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Mauritanie

en arabe Mūritāniyya

Nom officiel : République islamique de Mauritanie

Carton de situation - Mauritanie
Drapeau de la Mauritanie
Drapeau de la Mauritanie

État d'Afrique de l'Ouest, la Mauritanie s'ouvre à l'ouest sur l'océan Atlantique. Elle est limitée au nord-ouest par le Sahara occidental, au nord par l'Algérie, à l'est et au sud-est par le Mali et au sud-ouest par le Sénégal.

  • Superficie : 1 080 000 km2
  • Nombre d'habitants : 3 890 000 (estimation pour 2013)
  • Nom des habitants : Mauritaniens
  • Capitale : Nouakchott
  • Langue : arabe
  • Monnaie : ouguiya
  • Chef de l'État : Mohamed Ould Abdel Aziz
  • Chef du gouvernement : Yahya Ould Hademine
  • Nature de l'État : république à régime semi-présidentiel
  • Constitution :
    • Adoption : 12 juillet 1991
Pour en savoir plus : institutions de la Mauritanie

GÉOGRAPHIE

1. Le milieu naturel

Immensité et platitude caractérisent les paysages. Au nord, les pénéplaines sahariennes parsemées d'inselbergs (culminant à la Kedia d'Idjil) correspondent à l'affleurement du socle granitique, où les étendues caillouteuses (regs) alternent avec les longues bandes de dunes (ergs). Au centre, les plateaux gréseux de l'Adrar et du Tagant s'ennoient vers l'est, sous les énormes amas dunaires de la Madjabat el-Koubra. Ils sont échancrés au sud-est par la cuvette du Hodh, partiellement ensablée. Le Sud-Ouest (Trarza, Brakna) est une plaine, également striée de cordons dunaires, partie du bassin sédimentaire sénégalo-mauritanien, incisée par la vallée du fleuve Sénégal et terminée à l'ouest par une côte basse, rectiligne et sableuse.

Le climat doit son aridité à la persistance des alizés provenant des hautes pressions subtropicales ; en été, la mousson peut remonter jusqu'au tropique, donnant quelques pluies faibles et irrégulières (500 mm par an dans le Sud, 138 mm à Nouakchott, 109 mm à Atar). Les températures sont élevées (les moyennes annuelles sont supérieures à 25 °C), elles peuvent descendre aux environs de 10 °C en décembre-janvier et s'élever à 35 °C en mai-juin. Ainsi s'explique la division du pays en deux parties : les deux tiers septentrionaux sont sahariens, le tiers méridional est sahélien. La limite entre les deux zones varie constamment et l'emprise du Sahara s'accentue lors des grandes sécheresses comme celle des années 1970.

Au Sahara, l'écoulement des eaux est exceptionnel, et la végétation est concentrée dans quelques oasis. Au Sahel, quelques cours d'eau intermittents se perdent dans des dépressions ou se raccordent difficilement au fleuve Sénégal ; la couverture végétale est une maigre steppe arborée où le tapis de graminées est dominé de loin en loin par des acacias.

2. La population

Les conditions géographiques – le Sahara occupe les deux tiers du territoire – expliquent la très faible densité moyenne de population, de l'ordre de 2 habitants par km2. Dans le Sud cependant, les rives du fleuve Sénégal connaissent une plus grande concentration d'habitants, très majoritairement noirs. Nouakchott, capitale créée de toutes pièces après l'indépendance (6 000 habitants en 1965), est devenue une agglomération importante qui accueille, aujourd'hui, le tiers des Mauritaniens, dont de très nombreux anciens nomades, que la sécheresse a condamnés à changer de mode de vie. Avec le port de Nouadhibou, au nord, et quelques rares centres secondaires, dont Zouerate, la ville minière du désert, le taux d'urbanisation dépasse 50 %. Le pays connaît une croissance démographique soutenue, de l'ordre de 3 % par an, liée à une très forte fécondité.

