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Drapeau du Mali

Mali

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Carton de situation

Mali
Nom officiel : République du Mali

État d'Afrique occidentale, le Mali est bordé au nord et au nord-est par l'Algérie, à l'est par le Niger, au sud-est par le Burkina, au sud par la Côte d'Ivoire, au sud-ouest par la Guinée et le Sénégal et à l'ouest par la Mauritanie.

Superficie : 1 240 000 km2
Nombre d'habitants : 13 010 000 (estimation pour 2009)
Nom des habitants : Maliens
Capitale : Bamako
Langue : français
Monnaie : franc C.F.A.

Chef de l'État : Amadou Toumani Touré

Chef du gouvernement : Modibo Sidibé

Nature de l'État : république à régime semi-présidentiel

Constitution :

 Adoption : 12 janvier 1992

 Entrée en vigueur : 25 février 1992

Institutions

Exécutif

Chef de l'État : président de la République

Chef du gouvernement : Premier ministre

Législatif

 Assemblée nationale

GÉOGRAPHIE

Le milieu naturel

Adossé au sud de la Dorsale guinéenne par l'intermédiaire de la retombée septentrionale du Fouta-Djalon, le Mali est centré autour de la cuvette du Niger moyen occidental et pénètre jusqu'au Sahara. C'est un pays plat relevé sur ses bords. Au sud, le long de la zone frontalière, des massifs anciens sont disséqués en blocs creusés de gorges profondes et parfois couronnés d'inselbergs. Plus au nord, de part et d'autre du Niger, les plateaux Mandingues à l'ouest et le plateau de Bandiagara à l'est, formés de roches sédimentaires gréseuses anciennes, s'élèvent de 200 à 500 m au-dessus de la plaine du socle par l'intermédiaire de « falaises » verticales. Le plateau de Bandiagara se prolonge vers l'est par les monts du Gourma. Au nord, le relief réapparaît avec le massif de l'Adrar des Iforas et le rebord de la cuvette du Niger. Le reste du pays constitue la cuvette du Niger, un vaste ensemble de bassins et de plaines recouverts de sédiments, pour l'essentiel tertiaires et quaternaires. Au centre sud, le bassin du Macina est occupé par le « delta intérieur » du fleuve Niger.

   Le climat, tropical, varie du sud vers le nord. Au sud du 14e parallèle, il est soudanien et soudano-sahélien, avec alternance d'une saison sèche (six à huit mois de l'année, d'octobre-novembre à mai-juin) d'abord fraîche, puis chaude, et d'une saison humide. Les précipitations passent de 1 200 à 600 mm. Plus au nord, la durée de la saison sèche augmente et les précipitations diminuent encore. Il peut même ne plus pleuvoir tous les ans : de sahélien le climat devient aride. Le Niger introduit cependant un microclimat le long de sa vallée : les écarts thermiques entre le jour et la nuit faiblissent et l'humidité relative est plus forte.

   Le réseau hydrographique regroupe le haut cours du Sénégal et le cours moyen du Niger. Le Sénégal coule à l'ouest du pays, le Niger le traverse du sud-ouest vers le nord-est. Son régime reflète assez fidèlement le rythme des précipitations avec des débits faibles à nuls en saison sèche et de hautes eaux en hivernage. Cependant on note un déplacement de la crue dans le temps de l'amont vers l'aval, en raison de la longueur de la distance à parcourir et de la diminution de la pente du lit mineur, notamment dans le delta intérieur, ce qui freine la vitesse des eaux. Les meilleurs sols sont dans la vallée du Niger. Ailleurs, ils sont acides et souvent cuirassés.

   Dans le Sud, le paysage végétal est celui de la forêt claire ou de la savane avec tapis de graminées sous un étage arboré. En milieu soudano-sahélien, la savane se peuple d'épineux et passe progressivement à une steppe buissonnante ou herbeuse. En milieu désertique, toute végétation disparaît. Par contre, les cuvettes profondes du Niger sont envahies par les hautes herbes du « bourgou ».

