droits de la femme (1792) – sa fille, Mary Shelley (1797-1851), sera l'auteur de Frankenstein (1818), classique des romans d'épouvante.

1.3. Le féminisme naissant

Un sort lié aux luttes ouvrières et révolutionnaires

Au xixe s., la défense de la femme est liée à l'essor des luttes ouvrières. Les penseurs socialistes ne sont pas tous d'accord sur le statut des femmes au travail. Proudhon (1809-1865), notamment, condamne le travail féminin. Charles Fourier (1772-1837) veut donner aux filles la même éducation qu'aux garçons et ne les exclut d'aucune fonction. Dans la mouvance de Saint-Simon, la féministe Claire Démar (1799 ou 1800-1833) revendique l'union libre comme signe et moyen de la libération économique. Dans l'Union ouvrière (1843), Flora Tristan (1803-1844) considère que l'émancipation de la classe ouvrière passe par l'émancipation de la femme. Jeanne Deroin (1805-1894) cherchera à mettre en pratique ces principes en instaurant une Fédération des associations ouvrières, mais elle se heurte à l'opposition du pouvoir en place.

Dans la seconde moitié du xixe s., certaines femmes s'illustrent dans les luttes révolutionnaires. Pendant la Commune de Paris (1870), les femmes, dont la plus célèbre est Louise Michel (1830-1905), participent activement à l'innovation sociale et à la lutte contre les troupes de Thiers. Sous l'impulsion d'Élisabeth Dimitrieff, amie de Marx, des femmes fondent l'Union des femmes, section féminine de l'Internationale.

Lutte pour les droits civils et politiques aux États-Unis et en Europe

Au tournant du siècle, Clara Zetkin (1857-1933) et Rosa Luxemburg (1870-1919), en Allemagne, luttent pour une révolution socialiste et féministe.

À la même époque se développe le premier mouvement féministe dans une perspective internationaliste ; c'est à Washington, en 1888, que se tient la convention fondatrice de l'International Council of Women, à laquelle participent soixante-six Américaines et huit Européennes. En 1899, elles sont cinq mille à se réunir à Londres. En 1904 se crée aux États-Unis et en Grande-Bretagne une seconde organisation internationale : The International Woman Suffrage Alliance.

Dès 1903, les Finlandaises ont obtenu le droit de vote. Le mouvement des suffragettes britanniques, qui réclame le droit de vote féminin, a recours, sous l'impulsion de Mrs. Pankhurst (1858-1928), à des formes extrêmes, plus spectaculaires, de militantisme : bris de vitres, bombes, incendies, grèves de la faim et suicides.

Nécessité fait loi durant la Première Guerre mondiale : les femmes suppléent en masse à l'absence des hommes partis dans les tranchées, jouant un rôle prépondérant mais temporaire dans la vie économique et sociale de l'« arrière » (→ Première Guerre mondiale, paragraphe La nouvelle place des femmes). Le droit de vote est accordé aux femmes dans vingt et un pays ; ainsi, il est accordé au Royaume-Uni en 1918, aux seules femmes de plus de 30 ans.

Les féministes françaises du CNFF (Comité national des femmes françaises) militent pour le droit des femmes à l'emploi, l'égalité des salaires (accordée en 1927 dans les PTT), etc. Dès 1920, Nelly Roussel plaide pour dissocier la sexualité de la procréation, et préconise la « grève des ventres ». L'entre-deux-guerres entame un long processus de rapprochement des enseignements et des examens et concours en France.

L'exemple des femmes en URSS avant 1939

Avant même la révolution bolchevique, un certain nombre de femmes russes se mobilisent pour défendre leurs droits. Ainsi, en 1907, Alexandra Kollontaï crée à Saint-Pétersbourg un club de 200 femmes pour demander la protection des travailleuses contre les tâches trop pénibles avant et après les maternités. En février 1917, les ouvrières du textile déclenchent une grève de 90 000 travailleurs, au cours de laquelle, accompagnées par les métallurgistes, elles se dirigent vers la Douma pour réclamer du pain. C'est le prélude à la révolution.

