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Maghreb

en arabe Maghrib ou Marhrib (« le Couchant »)

Ensemble des pays du nord-ouest de l'Afrique (Maroc, Algérie, Tunisie), compris entre la mer Méditerranée et le Sahara.

  • Population : 83 212 000 hab. (estimation pour 2013)
  • Nom des habitants : Maghrébins

Le terme Maghreb (mot arabe signifiant « le Couchant ») désigne les pays du soleil couchant – l'Occident nord-africain – par opposition au Machreq (« le Levant »), qui fait référence aux pays du soleil levant – l'Orient arabe. Dans son acception traditionnelle, le Maghreb comprend le Maroc, l'Algérie et la Tunisie, trois anciens pays berbères, islamisés et arabisés. En 1989 a été créée l'Union du Maghreb arabe (UMA), qui réunit, outre ces pays, la Libye et la Mauritanie.

1. Un ensemble homogène

Les bases historiques et culturelles sur lesquelles repose l'ensemble géopolitique qui s'étend, à la charnière de l'Europe et de l'Afrique, de la Méditerranée au Sahara, constituent autant d'atouts pour la création d'un « Grand Maghreb ».

1.1. Le milieu naturel

En dépit de leurs caractères propres, les pays du Maghreb présentent de grandes similitudes géographiques.

Occupant le nord-ouest du continent africain, étendus sur quelque 6 millions de km2, ils connaissent les mêmes contrastes topographiques : une étroite plaine côtière, des ensembles montagneux importants (chaînes du Tell en Algérie et de l'Atlas au Maroc) et une immense zone désertique couvrant les cinq sixièmes de la superficie.

Les reliefs et les climats sont également contrastés. L'aridité s'accroît du littoral aux marges du désert, et les précipitations ne sont abondantes que dans les zones montagneuses. Enfin, leurs variations interannuelles marquent fortement le climat : les périodes de sécheresse peuvent durer plusieurs années. Les sociétés du Maghreb se sont bien adaptées aux contraintes naturelles des différents milieux, instaurant des échanges entre régions complémentaires.

Traditionnellement, ces sociétés tournaient le dos à la mer, et regardaient vers l'intérieur : le Sahara et les routes de l'or. Ce sont, dans l'Antiquité, les colons phéniciens et romains, puis, à l'époque moderne, français qui se sont installés sur les côtes et ont mis en valeur les plaines littorales. Longtemps, ces pays ont eu en commun l'opposition entre des montagnes densément peuplées – compte tenu du rapport entre les terres cultivables et la population – et des plaines peu occupées. La mise en valeur des milieux montagnards par des populations agropastorales a été importante, alors que les plaines sont longtemps demeurées le domaine des éleveurs nomades. Ce n'est que très récemment, depuis la colonisation française, qu'elles ont connu un développement agricole.

1.2. La permanence de l'élément berbère

Les cinq pays du Grand Maghreb ont en commun un ancien peuplement berbère qui leur assure une profonde originalité au sein du monde arabe. Il est étonnant de constater le maintien de la culture et de la langue berbères après quelque treize siècles de pénétration de la langue arabe. Aujourd'hui, on compte 33 % de berbérophones au Maroc, 21,5 % en Algérie, 20 % en Mauritanie, 5,4 % en Libye et 3 % en Tunisie, soit environ 14 millions de berbérophones pour 48 millions d'arabophones.

Si les colonisations antiques n'ont laissé que peu de traces, en revanche la conquête arabe et l'islamisation qui l'ont accompagnée, dès la seconde moitié du viie s., ont été déterminantes. Bien que les Berbères aient opposé à cette conquête de fortes résistances, ils se sont convertis massivement à la nouvelle religion : ainsi, les troupes qui ont traversé le détroit de Gibraltar quelques décennies plus tard étaient essentiellement composées de Berbères islamisés, et les révoltes berbères contre les Arabes se sont faites au nom d'un islam contestataire (mouvements kharidjite et mozabite). Le commerce transsaharien, qui jouait alors un rôle prépondérant, a porté l'islam jusqu'en Mauritanie.