La population et l'économie

Le caractère désertique ou semi-désertique d'une partie du territoire explique la faiblesse du peuplement (la densité moyenne est inférieure à 10 hab./km2) et la très inégale répartition de la population. Le rapport entre le Nord, domaine des Touareg nomades (régions de Tombouctou et de Gao), et le Centre-Sud (Ségou, Bamako, Sikasso), voué à l'agriculture sédentaire, est de l'ordre de 1 à 20, mais la densité n'atteint jamais des valeurs très élevées. Le Mali fait preuve, depuis de nombreuses années, d'un fort dynamisme démographique, avec l'un des taux de natalité les plus élevés d'Afrique et un nombre d'enfants par femme très élevé. Corrélativement, la population est très jeune. Parallèlement, l'urbanisation s'est accélérée depuis une trentaine d'années. Bamako a vu sa population multipliée par cinq entre 1960 et 1990, et le pays compte plusieurs centres secondaires de 100 000 habitants. Terre très accessible, le Mali a accueilli au cours des siècles des groupes humains venus de tout l'Ouest africain. Inversement, ses habitants font souvent preuve d'une grande mobilité, émigrant facilement au gré des opportunités de travail, mais généralement de façon temporaire. La langue mandingue des commerçants dioulas est très largement parlée – ou au moins comprise – sur la quasi-totalité du territoire. Ces brassages de population ont également favorisé la pénétration de l'islam, aujourd'hui très fortement majoritaire (90 % des Maliens sont musulmans).

   

Pays enclavé, dénué de ressources minérales facilement exploitables, le Mali fonde son économie sur l'agriculture. Il a longtemps été considéré comme le grenier de l'Afrique de l'Ouest, mais la croissance démographique et la sécheresse ont très fortement réduit ses capacités exportatrices. Le développement de cultures nouvelles (riz, arachide), à côté des traditionnels mils et sorghos, remonte à la période coloniale. L'Office du Niger, créé au début des années 1930, fut la première opération de développement d'envergure réalisée en Afrique francophone (riz irrigué, auquel s'est ajoutée la canne à sucre). Malgré bien des vicissitudes, il est toujours en activité. L'intervention publique a aussi porté sur l'arachide et, avec beaucoup plus de succès, sur le coton : le Mali est, en effet, devenu le second producteur africain après l'Égypte. Avec l'urbanisation et la mise en service d'avions-cargos sont apparues des cultures maraîchères et fruitières, mais l'exportation de ces productions doit faire face à une âpre concurrence. Les techniques agricoles ont profondément évolué, ce dont témoignent le rapide essor de la culture attelée et l'emploi croissant d'engrais et de pesticides (qui varie, cependant, avec le revenu des paysans). L'élevage a particulièrement souffert des longues périodes de sécheresse qui ont touché le Sahel à partir des années 1970. Avec le retour de conditions climatiques plus favorables à partir de 1985, le cheptel a pu être reconstitué. La dévaluation du franc C.F.A. a favorisé l'achat de bétail malien par la Côte d'Ivoire.

   Durant la période socialiste, c'est-à-dire jusqu'à la fin des années 1960, le Mali s'est efforcé de développer son industrie avec l'aide des pays de l'Est et de la Chine. Les entreprises publiques ainsi créées n'étaient guère viables, du fait de nombreuses erreurs de conception et de leur mauvaise gestion administrative. Aujourd'hui, le secteur secondaire se consacre à la transformation des productions locales (rizeries, huileries, tanneries, égrenage du coton) et à la fabrication de biens de consommation courante (boissons, chaussures, cigarettes). Sa part dans le produit intérieur brut reste faible. Les activités « informelles » sont en revanche omniprésentes et fournissent de nombreux emplois, y compris en milieu rural.

