
Chef de l'État : Abdelaziz Bouteflika
Chef du gouvernement : Ahmed Ouyahia
Nature de l'État : république à régime semi-présidentiel
Constitution :
Adoption : 19 novembre 1976
Entrée en vigueur : 22 novembre 1976
Révisions : juin 1979, novembre 1988, février 1989, novembre 1996
Exécutif
Chef de l'État : président de la République
Chef du gouvernement : Premier ministre
Législatif
Le Parlement se compose de l'Assemblée populaire nationale et du Conseil de la nation.
L'Algérie se trouve au contact de deux grands domaines géographiques : la zone méditerranéenne et le Sahara. Le compartimentage du relief en grandes bandes grossièrement orientées de l'ouest à l'est accentue les oppositions entre les différents milieux naturels qui se succèdent du nord au sud.
Le littoral méditerranéen bénéficie d'un climat doux et assez humide. Bordé par les chaînes telliennes, il présente le plus souvent des reliefs escarpés et pittoresques, comme la corniche de Petite Kabylie. Mais il s'ouvre aussi sur quelques belles plaines littorales ou sublittorales à proximité desquelles se sont développées les villes principales.
Les chaînes telliennes se succèdent presque sans discontinuité en bordure immédiate de la Méditerranée. Cependant la physionomie de ces montagnes qui alternent avec de petites plaines, intérieures ou sublittorales, change beaucoup d'ouest en est.
À l'ouest, dans l'Oranais, le relief se fragmente entre de nombreux bassins et des montagnes sans ampleur dont les altitudes ne dépassent qu'exceptionnellement 1 500 m (monts des Traras, du Tessala, de Tlemcen, de Saïda, etc.). Le climat méditerranéen présente une nuance sèche, avec des précipitations généralement inférieures à 500 mm, favorisant l'endoréisme dans les plaines et la dégradation de la végétation arbustive sur les reliefs.
Au centre, entre l'Oranais et l'Algérois, le relief est compartimenté entre des hauteurs au contact immédiat du littoral (Dahra, Sahel d'Alger), des couloirs de plaines intérieures (la vallée du Chlef) ou proches du littoral (la Mitidja), et de grands massifs montagneux dont les principaux reliefs atteignent 2 000 m d'altitude (Ouarsenis, Atlas de Blida). Les contrastes du climat méditerranéen accentuent ceux du relief : les montagnes, humides et boisées, s'opposent aux plaines, plus sèches et mal drainées en hiver, jadis domaines marécageux, maintenant riches régions agricoles.
À l'est se trouve la partie la plus montagneuse, la plus massive et la plus humide de l'Atlas tellien. Les grands massifs de Grande Kabylie et de Petite Kabylie s'élèvent à plus de 2 000 m entre la mer et les plaines intérieures. Recevant de 1 à 2 m de précipitations annuelles, ils portent les plus belles forêts, particulièrement de chênes-lièges sur les pentes siliceuses et de cèdres sur les plus hauts sommets.
Les Hautes Plaines s'étendent entre les deux bourrelets montagneux de l'Atlas tellien et de l'Atlas saharien. Assez élevées (de 500 à 1 200 m), plus ou moins fragmentées par des massifs montagneux, le plus important étant celui du Hodna, elles sont soumises à un climat rude qui oppose des hivers humides et froids à des étés chauds et très secs. Les précipitations sont généralement inférieures à 400 mm par an. La steppe constitue la végétation naturelle, formation rase constituée de plantes adaptées à la sécheresse, comme l'alfa ou l'armoise. Cependant, l'aridité tend à s'accentuer d'est en ouest, du Constantinois à l'Oranais, et du nord au sud, des plaines subtelliennes aux bassins présahariens.
L'Atlas saharien ferme les Hautes Plaines vers le sud. Il est constitué d'une série de chaînes plissées dans les calcaires et les marnes : d'ouest en est, les monts des Ksour, le djebel Amour, les monts des Ouled Naïl, des Ziban, le grand et puissant massif de l'Aurès, les monts de Nemencha et de Tébessa. Plus humides que les plaines voisines, ces massifs portent, au-dessus de bas versants broussailleux, quelques forêts de chênes verts et de pins d'Alep.
Le Sahara, au sud, couvre la plus grande partie du territoire algérien. Milieu particulièrement difficile, par la sécheresse très accentuée de son climat, par la monotonie de ses étendues dénudées (ergs sableux, hamadas pierreuses), par l'ampleur de ses grands reliefs du Sud (dont le Hoggar), il n'en abrite pas moins depuis des siècles quelques groupes humains et, dans son sous-sol, le pétrole et le gaz naturel, grandes chances de l'Algérie contemporaine.
Alors que les Algériens étaient 8 millions en 1954, avant l'indépendance, ils étaient 34 millions en 2009. Avec un rythme de croissance de plus de 3 % par an (l'un des plus élevés du monde) et un taux de natalité supérieur à 40 ‰ jusqu'au milieu des années 1980, la population a presque quadruplé en quarante ans. Le taux d'accroissement de la population a aujourd'hui nettement diminué, à 1,5 % en 2009. L'Algérie est l'un des pays au monde qui a connu la plus forte baisse du taux de fécondité, passant de 7,1 enfants par femmes dans les années 1970 à 2,4 aujourd'hui. Des trois pays du Maghreb central, l'Algérie est celui où la baisse de la croissance démographique a été la plus tardive. Celle-ci n'a jamais été, en effet, un objectif de la politique de Houari Boumediene (président de la République de 1965 à 1978), qui considérait les naissances comme une richesse et un indice de puissance. Il a fallu la crise économique de 1985 pour que l'on commence à parler de planification familiale. Il en résulte, aujourd'hui, que plus de 25 % de la population sont âgés de moins de 15 ans.
Cette situation, avec sa pression corollaire sur le logement, l'enseignement et l'emploi, n'est pas étrangère aux problèmes actuels de l'Algérie. D'énormes déficits (manque de 2 millions de logements, baisse du rendement scolaire, insuffisance des effectifs dans l'enseignement secondaire et le supérieur, chômage atteignant 12 % de la population active mais 70 % chez les jeunes) ont commencé à faire leur apparition en 1985 et se sont conjugués avec une grave crise d'identité. Une nouvelle Algérie est née dans la douleur en quelques années : de rural, voire pastoral, le pays s'est urbanisé à plus de 60 %, surtout sur le littoral. La population est concentrée, à plus de 80 %, sur une bande côtière de 1 200 km de long et 100 km de large, représentant l'ancienne Algérie « utile » de la colonisation (plaine de la Mitidja), où se localisent toutes les grandes villes, tous les centres secondaires et les ports importants créés par l'industrialisation. Les principales concentrations humaines sont Alger et la Kabylie. Cette bande côtière s'achève sur les contreforts de l'Atlas tellien, les Hautes Plaines (entre l'Atlas tellien et l'Atlas saharien) comportant encore quelques centres urbains. Entre la chaîne tellienne et le Tassili se situe la partie la plus active du Sahara algérien, avec les grandes oasis du Mzab et de Ouargla. Enfin, plus on descend vers le sud et plus la population s'amenuise.
La population algérienne a payé le prix fort d'un passage extrêmement rapide de la gestion socialiste à un libéralisme débridé, conjugué avec la guerre civile dans les années 1990. Ces transformations radicales ont exacerbé les particularismes, notamment celui des berbérophones (30 % des habitants, surtout en Kabylie, à Alger et dans les Aurès), dont les revendications n'ont jamais été satisfaites, et des traditionalistes qui réclament l'islamisation et l'arabisation totale de la société. Ces bouleversements sociologiques, qui ont également multiplié les tensions sociales et provoqué un repli identitaire, sont à l'origine du caractère très violent de l'islamisme algérien. L'émigration s'en est accrue : en dépit des fermetures des frontières et des difficultés d'obtention des visas, 400 000 Algériens ont quitté leur pays depuis 1992 et sont venus s'ajouter au million déjà installés en France, dont beaucoup ont acquis la nationalité française. A la fin des années 1990, plus de 2 millions d'Algériens vivaient en dehors de leur pays, notamment en Europe.
Peu de pays ont franchi aussi rapidement les étapes entre une économie agricole sous-développée (exception faite de l'agriculture coloniale, très rentable), avant l'indépendance, une industrialisation lourde (très coûteuse) et une libéralisation démantelant tout l'appareil productif mis précédemment en place.
Sous H. Boumediene, les richesses pétrolières et gazières algériennes, concentrées au Sahara et nationalisées en 1971, ont fourni la base d'une importante industrie pétrochimique et sidérurgique ainsi que celle d'une ambitieuse politique d'équipements et d'infrastructures. De grands monopoles étatiques ont été créés pour l'exploitation et l'exportation des principales richesses : hydrocarbures (Sonatrach), fer, phosphates… Des prix performants ont été obtenus grâce à une politique de commerce extérieur offensive. Des villes moyennes et des ports ont été édifiés (Arzew, Skikda, Béjaïa, Annaba) autour des principaux complexes industriels. Ceux-ci ont été concentrés sur la côte pour favoriser l'exportation, et des pipelines (oléoduc, gazoduc) drainent les richesses sahariennes vers le littoral. Les services et le commerce ont été également étatisés et monopolisés ; la gestion collectiviste s'est étendue, non sans mal, à l'agriculture, dont les rendements (y compris dans la riche plaine de la Mitidja) ont considérablement baissé.
Mais, dès la fin de la période Boumediene, cette politique, qui a suscité des résistances, a aussi montré ses failles : du fait d'une mauvaise gestion et de l'absence de débouchés extérieurs (échec de la construction du Maghreb), les usines tournaient à la moitié de leur capacité, l'agriculture s'est révélée incapable de nourrir la population, si bien que l'essentiel des recettes d'exportation en hydrocarbures (90 % du total) a dû être consacré à l'importation de denrées alimentaires.
La période Bendjedid Chadli (président de l'Algérie de 1979 à 1992) a été marquée par le phénomène de l'endettement (plus de 25 milliards de dollars) et par la chute des prix du pétrole ainsi que du dollar en 1985-1986, qui a entraîné le pays au bord de la banqueroute. Il en a résulté une baisse des investissements et des importations, une augmentation des prix, un effritement de la monnaie et une austérité pesant sur la population. Deuxième tournant, l'Algérie, alors si soucieuse de son indépendance, a dû, en 1991, conclure un accord avec le F.M.I. et promettre, en échange de prêts d'un montant total d'un milliard de dollars, une nouvelle politique d'austérité, de rétablissement des équilibres budgétaires et de réajustement des prix et de la monnaie (une dévaluation de 50 % lui a été demandée). Les réformes adjacentes, déjà entamées depuis 1982, ont été accélérées, en dépit de tous les aléas politiques : restructuration du secteur public avec désengagement de l'État, ouverture du capital aux investisseurs privés, y compris étrangers, puis privatisations, décollectivisation de l'agriculture, libéralisation du commerce et des services. Pendant cette période, l'Algérie a obtenu une aide financière importante de ses bailleurs de fonds européens (60 % de sa dette provient de l'Union européenne) et de ses principaux clients et fournisseurs, notamment la France.