Les premiers décrets sociaux de la révolution russe créent une assurance-maladie, instaurent la gratuité des soins pendant seize semaines avant et après la naissance d'un enfant, interdisent le licenciement de la femme enceinte. La domination du mari est supprimée, le divorce facilité, et l'avortement autorisé ; l'enfant illégitime devient l'égal de l'enfant légitime. Les femmes s'engagent dans l'armée, forment un département de femmes (le Genotdel) au sein du parti. Pour créer une véritable égalité entre les hommes et les femmes, on cherche à libérer ces dernières des tâches domestiques et éducatives par la mise en place de services collectifs.

Mais une fois finie la guerre civile, l'exigence de productivité l'emporte. Peu à peu, les conquêtes des femmes sont remises en cause : les directeurs d'usines refusent de développer les crèches et les garderies. En 1929, le Genotdel est dissous ; le Code de la famille de 1930 réhabilite la famille traditionnelle et attribue à la femme un rôle essentiellement domestique. L'avortement est interdit en 1936. La mère célibataire n'a plus le droit de demander en justice l'aide financière du père de son enfant. Le divorce devient plus difficile et plus coûteux.

Une première émancipation

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, de nombreuses femmes s'illustrent dans la lutte contre le nazisme : la communiste Danièle Casanova, la féministe Berty Albrecht, fondatrice avec Henri Frenay du mouvement Combat, la socialiste Suzanne Buisson, qui meurent pour faits de Résistance, en sont emblématiques. Le régime de Vichy replace la femme dans la cellule familiale ; il crée le jour de la fête des mères.

L'après-guerre, où les priorités sont à l'effort de reconstruction et à la lutte anticolonialiste, ne permet pas aux mouvements féministes de se reformer efficacement. Cependant, l'aspiration à l'émancipation féminine suit son chemin. Les Françaises obtiennent enfin le droit de vote (1944). Le livre de Simone de Beauvoir (1908-1986) paru en 1949, le Deuxième Sexe, cristallise les espérances en affirmant que la nature n'est pour rien dans la sujétion des femmes (→ féminisme). En pleine décolonisation, les Tunisiennes se voient accorder une émancipation décisive par le Code du statut personnel que promulgue (1956) le chef de la jeune Tunisie indépendante, qui se veut résolument moderne (→ Bourguiba).

1.4. Les militantes féministes des années 1960-1970

Ce n'est qu'à partir de 1965 que se constitue un mouvement féministe militant : au-delà de revendications ponctuelles, portant sur une reconnaissance des droits des femmes à l'égal de ceux des hommes, les féministes traquent toutes les traces d'une domination de l'homme dans les domaines artistique, littéraire, scientifique, politique, etc., et réclament une dissociation complète entre sexualité et procréation. L'ouvrage de l’essayiste américaine Kate Millett Sexual Politics (la Politique du mâle, 1970) est le plus représentatif de cette pensée. Aux États-Unis, en 1966, Betty Friedman fonde la National Organization of Women (NOW), qui défend les droits des femmes mariées à sortir du carcan familial ; dès l'année suivante, des femmes célibataires se séparent de la NOW pour créer le Women Liberation Movement, mouvement de libération de la femme. En France, le mouvement homologue, le MLF, fait son apparition en 1968.

Des initiatives spectaculaires, comme le manifeste des 343 femmes affirmant avoir avorté (avril 1971), la journée de dénonciation des crimes contre la femme à la Mutualité (1972), la fondation de la Ligue des droits des femmes (8 mars 1974), présidée par Simone de Beauvoir, sont symptomatiques de la radicalité de ce combat.

Les années 1960-1970 sont marquées en France par des conquêtes nombreuses et capitales en matière de droits de la femme : exercice conjoint de l’autorité parentale (1970), libéralisation de l’accès à la contraception (1974), dépénalisation de l’interruption volontaire de grossesse (loi Veil, 1975).

Par la suite, les luttes vont prendre des formes variées, s'orientant de plus en plus vers des recherches universitaires destinées à peser sur les décisions politiques. La IVe Conférence mondiale des femmes à Pékin, en 1995, planifie la création d'une Organisation mondiale des études sur les femmes (World Wide Organization of Womens' Studies).

