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Niger

Nom officiel : République du Niger

Carton de situation - Niger
Drapeau du Niger
Drapeau du Niger

État d'Afrique de l'Ouest, le Niger est bordé au nord par l'Algérie et la Libye, à l'est par le Tchad, au sud par le Nigeria et le Bénin, et à l'ouest par le Burkina et le Mali.

  • Superficie : 1 267 000 km2
  • Nombre d'habitants : 17 831 000 (estimation pour 2013)
  • Nom des habitants : Nigériens
  • Capitale : Niamey
  • Langue : français
  • Monnaie : franc CFA
  • Chef de l'État : Mahamadou Issoufou
  • Chef du gouvernement : Brigi Rafini
  • Nature de l'État : république à régime semi-présidentiel
  • Constitution :
    • Adoption : 31 octobre 2010
    • Entrée en vigueur : 25 novembre 2010
Pour en savoir plus : institutions du Niger

GÉOGRAPHIE

Très étendu, mais steppique ou désertique en dehors de la vallée du Niger, le pays, enclavé, vit très pauvrement de l'élevage, de quelques cultures (millet et arachide). Le sous-sol recèle de l'uranium. Entièrement islamisée, la population juxtapose sédentaires (Haoussa et Songhaï principalement), majoritaires dans le Sud, et nomades (Touareg et Peuls) dans le Nord.

1. Le milieu naturel

Les roches du socle sont en partie recouvertes par des affleurements sédimentaires de grès et de sables presque toujours mélangés à des argiles. Le relief est monotone. Des plaines à peine accidentées par de petites cuestas, quelques buttes témoins ou des chicots de granite, ennoyés sous des champs de dunes quaternaires, sont dominés, au nord, par le massif cristallin de l'Aïr et les hautes terres du Djado, et, au sud, par des reliefs tabulaires peu élevés, entaillés par les vallées du Niger et de ses affluents dans la couverture sédimentaire.

Le Niger est l'une des zones les plus chaudes du globe. Le climat, tropical, varie du sud vers le nord. Au sud du 14e parallèle, il est soudano-sahélien, avec alternance d'une saison sèche durant 8 à 9 mois de l'année, d'octobre à mai-juin, d'abord fraîche puis chaude, et d'une saison humide. Il tombe entre 600 et 800 mm de précipitations. Plus au nord, le climat devient sahélien : la durée de la saison sèche augmente et l'intensité des pluies diminue. Au-delà du 16e parallèle, il est franchement aride : les précipitations, qui atteignent quelques dizaines de millimètres, peuvent ne plus tomber tous les ans ; les écarts de température entre les saisons et entre le jour et la nuit sont très grands.

Le réseau hydrographique comprend une partie du cours moyen du Niger et ses rivières affluentes, qui ont toutes un écoulement temporaire. Celles de la rive gauche sont même en voie de fossilisation. À l'est, la Komadougou Yobé n'appartient pas au réseau hydrographique du Niger : c'est un des tributaires du lac Tchad.

Les sols sont squelettiques ou inexistants au nord, acides et souvent cuirassés au sud. Seules les vallées sont fertiles. Du sud vers le nord, la végétation passe de la savane (avec un tapis de graminées sous un étage arboré) à la steppe arborée (avec de nombreux épineux) puis buissonnante (brousse tigrée) et herbeuse (avec touffes de graminées). Là où l'eau des nappes souterraines sourd, dans les oasis, l'arbre réapparaît avec le palmier doum et le dattier.