Ce plan de réformes visant à ouvrir et à libéraliser l'économie algérienne a cependant eu un coût social très lourd : licenciement de plus de 200 000 employés du secteur public, gel des salaires, augmentation des prix de plus de 30 % par an entre 1993 et 1995, y compris des produits alimentaires de première nécessité, dévaluation de plus de 40 % du dinar, paupérisation des villes surpeuplées. Le coût économique n'a pas été moindre, en raison également de la guerre civile : baisse de la production industrielle et agricole de près de 30 % par an (sauf en 1996, où la privatisation des terres s'est conjuguée à une bonne récolte).
Les ventes de pétrole et de gaz représentent 97 % des recettes d'exportations et plus du tiers du produit intérieur brut. L'Algérie est le troisième exportateur mondial de gaz, à 95 % vers l'Union européenne. Ses réserves de pétrole la place au troisième rang des pays producteurs d'Afrique, après le Nigeria et la Libye. Les hydrocarbures n'ont jamais été touchés par la crise ni même atteints par la guerre civile. Leur expansion a été, tout au contraire, constante dans un territoire éloigné des zones de tension et très protégé. Des découvertes réalisées depuis 1993 ont permis d'augmenter le volume des réserves (6e rang mondial pour le gaz) et des exportations. Des investissements les ont favorisées, notamment la construction entre l'Algérie, le Maroc, l'Espagne et le Portugal, en pleine guerre civile algérienne (entre 1994 et 1996), du gazoduc Maghreb-Europe (1 265 km), qui permet au gaz algérien de desservir le sud de l'Europe (il le faisait déjà auparavant pour l'Italie). Les exportations pétrolières et gazières, surtout, se sont diversifiées vers les États-Unis, l'Europe de l'Est et les pays asiatiques ; enfin, d'importants contrats ont été conclus depuis 1991 avec de nombreux pays.
Aujourd'hui, l'Algérie semble être sortie de la phase la plus dure de cette libéralisation. La balance des paiements demeure excédentaire et l'Algérie n'envisage plus de recourir à l'aide du F.M.I. Celui-ci juge pourtant les réformes économiques encore trop limitées et trop timides, mais l'Algérie envisage de les réaliser à son rythme, pour ne pas aggraver la déstructuration de la société. Les investisseurs étrangers reviennent ; les grosses sociétés internationales se réinstallent, surtout à Alger.
Depuis 1999, les cours du pétrole connaissent à nouveau une hausse continue, profitant pleinement à l'Algérie qui résorbe petit à petit sa dette extérieure. Le retour à une politique destinée à satisfaire les besoins élémentaires d'une population traumatisée par la guerre civile répond également aux désirs des bailleurs de fonds et des pays partenaires, inquiets de l'évolution de la situation politique.
L'Algérie s'est désormais convertie à l'économie de marché. Des secteurs comme les télécommunications, les transports ou encore la sidérurgie s'ouvrent progressivement à la concurrence, par le biais d'investissements privés ou des privatisations. Les réformes sont appelées à se poursuivre, les responsables algériens ayant promis d'accentuer la libéralisation et la diversification d'une économie dont la vulnérabilité provient de sa dépendance d'un produit unique, les hydrocarbures, et de son extrême concentration sur une faible partie du territoire. Après la fin de la guerre civile, la question du rythme des réformes et de leurs coûts (financier et social) est posée.
L'accord d'association avec l'Union européenne, en 2005, a entraîné une baisse des droits de douane de certains produits de consommation (sucre, blé, huile, orge).
Dès la fin du IIe millénaire avant J.-C., les Phéniciens établissent des escales et des bases portuaires dans le Maghreb central. Après la fondation de Carthage par des Tyriens (814-813 avant J.-C.), les rivages de l'Algérie passent sous la domination des Carthaginois, qui y fondent des établissements et se contentent d'entretenir dans l'intérieur du pays les rivalités des chefs numides (ou berbères) et de soutenir ceux qui reconnaissent la suzeraineté de Carthage. C'est la même politique que suit Rome après la victoire de Zama (202 avant J.-C.), jusqu'au temps de la ruine de Carthage (146 avant J.-C.) et de la défaite du roi numide Jugurtha (105 avant J.-C.). Après la bataille de Thapsus (46 avant J.-C.), César réduit la Numidie en province romaine. Octave fonde des colonies en Mauritanie, mais le pays n'est annexé qu'en 42 après J.-C., et divisé en Mauritanie Césarienne et Mauritanie Tingitane, séparées par la Moulouya. L'administration impériale assure dès lors une grande prospérité au pays, qui se romanise et se christianise. (Afrique romaine). En 429, les Vandales se rendent maîtres du pays, mais, en 533, ils sont refoulés par les Byzantins dont l'autorité, lointaine et fragile, ne résistera pas à la pression arabe.
La conquête par les Arabes du territoire connu aujourd'hui sous le nom d'« Algérie » fait bloc avec celle de la Tunisie et du Maroc. La chevauchée jusqu'au Maroc d'Uqba ibn Nafi (682) ne réduit pas la résistance des Berbères soutenus par les Byzantins, qui réoccupent Carthage, mais ces succès restent temporaires. Les Arabes foncent vers l'ouest, et le Maghreb entier est soumis dans les premières années du VIIIe s. L'islamisation du pays semble presque achevée vers les années 710-720. L'arabisation, elle, est moins rapide et moins profonde.
Le pays, théoriquement soumis à Kairouan, où se succèdent sans cesse les gouverneurs, et où les Arabes doivent constamment lutter contre les révoltes berbères, se morcelle en émirats plus ou moins indépendants. L'Orient omeyyade, en proie à ses révoltes, se désintéresse de cet émiettement. Tahert (Tiaret), en Oranie, devient vers la fin du VIIIe s. la capitale de la dynastie rustémide, qui règne sur les Hautes Plaines et s'oppose à l'émirat aghlabide par ses caractères kharidjite, nomade et non arabe. Contre l'ennemi commun de Kairouan, l'imam de Tahert s'unit à l'émir de Cordoue, dont il reconnaît la suzeraineté.
Au début du Xe s., la dynastie rustémide de l'Ouest algérien tombe sous les coups des Fatimides. La propagande chiite amène les Berbères Kutama à soutenir Ubayd Allah, fondateur de la nouvelle dynastie. Les Fatimides étendent leur pouvoir, mais les Berbères se révoltent bientôt contre eux à Constantine et à Tahert. En 944 éclatent dans l'Aurès des troubles plus graves encore. Le kharidjite Abu Yazid fomente l'insurrection contre les chiites de Mahdia. Les armées fatimides sont décimées, Kairouan est prise, mais les Berbères de Miliana envoient des renforts, et les Fatimides matent la révolte (947). L'Algérie leur est soumise jusqu'à Miliana et l'Oranais leur appartient pour un temps.
Sous leurs successeurs, les Zirides, l'émiettement est à nouveau consommé. Au début du XIe s., l'oncle de l'émir Badis, Hammad, reçoit en fief la région au sud de Bougie et, pour lutter contre ses cousins zirides de Tunisie, renie l'allégeance fatimide et reconnaît la suzeraineté abbasside. C'est alors que fond sur les royaumes ziride et hammadide l'invasion bédouine déclenchée par les Fatimides mécontents de leurs vassaux et connue sous le nom d'« invasion hilalienne ». Les Banu Hilal, puis les Banu Sulaym envahissent le pays. Les Hammadides quittent la Qala des Banu Hammad, leur capitale, et se réfugient à Bougie, sur la côte (1090-1091). Les Berbères sont repoussés dans les montagnes pauvres. Cette arabisation triomphante est un fait capital de l'histoire du Maghreb. Le nomadisme envahissant fait des terres de culture des terrains de parcours, et accentue la dégradation économique et sociale de l'Afrique du Nord. La vie urbaine se réfugie sur le littoral et dans quelques grandes villes de l'intérieur. Les Zirides de Mahdia, réfugiés à Bougie en 1148, en seront chassés par les Normands de Sicile.
À l'ouest, cependant, les succès de la dynastie berbère des Almoravides sont allés en se multipliant. Tlemcen, l'Oranais, l'Ouarsenis sont sous sa sujétion. La Kabylie est épargnée. Mais le futur Almohade, Ibn Tumart, fait son apparition, vers 1120, à Constantine, à Bougie. Il rencontre Abd al-Mumin, avec lequel il part pour le Maroc combattre la dynastie almoravide. À l'appel des Zirides, Abd al-Mumin, successeur d'Ibn Tumart et premier calife de la dynastie des Almohades, conquiert l'Ifriqiya : prises d'Alger, de Bougie, de la Qala des Banu Hammad, victoire sur les Banu Hilal près de Sétif, etc. Ses succès sur les Normands, qui tiennent plusieurs ports, réalisent temporairement l'unité du Maghreb.
Mais la branche berbère almoravide des Baléares, celle des Banu Rhaniya, débarque à Bougie. Alger, Miliana, la Qala sont prises, Constantine est assiégée. Les Arabes Banu Sulaym les rejettent vers l'est, qu'ils placent sous leur domination. Là, ils sont vaincus par les Almohades, qui font de la Tunisie une vice-royauté ; ce sera le noyau initial de la dynastie hafside dont dépendra l'est algérien, cependant qu'à l'ouest l'émir de Tlemcen fonde un royaume du Maghreb central, le royaume des Abdalwadides (1235). Cette dynastie lutte contre les Almohades, puis s'allie avec eux contre leurs vainqueurs, les Marinides. Ils sont plusieurs fois vaincus et Tlemcen subit un siège terrible de la part des Marocains, mais résiste jusqu'au bout (1299-1307). Les Abdalwadides tentent d'assiéger Bougie, mais les Marinides s'emparent de Tlemcen (1337) et du Maghreb central. L'anarchie s'installe en Algérie, dont les Marinides du Maroc et les Hafsides de Tunis se disputent la possession.
L'Algérie n'acquiert une certaine unité politique qu'avec l'arrivée, en 1514, des corsaires turcs, Baba Arudj et Khayr al-Din (Barberousse). En 1518, Khayr al-Din place l'Algérie sous le protectorat de Selim Ier, sultan de Constantinople. Ainsi protégé, le nouvel État, qui est rattaché à l'Empire ottoman en 1533 et qui est réduit au rang de régence en 1587, se livre à la piraterie en Méditerranée, ce qui lui procure d'importantes ressources en butin et en esclaves, malgré les expéditions de Charles Quint, puis de Louis XIV. Le pacha d'Alger est nommé par le sultan, mais à partir du milieu du XVIIe s., son autorité est partagée avec celle de l'agha élu par la milice algéroise, puis avec un dey. En 1711, le dey s'arroge l'autorité. À l'intérieur du pays, les beys administrent et perçoivent les impôts.