   Les communications avec l'extérieur constituent un enjeu vital pour le Mali. Elles se sont beaucoup améliorées et diversifiées. Le chemin de fer Dakar-Bamako a perdu son quasi-monopole avec la concurrence de la route et, en particulier, de l'axe Bamako-Abidjan. Le « bitume » relie aussi la capitale malienne au Nigeria, via le Burkina et le Niger. Les échanges transfrontaliers, qui échappent en grande partie aux statistiques, sont considérables. Ils s'appuient sur des réseaux commerciaux complexes et efficaces, capables de réagir très rapidement aux événements (variations du change, par exemple).

   Récemment, l'exploitation de plusieurs gisements d'or est venue diversifier les activités, tandis que le secteur industriel – traditionnellement peu développé – devrait se doter à court terme d'unités de transformation et de valorisation du coton. Peu urbanisé et connaissant un accroissement démographique annuel élevé, une balance commerciale toujours déficitaire et un fort endettement extérieur, le pays dépend très largement de l'aide internationale et de l'argent envoyé par ses ressortissants à l'étranger.

HISTOIRE

L'espace aujourd'hui occupé par le Mali contemporain, indépendant et souverain depuis 1960 dans des contours fixés en 1944, n'a jamais connu d'unité politique en tant que tel avant la colonisation française. En revanche, plusieurs royaumes et empires successifs ont gouverné cet espace entre le VIIe s. et le XIXe s. La région fut en contact étroit avec les mondes méditerranéen, arabe et atlantique pendant tout le Moyen Âge et l'époque moderne, tant du point de vue commercial que militaire, intellectuel ou religieux.

Le Moyen Âge au sud du Sahara occidental : commerce et empires (VIIe-XIVe siècles)

La période antérieure au VIIe s. est mal connue en dépit de nombreux vestiges qui témoignent d'une occupation humaine très ancienne, remontant au paléolithique : villages et villes fortifiés (IVe-IIIe millénaire avant J.-C.) sur l'escarpement entre Tichit et Oualata (actuelle Mauritanie), ville de Djenné-Djenno (attestée dès le IIIe s. avant J.-C.). À l'époque romaine, le dromadaire venu d'Orient est introduit dans le Sahara occidental où il devient, après le cheval et les chars, un acteur clé des débuts du commerce transsaharien. Dès avant le VIIe s. et l'arrivée des Arabes en Afrique du Nord, des mouvements de population existent à travers le Sahara, mêlant des peuples nomades du désert (Garamantes du Fezzan, Berbères Sanhadjas, Maures) aux populations noires autochtones. Des routes de commerce transsaharien assurent un lien irrégulier avec le Maghreb, mais, jusqu'au début du IXe s., la traversée du Sahara reste dangereuse pour les marchands qui s'y aventurent. Cela n'empêche pas l'émergence de villes comme centres artisanaux et commerciaux : Koumbi-Saleh (actuelle Mauritanie) au Ve s., Niani (actuelle Guinée) au VIe s. et Aoudaghost (actuelle Mauritanie) à la fin du VIIIe s. Celle-ci devient la capitale d'un royaume afro-berbère qui s'étend jusqu'à Awlil sur l'Atlantique, Tekrur (ou Tekrour) et Silla sous l'autorité des rois sanhadjas Tiklan et Tin Yeroutan Tiloutan (vers 836). Le secteur du Ghana, à l'est, lui échappe toujours.

