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Almoravides

en arabe al-Murābiṭūn

Les Almoravides, 1056-1147
Les Almoravides, 1056-1147

Confrérie de moines guerriers, Berbères sahariens qui, au xie s., sous la direction spirituelle de Abd Allah ibn Yasin, entreprirent la conquête du Maroc et y fondèrent une dynastie qui, après avoir conquis le Maghreb central jusqu'à Alger, étendit sa domination sur l'Andalousie (1086).

Les origines

Les Almoravides sont des tribus berbères du groupe des Sanhadjas, apparentés aux Touareg. Pasteurs nomades, ils se lancent au milieu du xie s., à partir de leur désert, à la conquête de terres plus riches et parviennent à constituer un immense empire, englobant un double domaine africain et européen. Ce mouvement, qui traduit un épisode de lutte pour la vie que mènent constamment, au Maghreb, les nomades contre les sédentaires, s’expriment en termes religieux. En effet, les Almoravides sont en même temps qu’une confédération de tribus, une confrérie religieuse. Tout comme les Arabes au début de l’islam, ils se mettent en marche pour occuper des territoires et propager une doctrine.

Pour en savoir plus, voir les articles Berbères, Sahara.

La doctrine almoravide

Toutefois, cette doctrine n’a rien d’original et ne fait que reprendre les principes du rite malékite, hérités des grands docteurs de Kairouan. En 1035, des chefs de la tribu des Lamtunas, de retour de pèlerinage, s’arrêtent à Kairouan, où ils entendent Abu Imran, savant originaire de Fès. Pris d’admiration pour ce maître, ils lui demandent d’envoyer parmi eux, dans le désert, l’un de ses disciples. Ce sera Abd Allah ibn Yasin, fondateur du mouvement almoravide. Réformateur rigoureux, ibn Yasin invite les nomades à respecter scrupuleusement les prescriptions de l’islam et, par conséquent, à ne plus épouser plus de quatre femmes et à payer l’impôt rituel. Trouvant ces obligations insupportables, les nomades ne répondent pas à son appel. Ibn Yasin les abandonne alors et se rend, en compagnie de l’un de leurs chefs, dans une île du cours inférieur du Sénégal. Très vite, quelques chefs de tribus les suivent, encourageant par leur exemple beaucoup de nomades à faire de même. C’est ainsi que le ribat fondé par ibn Yasin essaime et compte, en peu de temps, de nombreux fidèles.

Le ribat : centre de formation religieuse et militaire

Le ribat est un couvent doublé d’un camp militaire. Les gens du ribat, ou murabitun, constituent, en même temps qu’une communauté religieuse, une troupe de guerriers. Ils reçoivent un enseignement religieux fondé sur un malékisme intégral et schématique. Ibn Yasin parvient à soumettre ces chevaliers sahariens, férus d’indépendance, à une discipline très rigoureuse. Le moindre manquement aux obligations religieuses ou morales est sanctionné de coups de fouet, qui doivent être supportés en « esprit de pénitence ». Les fidèles sont constamment aux ordres de leur maître ibn Yasin, considéré comme le gardien de la loi.

L’occupation du Maroc

Cette discipline aide à la formation militaire des murabitun. Devenus une véritable machine de guerre, ces moines-soldats parviennent à s’imposer aux Noirs idolâtres avant de franchir l’Atlas et d’occuper le Maroc sous la conduite de Yusuf ibn Tachfin, le fondateur de la dynastie des Almoravides. Ce dernier prend le pouvoir en 1061 et étend très vite son autorité sur tout le Maghreb central jusqu’à Alger.

Pour en savoir plus, voir l'article histoire du Maroc.

L’annexion de l’Andalousie

En 1085, le roi de Castille et de León, Alphonse VI, s’empare de Tolède et menace les principautés musulmanes d’Andalousie. Les royaumes de taifas, principautés arabes d’Espagne, appellent alors à leur secours Yusud ibn Tachfin. Renouant les traditions de la guerre sainte, celui-ci remporte en 1086 la victoire retentissante de Zalaca bataille de Zalaca. Devenu le champion de l’islam en péril, le roi almoravide s’arroge la souveraineté sur l’Espagne musulmane au détriment des royaumes de taifas. En 1090, il obtient des fuqaha (pluriel de faqih), ou jurisconsultes andalous, une fatwa, ou consultation juridique, l’autorisant à détrôner les princes des taifas, déclarés à l’occasion libertins, débauchés et impies.