2. La population

Vaste pays au climat contraignant, le Niger est globalement peu peuplé (8 habitants par km2), avec une répartition très inégale de la population. Le Sud et le Sud-Ouest, zones de cultures et d'échanges avec le Nigeria, regroupent 90 % de la population, voire davantage. Le dynamisme démographique demeure considérable, du fait d'une fécondité exceptionnelle, l'une des plus élevées du monde, qui atteint près de 8 enfants par femme. L'émigration économique est relativement importante, notamment en direction de la Côte d'Ivoire et, dans une moindre mesure, du Nigeria. L'urbanisation reste modérée, les trois quarts de la population vivant encore en zone rurale. La capitale, Niamey, est de très loin la principale agglomération du pays. Les nomades éleveurs et les agriculteurs sédentaires cohabitent avec plus ou moins de difficultés selon les époques. Tous, ou presque, partagent cependant la même religion, l'islam, et une nette majorité utilise le haoussa comme langue véhiculaire. Le français, langue officielle, est peu parlé en dehors des sphères dirigeantes.

3. L'économie

Faibles potentialités naturelles, enclavement, aridité : nombreuses sont les contraintes qui s'opposent au développement économique. L'agriculture vivrière (légumes, fruits, mil, sorgho, manioc, riz) permet, généralement, de subvenir aux besoins alimentaires de la population. Des efforts ont été fournis pour accroître les superficies irriguées dans la vallée du Niger. Le coton est devenu la principale culture d'exportation, remplaçant progressivement l'arachide, dont les débouchés s'amenuisent d'année en année. Cependant, les productions sont particulièrement sensibles aux aléas climatiques : la sécheresse des années 1970 a eu des effets dévastateurs, nécessitant une aide alimentaire massive. Cette fragilité caractérise aussi l'élevage, traditionnellement important (moutons, chèvres, bovins, dromadaires). Il ne semble pas que le cheptel se soit encore totalement reconstitué.

Le Niger a fondé de grands espoirs sur l'exploitation des gisements uranifères d'Arlit, entrés en exploitation en 1971 grâce à des investissements principalement français. Dans un premier temps, en effet, la production de minerai a très rapidement progressé, fournissant, vers 1980, l'essentiel des recettes fiscales et des devises du pays. Ainsi, entre 1975 et 1985, le budget a été multiplié par cinq. Mais la France, devenue suréquipée en centrales nucléaires, a depuis réduit ses approvisionnements alors que l'ensemble du marché mondial se rétractait. Le sous-sol fournit aussi de l'or. L'industrie de transformation est le fait de petites unités valorisant les matières premières ou produisant quelques biens de consommation. Son développement est freiné par l'étroitesse du marché intérieur et, plus encore, peut-être, par la concurrence du Nigeria, qui inonde ses voisins de ses propres produits et de réexportations originaires d'Asie du Sud-Est. L'ensemble de l'économie nigérienne, uranium mis à part, est dépendante du Nigeria. Les échanges transfrontaliers – le Niger exportant des produits vivriers et du bétail – sont considérables, même s'il est difficile de les évaluer quantitativement. Le développement du réseau routier bitumé permet désormais au Niger une liaison facile avec le Bénin et le Burkina, ce qui intensifie le commerce avec ces deux pays.

Les conditions climatiques et les taux de change entre le franc CFA et la naira, la monnaie nigériane, sont les deux facteurs déterminants du commerce régional. Sécheresse et diminution des exportations d'uranium ont durement ébranlé l'économie, qui est par ailleurs soumise à la politique d'ajustement structurel imposée par le FMI. La dette extérieure, qui, rapportée au nombre d'habitants, n'est pas excessive, continue cependant de peser lourdement sur des finances publiques peu florissantes, malgré des allégements successifs consentis par les bailleurs de fonds, au premier rang desquels la France. L'aide publique au développement, qui représente 14 % du PNB, pallie en partie l'incapacité de l'État à dégager des ressources propres pour les investissements. Le secteur de la santé et celui de l'enseignement pâtissent particulièrement de cette situation. Le pays est, avec ses voisins du Sahel (Mali et Tchad), parmi les plus pauvres du monde.