On distingue généralement trois groupes humains. Les Beidanes, ou Maures blancs, sont issus des vagues de peuplement successives berbères et arabes plus ou moins métissées avec les populations noires anciennement implantées. Ils parlent un dialecte arabo-berbère et sont, ou plutôt étaient, organisés en tribus nomades. Les Haratines sont des Noirs, anciens esclaves des Beidanes, fortement métissés avec eux et parlant la même langue. Quant aux Noirs du Sud, ils appartiennent aux peuples vivant de part et d'autre du fleuve Sénégal (Ouolofs, Toucouleurs, Soninkés, etc.). Malgré une unité assurée par la religion, un islam sunnite de rite malékite, cette structure héritée de l'histoire pèse toujours lourdement sur les rapports sociaux. Les profondes mutations enregistrées depuis les années 1970 ont même entraîné un raidissement dans les relations entre les communautés. L'esclavage – il s'agit d'un esclavage domestique – a été juridiquement aboli en 1981. Les relations de dépendance n'ont cependant pas totalement disparu, même si elles sont altérées par le développement de la vie urbaine.

3. L'économie

La sécheresse des années 1970 a eu de graves répercussions économiques, frappant durement la plus ancienne des trois activités principales du pays, à savoir l'élevage. Celui-ci concerne, essentiellement, les ovins et les caprins, et, dans une moindre mesure, les dromadaires et les bovins. La reconstitution du cheptel est en cours depuis le milieu des années 1980. L'agriculture, surtout vivrière, est concentrée dans le Sud, exception faite des cultures d'oasis. La mise en service du barrage de Diama, sur le fleuve Sénégal, entre Rosso et l'océan, a permis d'accroître les superficies irriguées. Malgré cela, le pays n'est pas autosuffisant et les produits alimentaires constituent une part notable des importations.

L'exploitation du minerai de fer, dans le nord du pays, depuis 1963, a été à l'origine d'un boom économique sans précédent. Le fer est longtemps resté la principale ressource d'exportation. Mais, avec la baisse de la demande mondiale et l'épuisement des gisements les plus rentables, son importance a sensiblement décru, tant en valeur absolue que relative. La relance de la production de minerai de fer suppose la réhabilitation du port minéralier de Nouadhibou et la modernisation du chemin de fer. C'est aujourd'hui la pêche qui constitue la première richesse du pays. Elle est à 95 % industrielle, les armements étrangers (russe, japonais, espagnol, portugais, français) restant prépondérants. Mais le risque de surexploitation a conduit le gouvernement à prendre les premières mesures de surveillance. L'industrie, assez peu développée, est concentrée à Nouadhibou (transformation du poisson, métallurgie, ateliers de réparation, raffinerie) et à Nouakchott (industries légères de biens de consommation), où s'active également un « secteur informel » fournissant de nombreux emplois.

La Mauritanie est désormais, depuis 2006, un pays producteur de pétrole. Un début d'exploitation de quelques gisements de pétrole offshore (gisement de Chinguetti découvert en 2001 par 800 m de profondeur) suscite l'espoir. La Mauritanie vend aussi du cuivre et de l'or.

La politique nationaliste menée par les gouvernements successifs s'est traduite par le développement du secteur public ou mixte, par la mise en place d'un contrôle administratif de l'économie et par un fort endettement extérieur (envers, notamment, la Chine populaire et, surtout, les pays arabes). Avec la crise et l'intervention du FMI et de la Banque mondiale, cette orientation a été remise en question, sans grands résultats jusqu'à présent. La dévaluation de l'ouguiya en octobre 1992, suivie d'une forte hausse des prix, a été à l'origine d'une exacerbation des tensions sociales, qui demeurent vives.

HISTOIRE

1. Premiers peuplements

Les nombreux sites archéologiques mauritaniens n'ont pas livré tous leurs secrets, mais ils indiquent la présence d'un peuplement très ancien, remontant au paléolithique. Il a varié au gré des grandes alternances climatiques, atteignant son apogée il y a 5 000 ans. À cette époque, les communautés agropastorales sédentaires dominaient, comme en témoigne la centaine de villages fortifiés du Dhar Tichit, sur la falaise de l'Aouker. Il s'agissait vraisemblablement de populations noires. Depuis, l'aridité croissante, qui perdure aujourd'hui, a progressivement rejeté vers le sud l'essentiel des populations, le désert n'accueillant plus que des pasteurs nomades.

Les Berbères du groupe des Sanhadjas, fortement implantés dès le iiie siècle, deviennent alors, grâce à leurs dromadaires, les maîtres du commerce de l'or, de l'ivoire et des esclaves entre l'Afrique du Nord et le Sahel.

