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Almohades

en arabe al-Muwaḥḥidūn

Les Almohades
Les Almohades

Dynastie berbère qui se substitua à celle des Almoravides et régna sur l'Afrique septentrionale et la moitié de l'Espagne de 1147 à 1269.

Les origines

Les Almohades sont des Berbères du groupe des Masmoudas, apparentés aux Chleuhs du Maroc moderne. Ces sédentaires montagnards se lancent au début du xiie s., à partir du Haut Atlas marocain, à la conquête de terres plus riches et parviennent à constituer un immense empire englobant tout le Maghreb et l'Andalousie. Leur mouvement se traduit, comme celui de leurs adversaires, les Almoravides, en termes religieux. Ils se mettent en marche pour conquérir de nouveaux territoires, mais aussi pour propager leur doctrine. Toutefois, cette doctrine est plus profonde et plus originale que celle de leurs devanciers.

Ibn Tumart et la doctrine almohade

Le fondateur, ibn Tumart, né dans une tribu masmoudienne, les Harrhas, vers 1080, part entre 1105 et 1110 pour l'Orient compléter sa formation. Il revient au Maghreb avec de nouvelles conceptions religieuses, inspirées de la pensée du grand théologien musulman Abu Hamid Muhammad al-Ghazali. Comme Ghazali, ibn Tumart professe la nécessité de donner au Coran une interprétation allégorique. Prendre le texte sacré dans son sens littéral et considérer que des attributs, comme le don d'entendre et le don de voir, conférés à Dieu par le Livre sont réels, c'est-à-dire comparables à ceux de l'homme, constitue à ses yeux un anthropomorphisme, voire un polythéisme, incompatible avec l’immatérialité et l'unité du Créateur. À l’instar de Ghazali, ibn Tumart donne à sa conception le nom de tawhid, ou unitarisme. De là, l'appellation de ses adeptes : al-Muwaḥḥidūn ou Almohades, c'est-à-dire ceux qui proclament l'unicité de Dieu.

De retour au Maroc, ibn Tumart juge de son pouvoir sur le peuple maghrébin. Entouré d'un petit groupe de disciples, il s'arrête dans chaque agglomération, s'adresse dans les mosquées aux croyants et les captive par son éloquence véhémente. Il blâme le luxe des habits, le relâchement des mœurs et brise, partout où il les rencontre, les instruments de musique et les amphores de vin. Son but est d’amener les croyants à veiller à la pureté de l’islam et à intervenir pour faire cesser toute pratique que la religion réprouve. À Mallala, petite localité de la banlieue de Bougie, il élabore sa doctrine au contact de ses étudiants, auxquels il précise le but de sa mission. C'est dans ce village qu'il rencontre un jeune homme de la tribu berbère zénète des Kuniyas, Abd al-Mumin, le futur calife almohade.

La fondation de la communauté almohade

Arrivé à Marrakech vers 1120, ibn Tumart quitte la ville sous la menace d'une arrestation. Pourchassé par les autorités almoravides, il trouve refuge dans le Haut Atlas marocain, sur le territoire de sa propre tribu, les Harrhas. Il s'établit à Tinmel, dans la haute vallée de l'oued Nfis. De là, il entreprend de propager sa doctrine parmi les tribus masmoudiennes. Très vite, il réussit à gagner à sa cause les chefs de tribus, pour lesquels il rédige, en dialecte berbère, un traité résumant l'essentiel de ses idées. Grâce à une propagande judicieusement organisée, il s'impose à toute la population du Sous. Il met un terme aux luttes de clans et jette les bases de la communauté almohade, noyau de la dynastie qui porte le même nom. Une fois son autorité affermie, il se proclame mahdi. Devenu l'« imam impeccable », le chef de la communauté almohade s'inspire dans sa conduite de Mahomet, dont il prétend descendre.

L'organisation de la communauté almohade

Comme lui, il organise un État qu'il adapte admirablement aux structures de la société berbère. Au sommet de la hiérarchie almohade est la djemaa, composée de dix personnes, les premiers et les plus sûrs disciples d’ibn Tumart. Trois d’entre eux sont particulièrement influents : Abd al-Mumin, le futur calife, Abu Hafs Umar, l'ancêtre des Hafsides, et al-Bachir. Au-dessous de la djemaa est l'assemblée des Cinquante, qui comprend des représentants des tribus masmoudiennes de l'Atlas : les Harrhas, les Tinmels, les Hintatas, les Gedmiwas, les Genfisas. Les décisions les plus importantes sont prises par ibn Tumart avec l'aide des Dix. Pour les affaires de moindre envergure, l'imam prend l'avis des Cinquante.

Abd al-Mumin et la formation de la dynastie almohade

À la mort du mahdi vers 1128, son principal lieutenant, Abd al-Mumin, hérite d'un État constitué, qui possède des ressources fournies par l'impôt et des troupes fanatisées et aguerries au cours des escarmouches contre les Almoravides. Abd al-Mumin est étranger aux Masmoudas. Il appartient à la tribu des Kumyas d'Oranie. Cette qualité d'étranger semble l'imposer comme arbitre parmi les tribus masmoudiennes.