Par ailleurs, ce sont deux dynasties berbères qui ont réalisé une première unification du Maghreb : les Almoravides (1061-1147) puis les Almohades (1147-1269). Les premiers, nomades de la tribu des Sanhadjas, venus du Sahara, ont porté leur conquête jusqu'au royaume de Ghana après s'être emparés d'Aoudaghost, grand centre caravanier situé dans l'actuelle Mauritanie. Ils ont ensuite conquis l'ensemble du Maroc après avoir fondé Marrakech (1062), et étendu leur empire au nord jusqu'en Andalousie et, à l'est, jusqu'à Tlemcen (Algérie). Leur pouvoir a par la suite été contesté par les Almohades, venus de Tinmel, dans le Haut Atlas, et qui étaient également de grands réformateurs religieux. Après avoir appelé à la guerre sainte contre les Almoravides (1147), les Almohades ont unifié sous leur commandement toute l'Afrique du Nord, depuis le Maroc jusqu'à l'Ifriqiya, avec la conquête de Tunis puis de la Tripolitaine. Cette union a été éphémère, mais elle occupe une place importante dans l'imaginaire maghrébin ; elle préfigure le rêve du Grand Maghreb, dont le traité d'Union du Maghreb arabe (UMA) s'efforce depuis 1989 de poser les fondations.

Pour en savoir plus, voir les articles Almohades, Almoravides, Berbères.

1.3. Colonisation et indépendances

Après la dislocation de l'Empire almohade, le Maghreb s’est morcelé en régions distinctes (les Marinides au Maroc, le royaume de Tlemcen en Algérie, les Hafsides en Tunisie), puis, à partir du xvie s., est tombé sous la coupe de l'Empire ottoman. Seuls le Maroc et la Mauritanie ont conservé leur autonomie, malgré l'installation des premiers comptoirs portugais et espagnols sur les côtes. Le Maghreb est ensuite devenu l'objet des ambitions coloniales européennes, avec la conquête de l'Algérie par la France (1830), l'occupation de la Mauritanie (1855) – par la suite intégrée à l'Afrique-Occidentale française (A-OF) –, l'établissement du protectorat français sur la Tunisie (1881) et sur le Maroc (1912), la mainmise de l'Espagne sur le Rif – dont subsistent deux enclaves (Ceuta et Melilla) –, et enfin l'installation italienne en Libye (1912).

Pour en savoir plus, voir l'article colonisation.

Après la Seconde Guerre mondiale, les pays du Maghreb ont accédé à l'indépendance : la Libye en 1951, le Maroc et la Tunisie en 1956, la Mauritanie en 1960 et l'Algérie en 1962.

Ainsi, la forte identité culturelle qui caractérise ces sociétés arabo-berbères, l'usage de l'arabe comme langue commune (nonobstant les variantes dialectales de l'arabe et la persistance du berbère) et l'appartenance à la communauté musulmane (umma) sont autant d'atouts en faveur de l'Union. Il est d'ailleurs significatif que l'islam soit religion d'État dans les cinq pays concernés et que le chef de l'État y doive nécessairement être musulman.

Pour en savoir plus, voir les articles histoire du Maroc, histoire de la Tunisie.

2. Des choix politiques distincts

Pourtant, les facteurs de division ne doivent pas être négligés, au premier rang desquels la nécessité pour chacun des cinq pays, récemment indépendants, de se constituer en État-nation. Les systèmes politiques et les choix économiques de chacun, depuis l'indépendance, ont été largement différents, motivés par les facteurs suivants :
– leurs traditions historiques spécifiques ;
– les modalités distinctes prises par la colonisation ; le protectorat, depuis 1912, maintenait les structures politiques locales au Maroc, alors que les trois départements français (Alger, Constantine et Oran) constituant l'Algérie étaient placés sous administration directe de la métropole, avec une importante colonie de peuplement ;
– les conditions dans lesquelles s'est faite l'accession à l'indépendance, par la lutte armée ou non ;
– les fortes personnalités d'hommes tels le roi Idris Ier (1890-1983) et le colonel Kadhafi en Libye, Bourguiba en Tunisie, le sultan Muhammad V et son fils le roi Hasan II au Maroc, Ould Daddah en Mauritanie, Ben Bella et Boumediene en Algérie ; ces chefs d'État, dont certains ont tiré leur légitimité de la lutte pour l'indépendance, ont chacun exprimé un dessein propre et ont fortement marqué leur pays.

Ainsi, très schématiquement :
– la Tunisie a résolument choisi la voie de l'occidentalisation ;
– le Maroc a voulu entrer dans la modernité tout en s'appuyant sur ses traditions ;
– l’Algérie s'est engagée dans la voie socialiste ;
– la Mauritanie a appuyé son développement sur ses liens anciens avec la France ;
– la Libye, après avoir connu une monarchie confrérique puis de nombreuses turbulences, a proclamé en 1977 l'instauration de la Djamahiryya (république) arabe populaire et socialiste.

On comprend aisément que des options politiques et économiques aussi diverses constituent des obstacles à une éventuelle confédération du Grand Maghreb.

