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Marinides ou Mérinides

Dynastie marocaine (1269-1465).

Les origines des Marinides

Les Marinides, tribus berbères de la race des Zénètes (Zenatas), opposés aux Arabes hilaliens, sont d’abord au service des Almohades. Mais, au début du xiie s., ils profitent de l’affaiblissement des Almohades pour se retourner contre eux et constituer une dynastie qui durera près de deux siècles.

Dès 1216, ils engagent une série de razzias qui leur assurent progressivement le contrôle de la plus grande partie du Maroc septentrional. Battus par les Almohades près de Fès en 1244, ils reviennent à la charge sous la direction de l’émir Abu Yahya (1244-1258). Après avoir consolidé ses forces militaires et son autorité morale, celui-ci s’empare en 1248 des villes de Meknès, de Fès, de Taza, de Rabat et de Salé. Son successeur, Abu Yusuf Yaqub (1258-1286), exploiter les dissensions internes des Almohades pour prendre leur capitale Marrakech (septembre 1269) et mettre un terme à leur dynastie.

Les Marinides tentent alors de reconstituer sous leur égide l’Empire almohade, qui, à son apogée, englobait l’ensemble du Maghreb et l’Andalousie. Ils doivent pour cela imposer leur autorité aux musulmans d’Espagne et réduire les deux dynasties des Abdalwadides et des Hafsides –  qui se sont constituées en 1235 et en 1230 respectivement dans le Maghreb central et en Ifriqiya.

Les Marinides et l’Espagne

Très vite, les Marinides entreprennent des expéditions en Espagne. Présentée comme une guerre sainte, la lutte contre les chrétiens accroît le prestige de la dynastie. Ces considérations, ajoutées aux appels des Nasrides de Grenade contre les menaces du roi de Castille, décident Abu Yusuf Yaqub à franchir le détroit de Gibraltrar. Le sultan marinide bat les chrétiens en 1275 et écarte pour un temps le danger qui pèse sur le royaume de Grenade. Mais sa volonté d’hégémonie envenime ses rapports avec les Nasrides, qui, pour se protéger contre les Marinides, s’entendent avec le roi de Castille Alphonse X.

Cette entente avec les chrétiens ne résiste pas à l’esprit de la Reconquista, qui anime alors les souverains de la Péninsule, et les Nasrides ne tardent pas à appeler à leur secours les Marinides. Ceux-ci franchissent à nouveau le détroit de Gibraltar et reprennent en 1333, sous la direction de Abd al-Malik, l’un des fils du sultan Abu al-Hasan (1331-1349), Gibraltar, occupé par les Castillans depuis 1309. À la mort de Abd al-Malik, Abu al-Hasan dirige lui-même une nouvelle expédition, qui succombe au río Salado en 1340 devant la coalition des forces de la Castille et du Portugal. À la suite de cette défaite, qui modifie nettement le rapport des forces en faveur des chrétiens, les Marinides se replient sur le Maroc et abandonnent définitivement leurs ambitions sur l’Espagne.

Pour en savoir plus, voir l'article Histoire de l'Espagne.

Les Marinides et le Maghreb central

Parallèlement à ces entreprises espagnoles, les Marinides manifestent leur volonté d’hégémonie sur le Maghreb central et l’Ifriqiya. Ils dirigent d’abord leurs attaques contre leurs voisins immédiats, les Abdalwadides de Tlemcen, dont ils envahissent le royaume à plusieurs reprises. En 1299, Tlemcen est soumise à un blocus qui durera plus de huit ans. Cette ville n’est pourtant occupée qu’en 1337 sous Abu al-Hasan et reste sous la dépendance marinide pendant le règne de son fils Abu Inan (1349-1358).

Les Marinides et l’Ifriqiya

Après la chute de Tlemcen, les Marinides se retournent contre les Hafsides, avec lesquels ils semblent, jusque-là, entretenir des rapports assez cordiaux. Les sultans de Fès se présentent comme les protecteurs du royaume de Tunis contre les Abdalwadides et prennent même souvent pour femmes des princesses hafsides. Cela n’empêche pas Abu al-Hasan, pour établir son hégémonie sur tout le Maghreb, de conquérir Tunis et d’envahir l’Ifriqiya en 1347. Mais, l’année suivante, son armée succombe à Kairouan devant la coalition des tribus arabes.

Le déclin et la chute des Marinides

Cette défaite ternit le prestige des Marinides, qui s’engagent alors dans la voie de la décadence. Repliés sur le Maghreb occidental, ils n’arrivent pas à s’imposer à l’ensemble de la population. Les tribus arabes sont de plus en plus turbulentes, les impôts rentrent mal, et les sultans perdent leur pouvoir au profit de leurs vizirs. Ceux-ci sont les représentants d’une véritable caste de hauts fonctionnaires qui finit par avoir la main sur tout le royaume, allant jusqu’à désigner les sultans eux-mêmes. Choisis parmi les mineurs ou les débiles, ces derniers sont soumis à une étroite tutelle. La moindre réserve peut entraîner leur renversement, voire leur assassinat. C’est ainsi que les sultans Abu Salim (1359-1361), et Abu Ziyan (1361-1366) sont tour à tour assassinés en 1361 et 1366.

Cette situation favorise le développement des forces centrifuges et l’éclatement de l’empire. Divers prétendants entrent en lutte contre le vizir et finissent par se partager le pays. On voit alors Marrakech se dresser contre Fès. La dynastie marinide n’est pas éteinte pour autant. Elle trouve suffisamment de souffle pour neutraliser les Abdalwadides et établir même à partir de 1389 sa suzeraineté sur les sultans de Tlemcen.

Mais le coup de grâce provient des chrétiens d’Espagne, qui débarquent en 1401 en Berbérie et détruisent la ville de Tétouan. Quatorze ans plus tard, en 1415, les Portugais s’emparent à leur tour de Ceuta. Incapables de conjurer la menace extérieure, les Marinides voient leur autorité sur la population se réduire considérablement. La dynastie ne peut alors résister aux troubles et aux révolutions de palais, qui ne cessent de s’aggraver. En 1420, le sultan Abu Said (1398-1420) est assassiné. Ses successeurs survivent sous la tutelle des Wattasides, et, en 1465, les Marinides disparaissent définitivement de la scène politique, avec l’assassinat du sultan Abd al-Haqq (1420-1465).

La civilisation marinide

Disparus deux siècles environ après leur avènement, les Marinides laissent le souvenir d’une brillante civilisation. À leur époque, le Maroc connaît un grans essor intellectuel et artistique. Fès, promue au rang de capitale, est dotée d’édifices somptueux (palais, mosquées, medersas) qui témoignent d’une grande valeur artistique. Lieu de rencontre des négociants africains, andalous et chrétiens, cette ville est également un centre économique important. Elle est aussi un centre de rayonnement intellectuel. Les étudiants viennent de tous les pays de l’Occident musulman suivre les cours de son université d’al-Qarawiyyin. Et les sultans marinides attirent les fins lettrés du Maghreb et de l’Andalousie. Leur cour est fréquentée par des hommes comme ibn Khaldun, ibn al-Khatib et ibn Battuta, qui comptent parmi les noms les plus prestigieux de la culture arabe.