HISTOIRE

1. L'avancée du désert

L'ancienneté d'une présence humaine au Niger est attestée par de nombreux vestiges archéologiques. Aux époques préhistorique et protohistorique, le climat du Sahara est humide et offre des conditions favorables à l'agriculture et à l'élevage. La désertification qui s'amorce vers le Ve millénaire avant J.-C. repousse progressivement vers le sud et le sud-est (lac Tchad) les populations sédentaires, qui abandonnent ainsi leurs anciens terroirs aux seuls éleveurs nomades. Au début de notre ère, le Niger devient une zone d'échanges transsahariens, animés par des tribus berbères venues du nord, qui utilisent le dromadaire comme moyen de transport. Cette immigration, qui se poursuivra par vagues successives pendant une quinzaine de siècles – les Arabes succédant aux Berbères –, s'accompagne de nouveaux déplacements de populations vers le sud, mais aussi de métissages entre Noirs et Blancs. Elle provoque également le début de l'islamisation de la région dès la fin du viie s.

2. Entre empires et cités-États

C'est vers cette époque, semble-t-il, que sont créés les premiers États noirs. L'un d'entre eux, l'empire songhaï, se développe progressivement dans l'ouest du Niger actuel. Vassalisé par l'empire du Mali au début du xive s., il se dégage cent cinquante ans plus tard de l'emprise de ce dernier au point de lui succéder. L'Empire songhaï atteint son apogée autour des années 1500 : il s'étend alors jusqu'au Sénégal et à la Guinée. À l'est, autour du lac Tchad, s'était créé le royaume du Kanem qui commence son expansion à partir du xie s. Trois cents ans plus tard, le Kanem est un véritable empire. Au sud, les cités-États haoussas, dont la prospérité est liée au commerce à longue distance, se libèrent de la tutelle songhaï et, dès le xiie s., étendent peu à peu leur influence.

L'Empire songhaï disparaît après la défaite que lui infligent les Marocains en 1591. De part et d'autre du fleuve lui succèdent de petits royaumes guerriers, en butte aux attaques des Touareg. L'empire du Kanem, déchiré par des luttes de clans, disparaît à son tour à la fin du xive s. Mais les survivants de l'ancienne dynastie fondent plus à l'ouest (nord-est du Nigeria actuel) l'empire du Bornou, qui domine rapidement un espace dépassant celui de l'ancien Kanem. Le xixe s. voit naître l'empire peul de Sokoto (nord-ouest du Nigeria actuel), créé par Ousmane dan Fodio. Il conquiert les cités-États haoussas, se heurte au Bornou, contre lequel il proclame le djihad, la guerre sainte. La colonisation française va bénéficier de ces rivalités.

3. La colonisation

La France, qui souhaite relier sans discontinuité le Sénégal au Congo, et ses possessions subsahariennes à l'Algérie, réussit à prendre de vitesse l'Allemagne et le Royaume-Uni. Elle obtient de ce dernier, en 1890, une délimitation des zones d'influence des deux pays, totalement artificielle, qui préfigure la frontière actuelle entre le Niger et le Nigeria. La conquête du sud du pays, plus diplomatique que guerrière, est cependant marquée par les exactions des officiers Paul Voulet et Charles Chanoine, qui attaquent la mission chargée de les relever, et finissent exécutés par leurs propres tirailleurs.

Le Nord offre beaucoup plus de résistance à la pénétration française. En 1916-1917 encore, une expédition doit être menée dans l'Aïr pour vaincre le chef touareg Kaocen qui menace Agadez. La configuration définitive du Niger n'intervient que dans les années 1920 : il abandonne son statut militaire en 1922, et sa capitale est définitivement fixée à Niamey en 1926. C'est le territoire le plus excentré de toute l'Afrique-Occidentale française (A-OF) ; il est pauvre, et de ce fait ne bénéficie guère de l'attention de la métropole, dont la principale innovation est d'introduire la culture de l'arachide.