2. Problématiques contemporaines

Trois faits sont particulièrement marquants : les sociétés occidentales s’efforcent de mettre en pratique les principes de l’égalité homme-femme désormais tenus pour acquis ; de nouvelles problématiques apparaissent qui révolutionnent la question du statut de la femme ; des situations inhumaines subsistent dans de nombreux pays du monde.

2.1. De l’égalité de droit à l’égalité effective

Depuis la fin des années 1970, dans les sociétés occidentales, il semble que le débat public ne porte plus sur l’égalité de l’homme et de la femme. Les grands principes du mouvement de libération de la femme sont entrés dans les représentations communes – même si la question de l’IVG continue d’être controversée en France par certains groupes minoritaires, et de susciter d’importants clivages aux États-Unis. Il s’agit, en revanche, de défendre les droits acquis et de faire correspondre la réalité aux principes.

En France, depuis le temps d'Édith Cresson, éphémère Premier ministre (1991-1992) de la fin du siècle dernier, une place officielle est parfois accordée aux femmes dans la vie politique et économique : en 2002, Michèle Alliot-Marie est promue ministre de la Défense ; en 2005, le MEDEF, mouvement des entreprises de France, porte à sa tête une femme, Laurence Parisot ; en 2007, Ségolène Royal est la candidate du Parti socialiste à la présidence de la République. Plusieurs femmes dirigent des partis politiques : Martine Aubry (première secrétaire du PS depuis 2008), Cécile Duflot (secrétaire générale des Verts depuis 2006), Marine Le Pen (présidente du Front national depuis 2011).

Toutefois, des disparités importantes demeurent en matière de discriminations professionnelles et salariales, et de représentation politique. En France, où l'accès égal des femmes et des hommes aux mandats électoraux et aux fonctions électives est pourtant inscrit dans la Constitution même, la parité en politique tarde à se concrétiser pleinement. Des résistances dans les partis, des inerties dues aux difficultés que rencontrent les femmes pour concilier vie professionnelle et vie familiale – dues notamment aux insuffisances des politiques de garde d’enfants – expliquent pour l’essentiel ces retards. Les filières d’étude ne sont pas encore pleinement égalitaires, non plus que les rémunérations pour des travaux équivalents (en dépit du principe d’égalité de rémunération inscrit dans le Code du travail).

Ces retards sont cependant perçus comme anormaux ; loin de s’en accommoder, les pouvoirs publics, relayant les exigences de l’opinion, tendent à accélérer l’égalisation. Même si des conflits subsistent de fait, l’heure n’est plus à l’opposition de principe.

2.2. La dissociation entre sexe, sexualité, procréation et parentalité

Des évolutions et des ruptures plus notables existent d’un autre point de vue : si l’on continue à vivre sur les acquis idéologiques et pratiques du mouvement féministe du xixe s., prolongé par les mouvements d’inspiration libertaire des années 1960, des pensées alternatives se développent parallèlement. Le « paysage » idéologique est aujourd’hui plus complexe qu’à l’époque où il s’agissait de faire valoir l’égalité de droit entre l’homme et la femme. La réflexion sur la condition féminine a, en effet, conduit à une réflexion de fond sur le rapport entre la sexualité, le sexe, l’identité sexuelle, la procréation, la filiation, la maternité, la parentalité.

Ce qui paraissait lié est pensé aujourd’hui comme dissociable : on distingue le sexe, conçu comme le fait brut et biologique de caractère sexué, et la sexualité, qui est la façon de vivre son caractère sexué. Ainsi comprise, la sexualité n’est pas déterminée par le sexe : elle peut être hétérosexuelle ou homosexuelle. Le terme de « genre », qui caractérise l’appartenance d’une personne à la masculinité ou à la féminité, tend à se substituer à celui de « sexe ». Les études sur le genre (nées aux États-Unis sous le terme de gender studies) visent à montrer que le genre est une construction culturelle, et à affranchir la sexualité des déterminismes biologiques. En conséquence, le lien entre appartenance à un sexe et fonction reproductive est distendu ; les biotechnologies accroissent la possibilité de cette « déliaison ». Sont ainsi dissociés sexualité, procréation et parentalité.