2. Les Almoravides

2.1. La conversion à l'islam et les guerriers de la foi

Au milieu du xie siècle, deux des tribus berbères sanhadjas qui nomadisent entre Sénégal et Maroc se donnent pour chef religieux Abd Allah ibn Yasin (?-1059). Sous son impulsion, les Berbères adoptent les règles d'un islam très austère, enseigné dans le ribat, véritable couvent militaire.

Ces guerriers de la foi (en arabe al-Murabitun, les « gens du ribat », devenus Almoravides) se dirigent les uns vers le sud, où, avec l'aide des Peuls du Tekrour, ils abattent l'empire du Ghana, les autres vers le nord.

Le Maroc et une partie de l'Algérie sont soumis entre 1060 et 1080, et le roi de Castille, Alphonse VI, qui mène une lutte de reconquête contre les musulmans d'Espagne, est battu à Zalaca (Sagrajas) en 1086. Cette épopée est aussi brillante qu'éphémère : le trop vaste empire, miné par les ambitions des émirs locaux, s'effondre en 1087 au sud et en 1147 au nord. Mais elle marque durablement la Mauritanie, généralisant le rite malékite, et demeure dans les esprits comme une période glorieuse.

2.2. Empire du Mali, Empire songhaï

Sur les ruines de l'empire du Ghana se fonde au xiiie siècle l'empire du Mali, qui étend son autorité sur le sud-est de la Mauritanie actuelle. L'Empire songhaï, qui lui succède deux cents ans plus tard, voit son autorité limitée par la renaissance du royaume peul de Tekrour, qui prospérera jusqu'au xviiie siècle.

2.3. La conquête des Arabes Hassan

À partir du début du xve siècle, les Arabes Hassan pénètrent dans le pays par le nord, à la recherche de territoires pour leurs troupeaux. Leurs relations avec les Sanhadjas sont le plus souvent conflictuelles et la guerre de Charr Boubba (1644-1674) consacre leur suprématie. Mais il en résulte une interpénétration des populations, donnant naissance à une société nouvelle, dont Chinguetti devient le brillant symbole.

3. Les contacts avec les Européens et la colonisation

3.1. Pénétration portugaise puis française

Les Portugais sont les premiers, dès 1434, à commercer avec les tribus locales. Les Français s'installent à Saint-Louis, au Sénégal, deux siècles plus tard, rivalisant avec les Anglais et les Hollandais, alors que se créent plusieurs émirats guerriers maures. La gomme arabique, nécessaire à la teinture des étoffes, prend une place essentielle dans les transactions. La colonisation progresse à partir du fleuve Sénégal, la navigation sur celui-ci étant constamment menacée par les Maures.

3.2. De la résistance à la soumission des chefs rebelles

Le gouverneur du Sénégal, Louis Faidherbe, s'oppose, à partir de 1854, à l'émirat du Trarza, qui passe sous protectorat français en 1891. Le capitaine Xavier Coppolani obtient sans grandes difficultés en 1899 l'allégeance du Hodh, puis en 1902 celle des émirs du Trarza et du Brakna. En revanche, il se heurte, au centre et au nord, à une très vive résistance menée par le cheikh Ma el-Aïnin, soutenu par le Maroc. Xavier Coppolani est assassiné à Tidjikdja en 1905.

Pour lutter contre les rezzous (bandes armées) qui se multiplient, la France organise fin 1908 une expédition militaire dirigée dans un premier temps par le colonel Henri Gouraud. Ma el-Aïnin, qui s'est aliéné le soutien du sultan du Maroc, n'est vaincu qu'en 1910. En réalité, la pacification du Nord est plus apparente que réelle. Il y aura de nombreux rezzous avant que la soumission des chefs rebelles soit obtenue en 1933 et 1934.

Entre-temps, l'administration du territoire est passée des mains des militaires à celles des civils (1904). Elle est installée à Saint-Louis, qui est également la capitale du Sénégal. La Mauritanie devient colonie à part entière au sein de l'Afrique-Occidentale française (AOF) en 1920. La politique coloniale est des plus sommaires. Le pays est pauvre, et la paix constitue le seul objectif de la France qui ne voit dans la Mauritanie qu'un maillon assurant la continuité de l'Empire colonial entre l'Afrique du Nord et l'Afrique occidentale. En l'absence de moyens propres, la métropole s'appuie sur les chefs traditionnels.