4. L'indépendance

Les années qui suivent la Seconde Guerre mondiale sont sur le plan politique caractérisées par l'opposition de deux hommes, Hamani Diori, élu député à l'Assemblée nationale en 1946, leader du parti progressiste nigérien-Rassemblement démocratique africain (PPN-RDA), et Djibo Bakari, responsable syndical CGT. La formation que dirige ce dernier, le parti Sawaba, l'emporte nettement aux élections territoriales organisées en mars 1957 en application de la loi-cadre Defferre. En 1958, D. Bakari appelle à voter « non » au référendum sur la Constitution de la Ve République, prenant ainsi parti pour l'indépendance immédiate. Il est largement battu, mais les abstentions sont particulièrement nombreuses.

Le premier rôle appartient alors à H. Diori, qui devient président du Conseil et dissout le Sawaba (octobre 1959). D. Bakari part en exil. L'indépendance est acquise le 30 août 1960, une Constitution de type présidentiel est adoptée. H. Diori, élu en novembre suivant président de la République, va régner sans partage sur le pays pendant 14 années. Un attentat manqué contre le président en 1965 vaudra au Sawaba devenu clandestin de perdre les soutiens dont il bénéficiait de la part des pays africains progressistes. Cet événement est le seul à perturber une vie politique particulièrement atone, avec des élections sans surprise (1965 et 1970) qui confirment à 99,9 % le président et le PPN dans leurs rôles respectifs.

Les perspectives économiques sont encourageantes grâce à l'uranium, et les relations avec la France, comme avec les pays voisins, demeurent sans nuages. Le coup d'État dirigé par le lieutenant-colonel Seyni Kountché, qui renverse Hamani Diori le 15 avril 1974, coïncide avec les premiers effets de la sécheresse, et apparaît comme une sorte de révolution de palais visant plus à écarter du pouvoir un entourage présidentiel accusé de corruption que le président lui-même.

5. Vingt ans de régime militaire

Seyni Kountché suspend la Constitution et les partis, dissout l'Assemblée nationale, met en place un Conseil militaire suprême (CMS) et s'attribue pour une durée indéterminée les pouvoirs exécutif et législatif. Au cours des années qui suivent, la découverte de « complots » lui permet opportunément d'éliminer ceux des coauteurs du coup d'État qui auraient pu devenir des rivaux. Le danger écarté, il peut prendre des mesures de clémence. D. Bakari, qui avait été autorisé à revenir d'exil puis emprisonné rapidement, est libéré. L'ancien président Diori voit sa détention commuée en assignation à résidence (il sera libéré en 1987). Le régime veut instaurer une « société de développement » associant tradition et modernité, dans laquelle jeunes, femmes et chefs traditionnels, soigneusement organisés, doivent jouer un grand rôle. En 1983 est mis en place le Conseil national de développement (CND) chargé de préciser ces principes. Il élabore la Charte nationale du Niger, fondement de la future Constitution, qui est soumise à référendum en juin 1987.

6. Ali Seibou et la revendication démocratique

Malade, S. Kountché meurt le 10 novembre suivant. Il est remplacé à la tête de l'État par son cousin, le colonel Ali Seibou, chef d'état-major, coopté par les membres du CMS. Le colonel Seibou entend poursuivre l'œuvre de son prédécesseur et s'efforce de favoriser la réconciliation nationale en proclamant une amnistie et en associant davantage de civils à l'exercice du pouvoir. Un parti unique, le Mouvement national pour une société de développement (MNSD), est créé ; la Constitution promise est adoptée par référendum en septembre 1989. Des élections présidentielles et législatives sont organisées trois mois plus tard : les scores sont de l'ordre de ceux qu'obtenaient H. Diori et le PPN trente ans auparavant.