   Ce royaume de Ghana se constitue autour de plusieurs centres urbains. Il est décrit dès le VIIIe s. par les géographes arabes comme le pays de l'or. Il est fondé au IIIe s.-IVe s. En 734, il est en mesure de résister à une expédition militaire omeyyade et il atteint son apogée au XIe s. sous la dynastie des Cissé Tounkara. Sa capitale, Koumbi-Saleh, est à la tête d'un État qui s'étend du moyen Sénégal au sud de la Mauritanie. Il s'agit d'une fédération de royaumes tributaires où le souverain, animiste, concentre les pouvoirs religieux, militaire et judiciaire. Il gouverne avec un Grand Conseil constitué de ministres, d'affranchis et de fils de rois vaincus retenus à la cour. La prospérité du royaume est liée au commerce de l'or du Bambouk, du Galam et du Bouré dont le roi a le monopole, mais aussi à de bonnes conditions climatiques favorisant l'agriculture et l'élevage, ainsi qu'à sa situation géographique au croisement des routes du commerce transsaharien de l'or, du sel et des esclaves. L'animisme d'État n'interdit pas le début de la diffusion de l'islam, y compris parmi les gens de la cour et le personnel de l'administration, en particulier chez les interprètes. Cependant le Ghana constitue un verrou qui bloque la diffusion de l'islam à laquelle poussent le commerce et la venue de marchands islamisés. En dépit de sa puissante armée (fantassins, archers et cavaliers), le royaume ne résiste pas aux assauts des nomades berbères puis des Arabes, qui fragilisent la région à partir de 1042. Les Almoravides venus du Maroc prennent Koumbi-Saleh en 1076. Le choc, bien que bref, laisse des traces durables. Il est à l'origine de l'islamisation forcée d'une partie de la population, alors que certains groupes préfèrent fuir pour rester animistes. Les royaumes tributaires du Ouagadou, du Dyara, du Galam et les Sossos animistes du Kaniaga reprennent leur indépendance. Le Ghana se reconstitue sur une étroite base territoriale avant de tomber sous le joug du royaume du Kaniaga en 1203, puis du Mali. Sa capitale, Koumbi-Saleh, perd son activité commerçante au profit de Djenné, Gao et Tombouctou plus à l'est.

   Ces deux dernières villes sont au cœur du petit Empire songhaï fondé au VIIe s. à Koubiya sur le fleuve Niger. Il rivalise de prospérité avec le Ghana tout au long du XIe s. L'un de ses rois, Dia Kossoï, fixe la capitale à Gao, en 1009, avant de se convertir à l'islam en 1010, même si la majorité de ses sujets reste animiste. Il reste indépendant jusqu'au début du XIVe s., où il est soumis par la nouvelle puissance impériale régionale, le Mali, alors à son apogée.

   C'est des chefferies mandées soumises au royaume sosso du Kaniaga que vient l'initiative d'une nouvelle recomposition régionale (fin XIIe s.-fin XIVe s.). Les Sossos dominent la région depuis 1180 : sous le règne de Soumaoro Kanté, ils contrôlent la région de Bamako, le Ouagadou, l'ancien Ghana et les chefferies mandées. Or, ces chefferies supportent mal le joug des Sossos animistes qui s'opposent à l'islam et à l'esclavage. C'est un prince mandé, Soundiata Keita, qui prend la tête du soulèvement en 1220 contre Soumaoro. La victoire est seulement acquise en 1335, car les Sossos sont puissamment armés.

   L'empire du Mali est fondé au XIIIe s. ; il s'étend largement entre la moyenne vallée du fleuve Sénégal et l'Empire songhaï. La ville de Koumbi-Saleh est détruite en 1240 pendant les premières conquêtes. Une vague de conquête plus tardive est conduite par Sakura, un usurpateur qui restaure la stabilité de l'empire (1298-1307 ou 1308) et conquiert le Macina, Gao, le Tekrur et des oasis du Nord touareg. Un auteur arabe, al-Umari (1348), décrit le Mali comme une fédération de treize royaumes « gouvernés par des rois de chez eux sous la dépendance du souverain du Mali ».

   L'organisation politique et sociale de l'empire du Mali est attribuée à Soundiata Keita (mort en 1250 ou 1255). Le Mansa, son roi, est assisté d'un gouvernement (ses compagnons de combat, des lettrés africains des clans maraboutiques et des marchands étrangers) et de Farin (ou Farba), les gouverneurs des provinces de l'empire. La couronne doit rester dans sa famille et la société est divisée en cinq clans maraboutiques, seize clans d'hommes libres et quatre clans d'artisans dont les griots. Son griot Bala Fasseké compose son épopée, fondant ainsi la musique classique mandée dont il invente les instruments. L'islamisation progresse, essentiellement en milieu urbain, sous le règne de Soundiata et ceux de ses successeurs, sous la forme d'un islam militant (islamisation des noms de famille et des pratiques sociales, transformation des règles de succession en faveur du père, codification restrictive de la place des femmes dans la société). L'importation des codes juridiques associés à l'islam conforte le pouvoir et deux Mansa affichent leur foi lors de fastueux pèlerinages à La Mecque : le Mansa Wulen (1260-1277), mais surtout le Mansa Kankou Moussa (1312-1337), rendu célèbre par la description (1336) que fait al-Umari de son voyage.