4. Vers l'indépendance

En 1946, la Mauritanie devient territoire d'outre-mer, puis, grâce à la loi Defferre (1956), accède à l'autonomie interne. Toutefois, le nombre de cadres en mesure de conduire les affaires du pays est extrêmement réduit et la vie politique peu active. Moktar Ould Daddah, un jeune avocat moderniste, et sa formation, le parti du Regroupement mauritanien (PRM), gagnent haut la main les élections législatives de 1959. Moktar Ould Daddah devient le premier président de la jeune République islamique, dont l'indépendance est proclamée le 28 novembre 1960.

Le Maroc, qui revendique le territoire au nom de l'unité jadis réalisée par les Almoravides, mais qui est surtout intéressé par les richesses minières du pays (fer et cuivre), s'y était opposé. Il avait même officieusement soutenu l'Armée de libération du Sahara marocain qui avait envahi en 1958 le Sahara espagnol et le nord de la Mauritanie. L'opération militaire « Écouvillon », montée conjointement par la France, alors en pleine guerre d'Algérie, et l'Espagne, avait rapidement mis fin aux velléités marocaines.

Pour en savoir plus, voir l'article Sahara occidental.

5. Moktar Ould Daddah et la recherche de l'unité

Aux yeux de tous les observateurs, l'indépendance est un véritable pari : le pays paraît peu homogène, l'État est faible et dépendant des recettes minières, donc des intérêts étrangers. Pour y faire face, Moktar Ould Daddah met en place (1961) une Constitution de type présidentiel, déplace la capitale de Saint-Louis à Nouakchott (1962) et transforme le PRM en parti du Peuple mauritanien (PPM), qui englobe toutes les formations existantes. En 1965, le PPM est institutionnalisé parti unique.

Le pays connaît une première épreuve en 1966 : des incidents violents opposent Arabo-Berbères et Noirs de la vallée du Sénégal. L'habileté modératrice manifestée par le président, si elle permet d'éviter le pire, ne résout pas définitivement la question linguistique, relancée notamment en 1968 par la décision de faire de l'arabe la seconde langue officielle du pays, conjointement avec le français. En contrepartie, le wolof, le soninké et le poular, langues négro-africaines, sont déclarées langues nationales.

La fin des années 1960 et le début de la décennie suivante sont marqués par l'agitation sociale (mouvements étudiants, grèves) et par la montée d'une contestation nationaliste de gauche. Des partis clandestins sont créés. Moktar Ould Daddah infléchit alors nettement sa politique dans le sens d'une radicalisation. La Mauritanie crée sa propre monnaie, le ouguiya (1972), quitte la zone franc, dénonce les accords de coopération passés avec la France (1973), et surtout, nationalise la Miferma, société chargée de l'exploitation des mines de fer dont le capital était principalement français (1974).

6. La Mauritanie des colonels

6.1. Aux prises avec le Front Polisario

À partir de 1973, la décolonisation du Sahara espagnol entraîne la Mauritanie dans des complication croissantes. L'accord de Madrid du 14 novembre 1975 reconnaît la souveraineté marocaine sur la Saguia el-Hamra et celle de la Mauritanie sur le Río de Oro. Les troupes mauritaniennes entrent à la fin de 1976 à Dakhla (ex-Villa Cisneros). Dès lors le Front Polisario, qui ne reconnaît pas le partage, s'en prend au territoire mauritanien : attaque de Nouakchott (8 juin 1976), interruption des trains de minerai entre Zouerate et Nouadhibou (octobre-décembre 1977), guérilla intensive.

Pour en savoir plus, voir l'article Sahara occidental.

Ces événements ébranlent le régime et provoquent une grave détérioration de l'activité économique. Moktar Ould Daddah est renversé par un coup d'État militaire le 10 juillet 1978, la Constitution suspendue, le PPM interdit, le gouvernement et le Parlement dissous. Un Comité militaire de redressement national (CMRN) s'installe au pouvoir, dirigé par le colonel Ould Salek, qui tente de mettre fin à l'aventure ouest-saharienne.