La notion récente de « parentalité » trouve son sens dans la nouvelle capacité à séparer la relation parent-enfant de la filiation génétique. Le rapport homme-femme en est radicalement changé. Le schéma de la complémentarité entre l’homme et la femme est dépassé au profit d’une logique de choix individuel : l’individu peut choisir un type de sexualité à un moment donné ; il peut choisir une parentalité fondée sur l’engendrement par relation sexuelle ou une parentalité indépendante de tout engendrement biologique ; dans ce contexte, l’homoparentalité est une option comme une autre. La femme n'est plus vouée à une maternité non choisie ; la maternité n'est plus, selon les mots de la philosophe Élisabeth Badinter, « l'alpha et l'oméga de la femme » ; une combinaison d'adultes peut être co-parents. La défense des droits de la femme, la problématique de l’égalité homme-femme passent donc au second plan derrière la défense de la liberté de l’individu.

2.3. Un combat toujours d’actualité dans le monde

Un dernier fait marquant est la permanence dans le monde d’aujourd’hui de situations très précaires, voire indignes. Dès les années 1970, les droits de la femme deviennent un enjeu international : 1975 est décrétée « année de la femme » par l’O.N.U., qui choisit la date du 8 mars pour être chaque année la « Journée internationale de la femme ».

En 1979, la communauté internationale adopte la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, ratifiée par plus de 170 pays. En dépit de cette volonté politique affichée, les droits de la femme continuent d’être bafoués dans de nombreux pays du monde, sous l’effet du poids des traditions, de coutumes religieuses ou encore de la pauvreté.

L’excision et l’infibulation sont des mutilations rituelles qui touchent des dizaines de millions de femmes, principalement en Afrique sahélienne, en Égypte, au Soudan et dans le sultanat d'Oman. Le viol est parfois perpétré comme un privilège du pouvoir ; depuis 1995, il est pourtant défini comme un crime de guerre distinct et condamnable comme tel.

Les violences domestiques sont courantes ; elles atteignent des proportions inquiétantes au Pakistan, dans les pays d'Amérique latine, en Afrique du Sud, en Russie, où plus de la moitié des femmes en sont victimes. Les pays occidentaux ne sont pas épargnés par ces pratiques, qui touchent des femmes de toutes les classes sociales.

Les mariages forcés, souvent très précoces (à 15 ans, voire 12 ans), sont encore traditionnels dans nombre de pays d'Afrique et du monde arabo-musulman. Quand la loi islamique, la charia, est appliquée, le droit des femmes au divorce est réduit ; le mari, en revanche, dispose du droit de répudiation. Le témoignage d'une femme vaut deux fois moins que celui d'un homme, et elle n'hérite que de la moitié de ce qui revient au garçon. L'adultère commis par une femme est lourdement sanctionné, parfois même par la mort au nom de l'honneur familial (crime d'honneur), alors que celui de l'homme ne constitue pas même un délit.

Dans plusieurs pays d'Asie (Chine, Inde, Pakistan, Bangladesh, Corée du Sud), avec les politiques antinatalistes de contrôle des naissances, la préférence pour les enfants mâles conduit à des avortements sélectifs, voire à des infanticides de nouveau-nés de sexe féminin (→ population mondiale).

La pauvreté pèse plus particulièrement sur les femmes. Au nombre des conséquences, il faut compter la prolifération des réseaux de prostitution. Les mafias de l'Europe de l'Est ou de Russie se livrent à une véritable traite des femmes. En Asie du Sud-Est (notamment en Thaïlande), la prostitution des fillettes s'opère souvent avec la complicité des familles. Au Maroc ou en Côte d'Ivoire, des fillettes de 8 ans issues de familles très démunies sont placées en ville comme « petites bonnes » ; il en est de même pour certaines jeunes Philippines, envoyées dans les pays du Proche et du Moyen-Orient.

Les exemples sont innombrables qui montrent qu'il y a loin encore des principes à leur mise en pratique. On peut espérer que les conférences mondiales sur les femmes, qui ont lieu tous les cinq ans depuis 1985, aient pour effet d'accélérer le processus d'amélioration de la condition féminine.