Pour en savoir plus, voir l'article Andalousie.

Le rôle des fuqaha sous les Almoravides

Les gens dévots d’Andalousie s’accommodent merveilleusement de ce roi berbère, dont la continence, la simplicité et la frugalité, contrastant avec la débauche et l’ostentation des rois de taifas lui donnent des allures d’un véritable ascète. Au surplus, l’avènement des Almoravides leur permet de jouer un rôle important dans la direction des affaires publiques. En effet, sous ibn Tachfin, comme sous son fils et successeur Ali ibn Yusuf, les fuqaha jouissent d’une grande autorité aussi bien au Maghreb qu’en Andalousie. Ils sont directement associés à la conduite de l’État et jouissent de traitements substantiels. Ils participent au conseil de l’émir et accompagnent celui-ci dans ses déplacements. Dans les provinces, ils collaborent à la justice et au gouvernement. Toutefois, leur pouvoir est, malgré les apparences, purement consultatif. Jurisconsultes, ils expriment leur opinion par des fatwas. Or, la fatwa doit être sollicitée par le musulman incertain de ses droits et soucieux de ses devoirs. Les Almoravides en font, il est vrai, un procédé de gouvernement. L’émir provoque une fatwa pour appuyer une mesure dont la légitimité peut être contestée. De ce fait, les fuqaha deviennent des instruments très efficaces de la politique almoravide. En effet, leur opinion fait force de loi et s’impose à tous les musulmans. C’est ainsi que ibn Tachfin s’appuie sur une fatwa des fuqaha andalous pour légitimer son pouvoir en Espagne musulmane. On peut dire que les fuqaha détiennent le pouvoir législatif sans pour autant avoir l’initiative des lois.

La réalité de leur pouvoir découle de leur possibilité de refuser une consultation juridique et de cautionner certaines mesures politiques. Aussi, sans exercer de contrôle sur l’émir, ont-ils sur lui des moyens de pression. C’est à leur instigation qu’ibn Tachfin reconnaît, après sa victoire de Zalaca, l’autorité spirituelle du calife de Bagdad, auquel il demande l’investiture sur les terres annexées à l’islam. Toutefois, cette reconnaissance se traduit par la simple mention, dans les prières du vendredi, du titre de l’émir des croyants (amir al-muminin), le calife abbasside. Ibn Tachfin se contente du titre de l’émir des musulmans (amir al-muslimin), titre pseudo-califien et qui confère à la dynastie almoravide un caractère religieux.

Le caractère berbère de la dynastie almoravide

Les Almoravides restent donc indépendants de l’Orient musulman. Pendant le long règne d’ibn Tachfin, la dynastie conserve son caractère berbère. Les hommes continuent à porter, comme naguère au Sahara, une longue pièce d’étoffe sombre qui leur cache le bas du visage. Dans les villes andalouses, le voile du visage devient une marque de noblesse, dont le port est réservé exclusivement aux vainqueurs.

Par contre, les femmes almoravides ne portent pas de voile. Elles jouissent d’une liberté d’allure qui atteste la persistance des vieilles mœurs bédouines. Au surplus, elles paraissent jouer un rôle important dans les affaires publiques. La possession de la belle Zaynab al-Nafzawiyya, surnommé « la Magicienne », semble, au début de la secte almoravide, une condition nécessaire à l’exercice du commandement. Après la conquête du pouvoir, les Almoravides associent les femmes à la vie politique, voire militaire de l’ensemble de l’Empire et les laissent vivre comme avant dans les campements sahariens. L’une d’elles va jusqu’à diriger la défense de la citadelle de Marrakech.

L’influence de l’Andalousie sur le Maghreb sous les Almoravides

Malgré leur autorité et leur rudesse, les Almoravides ne résistent pas longtemps au charme de la civilisation andalouse, qui conserve tout son éclat sous les royaumes de taifas. Au moment de l'annexion de l'Espagne musulmane, les Almoravides trouvent des cours très brillantes, véritables foyers d'art, de chansons et de poésie. Le roi de Séville, Muhammad al-Mutamid (1069-1095) est lui-même un grand poète. Les Almoravides sont d’abord scandalisés par l’art profane et les folles dépenses des différentes cours. Mais cette sévérité ne tarde pas à s’assouplir. Ibn Tachfin lui-même finit par recourir, pour recruter les agents de son gouvernement, aux hommes les plus cultivés du pays conquis, auparavant cadres des royaumes de taifas. Et, quoiqu’il n’ait que peu de goût pour la poésie andalouse, il s’entoure de poètes qui n’hésitent pas à entrer au service des nouveaux maîtres africains.