   Le Mali, situé au débouché des routes du commerce transsaharien et des routes de l'or venues du Sud, est structuré par un réseau de villes prospères (de 7 000 à 8 000 habitants). La fortune du Mansa repose sur la production agricole de plantations esclavagistes, le commerce de l'or et des esclaves et un artisanat dynamique. À la fin du XIVe s., l'empire connaît le sort des empires trop vastes. Les Mansa Mari Jata II (1360-1373) et Moussa II (1387-1388) sont confrontés à la révolte des marges vassalisées. Les coups sont portés par les Mossis (actuel Burkina Faso), le Tekrur et les Touareg mais surtout par Ali Kolen, prince otage ayant fuit la cour de Kankou Moussa en 1337, et qui libère l'Empire songhaï de Gao-Koubiya du joug malien. La capitale, Niani, est détruite en 1400 par le roi Sonni Ma Dogo.

L'époque moderne au sud du Sahara occidental : le denier empire commerçant (XIVe-XVIIIe s.)

Ce royaume songhaï s'affirme au XIVe s. sous la dynastie de Sonni fondée par Ali Kolen. Il connaît une stabilité de près de trois cents ans, en dépit d'un changement de dynastie en 1492. Sa puissance repose sur la prospérité marchande de ses villes (Tombouctou, Gao), une économie fortement dépendante de l'esclavage (grandes fermes d'État, domaines fonciers privés), le contrôle des mines de sel de Teghazza, le rayonnement intellectuel de ses universités (Tombouctou, Tendirma, Djenné), son organisation politique et son armée. L'expansion du royaume commence en 1464 avec l'avènement de Sonni Ali Ber. Parti de Gao, il libère Tombouctou de la tutelle touareg (1468), prend Djenné – point d'arrivée de l'or du Bouré et du sel du Sahara (1473) –, élimine les Peuls du Macina, combat les Mossis du Yatenga et les Peuls du Gourma, par lesquels il est tué en 1492. Musulman kharidjite, il entre en conflit avec les lettrés de Tombouctou, qu'il n'entend pas associer au pouvoir. Il est perçu à ce titre comme un anticlérical impie ; c'est un souverain cruel et redouté, mais les textes saluent cependant son efficacité militaire. Le règne de son fils, Sonni Bakary, est interrompu par le coup d'État du général Mohammed Touré en 1492.

   L'Askia Mohammed (1492-1528) fonde la dynastie des Askia et poursuit l'expansion de l'Empire. Son règne inaugure un siècle de bonnes relations entre le pouvoir et les ulémas de Tombouctou qui renforce la stature de capitale intellectuelle du monde musulman. Il commence avec un pèlerinage à La Mecque en 1496-1497 et s'entoure de lettrés venus du Caire ou de Fès. Sa fin est troublée par les rivalités (1528-1537) entre ses fils et neveux. Il est un temps exilé, car aveugle, avant de céder son or et les symboles du pouvoir à son fils Ismaël (1537-1539). À partir du milieu du XVIe s., les Askia, à leur apogée, sont fragilisés par les ambitions marocaines sur les salines de Teghazza. La menace se précise à partir de 1578 avec l'avènement de Mulay Ahmad al-Mansur et l'interruption de l'exploitation du sel en 1584 est un rude coup pour Tombouctou. Le conflit avec le sultan du Maroc s'achève par la défaite de Tondibi (au nord de Gao), le 12 avril 1591, qui entraîne la désagrégation de l'Empire songhaï. Dès 1592, des pachas marocains se succèdent sur le trône de Tombouctou, d'où ils gouvernent la région sans plus de référence au Maroc à partir de 1660. Ils sont d'abord recrutés parmi les Marocains puis ce sont des métis, les Arma, qui accèdent au trône. Ces événements coïncident avec le développement du commerce atlantique, qui, sous la conduite des Européens, supplante progressivement les échanges transsahariens. Les villes commerçantes déclinent et, en 1737, après des décennies de pouvoir illégitime, les Touareg se substituent aux Marocains et s'installent à Tombouctou. Les royaumes qui se constituent sur les ruines songhaï s'adonnent principalement aux razzias pour alimenter le trafic des esclaves et contribuent à l'insécurité régionale.