Ce « retour à une vie constitutionnelle normale » ne peut évidemment satisfaire un pays en pleine crise économique et sociale où souffle la contestation née de la chute du mur de Berlin. L'année 1990 est est marquée par le développement des violences : les manifestations se succèdent, brutalement réprimées, et la rébellion des Touareg (environ 10 % de la population nigérienne) est déclenchée à la suite des représailles et des exactions contre la population civile qui suivent les incidents de Tchintabaraden, dans le sud-ouest d'Agadez (7 mai) mettant aux prises de jeunes Touaregs et les forces de l’ordre. Conduit au début par le Front de Libération de l'Aïr et de l’Azaouar (FLAA) qui se scinde par la suite en plusieurs fronts, le mouvement touareg mobilise surtout des exilés, poussés à émigrer (en Libye notamment) par les grandes sécheresses des années 1970 et 1980 et va durer, avec une intensité variable, jusqu’en 1998.

Quelque peu déstabilisé, le régime entre dans la voie des concessions, autorisant les partis le 15 novembre. La transition va être particulièrement longue et confuse, la question touareg posant le problème de la cohérence de l'État et de la nation, largement débattu au sein de la Conférence nationale (juillet-novembre 1991). Elle se poursuit par l'adoption d'une Constitution unitaire (26 décembre 1992), et s'achève par des élections présidentielles (mars 1993) que remporte un statisticien de 42 ans, Mahamane Ousmane, élu par 19 % seulement des inscrits, compte tenu d'un fort taux d'abstention. Cette période est marquée par une tentative de coup d'État militaire (fin février-début mars 1992) dont l'échec peut être imputé à la forte mobilisation populaire en faveur des institutions de transition.

7. L'échec démocratique

Bien qu'une trêve de 3 ans avec la rébellion ait été signée entre les deux tours de l'élection présidentielle, la question touareg pèse fortement sur le destin du nouveau président. Elle alourdit un climat économique et social exacerbé par les mesures d'austérité imposées par le FMI ainsi que par la dévaluation du franc CFA dont le principal effet, pour les populations urbaines peu favorisées, est la hausse du coût de la vie. À la tête de l'État, M. Ousmane fait preuve d'une certaine raideur. À partir du milieu de l'année 1994, il entame un bras de fer avec l'Assemblée nationale, au sein de laquelle plusieurs de ses partisans l'ont abandonné. Une dissolution est suivie d'élections, que remportent les partis d'opposition (janvier 1995). La cohabitation, qui finit par être imposée à un président réticent, prend une allure de guérilla permanente.

L'opinion publique, quant à elle, se lasse de ces jeux stériles. Elle ne réagit pas au coup d'État du colonel Ibrahim Baré Maïnassara (27 janvier 1996) comme elle l'avait fait 4 ans plus tôt, ne reconnaissant pas, apparemment, au président déchu le mérite d'être parvenu à des accords de paix avec la rébellion touareg le 9 octobre 1994 et le 15 avril 1995. Ces accords de Ouagadougou, qui prévoient des mesures de décentralisation, une redistribution des recettes issues des activités minières, le soutien aux activités pastorales et d’élevage constitutives de l’identité touareg, conduisent notamment à l’intégration des ex-combattants au sein d’unités à statut militaire particulier – afin de les reconvertir en garants de la sécurité dans le nord du Niger –, ainsi que dans l’armée régulière et l’administration.

Les bailleurs de fonds, devenus attentifs au respect des formes démocratiques, réagissent d'abord négativement, puis se laissent rassurer par la modération affirmée par le nouveau chef d'État. En effet, celui-ci va procéder à une normalisation accélérée au cours de l'année 1996 : nouvelle Constitution, retour au multipartisme et levée de l'état d'urgence (mai), élection présidentielle (juillet, qu'il remporte avec 52 % des voix, le taux de participation dépassant 66 %), intégration de personnalités de l'opposition dans le gouvernement (août), législatives (novembre). Dans le même temps, le chef de l'État multiplie les contacts avec les Touareg et obtient que des factions encore rebelles se rallient au processus de paix défini en 1995. Cependant, son attitude vis-à-vis de l'opposition – en particulier l'arrestation de l'ancien président Ousmane, en janvier 1997, rapidement relâché à la suite de pressions diplomatiques – ternit l'image démocratique du nouveau régime.