6.2. Le règlement de la question saharienne

Moins d'un an plus tard, l'armée intervient de nouveau (6 avril 1979) et remplace le CMRN par un Comité militaire de salut national (CMSN). Son président, le colonel Ahmed Ould Bouceif meurt le 27 mai suivant dans un accident d'avion. Le colonel Mohamed Mahmoud Ould Ahmed Louly devient chef de l'État, et le colonel Mohamed Khouna Ould Haidalla, Premier ministre. Le 7 août 1979, la Mauritanie signe à Alger un accord avec le Front Polisario, renonçant à toute revendication sur le Sahara occidental, et les troupes marocaines regagnent leur pays. Le 4 janvier 1980, Mohamed Khouna Ould Haidalla s'empare des deux fonctions, auxquelles il ajoute celle de président du CMSN. Son passage au pouvoir est marqué par une tentative de coup d'État soutenue par le Maroc (mars 1981) et un complot pro-irakien (février 1982), ainsi que par la création des Forces de libération africaine de Mauritanie (FLAM), mouvement clandestin d'émancipation des Noirs mauritaniens.

7. Les années Ould Taya (1984-2005)

7.1. Affrontements interethniques entre Maures et Noirs mauritaniens

En décembre 1984, le colonel Ould Taya, chef d'état-major, ancien Premier ministre, profite de l'absence de Mohamed Khouna Ould Haidalla pour le renverser. L'opposition entre les Maures blancs (ou Beidanes) au nord, qui détiennent le pouvoir d'État, les Haratinse (esclaves noirs affranchis ou non) et les ethnies négro-africaines dans la bande sud, riveraine du fleuve Sénégal, passe au premier plan. L'abolition de l'esclavage décrétée en 1981 sous la pression du mouvement de libération des Haratines est encore en partie formelle. L'orientation de plus en plus radicalement arabe du régime se heurte à l'opposition des Négro-Africains.

Un coup d'État mené par deux officiers noirs est déjoué en septembre 1987 et ses responsables exécutés. Les incidents frontaliers avec le Sénégal, en avril 1989, dégénèrent en véritables pogroms contre les « Sénégalais », et n'épargnent pas les Noirs mauritaniens. Des dizaines de milliers d'entre eux fuient le pays ou sont expulsés, ce qui nécessite l'intervention de l'aide humanitaire internationale. Deux nouveaux mouvements d'opposition noire radicale sont créés à cette époque : le FURAM (Front uni pour la résistance armée en Mauritanie) et le FRUIDEM (Front de résistance pour l'unité, l'indépendance et la démocratie en Mauritanie).

7.2. Timides avancées démocratiques…

La pression mondiale en faveur de la démocratisation tarde à produire ses effets : les élections municipales de décembre 1990 sont précédées de dizaines d'arrestations d'officiers et de cadres civils noirs. Une nouvelle Constitution est adoptée le 12 juillet 1991. Une élection présidentielle est organisée dans les premiers mois de 1992. Elle consacre la victoire du colonel Ould Taya. Sa formation, le parti républicain démocrate et social (PRDS), remporte une éclatante victoire aux élections législatives d'octobre 1996.

En décembre 1997, le colonel Ould Taya remporte sans surprise l'élection à la présidence, avec 90,25 % des voix, face à une opposition divisée qui pratique la politique de la chaise vide. Mais la vie politique officielle se circonscrit aux partis maures, et le gouvernement mauritanien continue d'être la cible des critiques des organisations internationales de défense des droits de l'homme.

7.3. … avant le retour au durcissement

En octobre 2001, les formations d'opposition décident de participer aux élections municipales et législatives, désireuses de mettre à l'épreuve le président, qui a promis la transparence. Le PRDS remporte la majorité des sièges avec 51 % des suffrages. Devant ce résultat mitigé (perte de plusieurs municipalités importantes), le colonel Ould Taya remplace le secrétaire général du PRDS par l'un de ses proches, afin de préparer la prochaine élection présidentielle. Le 8 juin 2003, une tentative de putsch fomentée par des officiers radiés de l'armée nationale (15 morts et 69 blessés) est déjouée par le régime, qui échoue cependant à intercepter les auteurs. Faisant fi des aspirations au changement émanant de l'opposition et de la population, le chef de l'État, de plus en plus isolé par son exercice très personnalisé du pouvoir, renforce son contrôle sur le pays et, cherchant à obtenir les bonnes grâces des États-Unis, intensifie sa répression des milieux islamistes.