Le déclin soudanien et la conquête coloniale

Leurs comportements peu respectueux des principes de l'islam sont à l'origine d'une réaction religieuse menée par le Peul Cheikhou Amadou (1818-1844), qui fonde un État théocratique, l'empire du Macina. Un peu plus tard, un autre chef religieux, El-Hadj Omar, originaire du Sénégal, s'implante dans la région de Ségou, où il fonde un vaste empire sur le modèle du califat de Sokoto. Le sud du Mali actuel est à la même époque soumis par Samory Touré (Guinée). La France bénéficia de cette division pour imposer la loi coloniale.

   Les premières explorations européennes connues datent de la fin du XVIIIe s. ; l'Écossais Mungo Park est suivi, notamment, par le Français René Caillié, qui atteint Tombouctou en 1828. La conquête française s'effectue à partir de l'ouest, sous l'impulsion du général Faidherbe, gouverneur du Sénégal, et de Joseph Gallieni, futur maréchal de France. Elle donne lieu à plusieurs missions militaro-diplomatiques à partir de 1863, et s'achève en 1898 avec la prise de Sikasso. Plus à l'est, la conquête se poursuit. La mission Voulet-Chanoine en 1899 s'accompagne d'un bain de sang : le 2 mai 1899, les habitants du village de Birni N'Konni (Niger) sont massacrés. La violence des deux officiers est telle que le gouvernement français entreprend d'y mettre un terme. Ils sont tués en juillet 1899 par leurs propres soldats après avoir éliminé le colonel Klobb venu de Tombouctou pour les arrêter.

   S. Touré, de son côté, est définitivement défait la même année dans le cadre des conquêtes de la Guinée et de la Côte d'Ivoire. Le territoire ainsi conquis est d'abord dénommé « Haut-Sénégal-Niger » avant de devenir le « Soudan français ». Son chef-lieu est Kayes, puis Bamako (1907). Il fait partie de l'Afrique-Occidentale française (A.-O.F.), créée en 1895. Divers aménagements de frontières interviennent avec la Haute-Volta (1922 et 1945) et la Mauritanie (1945). La construction du chemin de fer, conçu comme un outil de conquête dès les années 1850, s'achève en 1924. La ligne de télégraphe qui longe la voie est aussi un précieux auxiliaire de l'armée. L'Office du Niger est chargé de l'exploitation économique de la colonie. L'enseignement est largement ignoré. Au cours des deux guerres mondiales, les « Soudanais » fourniront d'importants bataillons de « tirailleurs sénégalais », et le souvenir de leur contribution nourrira les revendications nationalistes des années 1950.

Modibo Keita et la naissance du Mali

La marche vers l'indépendance est marquée par la personnalité de Modibo Keita, instituteur formé à l'école William Ponty de Dakar, cofondateur de l'Union soudanaise rattachée au Rassemblement démocratique africain (U.S.-R.D.A.), parti multiterritorial dominé par l'Ivoirien Félix Houphouët-Boigny. M. Keita est considéré comme un dangereux agitateur par la puissance coloniale, qui lui fait subir diverses brimades. Sa brillante carrière politique locale est complétée en 1956 par un siège à l'Assemblée nationale à Paris, dont il devient le premier vice-président africain. Idéaliste, il prône un socialisme humaniste à l'africaine. Après la loi-cadre de 1956, il défend l'idée d'une grande fédération, que combat vigoureusement F. Houphouët-Boigny, et doit se limiter à mettre en place – avec le seul Sénégal de Léopold Sédar Senghor – la Fédération du Mali. Celle-ci éclate dès le 20 août 1960, deux mois seulement après l'indépendance, acquise en commun. Le 22 septembre, le Soudan français devient la République du Mali, et M. Keita est élu à la présidence.