L'origine de l'intervention française remonte à de difficiles pourparlers engagés en 1826 au sujet du règlement d'une créance des commerçants israélites algériens Busnach et Bacri, qui, en 1798, avaient cédé du blé à la France. Les rapports entre le gouvernement français et le dey d'Alger, personnellement intéressé à ce règlement, s'enveniment bientôt, au point qu'en 1827 ce dernier frappe d'un coup de son éventail le consul français Deval. À la suite d'autres incidents (bombardement par les forts d'Alger du navire français Provence en 1829), et malgré l'opposition de l'Angleterre, Charles X et Polignac, soucieux de créer une diversion à de nombreuses difficultés intérieures, se décident, en janvier 1830, à entreprendre une action militaire en Algérie.
Les 36 000 hommes du général de Bourmont, transportés par les vaisseaux de l'amiral Duperré, débarquent à Sidi-Ferruch du 14 au 16 juin. Ayant repoussé les Turcs, qui occupent la région au nom de la Porte, et 40 000 cavaliers rassemblés par Ibrahim, gendre du dey, les Français s'emparent d'Alger, où le dey capitule le 5 juillet.
Louis-Philippe se borne d'abord à une occupation restreinte. Les généraux Clauzel, Savary, Berthezène, Voirol et Drouet d'Erlon, qui se succèdent pendant cinq ans, sans grands moyens ni directives, se contentent d'occuper Alger et ses environs, Oran, Bône et Bougie. Pour augmenter ses effectifs, le commandement met sur pied des formations nouvelles : zouaves, légion, spahis, tirailleurs, chasseurs, etc., tandis que les bureaux arabes établissent le contact avec les populations.
En 1832, cependant, deux chefs arabes, Abd el-Kader, émir de Mascara, et le bey de Constantine Hadjdj Ahmad, se dressent contre les Français ; ceux-ci tentent d'abord de négocier et, par le traité du 26 février 1834, Desmichels reconnaît l'autorité d'Abd el-Kader sur l'Ouest algérien. Mais le général Trézel prend sous sa protection des tribus que l'émir considère comme relevant de son autorité : Abd el-Kader reprend la lutte et écrase la colonne Trézel à la Macta (1835). À la suite de cet échec, la France envoie des renforts ; Clauzel et le duc d'Orléans enlèvent Mascara, mais échouent devant Constantine. Chargé de neutraliser Abd el-Kader, Bugeaud négocie le traité de la Tafna (1837), qui reconnaît au chef arabe l'autorité sur tout le pays, sauf les ports et les villes côtières. Cependant, à l'est, les Français portent leurs efforts sur Constantine, qui est enlevée par Valée le 13 octobre 1837. Mais Abd el-Kader, en deux ans, organise une véritable armée, forte de plus de 50 000 hommes, et, après s'être assuré de l'appui du sultan du Maroc, déclare la guerre à la France le 18 novembre 1839 et pousse une pointe sur Alger.
La France se décide alors à la conquête. C'est l'œuvre de Bugeaud, nommé gouverneur de l'Algérie en 1840. Disposant de 100 000 hommes, dont il adapte l'organisation aux impératifs de la mobilité, Bugeaud entreprend, par les incessantes attaques de ses colonnes mobiles, de refouler Abd el-Kader vers le désert. Dès 1841, toutes les places de l'émir sont conquises, et, en 1843, sa smala est détruite par le duc d'Aumale, à Taguin. Chassé d'Algérie, Abd el-Kader se réfugie au Maroc, où il est soutenu par le sultan Abd al-Rahman. Celui-ci refuse d'expulser l'émir ; son armée est battue par Bugeaud à l'Isly (1844), tandis que la flotte française bombarde Tanger et Mogador. Le sultan chasse alors Abd el-Kader, qui continue la lutte pendant trois ans, massacrant notamment les chasseurs français à Sidi-Brahim (1845), mais qui finit par se rendre à Lamoricière, en 1847, ce qui marque la fin de la conquête.
Le second Empire porte son effort militaire sur les pays berbères, dont il s'attache à obtenir la soumission : après la prise de Zaatcha (1849), Saint-Arnaud s'attaque à la Petite Kabylie (1849-1852) ; sous le gouvernement du maréchal Randon, en 1857, la France affirme son autorité sur la Grande Kabylie en créant, après la prise d'Ichériden, Fort-l'Empereur (devenu Fort-National). La pénétration s'exerce au sud d'abord – après l'occupation des oasis de Laghouat et de Touggourt (1854), l'explorateur Duveyrier pénètre chez les Touareg – puis dans le Sud-Oranais où, après plusieurs expéditions contre les Beni Snassen, les confins algéro-marocains seront soumis, à la veille de la guerre de 1870, par le général de Wimpffen.
Mais la France hésite entre une politique d'assimilation et une politique de semi-autonomie. De 1852 à 1858, Napoléon III substitue au régime civil de la IIe République un régime militaire qui supprime la représentation algérienne au Parlement, mais maintient les trois départements (Alger, Oran, Constantine), créés par la République et administrés par les préfets, à l'exception des territoires militaires du Sud. Pour faciliter la colonisation, le gouverneur général Randon cantonne les autochtones ; mais l'hostilité des colons au contrôle de l'armée, jugé trop favorable aux musulmans, provoque, en 1858, la suppression du gouvernement général et son remplacement par un ministère de l'Algérie et des Colonies, siégeant à Paris et confié au prince Napoléon qui, incompétent, est remplacé dès 1859 par le marquis de Chasseloup-Laubat.
Un voyage qu'il accomplit en Algérie en septembre 1860 incite Napoléon III, séduit par la noblesse des autochtones et mécontent des abus de la colonisation européenne, à renoncer à la colonisation et à promouvoir l'idée du « royaume arabe », qui doit être non pas exploité, mais élevé au niveau de la métropole (lettre à Pélissier de 1863). Il rétablit donc le gouvernement général et le régime militaire (Pélissier, 1863-1864, et Mac-Mahon, 1864-1870), et le sénatus-consulte de 1863 rend les douars propriétaires des terres qu'ils occupent.
Cette politique a pour contrecoup le ralentissement de la petite colonisation européenne (4 500 nouveaux colons seulement de 1860 à 1870) au profit de la grande colonisation capitaliste (Compagnie genevoise, autour de Sétif : 20 000 ha dès 1853, etc.).
La substitution de la République à l'Empire révèle les difficultés latentes : hostilité des colons envers l'armée, problème israélite, problème kabyle. Pour satisfaire les Européens, le régime civil est rétabli ; les Juifs algériens reçoivent la citoyenneté française (décret Crémieux du 24 octobre 1870) ; la Kabylie, émue par les mesures en faveur des Juifs et par la défaite française, se révolte, le 14 mars 1871, sous la direction du bachagha Mokrani, qui proclame la guerre sainte et entraîne 150 000 hommes qui pénètrent même dans le Hodna. Mais, en mai, Mokrani est tué, et au bout de sept mois, l'amiral de Gueydon écrase l'insurrection ; le désarmement des Kabyles, une amende de 36 millions, la confiscation de 500 000 ha frappent la Kabylie. L'extension de la domination française vers le Sud algérien se traduit par l'occupation du Mzab (1882). Elle est facilitée par l'accord franco-britannique de 1890, qui laisse la France libre d'agir dans cette direction. Quant à la frontière marocaine, elle est fixée en 1903.
Partisans de la politique d'assimilation, les colons décident de la soumettre au droit commun. Dès 1873, une loi substitue à la propriété collective des tribus la propriété individuelle de l'autochtone, qui ne peut résister aux offres d'achat des Européens. La colonisation officielle (Alsaciens-Lorrains après l'annexion de leurs provinces par l'Allemagne) et la colonisation libre en reçoivent une impulsion décisive : de 1871 à 1881, 130 000 colons s'installent en Algérie. Mais le transfert de propriétés est si rapide qu'un arrêt de la Cour de cassation de 1888 doit annuler la loi de 1873, de peur d'une expropriation définitive des autochtones.
La force numérique des colons et de leurs élus algériens leur permet pourtant de faire appliquer par le gouverneur Albert Grévy, frère du président de la République (1879-1881), la politique des « rattachements ». Les affaires locales sont réparties entre neuf ministères parisiens, le gouverneur n'est plus qu'un agent d'exécution du gouvernement, les lois françaises sont applicables aux européens d'Algérie (décrets de 1881). En 1889, une loi naturalise automatiquement tous les étrangers nés en Algérie. Quant aux autochtones, ils sont placés sous le régime de l'indigénat (1881) : la justice répressive et expéditive est rendue hors du droit commun, non par l'autorité judiciaire, mais par l'autorité administrative, avec, pour peines, l'internement, l'amende collective, etc. Le régime de centralisation et d'assimilation politique, complété par une semi-ségrégation pratiquée à l'égard des autochtones, échoue. Jules Ferry le dénonce dans son rapport de 1892. L'Algérie ne peut être le prolongement de la France ; elle n'est qu'une colonie, dit-il en substance.
De 1896 à 1902, on renforce les pouvoirs du gouverneur général, qui ne dépend plus que du seul ministre de l'Intérieur. L'Algérie obtient un budget autonome. Dans le cadre départemental, on distingue trois types de municipalités : commune de plein exercice, régie par la loi française ; commune mixte, où l'élément autochtone peut être admis à la commission municipale ; communes indigènes, qui conservent leurs coutumes sous le contrôle d'un administrateur ou d'un officier. En 1919, une loi élargit la place des autochtones dans les assemblées locales ; de 1914 à 1944, le régime de l'indigénat disparaît progressivement.
Au lendemain de la guerre de 1870, les troupes des trois divisions militaires d'Alger, d'Oran et de Constantine constituent le 19e corps d'armée, qui deviendra en 1946 la Xe région militaire et dont le quartier général est à Alger. Les Territoires du Sud algérien forment, depuis 1902, un commandement distinct, dont le chef relève directement du gouverneur général. Répartis entre les circonscriptions d'Aïn Séfra, de Ghardaïa, d'Ouargla et de Touggourt, ils sont administrés par des officiers des Affaires indigènes disposant depuis 1891, pour la police du désert, de compagnies sahariennes. Si le principe de la conscription est décidé pour l'Algérie en 1912, il n'est pas appliqué rigoureusement, du moins en temps de paix ; mais le nombre des régiments de tirailleurs algériens augmente régulièrement, passant de trois, en 1872, à neuf, en 1914. L'Algérie apporte une importante contribution à l'effort militaire français, tant au cours de la Première Guerre mondiale que pendant les opérations du Maroc et de la Syrie (1920-1930) et lors de la mobilisation de 1939.
La colonisation ouvre des routes, construit des voies ferrées, défriche de nouvelles terres. Les cultures de céréales, et de vigne surtout, se développent rapidement ; du sous-sol sont extraits le fer et le phosphate ; Alger devient le deuxième port français. Le nombre des colons s'accroît et le pourcentage des étrangers (Italiens dans le Constantinois, et surtout Espagnols en Oranais) augmente sans cesse : ainsi se constitue une importante communauté européenne dont la personnalité originale s'affirme. Grâce aux Sociétés indigènes de prévoyance (S.I.P.), créées en 1933, l'agriculture traditionnelle algéro-musulmane se développe surtout dans le cadre des S.A.R. (Secteurs d'amélioration rurale).