À la veille du scrutin des 7 et 8 novembre, à l'issue duquel il est réélu avec 66,7 % des suffrages, il fait interpeller, puis remettre en liberté pour quelques heures, son principal compétiteur Mohamed Khouna Ould Haidalla : ce dernier recueille 18,7 % des suffrages, Ahmed Ould Daddah, 6,9 %, et Messaoud Ould Boulkheir, le candidat des Haratines, 5 %. Tous les trois dénoncent des fraudes massives.

En août et septembre 2004, deux nouvelles tentatives de putsch d'officiers, regroupés au sein d'une organisation appelée « Cavaliers du changement », sont à nouveau déjouées par les autorités mauritaniennes, qui accusent le Burkina Faso de les avoir préparées avec le soutien financier de la Libye. À cette inquiétude sécuritaire viennent s'ajouter des signes tangibles d'instabilité : en janvier, le procès politique de l'ex-président Mohamed Khouna Ould Haidalla, accusé d'avoir tenté de renverser le pouvoir ; en juillet, le remaniement de l'équipe gouvernementale. Finalement, le 3 août 2005, le président Ould Taya est renversé par une junte d'officiers dirigée par le colonel Ely Ould Mohamed Vall, directeur de la sûreté nationale, qui s'empare sans violence du pouvoir.

8. Une transition démocratique sans lendemain

Bien accueilli par la population, salué par l'opposition en exil (les mouvements islamistes et les « Cavaliers du changement ») et l'opposition légale qui réclame d'y être associée, soutenu par le PRDS, le changement de pouvoir suscite rapidement la bienveillance de la communauté internationale. Les nouvelles autorités, réunies au sein d'un Comité militaire pour la justice et la démocratie (CMJD), s'engagent à conduire une transition de vingt-quatre mois. Un gouvernement provisoire constitué de civils et dirigé par le Premier ministre Sidi Mohamed Ould Boubacar est mis en place le 10 août 2005. La Constitution est maintenue, le Parlement est dissous. Le 25 juin 2006, un référendum constitutionnel est adopté par 96,9 % des votants qui approuvent l'instauration d'un mandat présidentiel réduit de 6 à 5 ans, et renouvelable une seule fois.

À l'issue des élections législatives et municipales du 19 novembre et du 3 décembre 2006, la Coalition des forces du changement démocratique (CFCD), incluant des « indépendants » ainsi que 4 islamistes modérés, remporte 41 sièges à la nouvelle Assemblée nationale, où un grand nombre de femmes fait également son entrée. Une première en Mauritanie, l'élection présidentielle du 11 mars 2007 voit 19 candidats en lice et s'achève par un deuxième tour, le 25 mars, remporté par Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, le candidat « indépendant » avec 52,8 % des suffrages devant Ahmed Ould Daddah (47,1 %), l'opposant historique.

En dépit d'une incontestable démocratisation, le pays est en proie à l'instabilité et à l'insécurité, les conditions de vie se dégradent, la production pétrolière s'avère décevante. En crise ouverte depuis juin 2008 avec sa majorité, le président perd la plupart de ses soutiens politiques au Parlement avec la démission de 25 députés et 23 sénateurs du Pacte national pour la démocratie et le développement (PNDD), sa propre formation. Le 6 août, quelques heures après avoir décrété le limogeage d'importants dirigeants militaires, il est renversé, ainsi que son Premier ministre, sans effusion de sang.

9. Les présidences de Mohamed Ould Abdel Aziz et le bras de fer avec l’opposition (depuis 2009)

9.1. Premier mandat (2009-2014)

Réunis au sein d'un « Conseil d'État » dirigé par l'ex-chef d'état-major du président et commandant de la garde présidentielle, Mohamed Ould Abdel Aziz, les putschistes promettent d'organiser un retour prochain à l'ordre constitutionnel. Sous la pression de la communauté internationale (de l'Union africaine qui adopte des sanctions à l'encontre de la junte, et de l'Union européenne qui suspend ses programmes de coopération) et avec la médiation de la Libye puis du Sénégal, le pouvoir et l'opposition engagent de difficiles pourparlers à partir de février 2009. Un accord-cadre est signé en juin 2009 prévoyant la mise en place d'un gouvernement d'union nationale de transition chargé d'organiser l'élection présidentielle, finalement fixée au 18 juillet.