   L'U.S.-R.D.A. domine très largement la vie politique malienne, devenant de fait le parti unique. Le gouvernement élabore un plan quinquennal très ambitieux qui donne un rôle moteur au secteur public. Sans rompre avec la France, il crée sa propre monnaie, le franc malien, et sort de l'ensemble monétaire ouest-africain (1962) ; il développe ses relations avec l'U.R.S.S. et la Chine populaire. Les résultats de cette politique ne sont pas à la mesure des espoirs qu'elle a suscités, et le gouvernement se heurte notamment à une forte résistance des riches commerçants maliens. Des tiraillements internes au pouvoir amènent M. Keita à créer, en 1967, un Comité national de défense de la révolution et à suspendre l'Assemblée nationale. La même année, avec l'accord et le soutien de la France, le franc malien est dévalué de 50 % en prévision d'un retour au franc C.F.A., ce qui entraîne une réaction négative des salariés, dont les revenus ont été brutalement amputés. Le 19 décembre 1968, M. Keita est renversé par un groupe de jeunes officiers dirigés par le lieutenant Moussa Traoré. Emprisonné, il meurt en 1977, sans avoir été libéré.

La marche vers la dictature

Le nouveau régime, qui promet un retour à un régime civil dans un délai de six mois, suspend la Constitution et interdit les partis. Le pouvoir est exercé par le Comité militaire pour la libération nationale (C.M.L.N.), que préside M. Traoré. Une nouvelle Constitution est adoptée en 1974 et, deux ans plus tard, est fondée l'Union démocratique du peuple malien (U.D.P.M.), qui devient bientôt parti unique. Le retour à un régime civil, toujours promis, est régulièrement repoussé. Les élections organisées par le pouvoir donnent régulièrement la victoire à M. Traoré avec plus de 99 % des voix. Mais la sécheresse des années 1970 touche très durement le pays. Sur le plan politique, M. Keita garde des partisans, et des dissensions se manifestent périodiquement au sein du C.M.L.N. M. Traoré réagit à ces oppositions par des arrestations. En 1980, la mort en prison d'un leader étudiant déclenche une émeute à Bamako, et sa répression fait 18 morts. Sur le plan économique, le régime adopte une orientation libérale, très lentement mise en œuvre. Le retour au franc C.F.A., accompagné de la réintégration du Mali au sein de l'U.M.O.A., finit par devenir effectif en 1984. À Noël 1985, un problème de frontière avec le Burkina Faso, qui devait être soumis à la Cour internationale de justice de La Haye, dégénère en conflit armé. Une nouvelle frontière est instaurée un an plus tard.

De la contestation à la démocratie de consensus (1990-2007)

Le général Traoré, de plus en plus contesté, accusé de corruption, oppose la manière forte aux manifestations qui se multiplient à partir de 1990 (lycéens, étudiants, syndicalistes, avocats et magistrats). De janvier à mars 1991, celles-ci tournent régulièrement à l'émeute et gagnent l'ensemble des villes du pays. En mars, la répression fait plusieurs centaines de morts, principalement parmi les jeunes. Elle conduit le colonel Amadou Toumani Touré et quelques militaires à procéder, le 26 mars, à l'arrestation de M. Traoré et de ses ministres ainsi que des principaux responsables du parti. A. T. Touré (surnommé « A. T. T. »), au terme d'une année et conformément à sa promesse, restitue le pouvoir aux civils.