En avril 1999, I. B. Maïnassara, qui a perdu le soutien de l'armée, est assassiné par sa garde personnelle. Ce nouveau coup d'État militaire est suivi par la dissolution de l'Assemblée nationale, la suspension des activités des partis politiques et la mise en place d'un Conseil de réconciliation nationale. Le jeune commandant Daouda Mallam Wanké, à la tête de la garde présidentielle, est aussitôt nommé chef de l'État par ce conseil. Une nouvelle Constitution (approuvée par référendum en juillet) est promulguée au mois d'août et des élections générales sont annoncées pour l'automne. Mamadou Tandja est élu président de la République et son parti, le Mouvement national pour la société de développement (MNSD), allié à la Convention démocratique et sociale (CDS) de l'ancien président Ousmane, obtient la majorité absolue à l'Assemblée nationale.

Dès lors, le Niger reprend le chemin de la démocratie et renoue avec les institutions financières internationales. Les autorités nigériennes s'engagent dans le processus PPTE (pays pauvres, très endettés) – dispositif mis au point en 1996 par les institutions de Bretton Woods – et mettent en œuvre une stratégie de lutte contre la pauvreté. Leurs efforts sont récompensés et le Niger voit sa dette allégée en avril 2004. Dès l'année suivante cependant, elles sont confrontées à une grave crise alimentaire, conséquence d'une sécheresse et d'une invasion de criquets puis, en 2006, à un mouvement de contestation emmené par une Coalition contre la vie chère regroupant des formations syndicales et des ONG ayant recours à des opérations « villes mortes ».

À ces difficultés socio-économiques s'ajoute la reprise de la rébellion touareg sévissant dans le nord du pays. Apparu en 2007 après dix ans de paix relative, le Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ), constitué en partie d’ex-combattants de la rébellion des années 1990 – dont des déserteurs des forces de sécurité mais aussi d’anciens rebelles reconvertis dans le trafic et le banditisme – en partie de jeunes Touaregs urbanisés mais marginalisés et néophytes dans la lutte armée, exige, en vertu de l'accord de paix de 1995 prévoyant notamment la redistribution de la manne uranifère, que 50 % des recettes de l'uranium soient reversées aux collectivités locales et aux projets de développement régional. À partir de février 2007, le MNJ, disséminé dans les montagnes de l'Aïr, multiplie les accrochages avec les forces armées nigériennes (FAN). Sourd à ces revendications, le président Tandja utilise la rébellion touareg pour justifier l'arrestation de journalistes accusés de complicité avec les mouvements armés et l'expulsion de l'organisation Médecins sans frontières (MSF) en 2008. Les mouvements armés radicalisent leurs revendications après la signature, en 2008, d'un important contrat avec la Chine pour l'exploitation d'un gisement de brut, suivie, en 2009, par celle d'une convention d'exploitation par le groupe français Areva du gisement d'uranium d'Imouraren (le plus important d'Afrique et le deuxième du monde).

La volonté du président Tandja (réélu en 2004 avec 65,5 % des suffrages) de se maintenir au pouvoir par tous les moyens après deux quinquennats consécutifs ouvre une crise politique et institutionnelle. Le 4 août 2009, il dissout l'Assemblée nationale et la Cour constitutionnelle avant de faire adopter par référendum une réforme de la Constitution lui permettant de se maintenir au pouvoir 3 ans supplémentaires, au-delà du terme de son mandat, en décembre. Ce référendum puis les élections législatives du 20 octobre et celles, locales, du 27 décembre sont boycottés par l’opposition et condamnés par la communauté internationale (suspension de la CEDEAO). Le 18 février 2010, Mamadou Tandja est renversé par des militaires réunis au sein du Conseil suprême pour la restauration de la démocratie (CSRD). Salou Djibo, le numéro un de la junte, prend les fonctions de président par intérim et nomme Mahamadou Danda, ministre de la Communication en 1999, au poste de Premier ministre.