Après une période de trois ans, pendant laquelle la mort d'ibn Tumart est tenue secrète, Abd al-Mumin est reconnu par les Almohades comme le calife du mahdi. Il prend le titre d'émir des croyants (amir al-muminin) et maintient l'organisation instituée par son maître.

L'occupation du Maghreb et de l'Andalousie

Dès son avènement, il s'engage dans une lutte à mort contre les Almoravides. Le coup de grâce est donné par l'occupation de la capitale Marrakech en 1147. Deux ans plus tard, les Almoravides sont définitivement chassés du Maroc. Au milieu du xile s., Abd al-Mumin est reconnu par une délégation d'al-Andalus comme souverain de l'Andalousie occidentale. En 1151, il détruit le royaume des Hammadides de Bougie. L'année suivante, il bat les Hilaliens et étend sa domination sur l'ensemble du Maghreb central. En 1159, il marche à la tête d'une puissante armée sur l'Ifriqiya et soumet les petites dynasties qui, depuis la destruction de l'Empire ziride, règnent sur ce pays. Quelques mois plus tard, en 1160, il enlève la ville de Mahdia aux Normands. En 1161, il entreprend d'enlever l'Andalousie orientale à ibn Mardanich, un Espagnol d'origine chrétienne, pour établir sa souveraineté sur toute l'Espagne musulmane.

Pour en savoir plus, voir les articles Andalousie, Histoire de l'Espagne.

Gouvernement et administration almohades

Abd al-Mumin fonde une dynastie muminide en désignant pour lui succéder son fils Muhammad. Afin de neutraliser les Masmoudas, auxquels il est étranger, il s’appuie sur des Arabes, représentants des grandes familles hilaliennes, amenés au Maroc après leur défaite en Ifriqiya. Il réussit à faire d'eux des partisans dévoués, capables de contrebalancer l'autorité des cheikhs almohades. Il découpe l'Empire en provinces, dont il confie l'administration à ses propres enfants. Ceux-ci jouent le rôle de gouverneurs et sont assistés par des cheikhs qui ont le titre de vizirs.

En 1159, Abd al-Mumin procède à un vaste arpentage de la Cyrénaïque à l'Atlantique et établit un cadastre pour l'ensemble du Maghreb. Cette entreprise a un objectif fiscal : il s'agit, pour le calife, de déterminer les terres appartenant aux musulmans non almohades. Ces derniers sont considérés comme des infidèles, et leurs biens deviennent des « habous » (propriétés à caractère religieux), dont les occupants sont astreints à payer le kharadj (impôt foncier prélevé sur les non-musulmans). Cette mesure permet à Abd al-Mumin d'approvisionner le trésor de l'État.

Les tribus arabes et la dynastie almohade

Toutefois, la politique fiscale du calife almohade ne touche pas toutes les tribus du Maghreb. Certaines d'entre elles, arabes hilaliennes et berbères zénètes, ne sont pas astreintes au kharadj. Constituées en tribus makhzen (forces auxiliaires), elles assistent le gouvernement pour prélever cet impôt sur la population sédentaire. Elles sont, en outre, astreintes au service militaire et constituent l'essentiel de l'armée almohade.

À la mort de Abd al-Mumin, son fils Abu Yaqub Yusuf (1163-1184) – désigné du vivant de son père comme héritier du califat à la place de son frère Muhammad, jugé incapable – trouve auprès de ces tribus un appui solide. Abu Yaqub hérite d'un vaste empire, englobant tout le Maghreb et la majeure partie de l'Espagne musulmane. Sans rompre avec les cheikhs almohades, qui continuent à jouer un rôle important dans la vie politique, il compte sur les tribus arabes pour consolider son pouvoir. C'est avec leurs contingents qu'il reprend la guerre contre ibn Mardanich. En 1172, ce prince chrétien est écrasé, et l'autorité almohade s'étend dès lors sur toute l'Espagne musulmane. Quelques années auparavant, en 1167, Abu Yaqub a maté la rébellion des Rhumaras, montagnards berbères du nord du Maroc. En 1180, il fait personnellement le siège de Gafsa, s'empare de cette ville et soumet la population, révoltée contre l'oppression almohade. Quatre ans plus tard, en 1184, il se lance dans une expédition en Espagne contre la ville de Santarém et tombe sur le champ de bataille à l'âge de quarante-six ans.

Son fils Abu Yusuf Yaqub (1184-1199), connu sous le nom d'al-Mansur, lui succède à la tête de l'Empire. Tout comme son père, il doit affronter des rébellions. La plus dangereuse est celle des Almoravides Banu Ganya, qui, débarqués de leur principauté des Baléares, occupent en novembre 1184 la ville de Bougie. Al-Mansur parvient à les chasser du Maghreb central grâce à l'appui des tribus hilaliennes. Les Banu Ganya se réfugient au Maghreb oriental, où ils trouvent des tribus hostiles à la domination almohade. Appuyés sur une tribu arabe, les Banu Sulaym, ils réussissent à constituer, pour un temps, un Empire almoravide qui s'étend de Bône au djebel Nefousa.