Mais les autochtones ne sont pas assimilés, car l'islam les rend en général imperméables à la culture française. D'ailleurs, l'implantation scolaire reste très insuffisante et le prosélytisme chrétien inefficace ; enfin l'administration française, par souci de centralisation et de commodité bureaucratique, favorise la diffusion de l'islam dans les pays berbères. Certes de jeunes Algériens sortis des écoles françaises à partir de 1910, mais attachés à l'islam, accepteraient la citoyenneté française, à condition de conserver leur statut personnel, mais ils se heurtent à l'opposition des colons, qui feront échouer le projet de la loi Blum-Violette de 1937 (accordant les droits politiques aux « évolués algériens »), et à celle des ulémas, hostiles à toute assimilation.
À partir de 1935, le cheikh Ibn Badis, président de l'Association des ulémas d'Algérie, veut, au nom d'un islam rénové, faire de l'Algérie une nation et, au nom des principes de 1789, obtenir l'égalité des droits avec les Européens, puis la constitution d'une « nation démocratique sous le protectorat de la France », idées qu'il défend jusqu'à sa mort, en 1940.
Mais, déjà, il est débordé par des partis plus dynamiques : le parti communiste algérien (P.C.A.), fondé, en 1935, au congrès de Villeurbanne, qui soutient un programme nationaliste, et, d'autre part, le parti de Messali Hadj. Celui-ci a pour origine le Mouvement de l'Étoile africaine, fondé en 1926 par Ali Abd el-Kader et lié, au début, au parti communiste. Le mouvement ayant été dissous, Messali Hadj le reconstitue, en 1929, sous le nom d'Union nationale des musulmans nord-africains, transformée à Nanterre, en 1937, en parti populaire algérien (P.P.A.). Ses membres se recrutent parmi les travailleurs algériens de la région parisienne et visent à l'indépendance totale de l'Algérie. Mais, au début de la Seconde Guerre mondiale, les problèmes nationalistes sont relégués au second plan, et le P.P.A. est dissous.
Après l'armistice de juin 1940, l'Algérie reste sous l'autorité du gouvernement de Vichy. Le 6 septembre, Weygand est nommé à Alger délégué général du gouvernement et commandant en chef pour toute l'Afrique française. Sorte de proconsul, s'il applique en Algérie le programme de la révolution nationale (abolition du décret Crémieux), il négocie avec le consul américain à Alger les accords dits Weygand-Murphy qui assurent le ravitaillement de l'Afrique du Nord en produits alimentaires et pétrole ; sur le plan militaire, il limite au maximum l'action des commissions de contrôle germano-italiennes et couvre de son autorité toute une organisation de réarmement clandestin des troupes d'Algérie.
Rappelé en France en novembre 1941, à la demande des Allemands, il est remplacé comme commandant en chef par le général Juin qui, comme son prédécesseur, prépare les troupes à lutter contre toute agression.
Après le débarquement allié (débarquement anglo-américain en Afrique du Nord) le 8 novembre 1942, l'Algérie est d'abord la base arrière indispensable des forces anglo-américaines et françaises engagées en Tunisie, puis contribue, comme la Tunisie et le Maroc, à la formation d'une nouvelle armée française, équipée par les Américains, engagée en Corse, en Italie, puis en Provence. Plus d'un demi-million d'hommes, dont la moitié nord-africains, sont mobilisés à cette fin. Alger, capitale de l'effort de guerre allié en Méditerranée occidentale (P.C. d'Eisenhower), est aussi et surtout la capitale de l'Afrique française en guerre ; siège du conseil impérial, formé des gouverneurs des colonies, que préside Darlan jusqu'à son assassinat (24 décembre 1942), puis du commandant civil et militaire du général Giraud, Alger devient, à compter du 3 juin 1943, celui du Comité français de libération nationale (C.F.L.N.), présidé conjointement par de Gaulle et Giraud, jusqu'à l'élimination progressive de ce dernier.
L'arrivée de nombreux délégués de mouvements de résistance, la réunion d'une assemblée consultative à Alger le 17 septembre 1943, puis la transformation du C.F.L.N. en Gouvernement provisoire de la République française (3 juin 1944) font d'Alger la capitale politique de la France, en guerre jusqu'à la libération de Paris.
La perte du prestige de la France due à la défaite de 1940, la participation des Algériens à l'effort de guerre du C.F.L.N. incitent les leaders musulmans à réclamer le partage du pouvoir.
Le rôle capital est joué par Ferhat Abbas, fondateur, en 1938, de l'Union populaire algérienne pour l'accession à la citoyenneté française des musulmans, malgré l'opposition du Parlement, hostile à l'égalité entre les deux communautés européenne et musulmane, et celle des messalistes, adversaires de l'assimilation.
En décembre 1942, il adresse un message aux autorités françaises. Ne recevant pas de réponse, il signe, le 10 février 1943, avec 28 élus musulmans, le Manifeste du peuple algérien, à la fois apologie et procès de la culture et de la colonisation françaises, dont l'abolition est réclamée. Ce document demande en outre l'octroi d'une Constitution garantissant la liberté, l'égalité et la participation effective des musulmans au gouvernement de l'Algérie. Pour diffuser ce programme, Ferhat Abbas créera l'Association des amis du manifeste en 1944 et, en 1946, l'Union démocratique du manifeste algérien (U.D.M.A.).
La conférence de Brazzaville (1944), qui promet l'émancipation des peuples coloniaux et leur intégration dans le cadre d'une « Union française », suscite de nouveaux espoirs. Mais cette autonomie, qui, pour les Berbères, représentait l'indépendance totale, n'étant pas accordée, une première insurrection éclate dans la Kabylie des Babors et le Constantinois, en mai 1945, alors même que la guerre se termine en Europe : la mort d'une centaine de Français ssuscite une répression très sévère, qui fait des milliers de victimes (sans doute en 20 000 et 30 000). Quelques concessions sont faites aux musulmans : déjà, l'ordonnance du 7 mars 1944 avait accordé la citoyenneté française à certains musulmans qui conservaient pourtant leur statut personnel ; surtout, le statut organique de l'Algérie du 20 septembre 1947 crée une Assemblée algérienne de 120 membres, élus par moitié par le collège des citoyens (464 000 Français et 58 000 Français-musulmans), et par celui des non-citoyens (1 200 000 Algériens). Son rôle est surtout financier. Mais les pouvoirs politiques de décision sont réservés au gouverneur général, pourtant contrôlé par un conseil de gouvernement (6 conseillers), veillant à l'application des décisions des assemblées. Les conditions des diverses élections rendent d'ailleurs l'Assemblée peu représentative aux yeux de nombreux musulmans.
Après 1946, le mouvement nationaliste est essentiellement représenté par le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (M.T.L.D.), présidé par Messali Hadj et qui reconstitue, en fait, le P.P.A. Cependant, l'unité du M.T.L.D. est très vite compromise : le caractère autoritaire du vieux leader provoque la montée d'une opposition regroupant la majorité des membres du Comité central (les « centralistes »). D'autre part, un autre courant nationaliste révolutionnaire est formé par les membres de l'Organisation spéciale du M.T.L.D. (O.S.), chargée plus particulièrement de l'action clandestine. La paralysie croissante du mouvement nationaliste légal incite des militants de l'O.S. à fonder en avril 1954 un Comité révolutionnaire d'unité et d'action (C.R.U.A.) ; trois de ses membres, Aït Ahmed, Ben Bella et Khider, constituent au Caire la « représentation extérieure » du nouvel organisme et contribuent très efficacement à assurer l'approvisionnement en armes des groupes clandestins en formation. L'Algérie est alors divisée en cinq wilayas. Le 10 octobre 1954, le comité des chefs de wilaya réuni en Algérie fixe le soulèvement au 1er novembre.
La révolte éclate en effet dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1954, et surprend totalement les autorités, qui ne croient qu'à un soulèvement tribal analogue aux révoltes antérieures, alors que le mouvement a été préparé de longue date.
L'insuffisance des forces françaises, due à la campagne d'Indochine, favorise le soulèvement, qui, parti des bastions montagneux de l'Aurès et des Nemencha, se prolonge le long des axes orographiques de l'Atlas tellien et de l'Atlas saharien, reliés vers l'est par les monts du Hodna. Le Nord-Constantinois, la Kabylie et le Sud-Algérois sont ainsi touchés, tandis qu'aux confins algéro-marocains des bandes armées venues du Rif ou du Maroc chérifien s'implantent dans les monts des Traras et le massif boisé de Tlemcen.
L'action militaire des insurgés se double d'une action politique visant à constituer un « Gouvernement algérien libre » disposant d'une large assise territoriale et d'une capitale en Algérie, tous éléments susceptibles d'être présentés à la tribune de l'O.N.U. comme l'« Algérie libérée ». Le C.R.U.A. crée une « Armée de libération nationale » (A.L.N.), au service d'une nouvelle formation, le Front de libération nationale (F.L.N.), où se rejoignent les membres du Comité central du M.T.L.D., de l'U.D.M.A. et de l'Association des ulémas, créée en 1935 par Ibn Badis ; il est soutenu par les communistes. Seul, Ahmed Messali Hadj, en désaccord complet avec les chefs du F.L.N., ne se rallie pas à ce dernier et transforme son M.T.L.D. en Mouvement national algérien (M.N.A.), qui groupe ses fidèles d'Algérie et de métropole et pratique également l'action violente.
À l'intérieur même du F.L.N., les différences subsistent entre les militaires (Ben Bella), les politiques (Lahouel, Ferhat Abbas, Ahmed Francis) et les religieux (El-Medani). Pourtant, son action aboutit à la création au Caire d'un Comité de libération du Maghreb, commun aux trois pays de l'Afrique du Nord française (automne 1955), et surtout, après le congrès de la Soummam (août 1956), d'un Conseil national de la révolution algérienne (C.N.R.A.) ; son exécutif, dit comité de coordination et d'exécution (C.C.E.), voudrait se transformer en Gouvernement algérien, mais il ne réussit pas à obtenir l'appui de l'O.N.U. malgré une vive propagande menée auprès des États de la Ligue arabe, de l'Amérique latine, de la Scandinavie et des nations communistes.
Le gouvernement français essaie de déjouer l'insurrection générale par des mesures militaires sans précédent : rappel des disponibles (19 mai 1955, 11 avril 1956), proclamation de l'état d'urgence en Algérie (28 août 1955), quadrillage du terrain à l'aide de 400 000 hommes. L'ordre rétabli dans les villes (bataille d'Alger, janvier-février 1957), l'armée s'attache à résorber les zones dissidentes.