Le Niger, dont la croissance est frappée de plein fouet par la crise économique mondiale, demeure dans une situation de grande pauvreté : 60 % de la population vit avec moins de 1 dollar par jour, plus de 7 millions d'habitants sont menacés par la famine en raison de la sécheresse qui sévit depuis 2009. L'économie reste très dépendante de l'aide internationale, or celle-ci a été suspendue à la suite des manœuvres inconstitutionnelles du président Tandja puis de son renversement. La situation sécuritaire demeure particulièrement volatile. Des pourparlers ont bien été engagés sous l'égide de la Libye entraînant progressivement le désarmement des différents mouvements de rébellion touareg (octobre 2009 à Sebha en Libye et janvier 2010 à Arlit au Niger) en échange d’un décret d’amnistie général.

Cependant, outre les trafics transfrontaliers particulièrement intenses dans la région sahélo-saharienne, le Niger, tout comme la Mauritanie et le Mali, est frappé par les actions terroristes d'al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) : enlèvement (fin 2008) de l'envoyé spécial du secrétaire général de l'ONU, Robert Fowler (libéré en avril 2009) ; exécution d'un Britannique par ses ravisseurs (30 mai 2009) ; assassinat de 4 Saoudiens dans le sud-ouest du pays (fin 2009) ; enlèvement puis exécution (après 3 mois de captivité, en juillet 2010) d'un humanitaire français, Michel Germaneau ; enlèvement de 7 personnes (dont 5 ressortissants français) travaillant sur le site d'Areva (16 septembre 2010).

8. Le retour à la démocratie et la VIIe République

En janvier et mars 2011, après l’adoption par référendum d’une nouvelle Constitution, les Nigériens sont appelés aux urnes pour élire le nouveau président et l’Assemblée nationale. Mahamadou Issoufou, chef de file de l’opposition à M. Tandja, président du parti nigérien pour la Démocratie et le Socialisme (PNDS-Tarayya) depuis sa création en 1990, l’emporte au second tour de scrutin avec environ 58 % des voix face à Omar Seini du MNSD-Nassara. Son parti arrive en tête des élections législatives avec 33 % des suffrages et 37 sièges sur 113 devant le MNSD (26 sièges) et le Mouvement démocratique nigérien pour une fédération africaine (MDN, 25 sièges) créé par Hama Amadou, arrivé en troisième position à la présidentielle et rallié à M. Issoufou.

Jugées transparentes par les observateurs de l’UE et de la CEDEAO, ces élections mobilisent 48-49 % des électeurs. Brigi Rafini, touareg originaire de la région d’Agadez, est nommé Premier ministre en avril. Afin de prévenir les crises alimentaires cycliques, l’initiative « 3 N » (pour « les Nigériens nourrissent les Nigériens »), principal engagement du candidat M. Issoufou, est lancée. Cet ambitieux programme étalé sur cinq ans, prévoit un soutien à l’accroissement, la diversification et la commercialisation des productions agropastorales, la création de fonds de sécurisation des producteurs agricoles, la réhabilitation des terres dégradées ainsi que le développement de l’irrigation avec la construction du barrage de Kandadji sur le Niger, un projet vieux de plus de cinquante ans.

Parallèlement, une nouvelle Haute Autorité pour la consolidation de la paix est instituée entre juillet et octobre 2011, destinée notamment à l’intégration des anciens combattants touareg et des populations locales du Nord afin de créer les conditions d’un retour durable à la sécurité, une politique qui s’appuie également sur la médiation des élus régionaux parmi lesquels d’ex-rebelles. Si le gouvernement nigérien est parvenu à contrôler le retour au pays des mercenaires engagés par Muammar Kadhafi pendant la guerre civile en Libye, le Niger doit faire face un important afflux de réfugiés en provenance du nord du Mali entré en sécession. La déstabilisation de son voisin est redoutée par Niamey alors que la situation sécuritaire dans les zones frontalières reste précaire.