Cette renaissance éphémère des Almoravides découle des préoccupations almohades en Espagne, où les princes chrétiens deviennent de plus en plus dangereux. La situation n'est rétablie qu'en 1195, lorsque al-Mansur remporte sur le roi de Castille Alphonse VIII la victoire d'Alarcos. Cette victoire permet au successeur d'al-Mansur, le calife Muhammad ibn Yaqub al-Nasir , de concentrer tous ses efforts contre les Almoravides, auxquels il enlève l'Ifriqiya, qu'il confie au gouvernement hafside d'Abu Muhammad.

Le déclin des Almohades

Cependant, le danger chrétien est loin d'être écarté en Andalousie. En 1212, une coalition des rois chrétiens d'Espagne et du Portugal inflige une dure défaite aux Almohades à la bataille de Las Navas de Tolosa. L'Empire almohade traverse alors une période de déclin qui aboutit à sa dislocation.

Sous le règne du successeur d'al-Nasir, al-Mustansir (1213-1224), les cheikhs almohades s'emparent de la direction des affaires publiques. Ils la conservent sous le calife Abd al-Wahid (1224), qu'ils obligent d'abdiquer avant de l'étrangler. Le califat perdant désormais tout prestige et toute autorité, la porte est ouverte aux séditions et aux guerres civiles. Al-Adil est assassiné après un règne de trois ans (1224-1227). Son successeur, al-Mamun, essaie de réduire le pouvoir des cheikhs et de rétablir l'autorité du califat. Il commence par rompre avec la doctrine d'ibn Tumart en qualifiant l'imam d'égaré et de coupable. Il procède ensuite à l'exécution massive des cheikhs, factieux gardiens de cette doctrine. Loin de renforcer le prestige du califat, ces mesures privent l'Empire de son seul facteur de cohésion, hâtant ainsi son effondrement.

Le démembrement de l’Empire almohade

L'Espagne musulmane échappe au contrôle des Almohades et revient au régime des royaumes de Taifas. En Ifriqiya, le gouverneur, petit-fils du cheikh Abu Hals, se déclare en 1228 indépendant. Au Maroc, Yahya, fils du calife al-Nasir, s'empare de Marrakech en l'absence d'al-Mamun, engagé dans une guerre contre les chrétiens à Ceuta. Le successeur d'al-Mamun, al-Rachid (1232-1242), fait assassiner Yahya et reprend la capitale de l'Empire. Pour refaire l'unité de son royaume et rétablir sa cohésion, al-Rachid revient à la doctrine et aux institutions d'ibn Tumart. Mais l'unité, déjà compromise par les défaites d'Espagne, ne résiste pas aux révolutions de palais. En 1235, l'émir de Tlemcen, Yarhmurasan ibn Zayyan, se déclare indépendant et crée le royaume zénète (zenata) des Abdalwadides. L'année suivante, le gouverneur de l'Ifriqiya, Abu Zakariya, consommant sa rupture avec le calife, prend le titre d'émir et fonde à Tunis la dynastie hafside.

Pour en savoir plus, voir les articles Hafsides, Zénètes.

Sous le règne d'al-Said (1242-1248), calife pourtant énergique, la situation s'aggrave encore. Les Marinides, Berbères zénètes, déjà maîtres d'une grande partie des plaines marocaines, occupent Meknès en 1244 et s'emparent de Fès en 1248, après avoir anéanti l'armée almohade.

L'Empire est alors à l'agonie. Le calife Umar al-Murtada (1248-1266) doit payer tribut aux Marinides pour sauver Marrakech. En 1266, al-Murtada est renversé par son cousin Abu Dabbus, qui se fait proclamer calife à sa place. Les Marinides exploitent ces dissensions internes pour mettre au terme à la dynastie almohade et s'emparer de Marrakech (septembre 1269).

La civilisation almohade

La dynastie laisse le souvenir d'une dynastie guerrière, dont l'ardeur religieuse et la mission spirituelle n'allèrent pas sans intolérance et vexations à l'égard des juifs et des chrétiens. Sous sa domination, les femmes ne jouent plus de rôle dans la vie politique, comme au temps des Almoravides. Bien au contraire, elles sont mises à l'écart et reléguées dans le harem. Le rigorisme de la religion et la rigidité de la morale agissent non seulement sur les mœurs, mais aussi sur l'art. Toute représentation d'êtres animés est bannie de l'architecture. L'art almohade n'accuse pas pour autant des symptômes de décadence. C'est, sous une forme austère, la rencontre des traditions andalouses et maghrébines (Giralda de Séville, mosquée de Hasan à Rabat, Kutubiyya de Marrakech). Toutefois, le plus précieux de l'héritage almohade réside dans le domaine de la pensée. Celle-ci atteint alors ses plus hauts sommets et contribue à enrichir le patrimoine intellectuel de l'humanité. En effet, des écrivains comme ibn Tufayl, Avenzoar et Averroès, tous trois médecins et familiers du calife Yusuf, devaient transmettre à l'Occident du Moyen Âge et de la Renaissance les trésors de la science et de la philosophie grecques.

Pour en savoir plus, voir les articles Marrakech, Rabat.