Sur le plan politique, une série de réformes sont mises en route. Après les efforts tentés en 1955 par le gouverneur général, Jacques Soustelle, en faveur d'une politique d'intégration, le gouvernement Guy Mollet opte en 1956 pour la « personnalité algérienne » et charge Robert Lacoste, ministre résidant en Algérie de février 1956 à mai 1958, de faire accepter le triptyque : cessez-le-feu, élections libres, négociations, auquel le F.L.N. oppose le préalable de l'indépendance.
Après l'échec d'une première loi-cadre (3 septembre 1957), l'Assemblée nationale française vote un statut de forme fédérative (30 janvier 1958). Mais le bombardement aérien de la base F.L.N. de Sakiet-Sidi-Youssef, en Tunisie, provoque avec ce pays une crise grave, aux répercussions internationales. La longueur de la crise ministérielle qui s'ensuit (mai 1958) et la crainte éprouvée par les Européens d'Algérie de voir ce pays abandonné ou partagé aboutissent à Alger au mouvement du 13 mai (occupation du ministère de l'Algérie, création d'un Comité de salut public) et au retour au pouvoir du général de Gaulle.
À peine investi des pleins pouvoirs (2 juin 1958), le général de Gaulle se rend en Algérie (4-7 juin) pour rétablir l'unité nationale. Il donne la priorité aux problèmes économiques et sociaux et fait étudier un plan quinquennal de développement de l'Algérie, dit « plan de Constantine », qu'il définit le 3 octobre. Au point de vue politique, les incertitudes persistent. Dans le camp de l'insurrection, un Gouvernement provisoire de la République algérienne (G.P.R.A.), présidé par Ferhat Abbas, remplace, en septembre, le Comité de coordination et d'exécution. L'appel à la « paix des braves » lancé le 23 octobre 1958 par le chef de l'État demeure sans réponse. Sa déclaration du 16 septembre 1959, par laquelle il proclame le droit des Algériens à l'autodétermination et propose une triple option – sécession, francisation ou fédération –, a, en revanche, un grand retentissement. Tandis que le G.P.R.A. cherche à se faire reconnaître comme seul interlocuteur, des associations d'Européens se groupent dans un Rassemblement pour l'Algérie française, présidé par Georges Bidault.
Parmi les Européens se développe un climat passionnel que le rappel à Paris du général Massu (22 janvier 1960), symbole du 13-Mai, transforme en colère. Celle-ci éclate lors de la journée sanglante du 24 janvier, suivie de la « semaine des barricades » (25 janvier-1er février). Cependant cette manifestation d'hostilité n'infléchit pas la politique du gouvernement : des commissions d'élus sont constituées en Algérie et des rencontres officielles entre la France et le F.L.N. ont lieu à Melun (juin 1960). Mais les Algériens durcissent leur position et cherchent, par un appel à l'O.N.U. et un voyage du chef du G.P.R.A. à Moscou et à Pékin, à internationaliser le conflit.
Après l'allocution du 4 novembre 1960, au cours de laquelle de Gaulle précise ce qu'il entend par « Algérie algérienne », voire par « République algérienne », le climat s'alourdit encore à Alger. L'annonce d'ouverture de pourparlers officiels à Évian provoque la rébellion de certains éléments de l'armée dirigés par les généraux Challe, Jouhaud, Salan et Zeller (putsch d'Alger 21-26 avril 1961) ; mais la sédition s'effondre devant le refus du contingent et de nombre d'officiers et de sous-officiers de suivre les factieux pour continuer la guerre, et devant la détermination du pouvoir, soutenu par la grande majorité des Français métropolitains. Les partisans de l'Algérie française se regroupent alors au sein de l'O.A.S. (Organisation armée secrète). Les conversations entre la France et le F.L.N. reprennent à Évian (20 mai), puis à Lugrin (20 juillet). Sur le plan algérien, la session à Tripoli du conseil national de la révolution algérienne, organe suprême du F.L.N. (août 1961), accentue l'orientation socialiste des projets de nouvel État et place Ben Khedda à la tête du G.P.R.A.
Malgré la multiplication des heurts entre communautés européenne et musulmane, un accord général sur les modalités de l'autodétermination est conclu à Évian (18 mars 1962) et un cessez-le-feu intervient. La nouvelle de l'accord provoque une fois encore une flambée terroriste (insurrection O.A.S. de Bab-el-Oued [23 mars], manifestation des Européens et fusillade de la rue d'Isly à Alger [26 mars). Elle n'enraye pas toutefois la mise en place de l'Exécutif provisoire algérien, qui, sous la présidence de A. Farès, fonctionne à partir du 7 avril. Le référendum d'autodétermination (1er juillet 1962) donne une très forte majorité en faveur de l'indépendance, mais coïncide avec une grave crise au sein du F.L.N. (guerre d'Algérie)
En effet, depuis le mois de mai, une épreuve de force est engagée entre Ben Khedda, d'une part, et Ben Bella, d'autre part. Celui-ci, après avoir regroupé ses partisans (Khider, Boumendjel, Boumediene) en un « bureau politique » installé à Tlemcen, parvient à s'imposer. Une Assemblée nationale constituante, élue le 20 septembre, désigne Ben Bella comme chef du premier gouvernement algérien (29 septembre). Peu après (8 octobre), l'Algérie est admise à l'O.N.U.
Le nouvel État s'emploie à réduire l'opposition intérieure (partisans de Messali Hadj, parti communiste et parti nouveau de la Révolution socialiste) et en même temps à résoudre les graves difficultés économiques créées par le départ massif des Européens. Le chômage atteint 70 % des travailleurs (plus de 2 millions de chômeurs) et plus de 1 million d'hectares de terre sont vacants. L'État est ainsi amené à rechercher des solutions socialistes originales, telle la prise en charge des grandes exploitations agricoles par des « comités de gestion » élus par les fellahs.
La Constitution, approuvée par référendum le 8 septembre 1963, établit un régime présidentiel, avec un parti unique, le F.L.N. Ben Bella, élu président de la République (15 septembre), détient des pouvoirs très étendus. Il soulève ainsi une opposition libérale. Le chef de cette opposition, Ferhat Abbas, hostile au projet de Constitution, avait démissionné de la présidence de l'Assemblée nationale en août.
Au lendemain d'un congrès réuni à Tizi-Ouzou par Aït Ahmed, une révolte éclate en Kabylie contre le régime personnel de Ben Bella (septembre). Un conflit frontalier avec le Maroc (octobre 1963) suscite un mouvement patriotique qui favorise l'apaisement. La réunion à Alger du premier congrès du F.L.N., qui permet une large confrontation des grandes tendances du pays (16-21 avril 1964), agit dans le même sens. Cette conférence marque, d'autre part, une nouvelle étape dans la radicalisation du régime. Les divergences entre le parti et l'armée s'accentuent dès lors dangereusement. Ben Bella maîtrise une révolte qui éclate à Biskra (juillet 1964) et fait exécuter son chef, le colonel Chaabani ; mais il est renversé par les militaires (19 juin 1965), qui, sous la direction du colonel Boumediene, instaurent un Conseil de la révolution.
Durant treize ans, le colonel Houari Boumediene domine la scène politique algérienne : construction d'un État et d'une armée forts ; pouvoir autoritaire, compensé, au plan social, par une redistribution de la rente pétrolière ; développement systématique de l'enseignement ; récupération des richesses nationales en hydrocarbures ; politique économique étatiste à coloration marxiste, axée sur l'industrialisation ; et diplomatie offensive qui hisse l'Algérie, héritière d'une guerre de libération constamment rappelée, au rang de pays phare du tiers-monde. La mainmise de Boumediene et de son équipe, constituée essentiellement de militaires, sur tous les rouages politiques – élections communales, promulgation d'une charte et d'un code pour les communes et les wilayas, mise au pas des organisations dépendant du parti unique (syndicats, femmes) – ne va toutefois pas sans contestation. Les anciens chefs de l'armée de libération résistent ; Belkacem Krim, Mohammed Lebjaoui, le colonel Zbiri, chef d'état-major de l'armée, entrent en dissidence. Les étudiants protestent. En 1968, le colonel Boumediene échappe à un attentat. En 1971, la « révolution agraire » permet de mesurer les résistances des campagnes et celles des commerçants à l'étatisation des services. Mais la nationalisation de toute l'industrie pétrolière, terminée en 1971, et la création de grosses entreprises d'État masquent les troubles internes. Cette politique de nationalisations et de « gestion socialiste », bientôt suivie d'investissements considérables dans l'industrie et l'infrastructure, avec leurs retombées sociales (sur l'enseignement, la santé, l'emploi) neutralisant les revendications de collégialité, de démocratie et de libre expression, affermissent le régime.
Les principaux et les plus durables succès de Boumediene tiennent cependant à sa politique extérieure. Un anti-impérialisme militant, lors de la IVe conférence des Non-Alignés, à Alger, en 1973, le lancement à l'O.N.U., en 1974, du concept de « nouvel ordre économique international » vont faire de l'Algérie le point de ralliement de tous les mouvements de libération africains, américains (les Panthères noires) et, surtout, de la résistance palestinienne (Palestine). Ayant opté pour une ligne dure sur le plan pétrolier, l'Algérie va être la coorganisatrice de l'embargo qui aboutit au premier choc pétrolier et coïncide avec la guerre israélo-arabe de 1973.
Ayant solidement assis les bases de son régime, Boumediene ouvre, en 1975, une période de concertation contrôlée, suivie de l'adoption, par un référendum populaire (juin 1976), d'une charte nationale visant à consolider les mutations opérées, puis de l'approbation, par un nouveau référendum (novembre), d'une Constitution : candidat unique du parti unique, Boumediene est alors élu, en décembre, président de la République algérienne ; il organise, en février 1977, des élections législatives et la mise en place d'une Assemblée nationale.
Mais les relations, déjà tendues, avec le voisin marocain (en dépit des accords de 1972, restés sans lendemain) se rompent brutalement lors de la crise du Sahara occidental (où l'Algérie soutient le Front Polisario) et l'affrontement des deux armées à Amgalla (janvier 1976). Maintenant toujours une politique de fermeté à l'extérieur, notamment en contrant les initiatives de paix de Anouar el-Sadate au Moyen-Orient, Boumediene poursuit également son programme de réformes internes. Mais la préparation du congrès du F.L.N., qui devait être l'étape finale de la réorganisation du régime, est interrompue par son décès, le 27 décembre 1978.
Le 31 janvier 1979, le colonel Chadli Ben Djedid, membre du Conseil de la révolution, est porté à la tête du secrétariat général du parti du F.L.N. ; désigné comme candidat unique à la présidence, il est élu le 7 février. Sa politique, pendant onze ans, va être une remise en cause, prudente et progressive, de celle de son prédécesseur. Libéralisant la vie économique, il va mettre un terme à l'option socialiste en « restructurant » les entreprises publiques, première étape de leur privatisation, qui passera aussi par l'autonomie de gestion. Les lois agraires sont modifiées : les terres sont cédées d'abord à leurs occupants et, ensuite, non sans résistances, à leurs anciens propriétaires. Au plan diplomatique, l'Algérie se rapproche de la France : à partir de 1981-1982, les deux pays retrouvent leurs « relations privilégiées », concluant d'importants accords sur la fourniture de gaz et de gros contrats d'équipement. Chadli améliore également les rapports avec les autres pays maghrébins en signant des traités de fraternité et de concorde avec la Tunisie, puis la Mauritanie, et en rétablissant, à partir de 1983, les relations avec le Maroc. Par contre, il prend ses distances vis-à-vis des problèmes du Moyen-Orient.