3. La construction de l'UMA

Dans les premières décennies du xxe s. s’est développée la Nahda, courant de renaissance arabe qui a surtout concerné les pays du Levant mais également le Maghreb, et qui a réactualisé le vieux rêve unitaire de la nation arabe. Les différents mouvements de libération nationale ont ensuite été l'occasion de rencontres entre indépendantistes marocains, tunisiens et algériens. Le Comité de libération du Maghreb a été créé en 1948, annonçant la Conférence de Tanger en 1958. Puis, en 1964, alors que tous les pays avaient accédé à l'indépendance, a été créé le Comité permanent consultatif maghrébin (CPCM), à vocation plus explicitement économique, et auquel s’est rattaché un quatrième pays, la Libye. Le CPCM se proposait de développer les échanges entre les pays du Maghreb, d'harmoniser leurs politiques minière, énergétique et industrielle, et de constituer un ensemble régional face à la Communnauté économique européenne (CEE). De multiples difficultés, liées plus particulièrement aux conflits frontaliers entre les différents pays membres et à la question du Sahara occidental, ont considérablement freiné l'édification de l'union du Maghreb.

En 1988, la Mauritanie a adhéré au CPCM, et, le 17 février 1989, a finalement été signé à Marrakech (Maroc) par les cinq chefs d'État le traité portant création de l'Union du Maghreb arabe (UMA), jalon important de l'édification du Grand Maghreb. Ce dernier bénéficie d'un immense territoire, bien qu'inégalement peuplé, dont le sous-sol renferme des richesses importantes : pétrole (Libye, Algérie), gaz (Algérie, Tunisie, Libye), phosphates (Maroc, Tunisie), fer (Mauritanie), uranium (Algérie) et minerais non ferreux (plomb, manganèse, zinc, barytine des montagnes marocaines). De plus, l'usage d'une langue commune, l'appartenance à la communauté musulmane et un patrimoine culturel partagé sont autant d'éléments a priori favorables à l'Union.

4. Les problèmes contemporains

Outre les contentieux d'ordre politique qui continuent de diviser le Grand Maghreb, celui-ci doit résoudre une multitude de problèmes : si la plupart sont communs aux cinq nations (forte croissance démographique, exode rural et urbanisation hâtive, dépendance alimentaire, analphabétisme d'une partie importante de la population, statut de la femme), ils se posent différemment selon les pays, notamment en Libye, où le PNB/habitant est de 6 500 dollars (en 2003), et en Mauritanie, où le PNB/habitant est inférieur à 1 800 dollars.

4.1. L'explosion démographique

Les différentes politiques de planification familiale se heurtent à de fortes résistances. D'une part, l'idéal de la famille nombreuse reste prégnant, et les pratiques anticonceptionnelles ne sont jamais envisagées avant que la famille n'ait atteint le nombre d'enfants souhaité. D'autre part, la mise en place d'une véritable information en ce domaine se heurte souvent à l'analphabétisme des femmes, qui demeure élevé pour les plus de 15 ans. Aujourd'hui encore, la scolarisation des filles reste très largement inférieure à celle des garçons.

La population des pays maghrébins est donc extrêmement jeune : le nombre des moins de 15 ans dépasse partout 40 %, sauf en Tunisie, et le taux d'accroissement de la population reste élevé (il est inférieur à 25 ‰ uniquement au Maroc et en Tunisie) ; selon les projections les plus fiables, celle-ci devrait doubler d'ici à l'an 2025. Les conséquences en sont importantes : le déficit alimentaire s'accroît tandis qu'augmente l'exode rural et que s'accélère l'urbanisation (il s'agit d'une véritable explosion urbaine : 1 personne sur 5 habitait en ville en 1950, 3 sur 4 en 2000).

4.2. Les craintes et les espoirs

Pour faire face au problème démographique, il apparaît indispensable et urgent de planifier les politiques de l'emploi, de la santé, de l'éducation et du logement. Le taux de chômage et l'ampleur prise par le secteur informel (ou « économie souterraine »), qui échappe à toute réglementation, sont difficiles à évaluer, mais il est certain qu'une partie de plus en plus importante de la population se trouve en situation d'extrême précarité. L'aggravation de la paupérisation entraîne de profondes frustrations ainsi que des demandes sociales nouvelles.

Sur la scène internationale, les pays du Maghreb occupent une place originale. L'histoire, le passé colonial et les flux migratoires ont tissé pour quatre d'entre eux des liens privilégiés – qui n'excluent pas les conflits – avec le monde occidental, et notamment avec la France. Appartenant simultanément au monde arabe et à l'espace méditerranéen, assurant la jonction entre l'Europe et le monde africain, le Maghreb est appelé à jouer un rôle de premier plan dans ce qu'il est convenu d'appeler aujourd'hui les relations Nord-Sud.

Pour en savoir plus, voir les articles Algérie : vie politique depuis 1962, Maroc : vie politique depuis 1961.