À l'issue d'un scrutin auquel participent plus de 65 % des électeurs, M. Ould Abdel Aziz l'emporte dès le premier tour avec plus de 52 % des voix devant neuf candidats dont les trois figures majeures de l'opposition : Messaoud Ould Boulkheir, président de l'Assemblée nationale et candidat du Front national pour la défense de la démocratie (16,6 %), Ahmed Ould Daddah, chef du Rassemblement des forces démocratiques (13,4 %) et l'ancien putschiste E. Ould Mohamed Vall, relégué à la sixième place avec 3,8 % des suffrages. Ces derniers dénoncent une fraude massive – contrairement aux constatations des observateurs internationaux de l'UA et de l'OIF – et déposent un recours devant le Conseil constitutionnel qui le rejette, confirmant les résultats alors que la démission du président de la Commission électorale indépendante ainsi que les écarts de voix constatés dans certains fiefs de l'opposition jettent un doute sérieux sur la fiabilité du scrutin. L'élection est cependant entérinée par plusieurs États, dont la France et les États-Unis, soucieux d'une normalisation après un an de crise institutionnelle, et le président Aziz est officiellement investi le 5 août.

Trois jours après cette intronisation, un attentat-suicide revendiqué par al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) est commis contre l’ambassade de France à Nouakchott.

Le gouvernement, qui s’est engagé à lutter fermement contre le terrorisme, renforce les moyens de l’armée pour la lutte contre l’organisation djihadiste. En juillet 2010, une nouvelle loi antiterroriste est adoptée.

Fortement contesté, le président n’hésite pas à recourir à la force contre les manifestations mais tente aussi d’asseoir sa légitimité en réunissant en septembre-octobre 2011 une conférence nationale en vue de lancer un dialogue national inclusif. En l’absence de garantie pour l’application des réformes, cette ouverture partielle est toutefois rejetée par les principales formations de l’opposition alors que les élections législatives, prévues pour novembre, ont été reportées sine die.

Finalement organisées en novembre-décembre 2013, elles donnent une très large majorité au parti présidentiel (l’Union pour la République) et ses alliés, devant le Rassemblement national pour la réforme et le développement (Tawassoul), formation islamiste apparentée aux Frères musulmans d’Égypte, le parti El Wiam, réunissant des partisans de l’ancien président Ould Taya, et l’Alliance populaire progressiste (APP), dirigée par le président sortant de l’Assemblée nationale, M. Ould Boulkheir.

La Coordination de l'opposition démocratique (COD), regroupant une dizaine de partis, boycotte cependant le scrutin.

Parallèlement, la question de l’esclavage, toujours persistant en Mauritanie en dépit de son abolition officielle en 1981, refait surface à la suite notamment d’un rapport des Nations unies en août 2010. La loi adoptée en août 2007 criminalisant cette pratique reste en effet largement inappliquée malgré l’action des ONG comme « SOS esclaves » et l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste en Mauritanie (IRA) présidée par Biram Ould Dah Ould Abeid, plusieurs fois emprisonné et récompensé par le prix 2013 des Nations unies pour la cause des droits de l'homme. En 2012, l’interdiction de l’esclavage est inscrite dans la réforme constitutionnelle adoptée en mars et la peine encourue par les personnes condamnées pour ce fait est aggravée. Si ces efforts sont salués par la rapporteuse spéciale de l’ONU en février 2014, les associations abolitionnistes n’y voient qu’un vernis destiné à satisfaire la communauté internationale.

9.2. Second mandat

Le 21 juin 2014, l’élection présidentielle se tient conformément à la Constitution, mais les principaux partis d’opposition (la COD et Tawassoul) n’y participent toujours pas. Le président sortant l’emporte avec près de 82 % des voix, tandis que le taux de participation s’élève officiellement à 56 %. La surprise du scrutin est la deuxième place conquise par B. Dah Abeid (8,6 % des suffrages), militant antiesclavagiste qui s’est présenté comme candidat indépendant.

Ménagé par les États occidentaux, dont la France, malgré des atteintes manifestes aux droits humains et aux libertés politiques dénoncées par la FIDH à l’issue d’une mission en juillet 2012 mais éclipsées par le rôle de la Mauritanie dans la lutte antiterroriste, M. Ould Abdel Aziz entame son second mandat sans avoir pacifié une société profondément divisée. En août 2015, alors que Parlement adopte un nouveau texte durcissant la législation existante et considérant désormais l'esclavage comme un « crime contre l’humanité » passible de vingt ans de prison (contre dix auparavant), le président de l'IRA, Biram Ould Dah Ould Abeid et deux de ses adjoints sont condamnés en appel à deux ans de prison ferme quelques jours plus tard.