Réélu à la présidence en janvier 1984, il fait adopter par l'Assemblée, en 1986, une nouvelle charte nationale qui consacre sa politique : encouragement de l'initiative privée, politique d'arabisation et d'islamisation, engagée dès 1984, avec la mise en place d'un code de la famille, qui est cependant combattu par les féministes et les modernistes.
L'ère Chadli est toutefois marquée par la montée des troubles internes. Dès son entrée en fonctions, les revendications culturelles berbères (avril 1980) et la naissance de la vague islamiste (1981) occupent le devant de la scène. À partir de 1985-1986, la chute des cours du pétrole et la baisse du dollar vont considérablement aggraver les problèmes sociaux, avec la fin de l'État providence et de tous les avantages matériels qui permettaient de masquer l'absence de démocratie. Dès lors, grèves, manifestations contre la cherté de la vie, contre l'absence de logements et les pénuries, y compris d'eau, contre la privatisation des terres agricoles vont se multiplier, se muant parfois en émeutes (à Alger, en 1985, puis à Constantine et à Sétif, en novembre 1986). Parallèlement, les revendications politiques « berbéristes » et, surtout, islamistes se durcissent, entraînant arrestations et procès. Le premier « maquis islamiste », celui de Mustapha Bouyali, est réduit par des affrontements armés à Larbaa, en janvier 1987, et son chef, tué. En dépit de la libération de militants démocrates, d'élections législatives qui rajeunissent l'Assemblée (février 1987), de la conclusion de nouveaux accords avec la France et de l'apurement des relations maghrébines en 1988, l'agitation se développe. Elle va connaître sa phase maximale en octobre 1988 : six jours d'émeutes à Alger et dans tout le pays, violemment réprimées par l'armée, font plusieurs centaines de morts, essentiellement des jeunes, et provoquent un véritable traumatisme.
Réélu à la présidence pour cinq ans (en décembre 1988), Chadli Ben Djedid prend des mesures d'ouverture contrôlée : il fait amender la Constitution par référendum (février 1989) dans un sens plus libéral, supprime la référence au socialisme et autorise le multipartisme. Les leaders exilés, comme Aït Ahmed et Ben Bella, rentrent en Algérie, leurs formations sont autorisées, 30 puis 60 partis émergent, les associations (féminines, culturelles) sortent de la clandestinité et une presse d'une grande liberté de ton fait son apparition. Cependant, le régime ne parvient pas à apaiser l'agitation, ni à stopper la remise en cause des options prises depuis l'indépendance. Les mouvements islamistes se regroupent au sein du Front islamique du salut (F.I.S.), créé en février 1989. Les troubles, nés des problèmes sociaux, prennent de plus en plus une tournure politique, et les contestataires s'attaquent aux symboles de l'État et du parti unique (incendie d'un siège du F.L.N., à Alger en 1989, attaque armée d'un commissariat de la capitale et d'un tribunal à Blida, en 1990). Une lutte de plus en plus ouverte entre les courants islamistes et modernistes déchire la société algérienne. Impuissant, l'État cherche à donner des gages à l'opposition par une réislamisation rampante, mais contrôlée (sur les mosquées et la presse, notamment). Les ouvertures libérales, en particulier la loi sur la monnaie et le crédit, en 1990, se succèdent. Le gouvernement est confié à une fraction dite « réformatrice » du F.L.N. : nommé Premier ministre, Mouloud Hamrouche tente de rétablir la situation économique. Les bonnes relations maghrébines sont confirmées par la création de l'Union du Maghreb arabe, en février 1989, à Marrakech.
Le 12 juin 1990, le F.I.S., qui demande la dissolution de l'Assemblée législative, remporte les élections municipales et commence à appliquer, dans les communes qu'il a conquises (près de la moitié), la charia, d'où des troubles accrus et des agressions contre les femmes. L'échec du F.L.N. consacre la séparation du parti et de l'État : le président de la République, les ministres et les chefs de l'armée quittent les instances du parti.
La guerre du Golfe met en sourdine les problèmes intérieurs pendant quelques mois. D'abord réservés sur le soutien à apporter à l'Iraq, le régime – qui avait adopté une position médiane et conciliatrice – et le F.I.S. – qui penchait plutôt pour l'Arabie saoudite – se rallient à l'opinion populaire, très favorable à Saddam Husayn.
En mai 1991, le F.I.S., visant à obtenir l'abrogation des lois électorales, lance une grève générale, qui tourne à l'émeute. L'armée intervient, l'état de siège est instauré et les chefs islamistes sont arrêtés. Une loi d'arabisation et la conclusion d'un accord sur la libéralisation de l'économie avec le F.M.I. montrent cependant la permanence des « constantes » de la politique algérienne. La première attaque islamiste contre un poste militaire à Guemmar, en novembre 1991, marque le début d'une campagne électorale : celle-ci débouche, fin décembre, au premier tour des législatives, sur une victoire incontestable du F.I.S., qui remporte 188 sièges sur les 323 attribués.
L'armée, aidée par une fraction des démocrates, décide alors de stopper le processus et d'annuler le second tour des élections ; elle obtient, en janvier 1992, la démission de Chadli. Un Haut Comité d'État remplace la présidence de la République et coopte à sa tête Mohamed Boudiaf, un des chefs historiques de la révolution, que l'on va chercher au Maroc où il était exilé depuis 27 ans.
L'état d'urgence est proclamé, le F.I.S. est dissous et 12 000 de ses militants sont internés dans des camps, au Sahara ; les mosquées et les assemblées communales sont reprises en main, tandis qu'une relance économique est annoncée. Mais ce qui va devenir la guerre civile algérienne éclate dès février 1992. Parallèlement au maintien de l'ordre, M. Boudiaf tente de relancer la machine économique et de provoquer un sursaut politique, notamment par la lutte contre la corruption et l'installation d'un conseil consultatif, mais il est assassiné le 29 juin 1992, à Annaba, par un membre de sa garde personnelle.
Ali Kafi, puis Liamine Zeroual (à partir de janvier 1994), membres du noyau militaire dirigeant, vont être successivement désignés à la tête du pays, tandis que l'Algérie va s'enfoncer dans une violence endémique qui, peu à peu, va se transformer en une véritable guerre civile. En six ans, celle-ci va faire 100 000 morts, selon les organisations internationales (26 000 officiellement reconnus), sans compter les militaires (le nombre de leurs morts est tenu secret) et les islamistes, dont plus de 20 000 auraient été tués, selon le ministère de l'Intérieur. L'organisation systématique de la terreur va évoluer : les premières cibles sont les membres des forces de l'ordre, les imams et les remplaçants des élus du F.I.S. à la tête des communes, puis des intellectuels, comme l'écrivain Tahar Djaout (mai 1993), des journalistes, de hauts responsables (comme l'ancien Premier ministre Kasdi Merbah (août 1993), des magistrats et une centaine d'étrangers (dont, en 1996, sept moines de Tibehirine et l'archevêque d'Oran, Mgr Claverie). Les symboles de l'État vont être systématiquement attaqués : aéroport d'Alger (fin 1992), casernes, établissements bancaires et scolaires, équipements urbains… Puis, à partir du début de l'année 1995, les attaques individuelles vont céder la place aux voitures piégées, aux bombes, aux faux barrages militaires ou policiers, aux embuscades, et la violence va s'élargir pour prendre, à partir de fin 1996, la forme de massacres systématiques de villageois, dont l'ampleur va profondément choquer l'opinion publique internationale.
La répression va elle aussi évoluer : création d'unités militaires (s'ajoutant à une armée de 160 000 hommes) et de cours de justice spéciales, condamnations à mort et exécutions, politique d'armement, appel des réservistes, enfin, ratissage des maquis islamistes par des opérations militaires combinées et massives. À partir de 1995, la violence se diversifie, avec la présence de groupes armés éclatés où chaque branche paraît s'autonomiser, les deux courants principaux, qui se combattent entre eux, étant l'A.I.S. (Armée islamiste du salut, issue du F.I.S.) et le Groupe islamiste armé (G.I.A.). Le pouvoir, incapable de « mettre un soldat derrière chaque Algérien », favorise la création de milices (groupes d'autodéfense, gardes communaux et autres patriotes), soit 200 000 hommes armés, dont certains vont multiplier eux-mêmes les exactions.
Dans le même temps, le gouvernement algérien poursuit une politique économique drastique avec l'aide du F.M.I., de la Banque mondiale, de l'Union européenne et de nombreux bailleurs de fonds, en dépit de son coût social extrêmement lourd (fermeture d'entreprises, surtout publiques, montée du chômage et des prix, dévaluation…). Il met en œuvre également une restructuration politique, d'abord en entamant un dialogue (1992-1995) avec les forces politiques, progressivement amenuisées (il n'y a plus qu'une dizaine de partis), tout en muselant la presse. Les deux tentatives faites par les partis pour sortir de la crise par la négociation, y compris avec le F.I.S., pourtant dissous (conférence de Sant'Egidio, à Rome, en novembre 1994, et appel à la paix, en novembre 1996), sont rejetées, les courants démocrates se trouvant par ailleurs divisés en deux tendances antagonistes : d'une part, les « éradicateurs », regroupant d'anciens communistes et le R.C.D. (Rassemblement pour la culture et la démocratie), parti créé sur la base de l'ancienne revendication berbériste ; d'autre part, les « dialoguistes », représentés par les formations de Aït Ahmed (Front des forces socialistes, ou F.F.S.) et de Ben Bella (Mouvement pour la démocratie en Algérie, ou M.D.A.). À partir de l'élection présidentielle du 13 novembre 1995, qui plébiscite Liamine Zeroual, la restructuration politique s'accélère : réforme constitutionnelle (28 novembre 1996), création, en janvier 1997, du Rassemblement national démocratique (R.N.D.), parti du président, qui va remporter les élections législatives de juin, les communales d'octobre et dominer une seconde instance parlementaire (de type sénatorial) nouvellement créée, en décembre 1997. Le pouvoir s'ouvre aux islamistes modérés du Hamas et poursuit sa politique de réislamisation et d'arabisation (loi du 5 juillet 1998), en dépit des problèmes qu'elle suscite en Kabylie, aggravés par l'assassinat du chanteur Lounès Matoub (juin 1998).
Depuis qu'en octobre 1997 l'A.I.S., effrayée par la dérive sanglante des G.I.A., a décrété une trêve unilatérale et sans contrepartie, les observateurs considèrent que le pouvoir algérien n'est plus en péril, même si la guerre civile est loin d'être terminée.