Certes, ibn Tachfin et son fils Ali ibn Yusuf ibn Tachfin conservent jusqu’au bout l’austérité du moine-soldat et laissent l’un et l’autre, une solide réputation d’ascétisme et de piété. Mais, sous leur règne, particulièrement sous celui de Ali (1106-1143), l’évolution des goûts et des mœurs chez les Africains marque un progrès très sensible. La civilisation andalouse gagne le Maghreb occidental, qui devient une province culturelle et artistique de l’Espagne musulmane. La Grande Mosquée de Tlemcen, achevée en 1135, reste un témoignage vivant de l‘influence qu’exerce l’art andalou sur l’art almoravide de la fin du xie  au début du xiie s., c’est-à-dire essentiellement à l’époque de Ali ibn Yusuf.

Ali ibn Yusuf et l’« andalousisation » de l’Empire almoravide

Né à Ceuta, d’une mère esclave chrétienne, Ali ibn Yusuf ne connaît pas le désert et passe la plus grande partie de son règne en Espagne. Malgré son ascétisme, il adopte les pratiques courantes chez les rois de taifas au mépris des principes almoravides. Paradoxalement, ce moine-soldat ne répugne pas à la constitution d’une milice chrétienne. Il est vrai que celle-ci sert dans la partie africaine de l’Empire, laissant aux troupes musulmanes le monopole des incursions en pays chrétien. Les soldats turcs et chrétiens constituent le gros de la cavalerie almoravide. Le plus célèbre des mercenaires chrétiens est le Catalan Reverter (en arable al-Ruburtayr), qui tombe en défendant le régime contre les Almohades. Pour s’attacher la communauté chrétienne, qui rend de très grands services, Ali ibn Yusuf la comble de faveurs. Il lui permet d’avoir à Marrakech un sanctuaire, une église, des prêtres et un évêque.

En plus des pratiques militaires des royaumes des taifas, Ali ibn Yusuf adopte leur système fiscal. Dans ce domaine, il rompt avec la tradition almoravide, qui est fondée sur le prélèvement des seuls impôts rituels. À l’encontre de son père, qui s’est abstenu de lever aucune taxe non prévue par la loi, il se trouve, pour des raisons financières, dans l’obligation de déroger aux principes et introduit au Maghreb des impôts non coraniques, notamment des droits de marché, ou qabalat.

La chute des Almoravides

Ces innovations en matière fiscale et militaire ne rencontrent pas la faveur de la population. Les nouveaux impôts sont particulièrement impopulaires. Les Almohades, secte religieuse, exploitent cette situation pour mener une rude campagne contra les Almoravides.

Ces derniers sont, du reste, usés par la lutte contre les chrétiens en Espagne. À la mort de Ali ibn Yusuf, en 1143, la situation militaire est favorable aux chrétiens. Son fils et successeur Tachfin ibn Ali (1143-1145) ne peut pas soutenir une guerre sur un double front : au Maghreb contre les Almohades et en Espagne, contre les chrétiens. Au surplus, les Andalous se révoltent contre son autorité, reviennent au régime des royaumes de taifas et appellent à leur secours les Almohades, qui sont déjà maîtres de la majeure partie du Maroc. Ceux-ci répondent à cet appel et donnent le coup de grâce à la puissance almoravide en Andalousie. Parallèlement, les Almohades remportent d’importants succès au Maghreb. En 1145, ils battent près de Tlemcen les troupes almoravides . En 1146, ils s’emparent de Fès après un siège de neuf mois, et, en avril 1147, de Marrakech, la capitale de l’Empire, où le fils de Tachfin, un jeune adolescent, tente de leur résister. À sa mort, les Almoravides se révoltent d’abord dans le Sous, puis sur la côte atlantique du Maghreb. À la fin de 1148, ils sont définitivement écrasés, et le Maroc passe entièrement sous le contrôle des Almohades.