10. Les relations extérieures

La politique étrangère de la Mauritanie a lourdement pesé sur son histoire récente.

10.1. Une diplomatie de compromis

Le nationalisme économique a été à l'origine d'une méfiance des investisseurs occidentaux, compensée dans un premier temps par la générosité des pays arabes à l'égard de la jeune République islamique et par le maintien de l'aide publique française à un niveau élevé. Mais la prise de position du gouvernement en faveur de l'Iraq en 1991 lors de la guerre du Golfe a brusquement tari les financements de l'Arabie saoudite et du Koweït, créant des difficultés supplémentaires pour les finances publiques et le réseau bancaire.

Un tournant diplomatique s'opère en 1999, lors de l'établissement de relations officielles avec Israël (amorcé dès 1996), qui entraîne un isolement politique de la Mauritanie au sein de la Ligue arabe, tandis que les relations avec l'Iraq se détériorent. Les États-Unis, satisfaits de ce changement de cap, intensifient leurs échanges commerciaux avec la Mauritanie.

Après les attentats du 11 septembre 2001 sur le sol américain, Nouakchott collabore pleinement avec ses nouveaux alliés, en procédant notamment à l'arrestation d'un homme suspecté de liens avec le réseau al-Qaida de Ben Laden. Mais des problèmes de sécurité subsistent aux frontières, où le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), devenu à partir de janvier 2007 l'Organisation al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) intensifie ses activités, entraînant l'annulation du rallye Paris-Dakar en 2008.

10.2. Au contact de l'Afrique noire et du Maghreb

Désireuse de bénéficier de sa position d'intermédiaire entre l'Afrique noire et le Maghreb, la Mauritanie fait à la fois partie de l'Organisation de l'unité africaine (OUA), de la Ligue arabe et de l'Union du Maghreb arabe. Elle choisit cependant de se désengager des ensembles ouest-africains en quittant la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) en 2001. Mais cette volonté n'a pas empêché les tensions, voire les affrontements avec les voisins du Nord et du Sud.

Les violences intercommunautaires de 1989 conduisent à une rupture des relations diplomatiques avec le Sénégal. Les concentrations de troupes de part et d'autre de la frontière font craindre le pire, mais les pressions internationales conduisent à une normalisation en 1992. Après plusieurs années, le 12 novembre 2007, la question des 25 000 réfugiés mauritaniens noirs au Sénégal et au Mali après les événements de 1989 trouve un règlement pacifique. Un problème semblable demeure avec le Mali : des Touareg fuyant les zones de combat se sont réfugiés en Mauritanie à partir de 1990.

10.3. L'ancrage arabo-musulman

La rupture des relations avec Israël (gelées en janvier 2009 puis rompues en mars 2010) et l’attention soutenue portée à la Libye, aux pays du Golfe, au Soudan à la Syrie et à l’Iran (visite officielle du président Abdel Aziz en janvier 2010, et d’Ahmadinejad à Nouakchott en septembre 2011), marquent la volonté du pouvoir de jouer de l’identité arabo-musulmane de la Mauritanie.

10.4. La Mauritanie en première ligne contre AQMI

La menace terroriste s’aggravant dans l’ensemble de la région sahélo-saharienne, la Mauritanie soutient l’action de la communauté internationale et l’intervention française au Mali en 2013. Elle s’associe avec dix autres États (Algérie, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Guinée, Libye, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal et Tchad) au « processus de Nouakchott », lancé par l’UA en mars en vue de renforcer la coopération sécuritaire et l’échange de renseignements.

En février 2014, elle accueille un sommet des chefs d’État de la région – Mali, Niger, Tchad et Burkina Faso – qui donne naissance au « G5 du Sahel » dans le but de coordonner les politiques de développement et de sécurité qui privilégieraient des projets dans des zones à l’abandon propices au développement du terrorisme.

Président en exercice de l'Union africaine, le chef de l'État mauritanien s’implique également dans la résolution du conflit au Mali où, en mai, il contribue à l’obtention d’un cessez-le-feu entre la rébellion touareg et l’armée, après une reprise des hostilités à Kidal.