À l'extérieur, la situation algérienne a provoqué des réactions de plus en plus marquées devant l'ampleur des massacres et les graves atteintes aux droits de l'homme. Restée très prudente, la France ne peut cependant pas faire abstraction de la mort de citoyens français (tous les étrangers ont commencé à quitter le pays entre 1993 et 1995, ainsi que plus de 400 000 Algériens), de l'attaque contre un Airbus à Alger (fin 1994) et surtout des attentats meurtriers commis à Paris en 1995 et 1996. Quant aux relations maghrébines, elles se sont à nouveau tendues depuis 1994. Refusant fermement toute ingérence internationale dans ses problèmes internes, l'Algérie, qui a rétabli, depuis 1996-1997, sa situation financière et accueille de plus en plus d'investisseurs étrangers, a néanmoins commencé à prendre en compte les revendications unanimes de rétablissement des équilibres sociaux et politiques.
Dans ce contexte, la décision du président Zeroual d'écourter son mandat, annoncée le 11 septembre 1998, prend de court les observateurs et les acteurs de la vie politique algérienne. Elle illustre la fragilité du pouvoir militaire, dans une situation sociale très tendue.
Une campagne électorale relativement libre laisse entrevoir une possibilité de changement dans la vie politique du pays. Mais, à la veille du scrutin (avril 1999), six des sept candidats à l'élection se retirent, dénonçant les « fraudes massives » en faveur d'Abdelaziz Bouteflika, qu'ils considèrent comme le candidat du pouvoir. Selon les résultats officiels, contestés par l'opposition, ce dernier obtient 73,8 % des suffrages, avec une participation dépassant 60 %. Fort de ce succès, A. Bouteflika appelle à un dialogue sans exclusive, notamment avec les islamistes. Une loi sur la concorde civile, octroyant une amnistie conditionnelle aux islamistes, est soumise à référendum en septembre. Avec près de 99 % de « oui » et un taux de participation record (85 %), ce référendum-plébiscite réussit de surcroît à légitimer le nouveau président et à lui donner une marge de manœuvre utile pour engager de profondes réformes. Pourtant, le pays reste en proie aux assassinats (un des hauts responsables de l'ex-Front islamique du salut encore en liberté, Abdelkader Hachani, est tué en novembre à Alger) et aux tueries. Fin décembre 1999, un nouveau gouvernement est enfin constitué, avec des proches de A. Bouteflika aux postes clés. Dirigé par Ahmed Benbitour, il a la lourde tâche de mettre en œuvre le programme de redressement économique du président. Malgré la hausse du cours du pétrole qui parvient à renflouer les finances publiques, les conditions de vie des Algériens continuent de se dégrader. En août 2000, A. Bouteflika accepte la démission de son Premier ministre A. Benbitour – avec lequel il entretient depuis plusieurs mois de mauvaises relations – et investit à ce poste Ali Benflis, qui reconduit la plupart des ministres de l'équipe précédente.
Mais les résultats ne sont pas à la hauteur des espérances du peuple algérien : l'immobilisme a finalement prévalu en matière économique et sociale, tandis que le climat de violence à l'intérieur du pays perdure, les différentes initiatives du président Bouteflika pour y mettre fin ayant échoué, y compris celle lancée en février 2001 sous le nom de « concorde nationale ». Alors que les attaques se multiplient contre le président Bouteflika de la part des partis alliés au pouvoir, l'implication de l'armée algérienne dans certains massacres se retrouve débattue sur la place publique à la suite de la publication en France de deux livres sulfureux (dont l'un a pour auteur un ex-agent secret et l'autre un ex-officier des forces spéciales), déclenchant une immense polémique au grand dam des autorités algériennes. En novembre 2001, l'incurie du gouvernement lors des pluies torrentielles de novembre à Alger qui causent plusieurs milliers de morts dans le quartier de Bab el-Oued, alimente le ressentiment de la population à l'encontre du gouvernement.
En 2001, les autorités algériennes sont ébranlées par les émeutes en Kabylie, déclenchées en avril après le meurtre d'un jeune Kabyle dans un commissariat de police. Les difficultés économiques et sociales ainsi que l'avortement du processus de démocratisation alimentent les frustrations de la population dans une région traditionnellement rebelle, où les revendications identitaire et linguistique restent fortes. Alors que les affrontements entre jeunes manifestants et forces de l'ordre s'intensifient, faisant des dizaines de morts et plusieurs centaines de blessés, la quasi-absence de réactions des autorités algériennes est vivement critiquée par l'opposition (à la tête de laquelle se trouve le F.F.S. de Hocine Aït Ahmed) et par une grande partie des Algériens. La création d'une commission d'enquête, le 30 avril, ne suffit pas à ramener le calme. Le 1er mai, le gouvernement perd ses derniers alliés dans la région après la démission des deux ministres du Rassemblement pour la culture et la démocratie (R.C.D.), de Saïd Sadi, parti bien implanté en Kabylie. Au cours du mois de juin, les troubles s'étendent dans l'est du pays, et dans les principales villes du pays. Le 14, une grande manifestation est organisée à Alger ; tournant rapidement à l'émeute, elle est durement réprimée. Les manifestations dans la capitale sont aussitôt interdites.
Les autorités jouent d'abord le pourrissement, se contentant d'entretenir les divisions au sein de la Coordination des arouchs (tribus), comité de village et de quartier qui prend la tête du mouvement. Puis elles essaient de convaincre de leur bonne volonté en accédant à certaines des revendications des Kabyles (comme l'indemnisation des victimes des émeutes ou l'amendement à la Constitution adopté par le Parlement en avril 2002 et qui fait du tamazight une langue nationale) et par des gestes d'apaisement, comme le retrait de quelques unités de gendarmerie présentes dans la région. Mais cela ne suffit pas et la Kabylie, toujours en ébullition, continue à contester l'autorité de l'État en s'attaquant à ses symboles (bâtiments publics), en maintenant en quarantaine ses gendarmes ou encore en criant son mécontentement lors de manifestations, qui se terminent souvent en affrontements. Le « ras-le-bol » exprimé en Kabylie déborde en outre largement le cadre régional ; en effet le divorce est total entre une jeunesse sans perspective et un pouvoir vieillissant qui s'appuie sur une armée réputée corrompue et qui administre une fois de plus la preuve de ses insuffisances lors du tremblement de terre à Réghaïa en mai 2003.
Les élections législatives de mai 2002, marquées par la faiblesse du taux de participation (46,1 %, et beaucoup moins en Kabylie), voient le retour en force du F.L.N. de A. Benflis, qui devance le R.N.D. d'Ahmed Ouyahia. Le premier se succède tout naturellement en juin à la tête d'un gouvernement très largement F.L.N. et comprenant cinq femmes. Son parti, qui sort également largement vainqueur des élections locales d'octobre 2002, le plébiscite et le reconduit pour cinq ans au secrétariat général, avec des prérogatives élargies lors du congrès de mars 2003, s'engageant un peu plus dans la voie de la rénovation. À l'inverse, les partisans du chef de l'État se voient écartés des instances dirigeantes. Mais en mai 2003, rejetant toute possibilité de bicéphalisme, A. Bouteflika limoge son Premier ministre et le remplace par A. Ouyahia (déjà chef du gouvernement de 1995 à 1998). Durant l'été, au terme de leur peine de douze ans d'emprisonnement, les deux chefs historiques du F.I.S., Abassi Madani et Ali Benhadj, sont libérés, tandis que les autorités annoncent la création d'une Commission sur les disparus, reconnaissant par là même une partie de leurs responsabilités dans la guerre contre les islamistes et développant la politique de dialogue prônée par le chef de l'État. En revanche, la tension prévaut entre le F.L.N. et celui-ci, qui limoge, en septembre, sept ministres, dont six membres de ce parti soutenant A. Benflis. Un mois plus tard, au cours d'un congrès extraordinaire (bien qu'interdit), le F.L.N. fait de ce dernier son candidat officiel à l'élection présidentielle de 2004 et renonce à sa participation au gouvernement. Mais, le 30 décembre, la justice suspend les activités du F.L.N., brisant momentanément les ambitions électorales de son secrétaire général. Outre cette opposition interne, le pouvoir en place doit faire face à de multiples mouvements de mécontentement (émeutes contre la corruption et l'arbitraire, nées de la misère sociale, en particulier dans le Sud, et grève très dure des enseignants de septembre à novembre 2003).
Le président Bouteflika, qui bénéficie pendant la campagne présidentielle de 2004 du soutien de l'administration, des médias et d'une armée officiellement désengagée de la consultation, est facilement reconduit dans ses fonctions le 8 avril, remportant 84,99 % des suffrages exprimés, devant A. Benflis, son principal rival, qui ne recueille que 6,42 % des voix, l'islamiste Abdallah Djaballah, qui obtient 5,02 % des suffrages, et Saïd Sadi, le président du R.C.D., avec 1,94 %. La participation très moyenne de 57,78 % – qui dénote le désintérêt de la population pour ce troisième scrutin pluraliste du pays – masque en outre une abstention massive, de l'ordre de 80 %, en Kabylie, où les assemblées traditionnelles, les arouchs, ont appelé au boycott. Le Front des forces socialistes, estimant le maintien de l'état d'urgence incompatible avec la tenue du scrutin, et bien implanté dans la province, a lui aussi préconisé l'abstention, tout comme un certain nombre de leaders islamistes. La réélection quasi automatique de A. Bouteflika tient aussi à la division et à la faiblesse de l'opposition ainsi qu'à l'absence de toute véritable stratégie de sa part.
Réélu, le président reprend le contrôle du F.L.N., et fait élire à sa tête Abdelaziz Belkhadem. Il s'emploie à relancer les réformes, notamment par un Plan de soutien à la croissance (amélioration des infrastructures, diversification et libéralisation de l'activité, ouverture de l'économie), qui accompagne une certaine prospérité, malheureusement en fait essentiellement liée à l'essor des hydrocarbures, et ne trouvant guère de traductions concrètes dans le quotidien des habitants. Il poursuit le processus de normalisation, sans toutefois pleinement rétablir les libertés : la presse reste muselée et les opposants ainsi que la Kabylie, sous haute surveillance (dissolution des institutions locales à l'été 2005), tout comme le reste des provinces (agitation sporadique dans l'Est au cours de 2005). La lutte contre les terroristes reste une priorité, comme en témoigne la décapitation du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (G.S.P.C.) : élimination en juin 2004 de son chef Nabil Sahraoui, puis, en octobre, remise aux autorités par des rebelles tchadiens qui l'ont capturé d'Amiri Saïfi, dit Abderrazak le Para, le numéro deux. Effectivement, la sécurité s'améliore (le chiffre des morts « tombe » aux environs de 15 par semaine). Parallèlement, A. Bouteflika, désireux d'engager le dialogue avec les chefs religieux les moins radicaux, et se faisant l'écho d'un désir général de paix civile, met en œuvre une politique de « réconciliation nationale » qu'il fait adopter par référendum en septembre 2005 (avec officiellement 97 % d'approbation et une participation avoisinant les 80 %) et procède à la libération de centaines de dirigeants islamistes. En contrepartie, il ne peut être engagé contre l'État aucune action relative au conflit des années 1990. Mais le gros du G.S.P.C. n'a cure de ce développement : en septembre 2006, il fait connaître son allégeance à l'internationale djihadiste de Ben Laden et devient à partir de janvier 2007 l'Organisation al-Qaida au pays du Maghreb islamique (A.Q.M.I.). D'où la permanence voire l'intensification des attentats spectaculaires à partir de décembre 2006 et tout au long de l'année 2007. Les opérations terroristes se multiplient tout particulièrement en septembre (le 6, un attentat vise le président Bouteflika lors de sa visite à Batna, à l'est du pays, et fait 22 morts ; le 20, dans une vidéo, le numéro deux d'al-Qaida appelle à soutenir A.Q.M.I. et à débarrasser le Maghreb des ressortissants européens). Malgré l'élimination d'islamistes et la reddition du fondateur du G.S.P.C., Hassan Hatab, à la fin du mois, la situation est loin d'être maîtrisée par les autorités, comme en témoigne le double attentat meurtrier du 11 décembre à Alger qui montre qu'A.Q.M.I. entend bien profiter de l'atmosphère de transition qui règne au sommet du pouvoir.