   La transition commence par la mise en place d'un gouvernement auquel sont associés des représentants des mouvements ayant mené la lutte contre la dictature. Les partis politiques, immédiatement autorisés, participent, en juillet-août 1991, à une Conférence nationale qui adopte de nouvelles institutions. La mise en place du nouveau régime commence par l'élection présidentielle d'avril 1992, qui voit la victoire d'Alpha Oumar Konaré, président de l'Adéma (Alliance pour la démocratie au Mali). L'abstentionnisme dépasse 70 % à chacun des deux tours, en partie du fait du retrait volontaire du très populaire A. T. T. En février 1993, M. Traoré est condamné à mort, mais la sentence n'est pas exécutée. L'universitaire et historien A. O. Konaré fait également preuve de clémence à l'égard de ses complices en graciant le ministre de la Défense de l'ancien dictateur en décembre 1997.

   La même année, les législatives et la présidentielle renforcent le rôle central de l'Adéma. Mais l'avant-scrutin est marqué par un vif débat constitutionnel autour de la réforme du Code électoral, de la composition de la commission électorale et des modalités du scrutin législatif d'avril. Le caractère démocratique du régime malien est alors illustré par l'annulation des législatives d'avril qui s'étaient déroulées dans un climat très tendu : il y eut des morts lors de manifestations et certains leaders d'opposition furent brièvement arrêtés. En dépit de cette victoire juridique, l'opposition boycotte le second scrutin en juillet pour discréditer le processus. Cependant, parce qu'il pouvait se prévaloir d'un bilan globalement satisfaisant, tant sur le plan économique que politique (règlement de la question touareg au nord du pays), A. O. Konaré est réélu à une très forte majorité en mai 1997, mais le taux d'abstention est toujours considérable. L'écrasante victoire de l'Adéma est contestée par l'opposition, qui se radicalise au fur et à mesure qu'elle est marginalisée au niveau institutionnel. C'est pourtant l'alternance démocratique qui caractérise l'élection présidentielle de 2002. 24 candidats sont en lice et la victoire revient à A. T. Touré, sans parti, qui obtient 64,34 % des suffrages contre 37,5 % pour Soumaïla Cissé, candidat de l'Adéma.

   Depuis son investiture à la magistrature suprême, A. T. T. réussit à maintenir un climat consensuel sur le plan politique et social et l'opposition, divisée, ne peut s'opposer à sa réélection avec plus de 70 % des suffrages en dépit d'un très faible taux de participation (36,24 %), le 29 avril 2007.

   Depuis 2003, l'opposition ne semble pas en mesure de gagner les élections malgré ses tentatives pour se réorganiser et mettre fin au consensus politique malien. L'ancien candidat de l'Adéma à la présidence, S. Cissé, fonde l'Union pour la République et la démocratie (U.R.D.) avec dix-sept députés d'horizons divers (juin 2003), troisième force parlementaire malienne derrière l'Adéma et le Rassemblement pour le Mali (R.P.M.) d'Ibrahim Boubacar Keita. La réorganisation de l'espace politique se poursuit en 2004 à l'occasion des élections municipales avec la création du Parena (Parti pour la renaissance du Mali) de Tiébilé Dramé, pour favoriser un « renforcement des contre-pouvoirs », et du Bloc des alternatives pour le renouveau africain (B.A.R.A.) de Yoro Diakité.

   Mais le président Touré parvient à neutraliser les opposants en les associant au gouvernement. Les élections législatives qui suivent la présidentielle en juillet 2007 conduisent à la formation de deux coalitions électorales : douze partis dont l'Adéma constituent l'Alliance pour la démocratie et le progrès (A.D.P.) ; ils soutiennent le président Touré et l'emportent largement. Le R.P.M. et le Parena, regroupés au sein du Front pour la démocratie et la république (F.D.R.), n'obtiennent que 15 députés sur 147.

   Autre signe de l'ancrage de la démocratie, le dynamisme civique des Maliens et le tissu associatif permettent au Mali d'accueillir, en janvier 2006 à Bamako, le premier Forum social mondial organisé en Afrique.

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