En effet, depuis novembre 2005 et son long séjour à Paris pour raisons médicales, A. Bouteflika paraît très affaibli et son état de santé nourrit régulièrement de nombreuses spéculations. Il change de Premier ministre en mai 2006, remplaçant A. Ouyahia par le secrétaire général du F.L.N., A. Belkhadem, afin de réviser la Constitution et de pouvoir briguer un troisième mandat. Mais, malgré de nombreux appels en ce sens, la réforme ne voit pas immédiatement le jour. Aux législatives de mai 2007, la victoire de l'Alliance présidentielle F.L.N.-R.N.D.-M.S.P. (Mouvement de la société pour la paix, ex-Hamas, islamiste modéré) face à une opposition divisée est éclipsée par le très faible taux de participation (35,5 %). Dans ce contexte, les élections locales de novembre revêtent un enjeu supplémentaire : leurs résultats (une participation qui « remonte » à près de 44 %, avec 30 % pour le F.L.N., 24,5 % pour le R.N.D., et un recul des partis islamistes légaux) rassurent quelque peu le pouvoir, même si en définitive ils révèlent l'inquiétante indifférence d'une population avant tout en proie aux difficultés du quotidien.
L'année 2008 prolonge ce climat à la fois de violence et d'attentisme : elle égrène en effet les attentats qui visent le plus souvent les forces de l'ordre (le 2 janvier dans la région de Boumerdès, le 29 à Thénia, le 6 février à Tizi-Ouzou, le 8 à El-Oued, le 4 juin dans la banlieue d'Alger, le 5 à nouveau à Cap Djinet, le 8 sur un chantier ferroviaire à Lakhdaria, le 3 août contre le siège des renseignements généraux à Tizi-Ouzou en Kabylie...). L'opération menée contre un groupe de jeunes moudjahidin, qui fait 12 morts parmi les islamistes à Tizi-Ouzou le 8 août, déclenche des représailles sanglantes de la part d'A.Q.M.I. : le 10, un poste de gendarmerie est pris pour cible à Zemmouri ; le 14, le commandant du secteur militaire de la région de Jijel ainsi qu'un soldat trouvent la mort dans une embuscade ; une autre fait 12 victimes, dont 8 policiers et 3 militaires le 17 à Skidda ; puis c'est une école de gendarmerie qui est attaquée le 19 aux Issers, faisant 48 morts et autant de blessés ; et deux explosions à la voiture piégée secouent Bouira le 20, etc. Par ailleurs, la colère monte à nouveau contre l'impéritie des autorités, nationales ou locales : ainsi des manifestations agitent-elles Chlef et sa région à la fin d'avril, en marge du procès de Mohamed Yacoubi, président de la coordination des sinistrés du tremblement de terre de 1980, qui a le tort de dénoncer l'annulation de l'indemnisation des victimes et le sort qui leur est toujours réservé. Qui plus est, le gouvernement se montre impuissant face aux pluies torrentielles d'octobre et aux inondations catastrophiques qui endeuillent, entre autres, Ghardaïa et ses alentours. Pourtant, soucieux de redonner un nouveau souffle à l'exécutif, et notamment à son action économique, A. Bouteflika a remanié son cabinet à la fin juin : A. Ouyahia est à nouveau nommé Premier ministre, en remplacement d'A. Belkhadem qui reste dans l'équipe, en tant que ministre d'État. Mais force est de constater que ce gouvernement est avant tout un gouvernement de transition, chargé de préparer la réélection du président. En effet, le 29 octobre, A. Bouteflika annonce son intention d'opérer par voie parlementaire une révision partielle de la Constitution afin de lui permettre de briguer un troisième mandat. Après l'obtention du feu vert du Conseil constitutionnel, celle-ci est finalement adoptée le 12 novembre. Dès lors commencent les manœuvres en vue du scrutin présidentiel du 9 avril.
En janvier 2009, pour protester contre ce qu'ils estiment être une mascarade électorale, les principaux responsables de l'opposition, Saïd Sadi, du R.C.D., et Hocine Ait Ahmed, du F.F.S. (Front des forces socialistes), s'entendent pour boycotter le scrutin. Inquiet des conséquences d'une telle décision sur la mobilisation citoyenne, A. Belkhadem, en tant que secrétaire général du F.L.N. et soutier du président, appelle à l'émergence d'autres candidatures que celle d'A. Bouteflika, qui ne fait alors plus de doute. Le 12 février, elle est d'ailleurs officielle. Six autres postulants s'engagent à partir de mars dans une campagne atone, dont la seule inconnue est le taux de participation. De fait, le verdict des urnes le 9 avril consacre le triomphe du président sortant, qui remporte plus de 90 % des voix, très loin devant celle qui a fait figure de principal challenger, Louisa Hanoune, du parti des Travailleurs (trotskiste), avec quelque 4 % des suffrages. Si la participation, officiellement établie aux alentours de 74 %, dément l'absence d'intérêt des Algériens pour le scrutin, les accusations de fraude et notamment de bourrage des urnes qui font florès tendent à la placer en fait autour de 35 % – un taux bas susceptible de remettre en cause la légitimité du président nouvellement réélu.
Une fois réinstallé, A. Bouteflika reconduit le 28 avril son gouvernement, à un portefeuille près, et le charge de mettre en œuvre le plan de développement de 114 milliards d'euros promis pendant la campagne. Par contre, face au regain de violence (5 gendarmes tués dans la région de Médéa le 20 mai, 9 militaires tombés dans une embuscade près de Biskra le 26, annonce de l'exécution de l'otage britannique détenu par A.Q.M.I. le 31 mai, 10 morts dans l'explosion d'une bombe à Timezrit le 2 juin, 19 gendarmes et 2 civils victimes d'un raid dans la wilaya de Bordj Bou Arreridj le 17 juin...), l'amnistie générale évoquée au même moment ne semble plus à l'ordre du jour. Bien au contraire, la lutte active contre le terrorisme continue plus que jamais de prévaloir : ainsi 5 islamistes armés périssent-ils lors d'un accrochage près de Constantine le 13 juin.
A. Bouteflika fait du retour de l'Algérie sur la scène internationale une de ses priorités, comme l'attestent les messages d'ouverture envoyés aux États-Unis, à l'Union européenne, à l'Espagne et à la France notamment, le dialogue noué avec l'O.T.A.N., la poursuite des négociations avec l'O.M.C., le renforcement (notamment à partir de 2006) des relations avec la Russie, le rapprochement économique avec la Chine, l'annonce de la révision des rapports avec le Maroc (malgré un regain de tension à partir de 2006), la restauration des liens avec les pays arabes et africains (médiation à propos du conflit Éthiopie-Érythrée en 1999-2000, fondation du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique [N.E.P.A.D.] avec l'Afrique du Sud et le Nigeria en 2001, résolution de la question des Touaregs au Mali en 2006)… Si ces initiatives sont loin de toutes aboutir, elles n'en constituent pas moins autant d'occasions de renforcer les contacts bilatéraux et de peser dans les questions multilatérales. Ainsi, en avril 2002, l'Algérie signe-t-elle avec l'U.E. un accord d'association, qui la fait entrer dans un partenariat euro-méditerranéen et ouvre des perspectives de libre-échange (à l'horizon 2010). En mars 2003, elle accueille Jacques Chirac : cette première visite d'État d'un président de la République française depuis l'indépendance symbolise la volonté de rapprochement et de coopération entre les deux pays et débouche sur la signature de la Déclaration d'Alger qui vise à construire les bases d'un échange politique, économique, culturel, scientifique et technique comme à faciliter la circulation des personnes. Le traité d'amitié franco-algérien est lancé lors de la rencontre des chefs d'État qui a lieu à Alger en avril 2004. Mais ce nouvel élan se brise sur un différend mémoriel : le 25 février 2005, le Parlement français vote un texte reconnaissant le « rôle positif » de la colonisation, qui, quoique abrogé par J. Chirac, irrite Alger, empoisonne durablement les relations avec Paris. Le traité d'amitié franco-algérien est repoussé sine die. L'élection en mai 2007 de Nicolas Sarkozy, pourtant impopulaire en Algérie, relance la coopération entre les deux pays. Une première rencontre entre les deux chefs d'État à Alger en juillet 2007 précède la visite officielle de décembre du président français, au cours de laquelle, sans aller jusqu'à présenter les excuses de la France, il dénonce les méfaits de la colonisation, et tend à apurer le contentieux, afin de mieux asseoir son projet d'Union euro-méditerranéenne. Mais Alger fait entendre une voix quelque peu discordante, s'interrogeant notamment sur sa place dans le partenariat, alors que Paris donne l'impression de privilégier le Maroc et la Tunisie. En outre, les responsables algériens réclament des « précisions et des clarifications » sur la participation d'Israël au projet, craignant que celle-ci n'engage une normalisation déguisée avec l'État hébreu. Après avoir fait planer des doutes sur sa présence à Paris pour le lancement le 13 juillet 2008 de l'Union, A. Bouteflika finit par répondre favorablement à l'invitation de N. Sarkozy et rejoint les délégations des 43 autres États ou membres associés. Et, bien que mécontent du traitement médiatique hexagonal des élections présidentielles du 9 avril 2009, il adopte un ton mesuré lors de la commémoration des massacres de Sétif du 8 mai 1945, appelant à la définition d'une « voie originale » pour « surmonter les traumatismes » qui affectent les relations entre les deux pays. Mais le report sine die de sa visite en France prévue pour juin ravive toutes les supputations sur le poids des différends qui continuent de les séparer. En janvier 2010, l'inscription par Paris, à la suite de Washington, de l'Algérie sur la liste noire des pays à risque en matière de sécurité aérienne, irrite particulièrement les autorités algériennes qui se réclament de la lutte antiterroriste qu'elles mènent depuis des années en collaboration avec Européens et Américains.
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